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Full text of "Revue des langues romanes"

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REVUE 


LANGUES  ROMANES 


REVUE 


LANGUES  ROMANES 


PAR   LA  SOCIÉTÉ 

POUR  L'ÉTUDE  DES  LANGUES  ROMANES 


Ginq[uièm.e    Série 

TOME    PREMIER 

TOME    XLI    DE     I,A     COLLECTION 


MONTPELLIER 

AU  BUREAU   DES   PUBLICATIONS 

DE  LA.  SOCIÉTÉ 

PODR  L'ÈTIIDB  DKS    LANGUES  ROMANES 

Rne  de  l'Ancien- Courrier,  2 


PARIS 

G.    PEDONE-LAURIEL 

Libraire-Édileur 

13,   RUE  SOUFFI.OT 


«■.ce   LXXXXVIII 


vc 

2 
t. M 


REVUE 

DES 

LANGUES  ROMANES 


ADDITIONS  ET  VARIANTES  AU  TEXTE 
DES  SOUVENIRS   ET  ANECDOTES 

DE    PONS    DE  l' HÉRAULT 


Beaucoup  de  Mémoires  et  de  Souvenirs  ont  été  publiés  depuis 
quelques  années  sur  l'époque  de  la  Révolution  et  du  Premier 
Empire.  Ils  constituent  un  enrichissement  réel  de  la  littérature 
française,  en  même  temps  que  des  sources  de  Thistoriographie 
européenne  de  cette  époque.  Malheureusementces  documents 
n'ont  pas  toujours  été  édités  d'une  façon  vraiment  sérieuse  et 
avec  un  respect  suffisant  des  textes  originaux.  Des  nécessités 
commerciales  obligent  parfois  les  éditeurs  à  faire  des  coupures 
dans  le  texte,  à  résumer  tel  passage,  à  en  supprimer  tel  autre, 
parfois  à  retoucher  légèrement  le  stjle  des  auteurs  publiés. 
Quelquefois  des  convenances  de  famille  ou  de  politique  pro- 
duisent les  mêmes  inconvénients.  Il  en  résulte  que  ces  éditions 
de  mémoires  —  tels  par  exemple  ceux  du  général  de  Marbot, 
ceux  de  Madame  de  Rémusat,  —  ne  fournissent  pas  aux  histo- 
riens une  base  d'études  suffisamment  sérieuse,  et  que  les 
philologues  eux-mêmes  ne  peuvent  y  suivre  avec  une  entière 
sécurité  l'évolution  et  les  modifications  de  la  langue  fran- 
çaise. 

Il  y  aurait  lieu,  en  même  temps  que  l'on  met  au  jour,  pour  le 

TOME  I  DE  LA  CINQUIÈME  sÉKiE.  —  Jauvier-Févriei'-Mars  1898. 


6  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

gros  du  public,  ces  éditions  en  quelque  sorte  adaptées  de  tels 
ouvrages,  de  conserver  dans  les  levues  spéciales  d'érudition 
les  parties  du  texte  original  sacrifiées  ou  déguisées  par  les 
variantes  introduites  dans  les  vulgates.  C'est  une  tentative 
de  ce  genre  que  je  produis  ci-dessous.  Ajant  récemment  pu- 
blié les  Mémoù^es  et  Souvenirs  de  Pons  de  l'Hérault  dans  la 
collection  historique  formée  sur  la  Révolution  et  l'Empire  par 
MM.  Pion,  Nourrit  et  C''%  j'ai  dû  consentir  à  apporter  diverses 
modifications  au  texte  original.  Mais,  comme  Pons  de  l'Hé- 
rault, sans  être  un  grand  écrivain,  a  cependant,  par  son  té- 
moignage, une  valeur  historique  qui  n'est  pas  négligeable,  et 
qu'il  entre  désormais  dans  notre  histoire  littéraire,  il  importe 
de  soumettre  à  ceux  qui  l'étudieronl  dans  l'avenir,  qui  peut-être 
y  chercheront  une  source  de  renseignements  sur  l'état  de  la 
langue  française  entre  1815  et  1850,  un  document  tout  à  fait 
véridique  et  sincère. 

On  trouvera  ci-dessous  en  regard  l'indication  des  pages  du 
volume  Souvenirs  el  Anecdotes  de  Pons  de  l'Hérault  [!*"  édi- 
tion, 1898,  Paris,  Pion  et  Nourrit,  in-8'']  et  les  passages, 
phrases  ou  mots  que  j'ai  diî  y  retrancher.  Les  mots  du  texte 
de  l'édition  après  lesquels  ou  entre  lesquels  doivent  se  placer 
ces  restitutions  sont  imprimés  en  italique. 

Léon-G.  PÉLissiEK. 


Page  1.  Au  commencement  du  manuscrit,  avant  les  premières  lignes 
de  rimprimé,  il  y  a  :  C'est  surtout  durant  une  vie  de  vicissitudes  in- 
cessantes que  les  hommes  de  cœur  cherchent  à  se  retremper  par  le 
souvenir  des  grands  événements  auxquels  ils  ont  participé.  Lig.  33. 
Mais  ces  moyens  de  communication  indirecte  ne  turent  pas  d'une  lon- 
gue durée,  et. 

Page  2.  —  Lig.  5.  Graiid  intérêt.  Il  avait  cru  à  mon  empressement,  il 
s'était  trompé.  Je  ne  répondis.  Lig.  8.  indécision,  dont  j'aurai  à  faire 
connaître  la  cause.  Lig.  9.  quelque  temps  après,  dans  un  moment  d'aban- 
don qui  avait  une  apparence  solennelle,  l'empereur.  Lig.  14.  L'Empereur 
ne  m'aurait  pas  demandé  des  éloges.  Lig.  22.  de  ma  vie.  Depuis  je  n'ai 
plus  été  assez  heureux  pour  pouvoir  l'approcher.  Lig.  23.  J'accomplis 
une  promesse  sainte,  je  remplis  un  devoir  sacré.  Lig.  29.  en  face,  et 
dans  cette  sphère  d'élévation  supérieure,  trop  supérieure.  Lig.  30.  obser- 
vations scrutatrices.  Lig,  31.  MTi  caractère  de  vérité,  ou  n'étaient  que 
des  vérités  exagérées,  alors  même  que  l'adulation  n'y  prenait  aucune 
part.  C'est  que  l'on  n'y  voyait  plus  qu'à  travers  le  prisme  de  la  gloire. 


AUX   SOUVENIRS  DE   PONS  7 

Page  3.  —  Lig.  2.  ç'M'dPam,  peut-être  même  était-il  plus  grand  encore. 
Ibid.  avait  cessé,  et  de  ce  que  tous  les  souverains  de  l'Europe  n'étaient 
plus  prosternés  aux  pieds  de  ce  héros...  Lig.  7.  de  mesurer  leur  taille. 
C'était  une  situation  sociale  vraiment  unique  :  toutes  les  vénalités  lui 
empruntaient  ou  lui  prêtaient  ce  qui  pouvait  le  mieux  convenir  aux 
intérêts  honteux  de  ceux  qui  les  soudoyaient.  L'Empereur  Napoléon 
n'était  pas  ému  de  cet  état  de  choses,  il  s'y  était  attendu,  et  il  en  raison- 
nait avec  dignité.  Lig.  10.  dans  sa  vie  privée.  Sans  doute,  sa  vie  privée 
n'était  pas  une  vie  de  pure  intimité,  mais  elle  n'était  pas  une  vie  de  ré- 
serve absolue,  et  l'empereur.  Lig.  18.  de  splendeurs,  enfin  dans  toutes 
ses  habitudes.  L.  18.  toujours  durant  leur  exercice.  F.  20.  entraînemeiit 
de  l' affection,  surtout  par  la  puissance  de  ce  sentiment  indicible  qui 
identifie  le  cœur  de  l'homme  aux  grandes  infortunes  de  l'homme.  Cha- 
cun  L.  27.  Napoléon^  du  moins  mieux  l'étudier  et  mieux  le  connaître 
que  dans  toutes  les  autres  positions  de  sa  vie. 

P.4.  — Lig.  2.  cessé  de  régner.  Son  front  était  encore  ceint  du  bandeau 
impérial.  Napoléon  était  alors  dans  cette  position  toute  particulière  où 
ses  défauts  et  ses  qualités,  ses  vices  et  ses  vertus  ne  pouvaient  point 
échapper  aux  regards  studieux  de  l'observateur  consciencieux,  et  la 
nature  que  ce  grand  homme  a  montrée  alors  devait  être  sa  nature  de 
tous  les  temps  et  de  toutes  les  circonstances.  Mais  sa  nature  avait  cédé 
aux  exigences  des  temps  et  des  circonstances.  Nous  n'avons.  L.  6.  celle 
de  ses  traits  physiques  et  nous  appelons  de  tous  nos  vœux  le  pinceau 
ou  le  burin  qui  doit  le  représenter  comme  il  était.  Un  jour,  l'histoire 
de  son  règne  à  l'ile  d'Elbe  aidera  les  gens  de  bien  qui  voudront  se  livrer 
à  ce  travail  de  gloire  et  de  nationalité. 

Page  5.  Lig.  7.  se  manifesta  dans  tous  les  événements  qui  en  nécessi- 
taient la  preuve.  Lig.  10.  Ici  se  trouve  dans  le  maiiuscrit  le  paragraphe 
suivant  effacé  par  Pons  ."toutefois  l'administrateur  général  des  mines  eut 
une  nouvelle  lutte  à  soutenir,  mais  celle-ci  fut  de  courte  durée,  et  l'empe- 
reur la  fit  immédiatement  cesser  :  le  magasin  de  siège  avait  des  farines  gâ- 
tées. On  conseilla  à  l'empereur  de  les  faire  manger  aux  ouvriers  des 
mines  que  l'on  paye  toujours  en  blé.  L'adm.  gén.,  alors  pourtant  qu'il 
lui  fut  bien  prouvé  que  cette  farine  était  une  nourriture  nuisible  à  la 
santé,  refusa  de  les  recevoir,  et,  en  le  motivant,  il  adressa  directement 
son  refus  à  Sa  Majesté.  S.  M.  lui  donna  raison.  Nous  nous  bornons  à  la 
simple  citation  de  ce  fait  qui  pouvait  avoir  des  suites  fâcheuses.  Les 
alentours  de  l'empereur  n'étaient  pas  des  hommes  populaires.  Lig.  11. 
toujours  gloire  ne  m'a  pas  trouvé  au-dessous  d'elle,  Ibid.  justifiée, 
pleinement  justifiée.  Lig.  14.  J'ajoute,  car  je  veux  tout  dire.  L.  15.  Sous 
l'empire,  et  de  laquelle  je  n'ai  jamais  cherché  à  profiter.  Officier. 
Lig.  20.  rebelle.  Je  me  rendis  à  l'armée.  Bientôt.  Lig.  26.  division,  et  il 
me  semble  que  les  historiens  n'ont  jamais  fait  attention  à  ce  point  his- 
torique, du  moins  les  historiens  que  j'ai  lus.  L.  33.  désigna  comme  le 
plus  capable.  L.  34.  Bonaparte,  pour  la  manière  dont  il  avait  parlé  de 
moi  ;  je  lui  devais  cela.  Je  lui  devais  aussi  des  félicitations  pour  sa  der- 
nière promotion. 


8  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

Page  6.  Lig.  18.  d'ailleurs  je  n'ai  ici  ni  à  louer  nia  blâmer.  lig.  19, 
il  sera  vrai.  Je  dirai  avec  ma  conscience.  Aucune  considérationnepourra 
altérer  la  pureté  de  mes  opinions.  Mais  avant  de  narrer  ce  qui  s'est 
passé  à  l'île  d'Elbe  pendant  le  séjour  de  l'empereur  Napoléon,  U  faut 
bien  que  je  dise  à  mes  lecteurs  ce  que  c'est  que  l'île  d'Elbe,  pays  que 
l'on  ne  connaît  presque  pas  en  France,  quoique  la  France  y  ait  dicté  des 
lois  pendant  près  de  quinze  ans.  et  que  cette  île  ait  fait  partie  intégrante 
de  l'empire  français.  L'ignorance  où  l'on  est  assez  généralement  sur  l'île 
d'Elbe,  même  en  Italie,  n'a  rien  qui  doive  étonner,  et  je  n'en  fais  un  re- 
proche à  personne.  L'île  d'Elbe  n'a  jamais  eu  un  historien  de  son  exis- 
tence sociale.  Pour  savoir  quelque  chose  de  ce  qu'elle  a  été,  il  faut  aller 
fouiller  dans  cent  ouvrages  qui  lui  consacrent  à  peine  quelques  paroles, 
et  qui  ne  sont  pas  toujours  d'accord  dans  la  manifestation  de  leurs  sen- 
timents. 

Page  7.  Lig.  14.  c'est  ainsi  que  nous  atteignîmes.  Lig.  18  apparut 
dans  l'extrême  lointain.  Lig.  24.  la  voir:  elle  la  suivait  dans  tous  ses 
mouvements.  Lig.  25.  mât,  ce  qui  excitait  encore  la  curiosité.  Lig.  27. 
déclin  le  soleil  se  rapprochait  à  l'horizon.  Lig.  30.  l'entrée,  lorsque  au 
contentement  universel  de  la  population  qui  attendait  depuis  le  matin. 
Lig.  34.  mouillage.  Qui  dira  cette  soirée  !  Lig.  17  débarquant,  et  je  le 
répète,  parce  que  je  crois  qu'elles  méritent  d'être  conservées. 

Page  9.  Lig.  22  souve7-ain,  qui  alors  purent  prendre  toutes  les  infor- 
mations qui  leur  étaient  nécessaires.  Lig.  24.  tranquillité,  et  sa  délica- 
tesse même  l'excite  à  se  tourmenter.  Lig.  26.  accusateur.  Cette  pensée 
le  troubla  dès  qu'il.  Lig.  27.  Napoléon.  Il  profita  du  mouvement  occa- 
sionné par  la  visite  des  autorités  constituées  pour  me  prier.  Lîg.  30.  Je 
me  fais  un  devoir  scrupuleux  de  le  répéter  :  Rien  n'était  changé  dans  les 
sentiments  du  général  Dalesme,  c'était  toujours  un  homme  d'honneur. 

Page  10.  Lig.  3.  Campbell.  Et  pour  peu  qu'on  l'observât  attentive- 
ment, il  était  facile  de  savoir  la  mission  qu'il  devait  remplir.  Ensuite  son 
ensemble.  Lig.  12.  foyer.  On  se  fit  des  ennemis  des  Portof  erra  jais  qu'on 
ne  put  pas  admettre  au  partage  de  l'hospitalité  oflerte.  On  sait  que  ma 
demeure.  Lig.  8.  hôte.  Toutefois  je  souscrivis  voiontîers  à  cette  usurpa- 
tion amicale  qui  devait  tourner  au  profit  du  général  Drouot.  Lig.  18. 
s'excuser  de  ce  qu'on  le  contraignait  à  prendre  un  autre  logement.  Lig. 
19.  e7itrevue.  Du  moins  le  général  Drouot  en  avait  parfaitement  convenu. 
Lig.  21.  profonde,  qm  se  retrempe  sans  cesse  par  les  vertus  de  celui 
qui  en  est  l'objet.  Lig  32.  empressés.  Le  général  qui  commandait  la 
place  parut  ne  pas  s'apercevoir  de  ce  qui  se  passait.  Il  faut  bien  l'avouer, 
de  ce  qui. 

Page  11.  Lig.  1.  Paris,  et  c'était  vraiment  le  revers  de  la  médaille 
française.  Lig.  2.  Napoléon,  dont  naguère  l'on  était  si  idolâtre,  ibid,  en- 
core, disaient  à  voix  basse  ceux  qui  conservaient  quelque  pudeur.  Lig. 
4,  co»îp?'o?«i?;;re.  On  couvrait  des  (szc)  lâches  calculs  du  manteau  de  la  pru- 
dence Lîg.  6,  témoigné  aucun  regret  au  banni  impérial.  Heureusement 
que  les  plaies  de  la  nature  humaine  ne  sont  que  la  plus  petite  partie  de 
l'humanîté.  Ninci  fait  encore  ici  de  l'exagération  de  roman.  Son  adula- 


AUX    SOUVENIRS  DE   PONS  9 

tion  habituelle  pour  la  puissance  le  fait  monter  sur  des  échasses  pour 
donner  plus  de  retentissement  au  langage  qu'il  fait  entendre  pour  flat- 
ter. C  est  une  fatalité  pour  l'histoire.  Après  beaucoup  d'autres  paroles 
d'erreur,  il  dit  «  toutes  les  autorités  civiles,  militaires,  judiciaires,  le 
»  clergé,  les  premières  notabilités,  ainsi  que  le  conseil  municipal  se  hà- 
«  tèrent  de  se  transporter  à  bord  du  bâtiment  de  guerre  anglais  pour 
»  offrir  leurs  hommages  à  l'empereur  et  pour  lui  témoigner,  tant  en  leur 
»  nom  qu'aie  nom  de  tous  les  peuples  de  l'île  d'Elbe,  le  plus  humble  res- 
»  pect,  la  plus  sincère  soumission,  et  une  fidélité  éternelle.  »  Il  n'y  a  pas 
un  mot  de  vrai  dans  tout  cela,  D'abord,  à  moins  de  folie,  on  ne  pouvait 
pas  parlera  l'empereur  Napoléon  «  delà  fidélité  éternelle  de  tous  les  peu- 
ples de  l'île  d'Elbe»,  car  excepté  le  peuple  Portoferrajais,  tous  les  peuples 
de  l'île  d'Elbe  étaient  encore  sous  l'influence  de  la  révolte  contre  l'auto- 
rité impériale,  et  l'empereur  le  savait,  puisque  les  Anglais  le  savaient. 
Ensuite  en  dehors  de  la  députation  désignée,  il  n'y  avait  guère  la  possi- 
bilité qu'un  grand  nombre  de  personnes  ptit,  dans  cette  soirée  déjà 
avancée,  se  rendre  en  masse  à  bord  de  la  frégate,  d'abord  parce  qu'on 
n'en  avait  pas  demandé  la  permission  au  commandant  anglais  qui  aurait 
bien  pu  ne  pas  se  soucier  de  cet  abordage  nocturne,  puis  parce  que  le 
manque  absolu  d'embarcations  à  une  pareille  heure  aurait  empêché  l'ac- 
complissement de  cette  démarche  improvisée,  et,  enfin,  parce  qu'enfin, 
malgré  la  circonstance  extraordinaire,  les  mesures  des  règlements  mili- 
taires, comme  des  règlements  sanitaires,  y  auraient  mis  empêchement,  à 
moins  qu'il  n'y  eût  eu  déjà  des  précautions  exceptionnelles  prises;  ce  à 
quoi  on  n'avait  pas  même  pu  songer. 

Lig.  10  qîii  nous  l'tonna  beaucoup,  qui  en  effet,  devait  nous  étonner. 
Lig.  18.  Néanmoins  il  en  avait  parlé  dans  ses  relations  privées,  mais  com- 
me l'on  parle  des  absurdités  d'un  rêve.  Nous  nous  embarquâmes  pour 
nous  rendre  auprès  de  l'empereur,  [p.  514]  Lig.  20,  trouvais:  toute  réti- 
cence à  cet  égard  équivaudrait  à  une  lâcheté.  Lig.  24  fidélité.  Je  vivrai  et 
je  vivrai  avec  mon  p.  a.  et  ma  p.  f.  au  milieu  de  ses  tempêtes,  sur  ses 
champs  de  bataille,  dans  ses  victoires,  dans  ses  revers,  dans  sa  décadence, 
dans  sa  chute.  Lig.  28.  d'or  et  je  ne  me  suis  jamais  écarté  de  ce  principe 
éternel  :  «  Ne  fais  pas  à  autrui  ce  que  tu  ne  voudraispas  qu'il  te  fût  fait.  » 
Je  puis  marcher  la  tête  haute.  Ma  Lig.  30,  ma  devise  a  été  mon  étoile 
polaire. 

Page  12.  Lig,  S.  de  1789.  mais  mon  erreur  ne  fut  pas  de  longue  du- 
rée. Lig.  11.  avaient  fait,  tout  exprès,  dans  les  proportions  gigantes- 
ques de  sa  taille,  sur  lequel  il  était  monté.  Lig.  12.  trône,  bâti  comme 
l'ensemble  de  tous  les  trônes  sous  les  seuls  auspices  de  la  puissance. 
Lig.  14.  liberté,  moi  ausssi  je  l'abandonnai  et.  Lig.  15.  Napoléon.  C'était 
une  erreur,  si  l'on  y  croyait  de  bonne  foi.  C'était  un  mensonge,  si  l'on 
m'en  accusait  avec  des  intentions  malveillantes.  Je  ne  fais  rien  de  clan- 
destin. J'éprouvai.  Lig.  18.  opinions  politiques,  et  ce  que  je  disais  con- 
tre l'Empire,  je  le  disais  dans  un  sentiment  d'honneur  et  de  patrie, 
sentiment  qui  a  toujours  été  mon  sentiment  unique.  Lig.  23.  pour  l'Em- 
pereur pour  l'homme,  pour  le  pouvoir,  et  du  sujet  pour  le  maître  !  Le 


10  ADDITIONS    ET  VARIANTES 

renversement  de  TEmpire  aurait.  Lig.  25.  français  et  pour  les  peuples 
de  l'Europe,  si  les  peuples  de  l'Europe  ne  s'étaient  pas  laissé  enchaîner 
plus  qu'ils  ne  l'avaient  jamais  été  par  les  rois,  les  mêmes  rois,  dont  ils 
avaient  sauvé  les  couronnes.  Leçon  immense  qui  explique  les  rois  et  que 
les  siècles  à  venir  se  répéteront  avec  une  indignation  toujours  crois- 
sante ! 

Page  13.  Lig.  30.  profonde.  Nous  pensions  qu'elle  ne  pouvait  pas  aug- 
menter :  cependant,  elle  n'était  rien  en  comparaison  de  celle  que  la 
présence  de  l'Empereur  nous  lit  éprouver.  Par  instinct,  nous  nous  ser- 
râmes les  uns  contre  les  autres,  comme  si  nous  avions  besoin  d'être 
forts  les  uns  par  les  autres,  et  nous  restâmes. 

Page  14.  Lig.  7,  lui.  Il  lui  avait  été  impossible  de  la  changer,  même 
de  la  modifier  et,  en  le  voyant,  occupé  qu'on  était  de  le  voir,  on  ne 
songeait  pas  du  tout  à  le  comparer.  Lig.  23.  l'éloquence  persuasive  de 
Vérnotion:  nous  nous  serions  moins  bien  exprimés,  si  nous  avions  pu 
lui  adresser  méthodiquement  de  belles  paroles    U Empereur  comprit. 

Page  17.  J'aborde  maintenant  la  nouvelle  vie  sociale  que  l'empereur 
Napoléon  devait  subir  :  je  prends  cette  vie  à  son  berceau.  Lig.  21.  Ser- 
vilité. Il  ne  lui  donna  pas  même  une  pensée. 

Page  18.  Lig.  5.  changé,  ni  même  eu  une  velléité  de  changer.  Lig.  6. 
qu'il  ait  eu  ou  qu'il  ait.  Lig.  7.  politique.  Gela  n'était  point  dans  l'es- 
sence de  sa  nature.  Lig.  12.  d'une  banderolle.  Talleyrand,  à  la  tête  d'un 
gouvernement,  était  la  preuve  palpitante  de  la  dégénération  sociale,  et 
la  France...  Mais  c'était  alors  la  France  quand  même;  elle  ne  s'appai-te- 
tenait  plus.  Les  potentats  de  l'Europe  la  foulaient  impunément.  La  ca- 
pitale était  envahie.  L'Empereur.  Lig.  20.  Lefèvre  Desnouettes,  l'un  des 
plus  braves  et  des  meilleurs  citoyens  de  l'empire,  dont  toute  la  vie  fut 
une  vie  d'honneur.  Lig.  22.  Briare,  et  il  l'aurait  suivi  jusqu'au  bout  du 
monde,  si  cela  avait  dépendu  de  lui.  Lig.  23.  empereur,  et  parmi  ces 
beaux  noms.  Lig.  28.  l'écart  du  groupe  des  illustrations  dévouées.  Le 
général  Bertrand  et  le  général  Drouot  attiraient  également  les  regards 
attendris.  Leur  éloge  était  dans  toutes  les  bouches  de  pureté.  Lig.  34.  la 
France.  Le  respect  pour  le  malheur  était  sur  tous  les  visages.  La  gar- 
nison avait  pris  les  armes.  L'Empereur  pouvait  se  croire  encore  au  mi- 
lieu des  siens.  Il  continua  sa  route. 

Page  19.  Lig.  26.  jour.  L'Empereur  s'était  prêté  d'autant  plus  volon- 
tiers à  cette  disposition,  qu'il.  Lig.  29.  une  voix,  a  laquelle  d'autres  voix 
firent  écho.  Lig.  29.  Finance,  et  l'Empereur  était  déjà  éloigné,  que  le 
mot  d'adieu  retentissait  encore. 

Page  20,  lig.  1  douleur.  Il  y  eut  des  scènes  touchantes  de  respect  af- 
fectueux. Lig.  3.  Augereau,  il  en  eut  aussi.  Lig.  4.  stratégie.  On  se  mit 
en  route  pour  Montélimar  en  passant  par  Valence.  Lig.  5.  Valence,  non 
loin  de  cette  cité.  Lig.  6.  était  là  et  de  suite  l'Empereur  fit  arrêter. 
Lig.  8.  casquette,  il  ne  se  découvrit  pas.  Lig.  9.  L'Empereur  fit  tout  au- 
trement. Lig  13.  de  grandeur,  son  attitude.  Lig.  16.  lorsque,  après  la  con- 
versation. 


AUX    SOUVENIRS  DE    PONS  11 

Page  21.  Lig.  8.  Appartement.  Chacun  voulait  le  voir,  c'était  une  cu- 
riosité de  tendre  intérêt,  car  toutes  les  expressions  furent  touchantes. 
Les  commissaires.  Lig.  15.  des  brigands,  qui  ordinairement  infestent  ces 
contrées.  Lig.  17.  Rest aurai io7i,  le  pa_ys  était  en  joie.  Lig.  21,  ['Empereur. 
Elles  allèrent  à  son  cœur  et  son  cœur  en  fut  meurtri.  Il  y  eut  un  mo- 
ment où  il  voulut.  Lig  24.  Mais  il  fallait.  Ibid.  aux  crimes.,  dont  les 
fastes  ont  été  maintes  fois  teintes  de  sang  français.  Lig.  27,  infâmes.,  la 
honte  et  la  terreur  des  bons  citoyens,  car  il  serait  injuste  d'imaginer 
qu'Avignon  n'a  point  de  bons  citoyens.  La  ville  d'Avignon  est  seulement 
impardonnable  de  garder  le  silence  sur  l'impunité  dont  jouit  une 
poignée  de  bandits  qui  la  flétriront  encore  dès  que  l'occasion  s'en  pré- 
sentera. Revenons  à  l'empereur.  Le  commissaire  anglais  parla  au. 
Lig.  29.  précaution,  toute  précieuse  qu'elle  était.  Lig.  30.  l'Empereur, 
d'un  danger  aâ'reux.  Lig.  33.  assassins,  qui  déjà  se  repaissaient  du  plai- 
sir de  dévorer  leur  proie.  Lig.  33.  route,  cependant,  malgré  que  les 
foules  se  fussent  dispersées. 

Page  22,  lig.  5.  autres  dangers,  suite  presque  immédiate  de  celui  au- 
quel l'empereur  venait  d'échapper,  quoique  plus  grands,  puisqu'ils 
étaient  tout  à  fait  en  présence,  même  en  action,  si  je  puis  m'exprimer 
ainsi.  Lig.  10.  Orgon,  quoique  de  peu  d'importance  par  sa  population. 
Lig.  29.  l'abreuva  de  toutes  les  amertumes  possibles.  C'était  l'une  de  ces 
scènes  d'anthropophages  dansant  autour  de  la  victime  qu'ils  vont  dé- 
vorer. Il  n'y  a  pas  un  seul  homme  de  bien  qui  puisse  s'empêcher  de 
flétrir  de  pareilles  saturnales  de  dégradation  sociale.  Orgon  ne  se  la- 
vera de  sa  flétrissure  que  par  une  amende  honorable.  C'est  surtout  aux 
honnêtes  gens  d'Orgon,  s'il  plaît  à  Dieu  qu'il  y  en  ait,  comme  je  le  crois, 
qu'il  appartient  de  purifier  leur  pays,  et  je  les  y  engage.  Le  nauton- 
nier  qui,  après  avoir  longtemps  glorieusement  navigué  sur  un  Océan  im- 
mense, se  trouve  tout  à  coup,  par  suite  d'une  tempête  efl'royable,  avec 
sa  nef  dématée,  sans  voiles,  sans  gouvernail  au  milieu  d'une  mer  res- 
serrée, semée  d'écueils  plus  dangereux  les  uns  que  les  autres,  vers  les- 
quels les  vents  déchaînés  et  les  vagues  en  courroux  le  poussent  afin  de 
le  briser,  n'échappant  à  un  grand  danger  que  pour  tomber  dans  un  dan- 
ger plus  grand  encore,  qui  voitpartout  la  mort  et  qui  n'attend  son  salut 
que  d'un  miracle  de  la  providence  :  tel  était  l'empereur  Napoléon  en  tra- 
versant la  Provence.  Tout  ce  qiC 

Page  23,  lig.  2.  manque  de  courage, cav  personne  ne  manquait  de  cou- 
rage. Lig.  20.  altération,  quoique  intérieurement  il  fût  très  agité,  de- 
manda.  Lig.  26.  avec  bonté,  il  l'écoute  avec  intérêt.  La  conversation. 
Lig.  11.  Provençaux,  c'était  naturel.  Lig.  16.  Saint  Maximin.  Ce  qui  s'é- 
tait passé  inspirait  des  craintes  pour  ce  qui  pouvait  se  passer  encore. 
L'empereur. 

Page  25,  lig.  2  provocation,  surtout  de  ces  provocations  qui  poussent 
les  hommes  à  être  sans  aucun  respect  pour  la  religion  du  malheur. 
Enfin,  l'empereur  touchait  au  terme  des  dangers  que  les  populations 
provençales  lui  avaient  fait  courir,  comme  si  ces  populations  avaient  été 
recrutées  parmiles  Hottentots  les  plus  sauvages.  L'empereur  passa  au  Luc 


12  ADDITIONS    ET    VARIANTES 

De  là  il  tu  roit  au  château  des  Etats  Généraux  en  1789.  Nous  retrou- 
vons l'empereur  où  nous  l'avons  laissé  en  terminant  notre  premier  volu- 
me: sur  la  frégate  anglaise  VUndaunted,  le  4  mai,  au  matin,  au  mo- 
ment où  Portoferrajo  lui  prépare  une  réception  solennelle,  et  là  nous 
reprenons  l'histoire  de  son  séjour  à  l'île  d'Elbe. 

Page  27.  Lig.  19.  C'est  partout,  c'est  toujours  :  les  populations:  Lig.  20. 
à  la  joie,  le  cœur  au  plaisir,  et  éblouies,  enchantées,  hors  d'elles-mêmes. 
Lig.  22  de  compter  les  heures  de  la  nuit  ;  et  l'aurore,  dans  ses  plus  bril- 
lants atours,  était  venue  se  mêler  aux  rêveries  de  bonheur  dont  l'idéalité 
faisait  déjà  toucher  les  Portoferrajais  à  l'âge  d'or.  Le  sommeil  n'avait 
donc  pas  calmé  les  émotions  effervescentes  des  masses:  elles  n'avaient 
pas  dormi.  Il  en  était  à  peu  prùs  de  même  en  dehors  des  masses.  Celte 
nuit  n'avait  été  une  nuit.  Lig.  tl  II  fallait  tout,  absolumeiit  tout.  Lig.  29 
de  l'île  d'Elbe.  Il  n'y  avait  pas  une  chose  à  faire,  il  y  avait  tout  à  faire. 
Lig.  30.  extrême.  Maire,  adjoint,  conseil  municipal,  commissaire  de  po- 
lice, greffier,  employés,  du  premier  au  dernier,  tout  le  monde.  Lig.  33  à 
la  pâte  pour  faire. 

Page  28.  Lig.  1.  milieu  dît  peuple,  ce  qui  était  une  bonne  raison.  Lig. 
11.  sans  exception  aucune.  Disons  mieux,  il  fallait  tout  se  faire  prêter, 
parce  qu'on  n'avait  rien.  //  fallait.  Lig.  28.  lettre  aux  personnes  qui 
pouvaient  le  plus  satisfaire  aux  désirs  qu'elle  exprimait.  Immédiatement 
^071.  Lig.  33  d'importance.  Cette  nuit  d'activité  avait  terminé  son  cours, 
un  soleil  radieux  annonçait  une  belle  journée. 

Page  .30.  Lig.  31.  Portoferrajo.  Les  erreurs  ne  sont  jamais  vraiment 
utiles,  surtout  lorsqu'elles  donnent  un  démenti  à  la  vérité. 

Page  31.  Lig.  14.  Napoléon  si  elle  était  fondée,  et  s'il  pouvait  être  vrai 
qu'il  faut  ainsi  le  tromper  pour  parvenir  à  lui  plaire.  Pendant  cette 
nuit  d'occupation  presque  générale,  je  n'étais  pas  resté  sans  rien  faire,  et 
j'avais  trouvé  dans  mon  patriotisme  à  joindre  mes  hommages  à  tous  les 
hommages.  //  m'avait  semblé.  Lig.  29.  Mes  rapports  avec  le  colonel 
Vincent  avaient  toujours  été  de  fort  bons  rapports.  Il  avait  l'habitude  de 
me  faire  des  confidences. 

Page  32.  Lig.  33.  l'île  d'Elbe,  d'une  si  grande  importance. 

Page  33.  Lig.  1.  pavillon  elbois,  qui  n'avait  pas  la  même  valeur, 
était.  Lig.  17.  s'il  fut  obéi.  On  pense  bien  que  je  ne  parle  pas  des 
personnages  qui  avaient  des  prétentions  ambitieuses,  dont  l'apparence 
devait  être  une  affectation  calculée  en  faveur  des  changements  que  la 
coalition  avait  consommés  dans  notre  malheureuse  France.  Lig.  19.  voir. 
Cependant  ils  ne  s'aimaient  pas.  Du  moins  le  col.  Vincent  le  disait  ainsi. 
Ce  qu'il  y  avait  devrai,  c'est  que  le  col.  Vincent .Vi^.t-l.  l'avaiicement  qui 
était  dû.  Lig.  29.  Tandis  que  la  ville  de  Portoferrajo  était  palpitante  de 
l'honneur  qu'elle  allait  recevoir,  qu'elle  mettait  la  dernière. 

Page  34.  Lig.  3.  autour  de  la  frégate,  que  ce  point  du  monde,  la  veille 
si  triste,  présentait  l'aspect  le  plus  animé,  l'empereur  Napoléon  recevait 
quelques  personnes  et  prenait  des  informations  sur  les  hommes  et 
sur.  Lig.  4.  les  choses  qui  allaient  l'entourer  dans  son  nouveau  sé- 
jour. //  avait.  Lig.  15.  maternel,  l'empereur  avait  trop  de   dignité  pour 


AUX  SOUVENIRS   DE   PONS  13 

écouter  cet  homme  qui,  malgré  son.  Lig,  17.  confiance^  aussi  l'empereur. 
Lig.  19.  méchant  homme  lorsque  aucune  passion  ne  troublait  sa  nature 
originelle,  mais.  Ils,.  21.  égarement  complet,  et  alors  il  se  vautrait  dans 
la  médisance.  Il  n'est  pas  inutile  de  le  répéter  au  moment  où  nous  allons 
entrer  dans  une  nouvelle  vie  sociale.  Lig.  23.  en  présence  :  de  grands  et 
de  petits  intérêts,  des  intérêts  de  toutes  les  sortes.  Ces  intérêts  ne  pou- 
vaient pas  se  remuer  sans  se  heurter,  sans  se  froisser,  de  manière  qu'ils 
avaient  presque  toujours  maille  à  partir.  II.  Lig.  25.  sa  tranquillité.  C'é- 
tait de  ne  jamais  aller  sur  les  brisées  de  personne,  de  ne  se  mêler.  Lig. 
26.  ces  braves  gens,  qui  avaient  besoin  d'obligeance.  Je  me  suis.  Lig.  28. 
Portoferrajais,  j'étais  au  milieu  d'eux  au  plus  fort.  Lig.  30.  d'aucun 
d'eux.  C'est  une  justice  que  je  dois  leur  rendre,  que  je  me  plais  à  leur 
rendre.  Chaque  chose  a  son  temps.  Le  moment.  Lig.  32.  aux  petites  au- 
diences de  bavardage,  dont  la  facilité  est  souvent  fatigante,  et  que  les  es- 
prits sérieux,  quand  ils  le  peuvent,  abrègent  autant  que  cela  dépend  d'eux. 
L'empereur  mit. 

Page  35.  Lig.  5.  excursion.  La  société  s'était  un  peu  dispersée,  l'empe- 
reur. Lig.  9.  le  colonel  Vincent  dut  aller  à  la  rencontre  de  cette  espèce 
de  provocateur,  il  Vempécha.  Lig.  12.  s'arrêter,  le  col.  Vincent  revint  à 
l'empereur;  l'empereur.  Lig.  16.  cet  événement  qui  pouvait  paraître 
extraordinaire.  Le  col.  s'acquitta  de  la  mission  dont  il  était  chargé,  il  vint 
ensuite  en  rendre  compte  à  l'empereur. 

Page  36.  Lig.  16.  Midi  sonne:  l'angelus  sonne  avec  lui;  les  Elbois 
prient.  Mais  un  coup.  Lig.  20.  au  graiid  mat;  elle  l'a  saluée  comme  si 
elle  devait  flotter  pour  l'Angleterre.  Lig.  22.  populations  réunies.  On 
croirait  que  le  firmament  va  s'écrouler.  Le  ciel  est  confondu  avec  la 
terre.  Lig.  24.  pleins  d'espérance.  Depuis  longtemps  d'ailleurs  l'île  d'Elbe 
avait  un  culte  d'admiration  pour  l'empereur  Napoléon.  Le  culte  de  ten- 
dresse va  le  suivre.  Lig.  26.  craiiites  et  ces  craintes  n'étaient  pas  sans 
fondement.  Les  réunions  d'hommes  sont  un  ensemble  de  contrastes. 
Lig.  31.  Vile  d'Elbe,  de  manière  qu'il  avait  accueilli  assez  durement  les 
auteurs  et  les  fauteurs  de  révoltes.  Il  avait 

Page  37.  Lig.  1.  Cette  réponse,  peut-être  déplacée  dans  une  telle  cir- 
constance, cette  réponse  échappée  à  la  conscience  d'un  homme  d'hon- 
neur dont  tout  le  monde  connaissait  les  sentiments  d'humanité,  s'était 
de  suite  répandue  dans  le  public  et,  comme  on  le  pense  bien,  elle  avait 
efirayé.  Lig.  5.  L'emperenr  Napoléon,  de  telle  sorte  que  les  révoltés.  Lig. 
16.  étojvier.  L'Anglais,  comme  homme  de  nation,  est  un  homme  comme 
tous  les  hommes  de  l'état  social,  mais  l'Anglais  est  homme  de  gouvernement. 
Lig.  19.  Tous  les  préparatifs  étaient  terminés  pour  recevoir  l'empereur  Napo- 
léon. L'empereurattendait,  les  Elbois  attendaient  bien  plus  encore.  Durant 
mon  long  exil,  des  gens  de  corruption  pour  lesquels  le  malheur  qui  ne 
les  frappe  pas  est  une  chimère,  qui  ne  comprennent  ni  l'honneur  ni  la 
patrie,  ni  la  gloire,  ni  la  liberté  ni  l'indépendance,  des  gens  pour  qui 
tout  est  bien  lorsqu'ils  sont  bien,  ont  ri  de  cette  réception,  l'ont  livrée  à 
leur  plume  vénale,  et  cent  Français  qui  en  avaient  été  les  témoins  n'ont 
pas  donné  un  seul  démenti.    La  réception.  Lig.  23.   même  à  Lyon  oit  il 


14  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

était  tant  et  tant  nimé.  On  fait  ce  que  l'on  doit  quant  on  fait  ce  que  l'on 
peut.  Tout  est  relatif.  11  n'y  a  que  les  sots  qui  puissent  penser  qu'un 
ornement  de  feuillage  n'équivaut  pas  à  une  tenture  dorée.  Lig.  31  rem- 
parts, et  une  partie  de  la  population  était  debout  sur  le  faîte  des  rem- 
parts, comme  si  on  l'avait  placée  pour  servir  d'ornement.  Ce  premier. 
Lig.  29.  dupays,  mais  alors  môme  qu'il  y  aurait  eu  possibilité  de  l'augmenter, 
l'on  ne  devait  pas  l'augmenter,  car  l'augmentation  ne  pouvait  être  que 
le  fruit  de  l'emprunt,  et  la  médisance  aurait  fait  sa  plus  belle  pâture 
d'une  richesse  empruntée.  La  critique  des  pervers  ne  respecte  pas  même 
les  motifs  honorables  qui  entraînent  à  la  représentation  splendide  de 
sentiments  généreux.  Loin  de  là  :  elle  les  attaque,  et  lorsque  elle  le  peut, 
sa  dent  meurtrière  les  déchire,  comme  elle  déchire  tout  ce  qui  a  un 
principe  de  dignité.  Ejifm  Vemperetir.  Lig.  21.  ces  salutations.  11  faut 
que  je  le  dise  :  Ce  second. 

Page  40.  Lig.  7.  une  politesse  déplacée.  Il  est  des  circonstances  où 
chacun  doit  garder  sa  place  :  c'était  ici  une  de  ces  circonstances.  Lig. 
13.  de  près,  on  ne  voulait  pas  cesser  de  le  voir  de  près  Lig.  15.  la  vo- 
lonté générale  et  elle  cherchait  à  rester  auprès  du  dais  :  de  là  des  lut- 
tes, qui,  sans  avoir  rien  d'irritant,  amenaient  des  ondulations  populaires, 
et  par  conséquent  des  haltes  forcées.  Lig.  17  //  trépignait  visiblement, 
et  l'on  pouvait  dire  sans  exagération  que  si.  Lig.  20.  On  arriva  à  l'église 
L'église  était.  Lig.  22.  pour  l'empereur,  le  prie  Dieu  était  couvert.  Lig. 
25.  envahi  Véglise.  Aussitôt  que  le  calme  fut  établi,  avant  même  qu'il  fut 
établi,  le  vicaire  général. 

Page  41.  Lig.  2.  tâche  à  remplir  pour  leur  noviciat.  Ils  étaient  extrê- 
mement embarrassés.  Gela  devait  être,  l'on  aurait  pu  l'être  à  moins.  Ils 
ne  savaient.  Lig.  8.  leur  attention  avec  une  aiïabilité  extrême.  Je  vou- 
drais pouvoir  expliquer  avec  précision  quel  était  le  caractère  particulier 
de  cette  cérémonie  :  car  elle  avait  un  caractère  particulier.  Ces  sortes 
de  cérémonies  sont  ordinairement  plus  politiques  que  religieuses;  sou- 
vent même  elles  ne  sont  que  politiques.  Celle-ci  ne.  Lig.  14.  et  certai- 
nement je  ne  hasarde  rien  en  disant  qu'il  n'en.  Lig.  17.  absolue  des 
plus  grandes  existences  humaines,  de  la  plus  grande  existence  humaine: 
il  y  a  l'immensité  à  traverser  et  l'homme,  quelque  extraordinaire  qu'il 
soit,  n'est  pas  propre  à  franchir  cet  espace,  quoi  qu'il  en  puisse  être  ! 
L'empereur,  sans  avoir  rien  de  trop  mondain,  sans  avoir  rien  de  trop 
dévot.  Lig.  26  prêtres.  Ils  ne  se  croyaient  pas  assez  élevés  pour  le  minis- 
tère qu'ils  étaient  appelés  à  remplir,  qu'ils  ne  se  croyaient  pas,  peut- 
être,  bien  autorisés  à  remplir.  Lig.  32.  étaient  Jiombreuses,  et  pourtant 
dans  une  harmonie  qui  ne  pouvait  être  que  celle  des  cœurs,  elles  ne  for- 
maient qu'une  seule  voix.  Aux  deux  versets. 

Page  42.  Lig.  7.  Il  peut  se  faire  que  les  populations  elboises,  accou- 
rues à  Portoferrajo,  eussent  fait  comme  la  population  de  Portoferrajo,  si 
elles  avaient  été  à  sa  place,  mais  c'él;ait  la  population.  Lig.  8.  envahi 
Véglise,  qui  était  toute  dans  l'église,  e^p«r.  Lig.  29.  alors  on  ne  se  trom- 
pe jamais  n.  Ah!  si  l'empereur  avait  compris  la  patrie  du  peuple  comme  il 
comprenait  la  patrie  du  pouvoir  ;  s'il  avait  compris  la  liberté  comme  il 


AUX   SOUVENIRS   DE   PONS  15 

comprenait  le  despotisme,  si...  Mais  l'homme  n'est  pas  né  pour  la  per- 
fection, et  l'empereur  était  un  homme.  Le  sous-préfet  présenta  les  muni- 
cipalités, les 

Page  43,  Lig.  3.  peu  de  mots.  L'intérêt  général,  l'intérêt  particulier,  rien 
ne  lui  échappait.  Outre  le  voyage  d'Arsenne  Thiébault,  dont  selon  moi 
il  avait  pris  connaissance,  l'empereur  avait  eu,  toujours  dans  mon  opi- 
nion, des.  Lig.  11.  de  leurs  besoins  particuliers;  personne  ne  savait 
mieux  que  lui  faire  vibrer  les  cordes  morales  de  la  nature  humaine. 
Lig.  32.  à  Vorateur  :  je  crois  que  l'on  aurait  murmuré  si  la  présence  de 
l'empereur  n'avait  pas  empêché  les  murmures.  Lorsque  Vorateur. 

Page  45.  Lig.  28.  il  m'interrogea  :  Je  répète  le  colloque  :  «  Pouvez 
votis. 

Page  47,  Lig.  cet  égard.  Je  vais  partir  pour  Rio  Marine.  A  neuf.  I^ig.  17. 
de  Vempereur.  Le  général  Bertrand  oubliait  que  les  grandes  populations 
ne  s'improvisent  pas.  Je  le  lui  rappelai.  Il  insista.  J'avais  beaucoup  de 
bras  à  ma  disposition.  J'envoyai  de.  Lig.  19.  en  route  Des  amis  me  sui- 
vaient. Lig.  19-20.  La  population  était  debout  pour  me  recevoir,  elle  me 
reçut  d'une  manière  toute  filiale.  Ma  femme  était  restée  Lig.  23.  mira- 
culeuse: il  y  eut  abondance  de  poisson.  On  przY.  Lig.  32.  pas,  pour  que 
l'adm,  gen.  des  mines  fût  de  nouveau  établi  de  manière  à  pouvoir  donner 
une  hospitalité  agréable  à  l'empereur.  Disons-le  pour  ne  plus  y  revenir  : 
Vempe7'eur. 

Pag.  47,  Lig.  5.  impériale;  elle  ne  l'arrêtait  que  quand  on  la  réprimait. 
Encore  une  chose  qui  ne  doit  être  dite  qu'une  fois.  La  suite  de  l'empe- 
reur n'était.  Lig.  9.  ensuite  avait  couru  après  l'aventureuse  déesse  qu'on 
appelle  la  fortune.  Chacun  avait  augmenté  d'un  grade  ;  l'avancement 
était  général.  Cette  suite  avait  son  beau  côté  ;  elle  avait  aussi  son  côté 
faible.  La  plupart  Lig.  13.  suivre.  Rien  de  plus  pur  que  leurs  senti- 
ments affectueux,  il  y  avait.  Lig.  16.  Larahit,  ainsi  que  plusieurs  autres 
braves.  Lig.  17,  esprit  cultivé,  et  que  l'emp' appréciait  et  qu'il  affectionnait 
particulièrement.  Mais  reprenons  notre  récit.  Lig.  24.  l'empereur  et  le 
saluer  de  ses  vivats.  V artillerie .  Lig.  28.  l  église.  C'était  une  réception 
en  miniature,  mais  c'était.  Lig.  31.  Rio  Montagne,  tous  mes  préparatifs 
furent  mis  en   mouvement  à  Rio  Marine,  et  je  moittai 

P.  48,  lig.  4.  Providence  :  pour  eux,  il  ne  pouvait  pas  y  avoir  quel- 
qu'un au-dessus  de  moi.  Lig.  6.  babboî  »,  ce  qui  signifiait:  «  Vive  notre 
père!  »  Lig.  10.  l'empereur,  et  il  parla  d'autre  chose.  Son  observation 
n'avait  été  empreinte  d'aucune  espèce  de  mauvaise  humeur.  Lig.  19.  pas 
de  bon  aloi  ;  je  le  pris  pour  un  de  ces  sourires  qui  glissent  sur  le  bout 
des  lèvres.  On  ferait  bien  des  volumes  du  récit  circonstancié  des  petites 
faiblesses  des  grands  hommes.  L'empereur  devait  avoir  indispensablement 
tout  ce  que  les  grands  hommes  ont.  Le.  Lig.  21.  attentio7i.  Le  lys  n'était 
pas  plus  mon  enseigne  que  celle  de  l'empereur.  Lig.  23.  mo/.  Décidément 
il  me  boudait.  C'était  commencer  vite.  Lig.  26.  Je  m'étais  aperçu  que  le 
général  Delesme  avait  l'intention  de  me  parler  en  particulier.  Nous  nous 
joignîmes.  Il  m'apprit  avec  anxiété  Lig.  30.  affectueuses.  Je  n'ai  jamais 
failli  au    courage  de  mon  opinion.  L'empereur  pouvait  se   rappeler  de 


16  ADDITIONS    ET  VARIANTES 

Bandol  (sic);  le  col.  Vincent  avait  peut-être  jasé.  Je  ne  voyais  que  cela, 
je  le  voyois  sans  crainte.  J'étais  bien  décidé. 

Page  49,  Lig.  10.  à  tue  tête.  Ce  n'était  pas  riche,  ce  n'était  pas  même 
élégant.  N'importe  ?  cela  avait  un  abandon  qui  plaisait.  L'empereur 
voulut.  Lig.  20.  mines,  pour  les  demander  à  un  homme  étranger  aux 
mines  dont  l'ignorance  ne  pouvait  pas  être  un  moment  douteuse,  me 
blessa.  Lig.  24.  de  conversation.  Je  l'avoue,  que  l'on  me  blâme  ou  que 
l'on  ne  blâme  pas,  ni  le  général  Dalesme,  ni  personne.  Lig.  27.  au  si- 
leJice.  De  son  côté,  le  général  Dalesme  avec  raison  était  également 
froissé  de  se  trouver  à  table  coude  à  coude  avec  le  maire  de  Rio  Mon- 
tagne, après  l'avoir  désigné  à  l'empereur  comme  l'un  des  révoltés  qu'il 
avait  dû  forcément  traduire  en  justice,  et  l'avoir  prié  de  faire  continuer 
les  poursuites. 

Page  50.  Lig.  4.  cet  officier.  Jamais  l'orgueil  ne  fut  fustigé  d'une  ma- 
nière aussi  exemplaire.  L'Empereur.  Lig.  6.  bouche.  J'avais  besoin 
d'être  seul.  J'allais.  Lig.  16.  J'étais  aux  antipodes  de  ce  début  :  rien  ne 
m'y  avait  préparé.  Toutefois,  je  ne  pouvais  pas  rester  silencieux.  Je  lui. 
Lig.  18.  infâme  des  Appiani,  que  la  souche  de  cette  race  était  une  sou- 
che d'atrocité,  et  que  le  crime.  Lig.  20.  L'Empereur  m'avait  bien  étonné. 
Je  venais  de  l'étonner  peut-être  plus  encore.  Il  s'arrêta  ;  il  me.  Lig.  23. 
mon  âme.  Je  m'attendais  à  quelques  observations,  peut-être  même  à  un 
blâme.  Pas  du  tout.  L'empereur. 

Page  51.  Lig.  1.  Vwi  de  Vautre.  Rien  ne  s'était  bien  enchâssé.  Rien  aussi 
n'était  décidé.  L'Empereur  était  resté  son  maître,  mais  j'étais  égale- 
ment resté  le  mien,  et  nous  pouvions  mutuellement  prendre  le  parti 
que  nous  jugerions  le  plus  convenable.  Lig.  8.  d'administrateur  géné- 
ral... Que  le  lecteur  m'en  croie:.,  au  milieu  des  chagrins  qui  ont  labouré 
ma  vie,  je  n'ai  pas  éprouvé  un  chagrin  plus  cuisant  que  celui  que  cette 
démarche  me  fit  éprouver,  et,  malgré  moi,  mon  front  se  couvre  de  rou- 
geur en  me  la  rappelant.  Je  fus  humilié,  après  tout  ce  qui  venait  de  se 
passer,  que  l'Empereur  pût  penser.  Lig.  18.  celte  espèce,  et  par  défaut 
d'habitude.  J'avais.  Lig.  23.  cette  habitude  de  solliciter  à  genoux  était 
une  vieille  habitude  du  pays,  surtout  de  Rio-Montagne.  Lorsque  je  pris 
les  rênes  de  l'administration  des  mines,  les  ouvriers,  plus  particulière- 
ment les  femmes  des  ouvriers,  ne  me  sollicitaient  qu'en  se  prosternant, 
et  il  m'avait  fallu  être  très  rigoureux  pour  faire  cesser  cet  usage  d'avi- 
lissement. Je  croyais  être  venu  à  bout  de  le  faire  disparaître,  lorsque 
l'affection  de  mes  employés  me  prouva  que  ma  croyance  était  une  er- 
reur. Ensuite,  ces  braves  gens  furent  désolés  de  m'avoir  affligé.  Lig.  18. 
tire  à  terre  :  c'était  le  meilleur  raisonnement  possible.  Lig.  31.  il  en 
convint.  J'avais  surveillé  ce  qu'on  faisait.  Lorsque. 

Page  52.  Lig.  13.  avait  rendu  compte  à  l'Empereur.  Il  me  demanda 
aussi  «  si  je  ne  croyais  pas  qu'il  dût  visiter  Palmajola  ?  »,  et,  sur  mon 
opinion  contraire,  il  ajouta  :«  Tant  mieux!  »  Le  général  Dalesme  lui  ra- 
conta ma  levée  en  masse  contre  le  général  anglais.  Cela  le  fit  bien  rire, 
et  il  s'informa  de  plusieurs  habitants,  «-s'ils  avaient  été  de  l'expédition >. 
Nous  étions  rentrés.  On  avait  déjeuné  à  [sic]  bonne  heure  :  l'on  avait 


AUX   SOUVENIRS   DE   PONS  17 

beaucoup  Tadxc.h.è.  J'engageai.  Lig.  2^.  parut  lui  faire  plaisir.  Je  croyais  qu'il 
allait  continuer  :  il  se  tut.  On  partit.  Je  saluai  l'Empereur.  L'Empereur 
parut  fort  étonné  de  ce  que  je  ne  partais  pas  avec  lui;  il  m'en  demanda 
la  raison  :  j'étais  embarrassé  pour  lui  en  donner  une  ;  il  s'aperçut  de  mon 
embarras,  et  il  m'en  tira  en  m'engageant,  avec  aménité,  de  (sic)  le  sui- 
vre, parce  que  mo?i  épouse  m'attendait.  Le  retour  fut  agréable.  L'Empe- 
reur causa  facilement.  Sa  causerie,  sans  avoir  un  caractère  sérieux, 
était  empreinte  de  ces  choses  qui  frappent,  dont  on  garde  la  mémoire, 
et  l'on  aurait  voulu  qu'il  ne  cessât  pas  de  parler.  Il  s'arrêta  en  face  de 
la  forteresse. 

Page  53.  Lig.  2.  il  me  questionna  pour  savoir  ma  pensée,  et  je.  Lig. 
14.  nquaiido  i  buoi  parlava?io  »,  ce  qui  signifie  :  «dans  le  temps  de  l'an- 
tiquité, lorsque  les  bœufs  parlaient»,  et  l'on  se  remit  en  marche.  Lig.  19. 
Le  général  Dalesme,  dont  la  franchise  el  la  loyauté  étaient  tout  d'une 
pièce,  indigné  de  cette  cérémonie. 

Page  54.  Lig.  2.  monde  nouveau.  Je  ne  suis  pas  habitué  à  manquer 
aux  convenances,  tant  s'en  faut.  Je  suis  plutôt  prodigue  de  politesses, 
surtout  avec  mes  subordonnés .  Il  est  bien  vrai  que,  dans  mes  rapports 
avec  mes  supérieurs,  je  ne  dépasse  guère  la  politesse  qm  m'est  prescrite 
par  le  devoir.  Toutefois,  cette  manière  ne  doit  pas  être  une  mauvaise 
manière,  puisqu'il  m'est  permis  de  compter  au  nombre  de  mes  meilleurs 
amis  les  hommes  célèbres,  sous  les  ordres  desquels  j'ai  eu  le  bonheur  de 
servir  honorablement  mon  pays,  et  que  dans  toutes  mes  adversités,  ces 
hommes  célèbres  n'ont  pas  cessé  un  moment  de  me  donner  des  preuves 
du  plus  tendre  intérêt.  Il  est  entendu  que  je  ne  parle  pas  des  hommes 
célèbres  de  la  révolution  de  1830.  1830  n'a  pas  produit  une  seule  illus- 
tration noblement  acquise.  Louis-Philippe  semble  destiné  à  rapetisser 
les  citoyens  qu'il  lui  serait  le  plus  facile  de  grandir.  Il  semblerait  que  sa 
parole  a  une  puissance  délétère  qui  éteint  la  vie  morale.  On  ne  trouve 
presque  plus  une  personne  dont  on  puisse  se  plaire  à  serrer  la  main. 
Nous  sommes  descendus  aux  jours  néfastes  du  Directoire.  —  C'était  le 
5  mai! 

Page  57.  Lig.  27.  sanctionné.  L'adulation  rapetisse  tous  les  lan- 
gages, même  le  langage  religieux.  Lig.  32.  On  n'est  jamais  fati- 
gué lorsqu'on  peut  se  reposer  à  volonté,  du  moins  matériellement 
parlant.  LEmpereur.  Lig.  34.  extraordinaires.,  mais  au  bout  du  compte, 
c'était  un  homme  et,  homme  il  était,  comme  tous  les  hommes, 
soumis  aux  conditions  humaines.  Seulement,  ces  conditions  humaines 
étaient  pour  lui  des  conditions  de  prédilection.  De  là  les  comparaisons 
qui  rélevaient  au  dessus  de  l'homme,  ce  qui  est  toujours  un  mal,  car 
il  n'y  a  véritablement  que  Dieu  qui  soit  au-dessus  de  l'homme.  Ce  qu'il 
y  avait  presque  de  surhumain  dans  l'empereur,  c'était  cet  esprit  pro- 
fond, émanation  de  l'essence  divine,  qui,  en  même  tems,  concevait  tout, 
embrassait  tout,  et  présidait  à  tout.  Voilà  la  véritable  infatigabilité; 
vingt  travaux  devaient  en  même  temps  être  exécutés  :  il  précisait  à  la 
fois  le  mode  de  leur  exécution.  Des  obstacles  arrêtaient  la  marche  de 
ses  plans  :  il  brisait  les  obstacles  ;  là  où  il  était,  l'impossibilité  perdait 
son  empire.  C'est  ainsi  qu'en  arrivant  à  l'île  d'Elbe,  il  occupa 


18  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

Page  58.  Lig.  1.  immédiatement  et  extraordinairement  to?^.  Làg.  la. 
Bertrand,  ces  deux  messieurs  ne  furent  pas  du  même  avis.  Lig.  78.  ma- 
réchal. J'étais  présent  à  tout  ce  que  je  viens  de  rapporter.  Dans  cette 
recherche  de  logement,  le  colonel  Vincent  avait  demandé.  Lig.  21  tra- 
vail. En  eliet,  on  ne  s'occupa  guère  du  général  Drouot.  Du  moins,  le 
général  Drouot  n'était  pas  un  souci.  L'Empereur  Lig  16.  dois  faire,  et  il 
le  lui  avait  répété  le  jour  de  son  entrée  souveraine  à  Portoferrajo. 
Mais  il.  Lig.  30.  employer,  ce  qui  aurait  très  bien  pu  arriver.  Le  gé- 
néral. 

Page  59.  Lig  13.  la  fatalité.  Il  visita  une  partie  du  logement  du  géné- 
néral  Dalesme  :  ce  logement  ne  lui  convint  pas,  il  ne  pouvait  pas  lui 
convenir.  Lig.  17.  drapeau,  et  l'empereur,  en  les  félicitant  sur  leur  bonne 
conduite,  répondant  à  des  paroles  qui  lui  avaient  été  adressées,  leur  dit  : 
Je.  Lig.  23.  méditations.  C'était  assez  difficile  à  trouver.  On  avait  tout 
épuisé,  il  fallait  décider,  l'empereur  décida.  Il  décida  qu'on  Lig.  27. 
architecte,  et  prenant  en  mains  l'équerre,  le  compas,  il  soumit  tout  à  sa 
direction  immédiate.  L'ère  nouvelle  de  l'île  d'Elbe  s'annonçait  avec  éclat. 
Née  d'un  géant,  elle  n'avait  pas  eu  de  berceau,  et,  en  entrant  dans  la 
vie,  elle  touchait  à  sa  virilité.  Tout  à  coup  Portoferrajo  ressembla  à  la 
Salente  de  Fénelon.  L'illusion  était  complète.  Le  génie  d'un  homme  avait 
révélé  le  génie  d'un  homme  [sic).  L'apprenti  était  devenu  ouvrier,  l'ou- 
vrier était  devenu  maître,  le  maître  était  sorti  de  la  vieille  ornière  des 
routines.  Chacun.  Lig.  34.  permanence.  Le  travail  prouvait  la  force  de 
son  action  par  l'énergie  de  son  bruit.  Les  navires 

Page  60.  Lig.  3.  elbois;  je  conçois  que  je  parle  un  langage  de  fiction, 
pourtant  je  suis  resté  dans  le  vrai;  peut-être  même  suis-je  resté  au-des- 
sous du  vrai,  mais  je  reviens  de  suite  à  la  simpUcité  habituelle  de  ma 
parole.  Lig.  5.  besoin  de  savoir  ;  eux-mêmes  y  disent  rarement  la  vérité. 
On  y  parle  qu'un  idiome  de  convention.  L'audience  que  l'empereur  avait 
donnée  aux  députations  communales  qui  étaient  venues  lui  présenter  les 
hommages  de  la  population  elboise,  malgré  tout  ce  qui  s'y  était  passé, 
ne  pouvait,  au  fond,  avoir  servi.  Lig.  20.  pouvait  pas  lui  expliquer. 
Rien  ne  lui  échappa.  Il  passa  tout  au  creuset  épuratoire  de  son  génie. 
Les  différents.  Lig.  33.  souveril  irréparables.  Le  sous-préfet  vint  avec 
empressement  me  répéter  ces  paroles  remarquables,  d'autant  plus  re 
marquables  qu'elles  sortaient  de  la  bouche  d'un  homme  que  l'on  consi- 
dérait comme  un  despote,  et  qui,  il  ne  faut  pas  craindre  de  le  dire,  avait 
fait  preuve  de  despotisme.  Il  me  semble  que  j'aurais  mérité  d'être 
blâmé   si    je    ne    les    avais    pas    soigneusement    recueillies. 

Page  61.  Lig.  8.  de  félicité.  Le  restant  de  l'ile  végétait  par  les  pres- 
surages accablants  du  fisc.  Les  Elbois  n'avaient  pour  ainsi  dire  pas  connu 
la  France  dans  son  existence  habituelle.  Ce  n'est  pas  dans  le  boulever- 
sement des  nations  que  l'on  peut  sagement  apprécier  les  caractères 
nationaux  et  les  ressources  nationales.  Toutefois  les  données  que  l'em- 
pereur eut.  ou  bien  :  [L'empereur  put  se.  Lig.  20.  humaine.  Ce  ne  sont  pas 
les  seules  choses  que  j'aurai  à  répéter  dans  le  cours  de  cet  ouvrage.  Quel 
était  Lig.  22.  V ouest  de  Vile  !  C'est  ce  que  l'empereur  voulait  approfondir. 


AUX   SOUVENIRS   DE    PONS  19 

Il  chercha  et  rechercha,  il  rechercha  encore,  et  quelles  que  fussent  les 
phrases  de  l'anarchie,  il  trouva  partout.  Lig.  28.  Je  crois  cependant  que 
les  Corses  ont  naturellement  beaucoup  plus  d'orgueil  que  les  Marcian- 
nais,  infiniment  plus.  Lig.  33.  l'empereur  qui  avait  tant  d'autres  avan- 
tages immenses.  Tout  le  passé  de  l'empire  était  classé  dans  cette  tête 
incommensurable,  rien  ne  s'y  perdait,  ne  s'y  égarait.  11  y  trouvait  en 
même  temps,  avec  la  même  facilité,  ses  codes,  ses  monuments,  ses 
batailles. 

Page  62.  Lig.  6.  tout  retenir.  Si  l'on  voulait  citer  les  choses  les  plus 
remarquables,  l'on  remplirait  des  pages  nombreuses,  et,  en  ne  disant 
que  ce  que  l'on  a  vu  et  ce  que  l'on  a  entendu,  l'on  aboutirait  peut-être 
à  faire  croire  que  l'on  conte  des  sornettes.  Les  prêtres  Lig.  11.  sacristie, 
commérages  qui  ne  sont  pas  toujours  sans  scandale.  Lig.  32.  à  cela,  la 
haute  raison  de  l'empereur  fut  de  suite  convaincue  que  c'était  un  état 
naturel.  En  efiet,  Porto- 
Page  63.  Lig.  3.  des  moyens  spéciaux.  Une  marine  marchande  nécessi- 
terait la  création  de  navires,  qui,  nepouvantpas  être  occupés  par  le  pays, 
devraient  aller  chercher  fortune  hors  du  pays,  spéculations  liazardeuses, 
tout  au  plus  convenables  aux  places  maritimes  où  les  fonds  sont  surabon- 
dants et  à  laquelle  Portoferrajo  ne  peut  pas  même  penser.  Lig.  13.  Et 
qu'on  ne  pense  pas  que  les  investigations  de  l'empereur  ressemblaient  à 
ces  recherches  de  pure  curiosité  qui  alimentent  l'esprit  sans  aller  au 
delà  de  l'esprit,  et  qui  ne  transmettent  rien,  ou  presque  rien,  aux  sciences 
et  aux  arts.  L'empereur  s'emparait  de  chaque  question  comme  si  tout  son 
savoir  appartenait  à  cette  question.  Il  approfondissait  tout:  il  n'effleurait 
rien.  Lorsqu'il  y  avait  un  doute,  il  le  tournait,  il  le  retournait,  il  le  prenait 
à  droite,  il  le  prenait  à  gauche,  en  haut,  en  bas,  de  toutes  les  manières, 
et,  dans  cette  lutte,  il  finissait  toujours  par  vaincre.  Un  rayon  de  lumière 
jaillissait  du  débat.  Il  n'y  avait  jamais  quelque  chose  de  petit  lorsque  ce 
quelque  chose  pouvait  l'instruire,  quelle  que  fût  cette  parcelle  d'instruc- 
tion. Une  qualité  bien  plus  remarquable  qu'on  ne  le  croit  ordinairement, 
qui  manque  trop  souvent  aux  hommes  supérieurs,  c'est  que  l'empereur 
no  faisait  jamais  peser  son  savoir  sur  ceux  qui  ne  savaient  pas,  et  qu'il 
prétait  sa  force  à  la  faiblesse.  //  ne  fallait.  Lig.  28.  Vincent,  il  monta  à 
cheval  avec  lui,  il. 

Page  64.  Lig.  5.  l'empereur  lui  disait  de  l'accompagner,  surtout  quand 
il  lui  demandait.  Lig.  15.à  ïarme  du  génie.  L'empereur  savait  tout  ce  que 
le  colonel  Vincent  disait  et  faisait;  tout  ce  qu'on  disait  et  tout  ce  qu'on 
faisait,  car  avant  même  qu'il  eût  quitté  la  frégate  anglaise,  on  lui  avait 
organisé  une  police  pour  l'instruire  de  tout  ce  qui  se  passerait  autour  de 
lui,  et,  alors,  instruit  qu'il  était,  il  prenait  le  colonel  Vincent  par  son  côté 
le  plus  faible.  La  vérité  est  que  le  colonel  Vincent  Lig.  19.  Vince?if.  Comme 
je  l'ai  déjà  dit,  l'emperetir.  Lig.  20.  frégate,  lorsque  nous  étions  allés  en 
députalion.  Lig.  22. consultait  point  sur  les  choix  qu'il  faisait.  Toutefois, 
dans  le  salon,  comme  dans  le  cabinet,  il  le  traitait  avec  une  considération 
aflectueuse  toute  particulière,  et  il  saisissait  avec  soin  les  occasions  de 
pouvoir  lui  dire  quelque  chose  d'agréable.  Certairiement.  Lig.  27.  l'em- 


2  0  ADDITIONS   ET  VARIANTES 

barrassait.  Voilà  le  secret  de  la  résere  que  l'empereur  affichait  à  l'égard 
du  général  Dalesme.  Je  crus  que  l'empereur  allait  en  appeler  à  mon 
opinion.  Ce  ne   fut  qu'un  éclair. 

Page  65.  Lig.  2.  du  pays.  Ici  la  chose  était  plus  graye.  Je  dis.  Lig.  4- 
pai-tisan,  ajouta  l'empereur.  J'ajoutai  aussi:  Je  ne  suis  jamais.  Lig.  9.  El- 
bois. Je  ne  pouvais  point  croire  cela.  Ce-pendant  l'épouse.  Lig.  13.  appeler; 
je  ne  le  fis  pas  attendre  :   je  devinais  ce  qu'il  voulait  de  moi.  11  ne  me 

donna  pas  le  temps  de  le  saluer.  Je  rends  le  colloque :  «tVous  êtes  donc 

convaincu.  Lig.  29.  dangereux.  Chaque  jour  amenait  sa  tâche.  On  pour- 
rait presque  dire  que  chaque  heure  avait  son  emploi.  C'était.  Lig.  33. 
preuves.  Il  citait  beaucoup  de  choses.  L'empereur  ne  tarda  pas. 

Page  66.  lig.  2.  la  bombe,  et  que  les  voyageurs  instruits  vont 
visiter  avec  beaucoup  d'empressement.  Il  resta  longtemps  dans  ce 
vaste  bâtiment,  il  en.  Lig.  9.  sa  part.  Mais  laissons  un  peu  l'empereur  à 
ses  projets,  à  ses  plans,  à  ses  méditations,  et  retournons  à  Rio,  où  le 
général  Drouot  s'est  rendu  pour  prendre  possession  des  mines.  Notre 
voyage  ne  sera  pas  long.  Lig.  IL  à  personne.  C'était  surtout  le  général 
Drouot  qui.  Lig.  14.  possible.  J'avais  tout  préparé.  Nous  mîmes. 

P.  67,  lig.  22.  (après  le  texte)  Ce  n'est  pas  sans  raison  que  j'ai  copié 
dans  toute  son  étendue,  le  procès-verbal  de  la  prise  de  possession  des 
mines  au  nom  de  l'empereur.  D'abord  je  ne  me  crois  pas  le  droit  ni 
de  taire,  ni  de  mutiler  une  pièce  officielle,  qui  par  sa  nature  est  desti- 
née à  la  publicité,  ensuite  parce  que  cette  pièce  se  trouve  éminemment 
liée  à  une  grande  discussion  qui  doit  tenir  une  place  marquée  dans  mon 
ouvrage,  et  puis,  parce  que  sa  brièveté  l'empêche  d'être  ennuyeuse. 
N'anticipons  pas.  La  grande  discussion  aura  son  temps.  Avant  d'arriver 
à  elle,  je  dois  classer  tout  ce  qui  forme  la  première  phase  historique  de 
l'empereur  à  l'île  d'Elbe,  et  c'est  pour  cela  que  je  rentre  à  Portoferrajo, 
Que  l'on  n'imagine  pas  que  ce  que  je  vais  dire  est  une  exagération. 
Quoi  gu'ily  ait  peu.  Lig.  24.  dispos.  C'est  qu'il  donne. . .  que  ses  ordres... 
et  que  chacun.  Lig.  33.  travail:  j'en  ai  plus  d'une  fois  fait  l'observation. 
Pour  ?ie  pas 

Page  68,  lig.  21.  déjeuna  avec  son  œuf  à  la  mouillette.  On  ne  pouvait. 
L'empereur.  Il  va  sans  dire  que  le  colonel  Lig.  5.  à  satiété.  Son  esprit 
en  était  plein.  Lig.  9.  de  la  mairie.  C'était  pour  lui  un  supplice  cent 
fois  plus  cruel  que  le  supplice  de  Tantale.  Il  serait  mort  à  la  tâche  de 
l'inoccupation.  J'ai  dit  quil  était  à  la  fois  Lig.  15.  bien.  Il  avait  laissé 
dire  :  on  le  laissait  faire,  c'était  la  chose  la  plus  raisonnable  Lig.  25. 
sa  compagne  conjugale.  A  tout  propos  il  annonçait.  Lig.  28.  respect  filial 
pour  sa  mère,  avait.  Lig.  29.  est  droit  au  cœur,  et  l'on  pouvait  le  citer 
comme  un  bon  exemple  à  suivre.  //  assurait 

Page  69.  Lig.  3.  pensif.  Il  semblait  affligé  d'avoir  fait  vibrer  cette 
corde.  Lig.  4.  de  bois,  et,  dans  son  ébranlement,  la  tabatière.  Lig.  9.  pour 
ramasser  le  bijou  qui  venait  de  tomber,  il  le  regarda  de  suite  avec  des 
yeux  d'anxiété,  et  lorsqu'il 

Page  71.  Lig.  4.  de  l'île.  Cela  ne  pouvait  pas  être  autrement  ;  cela 
n'avait  pas  été  autrement.  Mais  Lig.  6.  ancienne  autorité,  de  telle  sorte 


AUX   SOUVENIRS    DE  PONS  21 

Lig.  7.  marche  du  pouvoir,  ce  qui  équivalait  à  l'absence  du  pouvoir. 
Personne  n'obéit  lorsque  tout  le  inonde  commande  (sic);  il  serait  même 
peut-être  mieux  de  dire:  «Personne  ne  commande  lorsque  tout  le  monde 
commande.  Chacun  faisait  bien  de  son  mieux,  mais  ce  mieux  n'était  pas 
combiné  avec  les  autres  mieux  ;  ce  qui  les  amenait  à  se  heurter;  et  sans 
ensemble,  il  n'y  a  pas  possibilité  générale  du  mieux,  car  il  n'y  a  pas 
possibilité  du  bien.  Ce  n'était  pas  Lig.  14.  parlée  et  la  loi  parlée  a 
toujours  l'esprit  de  celui  qui  la  transmet.  Vingt  organes  de  la  loi  parlée 
lui  donnent  vingt  natures  diflerentes. 

P.  72.  Lig.  13.  intéressant  de  cette  branche  de  l'administration  publi- 
que. Lig.  17.  suffirait.  Je  reviendrai  là-dessus.  L.  24.  aide  de  camp,  et 
lorsqu'il  fut  arrivé  à  l'armée,  en  présence.  Lig.  27.  foyers.  Quelles  que 
fussent  les  raisons  qu'il  alléguait  pour  justifier  sa  conduite,  ses  conci- 
toye7is.  Lig.  26.  déserté  le  poste  d'honneur.  L.  28.  signalés,  et  qui  à  tous 
égards  méritait  d'être  choisi.  L.  30.  voulut  se  tromper.  Le  commandant 
qui  n'aurait  pas  dû  être  nommé  appartenait  au  parti  aristocratique  : 
celui  qui  aurait  dû  être  nommé  appartenait  au  parti  patriotique.  C'est 
une. 

Page  73.  Lig.  1.  victoire  est  à  nous.  Je  veux  être  juste  pour  l'empe- 
reur, mais  je  ne  veux  être  que  juste  et  pour  dire  le  bien  comme  pour 
dire  le  mal,  je  ne  me  détournerai  point  de  la  ligne  droite.  Ce  n'est  pas 
un  mérite,  c'est  un  devoir. 

Page  73.  Lig.  5.  réorganisatioji.  Il  faut  le  dire:  dans  toutes.  Lig.  1  était 
une  carrière  sans  avenir.  Lig.  22.  des  hommes  distingués.  L'histoire  gé- 
nérale des  polytechniciens  serait  un  monument  de  gloire  devant  [lequel] 
toutes  les  nations  généreuses  se  prosterneraient. 

Page  74.  Lig  3.  Avant  de  passer  outre,  je  veux  communiquer  à  mes 
lecteurs  la  connaissance  que  j'ai  acquise  du  peuple  officiel  qui  a  entouré 
l'empereur  pendant  les  dix  mois  qu'il  a  régné  sur  l'île  d'Elbe,  et  cela  me 
dispensera  peut  être  de  quelques  répétitions  fastidieuses.  Les  grands 
hommes  ont  leurs  traditions  comme  les  hommes  ordinaires.  Ils  suivent 
les  grandes  traditions  comme  les  hommes  ordinaires  suivent  les  petites 
traditions.  César  avait  l'habitude  d'employer  indistinctement  ses  amis  et 
ses  ennemis,  quelquefois  même  de  préférer  ses  ennemis;  il  croyait 
pouvoir  ainsi  paralyser  leur  mauvais  vouloir.  D'autres  grands  hommes 
avaient  précédé  César  dans  cette  erreur,  d'autres  grands  hommes  l'ont 
suivi.  C'est  surtout  l'empereur  Napoléon  qui  l'a  imité  à  cet  égard.  L'em- 
pereur Napoléon  a  tant  de  fois  été  trompé  par  les  hommes,  si  cruelle- 
ment trompé  par  les  hommes  de  son  choix,  par  les  hommes  de  son  cœur, 
qu'il  a  fini  par  se  persuader  que  les  hommes  sont  tous  ou  presque  tous 
d'une  nature  d'égoisme  qui  les  enchaîne  plus  ou  moins  à  la  sordidité  de 
l'intérêt  personnel;  et  partant  de  ce  principe,  qui  est  la  mécréance  des 
vertus  humaines,  il  en  est  venu  à  ne  compter  que  sur  les  hommes  qui  ont 
besoin  de  compter  sur  lui.  Alors  il  se  fie  plus  à  l'ennemi  qu'il  peut  obli- 
ger qu'à  l'ami  pour  lequel  il  ne  peut  rien  faire.  C'est  un  grand  malheur 
de  ne  pas  croire  à  la  vertu,  surtout  de  ne  plusy  croire.  Ah!  si  l'empereur 
avait  respecté  les  vertus  républicaines,  s'il  les  avait  vivifiées  au  lieu   de 


22  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

les  corrompre,  de  les  empoisonner,  il  ne  serait  pas  réduit  à  se  deman- 
der où  est  la  vertu,  et  la  trahison  n'aurait  pas  tout  envahi,  même  sur  les 
marches  du  trône  !  Néanmoins  l'empereur  chérit  les  gens  de  bien.  Les 
noms  des  Garnot,  des  Lacépède,  des  Gaudin,  des  Maret,  des  Gaulincour, 
le  font  bondir  d'émotion  et  il  ne  les  prononce  qu'avec  une  sorte  de  res- 
pect. D'après  ce  que  je  viens  de  dire,  il  est  naturel  de  penser  que,  excepté 
le  général  Bertrand.  Lig.  9.  à  l'avenant.  Telle  était  l'opinion  exprimée 
Ce  n'était  pas  là  en  effet  où  l'empereur  pouvait  craindre  de  trouver  la 
sordidité  de  l'intérêt  personnel.  On  adopta  les  premiers  qui  se  présentè- 
rent, tous  se  présentaient.  Lig.  14.  avait  eu  de  l'avancement,  car  l'avan- 
cement avait  été  général,  et  les  avancements  en  masse  ne  sont  pas 
toujours  la  récompense  du  mérite;  le  mérite  peut  même  être  humilié 
de  s'y  trouver  compris.  Cet  ensemble  avait  son  bon  côté,  il  avait  aussi 
son  côté  faible.  Quelques  individus  qui  en  faisaient  partie  par  la  7'aisoji. 
Lig.  18.  quelquefois  même  à  des  observations  qui  n'étaient  pas  risibles. 
Je  ne  parlerai  que  des  personnes  qui  étaient  à  la  tête  de  la  maison 
impériale.  Lig.  25.  d'honneur,  sentiment  égal  à  tous  les  grands  senti- 
ments. Lig.  27.  Bertrand,  et  il  paraissait.  Lig.  31.  ses  pensées.  On  pour- 
rait dire  que  ses  aff'ections  n'étaient  que  des  alïections  de  foyer.  Que  si. 
Lig.  32.  avaient  attaché  Napoléon  au  général  Bertrand  ou  qui  avaient 
identifié  le  général  Bertrand  à  l'empereur  Napoléon,  la  main  sur  la 
conscience.  Je  dirais. 

Page  75.  Lig.  11.  d  e  l'île,  et  en  même  temps  il  avait  été  chargé.  Lig. 
17.  cette  rései've.  Tous  les  autres  étaient  rétribués  comme  aux  jours  du 
grand  empire.  //  y  avait.  Lig.  24.  Napoléon,  voyage  qui  a  ensuite  été 
publié,  dit.  Lig.  8.  L'Empei-eur.  Je  n'ai  pas  qualité  pour  parler  de  son 
savoir,  mais  ce  que  je  puis  dire,  c'est  qu'il  était.  Lig.  12.  L'Empereur. 
Ce  qu'on  remarquait  d'autant  plus  que  cette  obséquiosité.  Lig.  18.  Le 
humait.  Alors  le  médecin  en  chef,  faisant  ce  qu'on  pourrait  appeler  de 
lasavantise,  voulut.  Lig  22.  coliques,  l'Esculape  allait  continuer  lorsque 
l' Empereur .  Lig.  33.  cependant  on  le  critiquait  beaucoup  moins  que  le 
médecin  en  chef;  on  ne  lui  reprochait  pas  d'être  le  premier  pharmacien 
de  l'empereur;  c'est  qu'il  ne  faisait  pas  flamboyer  sa  broderie  ;  c'est  que 
dans  l'exercice  de  ses  fonctions,  sa  parole  n'était  pas  insultante  pour 
ceux  à. 

Page  77.  Lig.  2.  qui  il  s'adressait,  et  enfin  c'est  qu'on  le  considérait 
comme  un  bon  camarade.  On  ne  se  faitpeut-étre  pas  une  juste  idée  de 
ce  qu'a  de  puissance  la  protection  de  la  camaraderie,  alors  même 
qu'elle  est  en  dehors  des  associations.  Lig.  4.  Je  disais  que  tout  le 
monde  avait  reçu  de  l'avancement  en  venant  à  l'ile  d'Elbe.  MM.  les 
fourriers  avaient  grandi  dans  (Lig.  5)  les  rangs  de  l'armée,  et  dans  les 
rangs  de  la  maison  de  l'empereur.  Lig.  24.  à  l'écouter.  On  était  naturel- 
lement porté  à  lui  tendre  la  main.  Lig.  29.  conduite  aussi  régulière  ; 
tout  en  n'étant  pas  plus  sage  qu'un  autre,  il  faisait  parler  de  sa  sagesse, 
il  en  faisait  parler  souvent,  et  l'on  avait  fini  par  y  croire  aveuglément. 
Il  était  l'âme  des  coteries,  c'est  par  les  coteries  qu'il  se  rendait  néces- 
saire, rarement  l'on  pouvait  se  passer  de  lui.    Ses  opinions.  Lig.  33.  de 


AUX    SOUVENIRS   DE  PONS  23 

conduite  et  quoiqu'il  n'eût  jamais  rien  fait  que  la  justice  des  tribu- 
naux pût  légalement  condamrier,  //  n'était  pas  entouré. 

Page  78.  Lig.  2  de  nie,  quoique  cette  haute  naissance  ne  se  fondât 
sur  aucune  célébrité.  Lig.  6.  de  le  nommer.  Il  me  vient  à  la  mémoire 
que.  Lig.  11.  en  avait  fait  un  choix  honorable.  Plût  au  ciel  que  les  au- 
tres choix  aristocratiques  que  l'empereur  avait  faits  en  France,  eussent 
été  aussi  convenables  et  aussi  dignes  !  Lig.  17.  Porto  ferrajoise  qui  la 
blâma  avec  amertume.  Lig.  19.  considération.  Cette  considération 
était  méritée.  Lig.  22.  raison,  de  ce  qu'on  lui  avait  préféré  un  homme 
qui  ne  le  valait  pas,  quitta  l'Elbe,  et  les  Elbois  le  regrettèrent.  Je  n'ai 
jamais  pu  connaître  positivement  quelle  fut  l'influence  invincible  qui 
avait  égaré  ainsi  l'empereur.  Lig.  25.  il  était  jeune,  et  sa  tête  déjà  vol- 
canisée  avait  besoin  d'un  guide  sévère  qu'il  ne  pouvait  certainement  pas 
trouver  au  sein  de  sa  famille.  A  cet  âge  il  avait. 

Page  79.  Lig.  1.  imbécillité.  Je  crois  pourtant  avoir  deviné  pourquoi  ; 
l'Empereur.  Lig.  11.  Binelli,  et  il  ne  pouvait  pas  y  avoir  en  lui  un  avenir 
d'espérance.  Lig.  19.  mouvement  de  plaisir,  dont  la  présence  de  mon 
uniforme  français  avait  occasionné  la  manifestation.  Lig.  24.  de  grade 
indigna  surtout  ceux  que  l'usurpation  mettait  militairement  au-dessous 
de  l'usurpateur.  Il  y  eut  des  explications.  Ces  explications  furent  vio- 
lentes. Lig.  27.  garde;  il  fut  souvent  un  sujet  de  querelle  ;  il  dut.  Lig. 
29.  des  murmures.  Je  finis  cette  anecdote  par  où  j'aurais  dû  la  com- 
mencer. Cet  officier  s'appelait  Roule.  Pendant  la  durée  de  la  scène  im- 
périale de  l'île  d'Elbe,  jamais.  Lig.  31.  distingué,  et  hors  de  l'île  d'Elbe, 
je  ne  l'ai  pas  vu  courir  là  où  les  gens  de  cœur  s'empressaient  d'aller.  Il 
et  vrai  qu'il  faisait  un  service  qui  ne  lui  permettait  pas  l'exercice  de 
sa  propre  volonté.  (Avant  la  ligne  32.)  Je  continue  ces  espèces  de  bio- 
graphies qui,  sans  avoir  chacune  une  importance  historique,  n'en  for- 
ment pas  moins  par  leur  réunion  un  des  matériaux  nécessaires  pour 
l'histoire  de  l'Empereur  à  l'île  d'Elbe,  et  l'PJmpereur  en  était  si  bien 
convaincu,  que  dans  un  moment  où  son  esprit  semblait  ne  pouvoir 
être  occupé  que  des  choses  de  la  plus  haute  importance,  il  avait  cepen- 
dant pensé  à  m'en  parler.  Lig.  33.  Paoli,  qui  faisait  le  pendant.  Lig.  .34. 
bientôt  l'Empereur  traînait. 

Page  80.  Lig.  2.  ni  la  finesse  corse,  ni  la  fierté  corse,  ni  le  courage 
corse,  et  je  suis  indulgent  en  disant  qu'il  n'était  bon  qu'à  servir.  D'au- 
tres esclaves  l'avaient  répété  avant  lui,  mais  je  l'ai  entendu  répondre. 
Lig.  10.  celle  que  la  Légion  d'honneur  avait  destinée.  Lig.  13.  gendarme, 
il  fut  excellent  jusqu'à  l'injuste.  Lig.  14.  d'escadron,  tout  en  étant  bien 
convaincu  de  son  incapacité  absolue.  Lig.  15.  éhonté  se  hâta  de  renier 
l'Empereur,  et  il  fut  un  des.  Lig.  17.  Ce  Corse  ignorant  et  ingrat  ne 
fut  pas  le  seul  Corse  ingrat  et  ignorant.  Le  vicaire.  Lig.  22.  l'Empe- 
reur était  sur  la  frégate  anglaise  qu'il.  Lig.  27.  germain,  n'était  pas  le 
cousin  germain  de  la  bêtise  et  de  la  trivialité,  il  n'était  le  cousin  ger- 
main que  du  génie  et  de  la  grandeur,  et  il  n'écouta  M.  le  Vicaire  géné- 
ral que  lorsque  M.  le  Vicaire  général  lui  disait  la  messe.  La  vérité  est. 
Lig.  31.  éloigné,  ce  qui  n'était  pas  un  grand. 


2  4  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

Page  81.  Lig.  2.  il  pria,  il  fit  prier  powr  le.  Lig.  8.  protection  dont  il 
s'était  beaucoup  vanté  Vavait  Lig  10.  joué,  ou  vendu  cent.  Lig,  14.  i7ifo7'- 
tunes  de  la  France,  comme  Jérémie  pleurait  les  malheurs  de  Sion.  C'était 
le  chemin  le  plus  droit  et  le  plus  assuré  pour  arriver  facilement  au  cœur 
de  l'Empereur.  La  première  barrière  était  franchie:  Poggi  s'insinua,  se 
glissa,  tourna  les  obstacles,  et  il  arriva  à  la  confiance  de  l'Empereur. 
L'Empereur  le  chargea  de  la  police  d'intimité.  Ce  n'était  pas  une  police 
hargneuse,  tracassière,  méchante,  ce  n'était  pas  même  une  police.  Lig. 
20.  familles.  Ce  n'était  pas  pourtant  un  homme  d'instruction,  tant  s'en 
faut,  mais  il  avait  un  instinct  remarquable  pour  se  faufiler  dans  les 
foyers  et  pour  faire  parler  les.  Lig.  23,  l'Empereur.  Nous  le  retrouve- 
rons dans  le  cours  de  cet  ouvrage.  Lig.  26.  françaises,  mais  il  avait 
longtemps  médité  sur  le  droit  romain,  et  ce  droit  lui.  Lig.  28.  Néan- 
moins, tout  changeait  en  lui  lorsqu'il  siégeait  comme  juge,  et  alors, 
enchaîné  par  sa  conscience,  il  était  magistrat  intègre.  L'homme,  même 
l'homme  de  probité  qui  se  laisse  aller  à  des  liaisons  dangereuses,  finit 
par  subir  l'influence  de  ces  Liaisons,  et  souvent,  sans  peut-être  s'en  dou- 
ter, il  s'associe  à  de  mauvais  sentiments  qu'il  repousserait  avec  indigna- 
tion s'il  était  livré  aux  seules  impulsions  de  son  cœur.  M.  Baccini 

Page  82.  Lig.  10.  homme  :  car  il  est  des  limites  que  la  bonhomie  ne 
franchit  qu'en  s'exposant  à  se  montrer  ridicule,  particulièrement  dans 
l'exercice  des  fonctions  publiques.  Il  était  fort.  Lig.  12.  à  demander,  à 
se  demander  s'il  était.  Lig.  14.  emploi.  Il  disait  la  vérité  en  riant.  Il 
aurait  accepté  le  gouvernement  anglais,  comme  le  gouvernement  autri- 
chien, comme  le  gouvernement  napoléonien,  l'un  après  l'autre,  et  pour 
chacun  d'eux  il  aurait,  tour  à  tour,  proclamé  qu'Us  étaient  un  bienfait 
de  la  providence.  Cela  ne  l'empêchait  pas.  Lig.  19.  trouvé.  Telle  était, 
si  je  puis  m'exprimer  ainsi,  la  partie  civile  prédominante  de  l'équipage 
gocial  qui,  dans  la  nef  politique  de  l'île  d'Elbe,  allait,  sous  les  ordres 
de  l'Empereur,  traverser  l'océan  des  destinées,  et  bientôt  nous  aurons  à 
nous  entretenir  de  la  partie  militaire  qui  devait  voguer  avec  elle.  Lig. 
25.  besogne.  La  présence  du  chef  est  un  stimulant  pour  le  subordonné 
Lorsque  celui  qui  commande  travaille,  celui  qui  obéit  n'ose  pas  rester, 
sans  rien  faire.  L'Empereur  ne. 

Page  83.  Lig.  16.  inquiété,  quoique  il  n'y  eût  pas  une  ombre  d'inquié- 
ude  à  avoir. 

Page  84.  Lig.  3.  Française.  Je  le  dis  pour  que  les  soupçons  ne  se  portent 
pas  sur  quelque  dame  de  Portoferrajo.  Lig.  13.  il  s'adressait.  Je  crois  que 
ce  siège  devrait  tenir,  dans  nos  fastes  militaires,  une  place  plus  grande 
que  celle  qu'il  y  lient  et  qui  n'est  pas  du  tout  celle  qu'il  devrait  y  tenir. 
Lig.  15.  ce  fort  comme  pour  la  place  de  Longone.  Toutes.  Lig.  25.  vain  à 
sa  porte.  Ce  n'est  pas  un  homme  qu'on  doive  mettre  de  côté  en  écrivant 
l'histoire  de  l'empereur  à  l'île  d'Elbe.  M.  Rébuffat.  Et  pourtant,  chose 
plus  remarquable,  anse.  Lig.  28.  enfant.  De  ce  qu'il  riait  sans  cesse,  qu'il 
s'exprimait  difficilement,  on  le  prenait. 

Page  85.  Lig.  21.  de  plus  important.  J'en  préviens  mes  lecteurs.  Cet 
épisode,  consacrant  un  fait  tout  particulier,  n'a  pas  besoin  d'être  subor- 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  25 

donné  aux  dates  des  faits  généraux  dont  il  peut  se  détacher  à  volonté;  et 
pour  ne  pas  affaiblir  par  des  intervalles  l'intérêt  qu'il  me  semble  devoir 
inspirer,  j'irai  du  commencement  jusqu'à  la  fin  sans  m'arrêter.  Ensuite 
je  reprendrai  ma  chronique  au  point  où  je  viens  de  la  quitter.  Lig.  29. 
Légion  d'Honneur,  somme  que  l'on  pouvait  et  que  l'on  devait  économiser, 
du  moins  selon  mes  principes  d'administration.  Je  fis  tout.  Lig.  34.  mo- 
ment  honorable.  11  aurait  été  l'homme  de  mon  choix,  si  son  choix  avait 
été  économique.  Mais  ici  son  choix. 

Page  86.  Lig.  13.  Florence.  La  recette  se  trouva  veuve  du  receveur,  car 
Zes.  Lig.  18.  C'était  un  devoir  que  je  remplissais  en  dehors  de  mon  devoir. 
J'avais  ainsi  sauvé  plus  de  deux  cent  mille  francs.  Il  m'était  permis  de 
considérer  cela  comme  un  bon  service  rendu  à  la  Légion  d'Honneur,  car 
sans  moi  cette  somme  aurait  été  perdue.  Mais  il  ne  sullisait  pas  d'avoir 
sauvé  le  bien  de  la  Légion  d'Honneur;  il  fallait  encore  le  lui  conserver, 
et  c'était  là  le  difficile,  sans  cependant  qu'il  y  eût  impossibilité  absolue. 
Je  pris  une  décision  hardie,  celle.  Lig.  33.  Bourbons.  La  possibilité  de 
ce  déplorable  événement  ne  s'était  jamais  présentée  à  mon  esprit. 

Page  87.  la  conduite  ou  l'inconduite  de  la  princesse. 

Page  87.  Lig.  6.  arriva  à  Portoferrajo  qu'il  s'investit  de  la  souverai- 
neté de  l'île  d'Elbe,  et  qu'il  chargea  le  général  Drouot  de  prendre  posses 
sion  des  mines.  Il  avait  à  craindre  la  rapacité  des  ennemis  de  la  France, 
car  je  croyais  que  l'Ile  d'Elbe  deviendrait  leur  proie.  Je  ne  fus.  Lig.  10. 
à  l'abri,  comme  j'y  avais  mis  la  caisse.  Lig.  13.  taire  ma  conduite,  et  je 
lui  en  confiai  le  secret,  J'étais  soulagé  de  pouvoir  me  livrer  à  un  homme 
dont  toutes  les  paroles  avaient  un  caractère  de  moralité  exemplaire.  Lig. 
18.  pour  moi.,  et  en  nous  séparant,  il  me  sembla.  Lig.  20.  Drouot,  dont 
toutes  les  pensées  avaient  une  pensée  [sic)  virginale,  croyant  faire  quelque 
chose  qui  pourrait.  Lig.  21.  raconté,  et  dans  son  premier  mouvement, 
l'Empereur.  Lig.  23.  trésorier,  comme  si  un  trésorier  a  jamais  dit  non 
lorsqu'on  lui  fait  voir  un  moyen  de  grossir  le  trésor.  Le  général  Bertrand 
approuva  l'empereur.  Le  général  Drouot  ne  l'approuva  pas.  On  s'était 
déjà  aperçu  que  je  n'étais  pas  homme  à  obéir  aveuglément.  Lig.  32.  le 
général  Bertrand.  Il  me  fit  part  des  intentions  de  l'empereur.  Il  tomba 
des  nues.  Mon  étonnement  extrême  frappa  le  général  Drouot,  il  me  de- 
manda ce  que  je  ferais.  Je  lui 

Page  88.  Lig.  5.  cependant  elles  me  firent  plaisir,  et  même,  je  ne  dois 
pas  le  taire,  elles  me  fortifièrent  dans  la  résolution  à  laquelle  je  venais  de 
m'arrêter,  de  ne  pas  céder  aux  exigences  de  l'empereur.  L'opinion  d'un 
honnête  homme  est  un  grand  appui  dans  les  affaires  de  délicatesse.  Le 
général  Drouot.  Lîg.  12.  mais  il  était  facile  de  s'apercevoir  qu'il  n'était. 
Lig.  13.  le  gênait,  et  en  effet,  cette  pensée,  après  avoir  été  contenue,  finit 
par  s'échapper,  et  j'en  eus  connaissance.  Le  général  Bertrand  m'an- 
nonça. Lig.  15.  e?i  caz'sse.  J'étais  préparé.  Je  répondis  de  suite,  d'abon- 
dance, d'explosion.  Lig.  33.  Le  général  Drouot  ne  s'était  pas  trompé. 
L'orage  éclatait  sombre  et  menaçant.  On  pouvait  même  le  considérer 
comme  une  tempête.  A  dater  de  ce  jour,  ou  plutôt  de  ce  moment,  tout. 

Page  89.  Lig.  3.  Ma  vie  de  cour  était  scabreuse.  Le  chemin  était  jon- 


26  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

chê  d'épines.  Ce  n'était  pas  là  ma  vie  naturelle.  Aussi.  Lig.  5.  quatre 
mois  J'en  parle  à  l'avenant  comme  si  elles  avaient  eu  lieu  le  même  jour. 
Je  n'avais  pas  eu  le  temps  d'cluclier  l'empereur.  Cette  étude  ne  pouvait 
pas  être  une  étude  ordinaire.  Elle  demandait  du  temps,  delà  méditation, 
du  jugement.  Je  ne  négligeais  rien  pour  connaître  à  fond  le  caractère  du 
grand  homme  en  face  duquel  le  sort  m'avait  jeté.  Lempereur  ne.  Lig. 
12.  susceptibilité^  et  elle  maîtrisait  l'empereur  dans  les  choses  d'un  or- 
dre élevé  comme  dans  les  choses  de  la  plus  minime  importance.  Il  aimait 
à.  Lig.  25.  rfe'soiéîV et  toutes  les  sornettes  du  monde  ne  pouvaient  ni  chan- 
ger ni  atténuer  cette  obéissance  ou  cette  désobéissance.  Je  disais  noni 
ma  désobéissance  était  pleine  et  entière.  L'empereur  ne  le  voyait  pas 
autrement;  ilnepouvait.  Lig.  29.  fous  les  emplois  de  l'île,  et  àpeu  de  chose 
près  de  tous  les  emplois  nouveaux;  les  mines  formaient  tout  l'apanage 
elbois  de  l'empereur.  C'était  une  position  d'envie,  aussi  elle  ne  manquait 
pas  d'envieux.  Lempereur  Lig.  32.  personne,  et  ma  ténacité  servait  de 
pâture  à  toutes  les  opinions,  surtout  aux  opinions  intéressées.  On  disait 

Page  90,  ligne  16.  sentiment  contraire  .  C'est  parce  que  je  le  respect 
tais  que  je  ne  me  révoltai  pas  sans  réserve  contre  son  injuste  prétention- 
Je  l'aurais  bravé  s'il  avait  été  tout  puissant.  Je  l'avais  dit  positivemen. 
au  général  Drouot,  c'est  comme  si  je  l'avais  dit  positivement  à  l'empe' 
reur  ;  mais  f  avais  dit.  Ligne  22.  avec  l'empereur  :  je  devais  considérer 
la  chose  comme  positive,  puisque  je  n'avais  fait  de  conditions  qu'avec 
le  général  Drouot.  Cependant,  depuis  mon  refus  d'obéissance  pour 
le  versement  des  fonds,  Vempereur. 

Page  91,  ligne  4.  me  les  donner,  ce  qui  ne  l'empêchait  pas  de  me  faire 
donner  d'autres  ordres.  Aussi  son.  Ligne  9.  administrati/s.  Il  n'y  avait 
pas  là  de  la  jactance,  encore  moins  delà  bravade.  J'étais  convaincu  que 
cela  devait  être,  et  j'agissais  d'après  ma  conviction.  Ligne  12.  jouissais 
et  peut-être  à  dessein,  même  sans  peut-être,  un  chambellan.  Ligne  17. 
convenait.  Mes  lecteurs  comprendront  bien  que  ce  n'était  pas  l'avidité 
de  l'argent  qui  me  faisait  mettre  le  parti  en  main  à  l'empereur,  c'est  que 
je  ne  voulais.  Lig.  22.  là.  On  est  bien  fort  lorsqu'on  marche  droit.  Mon 
opinion  était  arrêtée,  wio?^  bagage.  Lig  30.  pieds,  embrassant  mes  genoux, 
il  me  suppliait.  Ligne  31.  autres  fois,  je  le  sauvai,  c'est-à-dire  que  je 
payai.  Ligne  .32.  Vantini  avait  su  cela,  l'avait. 

Page  92.  Ligne  3.  incompréhensible.  Mes  lecteurs  comprendront  qtie  je 
viens.  Ligne  6.  Il  aimait  qu'on  allât  lui  dire.  Sa  méfiance  des  hommes  le 
portant  plutôt  à  croire  le  mal  que  le  bien,  il  était  toujours.  Lig.  9.  hu- 
main !  C'est  vraiment  se  condamner  à  une  permanence  d'injustice  !  Les 
traîtres,  les  ingrats,  les  corrupteurs,  les  corrompus,  principes  immédiats 
du  renversement  impérial,  avaient  conduit  l'empereur  à  cet  enfer  anti- 
cipé, et  il  était  bien  plus  à  plaindre  qu'à  blâmer.  L'exemple  de  ce  qui 
arrivait  à  l'empereur  aurait  dû  être  une  leçon  pour  les  rois.  Mais  aucun 
d'eux  n'en  a  profité,  et  si  l'on  y  fait  attention,  l'on  verra  que  les  défauts 
les  plus  dangereux  du  grand  homme,  ont,  en  les  exagérant,  été  adoptés 
par  toutes  les  têtes  couronnées  qui  pèsent  maintenant  sur  le  monde 
social.    Espérons   que   les  mêmes  causes    produiront  les  mêmes  effets. 


AUX   SOUVENIRS  DE  PONS  21 

Lig.  12.  inutile,  et  dans  un  but  d'économie,  l'empereur.  Lig.  13.  ce  qui 
était  un  tort  pour  ses  propres  intérêts,  et  il  ne  me  fut  pas  difficile  de  le 
lui  démontrer.  Toutefois  Vempereur.  Lig.  16.  daiis  leur  intérêt,  je  ré- 
clamai un  peu  vivement,  parce  que  je  croyais  ma  réclamation  fondée. 
Ligne  20.  empereur.  J'étais  persuadé  que  le  généx'al  Drouot  serait  aise 
de  me  voir  échapper  à  une  tourmente  qui  l'avait  maintes  fois  affligé.  Je 
me  trompais.  Le  général  Drouot  n'avait  pas  remis  ma  démission,  du  moins 
il  était  censé  ne  pas  l'avoir  remise;  il  me  la.  Lig.  23.  empereur.  Le 
général  Drouot  avait  une  grande  influence  sur  moi.  Je  fis  ce  qu'il.  Lig. 
24.  chercher  par  un  officier  d'ordonnance.  Lig.  25.  corvée  que  d'être 
obligé  de  m'y  rendre.  J'y  fus.  Je  trouvai.  Lig.  29.  contenté,  il  se  leva  et 
il  me  dit.  Lig.  32.  été  mal  pour  moi.  Au  lieu  de  me  raisonner  sur  les 
motifs  qui  me  faisaient  refuser  de  lui  livrer  la  caisse,  il  m'avait. 

Page  93.  Lig.  3.  devina,  je  cherchai  encore,  je  cherchai  en  vain. 
Lig.  5.  Dalesme  et  plus  particulièrement  de  mon.  Lig.  6.  Drouot,  le 
général  Drouot  était  souvent  chez  moi,  il  savait  que  je  consacrais  toutes 
mes  heures  de  repos  à  l'étude.  Lig.  13.  confiance,  et  quoique  nous  dus- 
sions forcément  être  d'une  opinion  contraire,  il  avait  toute  la  mienne 
Je  le  reçus  avec  plaisir,  convaincu  que  j'étais  cependant  du  motif  de  sa 
visite,  D'abord,  il  me  parla  de  la  pluie  et  du  beau  temps,  ensuite  du  ciel 
et  de  la  terre,  et  enfin  il  aborda  la  question.  Mais  quels  sont  les  moyens 
possibles  pour.  Lig.  17.  l'empereur  ne  le  lui  aurait  pas  permis.  //  vou- 
lait. Lig.  30.  empereur.  Nous  verrons  plus  tard  que  Vempereur. 

Page  94.  Lig.  1.  délicatesse,  expression  dont  je  lui  ai  toujours  con- 
servé un  souvenir  reconnaissant,  et  auquel  je  me  plais  à  donner  de  la 
publicité.  M.  Peyrusse  et  moi....  Vautre.  C'est  une  mission  pénible  que 
celle  qui  a  pour  but  de  faire  triompher  une  injustice.  M.  Peyrusse  l'avait 
compris,  et  il.  Lig.  7.  sur  le  feu  comme  on  dit  vulgairement.  Lig.  20. 
tintement  des  écus.  De  quel  côté  et  de  quelque  manière  que  les  écus  tin- 
tassent, et  en  cela,  et  pour  cela  directement  ou  indirectement,  il  était 
forcé  de  s'associer  à  l'espèce  de  rapacité  incompréhensible  dont  l'empe- 
reur faisait  preuve  par  sa  despotique  exigence  à  mon  égard.  Mais  à  côté 
de  l'homme  public,  il  y  avait  l'homme  privé,  et  l'homme  privé  était  inno- 
cent du  mal  que  j'endurais.  Plein  du  débat  que  je  venais  d'avoir  avec 
M.  Peyrusse,  je  fis  un  appel  à.  Lig.  14.  a ff ai re.Jnsques  là,  j'avais  respecté 
sa  réserve.  Dés  lors.  Lig.  16.  de  recourir  à  lui.  Il  n'y  avait  pas  de  doute 
qu'il  avait  lutté  en  ma  faveur.  Lig.  19.  tourment.  C'est  encore  une  chose 
de  gravité  qui  ne  doit  pas  échapper  à  l'histoire  de  l'empereur  Napoléon 
à  l'ile  d'Elbe.  La  farine.  Lig.  24.  l'emperetir  écouta  ce  mauvais  conseil. 
Il  décida.  Lig.  28.  l'empereur.  J'avoue  que  ces  ordres.  Lig.  30.  éti'e 
calme,  sans  cependant  être  très  calme.  Lig.  31.  les  ordres  qu'il  m'avait 
fait  donner  par  le  général  Bertrand,  Lig.  33.  le  général  Drouot.  Le 
général  Drouot  trouva  que  j'étais  trop  agité, 

Page  95.  Lig.  2.  chefs  de  poste  :  je  leur  communiquai  ce  qui  se  pas- 
sait. Lig.  3.  mauvais  pain  :  ce  qui  devait  être.  Le  général  Drouot 
m'avait  suivi  de  près,  il  put. 

Page  96.  Lig.  4.  paternel  qui  pouvait   me   subjuguer,  qui  me  subju- 


28  ADDITIONS   ET    VARIANTES 

guait.  Lig.  7.  de  dureté  dans  la  bouche  du  général  Bertrand  était  un 
langage  si  extraordinaire.  Lig.  10.  égal  à  celui  qu'il  avait  pris.  Lig.  14. 
Bertrcmd,  continuant  sa  pensée  exprimée,  m'adressa.  Lig.  21.  caractère  ; 
on  lui  avait  monté  la  tête. 

Page  97.  Lig.  fussent  comme  moi,  avec  moi,  sans  cesse.  Lig.  21.  pris. 
Je  ne  devais  plus  écouter  personne,  pas  même  l'Empereur;  ma  con- 
science était  là  :  elle  faisait  entendre  sa  voix  impérieuse  elle  m'impo- 
sait la  résistance,  si  la  résistance  devenait  nécessaire.  Lig.  25.  J'avais 
prêché  d'exemple.  Un  colonel  qui  chercherait  à  éviter  le  danger  immi- 
nent auquel  son  régiment  serait  exposé,  mériterait  de  perdre  ses  épau- 
lettes,  et  les  ouvriers  des  mines  étaient  mon  régiment. 

Page  98.  Lig.  7.  avec  un  homme  tel  que  l'Empereur,  l'Empereur  tombé 
dans  l'infortune.  J'avais  l'intention  de  lui  obéir.  J'aurais  voulu  pouvoir 
exécuter  ses  ordres  sans  être  obligé  à  [sic)  l'inquiéter  par  des  obser- 
vations. Mais  quelle  confiance  aurait-il  eu  en  moi  si,  dans  toutes  les 
circonstances,  je  lui  avais  lâchement  sacrifié  mon  intelligence,  alors 
même  qu'il  se  trompait.  L'Empereur  s'était  fait  U7ie.  Lig.  10.  Vobéis- 
sance,  l'obéissance  passive,  selon  l'esprit  qui  avait  dicté  sa  volonté,  et 
il.  Lig.  14.  ses  erreurs  nées  des  habitudes  despotiques.  Sa  mauvaise  hu- 
meur passait  vite.  Elle  passait  sans  laisser  des  traces  dangereuses  dans 
l'empreinte  de  son  passage.  L'Empereur  Lig.  22.  ont  le  plus  aimé,  qu'ils 
aiment  le  plus  encore.  J'en  ai  des  preuves  multipliées.  Lig.  30.  l'Empe- 
reur et  que  ce  blâme  n'était  pas  sans  un  certain  danger  d'interprétation 

maligne.  L'Empereur chambre.  Toutefois que  répéter,   et  cette 

répétition,  toute  indiscrète  qu'elle  était,  ne  laissait  que  d'être  un  aver- 
tissement. J'en  fis. 

Page  99.  Lig.  12.  paternels.  J'avais  pourtant  agi  consciencieusement 
pour  le  bien  de  tout  et  de  tous  ;  je  n'avais  point  de  reproches  à  me 
faire,  j'étais  tranquille,  car  je  ne  mettais  aucune  importance  à  la  clan- 
destinité et  à  l'injustice  du  double  blâme  dont,  dans  cette  circonstance, 
j'étais  l'objet.  Lig.  14.  de  l'argent.  Il  y  avait  eu  suspension  d'armes. 
Lig.  15.  un  choc  violent.  De  part  et  d'autre,  l'on  a  médité  sur  ce  qu'on 
doit  faire  pour  l'attaque  comme  pour  la  défense.  On  retourne  frais  et 
dispos  au  champ  des  combats.  Lig.  18.  son  organe.  M.  Peyrusse  était 
toujours  le  môme  dans  la  ligne  du  devoir.  Je  n'avais  pas  varié  dans  la 
ligne  de  l'honneur.  Nous  échangeâmes  des  paroles,  tout  se  passa  en 
paroles.  Lig.  25.  convaincu  de  l'inébranlabilité  de  ma  résolution,  tant 
que  ma  conscience  me  dirait  que  je  devais  être  inébranlable.  Avec 
l'Empereur,  c'était  autre  chose  ;  chaque  coup  portait  ;  le  glaive  était 
toujours  hors  du  fourreau;  il  n'y  avait  pas  à  dire,  il  fallait.  Lig.  .%. 
système  gétiéral.  Son  système  général  était  précisément  tout  le  con- 
traire. Ordinairement,  il  discutait. 

Page  100.  Lig.  7.  nous  entendre.  De  tout  ce  que  l'on  avait  débité  con- 
tre l'Empereur,  j'avais  cru  sottement  qu'il  laissait  échapper  des  paroles 
ofifensantes,  et  j'étais  sur  mes  gardes  pour  ne  pas  me  laisser  oâ'enser. 
J'étais  même  un  peu  trop  sur  mes  gardes.  Car  cette  précaution  aurait 
pu  m'entraîner  plus  loin  que,  dans  tous  les  cas,  je  ne  devais  aller.  Mais 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  29 

l'Empereur,  qui  eut.  Lig.8.  blessante,  et  encore  aujourd'hui  j'en  bénis  le 
ciel.  Lig.  9.  parlait  de  quelque  az/^re  chose.  Lig.  12.  à  recommencer  comme 
s'tl  n'avait  jamais  été  question  de  rien.  Lig.  i'd.  assidu  et  entièrement  livré 
aux  jouissances  du  foyer.  11.  Lig.  21.  ce  qui  faisait  parfois  que  l'Empe- 
reur, impatienté  des  retards,  prenait  de  l'humeur  et  grondait  les  per- 
sonnes dont  le  zôle  avait  été  exemplaire.  //  m'arrivait.  Lig.  23.  rensei- 
gnemens  que  j'avais  donnés  une  première  fois  et  dont.  Lig.  25.  Mais 
dans  son  cercle  de  circonstance,  il.  Lig.  26,  et  il  est  facile  de  compren- 
dre que  cela.  Lig.  27.  impoi'tantes,  même  dans  les  choses  ordinaires- 
Lig.  30.  cabinet,  et  il  ne  le  taisait  pas.  Lig.  32.  pontion,  il  ne  l'avait 
peut-être  pas  pu.  Lig.  33.  remparts.  Mais  ces  étincelles  ne  pouvaient 
pas  féconder  ce  qui  était  d'une  nature  inféconde.  Cela  le. 

Page  101.  Lig.  1.  choses  ,  et  gare  les  hommes  et  les  choses  qui  se 
trouvaient  en  présence  {sic).  Tant  q'uil.  Lig.  6.  J'ai  a:\ique  l'Empereur. 
Lig.  9.  un  des  voleurs  :  il  vola,  il  fit  voler.  Lig.  18  :  établissement,  et 
ce  moyen,  en  effet  fort  simple,  c'était.  Lig.  23.  besoin  de  résistance. 
J'avais  déjà  représenté  que  je  ne  pouvais  pas  laisser  sans  aucun  moyen 
d'existence  les  marins  renvoyés  du  service  :  j'avais  dû  prendre  sur  moi 
de  leur  donner  à  manger.  Des  plaintes.  Lig.  29.  je  commandais  seul. 
Ces  éloges  m'affligeaient,  car  ils  avaient  une  apparence  de  désenchante- 
ment pour  l'Empereur,  et  que  je  craignais  que  la  manifestation  de  cette 
apparence  ne  fît  des  progrés  dangereux.  C'est  dans  ce  sentiment  de 
crainte  que  je  prévins. 

Page  102,  lig.  {.auprès  de  lui,  j'étais  descendu  dans  mon  for  intérieur. 
Lig.  29.  destinées.  Je  le  répète,  j'avais  été  entraîné.  La  parole  était  par- 
tie de  mon  cœur  sans  que  mes  lèvres  l'eussent  arrêtée  au  passage.  Uem- 
perevr. 

Page  103,  lig.  12.  trouvait  mieux.  En  effet,  les  ouvriers  des  mines, 
transplantés  hors  des  mines,  jetés  loin  de  leurs  familles,  ne  pouvant  pas 
partager  le  pain  quotidien  avec  leurs  femmes  et  leurs  enfans,  n'ayant 
aucun  gîte  assuré,  se  trouvaient  égarés  dans  un  autre  monde  et,  décon- 
certés, travaillaient  négligemment  à  l'apprentissage  du  métier  qu'on  leur 
imposait.  Néanmoins  il  fallait  bien  leur  accorder  un  supplément  de  sa- 
laire. Ainsi  point  d'économie  d'argent,  moins  de  ressource  pour  l'ou- 
vrage. Ma  tâche  était  remplie,  j'avais  dit  à  l'empereur.  Lig.  15.  m' at- 
teindre. Mais  j'avais  besoin  de  l'emploi  continuel  de  toute  ma  vigueur 
pour  que  cet  état  de  choses  ne  relâchât  pas  les  rênes  de  mon  adminis- 
tration. Lig.  31.  l'empereur.  Dans  mes  principes  de  délicatesse,  inca- 
pable de  manquer  de  procédés,  je  lui  offrais.  Lig.  34.  acquises,  et  toute- 
fois j'ajoutais,  pour  qu'il  n'y  eiit  rien  de  douteux,  que  je. 

Page  104,  lig.  6.  j'allais  retourner  à  Rio,  où  ma  femme  devait  brûler 
d'impatience  de  savoir  ce  qui  s'était  passe.  Je  reJicontrai  le  général. 
Lig.  10.  services.  Du  moins,  elles  me  donnaient  l'assurance  que  l'em- 
pereur s'était  occupé  de  la  demande  que  je  lui  avais  faite.  C'était  beau- 
coup pour  moi.  J'avais.  Lig.  29.  pat'ticulièrement  froissé  et  comprenant 
que  toute  son  éloquence  ne  parvenait  pas  à  me  convaincre,  il  ajouta . 
Lig.  23  petits  défauts.  Il  énuméra  les  qualités,  il  glissa  sur  les  défauts. 


30  ADDITIONS  ET    VARIANTES 

Ensuite  avec  sa  douceur  angélique,  passant  à  des  choses  d'une  plus 
haute  gravité,  il  s'adressa  à  mon  cœur  et  il  me  parla  ainsi  :  «  Je  crois. 
Lig.  32.  ajoute?'  à  l'infernalité  de  leurs  calomnies. 

Page  105,  lig.  24.  mo?i  ennemi.  Loin  de  là,  il  affectait  de  m'adorer. 
C'était  tout  bonnement  une  mauvaise.  Lig.  25.  humiliait,  aigrissait. 
et  que. 

Page  106.  lig.  5.  à  éviter  le  mal.  Je  ramasse  ainsi  mes  richesses  mora- 
les, afin  qu'elles  puissent  faire  comprendre  à  mes  lecteurs  combien  il 
m'était  facile  de  savoir,  en  ce  qui  me  concernait,  les  choses  qui  se  di- 
saient et  qui  se  faisaient  dans  l'intérieur  du  palais  impérial  et,  en  effet 
je  le  savais  assez  bien.  Je  savais  positivement.  Lig.  13.  comme  mon 
honneur.  L'honneur  n'est  pas  une  chose  dont  l'homme  puisse  se  défaire 
à  volonté.  C'est  un  dépôt  qu'il  doit  conserver  intact  pour  sa  patrie,  pour 
sa  famille,  pour  ses  amis,  pour  sa  mémoire  et  c'est  là  tout  le  secret  de 
mes  intentions.  Le  tems  marchait:  plusieurs  mois.  Lig.  17.  Mais  avant 
de  frapper  le  coup  qu'il  méditait,  il  voulut. 

Page  109,  lig.  18.  tout  préparer.  Je  fis  tous  les  préparatifs  nécessaires. 
Lig.  30.  Des  paroles  péremptoires.  Ce  qui  n'était  pas  discuter,  ce  qui 
empêchait  de  discuter. 

Page  110,  lig.  5.  comme  ma  conscience.  (Mais  je  crois  devoir  prendre 
la  forme  de  dialogue).  Lig.  14.  les  reçoive.  —  Vous  avez  refusé  et  vous 
refusez  de  m'obéir.  —  Je  n"ai  pas  refusé  et  je'ne  refuse  pas  d'obéir  à 
V.  M.  mais  je  ne  dois.  Lig.  21.  qui  de  droit. — C'est  précisément  ce  que  je 
veux  faire,  mais  que  V.  M.  Lig.  26.  sauver,  et  la  main  sur  la  conscience, 
V.  M.  doit  certainement  en  être  convaincue.  —  Vos  registres.. .!  —  Us 
sont  en  lieu  de  sûreté.  —  Je  vous  les  demande.  —  En  ce  moment  je  ne 
les  ai  pas.  —  Vous  ferez.  Lig.  .34.  une  heure  et  dgmie.  Mais  j'en  ai 
pourtant  esquissé  les  traits  principaux,  une  discussion  de  cette  étendue 
n'avait  pas. 

Page  111.  Lig.  1.  sans  qu'il  y  eut  des  moments.  Lig.  4.  par  la  profon- 
deur ordinaire  de  ses  raisonnements  ;  il  était  enveloppé  par  le  mensonge, 
oudanslemensonge,  et  cela  ne  lui  allait  pas.  Lig.  7.  la  mienne.  C'est  une 
chose  vraiment  extraordinaire  que  la  puissance  d'énergie  que  donne  la  con- 
viction intime  que  Ton  fait  honorablement  ce  qu'on  doit  faire.. Si  les  hom- 
mes consultaient  toujours  leur  véritable  intérêt,  ils  ne  marcheraient  jamais 
en  sens  inverse  des  prescriptions  de  leur  conscience,  et,  tranquilles, 
ils  arriveraient  heureusement  au  terme  où  la  conscience  peut  seule  ou- 
vrir les  portes  d'une  éternité  fortunée.  Lig.  iA.de  même  de  moi.  Ma  tète 
était  brûlante:  mon  esprit  touchait  à  l'exaltation.  Je  pouvais.  Lig,  17.  de 
suite.  J'aurais  dû  le  suivre,  je  ne  le  suivis.  Lig.  21.  messager.  C'était  un 
autre  tort.  Le  général.  Lig.  26.  prendre.  Je  ne  lui  avais  pas  parlé  de  la 
journée  et  je  fus. 

Page  112.  Lig.  5.  de  questions.  Il  ne  me  donnait  pas  le  temps  de 
respirer.  Je  répondais.  Lig.  6.  de  fièvre  ardente  et  cela  ne  lui  échappait 
pas.  Je  crois  qu'il.  Lig.  10.  d'enfant.  Pourquoi  tairais-je  ma  faiblesse? 
C'est  par  la  vérité  des  détails  qu'un  portrait  acquiert  la  ressemblance. 
Lig.  13.  affectueusement  sur  moi.  Pendant  ce  repas  dont  les  plus  petites 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  SI 

circonstances  sont  empreintes  dans  ma  mémoire,  l'empereur.  Lig.  17. 
pow  lui  seul,  et  comme  on  le  pense  bien,  personne.  Lig.  24.  me  blâ- 
mait, tout  le  monde  me  blâmait,  je  me  blâmais.  Lig.  Ifi.  du  grand 
homme  qui  me  les  prodiguait.  C'était  mal,  très  mal;  mais  cela  ne  dé- 
pendait pas  de  ma  volonté.  Ma  volonté  était  maîtrisée  par  la  force  du 
sentiment  qui  me  faisait  soutenir  une  lutte  vraiment  déplorable.  L'hon- 
neur. Lig.  28.  une  grâce  qui,  au  moment  où  j'en  parle,  fait  encore  tres- 
saillir mon  cœur,  il  m'offrit  sa  tasse,  et,  en  me  la  présentant,  il  l'accom- 
pagna de  ces  paroles  :  «r  Prenez,   calmez-vous,  car. 

Page  113.  Intercaler  après  la  ligne  7,  le  §  suivant:  Mais  qui  dira  ce 
qui  venait  de  se  passer  dans  mon  âme?  L'empereur  triomphait  sans 
réserve.  Il  ne  m'avait  pas  vaincu:  je  m'étais  vaincu.  La  tasse  de  café 
était  le  grain  de  sable  qui  devait  faire  tomber  la  balance.  La  balance 
était  tombée,  —  tombée  en  faveur  de  cet  homme  extraordinaire  dont 
la  destinée  était  de  toujours  grandir,  de  tout  grandir.  Que  l'on  ne 
s'imagine  pas  que  j'invente  de  l'encens  pour  le  jeter  à  l'empereur! 
Mon  ouvrage  n'est  pas  un  ouvrage  de  parti.  Je  ne  suis  pas  d'ailleurs 
du  parti  impérial,  j'appartiens  à  la  patrie,  je  n'appartiens  qu'à  la  patrie: 
voilà  mon  parti,  mon  unique  parti.  Lig.  11.  le  verre  qu'une  main 
vigoureuse  lance  avec  fureur  contre  son  rocher.  Lig.  13.  la  force,  la 
force  matérielle.  Lig.  14.  mes  refus  ou  la  violence  de  mes  refus  pou- 
vaient. Lig.  26.  lui  arrivait.  Je  l'aurais  accompagné,  s'il  m'avait  dit  de 
l'accompagner.  Telle  fut  cette  journée  qui  servira,  je  l'espère,  à  remplir 
une  des  plus  belles  pages  de  mon  histoire.  Les  écrivains  pourront  tou- 
jours y  puiser  des  enseignemens  pour  l'étude  du  cœur  humain,  quoi- 
qu'elle ne  soit  qu'un  simple  abrégé.  Néanmoins.  Lig.  20.  un  armistice. 
Mais  ce  n'était  pas  la  première  fois  qu'il  y  avait  une  suspension  d'ar- 
mes. La  paix  ne  s'en  était  jamais  suivie.  Cette  idée  était  triste  :  elle  me 
troublait.  Lig.  22.  désarmée,  et  sans  renoncer  à  la  lutte,  f  aurais.  Lig. 
23.  lutter  encore.  Je  ne  veux  pas  taire  mon  anxiété  :  elle  était  extrême. 
Dans  ce.  Lig.  24.  d'argent,  je  fus  le  trouver,  j'invoquai.  Lig.  27.  impos- 
sible d'en  tirer  davantage.  Je  restai  seul,  tout  à  fait  seul,  sans  pouvoir 
confier  mes  embarras  à  personne.  C'est  alors  que  la  Providence  vint  à 
mon  secours,  en  m'éclairant  plus  positivement  sur  ce  que  je  pouvais  et 
sur  ce  que  je  devais  faire.  Lig.  31.  consultais,  et  j'aimais  à  le  i)rendre 
pour  mon  étoile  polaire.  Lig.  32.  Dejean,  qui  en  était  le  grand  trésorier. 

Page  114.  Lig.  8.  absolu  du  monde  moral,  même  la  présidence  du 
gouvernement  provisoire  par  Talleyrand.  C'était  l'humiliation  des  humi- 
liations, la  honte.  Lig.  10.  choix.  Il  est  vrai  que  ce  gouvernement  était 
le  gouvernement  de  l'étranger  et  des  traîtres.  Ce  fut.  Lig.  12.  Pradt, 
avait  le  cynisme  delà  trahison  ;  il  se  glorifiait.  Lig.  16.  potir  mon  chef. 
Il  l'avais  dit  à  son  vertueux  prédécesseur.  Ensuite  ma  tâche.  Lig.  18. 
chancelier.  Elle  était  remplie  avec  un  entier  dévouement,  avec  une  dé- 
licatesse absolue  et  ce  n'était.  Lig.  21.  était  pour  moi  M.  Scitivaux,  car 
on  ne  l'avait  pas  remplacé  comme  receveur  de  l'administration  des 
mines,  et  c'est  à  lui  que  je  m'adressai  pour  me  débarrasser  sans  péril  des 
fonds  qui  m'avaient   occasionné  de   si  nombreux    soucis.    M.  Scitivaux, 


3f^  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

me  fit  répondre  par  une  de  ses  intimités  toscanes  «  que  l'empereur.  Lig. 
28.  de  m'y  rendre  sans  pourtant  lui  expliquer  le  but  essentiel  de  mon 
voyage.  Lempereur  Lig.  30.  m'écriwant  son  opinion,  non  pas  qu'il  crai- 
gnît un  manque  de  réserve,  mais  parce  que  la  poste  n'était  pas  sûre 
[Lig].  32.  et  qu'avec    raison  il  en  redoutait  au  moins  la  curiosité.  Son. 

Page  115.  Lig.  4.  il  ne  voulait  pas  évidemment  s'exposer  à  perdre  son 
emploi,  il  usait  de  prudence.  De  retour.  Lig.  6.  de  l'empereur,  puisque 
les  sommes  que  je  verserais  entre  ses  mains  ne  seraient  qu'un  à-compte 
sur  celles  plus  considérables  qu'il  devait  recevoir.  Lig.  9.  atteindre.  J'étais 
enfin  arrivé  à  la  faculté  réfléchie  de  mon  libre  arbitre.  J'en  appelais  sans 
crainte  à  ma  conscience,  à  ma  raison,  à  mon  expérience.  Nulle  part,  je 
ne  trouvais  des  obstacles  à  surmonter.  Lig.  11.  rivage,  et  j'entrais  au 
port.  Lig.  12.  Le  général  Drouot  jouissait  pour  moi  et  avec  moi.  Nous. 
Lig.  16.  L'empereur  n'avait  pas  été  dupe  des  causes  qui  m'avaient  fait 
faire  le  voyage  presque  occulte  du  continent.  //  était.  Lig.  18.  La  méfi- 
ance était  l'état  normal  de  l'empereur.  Cette  méfiance  Lig.  19.  mais 
cela  ne  changeait  en  rien  à  la  permanence  de  son  cours,  et  on 
la  retrouvait  partout.  Comme  me  l'avait  dit  le  général  Drouot,  je  ne 
pouvais  pas  vouloir  que  l'empereur  fît  pour  moi  ce  qu'il  ne  faisait  pour 
personne,  ef  y*»  devais  subir.  Lig.  25.  sotte  mission.  Pourtant  ce  ne  pou- 
vait pas  être  une  chose  de  pure  invention,  et  je  devais,  en  me  l'appli- 
quant, me  répéter  ce  proverbe  :  «  //  n'y  a  pas  de  fumée  sans  feu.  »  Lig.  29. 
de  s'abstenir.  Or,  c'était  spécialement  avec  M.  le  trésorier  Peyrusse  que 
l'empereur  s'occupait  du  versement  des  fonds  dont  j'étais  le  possesseur 
dépositaire,  et  cela  avait  quelque  chose  de  fort  naturel  :  M.  Peyrusse  était 
pour  l'empereur  l'homme-argent.  L'empereur  chargea  donc  M.  Peyrusse 
de  m'écrire  une  lettre  dont  il  lui  dicta  le  contenu  en  général,  les  expres- 
sions en  particulier,  et  dans  laquelle.  Lig.  32.  J'en  étais  alors  aux  rela- 
tions les  plus  amicales  avec  M.  Peyrusse,  mais  je  n'avais  jamais  corres- 
pondu avec  lui,  et  dans  toute  autre  circonstance,  sa  lettre  serait  mal 
venue. 

Page  116,  Avant  la  lig.  1,  mettre  :  Les  faits  sont  si  nombreux  qu'ils 
finissent  par  s'enchevêtrer  :  mais  si  l'un  prend  le  pas  sur  l'autre,  ce  qui 
peut  arriver,  ils  n'en  sont  pas  moins  d'une  fidélité  scrupuleuse,  et  on 
peut  compter  là-dessus.  Lig.  8.  dévouement.  Ce  trait  ne  doit  pas  être 
perdu,  il  est  empreint  de  phisionomie.  Lig.  9.  l'empereur.  Il  put  croire 
que  j'étais  préparé.  Du  moins  il  pid.  Lig.  23.  confidentiellement.  Sa  con- 
fidence  devait  alors  être  un  secret,  et  ce  secret  je  le  gardai  saintement. 
Aujourd'hui  il  y  aurait  ingratitude  de  ma  part  si  je  ne  le  rendais  pas 
public,  car  il  prouve  tout  le  tendre  intérêt  que  cet  honorable  fonction- 
naire me  portait.  iVon  cher  ami.  Lig.  25.  Que  l'on  se  rapelle  ce  que  j'ai 
dit  de  mes  approvisionnements  en  blé: que  l'on  pèse  bien  ce  que, malgré 
sa  position  de  réserve  extrême,  M.  PejTUSse  se  hasardait  à  en  dire,  et 
l'on  aura  la  preuve  démontrée  que  l'empereur  Lig.  29.  opérations.  Sa 
nature  était  taillée  d'une  autre  manière.  //  nous  aurait  Lig.  33.  autre- 
ment. D'ailleurs,  je  disais  ce  que  lui-même  m'aurait  engagé  à  dire.  En 
voici  la  preuve.  Je  supprime  les  détails  dont  le  récit  historique  de  ce 
long  épisode  peut  se  passer. 


AUX  SOUVENIRS  DE  POiNS  33 

Page  118.  Lig.  5.  Tout  n'était  pas  lini:  il  y  avait  ecnore  sur  l'horizon 
un  petit  nuage  de  recrudescence.  L'empereur  était  moins.  Lig.  8.  Nous 
avons  vu  tout-à-l'heure  queM.Peyrusse.  Lig.  11.  il  pouvait,  et  ie  dis  plus,  il 
devait  me  le  demander  directement.  Je  n'étais  pas  en  position  d'être  sus- 
ceptible comme  il  l'était,  mais  j'avais  le  droit  d'être  honorable  comme 
il  l'était.  Ce  qu'il  faisait  ici  avait  tout  l'air  d'une  réminiscence  de  ce  qui 
s'était  déjà  passé  quant  à  ma  prétention.  Lig.  14.  totit  de  suite  en  avoir 
le  cœur  net.  J'allai  immédiatement  m'expliquer  avec.  Lig.  15.  Venipeveuv 
ne  me  reçut  pas,  il  me  renvoya.  Lig.  16.  il  me  reçut,  et  autant  aurait-il 
valu  que  je  ne  me  fusse  pas  présenté.  L'empereur.  Lig.  30.  sacrifice 
immense.  Je  le  croyais  mon  obligé,  il  était  mon  obligé,  et  pour  me  ré- 
compenser, comme  si  mon  sacrifice  était  etiacé de  sa  mémoire,  il  semblait. 
Lig,  2>2. désorienter  le  caractère  le  plus  fort  comme  le  caractère  le  plus 
faible.  Toutefois. 

Page  119.  Lig.  4.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  séance  qui,  dans  ma  pensée, 
devait  être  pour  moi,  le  principe  d'une  ère  de  contentement  ou  tout  au 
moins  de  tranquilité,  lie  me  fit  Lig.  6.  impérial.  Dans  le  monde  moral, 
c'est  reculer  que  de  ne  pas  avancer,  et  à  moins  défausse  illusion,  je  ne 
pouvais  pas  croire  que  j'avançais.  J'a//û2.  Lig.  10.  mais  ici^'û  ne  chercha 
pas  à  me  guérir-  et  il  se  borna  à  me  dire.  Lig.  13.  Je  m'étais  isolé.  Je 
n'avais  pas  d'autres  communications  avec  l'empereur  que  celles  qui  résul- 
taient d'une  correspondance  obligée.  Malgré  moi,  j'éprouvais  un  regret 
amer.  Ce  regret  amer  prenait  à  chaque  instant  plus  d'empire  sur  moi. 
Ce  n'était  pas  le  regret  d'avoir  versé  les  fonds  de  la  Légion  d'honneur:  loin  de 
là,  un  honnête  homme  ne  se  repent  jamais  des  choses  qu'il  a  faites  avec  con- 
science. Je  me  repentais  Lig.  16  frappé  au  cœur,  et  j'étais  vraiment  ai- 
gri. Ma  manière  d'écrire  devait  se  ressentir  de  cette  disposition  irritante. 
Néanmoins,  eussé-je  été  cent  fois  plus  irrité  encore,  ce  n'est  pas  envers 
l'empereur  que  j'aurais  manqué  d'urbanité,  moi  qui  n'en  manque  envers 
personne,  et  rien  au  monde  n'aurait  pu  mefaire  oublier  le  profond  respect 
que  je  lui  devais.  Je  n'écrivais  pas  gaiment  à  l'empereur,  parce  que  mes 
rapports  avec  lui  ne  m'inspiraient  pas  de  la  gaité  ;  je  ne  lui  écrivait  pas 
servilement,  parce  que  j'étaisi  ncapable  de  servilité.  D'ailleurs  la  gaité 
n'est  pas  plus  l'urbanité  que  la  servilité  n'est  le  respect.  Que  si  quelquefois 
mes  principes  d'urbanité  et  mes  sentiments  de  respect  avaient  un  peu 
fléchi  dans  ma  parole  écrite  comme  dans  ma  parole  parlée,  il  faudrait 
équitabiement  l'attribuer  à  ces  tempêtes  incessantes  de  discussion  qui 
me  présentaient  toujours  un  écueil  sur  lequel  ma  délicatesse  risquait  de 
se  briser,  et  alors  ce  ne  sera  pas  les  gens  de  bien  qui  jetteront  du 
blâme  sur  cette  exception.  Lig.  22.  apparente.  Certainement  cette  abs- 
tention n'était  pas  naturelle  dans  un  homme  qui  prenait  une  part  si 
active  à  tout  ce  qui  pouvait  m'intéresser.  Je  m'en  réjouissais,  parce  que 
,fy  voyais  le.  Lig.  88.  conduite,  l'approbation  du  général  Drouot  était 
pour   moi  un  des  biens    suprêmes,  elle  me  retrempait.  La  chose. 

Page  120.  Lig.  7.  sur  les  quais.  Je  parlerai  ailleurs  de  ce  petit  plaisir, 
lig.  10.  que  de  coutume;  il  se  fatigua.  Lorsqu'il  rentra  pour  déjeuner,  il 
m'engagea.  Lig.  28.  cabinet.  Je  ne  puis  pas  m'empêcher  de  dire  qu'il  avait. 


34  ADDITIONS  Eï   VARIANTES 

Page  121.  Lig.  22.  les  énergies.  Nous  verrons  plus  tard  que  mes  pa- 
roles. Lig.  29.  pour  lui.  Dans  des  conversations  où  chaque  mot  a  son 
intérêt,  où  toutes  les  émotions  et  toutes  les  facultés  de  l'âme  sont  en 
mouvement,  il  arrive  que  les  sentiments  prennent  d'autorité  la  place  qui 
leur  est  due,  et  qu'ils  se  consacrent  eux-mêmes  par  un  mot  caractéristi- 
que. Vempereur  continuait.  Je  Lig.  33.  mes  paroles.  Je  ne  me  met- 
tais ni  au  dessus  ni  au  dessous  de  personne.  Jamais  de  la  vie,  dans 
ma  dignité  d'homme,  je  ne  me  suis  cru  ni  plus  haut  ni  plus  bas, 
ni  plus  grand  ni  plus  petit  que  qui  que  ce  puisse  être;  et  que  j'aie  com- 
mandé ou  que  j'aie  obéi,  je  n'ai  ni  augmenté  ni  diminué  ma  valeur,  j'en- 
tends ma  valeur  morale.  J'avais  parlé  et  je  n'entendais  parler. 

Page  122.  Lig.  2.  Le  général  Drouot,  en  me  remerciant  de  la  bonne  opi- 
nion que  j'avais  de  lui,  me  prévint susceptibilités,  et  il  m'engagea  à 

me  tenir  sur  mes  gardes.  Il  avait —  aussitôt:  je  la  trouvai.  Lig.  18. 
questions  d'eïa^  D'ailleurs  il  grandissait  toutes  les  questions.  Lig.  20.  sa- 
vais pas.  et  je  ne  suis  pas  seul,  tant  s'en  faut,  dans  cette  cathégorie  (sic). 
Lig.  23.  cherchasse  le  moins  du  monde  à  revenir  direct  avec  lui  :  et  je 
n'en  parlais  plus.  L'empereur. . . .  travailler.  Tout    changea    de    face,  il 

m'appela  souvent.  Il  me en  moi.  Nous  en  aurons  la   preuve  récidivée 

dans  le  cours  de  cet  ouvrage.  L'affaire  tristement  laborieuse  de  l'argent 
était.  Lig.  29.  effectuer.  Je  les  effectuai.  Le  trésorier.  Lig.  32.  d'honnew\ 
l'homme  de  mon  amour,  le  vénérable. 

Page  123.  Lig.  7.  de  Waterloo,  malheur  immense  pour  le  monde  so- 
cial, courba  de  nouveau  la  France  sous  le  joug  de  l'étranger,  et  je  dus 
forcément  abandonner  mon  pays.  Après  un  long  exil,  i!  me  fut  enfin  per- 
mis de  fouler  le  sol  sacré,  et  je  revins  habiter.  Lig.  12.  coiniaissance.  Je 
le  vis  plusieurs  fois./Z  7ie  voulut.  Lig.  15.  Me  taire  :  je  me  tus.  //  fut  con- 
venu. 

Page  124.  Lig.  3.  En  terminant  ce  long  épisode,  que  je  n'ai  pas  trouvé 
le  moyen  d'abréger,  je  dois  revenir  sur  un  fait  essentiel  pour  moi  et  dont 
mes  lecteurs  ne  connaissent  que  le  commencement.  Lorsque  l'orage  ad- 
ministratif était  dans  toute  son  intensité,  qu'il  avait  été  question  de  di- 
minuer mes  appointements,  j'avais  dit  que  si  l'on  y  touchait.  Lig.  5.  lors- 
que le  ciel  fut  redevenu  pur  et  serein,  que  je  n'eus. 

Page  125.  Avant  la  lig.  19.  Nous  avons  laissé  l'empereur  rentrant  à 
Porto-Ferrajo  de  retour  de  l'excursion  qu'il  avait  faite  à  Longone,  nous 
allons  de  nouveaule  suivre  dans  l'emploi  quotidien  de  son  temps.  Lig.  22. 
était  visiblement  fatigué,  peut  être  plus  moralement  que  physiquement, 
car  c  était  mie.  Lig.  32.  visiblement,  bien  visiblement.  Ce  dont  aujourd'hui 
je   ne  puis  pas  me  rendre  entièrement  compte,  c'est  que  les. 

Page  126.  Lig.  3.  de  sensibilité  et  que  ses  alentours  n'aient  jamais  hau- 
tement protesté  contre  cette  indigne  accusation.  J'ai  été  dans  l'erreur 
comme  tout  le  monde  y  était.  J'y  ai  été  parce  que  les  voix  qui  pouvaient 
faire  entendre  la  vérité  laissaient  paisiblement  retentir  le  cri  du  men- 
songe. Je  réparerai  le  tort  personnel  que  j'ai  eu  de  croire  trop  facilement 
au  mal:je  le  réparerai  en  racontant  fidèlement  ce  que  j'ai  vu  du  cœur  et 
de  l'âme  de  l'empereur.  Je  n'ai  point  encensé  son  trône.  Cela  me  donne 


AUX  SOUVENIRS   DE  PONS  35 

le  droit  de  jeter  des  pleurs  sur  sa  tombe  Lig.  14.  voiture  jus- 
qu'à Campo.  Puis...  Qui  sait  les  projets  qui  germent  dans  cette 
vaste  tête!  Maintenant  bien  des.  Lig.  25.  beaucoup  d intérêt.  J'avais 
été  prié  d'en  parler  au  général  Drouot;  j'en  avais  parlé  à  l'empereur. 
L'empereur  était  à  la  promenade.  Le  pharmacien  lui  présenta  sa  pé- 
tition. Cette  pétition  commençait  Lig.  30.  davantage.,  et  en  remettant 
la  pétition  au  général  Bertrand,  il  lui  dit:  «  Puisque  il. 

Page  127.  Lig.  9.  qu'il  ne  se  prétait  pas  ou  qu'il  se  prétait  peu  aux  désirs 
des  gens  qui  l'attendaient.  On  pouvait  aussi  remarquer  une  autre  chose 
dans  ces  audiences  improvisées  que  l'Empereur  donnait  en  plein  air. 
L'Empereur  n'aimait.  Lig.  13.  m<î»2ide?'les  grands  comme  les  petits.  Li». 
14.  personnes  qui,  sans  jactance,  parlaient.  Lig.  13.  11  n'y  a  pas  de  doute 
qu'il  était.  Lig.  18.  marquée  dans  une  conversation  d'importance,  même 

dans  une  conversation   ordinaire.  Le  colonel Angleterre.  J'aurai 

maintes  fois  à  en  parler  encore.  //  reste  à  l'île.  Lig.  25.  A  entoure 
l'Empereur  de  respect,  non  pas  de  ce  respect  servde  qui  ne  se  manifeste 
qu'en  rampant,  mais  de  ce  respect  noble  que  le  malheur  inspire,  que  la 
conscience  commande  et  qui  ne  peut  être  profondément  éprouvé  que 
par  les  cœurs  vraiment  généreux.  Lo?'s  des  périls  sans.  Lig.  29.  de 
cette  contrée  si  peu  digne  de  son  beau  ciel.  Le  général  Koller  n'est  pas 
toujours  à  la  suite  de  l'Empereur,  comme  le  colonel  Campbell,  mais  il 
est  à  côté  de  l'Empereur,  toutes  les  fois.  Lig.  32.  contre  l'Empereur. 
Il  faut  avoir  bu  toute  honte  pour  oser  se  permettre  des  inventions  aussi 
coupables.  On  lui  prête  aussi  un  langage  d'opposition. 
Page  128.  Lig.  11.  triste.  Après  le  dîner,  l'on  apporta  quelques  jour- 
.  naux  dans  le  salon,  et  les  journaux.  Lig.  19.  batailles,  et  tous  ces  évé- 
nements. Il  indiquait.  Lig.  20.  de  quelques-unes  de  ces  actions.  Lig.  23. 
Koller,  qui  l'écoutait  avec  des  yeux  qui  semblaient  avoir  le  sens  de 
l'ouïe,  et  il  lui  disait  :  »  Parlez,  Koller. 

Page  129.  Lig.  7.  Lorsque,  presque  à  l'improviste,  l'Etna,  dans  un 
paroxisme  d'éruption  volcanique,  semble  épuiser  ses  flancs  pour  em- 
braser à  la  fois  la  terre  et  le  ciel,  l'homme,  qui  a  maintes  fois  été 
spectateur  de  ce  grand  phénomène  de  la  nature,  plus  étonné  qu'effrayé, 
en  admire  toujours  la  sublimité  et  regarde  encore,  alors  même  qu'il  n'y 
a  plus  rien  à  voir.  L'Empereur  avait  cessé  de  parler.  Nous  l'écoutions 
toujours.  Tout  le  monde  était. 

Page  130.  Lig.  14.  narrer.  Je  me  répétai  à  dessein  en  présence  de 
ce  général.  Lig  19.  proscripteurs,  séides  de  la  Sainte  Alliance.  Lig.  20 
aller  momentanément  m'étabiir.  Lig.  22.  Bubna  en  eut  un  plaisir  ex- 
trême. Il  me  pria.  Lig.  25.  chose  bien  plus  remarquable,  et  qui  appar- 
tient. Lig.  27.  répéter  quand  je  voudrais,  où  je  voudrais,  comme  je 
voudrais,  «  à  Dresde.  Lig.  32.  Le  général  Koller  savait,  au  moins 
comme  tout  le  monde,  les  fâcheuses. 

Page  131.  Lig.  1.  aveuglément  raison,  et  loin  de  là,  quelquefois  il 
me  blâmait.  Du  reste,  il  n'assista  qu'aux  premiers  débats,  et  il  ne  pou- 
vait pas  juger  avec  une  parfaite  connaissance  de  cause.  Cet  horméte 
homme.    Lig.  22.   espèce  de  retard  :    c'était   la  suite  nécessaire  de  se 


36  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

trahisons.  En  conséquence.  Lig.  26.  l'Empereur  et  sa  suite.  Nous 
n'avons  pas  oublié  que  le  colonel.  Lg.  29.  au  cortège  impérial.  Les  An- 
glais ne  manquent  jamais  l'occasion  de  faire  de  la  primauté.  Le  colo- 
nel. 

Page  132  Lig.  3.  les  équipages  impériaux,  et  ils  ne  purent  plus 
compter  sur  l'accomplissement  de  la  tâche  qui  leur  avait  été  imposée. 
Lig.  8.  événement,  chacun  en  a  jugé  la  cause  et  les  eflets  au  point  de 
vue  de  ses  opinions  politiques,  car  nous  vivons  à  une  époque  où  les 
opinions  politiques  dominent  tout,  même  la  raison,  même  la  justice. 
Lig.  15.  la  peine  de  l'Empereur,  et  voulurent  la  lui  épargner. 

Page  133.  ce  commandement  à  l'enseigne  Taillade  (M.  Taillade  avait 
épousé  une  elboise  et  habitait  l'ile.)  Toutefois,  le  choix  ne  fut  pas  heu- 
renx.  L'enseigne  Saivi  aurait  été  nommé.  L'Empereur  même  le  lui  ofifrit 
en  raison  de  ce  qu'U  le  croyait  parent  du  maréchal  Masséna.  Mais  cet 
officier  eut  des  scrupules.  Il  craignit  de  déplaire  à  son  parent,  et  l'Em- 
pereur le  laissa  à  ses  puérilités.  Le  maréchal  Masséna.  Lig.  32.  des 
Elbois.  Le  général  Dalesme  était  aimé  :  il  méritait  de  l'être.  IL  n'avait 
fait.  Lig.  34.  beaucoup  de  monde.  Pour  moi,  j'eus  une  peine  infinie  à 
me  séparer  de  lui.  Depuis  plusieurs  années  nous  vivions  ensemble  de 
la  vie  d'intimité,  et  nous  avions  pris  l'habitude  de  compter  l'un  sur  l'au- 
tre. Lorsque. 

Page  134,  lig.  4,  ces  paroles  d'aS'ectiôn  et  de  bienveillance  que  l'empe- 
reur lui  avait  prodiguées,  le  général  Dalesme.  Lig.  6.  ces  mots  qui  par- 
tirent du  fond  de  ses  entrailles  comme  un  boulet  part  du  fond  d'un 
canon  :  «'  Je  me  ferais  cent  fois  tuer  pour  cet  homme.  »  J'ai  dit  comment 
j'avais  été  mêlé  à  ces  adieux.  Lorsque  après  le  départ  du  général  Da- 
lesme je  vis  l'empereur,  c'était  un  jour  orageux  de  discussions,  et  l'em- 
pereur, quoique  fâché  contre  moi,  me  dit.  Lig.  10.  aussi  son  départ  passa 
inaperçu.  Ibid:  L'empereur.  Il  vint  me  faire  sa  visite  de  départ.  Je  lui. 
Lig.  15  pas  assez.  Dans  cette  dernière  circonstance,  au  moment  où  nous 
allions  nous  séparer,  je  le  priai  de  me  faire  connaître  tout  ce  qu'il 
savait,  afin  que  je  pusse  me  régler  en  conséquence,  et  son  explication 
ne  m'expliqua  rien.  Elle  s'évapora  en  monosyllabes  inintelligibles.//  fut 
Lig.  18.  pour  l'empereur.  Il  ne  ménageait  pas  sa  pensée  à  cet  égard, 
et  cette  pensée,  il  t'ouvait  toujours  moyen  de  lui  donner  un  aliment.  // 
Lig.  20.  reproche,  qui  avait  quelque  chose  de  plausible,  n'était  pas  pour 
le  colonel  Vincent  l'effet  d'un  sentiment  généreux,  tant  s'en  faut,  et  il 
ne  le  manifestait  que  pour  le  faire  servir  de.  Lig.  23.  satirique,  il  pré- 
tendait que  ce  fonctionnaire.  Lig.  24.  continuel.  Je  conçois  cela:  le 
colonel.  Lig.  25.  presque  jamais,  et  lorsque  par  extraordinaire  un  sou- 
rire effleurait  ses  lèvres,  on  pouvait  le  considérer  comme  un  enfant  perdu 
ou  tout  au  moins  égaré.  Le  colonel  Vincent.  Lig.  27.  il  Vêtait,  et  la 
nature  de  son  caractère  ne  le  portait  pas  à  souflrir  patiemment.  Il 
criait,  il  se  plaignait;  de  là  de  nouveaux  motifs  pour  le  considérer 
comme  un  ennemi,  par  suite  pour  rejeter  ses  justes  réclamations.  Lig. 
32.  assassiné,  un  mot  échappé  caractérise  le  changement  qui  s'était 
opéré  en  !ui.  Je  le  félicitai. 


AUX  SOUVENIRS    DE  PONS  37 

Page  135,  lig.  6.  se  plaindre  et  cependant  cet  homme  de  perturbation 
fut  conservé  :  l'empereur  l'envoya.  Lig.  17.  avec  empressement^  entraîné 
que  j'étais  par  le  désir  de  voir  ce  que  cette  scène  aurait  de  touchant. 
Je  l'assure  :  l'empereur  avait  composé  sa  figure;  il  voulut  paraître  calme, 
il  le  voulut  en  vain. Ce  n'était  pas  ici  un  de  ces  champs  de  bataille  où,  au 
milieu  des  périls,  la  grandeur  de  son  âme  impi'imait  la  quiétude  à  ses 
traits  :  c'étaient  des  coeurs  qui  venaient  assaillir  son  cœur,  et  son  cœur 
était  tout  débonnaire.  Une  enveloppe  de  tranquillité  n'était  qu'un  voile 
transparent  qui  laissait  voir  le  trouble  de  l'affliction.  La  preuve  de  ce 
que  je  dis,  que  vingt  témoins  oculaires  peuvent  dire  comme  moi,  c'est 
que  i empereur,  Lig.  30.  il  partageait  publiquement  la  douleur  que  l'em- 
pereur éprouvait  secrètement.  L'empereur  se  maîtrisait  :  moi,  je  n'avais 
pas  à  me  contraindre.  Le  départ  des  Français  rongeait  mon  cœur,  je  le 
disais  à  qui  voulait  m'entendre.  J'avais  besoin  que  les  Elbois  me  con- 
solassent; ils  me  consolaient.  Eux  aussi  étaient  pour  moi  une  famille 
nationale.  Il  m'était  impossible  de  quitter  le  point  où  j'avais  pris  place 
pour  pouvoir  planer  le  plus  longtemps  possible  sur  la  mer.  La  Dryade 
avait  disparu  que  je  la  regardais  encore,  et  que  je  croyais  toujours  la 
voir  franchir  l'horizon. 

Page  136,  lig.  5.  Cependant  l'empereur  devait  être  encore  sous  l'in- 
fluence de  deux  grands  événements  qui  venaient  d'avoir  lieu  :  l'arrivée. 
Page  136.  Lig.  15.  l'ernpereur.  Insensées  qui,  dans  l'aveuglement  de 
leur  folle  vanité,  ne  voyaient  pas  qu'elles  n'avaient  d'autre  existence  so- 
ciale que  celle  que  leur  donnait  la  puissance  du  nom  immortel  de  l'em- 
pereur, et  qui  furent  une  nouvelle  preuve  du  néant  des  grandeurs  hu- 
maines, dès  qu'elles  eurent  renié  en  ce  qui  les  concernait,  le  principe 
suprême  de  ces  grandeurs.  Lig.  18.  fraternelle  qu'ils  allaient  à  l'âme. 
On  pouvait  multiplier  les  observations  les  plus  intéressantes.  Lig.  21. 
amour,  et  cette  princesse  dut  être  satisfaite  des  tendres  sentimens  que 
sa  présence  électrisait.  La  population.  Lig.  26.  curiosité  tout  à  la  fois 
tumultueuse  et  respectueuse.  Il  dit  gaiment. 

Page  137.  Lig.  1.  furent  inspirés  par  elle,  et  l'empereur  n'y  concou- 
rut qu'en  témoignant  visiblement  le  plaisir  qu'il  y  prenait.  Et  comment 
aurait-il  pu  en  être  autrement  ! . . .  Tête  de  perfection,  regard  de  per- 
fection, sourire  de  perfection,  corps  de  perfection,  démarche  de  perfec- 
tion, tout  dans  la  princesse  Pauline  était  perfection.  Lig,  6.  pour 
Naples.  La  nouvelle  de  son  arrivée  passa  sur  l'île  d'Elbe  comme  un 
éclair  passant  dans  l'espace,  avec  cette  différence  pourtant  que  la  prin- 
cesse promit  de  revenir  et  qu'elle  tint  parole.  Son  départ  causa  de 
nouvelles  peines  à  l'empereur.  Il  occasionna  aussi  mille  et  mille  Lig.  7. 
autres,  car  les  Portoferrajais  inoccupés  s'amusent  à  fabriquer  des  sor- 
nettes, et  ils  les  fabriquent  bien.  Lig.  11.  moulins  étaient  démolis.  Lig. 
14.  l'élégance  possible  pour  le  lieu  et  pour  la  circonstance  les  deux  mai- 
sons du  génie  et  de  l'artillerie,  sœurs  jumelles,  qui,  réunies  ou  plutôt 
métamorphosées,  formaient  le  palais  impérial.  Il  y  avait  là  un  peu  d'en- 
chantement. Ce  n'était  pas  la  seule  métamorphose  qui  pouvait  étonner  ; 
au  fur  et  à  mesure  que  l'on  déblayait  le  terrain,    la  pioche   et  la  bêche 

3 


38  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

fouillaient  les  entrailles  de  la  terre,  en  bouleversaient  la  surface,  et  d'un 
sol  que  tout  le  monde.  Lig.  18.  improductif,  elles  en  faisaient.  Lig.  21, 
rire.  On  sait  que  le  fort.  Lig.  23.  tandis  que  le  perfectionnement  du 
palais  Lig.  38.  de  son  départ.  C'était  pour  ainsi  dire  sa  lune  de  miel. 
Sa  pensée  était  une  pensée  de  stabilité.  En  conséquence. 

Page  138.  Lig.  1.  campagne  ou  des  campagnes,  et  des  choses,  sous 
quelque  forme  et  de  quelque  manière  qu'elles  se  présentassent  :  ce  qui 
occasionna  d'autres  démolitions  et  d'autres  constructions.  Lig.  6.  pour 
aller  de  Longone  d'en  bas  à  Longone  d'en  haut,  c'est-à-dire  de  Longone 
marine  à  la.  Lig.  7.  ce  trajet  escarpé.  Sa  volonté  ne  rencontra  aucun 
obstacle.  La  route.  Lig.  22.  serruriers  y  étaient  encore,  et  comme  on 
peut  bien  le  penser,  ils  y  faisaient  un  grand  vacarme.  N'importe,  l'idée 
d'être  chez  lui  séduisit  l'empereur.  Lig.  15.  cela;  mais  ce  palais  impé- 
rial n'était  pas  complètement  en  état  de  recevoir  définitivement  l'empe- 
reur et  sa  suite  :  il  fallait  forcément  attendre.  Lig.  17.  trouve)-.  On  le 
savait,  tous  les  propriétaires  offraient  les  leurs.  Ce  n'était  pas  une  aflaire 
d'argent  qu'on  cherchait,  on  voulait  par  dessus  tout  obliger  l'homme  des 
destinées  qui  devenait  chaque  jour  plus  cher  à  sa  famille  sociale.  Lem- 
pereur  fixa.  Lig.  24,  et  il  promettait  de  marcher  sur  les  traces  de  son 
père.  Lig.  30.  chère  par  le  premier  déboursé  de  l'acquisition,  mais  par 
le  développement  que.  Lig.  34.  c'était  trop,  c'était. 

Page  139.  Lig.  3.  plus  que  la  valeur  réelle,  c'était  une  valeur  d'affec- 
tion, de  retraite  et  méditation.  Le  Saint-Gloud  elbois  doit  tenir  désormais 
un  rang  distingué  dans  les  fastes  de  l'île  d'Elbe.  Ce  n'était  pas  le  dernier 
mot  de  l'empereur.  Saint-Cloud.  Lig.  10.  avoir  trouvé  ce  que  l'empereur 
désirait.  Lig. 18.  horizon  immense,  et  l'on  voyait  en  même  temps  la  côte 
depuis.  Lig.  19.  tyrrhénienne  par  laquelle  ces  bords  sont  mouillés.  Napo- 
léon. Lig.  23.  de  la  dépense  que  lui  occasionnerait  un  établissement  dans 
ce  désert.  Il  répétait.  Lig.  26.  inconvénients.  Il  faisait  des  plans,  il  faisait 
des  tracés,  il  faisait  des  devis.  Néanmoins,  ce  projet  ne  fut  pas  exécuté. 
Lig.  27.  n'avait  pas  de  choix  à  faire,  car  il  n'y  avait  rien  à  comparer,  et 
il  devait  forcément  construire.  lÀg.'àl.  appartenait, mais  ceiie.  habitation, 
en  lui  appartenant,  était  mon  ouvrage,  je  l'avais  créée. 

Page  140.  Lig.  1.  plus  particulièrement  encore.  Je  le  savais  par  le  géné- 
ral Drouot.  C'était  au  moment^même  où  je  m'étais  {sic)  le  plus  d'entête- 
ment dans  mon  refus  de  verser  les  fonds  que  j'avais  appartenant  au 
gouvernement  français.  L'empereur  Lig.  20.  je  V avais  mis  à  ses 
ordres.  Plus  tard  nous  verrons  ce  qu'il  advint  à  cet  égard.  Mais  pour 
des  palais,  pour  des  campagnes ,  il  fallait  des  meubles ,  il  en  fallait 
beaucoup,  et  l'empereur  n'en  avait  pas  du  tout.  Du  tems  et  de  l'argent 
étaient  nécessaires  pour  s'en  procurer  à  la  manière  ordinaire.  Mais 
que  le  lecteur  ne  s'inquiète  pas  trop  de  cette  pénurie,  l'empereur  se  tira 
vite  Lig.  25.  pas  lui  en  refuser.  L'opération  n'était  pas  clandestine, 
l'empereur  en  avait  donné  l'ordre  à  haute  et  intelligible  voix.  Un  four- 
rier du.  Lig.  19.  quelques  observations,  et  il  les  fit,  ce  qui.  Lig.  21.  il 
avait  fait  choix,  c'était  déjà  beaucoup.  On  n'avait  plus  à  être  en  peine 
pour  les  ameubiemens.   Le    génie  gouvernemental  des    hommes  d'État 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  3  9 

n'avait  pas  encore  découvert  ou  du  moins  n'avait  pas  encore  officielle- 
ment reconnu  cette  nouvelle  providence  qu'ils  ont  appelée  le  hazard,  et 
sous  les  auspices  de  laquelle  les  gouvernements  actuels  marchent  au 
bien  et  au  mal,  selon  que  le  bien  ou  le  mal  est  utile  à  leur  intérêt  par- 
ticulier, sans  s'inquiéter  le  moins  du  monde  si  cet  intérêt  particulier 
n'est  pas  nuisible  à  l'intérêt  général.  Toutefois,  ce  hazard,  dieu  de  cir- 
constance, du  mal  ou  du  bien,  existait  alors,  comme  il  existe  aujour- 
d'hui, et  l'empereur  qui  lui  devait  toutes  ses  infortumes  dans  les  grandes 
choses,  le  trouva  favorable  dans  une  petite  chose.  Le  prince  Borghèse. 
Lig.  26.  suite  l'empereur.  L'empereur  accourut,  il  se  félicita  du  mau- 
vais temps,  il  ne  se  donna.  Lig.  28.  il  prit  foM^,  c'était  plutôt  fait:  «  Cela 
ne  sort. 

Page  141.  Lig.  6.  prince  Lucien  Bonaparte.  On  m'écrivit,  je  rendis 
compte  à  l'empereur.  L'empereur.  Lig.  8.  de  protester.  Je  me  hâtai 
d'obéir.  Lig.  13.  d'Elbe;  il  donna  pleine  satisfaction  à  l'empereur  ;  il 
voulut.  Lig.  18.  cru  d'abord  n'avoir  rien  de  mieux  à  faire  que  de 
recourir.  Lig.  21.  avec  une  extrême  bienveillance.  La  famille  du  prince 
les  entoura  aussitôt  avec  une  grande  curiosité  pour  savoir  tout  ce  qui 
se  passait  à  l'île  d'Elbe.  On  les  questionna.  Lig.  22.  ces  questions  n'é- 
taient pas  l'effet  d'un  tendre  intérêt.  Elles  portaient  l'empreinte.  Lig. 
25.  capitaines  n'osaient  pas  répondre,  mais  ils  étaient.  Lig.  26.  enten- 
daient, et  lorsqu'ils  m'en  rendirent  comple,  je  crus  que  leur  indignation 
les  faisait  exagérer. 

Page  142.  Lig.  5.  les  cesser.  Gela  était  d'autant  plus  à  craindre,  que 
l'empereur  m'avait  demandé  deux  fois  où  j'en  étais  avec  le  prince.  Mon 
embarras  était  grand,  mais  j'avais  l'ange  d'amitié  qui  ne  me  laissait 
jamais  en  peine.  J'eus  recours  à  lui.  Lig.  9,  pour  bien  m'assiirer  de  la 
vérité,  et  j'envoyai  d'autres  capitaines.  Ces  capitaines  furent  plus  indi- 
gnés encore  que  ceux  qui  les  avaient  précédés,  mais  il  y  eut  pour  eux 
une  compensation  qui  n'avait  pas  existé  pour  les  autres.  Le  prince  Louis 
voulut  les  voir,  et  autour  de  ce  prince,  tout  leur  parla  avec  éloge  de 
l'empereur.  Les  paroles  du  prince  Louis  étaient  toutes  des  paroles  d'at- 
tendrissement. Lig.  14.  l'empereur.,  et  je  le  lui  dis.  Lig.  22.  Il  ne  m'or- 
donna pas  de  continuer  ces  observations,  je  les  cessai.  Pourtant, 
quelque  temps  après,  il  me  demanda  ce  que  je  savais  du  prince  Lucien, 
je  lui  répondis  que  je  ne  savais  rien  et  il  se  tut.  Lig.  28.  ces  petites 
choses,  il  se  plaisait  beaucoup  à  les  entendre  raconter.  Lig.  30.  ces  dé- 
tails, il  la  visita  avec  celte  intention  d'apprendre  qui  fait  que  tout  se 
grave  dans  la  mémoire,  surtout  dans  une  mémoire  comme  la  sienne, 
extraordinaire  par  la  prodigalité  de  ses  étonnantes  citations.  Aussi  à 
son  retour.  Lig.  34.  et  tout  apprécié,  les  montagnes,  les  plaines,  les 
côtes,  les  golfes,  les  anses,  rien  ne  lui  était  {sic)  échappé,  et  personne 
n'était  plus  à  même  que  lui  d'écrire  la  topographie  elboise. 

Page  143.  Lig.  5.  de  surpasser  Poj-toferrajo,  car  les  Elbois  de  la  par- 
tie occidentale  de  l'île  ne  savent  rien  faire  sans  y  imprimer  le  sceau  de 
leur  jalousie  contre  les  Portoferrajais.  J'ai  évité  d'entrer  dans  les  détails 
de  ces  réceptions,  parce    qu'elles   n'ont  d'historique  que  leur  ensemble, 


40  ADDITIONS    ET    VARIANTES 

ce  qui  ne  m'empêche  pas  de  remarquer  et  de  faire  remarquer  que  l'em- 
pereur trouva  dans  cette  contrée  autant  de  témoignages  d'amour  que 
naguère  nos  soldats  y  avaient  trouvé  des  sentiments  de  haine.  Lig.  18 
Vemperew.  L'empereur  ne  savait  pas  refuser  à  ceux  qui  s'en  mon- 
traient dignes.  Aussi  M.  Séno  l'avait  facilement  obtenue.  Seul  cu-tisan. 
Lig.  18.  familières  aux  Elbois.  Il  le  chargea  de  s'entendre  avec  moi 
pour  le  mettre  à  même  de  protéger  fructueusement  cette  industrie. 
Je  ne  pouvais  que  m'en  rapporter  à  la  sagesse  de  M.  Séno.  Son 
opinion  devait  être  la  mienne,  elle  le  fut.  Je  ne  fis  que  la  rédiger, 
l'empereur  approuva  M.  Séno,  il.  Lig.  25.  ces  opérations  qui  en  deve- 
nant plus  lucratives  pour  eux,  en  devenaient  aussi  plus  utiles  pour 
l'état,  et  pouvaient  finir  par  arriver  au  point  de  celles  qui  prospèrent 
sur  les  côtes  de  la  Sardaigne.  Lig.  28.  la  dotation  de  la  légion  d'hon- 
neur, et  au  mUieu  du  cliquetis  des  armes.  Lig.  29.  L'empereui-  n'avait 
pas  besoin  de  solliciter.  Il  vit  les  carrières 

Page  144.  Lig.  10.  Bargili  était  un  hom  me  de  bien,  il  suivit.  S.  M-. 
s'occupait  en  même  temps  des  métiers.  Elle  ne  voulait.  Lig.  20.  encou- 
ragement. L'émulation  triomphante  était  entrée  dans  les  ateliers  et  les 
ouvriers  se  surpassaient.  //  aurait  fallu.  Lig.  23.  J'ai  parlé  des  salines. 
Il  faut  que  j'en  parle  encore  :  le  regard  régénérateur  de  l'empereur. 
Lig.  25.  Certainement  il  y  avait  eu  de  l'incurie  ;  l'opinion  publique  disait 
qu'il  y  avait  eu  de  la  déprédation.  Néanmoins,  pour  être  bien  juste,  je 
dois  dire  que  le  fermier.  Lig.  29.  son  pays  ;  il  n'y  voyait  que  par  les 
yeux  de  son  agent,  et  son  agent  y  voyait  à  sa  manière  pour  tous  deux. 
Les  salines  bien  régies  pouvaient,  selon  toutes  les  probabilités^  en  cal- 
culant leur  revenu  possible  au  minimum,  doubler  au  moins,  peut-être. 
Lig.  33.  en  régie.  L'empereur  me   consulta  pour  savoir  s'il  ne  pourrait 

pas  réunir de  l'intendance,  et  que  l'idée  de  cette  responsabilité 

pourrait  me  rendre  investigateur,  peut-être  même  tracassier,  ce  qui 
n'était  ni  dans  ma  nature,  ni  dans  les  nécessités  du  moment. 

Page   145.  Lig.  7.  L'empereur des  salines.  L'empereur  eut  confiance 

dans  la  loyauté  de  M.  Rossetti.  Il  traita  avec  lui.  Les  saHnes  aug- 
mentèrent de  valeur  en  raison  de  ce  qu'elles  augmentèrent  de  revenu. 
J'étais  toujours.  Lig.  11.  toujours  désai^né.,  je  le  dis  avec  une  convic- 
tion craintive  [sic)  :  on  ne  peut  pas  écrire  la  vie  de  l'empereur  à 
l'île  d'Elbe  sans  avoir  l'air  de  faire  un  panagéryque  {sic),  et  cette  pensée 
m'a  plus  d'une  fois  empêché  de  m'exprimer  avec  l'énergie  du  sentiment 
que  j'éprouvais.  Mais  avant  de  passer  outre,  je  veux  dire  avant  de  suivre 
plus  longtemps  l'empereur  dans  le  développement  de  ses  projets  pater- 
nels, pénétrons  à  ses  côtés  dans  le  palais  impérial  dont  il  va  prendre 
possession,  et  par  attachement  jouissons  de  sa  jouissance.  L'empereur. 

Page  147.  Lig.  18.  de  le  caser.  Heureux  encore  de  lui  avoir  trouvé 
un  gîte  passable  !   Mais  le  tems. 

Page  148.  Lig.  1.  intercalez  :  comme  l'avait  dit  l'empereur,  le  général 
Drouot  se  contenta  de  ce  qu'on.  Lig.  10.  ou  au  général  Drouot,  plus 
particulièrement  au  g"'  Bertrand,  elle  g'' Bertrand  ou  le  g"'  Drouot  pre- 
naient.Lig.  18.  compte.  Gela  les  obligeait  aussi  à  payer  de  leur  personne. 


AUX    SOUVENIRS  DE    PONS  41 

ce  qui  est  toujours  un  grand  bien  dans  le  maniement  des  affaires  publiques. 
Il  faut  bien  étudier  toutes  les  branches  des  fonctions  que  l'on  remplit, 
lorsqu'on  ne  sait  pas  sur  quelle  branche  l'on  sera  interrogé.  Alors 
l'étude  suivie  est  d'autant  plus  indispensable  que  celui  qui  fait  les  de- 
mandes n'a  pas  besoin  d'être  aussi  éclairé  que  celui  qui  fait  les  réponses. 
Celui  qui  a  le  droit  de  questionner  à  l'avenant  ne  connaît  pas  toujours 
la  profondeur  de  ses  questions,  et  pourtant  il  se  pose  comme  juge  devant 
celui  à  qui  il  impose  le  devoir  de  les  développer.  L'un  n'a  besoin  que 
de  rester  silencieux  pour  paraître  savant  ;  l'autre  doit  au  contraire  em- 
ployer toutes  les  ressources  de  la  parole  pour  n'avoir  pas  l'air  d'un 
ignorant.  Tous  les  souverains  n'ont  pas  cette  science  universelle  dont 
l'empereur  est  en  possession  ;  il  n'y  en  a  même  aucun  maintenant  qui 
soit  au-dessus  d'un  savoir  ordinaire,  et,  parmi  eux,  ce  sont  toujours  les 
moins  instruits  qui  cherchent  à  embarrasser  les  hommes  studieux  qui  ont 
à  force  de  veilles  acquis  une  grande  instruction.  Lig.  21.  n'y  avait  pas 
d'autre  cérémonial.  L'absence  du  faste  imprimait  un  caractère  de  gran- 
deur à  ces  réceptions.  //  était  facile.  Lig.  23.  qu'il  recevait,  soit  qu'ils 
fussent  de  grands  personnages,  soient  qu'ils  fussent  de  petits  person- 
nages, et  j'étais  particulièrement  à  même  de  faire  cette  étude.  Voici 
comment  :  Lig.  33.  voulait  fêter  les  visiteurs  qu'il  recevait  en  audience, 
puis  à  sa  table,  il  m'engageait. 

Page  149.  Lig.  5.  portaieyit  un  grand  nom.,  et  l'écho  qui  répétait,  de 
Portoferrajo  à  Rio,  ne  pouvait  pas  taire  le  regret  que  l'on  éprouvait  de 
ce  que  l'audience  n'avait  pas  été  plus  longue.  Lorsque  les.  Lig.  7.  Vem- 
pereur,  touché  qu'il  était,  s'épanchait.  Lig.  9.  réputation,  c'était  encore 
autre  chose.  Lig.  10.  sur  l'état  du  monde  social,  sur  ce  que  cet  état 
avait  été,  sur  ce  qu'il  était,  sur  ce  qu'il  menaçait  de  devenir,  et  alors  il. 
Lig.  12.  fièvre  d'admi7^atio7i,  et  j'en  ai  vu  plusieurs.  Restait  une  autre 
classe  de  visiteurs.  C'étaient  les  visiteurs.  Lig.  22.  rè.préhensihle,  et  en 
voici  une  preuve.  Lig.  26.  ils  étaient  tombés  en  bonnes  mains.  Je  n'ai  point 
des  sentiments  de  haine  contre  la  nation  anglaise  ;  car,  je  le  répéterai 
cent  et  cent  fois,  mes  principes  sont  qu'il  ne  faut  jamais  hair  les  na- 
tions, et  surtout  une  nation  comme  la  nation  anglaise.  Toutefois 
j'abhorre  le  gouvernement  anglais,  je  l'abhorre  de  toute  la  puissance 
de  mon  âme,  parce  que  je  le  considère  comme  le  fléau  permanent  de 
l'humanité.  Or  pour  en  revenir  à  la  cavalcade  anglaise,  je  fus  indigné 
contre  les  Anglais  qui  la  composaient,  et  au  lieu  de  les  accompagner. 
Lig.  30.  Restait  à  savoir  comment  l'empereur  prendrait  cela.  Non  pas 
que  je  craignisse  que  l'empereur  blâmât  un  acte  de  fierté  digne,  mais 
parce  que. 

P.  150,  lig.  28.  la  même  trempe -poxiv  la  politesse  ou  l'impolitesse  des 
procédés.  Il  y  avait  nécessairement  les  bien  élevés  et  les  mal  élevés. 
Les  bien  élevés  avaient  une.  Lig.  31.  dans  les  rencontres  fortuites  :  et 
j'en  demandai  la  raison  au  colonel  Campbell.  Le  colonel 

P.  151,  lig.  12.  à  cheval  pour  l'accompagner  aux  mines.  L'amabilité  et 
la  beauté  n'étaient  pas  le  seul  trésor  que  cette  dame  possédait;  elle 
avait  aussi  beaucoup  de  savoir,  et  elle  le  dispensait  avec  une  grâce  infi- 


42  ADDITIONS   ET  VARIANTES 

nie.  Mais  elle  ne  faisaitLigA9.au  dé  but. Puisque  je  m'occupe  des  Anglais, 
il  faut  que  je  dise  tout  ce  que  j'en  sais  jusqu'à  ce  moment,  et  par  con- 
séquent que  je  parie   du  colonel  Campbell. 

P.  152,  lig.  2.  Plus  tard,  ali'ectant  de  prendre  un  intérêt  positif  à  ce 
qu'il  appelait  les  tracasseries  dont  on  me  tourmentait,  sachant  d'ailleurs 
que  j'avais  donné  ma  démission.  Lig.  5. .  fireîit  frémirMon  sang  refoula 
vers  mon  cœur  ;  je  sentis  que  j'étouffais,  la  respiration  me  manquait. 
Lig. 7.  à  cramMe  7Zî«Ve  l'empereur,  et  je  l'avoue, ma  réserve  obligée  me 
bouleversa  pendant  plusieurs  jours.  Dans  une  autre  visite,  le  colonel 
Campbell,  ne  me  trouvant  pas  chez  moi,  s'expliqua  plus  explicitement 
avec  ma  femme,  et  après  l'avoir  amenée  à  parler  des  chagrins  que 
j'éprouvais,  il  la  pressa  pour  qu'elle.  Lig.  12.  Ma  femme  était  et  est  tou- 
jours française  pur  sang.  Lig.  13.  Le  colonel  Campbell  trouva  en  elle  un 
haut  caractère  de  vertu  patriotique.  J'aurais  à  faire  son  éloge  si  je  ne 
craignais  pas  de  blesser  sa  modestie.  Aujourd'hui,  elle  repousse  les  pro- 
messes du  colonel  Campbell  ;  plus  tard,  elle  bravera  ses  menaces.  J'étais 
Lig.  16.  de  V Angleterre  :  mon  âme  était  cruellement  blessée.  Je  m'at- 
tendais à  ce  que  le  colonel  Campbell  voudrait  savoir  quelle  influence 
aurait  eue  ce  qu'il  avait  dit  à  mon  épouse.  J'attendais  en  frémissant. 
C'était  la  première  fois  que  f  avais.  Lig.  17.  libre  arbitre  pour  terminer 
cette  affaire  comme  il  me  semblait  qu'elle  devait  être  terminée,  car  j'y 
voyais  ma  délicatesse.  Lig.  22.  sur  Vempereur,  et  pour  rien  au  monde  je 
n'auraisvoulu  ajouter  aux  peines  qu'il  éprouvait.  L'anxiélé  me  dévorait: 
je  ne  pouvais  plus  y  tenir.  Lig.  27.  m'écouta  avec  une  attention  qui 
n'avait  rien  de  son  attention  accoutumée.  Ses  traits  étaient  en  mouve- 
ment. Lorsque  j'eus  fini,  il  dit  avec  une  espèce 

P.  153,  lig.  2.  entre  vous  et  lui.  »  Je  me  retirais  avec  ie  général 
Drouot.  L'empereur  nous  rappella.  Il  me  pressa.  Lig.  9.  reste  1  Nous 
sortîmes  définitivement.  Le  général  Drouot  ajouta  aux  recommandations 
de  l'empereur.  Le  lendemain,  l'empereur.  Lig.  17.  claires  et  précises  de 
ma  femme,  en  même  temps  que  les  visites  qu'il  m'avait  vu  faire  au 
Palais  impérial,  en  détruisant  ses  espérances,  l'avaient  fait  renoncer  à 
ses  projets,  et  il  s'abstint  désormais  de  toute  tentative  qui  aurait  pu 
nous  conduire  à  parler  encore  de  me  faire  quitter  l'ile  d'Elbe.  //  vint  à 
Rio.  Lig.  22.  bomie  compagnie,  et  tout  en  surveillant  l'empereur,  il  en- 
veloppait. Lig.  27.  Il  était  naturel  que  nous  éprouvassions  une  douce 
jouissance  envoyant  des  Français  qui  avec  l'apparence  du  dévouement 
venaient  s'associer  à  notre  destinée,  et  chaque  nouveau  visage  national 
était  pour  nous  un  nouveau  plaisir.  Mais  Vempereur.  Lig.  34.  en  fut 
petit.  Je  ne  m'occupe  pas  de  la  date  de  leur  arrivée.  Je  dis  leur  venue, 
c'est  le  fait  principal. 

Page  154,  lig.  3.  de  son  service,  et  dont  l'existence  était  pres- 
que ignorée,  même  dans  la  place.  Lig.  6.  pour  être  sa  fille. 
Du  moins  elle  portait  son  nom  L'empereur  était  à  Longone  lorsque 
l'adjudant  Lebel  débarqua  à  Porto-Ferrajo.  On  en  rendit  compta  à 
l'empereur.  Il  fit.  Lig.  4.  dire  décidée.  L'adjudant  Lebel  se  rendit  au- 
près de  l'empereur  ;  les  deux  dames  l'accompagnèrent.  Que  se  passa- 


AUX  SOUVENIRS   DE   PONS  4  3 

t-il  à  Longone  ?  Je  l'ignore.  Je  ne  cherchai  pas  à  le  deviner.  Ce  que  je 
sais,  que  je  sais  bien,  c'est  qu'à  son  retour  de.  Lig.  23.  Lébel  était  un 
homme  de  peu  de  délicatesse,  et  je  me  rappelai  les  paroles  de  l'empe- 
reur. Lig.  25.  gouvernement  papal  et  qui  venait  abriter  ses  cheveux 
blancs  sous  l'égide  de  rermpereuv  [sic).  L'Empereur  fit.  Lig.  32.  pourquoi 
il  portait  les  épaulettes  d'un  grade  qu'il  n'avait  pas./Z 

P.  155,  lig.  8.  sa  place,  de  manière  à  en  perdre  la  tète  et  à  la  faire 
perdre  à  toutes  les  personnes  avec  lesquelles  il  était  ou  croyait  être  en 
relation,  filera  n'aurait.  Lig.  13.  de  le  t'o»- à  Portoferrajo.  Rien  n'y  faisait. 
il  prétendait.  Lig.  15.  assigné,  et  il  disait  cela  avec  un  ton  solennel  qui 
forcément  faisait  rire.  Ce  brave  bonme.  Lig.  22.  ridicules,  mais  il  avait 
des  qualités  devant  lesquelles  les  ridicules  s'effacent,  et  il  était  soldat 
d'honneur  au  suprême  degré.  Lig.  25.  en  supériorité  et  je  n'étais  pas  seul 
de  cet  avis.  Il  s'appelait  Bellina.  Son  épouse  l'accompagnait.  C'était  une 
dame  espagnole.  Tout  le  monde  en  faisait  l'éloge.  ^1"°°  Bellina  n'était 
pas  une  de  ces  beautés  extraordinaires  dont  chaque  trait  est  un  trait 
de  perfection,  mais  sa  figure  dans  son  ensemble  avait  un  charme  inex- 
primable, peut-être  supérieur  au  charme  de  la  beauté  et  qui  séduisait 
universellement.  Je  ne  crois  pas  qu'aucune.  Lig.  31.  princesse  Pauline. 
Lorsque  le  chêne-roi,  que  l'on  croyait  immortel,  eût  jonché  le  sol  sacré 
sans  cependant  perdre  son  immortalité,  les  ouragans  du  ciel  et  de  la 
terre  qui  s'étaient  réunis  pour  le  renverser  éparpillèrent  son  feuillage 
sur  la  surface  du  globe,  et  l'une  de  ses  feuilles,  Jl/"*  Bellina.  Lig.  34. 
de  demoiselles.  C'est  une  chose  heureuse  que  de  pouvoir  dire  du  bien 
des  personnes  avec  lesquelles  l'on  a  été  réuni  à  des  époques  remar- 
quables. 

Page  156,  lig.  11.  caprataise,  mais  de  l'île  de  Corse  ou  de  l'île  de 
Capraja,  n'importe,  cette  dame.  Lig.  13.  comme  il  y  avait  déjà  attaché 
les  deux  dames  dont  j'ai  précédemment  parlé,  e?i  qualité.  Lia.  17.  les 
trois  grâces.  Vraiment  il  y  avait  là  quelque  chose  qui  pouvait  donner 
une  idée  de  la  fabuleuse  Cithère.  Praxitèle  y  aurait  facilement  inspiré 
son  sublime  ciseau.  Dans  toutes  les  circonstances  de  la  vie  morale,  la 
femme  fait  le  bonheur  de  l'homme.  C'est  son  apanage,  quoique  en 
dise  notre  orgueil  et  surtout  notre  ingratitude!  Elle  nous  modère  dans 
notre  prospérité  ;  elle  nous  soutient  dans  l'infortune,  et  plus  d'une 
fois,  l'exemple  de  sa  courageuse  persévérance  nous  empêche  de  suc- 
comber au  désespoir.  Mais  c'est  surtout  sur  un  rocher,  au  milieu  des 
mers,  alors  qu'on  a  été  battu  par  la  tempête,  qu'il  est  heureux  de  trou- 
ver de  chers  anges  dont  le  souWre  console  et  dont  la  parole  rend  l'es- 
pérance. M""'  Colombani.  Lig.  19.  conduite,  et  l'estime  générale  la  ré- 
compensait. Lig.  31.  langage,  quant  à  moi,  lorsque.  Lig.  32.  dans  cette 
querelle  dont  il  m'apprit  lui-même  la  cause  et  les  eâets.  Une  arrivée 
plus  importante  que  toutes  celles  qui  l'avaient  précédée,  sans  compa- 
raison aucune,  vint  nous  étonner  et  surtout  réjouir, 

P.  157,  lig.  5.  débarqua  à  Portoferrajo  et  il  demanda  à  être  conduit  à 
l'empereur.  L'empereur  était  à  Longone.  Le  nouveau  venu  se  disposa 
à  y  aller.  Simple  et  modeste,  il  ne  fixa  l'attention  de  personne,  et  mon- 


4  4  ADDITIONS   ET    VARIANTES 

té.  Lig.  8.  vers  celui  qui  était  le  but  de.  Lig.  9.  grand  pouvoir  donne 
aux  hommes  qui  l'ont  contractée  un  air  de  commandement  dont  ils  ne 
peuvent  pas  se  défaire,  alors  même  qu'ils  ne  commandent  plus,  et  ce- 
pendant, faisant  exception  à  la  règle,  le  général  Boinod.  Lig.  15.  et  l'ac- 
cabla de  questions  :  «  Qui  étes-vous?  D'où  venez-vous  ?  Où  allez-vous? 
Que  dites-vous?  Que  faites-vous?»  M.  Boinod  ne  répondait.  Lig.  16.  était 
curieux,  dans  l'intérêt  de  l'enipereur,  même  dans  l'intérêt  du  général 
Boinod,  car  M.  Rebuffat  avait  un  cœur  excellent.  On  arriva  à  Longone, 
il  n'y,  Lig.  17.  engagea  son  compagiion  de  circonstance  à  diner  chez  lui. 
Mais  ce  n'était  pas  une  de  ces  invitations  de  courtoisie  ou  d'affection 
qu'on  doit  faire  et  qu'on  a  du  plaisir  à  faire.  C'était  une  invitation  de 
bienveillance  pour  un  étranger  qui  ne  savait  où  aller  dîner.  Tandis  que. 
Lig.  29  compte  de  sa  mission  qu'il  venait  de  remplir,  et  après  avoir 
terminé  cette  affaire,  il  raconta.  Lig.  21.  un  bon  homme  qui,  disait-il, 
venait  tout  exprès  pour  le  voir,  lui,  l'empereur  et  qui,  disait-il    encore. 

Page  1-58.  Lig.  6.  Il  lui  tendit  la  main,  non  pas  comme  les  souverains 
la  tendent  avec  une  froide  réserve,  il  la  lui  tendit  avec  effusion,  et  il  le 
conduisit  à  table,  où  il  le  plaça  à  côté  [Lig.  8.]  de  lui  pour  lui  faire  con- 
tinuer son  repas,  que  le  général  Bertrand  l'avait  obligé  à  quitter. 
L'empereur  dit  et  répéta.  Lig.  10.  logé.  Pauvres  têtes  que  les  têtes  hu- 
maines !  Elles  passent  d'un  extrême  à  un  autre  extrême  avec  la  rapidité 
de  la  pensée.  Les  procfies. 

Page  159.  lig.  17.  Porto-Ferrajo,  où  rien  ne  l'appelait  ;  il  eut  Vim- 
pudence.  Lig.  19.  de  son  habit,  du  Lys  que  les  Bourbons  avaient  ravalé 
dans  les  ruisseaux  en  le  jetant  à  tous  ceux  qui  osaient  le  porter,  alors 
que  la  plus  vile  canaille  en  faisait  sa  parure,  du  Lys  qui  était  devenu 
l'emblème  de  la  trahison,  de  l'assassinat,  de  la  vengeance  et  du  vanda- 
lisme. L'impudence  n'est  pas  pour  l'ordinaire  la  compagne  de  la  bra- 
voure. Venir  à  Vile.  Lig.  25.  des  menaces  proférées,  lorsqu'un.  Lig.  28. 
refusa  de  se  dépouiller  du  Lys,  et  alors  l'officier.  Lig.  34.  n'ait  pas  d'au- 
tres suites.  »  Le  chevalier  du  Lys,  qui  était  peut-être  aussi  un  chevalier 
d'industrie,  balbutia  quelques  paroles. 

Page  160.  Lig.  5.  di7'e  pourquoi  l'empereur  blùma  l'cfficier.  L'officier 
avait  fait  son  devoir,  il  avait  rempli  sa  tâche,  et  le  blâme  de  l'empereur, 
selon  moi,  était  un  blâme  injuste.  Peut-être  aussi  que  ce  blâme  n'était 
qu'un  blâme  politique  ;  car.  Lig.  9.  événement  auquel  l'on  donnait  peut- 
être  trop  d'importance,  lorsqu'un  bruit  semblable  aux  coups  de  tonnerre 
qui  sous  un  ciel  serein,  dans  un  calme  parfait,  viennent,  par  leur  éclat 
inattendu,  effrayer  des  populations  entières,  bouleversa  l'opinion  publi- 
que et  la  soumit  à  l'influence  de  son  esclavage  absolu.  Lig.  12.  ne  le 
sait,  du  moins  ne  le  sait  bien,  et  que  depuis.  Lig.  22.  opinion  s'était 
tellement  enracinée  dans  les  esprits  qu'elle  exagérait.  Lig.  28.  comment 
il  y  avait  débarqué.  Cette  clandestinité  était  une  double  violation  des 
lois  :  violation  de  la  loi  sanitaire,  violation  de  la  loi  de  police.  Néces- 
sairement un  homme  qui  violait  ainsi  les  lois  ne  pouvait  pas  avoir  de 
bonnes  intentions,  et  il  n'y  a  rien  d'exagéré  en  lui  attribuant  des  projets 
criminels.  Un  hasard  presque  miraculeux  le  fit  découvrir,  on  l'arrêta  : 
c'était  dans  la  nuit. 


AUX    SOUVENIRS    DE    PONS  4  5 

Page  161.  Lig.  2.  s'était  passé.  Chacun  en  parla  à  sa  manière,  mais 
tout  le  monde  fut  d'accord  pour  accuser  le  [sic]  accuser  encore.  J'étais 
à  Rio.  Lig.  6.  l'empereur  m'en  parlerait,  puisqu'il  s'était  informé  si 
j'étais  en  ville.  Je  pouvais  alors.  Lig.  8.  et  l'empereur  ,  comme  s'il  me 
donnait  une  leçon,  m'adressa  .  Lig.  14.  autre  chose,  quant  au  général 
Brulart.  Lig.  17.  pied  à  terre  :  c'était  au  moins  de  l'inconvenance,  la 
présence.  Lig.  19.  cec  officier,  l'interrogea  et  lui  intima.  Lig.  20.  pa^-tis. 
A  cause  de  cela,  Yempereur.  Lig.  27.  J'ai  tant  de  respect  pour  l'habit 
militaire,  que  j'ai  toujours  répugné  à  croire  que  le  général  Brulart 
avait  taché  celui  qu'il  portait,en  consentant  à  exécuter  des  projets  d'assas- 
sinat. J'en  suis  encore  là  :sans  doute  les  généraux  des  chouans  ne  s'élè- 
vent pas  à  la  hauteur  des  généraux  de  la  Vendée,  encore  moins  à  la 
hauteur  des  généraux  de  l'armée  nationale,  mais  cette  infériorité  com- 
parative ne  veut  pas  dire  que  ce  soient  des  chefs  de  séides,  et  pourtant 
ils  ne  seraient  que  cela  s'ils  commandaient  à  des  hommes  soldés  pour 
tuer  et  tuer  encore.  Lig.  34.  fait  ou  qu'on  avait  voulu  lui  faire.  Ce  sont 
ses  oublis  qui  ont  creusé  sa  tombe  politique.  Lorsqu'il  m'envoya  en 
mission  dans  le  Midi,  comme  je  le  dirai  plus  tard. 

Page  162.  Lig.  5.  destitution,  si  elle  n'était  pas  injuste,  était  au  moins. 
Lig.  8.  et  je  m'y  rendis,  j'arrivai  un  peu  tard,  je  trouvai.  Lig.  14.  répéter 
pour  aller  au  théâtre.  Lig  29.  car  l'on  ne  m'avait  rien  dit  de  précis  et 
le  général  Drouot  m'assura.  Lig.  32.  accoutumée,  il  y  avait  du  trouble 
dans  la  physionomie  {sic).  Lig.  34.  un  crime,  surtout  d'un  crime  qui 
aurait  menacé  les  jours  de  l'empereur,  et  dans  ma  onvictioJi  la  dénon- 
ciation  était  une. 

Page  163.  Lig.  7.  qui  lui  était  confié.  Il  alla.  Lig.  8.  impériale,  ce  con- 
seiller était  également  corse,  c'était  M. Poggi. 7/  n'était  pas.  Lig.  lO.incri- 
miné.  Son  devoir  déjuge  s'y  opposait.  C'est.  Lig.  10.  fui  instruit  de  ce  qui 
se  passait  à  cet  égard.  Lig.  12.  rew;3e''e;<7*,  quoiqu'il  ne  voulût  pas  en  pa- 
raître alïecté,  etvoici  la  preuve.  Après  l'événement  du  théâtre,  l'empereur 
chargea  le.  Lig.  18.  à  Vempereur.  L'empereur  ne  se  souciait  pas  de  le 
recevoir.  Le  magistrat  insista.  L'empereur  le  reçut.  Lig.  22.  venait  de 
pleurer;  ses  yeux  étaient  encore  mouillés  de  larmes.  Lig.  26.  désespéré. 
Confiant  que  j'étais  dans  son  innocence,  je  frémissais  aussi,  et  j'aurais 
de  suite  parlé. 

Page  164.  Lig.  6.  de  le  dire  à  Vempereur,  je  le  lui  dis  même  avec  une 
expression  énergique.  L'empereur  me  répondit  froidement  :«  //  rien  est 
pas  temps  encore.  »  Cependant  lorsque  nous  arrivâmes  aux  portes.  Lig.  13. 
était  accomplie,  parfaitement  accomplie,  et  il  l'appela  à  de  hautes  fonc- 
tions. 11  fit  plus,  il  nomma.  Lig.  16.  à  regret,  car  son  nom  est  un  beau 
nom,  dont  les  Corses.  [Lig.  17.]  peuvent  s'honorer,  et  dont  ils  doivent 
s'honorer.  Moi  je  range  ce  nom  au  nombre  de  ceux  qui  me  sont  les  plus 
chers.  J'ajoute  que,  durant  les  Cent-Jours,  ce  magistrat.  Lig.  23.  publi- 
que entoure,  et  qui  mérite  d'être  ainsi  entouré.  Lig.  32.  disait-on,  et 
elle  était  motivée. 

Page  165.  Lig.  4.  reçu.  Je  crus  alors,  je  crois  encore  que  Vempereur. 
Lig.    15.  de  Vempereur  ,  il  était  à  l'EIysée-Bourbon,  et  je  trouvai  que 


46  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

l'officier  supérieur  était  de  service.  Il  me  fut  impossible  de  ne  pas  en 
parler  à  l'empereur.  Lig.  21.  la  chose  était  officielle,  et  pour  la  dire  ou 
pour  la  répéter,  il  n'était  pas  besoin  de  chuchoter  à  l'oreille. 

Page  166.  Lig.  10.  le  vieux  commandant  Tavelle.  »  Je  représentai 
consciencieusement  à  l'empereur  que  si  le  bon  commandant  Tavelle  était 
mêlé  aux  mesures  que  je  prendrais,  il  ne  se  croirait.  Lig.  17.  comman- 
dant Tavelle  de  ce  qui  se  passait,  et  que  l'empereur.  Lig.  19.  tout  le 
pays.  Eperdu,  délirant,  il  voulait  voir  tout  le  monde  en  face,  et  gare  à 
celui  qui  n'aurait  eu  qu'un  œil.//  ne  voulait.  Lig.  31.  vous  retirer.  »  Le 
maire,  stupéfait  d'indignation,  frémissant  de  rage,  tout  en  reculant  de 
peur,  car  il  craignait  l'épée  du  commandant,  lui  observa  qu'il  était 
citoyen,  maire,  chambellan.  Oui,  lui  répliqua  le  commandant  en  l'in- 
terrompant, faisant  allusion  à  ce  que  le  maire  était  borgne  :  «  Oui,  mais 
vous  êtes  marqué  comme  celui.  Lig.  32.  à  son  secours.  Il  est  vrai  que  le 
maire  de  Rio-Marine  n'était  pas  intérieurement  fâché  de  l'avanie  que 
l'on  faisait  à  son  collègue,  qu'il  en  était  de  même  de  la  population,  et 
que  tout  cela  n'était  pas  rassurant  pour  le  maire  borgne.  Je  n'étais. 

Page  167.  Lig.  6.  du  brave  Tavelle,  excellent  dans  son  principe,  mais 
déraisonnable  dans  son  application  et  dangereux  dans  ses  conséquences, 
pouvait  devenir  compromettant.  L'empereur  avait  déjà  réfléchi  à  l'ex- 
centricité du  colonel  (sic)  Tavelle.  //  me.  Lig.  11.  du  vieux  colonel.  Cer- 
tainement c'était  un  homme  de  bien,  mais  l'idée  qu'on  voulait  assassiner 
l'empereur  avait  tout  à  fait  détraqué  sa  nature  déjà  si  originale  et  il 
touchait  presque  à  la  folie.//  avait  sans  cesse.  Lig.  15.  tâche  .  De  pareils 
hommes  sont  toujours  dangereux.  Il  n'y  a  jamais  aucune  circonstance 
dans  la  vie  sociale,  à  moins  du  cas  bien  caractérisé  de  la  légitime  dé- 
fense, où  le  pouvoir  doive  recourir  à  la  justice  du  glaive,  caria  justice 
du  glaive  n'a  d'autres  règles  que  l'effervescence  des  passi  ons  et  qu'elle 
frappe  (sic)  pour  le  seul  plaisir  de  frapper.  Les  massacres  du  Pont 
d'Arcole  étaient  la  traduction  de  la  justice  du  glaive.  Lig.  17.  l'empe- 
reur, et  qu'il  me  parut  fâché  d'avoir  laissé  échapper.  Nous  étions.  Lig. 
20.  ourdissaient  pour  se  débarrasser  totalement  de  lui.  //  7ne  dit.  Lig. 
31.  le  plus  possible  de  la  place,  largua  ses  basses  voiles,  mit  en  panne, 
hissa  la  bannière  elboise. 

Page  168.  Lig.  2.  les  amis  de  Murât  qui  avait  trahi  la  France  et  qui 
siégeait  encore  sur  le  trône  de  Naples.  ^lais  le  peuple  napolitain  ne. 
Lig.  7.  Bientôt  le  grand  canot  du  vaisseau  napolitain  désempara  du  bord 
et  à  la  rame  il  se  dirigea  vers  la  maison  sanitaire  qui  était  à  l'entrée 
du  port.  Ce  canot  était  monté  par  l'état  major  du  vaisseau,  le  comman- 
dant en  tête.  Le  commandant,  qui  je  crois,  sans  en  être  bien  sur,  était 
un  contre-amiral,  demanda  à  descendre  à  terre  pour  pouvoir  avec  ses  offi- 
ciers, aller  présenter.  Lig.  15.  sanitaire.  A  côté  il  y  avait  un  poste  mili- 
taire assez  important  pour  la  garde  de  la  darse  et  de  la  poste  maritime. 
Dès  que  le  général  Cambrone  fut  rendu  à  la  maison  sanitaire,  le  com- 
mandant. Lig.  16.  à  une  réponse  d'urbanité.  Mais  par  l'une  de  ces  extra- 
vagances que  les  hommes  sensés  ont  peine  à  comprendre,  à  la  vue  de 
l'uniforme.  Lig.  18.  déraison.,  ne  mettant  aucune  borne  à  sa  colère,  à  sa 


AUX   SOUVENIRS   DE   PONS  4  7 

rage,  après  avoir.  Lig.  23.  poussé  au  large  :  il  n'était  pas  assez  maître 
de  lui  pour  pouvoir  se  contenir.  Le  délire  l'aurait  emporté  :  un  grand 
malheur  s'en  serait  suivi.  Dès  que  le.  Lig.  25-  et  tout  me  persuade  que 
le  commandant. 

Page  169.  Lig.  4.  L'empereur  me  fit  appeler.  Il  était  visiblement  in- 
quiet. Il  me.  Lig.  5.  vaisseau  napolitain.  Je  crus  deviner  sa  pensée.  Je 
lui  offris  d'aller  immédiatement  à  la  poursuite  de  ce  vaisseau  moiité.  Lig. 
17.  pas  comme  cela  Je  ne  voulais  pas  aigrir  l'empereur  Je  le  priai  d'avoir 
la  bonté  d'observer  que  le  sentiment  qui  avait  entraîné  le  général  Cam- 
brone  était  quelque  chose  de  respectable  jusque.  Lig.  de  soldats  échap- 
pés à  tant  de  batailles,  à  tant  de  combats,  à  tant  de  climats,  à  tant 
d'intempéries,  Qi  c^aï  sillonnés.  Lig.  31,  dans  ces  hommes  granitiques; 
on  était  forcé  de  les  admirer  aussi,  et. 

Page  170.  Lig.  4.  bientôt  remarquer.  Un  officier  désigna  débonnaire- 
ment  l'étranger  au  général  Cambrone.  Le  général  Cambrone  qui  ne 
voyait  qu'à  travers  un  prisme  de  suspicion,  pour  lequel  tous  les  hom- 
mes qu'il  ne  [Lig.  5]  connaissait  pas  ou  qui  ne  lui  plaisaient  pas  sem- 
blaient être  des.  Lig.  7.  questionner  pour  savoir  qui  il  était,  d'où  il 
venait,  où  il  allait,  ce  qu'il  voulait,  il  coyyimença  par.  Lig.  10.  laquelle 
on  l'accueillait,  se  croyant  en  péril,  avait  perdu  la.  Lig.  11.  le  soupçon- 
nait. Cependant  cet  étranger  à  l'ile  d'Elbe  était  un.  Lig-  14.  et  qui 
comme  tant  et  tant  d'autres  braves  gens,  destitué  pour  cause  de  ses.  Lig. 
17.  la  peur  qu'il  avait  eue,  qu'il  avait  encore,  et  désabusé  de  sa  visite 
d'affection,  il  quitta  sur  le  champ  Portoferrajo  comme  s'il  quittait  une 
cité  inhospitalière...  Je  n'ai  pas  su  de  quelle  manière  l'empereur  avait 
pris  cette  autre  incartade  du  général  Cambrone,  mais  j'ai  été  témoin 
que  le  général  Drouot  en  était  très  courroucé.  J'admets  le  dévouement 
pour  un  bienfaiteur  en  tant  que  bienfaiteur,  je  ne  l'admets  pas  pour  un 
souverain.  Le  dévouement  de  l'homme  social  appartient.  Lig.  20.  un 
aspect  de  stabilité:  il  souriait  aux  choses  qui  pouvaient  prêter  à  l'appa- 
rence de  ce  caractère.  Il  ne  disait  pas:  Faites.  Il  ne  disait  pas:  Ne  faites 
pas.  Il  se  bornait  à  observer.  On  savait  que  son  silence  équivalait  à  une 
approbation.  L'on  se  réglait  en  conséquence.  Portoferrajo  était  loin 
d'approcher  de  Capoue.  Rien  ne  pouvait  se  comparer  entre  la  ville  mo- 
deste des  rochers  elbois  et  la  cité  somptueuse  des  plaines  fertiles  de  la 
Campanie.  Mais  tout  est  proportionné.  C'était  une  armée  que  Capoue 
domptait.  C'était  quelques  débris  d'armée  que  Portoferrajo  subjuguait. 
Après  de  longues  années  de  fatigues  incessantes,  les  hommes,  générale- 
ment parlant,  ont  perdu  l'habitude  de  rester  les  bras  croisés,  et  la  mo- 
notonie avec  son  ennuyeuse  uniformité  leur  devient  quelquefois  plus 
accablante  que  ne  l'avait  jamais  été  l'excès  de  leur  activité.  C'est  préci- 
sément ce  qui  arrivait  aux  compagnons  de  l'empereur.  Le  temps  leur 
était  long:  quelques-uns  des  compagnons  de  l'empereur  cherchèrent  à 
secouer  le  joug  de  l'oisiveté.  Ils.  Lig.  23.  hommes  qui  ne  savaient  plus 
rien  faire  doucement,  et  qui.  Lig.  25.  par  leurs  plaisirs  tous  de  là.  Ils 
jouissait  de  leurs  jouissances,  et  tout  ce  qui  pouvait  être  un  bien  pour 
eux  était  un  bien  pour  lui.    Mais.  Lig.  26.   ardents,  et  par  conséquent 


48  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

susceptibles  de  se  tromper  sur  la  nature  du  bien.  L'empereur  y  voyait 
mieux  qu'eux,  il  jugeait  mieux  qu'eux.  Il  voulait  rigoureusement  que 
rien  ne  fît  brèche  à  l'honneur;  il  voulait  aussi  que  rien  ne  blessât  les 
convenances.  Je  cite  quelques  faits.  L'histoire  de  l'empereur  à  l'ile 
d'Elbe  n'est  pas  seulement  la  nomenclature  plus  ou  moins  raisonnée  des 
choses  morales  ou  matérielles  qui  sont  son  ouvrage  personnel,  et  selon 
moi,  ce  qui  s'est  fait  sous  ses  yeux  s'y  rattache,  surtout  lorsque  ce 
qui  s'est  fait  peut  contribuer  à  expliquer  ses  sentiments  ou  à  pénétrer 
sa  pensée. 

P.  17L  Lig.  1.  fu(jitive.  Je  fus  chargé  de  transmettre  l'expression  de 
ce  désir.  L'officier.  Lig.  3.  avec  taie  dame  inconnue  qui  n'était  pas  sa 
femme.  Il  aurait  cependant  voulu,  plébéien  qu'il  était,  que  son  union.  Lig. 
9.  garda  une  rancune  de  durée.  Lig.  10.  voulut  pas  également  admettre. 
Lig.  31.  un  grand  événement  parmi  les  grands  événements  de  l'île  d'Elbe 
durant  le  règne  elbois  de  l'empereur  :  le  philosophe,  le  savant,  l'homme 
accompli,  le  général  Drouot,  par  l'une  de  ces  combinaisons  que  l'on  ne 
peut  pas  prévoir,  dont  on  ne  sait  pas  se  rendre  compte,  le  général  Drouot 
en  vint  aux  prises  avec  l'amour,  et  il  arriva  ce  qui  devait  arriver:  l'amour 
vainquit.  Le  général  Drouot  succomba,  sans  même  se  douter  qu'il  s'était 
exposé  à  succomber.  Le  général  Drouot. 

P.  172.  Lig.  3.  une  vertu  si  rare,  les  fastes  de  la  vie  avaient  de  si  bel- 
les pages  qu'il  était  impossible  qu'une  femme,  quelque  haute  que  fût  sa 
position,  ne  se  trouvât.  Lig.  3.  Disons  de  suite  comment  l'amour  jeta  ses 
filets  pour  envelopper  et  prendre  le  général  Drouot.  Mademoiselle  Hen- 
riette était  à  cet.  Lig.  23.  opinion  à  cet  égard.  Qu'on  s'imagine  les 
amours  d'un  saint  avec  une  de  ces  filles  célestes  qui  habitent  le  séjour 
des  anges  :  c'étaient  les  amours  de  ces  amans  d'une  nouvelle  espèce. 
L'hymen  allait  les  couronner  ;  le  jour  nuptial  étoît  fixé,  lorsque  le  ciel 
le  plus  serein  se  couvrit  tout  à  coup  de  nuages  et  qu'un  coup.  Lig.  27. 
à  le  cacher,  il  ne  cherchait  point  à  l'afficher  :  cela  coulait  naturellement 
comme  l'eau  limpide  d'un  ruisseau  qu'une  source  pure  alimente.  C'était 
surtout  dans  son  amour.  Lig.  30.  sa  mère.  Quelque  chose  lui  manquait 
tant  qu'il  n'avait  pas  rempli  ce  devoir  que  son  cœur  lui  imposait.  Il  était 
donc  naturel  qu'il  reîidit  compte  à.  Lig.  32.  sotis  un  ciel  qu'elle  consi- 
dérait comme  un  ciel  étraiiger.  Elle  lui  ordonna  de. 

P.  173.  Lig.  2.  solennelle,  et  cette  représentation  faite  sans  cesse.  Lig. 
4.  il  devait  sacramentalement  s'en  tenir  à  la  foi  jurée.  C'est  trancher  la 
vie  morale  d'une  demoiselle  que  de  l'abandonner,  alors  qu'on  l'a,  pour 
ainsi  dire  conduite  aux  pieds  {sic)  de  l'autel.  Je  fus  moi-même  compro- 
mis dans  ce  triste  dénouement  qui  souleva  les  parents  et  les  amis  de 
Mademoiselle  Henriette.  Uempereur.  Lig.  8.  définitive  de  rompre  les 
liens  de  parole  qu'il  avait  un  peu  légèrement  contractés.  Il  ne  m'en  avait 
pas  même  parlé.  Cependant  on  crut.  Lig.  9.  à  le  décider.  On  m'en  fit 
des  reproches.  Je  dis  la  vérité.  On  parut  douter.  Je  me  crus  offensé.  Il 
fallut  toute  l'autorité  de  l'empereur  pour  apaiser  cet  orage  occasionné 
par  les  données  d'une  apparence.  Lig.  14.  le  mieux.  Il  est  facile  de  com- 
prendre   combien    cette    rupture  affligea   les    Elbois.    Lig.  17.  général 


AUX    SOUVENIRS  DE    PONS  49 

Drouot  avait  pu  s'égarer  dans  une  route  qui  jusqu'alors  lui  avait  été  tota- 
lement inconnue.  Mais  il  était  incapable  d'un  mensonge  et  sa  parole  ne 
pouvait  être  qu'une  parole  de  vérilé.  Lig.  22.  de  l^étre  et  je  bénis  le  ciel. 
Le  général.  Lig.  26.  métamorpliose  du  général  Drouot.  Plusieurs  fois  il 
avait  laissé  échapper  des  paroles  qui  semblaient  indiquer  que  cette  mé- 
tamorphose ne  lui  faisait  pas  de  la  peine.  //  s'amusait. 

P.  174.  Lig.  11.  médiocres,  et  quelque  lieu  que  ce  puisse  être,  un  bon 
parti  attire  les  regards  des  pères  et  des  mères  qui  ont  des  filles  à  marier. 

P.  175.  Lig.  34.  prolongèrent  le  plus.  Cette  classification  m'oblige  à 
suivre  un  autre  ordre  de  choses  pour  atteindre  avec  lucidité  au  terme  de 
mon  ouvrage.  Peut-être  fatigué  des  luttes  sanglantes  qu'il  avait  pendant 
vingt  années  soutenues  contre  les  ennemis  de  la  France,  peut-être  hu- 
milié de  ce  que  le  peuple  français  l'avait  laissé  tomber,  peut-être  indigné 
d'avoir  été  trahi  par  les  hommes  qu'il  avait  le  plus  comblés  de  bien- 
faits, même  par  une  partie  de  ses  proches,  l'empereur  arriva. 

P.  176.  Lig.  4.  réels ^  et  tout  ce  qu'il  faisait  portait  l'empreinte  de  la 
durée.  L^ts  constructions.  Lig.  9.  se  doimer  des  aises  dispendieuses  et 
momentanées.  Le  sybarilisme  n'était  pas  son  fait.  Lig.  12.  supprimées  : 
je  n'en  ai  cependant  jamais  eu  la  preuve  irrécusable.  Ce  qui  m'a  donné 
quelque  doute  à  cet  égard,  c'est  que  l'un.  Lig.  17.  violation.  La  vérité 
est  que  dans.  Lig.  21.  pas  facile  à  exécuter.,  à  moins  que  ce  ne  fut  des 
choses  qui  le  touchassent  de  près.  îl  détournait.  Lig.  25.  devenir  plus 
palpitante  II  avait  un  langage  particulier  pour  Marmont  :  c'était  régu- 
lièrement un  langage  de  mépris  ou  Lig.  27.  presque  sans  activité.  Il  y 
avait  peu  d'agens  en  course. 

P.  177.  Lig.  16.  à  quelles  conditions  on  pourrait  en  trouver.  Lig.  18 
ces  commissions  qui  ne  devaient  aboutir  qu'à  lui  donner  des  renseigne- 
ments. Je  n'y  voyais.  Lig.  27.  »  (J'abrège  le  colloque.)  Mon  départ  défi- 
nitif serait  une  trahison,  je  ne  déserterai  jamais. —  Serez-vous  long?  — 
Huit  jours.  —  Verrez-Tous. 

P.  178.  Lig.  6.  britannique.»  Je  prenais  congé  de  l'empereur  lorsque 
me  rappelant,  il  me  dil.  Lig.  13.  une  bonté  indicible,  surtout  la  maison 
de  la  veuve  Chemin,  aveclaquelle  j'étais  intimement  lié. //y  owazï.  Lig.  20. 

Dès  que  je  fus  arrivé  à  Florence m'adresser,  non  pas  un  ordre  ni  une 

apparence  d'ordre,  mais  une  belle  et  bonne  prière  Lig.  26.  aimé  neveu.n 
et  je  tachais  de  le  contenter  selon  l'affection  qu'il  témoignait.  Mais  dès 
que  Lig.  29.  l'avait  o?do7uié,  il  fit  un  bond  de  plaisir  et  il  m'engagea  à 
m'asseoir.  Puis  prenant  un  siège,  il  me.  Lig.  30.  le  grand  duc  comprit 
mon  ignorance  à  cet  égard.  Il  n'insista  pas.  Il  me  sembla  que  ce  prince 
avait,  comme  l'empereur,  l'habitude  de  questionner,  et  en  eflet,  il  me  fit 
des  questions  à  l'infini.  Lig.  34.  Je  ne  pouvais  pas  me  cacherqu'il  évitait 
de  me  parler. 

P.  179.  Lig.  4.  lui  grand  duc,  il  se  laissa  aller  facilement  et  il  m'en 
parla  comme  s'il  s'adressait  à  un  vieil  ami.  Il  est  vrai  que  je  [Lig.  5.] 
n'étais  que  le  dépositaire  de  ses  paroles;  que  ses  paroles  devaient  être 
transmises  à  son  cher  neveu,  à  son  bo)i  neveu,  à  son  bieii  aimé  neveu,  car 
Ferdinand  III.  Lig.  11.  code  Napoléon  ,  qu'il  avait  dû  leur  faire  respec- 


50  ADDITIONS   ET  VARIANTES 

ter  ce  code,  l'œuvre  d'un  grand  homme  et  de  grands  hommes.  Lig.  16. 
s'honorer  d'un  présent  fait  par  le  plus  grand  des  souverains  dont 
l'histoire  consacrât  le   souvenir.  Je   vais   me    servir    d'une    expression 

populaire  :   on  me  la  pardonnera:  Le  grand  duc    Napoléon.  Il 

n'en  parlait  qu'avec  admiration.  Lig.  20.de  l'accueil,  plein  de  bonté  dont 
je  venais  d'être  l'objet.  Au  sortir  du  palais  Pitti,  à  quarante.  [Lig.  21.] 
pas  en  face  de  la  porte  d'entrée,  par  conséquent  presque  sous  les  croi- 
sées, un  marchand  forain  vendait  des  chansons  [Lig.  22.]  contre  l'empe- 
reur et  indigné  de  ce  contraste  avec  ce  que  je  venais  d'entendre,  j'en- 
trai dans  un  café  et  j'écrivis.  Lig.  26.  ses  bureaux  et  je  m'y  rendis.  La 
police  est  curieuse  de  sa  nature,  elle.  Lig.  31.  me  deynanda.La  police 
crut  que  cette  double  confidence  avait  une  haute  importance;  elle  s'excusa 
de  sa  curiosité  et  quittant  sa  figure  rébarbarative  {sic),  elle  prit  un  mas- 
que de  politesse. 

P.  180.  Lig.  19.  supérieur  en  sculpture  et  qui  avait  déjà  commencé  la 
haute  réputation  à  laquelle  il  est  noblement  parvenu.  BartoUni  avait 
Lig.  23.  A  Pise,  la  cité  qui  est  ordinairement  la  pépinière  des  hom- 
mes appartenant.  Lig.  25.  de  l'empereur  et  il  me  fallut  renvoyer  à  une 
autre  circonstance  les  renseignements  complets  que  j'avais  mission  de 
prendre.  Lig.  29.  à  son  perfectionnement.  Vacca,  dont  l'humanité  pleu- 
rera encore  longtemps  la  perte,  me  donna  l'hospitalité.  Lig.  33.  draps. 
Mais  l'écoulement  par  la  vente  n'était  pas  à  beaucoup  près  aussi  rapide 
que  l'on  s'y  était  d'abord  attendu.  Lopinion. 

P.  181.  Lig.  2.  de  concurrence.  Le  commerce  intermédiaire  renfermé 
dans  le  mouvement  de  la  consommation  trouvait.  Lig.  4.  nouvelles 
et  il  aurait  voulu  que  les  populations  retardassent  un  peu  leurs  preuves 
de  sagesse.  Le  peuple,  Lig.  6.  à  gagner.  J'aurai  à  revenir  sur  la  situa- 
tion livournaise.  Lig.  7.  l'empereur  écouta  avec  une  attention  d'atten- 
drissement tout.  Lig.  14.  l'amoncellement  de  choses  de  première  néces- 
sité [Lig.  15.]  que  l'on  trouvait  à  Livourne  pour  les  vétemens,  plus 
particulièrement  pour  des  vétemens  militaires  ou  pour  des  vétemens 
de  marine,  ce  qui  était  ponctuellement  vrai.  L'empereur  n'interpréta  . 
Lig.  28.  toutes  les  paroles  du  ministre  Fossombroni,  ainsi  que  toutes 
celles  des  artistes  auxquels  j'avais  fait  visite.  Il  se  rappella  avec  inté- 
rêt d'  {sic)  André  Vacca.  Il  s'inquiéta  de  ce  que  je  n'avais  pu  le  satis- 
faire quant  à  l'instruction  publique. 

P.  182.  Lig.  2.  cet  égard,  H  me  demanda  la  raison  de  mon  silence  ;  et 
il  me  loua  de  ma  pensée  religieuse.  Ensuite  il  ajouta  :  Lig.  7.  m'aider 
à  justifier  l'opinion  où  je  suis  qu'en  arrivant  à  Tîle.  Lig.  11.  de  la 
coalition.  Quant  à  mon  silence  sur  l'érection  de  l'église,  la  raison  en  était 
toute  simple,  le  projet  avait  échoué  dès  le  principe  de  son  exécution,  et 
alors,  il  me  paraissait  inutile  d'entretenir  l'empereur  d'un  non  succès, 
quoique  ce  non  succès  ne  pût  en  rien  m'ctre  attribué.  Cependant,  comme 
on  voit,  la  divulgation  de  l'agent  comptable  porta  un  fruit  heureux, 
puisque  l'empereur  adopta  mon  plan,  et  qu'il  promit  de  présider  à  son 
accomplissement.  Le  temps  marchait.  L'empereur  fit  légalement.  Lig.  14. 
traité,  dont  je  viens  de  faire  mention   et   Taleyrand,  à  qui  l'on   s'était 


AUX   SOUVENIRS  DE   PONS  51 

adressé  en  sa  qualité  de  ministre  des  affaires  étrangères  (Lig.  16.]  eut 
l'impudence  de  ne  pas  répondre.  Tel  est  l'enchainent  des  circonstances 
qui  marquèrent  la  première  époque.  Lig.  29.  7?ioi-même,  de  l'expliquer 
au  public  et  à  la  nation;  je  vais  remplir  cette  tâche.  Peut-être  que  je  ne 
serai  pas  d'accord  avec  des  personnes  que  j'honore,  même  avec  l'empe- 
reur que  je  respecte.  N'importe  :  cela  ne  m'effraye  pas.  Je  me  mets  à 
l'unisson  de  ma  conscience,  je  marche  avec  elle,  je  ne  quitterai  jamais 
sa  ligne  droite.  Je  chéris  profondément  la  mémoire  de  l'empereur.  Néan- 
moins je  ne  lui  sacrifierai  pas  un  seul  mot  de  vérité.  Lig.  31.  Napoléon 
Bonaparte  était  Corse.  Les  Corses  sont  orgueilleux  comme  en  général 
tous  les  insulaires  le  sont.  L'orgueil  avait  dominé  son  enfance.  Il  le  do- 
mina. 

P.  183.  Lig.  4.  à  travailler  Le  travail  n'est  pas  le  génie,  mais  il  le, 
développe,  il  le  supplée  et,  parfois,  il  marche  son  égal.  Ici,  il  y  avait 
l'un  et  l'autre,  le  génie  et  le  travail.  Lig.  7.  alors  toute  patriotique;  elle 
ne  brûlait  que  du  feu  sacré.  Lig,  32.  ambition  patriotique  ;  la  première 
de  ses  trois  ambitions  aux  sentimens  de  laquelle  il  ne  fit  jamais  défaut, 
même  dans  ses 

P.  184,  lig.  \.  d'erreur,  son  ambition  patriotique  lui  fit  rêver.  Lig.  3.  de 
l'empire  français  ;  et  malheureusement  les  souverains  de  l'Europe  prê- 
taient à  cette  illusion  en  cherchant  sans  cesse  à  détruire  la  France.  Ils 
prouvaient  constamment  qu'ils.  Lig.  5.  brisé.  L'ambition  de  gloire  et 
l'ambition  de  puissance  furent  d'accord  avec  l'ambition  patriotique. 
L'empereur  les  écouta  toutes  trois  ;  il  crut  pouvoir  les  contenter  toutes 
trois.  Mais  une  quatrième  ambition  naquit  de  la  possibilité  presque  dé- 
montrée d'arriver  à  l'ambition  de  famille.  Cette  ambition  de  famille  n'eut 
rien  d'heureux.  Elle  ne  fit  jamais.  Lig.  15.  peuple,  du  peuple  qui  pour 
lui  avait  sacrifié  sa  puissance  suprême  au  pouvoir  souverain.  Lig.  16. 
social,  quelle  que  soit  l'organisation  sociale.  Hors  du  peuple  point 
de  salut.  Lig.  18.  pas  le  peuple,  l'empereur  aimait  le  peuple,  il  l'aimait. 
Lig.  21.  Vhumiliation.  Il  la  combat  ou  il  se  sépare  de  ceux  qui 
l'humUient.  Il  se  sépara  de  l'empereur.  Toutefois  je  dirai  du  peu- 
ple ce  que  je  viens  de  dire  de  l'empereur.  Lig.  23.  Le  peuple  chérissait 
l'empereur;  il  le  chérissait  sincèrement  ;  il  se  serait  dévoué  pour  lui, 
parce  qu'il  comprenait  tout  le  bien  que  l'empereur  lui  faisait.  Mais  son 
Lig.  26.  Ici  l'empereur  et  le  peuple  ne  formèrent  plus  un  seul  tout;  il 
arriva  que  les  renégats  du  peuple  accoururent  auprès  de  l'empereur,  et 
qu'ils  courbèrent  servilement  la  tête  devant  le  pouvoir  impérial.  Ils  s'é- 
taient dits  hommes.  Lig.  28.  le  peuple  ravalait  avec  le  Directoire  et 
qu'on  appelait  le  peuple  doré.  Écume  thermidorienne,  qui  a  été  la 
base...  liberticides  qui  depuis  cette  époque  ont  tour  à  tour  et  cons- 
tamment fait  le  malheur  de  la  France.  Lig.  33.  On  ne  fit  pas  assez  d'at- 
tention à  ce  changement.  Je  crois  même  qu'on  n'y  a  jamais  fait  atten- 
tion. Cependant. 

P.  185,  lig.  2.  directoriales,  un  peu  purgées  parle  Consulat,  c'est-à- 
dire  dégagées  de  leur  écume.  Lig.  6.  révolution,  mais  ces  hommes  de  la 
révolution,  malgré  les  hoc'aets  dont  il  les  avait  aflublés  et  les  titres  qu'il 


52  ADDITIONS    ET  VARIANTES 

leuravaitdispensés,ilsne  pouvaient  pas  lui  constituer  une  cour,  et  alors, 
embarrassé,  il  appela  à  son  aide  les  hommes  de  la  contre-révolution. 
De  manière  que  l'empereur  eut  a  ses  côtés.  Lig.  iO.jaînais  fusion,  et  qui, 
par  le  froissement  forcé  eut  pour.  Lig.  1)5.  repré'fentait  les  autres.  Lesre- 
présentés  se  plaindraient  si  je  les  jugeais  d'après  leurs  représentants.  Ce 
qu'on  ne  peut  pas  taire,  c'est  que  les  révolutionnaires  avec  les  contre- 
révolutionnaires  faillirent.  Lig.  14.  principes  primitifs.  C'était  un  peuple 
extraordinaire  qui  s'élevait  sur  le  peuple  ordinaire,  c'était  le  peuple  des 
lambris,  peuple  de  courtisans,  peuple  de  flatteurs,  peuple  de  favoris  ;  osons 
le  dire,  peuple  diamétralement  opposé  au  vrai  peuple.  Uiie  sphère.  Lig.  19. 
monde  spécial.  Il  passait  avec  bonheur  du  salon  où  personne  ne  s'oc- 
cupait au  cabinet  où  tout  le  monde  travaillait.  Mais  la  souveraineté, 
alors  même  qu'elle  a  été  fondée  par  le  peuple,  condamne  le  souverain 
qui  n'est  pas  populaire  à  une  vie  solennelle  de  lambris,  malgré  les  heu- 
res consacrées  au  travail,  et  cela  se  conçoit.  Le  souverain  qui  n'est 
pas  populaire  ne  trouve  des  adorateurs  que  sous  les  lambris,  et  il  a 
besoin  d'élre  où  ses  adorateurs  sont:  car  ce  n'est  que  là  qu'on  lui 
adresse  des  louanges.  Partout  ailleurs,  on  lui  ferait  peut-être  entendre 
des  paroles  de  blâme.  Je  l'ai  dit  consciencieusement.  L'empereur  était 
patriote  dans  la  plus  grande  étendue  du  mot,  c'est-à-dire  qu'il  était  en- 
tièrement dévoué  à  l'honneur  et  à  la  gloire  de  la  Patrie.  Rien  n'avait 
n'avait  pu  ébranler  ce  sentiment.  <'  La  France  avant  tout  »  fut.  Lig.  23. 
son  génie,  lui  servant  de  première  pâture,  si  je  puis  me  permettre 
cette  expression,  conduisit.  Lig.  24.  bientôt  tous  les  plis  ainsi  que  tous 
les.  Lig.  27.  au  désintéressement,  et  il  lui  sembla  que  l'ambition  et  l'é- 
goisme  étaient  les  seules  divinités  des  mortels.  //  ne  vit  l'espèce  Lig.  33. 
servir.  De  là  les  paroles  blessantes  qui  lui  échappaient  lorsqu'il  était 
contrarié.  Il   menaçait  toujours,  il  ne 

Page  186,  lig.  1.  à  prodiguer  les  récompenses,  il  ne  les  prodigua  même 
que  trop.Encore  un  trait. Quel  que  fut  son  dédain  pour  les  hommes, dédain 
justifié  par  une  grande  partie  des  hommes  au  milieu  desquels  il  avait 
vécu  pendant  quinze  années,  ce  dédain  n'alla  pas  jusqu'à  lui  faire  con- 
fondre tous  les  hommes,  et  du  premier  jour  au  dernier  jour  de  son  rè- 
gne, il  fouilla  sans  cesse  dans  les  entrailles  de  toutes.  Lig.  5.  Je  l'ai  dit, 
je  le  dis  encore,  je  le  dirai  toujours  :  l'empereur  fut  un  grand  homme, 
mails  il  lui  manqua  d'être  un  grand  citoyen,  et,  comme  la  foule  des  grands 
hommes,  il  se  laissa  éblouir  par  les  fausses  grandeurs.  Lui  aussi  voulait 
un  trône.  Cette  autre  boîte  de  Pandore  qui,  dans  tous  les  âges  a  fait  le 
malheur  de  tous  les  peuples...  Toutefois.  Lig.  22.  faiblesse.  C'est  aussi 
ce  qui  advint  à  la  nation  française.  La  République  disparut  de  fond  en 
comble.  L'empire  insulta  .  Lig.  25.  intercaler:  que  les  souverains  se  le 
tiennent  pour  dit,  l'homme  n'est  pas  né  pour  être  esclave,  séide,  instru- 
ment. Son  essence  est  toute  de  pureté,  et  ce  n'est  que  lorsque  son  essence 
est  altérée  qu'il  se  soumet  volontairement  à  la  dégradation  afin  de  satis- 
faire à  de  mauvaises  passions.  Son  intérêt  est  la  seule  chose  qui  l'attache 
à  celui  pour  lequel  il  se  dégrade.  L'attachement  cesse  dès  que  l'intérêt 
n'existe  plus.  L'empereur  en  eut  la  preuve  terriblement  amère.  Toutefois 


AUX   SOUVENIRS    DE    PONS  5  3 

cela  ne  l'avait  pas  corrigé.  L'habitude  avait  jeté  des  racines  trop  pro- 
fondes pour  que  les  premiers  coups  du  sort  pussent  l'avoir  immédiate- 
ment convaincu  que  le  monde  social  ne  se  composait  pas  seulement  de 
ces  gens  de  prostration  morale  qui  pendant  quinze  années  s'étaient 
bassement  jetés  à  ses  pieds  pour  en  être  foulés,  car,  il  faut  le  répéter, 
ce  n'est  que  le  peuple  doré  qui  s'humilia  ainsi,  et  le  peuple-peuple,  que 
l'empereur,  à  son  avènement  au  pouvoir  souverain,  avait  salué  du  nom 
de  grand  peuple,  resta  grand  peuple.  Aussi  ce  peuple  doré  est  passé 
sans  laisser  d'autres  traces  que  celles  de  ses  apostasies.  A  peine  quelques 
noms  ont-ils  surgi  sans  flétrissure.  Il  n'y  a  rien  de  lui  qui  appartienne 
au  caractère  national  du  peuple  français.  Tel  était  l'empereur  comme 
homme  public;  je  vais  maintenant  l'esquisser  comme  homme  privé.  J'ai 
dit  que  je  ne  m'embarrassais  pas  de  ce  que  d'autres  historiens  ont  écrit, 
même  de  ce  que  l'empereur  a  dicté.  Je  parle  comme  je  pense.  Je  pense 
tout  haut,  je  parle  tout  haut.  Lig  30.  développement  du  génie.  Rien  ne 
faisait  présumer  que  l'élève  de  Brienne  deviendrait  le  grand  homme 
du  monde.  Son 

Page  187,  lig.  2.  Je  suis  convaincu  que  l'empereur  était  essentielle- 
ment. Lig. 4.  dévot,  et  si  je  me  trompe,  je  ne  me  trompe  pas  de  beau- 
coup, lig.  11.  sacristie.  Une  occasion  fortuite  me  fit  raconter  cela  à 
l'empereur.  Il  trouva.  Lig.  24.  reconnu.  Il  est  reconnu  aussi  que 
Vempereur. 

Page  118,  lig.  2.  laisser  aller  ;  la  lutte  était  flagrante.  Toutefois. 
Lig.  13.  l'esprit  humain;  mais,  ce  qui  est  remarquable,  il  aimait. 
Lig.  18.  questions  politiques,  il  lui  arrivait  de  trancher  le  nœud 
gordien.  Il  les  tranchait  aussi  sur  les  questions  morales  :  En  mo- 
rale, disait-il  Lig.  22.  dame  qui  très  certainement  était  à  cet  égard  loin 
de  penser  comme  lui,  qui  put  même  croire  que  ces  paroles  allaient  à 
son  adresse.  Lig.  26.  les  larmes  aux  yeux  et  se  gronder  lui-même  de  son 
émotion.  L'empereur  était.  Lig.  28.  sensibilité  Vétouff'ait  alors  même 
qu'elle  lui  arrachait  des  cris  de  douleur.  //  ne  Ibid.  était  forte.  Je  suis 
persuadé  qu'on  lui  aurait  fait.  Lig.  34.  A  côté,  ou  au  milieu  de  ses  grandes 
qualités,  l'empereur  avait  une  manie  des  petits  esprits  dont  je  n'ai  ja- 
mais pu  me  rendre  compte  et  qui  existe  encore. 

Page  189.  Lig.  1.  détail  vulgaire  des  vies  du  foyer.  Il  aimait  également 
trop  à  connaître  la  teneur  des  bavardages  qui  déraisonnaient  dans  les. 
Lig.  5.  intercaler  :  On  l'amusait  ainsi  par  des  choses  qui,  pourtant, 
n'avaient  ou  n'auraient  rien  dû  avoir  d'amusant  pour  un  homme  d'une 
telle  supériorité.  Mais  l'humanité  est  ainsi  faite  ;  les  petites  choses  ont 
leur  place  à  la  suite  des  grandes  choses.  J'ai  mieux  aimé  m'appUquer  à 
dire  des  faits  réels  qu'à  pérorer  (sic)  des  chapitres  imaginaires.  Je  ne 
me  suis  imposé  qu'une  règle,  celle  de  ne  rien  omettre  ;  qu'une  méthode, 
celle  de  la  vérité.  Qu'on  ne  m'en  demande  pas  davantage  ;  je  ne  puis 
pas,  je  ne  dois  pas  en  faire  davantage.  Ma  grande  étude  a  été  de  suivre 
l'Empereur  pas  à  pas.  C'est  ainsi  Lig.  9.  J'allais  de  suite  auprès  de  lui, 
et  lorsque  je  ne  pouvais  pas  être  auprès  de  lui,  je  me  faisais.  Lig.  11. 
m'instruire  comme  lui  (sic).   Il  y  avait  entre  les.  Lig.  19.  qu'il  pensait. 

4 


5  4  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

Gela  n'est  pas  exagéré.  L'habitude  d'une  observation  sérieusement  quoti- 
dienne finit  plus  facilement  qu'on  ne  pense, — toujours,  je  le  répète,  quant 
aux  choses  d'ostensibilité, — par  faire  lire  dans  l'âme,  dans  le  cœur,  dans 
les  traits,  dans  le  regard  et  jusque  dans  les  gestes  de  l'homme  que  l'on 
observe,  alors  même  que  cet  homme  est  un  homme  tel  qu'était  l'Empe- 
reur. On  interprète  sa  parole,  son  silence,  et  souvent  l'interprétation 
est  juste.  Il  n'en  est  pas  de  même  à  l'égard  des  choses  d'une  haute  portée. 
Mais.  Lig.  20.  deviner  quels  étaient  les  graves  sujets  de  méditation  qui. 
Lig.  28.  faisait  naître  et  après  lui  avoir  donné  naissance.  Lig.  29. 
avantageux.  Ainsi  quand  son  génie  était  livré  aux  grandes  combinaisons, 
rEmpereur. 

Page  190.  Lig.  2.  son  palais  capital,  autant  qu'il  lui  avait  été  possible 
de  l'embellir  et  chaque  jour  il  l'embellissait.  Lig.  17.  d affection,  de 
beaucoup  d'affection,  de  cette  afl'ection  qui  ne  se  comprend  que  de  cœur 
à  cœur,  d'âme  à  âme.  H  ne  s'habituait.  Lig.  20.  dévorer  encore  et  sa 
figure  ne  se  composait  plus  pour  voiler  sa  douleur.  L'Empereur  souf- 
frait. Des  amis  éprouvés  l'entouraient,  cela  est  vrai,  mais  ils  ne  pou- 
vaient. Lig.  26.  de  sa  destinée  ;  elle  n'était  pas  faite  pour  une  grande 
destinée.  Elle  avait  traversé  des  jours.  Lig.  29.  pagode  couronnée,  rien 
de  plus.  Sa  vie  d'oubli  avait  été  vite  commencée.  Je  me  trompe,  elle  ne 
sut  pas. 

Page  191.  Lig.  12.  tous  ceux  qm  ont  pu  davantage  contribuer  à  bien 
faire  connaître  le  [Lig.  12.]  caractère  de  l'Empereur,  et  dont,  que  je 
sache,  personne  n'a  encore  fait  mention.  Toujours  homme,  quoique 
grand  homme,  l'Empereur  avait  des  défauts,  des  faiblesses,  des  pré- 
jugés, des  caprices,  et  une  bonne  partie  de  ces  imperfections  que  l'on 
trouve  plus  ou  moins  dans  tous  les  êtres  qui  constituent  l'espèce  hu- 
maine. Parmi  ces  défauts.  Lig.  17.  fut  la  cause  la  plus  péremptoire  des 
haines  inexorablement  acharnées  à  sa  perte,  quoiqu'il  n'eut  jamais  su 
haïr.  L'Empr7-eur.  Lig-  20.  saignantes  [sic).  L'homme  supporte  une  injus- 
tice, il  ne  pardonne  pas  une  humiliation.  L'humiliation  est  une  blessure 
incurable.  La  vengeance  y  empoisonne  tous  ses  traits.  L'Empereur,  que 
l'on  m'en  croie,  ignorait. 

Page  192.  Lig.  1.  ce  concert  impérial  d'une  nouvelle  espèce  était  ter- 
miné. Lig.  7.  sans  rancune  .  »  Et  lorsque  cette  démarche  de  récon- 
ciliation était  opérée,  qu'il  croyait  avoir  la  paix,  l'Empereur  se  reti- 
rait avec  un  contentement  si  expressif,  que  tout  le  monde  en  était  tou- 
ché. Ce  n'était  pas  une  fois,  ce  n'était  pas  deux  fois,  c'était  toujours 
L'Empereur.  Lig.  11.  cauchemar.  Non,  une  semblable  nature  ne  pouvait 
pas  être  une  mauvaise  nature.  Malgré  la  simplicité  des  soirées,  chose 
qui  tenait  à  l'isolement  de  l'Empereur,  le  service  intérieur.  Lig.  33.  cette 
vie  de  fidélité  dévouée,  qui  lui  a  acquis  l'estime  de  tous  les  cœurs  géné- 
reux, et  qui  lui  vaudra  les  éloges  de  la  postérité.  Déjà  la  génération 
actuelle  lui  a  décerné  une  couronne  de  louanges,  tant  il  est  vrai  qu 
dans  quelque  position  de  la  vie  qu'il  se  trouve,  l'homme  peut,  par  la 
sagesse  de  sa  conduite,  s'élever  moralement  au  niveau  de  tous  les  hom- 
mes et  parvenir  à  compter  parmi  les  gloires  de  l'humanité. 


AUX   SOUVENIRS    DE  PONS  5  5 

Page  193.  Lig.  5.  à  Sainte-Hélène.  C'était  son  devoir,  mais  c'était  aussi 
son  droit,  et  personne  n'était  plus  digne  que  lui  de  remplir  cette  tâche 
pieuse.  Je  désire  de  toute  mon  âme  que  ce  que  je  dis  de  lui  ait  la  puis- 
sance d'ajouter  un  rayon  à  son  auréole.  Lig.  12.  les  guerres  qu'il  eut  à 
soutenir  contre  les  ennemis  de  la  France.  Lig.  15.  quotidiens  les  plus 
affligés.  Lig.  22.  M.  Gilles.  J'en  parle,  parce  que  l'Empereur  m'en  parla, 
aussi  parce  que  mon  nom  s'y  trouva  mêlé.  D'ailleurs  ce  n'est  pas. 

Page  194.  Lig.  4.  garder  ce  souvenir.  Je  n'étais  pas  un  habitué  du  café  ; 
j'y  allais  même  très  rarement.  Ce  jour-là,  je  me  trouvais  au  café  avec 
le  Trésorier  de  la  couronne.  L'Empereur  sut  ce  qui  avait  eu  lieu.  Le  même 
jour  il  me  demanda  ce  que  j'en  pensais. 

Page  144.  Lig.  20.  J'ai  dit  combien  l'empereur,  lorsqu'il  habitait.  Lig. 
26.  voiture  était  dans  l'impossibilité  de  traverser  la  route  qu'il  faut  fran- 
chir pour  sortir  de  la  place,  cet  endroit  ne  pouvait  être  pratiqué  que 
par  les  piétons  :  encore  ce  n'était  pas  sans  quelque  gêne.  L'empereur 
Lig.  34.  bras,  tant  ceux  du  pays  que  ceux  qui  venaient  chaque  jour  de 
la  principauté  de  Lucques,  étaient. 

Page  195.  Lig.  Vaccomplisseynetit.  Que  faire?  Force  était  d'atten- 
dre ,  mais  l'empereur  ne  savait  pas  attendre.  Sans  cesse  il  de- 
mandait à  sortir  par  la  porte  de  terre.  Cependant  trois  jours  s'écou- 
lèrent sans  qu'il  y  eut  rien  de  commencé.  C'était  immense  que  la  pa- 
tience de  l'empereur  se  fût  contenue  aussi  longtemps  :  il  n'y  tint  plus. 
Lig.  7.  masses,  ainsi  que  de  leurs  fleurets  de  fer,  et  j'exécutai  ponc- 
tuellement cet  ordre.  Le  matin,  désireux  de  savoir  à  quoi  l'on  allait 
employer  mes  ouvriers  mineurs,  je.  Lig.  11.  étonné  de  le  voir  d'aussi 
bonne  heure;  mais  je  le  fus  de  le  voir  seul,  et  mon  étonnement  était 
visible  ;  l'empereur  me  dit  en  riant  :  €  Soyez  tranquille.  Lig.  17, 
mise  à  l'œuvre.  On  ne  pouvait  pas  désirer  plus  d'ardeur  à  l'ouvrage, 
aussi  l'ouvrage  fut  assez  avancé  dans  la  matinée  pour  que  l'empe- 
reur pût  satisfaire  le  désir  qu'il  avait  de  sortir  de  la  place  par  cette. 
Lig.  31.  un  conscrit.  »  La  police  ordonna  à  la  dame  aux  grimaces  dou- 
cereuses d'être  plus. 

Page  196.  Lig.  9.  en  fit  r observation;  Ton  en  parla,  l'on  en  parla  en- 
core. Lig.  12.  garde  pria  l'empereur  de  vouloir  bien  permettre  qu'un 
officier  l'accompagnât  dans  ses  courses  habituelles.  l'Empereur.  Lig. 
23.  populaires.  Je  crois  qu'il  était  possible  de  deviner  son  dessein  à  cet 
égard.  Lorsque  il  voulait.  Lig.  28.  opinion.  »  Alors  pour  lui  répéter 
l'opinion  publique,  l'on  interrogeait  le  public  et  l'empereur  finissait  par 
apprendre  ce  qu'il  voulait  savoir.  L'empereur  avait  une  autre  habitude 
qui  parfois  causait  une  surprise  embarrassante.  Lorsque.  Lig. 34.  d'abord 
sérieuse,  devenait  moins  sérieuse,  et  l'empereur  en  parlait.  Jusque  là 
c'était  bien;  du  moins  ce  n'était  pas  mal.  Mais  ensuite  l'empereur  venait 
vous  dire  : 

Page  197.  Lig.  13.  Peyrusse,  feignit  de  se  rappeler,  et,  sans  balbutier, 
convint  que  M.  Peyrusse  avait  raison.  Cette  eiigeance  (sic)  de  secret, 
lorsque  le  secret.  Lig.  14.  était  souvent,  toujours,  elle  servait  ses  pro- 
jets.... le  seconder  pour  atteindre  au  but  qu'il  se  proposait.  Les  per- 


56  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

sonnes.  Lig.  26.  collaborateur  de  ses  occupations  permanentes,  l'on 
pouvait  bien  [arriver]  à  deviner  ou  à  préjuger.  Lig.  30.  apparente.  Le 
froissement  continuel  finissait  par  ceux  à  qui  l'empereur  s'adressait 
plus  particulièrement.  Mais  tout  se  bornait  là.  Même  dans  la  plus 
grande  intimité.  Lig.  32.  pour  ne  pas  naturellement  nous  écarter  de  la. 
(Lig.  33.[  circonspection  qui  nous  était  imposée  ou  recommandée. 
[Lig.  83.]  et  j'aime  à  le  répéter,  àl'ile  d'Elbe  les  secrets  de 

Page  198.  Lig.  10.  'généraux.  Alors  nous  pouvions  tout  nous  dire. 
Il  n'y  avait  plus  de  secrets.  Lig.  12.il  nous  faisait  un  devoir  déparier. 
Le  général  Drouot.  Lig.  16.  L'empereur  avait  une  autre  combinaison 
qui  prenait  aussi  l'apparence  d'une  habitude.  C'était  souvent  alors 
qu'il  Lig.  18.  en  public.  Le  contraste  pouvait  paraître  une  énigme. 
Néanmoins.  Lig.  19.  Après  ce  premier  mouvement,  il  posait,  et  pendant 
sa  pose  il  subordonnait  Lig.  25.  parvenir  à  savoir.  Ce  n'était  pas  de 
la  mauvaise  intention,  loin  de  là  ;  c'était  au  contraire  par  un  [Lig.  26.] 
sentiment  d'intérêt  qui  avait  quelque  chosede  filial.  L'empereur  était 
leur  astre  de  félicité  ;  il  leur  importait  donc  de  savoir  si  rien  ne  venait 
faire  varier  le  cours  de  cet  astre  :  de  là    des  commentaires. 

Page  199.  Lig. 21.  l'île  d'Elbe:  j'en  aurais  su  et  j'en  aurais  vu  quelque 
chose. 

Page  200.  Lig.  Ç>.  préoccupé.  Dans  ses  préoccupations,  plein  de  ce  qui 
le  préoccupait.  Lig.  13.  pris.  Quelquefois  nous  étions  plus  d'un  d'entre 
nous  soumis  à  la  dictée.  Le  général  Bertrand.  Lig.  16.  pouvait  en  suppri- 
mer. Du  reste. 

Page  201.  Lig.  3.  y  attacher  peu  d'importance.  Je  veux  commencer 
par  le  commencement.  Lig.  8.  ne  payaient  pas.  Les  mauvais  payeuirs 
étaient  en  nombre.  A  Capoliveri...  elbois,  la  plus  mauvaise  lie.  Lorsque 
le  percepteur  des  impositions  se  rendit  à  Capoliveri  pour  effectuer  ses 
recouvrements,  la  populace...  intervint  avec  énergie,  mais  il  avait  affaire 
à  une  populace  canaille.  Lig.  20.  retardataires.Vovàxe  lui  exécuté,  ^l/ors 
un  lÂ".  24.  l'exercice  de  ses  fonctions.  Le  moment  était  venu  de  prêter 
force  à  la  loi,  mais  Lig.  34.  choisis  dans  une  semblable  circonstance. 

Page  202.  Intercaler.  Lig.  10.  Rien  de  mal  n'étonnait  de  la  part  des 
Capoliverais.  Ce  n'étaient  pas  eux  qui  pouvaient  influencer  les  Elbois; 
les  Elbois  n'ont  aucune  considération  pour  les  Capoliverais.  On  dit: 
«  C'est  un  Capoliverais  »,  comme  si  on  disait:  «  C'est  un  manant». Mais 
il  y  avait  une  autre  commune  qui  se  refusait  aussi  à.  Lig.  17.  cham- 
bellan  de  VEmpereur.  Ce  qui  pouvait  faire  penser  que  l'Empereux  ne 
considérait  pas  leur  culpabilité  comme  une  chose  bien  criminelle.  Des 
mesures.  Lig.  20.  ainsi,  ce  qui  n'était  pas  exagéré.  Lig.  21.  il  m'appela; 
il  me  fit  part  de  son  inquiétude.  Il  me  dit:  «  Vous  pouvez  peut-être, 
lig.  25.  sous  vos  ordres.  Il  ajouta  :  «  Prenez  la  plume,  écrivez.  Lig.  26. 
langage.  »  Je  pris  la  plume,  l'Empereur  me  dicta. 

Page  205.  Lig.  20.  L'Empereur  inquiet,  affligé,  allait.  Lig.  26.  Lui 
d'ordinaire  si  calme  dans  la  fortune  comme  dans  l'infortune,  lui  qui,  gé- 
néralement au-dessus  des  événements,  ne  faisait  point  passer  les  émo- 
tions de  son  cœur  aux  traits  de  sa  figure,  lui  dont  la  parole   ne  trahis- 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  57 

«ait  jamais  la  pensée,  lui,  l'Empereur  ne  taisait  plus  rien,  ne  cachait 
plus  rien,  et  tous  les  yeux  pouvaient  admirer  son  âme  embrasée  du 
feu  sacré  de  la  tendresse  filiale.  L'Empereur  n'était  plus  l'Empereur: 
du  moins  l'Empereur  du  moment  ne  ressemblait  plus  à  l'Empereur  de 
tous  les  temps.  Il  donnait  des  ordres  et  des  contre-ordres.  Il  disait  des 
oui  et  des  non,  et,  à  forf  e  de  vouloir  faire,  il  ne  faisait  rien.  Le  monde 
moral  ne  peut  rien  avoir  de  plus  admirable  que  le  tableau  de  ce  trou- 
ble saint  dont  l'inspiration  avait  été  toute  instantanée.  Il  se  rendit  à 
bord  de  la  frégate  anglaise.  Lig.  30.  Ce  n'était  ni  l'aigle  qui  fend  les 
airs,  ni  le  cerf  qui  bondit  sur  les  monts.  Ici  la  métaphore  est  inutile. 
C'était  un  fils  qui  allait  embrasser  sa  mère,  sa  mère  qui  venait  partager 
son  exil  ! . . .  Les  fils  idolâtres  de  leur  mère  qui  en  ont  été  séparés  peu- 
vent seuls  se  représenter  l'ensemble  céleste  de  cet  instant  suprême.  Et 
ce  ne  sera  pas  moi,  moi  faible  écrivain,  qui  chercherai  par  des  paroles  à 
dénaturer  ce  que  leur  imagination  pourra  leur  en  dire.  Deux  fois  l'em- 
pereur essuya  les  larmes.  Lig.  33.  éclater  pour  celle  qui  lui  avait  donné 
le  jour.  C'était  range. 

Page  206.  Lig.  9.  iiidomptable.  Oui,  indomptable  pour  lui,  gouverne- 
ment britannique,  source  féconde  de  toutes  les  perversités  humaines, 
mais  facile  aux  sentiments  tendres,  et  surtout  aux  sentiments  généreux, 
dans  le  cours  régulier  de  la  vie  privée  comme  de  sa  vie  publique. 
Lig.  14.  Avant  celte  époque.,  à  Essling  il  avait  pleuré  son  fidèle  ami  le 
maréchal  Lannes  ;  et  après  cette  époque,  durant  les  Cent  Jours.  Lig.  17. 
seule  larme.  Le  stoïcisme  ne  détruit  pas  les  entrailles,  n'étouffe  pas  le 
cœur,  ne  dénature  point  l'âme.  S'il  n'en  était  pas  ainsi,  le  stoïcisme 
équivaudrait  à  la  cruauté  et  les  stoïciens  seraient  des  monstres.  La  mu- 
nicipalité. Lig.  20.  poijit  de  discours  prononcés.  Ce  n'était  pas  une  ré- 
ception officielle  préparée,  c'était  un  hommage  solennellement  improvisé. 

Chacun place.   C'est  au  milieu  de  ce    cortège  universel  que  Madame 

Mère  Lig.  30.  'dlionneur  était  italienne,  sa  demoiselle  de  lecture  était 
italienne,  sa  domesticité  était  italienne.  On  disait  même  que  sa  cuisine 
était  faite  à.  Lig.  31.  comme  souveraine.  Aussi  chaque. 

P.  207.  Lig.  .30.  Ajaccio.  Livrée  à  elle-même,  si  l'île  de  Corse  avait 
encore  été  souveraine,  elle  lui  aurait  certainement  fait  donner  le  droit 
de  suzeraineté  sur  l'île  d'Elbe,  et,  dans  les  circonstances  où  l'on  se  trou- 
vait, ne  pouvait  pas  y  parvenir  en  droit,  elle  cherchait  à  y  parvenir  en 
fait.  Ainsi  elle. 

P.  208.  Lig.  14.  confiance  de  Vempereur.  Heureusement  que  la  sa- 
gesse de  l'empereur.  Lig.  17.  blessait  outrageusement.  Lig.  25.  frappe: 
c'est  donner  à  un  seul  le  droit  de  prendre  exclusivement  ce  qui  appar- 
tient à  tous.  C'est  peut-être  le  privilège  le  plus  immoral  et  le  plus 
odieux  dont  les  gouvernants  puissent  se  rendre  coupables,  car  c'est 
faire  servir  les  lois  à  la  consécration  d'une  injustice.  Lempereur. 

P.  209.  Lig,  1.  minerai  de  fer  lorsqu'il  serait  livré  à  la  consomma- 
tion. La  raison  en  était  simple  :  les  entrepreneurs  devaient  vendre  selon 
qu'ils  payaient.  Lig.  4.  la  compagnie  corse  ;  elle  me  la  recommanda  do 
telle   manière   que  sa  recommandation   ne  tendait   à  rien   moins  qu'à 


=>?  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

m'empécher  de  faire  autre  chose  que  la  chose  qu'elle  m'indiqpiait.  Elle 
me  dit.  Lig.  10.  et  que  je  serais  positivement  fidèle  à  mon  devoir  ».  Ma 
réponse  ne  plut  pas  à  M"»  Mère.  Af""  Mère.  Lag.  14.  protégés.  Cette 
princesse  me  connaissait  mal  ;  elle  était  dans  une  erreur  complète.  On 

m'obsédait négociation.  L'empereur  savait  ce  qui  se  passait.  Lorsque 

je  m'approchai  de  lui.  Lig.  18.  me  fit  appeler.  Il  m'apprit  que  la  com- 
pagnie corse. 

P-  210.  Lig.  7.  humeur  de  la  part  de  Af°"  Mère.  Lig.  16.  par  cette 
question  faite  à  brûle  pourpoint,  et  ne  sachant  en  aucune  manière  ce 
qui  avait  pu  la  motiver,  je  me  tus.  //  me.  Lig.  20.  naturellement,  et 
il  ajouta. 

P.  211.  Lig,  1.  Cette  chaleur  excessive  fatiguait  l'empereur;  il  ne 
savait  où  aller,  où  se  tenir.  Son  palais  Lig.  3.  ne  pas  prendre  le  parti 
de  s'isoler  sous.  Lig.  8.  quelque  trahison  de  l'ensemble  de  la  population 

marciannaise.  Marcianno Mais  cette  population  avait  tant  commis  de 

crimes  qu'il  pouvait.  Lig.  25.  suite  qui  lui  était  indispensable.  Lig.  32. 
l'empereur  qui,  à  lui  seul,  donnait  la  vie  et  le  mouvement  à  la  prospé- 
rité des  Portoferrajais.  Longone. 

P.  212.  Lig.  8.  tout  ce  que  l'empereur  faisait.  On  le  suivit  pour  ainsi 
dire  dans  ses  petites  excursions.  Lig.  19.  montrer  en  public.  Tout  le 
monde  me  questionnait  :  je  questionnais  tout  le  monde.  Chacun  savait 
tout,  personne  ne  savait  rien.  On  bâtissait  des  châteaux  en  Espagne.  On 
était  absurde  à  force  de  vouloir  paraître  vrai.  Lig.  22.  Vâge  de  l'impé- 
ratrice, que  sa  tenue  avait  au  moins  autant  de  noblesse  que  celle  de 
l'impératrice,  que  l'enfant  avait  aussi  à  peu  près  l'âge  [P.  213.]  du  roi  de 
Rome,  qu'il  était  mis  comme  on  avait  l'habitude  de  mettre.  Lig.  3.  l'im- 
pératrice. Il  lui  avait  également  fait  part  de  la  tendance  de  la.  Lig.  6.  pas 
se  plaindre  de  cette  espèce  de  complot  qui  n'était  tramé  que  dans  son 
propre  intérêt.  Cependant.  Lig.  7.  humeur.  Ce  fat  en  vain  :  on  ne  le. 
Lig.  16.  sur  le  continent.  Il  me  semble  impossible  que  l'un  comme 
l'autre  comprissent  le  danger  qu'il  pouvait  y  avoir  à  mettre  en  mer. 
Lig.  31.  heures  d'angoisse.  Son  anxiété  était  extrême,  elle  le  dévorait. 
//  lui  lut. 

P.  214.  Lig.  18.  la  comtesse  Bertrand  de  pouvoir  contracter  avec  les 
sommités  les  plus  élevées  de  la  localité.  On  ne  demandait  pas  mieux 
que  de  la  prendre  pour  le  point  central  d'un  cercle  choisi  qui  lui  aurait 
procuré  le  seul  agrément  dont  le  pays  était  susceptible  ;  elle  ne  se. 
Lig.  21.  cette  puissance  ne  lui  faisait  pas  défaut.  Ses  enfants  Lig.  33. 
leurs  visites.  Cette  manière  d'agir  ne  pouvait  pas  durer  et  ne  dura  pas 
longtemps  :  on  se  lassa. 

Page  215.  Lig.  4.  comble.  Sa  solitude  n'était  plus  une  combinaison;  elle 
devenait  une  nécessité,  une  nécessité  absolue.  Aussi  Madame  la  Com- 
tesse Bertrand  était  à.  Ijg.  6.  quitta  l'île  d'Elbe.  Néanmoins  tout  ce  que 
je  viens  de  dire  n'empêchait  pas  Madame  la  Comtesse  Bertrand.  Lig. 
8.  On  pouvait  dire  que  son  cercle .  Lig.  18.  plus  pour  l'empereur  que 
pour  qui  que  ce  puisse  être.  Elle  diminua.  Lig.  20.  sa  demeure,et  que  sa 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  59 

demeure  devint   son  univers.  L'Empereu?-.  Lig.   21.  demander^  mais    il 
cherchait  des  occasions  pour  le  faire  demander,  et  les  occasions. 

Page  216.  Lig.  3.  Quirinal.  Puisque  j'en  suis  à  parler  de  la  famille  du 
général  Bertrand,  autant  vaut-il  que  je  complette  ce  que  j'ai  à  en  dire, 
en  faisant  connaître  la  cause  de  cette  erreur  universelle  et  que  l'on 
commenta  de  cent  mille  manières.  Lig.  5.  forêts,  et  ce  frère  vint  le 
trouver  à  l'île  d'Elbe.  On  pense  bien  Lig.  10.  marine.  On  imagine 
bien  que  l'empereur  le  surchargea  de  questions  ;  mais  le  nouveau  venu 
qui,  peut-être  averti  par  son  frère,  s'était  douté  qu'il  en  serait  ainsi,  avait 
fait  une  ample  provision  de  renseignements,  et  il  lui  en  donna  autant 
qu'il  voulut  en  avoir.  C'était  alors  la.  Lig.  14.  l'inspecteur  général  des 
eaux  et  forêts  visita  l'empire  elbois,  fut.  Lig.  24.  à  Home.  L'empereur 
voulut  voir  ces  gravures:  il  en  demanda  la  communication,  et  on  s'em- 
pressa de  les  lui  envoyer  à  la  campagne  de  Saint-Martin,  où  il  était  alors 
L'empereur  examina  ce  recueil  avec  une  attention  extrême.  Il  parcourait 
une  feuille  après  l'autre  ;  il  en  disait  le  bien,  il  en  disait  le  mal  selon  son 
jugement  et  l'on  pouvait  quelquefois  être  étonné  de  la  supériorité  de 
ses  remarques.  //  semblait  avoir.  Lig.  32.  il  chercha  à  se  remettre.  Alors 
on  peut  le  dire  ainsi  sans  exagération.  Lig.  33.  irait.  Mais  ce  n'était  là 
que  la  petite  partie  de  ce  qui  devait  se  passer.  Il  y  avait  encore  de  l'agi- 
tation de  cœur  lorsque  l'empereur  remit  la  gravure  de  l'impératrice  à  sa 
place.  Il  prit  la  gravure  suivante,  c'était  celle  du. 

Page  217.  Lig.  15.  de  cette  surprise  le  frère  du  général  Bertrand 
quitta  l'île  d'Elbe.  Lig.  24.  tous  les  rangs,  de  tous  les  âges,  et  pour  nous 
les  figures  nouvelles  n'avaient  rien  de  nouveau.  //  y  eût  une.  Lig.  27. 
librement.  Jamais  aucune  lanterne  magique  n'eut  autant  d'apparitions  et 
de  disparitions.  Mais  il  y  a  à  tout  une  dernière  borne.  Notre  habitude 
eut  enfin  la  sienne.  Nous  fûmes  étonnés.  Une  dame  française  débarqua 
à  Portoferrajo,  elle  était  suivie  de  son. 

Page  218.  Lig.  1.  Les  messagers  de  curiosité  revinrent  promptement. 
Qu'on  s'imagine.  Lig.  3.  voyageuse,  et,  en  vérité,  je  ne  pouvais  pas  le 
dire:  Madame  la  Comtesse  de.  Lig.  21.  fastueuse,  comme  le  pavillon 
couvre  la  marchandise.  Un  grand  nom  ne  devrait  pas  être  une  grande 
chose  lorsqu'il  est  mal  porté.  Toutefois  les  mœurs  sociales  ne  sont  pas 
encore  arrivées  à  ce  point  de  perfectionnement  dans  la  civilisation  qui 
fera  qu'on  ne  considérera  le  passé  dans  le  présent  qu'autant  que  le  pré- 
sent sera  égal  au  passé. 
Quoiqu'il  en  soit^  le  nom  de  Rohan  jetait  de  la  poudre. 
Page  220.  Lig.5.  était  ce  garçon,  et  lorsqu'on  le  lui  eût  dit,  il  ordonna 
froidement  qu'on  le  conduisît  ailleurs;  j'étais  au  nombre  des  personnes  qui 
accompagnaient  l'empereur.  Je  regardai.  Lig.  15.  charme  était  détruit 
l'illusion  dissipée.  Il  ne  restait  que  le  revers  de  la  médaille.  Madame 
la  comtesse  de  Rohan-Mîgnac  comprit  que  son  règne  était  passé:  c'est 
ce  qu'elle  pouvait  faire  de  mieux.  Elle  s'occupa  rapidement  de  ses  pré- 
paratil"s  de  départ  :  elle  partit.  Je  répète  ses  paroles  d'adieu  aux.  Lig, 
22.  l'Angleterre  que  la  France;  par  la  raison  qu'en  Angleterre.  Lig.  28. 
de  la  dame,  à  la  haute  noblesse   de   laquelle  on  ne  voulait  maintenant 


€0  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

plus  croire,  on  fit  circuler  la  nouvelle,  suivante  et  je  la  copie  telle  quelle 
«  Madame. 

Page  221.  Lig.  3  épousa  sa  bienfaitrice  ».  Je  dis  ce  que  je  sais,  mais 
je  n'assure  que  ce  que  j"ai  vu.  Presque  en  même  temps  que  la  comtesse 
dont  nous  venons  de  nous  séparer,  il  nous  arriva  une  autre  dame.  Lig. 
5.  disait  la  tante,  et  qui,  de  son  propre  aveu  qu'elle  répétait  sans  cesse, 
ne  venait.  Lig.  22.  dans  ces  es/^érances.  L'empereur  la  reçut  avec  bonté 
il.  Lige  2i:  jaser  :  il  y  eut  des  pourquoi  et  des  comment,  mais  la. 

Pags  222.  Lig.  12.  c'est  une  lâcheté  que  je  lui  jette  à  la  figure.  Lig. 
2.  d'étudier  qu'elle  n'a  vraiment  pas  étudiée  sous  ancun  rapport  et  que, 
tout  au  plus,  elle  ne  peut  avoir.  Lig.  18.  du  patriotisme.  C'était  toute  la 
pureté  qu'on  aime  à  trouver  dans  les  adorations  humaines;  aussi  je  suis 
vraiment  disposé  à  en  parler  avec  bienveillance.  Madame  Giroux.  Lig. 
20.  de  soixante  an",  elle  était  surtout  bien  expressive.  Sa  parole  parlée 
animait  la  société,  sa  parole  écrite  ne  laissait  rien  à  désirer  dans  le  cer- 
cle d'idées  qu'elle  voulait  parcourir.  O71  aimait. 

Page  223.  Lig.  8.  la  retraite  de  Gènes  fait  ce  qu'on  appelle  vulgaire- 
ment la.  Lig.  18.  beauté  ne  sont  pas  la  beauté,  quelquefois  même  ils  n'en 
sont  que  le  contraste.  Ce  n'était  pas  ici  tout  à  fait  cela. 

Page  224.  Lig  2.  seul  nom  public  qui  lui  fût  inconnu.  C'était  une  chose 
inouïe  que  les  relations  ou  les  réflexions  qu'il  faisait  sur  les  individus. Le 
nom  de  Guizot  le  frappa. Le  compte  rendu  sur  ce  nouveau  venu  lui  avait 
appris  qu'il  m'avait  visité.  :  il  me  fit  appeler.  IL  Lig.  13.  copier  M.  Gui- 
zot, non  pas  mot  à  mot,  parce  que, comme  je  l'ai  dit,  il  ne  conversait  plus 
ni  en  français  ni  en  italien,  quoique,  selon  lui,  sa  lettre  fût  en  français 
étudié,  mais  je  copierai  religieusement  la  manifestation  de  sa  pensée, 
comme  si  le  Guizot  de  nos  jours  l'avait  exprimée,  et  il  n'y  aura  pas  un 
mot  de  perdu. 

Page  225.  Lig.  3.  d'un  homme  estimables  et  c'est  l'opinion  de  tous 
ceux  qui  l'ont  connu  ou  qui  le  connaissent.  Lig.  7.  ensuite  l'empereur 
ajouta  «  je  voudrais  faire. 

Page  227.  Lig.  29.  l'hommage  céleste  pour  le  culte  duquel  ils  sont 
aussi  fervents  que  pour  le  culte  deDieu,  s'ils  ne  le  s^nt  pas  davantage. 
Mais  c'était  beaucoup.  On  pesa  dans  la  balance  de  la  raison  ce  qu'il 
fallait  faire  :  on  se  décida  à  fêter  l'empereur  le  jour  qu'on  fêterait  San- 
Cristino,  c'est-à-dire. 

Page  228.  Lig.  29.  double  fête  ;  ce  qui  fit  une  triple  fête.  Je  veux  dire 
que    la  garde. 

Page  229.  Lig.  31.  joie  qui  retentissaient  dans  les  airs.  Cette  su7iprise 
de  circonstance  très. 

Page  230.  Lig.  1.  naturel  que  je  fisse  partie  intégrante  des  coopéra- 
teurs  de  cette  belle  réunion.  Il  était  également  naturel  que  je  portasse  un 
toast. 

Page  230  après  lig.  9.  intercaler  ;  Je  fais  pour  les  fêtes  données  à 
Portoferrajo,  par  le  pays  et  pour  le  pays,  ce  que  j'ai  déjà  fait  à 
l'égard  des  choses  qui  avaient  un  rapport  direct  entre  elles.  Je  les  mets 
régulièrement  à  la  suite  les  unes   des  autres,    sans  trop  me  préoccuper 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  61 

des  dates,  et  j'en  fais  un  tout  qui,  ce  me  semble,  facilitera  les  difléren- 
tes  recherches  ou  les  diflërentes  curiosités  de  mes  lecteurs.  Aussi,  d'un 
bond  je  franchis  l'espace  qui  sépare  Saint  Gristino  de  San  Napoléon,  et 
j'arrive  à  la  fête  de  l'empereur.  Lig.  14  tation  que  l'on  pourrait  appeler 
filiale,  tant  il  y  avait  d'amour  dans  le  sentiment  qui  l'inspirait.  Mais  il  com- 
prit la  difficulté  d'arrêter  Lig.  17.  cette  voie  toute  honorable  qu'elle 
était.  C'était  pourtant  Lig.  21.  emprimts  publics  et  les  emprunts  publics 
sont  onéreux  dans. 

Page  231.  Lig.  2.  on  voulait  paraître  en  notabilité  et  pour  ne  pas..  . . 
belle  robe  pour  le  bal  delà  fête  du  pays;  cette  robe  était  belle  encore, 
on  n'aurait  pas  osé   la    porter,    Lig.  7.  plus  belle:  toutefois  on   ne   se 

la  procurait   qu'avec  l'appui   des    usuriers.  Ajoutez la  cour,  ce   qui 

n'était  pas  aussi  peu  de  chose.  Tout  cela  Lig.  17.  Tous  les  prépara- 
tifs particuliers  marchaient  à  l'égal  des  préparatifs  généraux,  le  mou- 
vement était  universel.  Lig.  23.  se  succédant  avec  rapidité,  on.  Lig.  30. 
le  cœur,  ou  pour  mieux  m'exprimer,  qui  parle  aux  yeux  sans  rien  dire 
au  cœur,  et  dont  V Italie, 

Page  232..  Lig.  17.  les  lettres  restantes  :  la  deuxième,  la  troisième,  la 
cinquième,  la  sixième,  la  septième,  la  huitième.' 

Page  233.  Lig.  7.  société  qui  ne  se  croyait  pas  peuple.  Lig.  19.  Entre 
les  fêtes  de  San  Gristino  et  celle  de  .Saint  Napoléon,  toutes  deux 
fêtes  de  cœur,  il  y  avait  eu..  ..  Elbois  et  à  laquelle  je  dus  assister.  Le 
4  Juin. 

Page  234.  Lig.  7.  ovation.  J'hésitais  sur  ce  que  je  devais  faire.  Je  fus 
consulter  le  général  Drouot.  Le  général  Drouot  ignorait  encore  ce  qui 
se  passait,  l'empereur.  Lig.  9.  courut  chez  l'Empereur.  Il  revint  au  bout 
de  quelques  minutes.  L'Empereur.  Lig.  23.  la  première  place.  L'arran- 
gement général  était  parfait. 

Page  235.  Lig.  7.  leur  gouvernemeiit.  J'ai  toujours  cru  et  je  crois  en- 
core que  le  capitaine.  Lig.  29.  de  mon  cœur:  de  mon  cœur  au  fond  du- 
quel il   pouvait  facilement  arriver  par  cette  route.  J'eus faveur.  Gela 

y  ressemblait  beaucoup.  L'Empereur....  vers  lui.  Je  rends  succincte- 
ment le  colloque  :  Vous  7ie. 

Page  237.  Lig.  4.  faisait  deux  plats,  ce  qui  ne  dit  pas  qu'il  n'y  eût 
largement  de  quoi  manger.  Lig.  7.  étaient  incessantes,  surtout  celle  de  sa 
mère.  Lig.  12.  vieille  que  ma  fille,  ce  qui  ne  nous  empêcha  pas  d'en  rire. 
Lorsque....  de  l'Empereur,  qu'il  n'oubliait  jamais  de  me  parler  de  ma 
famille,  je  lui  racontai  Lig.  18.  britannique  et  aux  conséquences  duquel 
toutes  les  autres  sociétés  de  l'Europe  répugnent  profondément.  G'est 
que  deux  officiers.  Lig.  25.  d'offeJiser  aucune  intention,  car  l'ivrognerie 
n'est  pas  intentionnée,  ils  contraignirent  pas...  par  la  seule  force  de  sa  vo- 
lonté, de  sa  dignité,  se  guérir  à  tout  jamais  de  cette  maladie  dégradante, 
et  se  laisse  parfois  traîner  dans  une  boue  ignominieuse.  Un  officier  su- 
périeur 

Page  238.  Lig.  3.  J'ai  parlé  anticipement  de  la  seconde  arrivée  de  la 
princesse  Pauline  que  le  brick  V  Inconstant  était  allée  chercher  à  ....,  et 


62  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

j'ai  dit  aussi  le  nom  de  ses  dames  de  compagnie.  La  princesse  Pauline 
était. 

Page  239.  Lig.  13.  sans  cependant  jamais  en  venir  à  un  grand  mou- 
vement. Vin  [Lig.  15]  térieur.  la  princesse  Pauline  et  la  vie  sédentaire 
y  puisa  un  peu  plus  d'activité.  //  y  avait  quelques. 

Page  240.  Lig.  15.  cVim  trône,  ce  qui  n'allait  pas  avec  la  simplicité  dont 
l'empereur  prenait  le  caractère.  L'étiquette  Lig.  17.  cette  étiquette  ;  peut- 
être  même  outrait-elle  sa  ponctualité.  Pourtant  la  femme.  [Lig.  18.] 
ponctuelle  que  la  princesse,  elle.  Lig.  22.  l'empereur  s'aperçut  du  mou- 
vement qu'il  avait  imprimé,  il  se  leva,  fit  le.  Lig.  32.  princesse  Pauline, 
et  ce  n'était  pas  celui  où  l'on  était  le  moins  agréable.  Lig.  34.  pour  mul- 
tiplier les  plaisirs  des  personnes  qu'elle  invitait.  C'était  son  empire; 
elle  y  régnait  souverainement,  et  l'empereur  trouvait  toujours  quelque 
prétexte  pour  aller  la  visiter  au  moment  où  il  la  croyait  au  plus  haut  pé- 
riode de  sa  toute  puissance.  Ces  visites 

Page  241.  Lig,  6.  et  tout  ce  qu'il  y  avait  de  bon  en  elles,  n'aurait  pas, 
bien  réuni,  fait  la  centième  partie  de  ce  qu'il  y  avait  de  bon  dans  la 
princesse  Pauline.  Les  deux  sœurs 

Page  242.  Lig.  2.  7'êves.  Il  était  vrai  pourtant  que  la.  Lig.  8.  de- 
manda comment  je  trouvais  so7i  teint,  demande  à  laquelle  je  répondis 
que  je  le  trouvais  comme  je  trouvais  le  matin  celui  des  roses.  Cela.  Lig. 
10.  là;  et  puis,  le  petit  mouvement  boudeur  passé,  elle  se.  Lig.  12.  et, 
joyeuse  comme  un  enfant  qui  vient  de  recevoir  des  dragées,  elle  me  dit. 
Lig.  19.  Mais  le  désir  de  se  rendre  intéressante  en  donnant  une  appa- 
rence de  plus  d'intensité  au  mal  réel  qu'elle  éprouvait  n'allait  pas  jus- 
qu'à la  faire.  Lig.  23.  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  la  princesse 
Lig.  25.  plaisir  général.  Elle  voulait  que  toute  la  société  s'amusât 
quand  elle  s'amusait.  C'était  une  pâle  Lig.  30.  était  inquiète,  et  plusieurs 
personnes    lui  avaient  demandé  si   elle  était  indisposée.  Ses  yeux 

Page  243.  Lig.  23.  sombre,  et  la  préoccupation  de  son  esprit  révélait  les 
méditations  de  son  génie.  La  princesse....  fois.  Je  n'étais  pas  étonné, 
car  bientôt  le  lecteur  verra  que  je  savais  à  quoi  m'en  tenir.  Cependant 
l'empereur monde  à  la  réussite  de  tout  ce  que  sa.  Lig.  27.  sans  dis- 
traction, mais  lorsque  cet  isolement  ne  luiétaitplus  nécessaire,  sa  figure 
s'épanouissait  à  la  vue  des  populations  et  surtout  des  populations  amies. 
Pendant  la.  Lig.  33.    encore  plus  jolie  qu'elle  n'avait  jamais  paru.  Aussi 

Page  244.  Lig.  3.  Le  carnaval  parcourut  sa  carrière,  mais  arrivé  au 
bout  il  dut  subir  le  sort  universel,  et  il  cessa  d'exister.  La  garde  impériale 
qui.  Lig.  20.  L'homme  d'action  qui  a  vieilli  dans  une  vie  de  mouvement, 
ne  comprend  pas  l'indolence,  et  l'oisiveté  décompose  sa  nature.  Il  faut 
le  distraire,  lorsqu'on  ne  peut  pas  l'occuper;  sans  cela,  il  cesse  d'être  ce 
qu'il  était,  il  ne  sait  plus  ce  qu'il  est.  C'est  surtout  le  vuide  des  heures 
de  la  soirée  qui  est  un  vuide  dangereux.  L'homme  ennuyé  se  cramponne 
à  tout  ce  qui  peut  faire  cesser  son  ennui.  Heureux  s'il  se  cramponne 
bien,  malheureux  s'il  se  cramponne  mal  1  L'alternative  ne  dépend  pas  de 
son  libre  arbitre,  il  se  laisse  aller. 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  fi 3 

C'est  bien  beau  que   le    ciel,    c'est   bien  beau  que   la  mer mais 

toujours  le  ciel,  toujours  la  mer,  et  sans  bouger  de  place  !  Lig.  32.  hé- 
sita un  moment  pour  la  prendre,  il  craignaitt  la  réprobation  des  con- 
sciences religieuses  timorées.  Du  moins  il  le  disait  ainsi.  Les 

P.  245.  Lig.  1.  avait  cessé  d'être  consacrée  au  culte  :  elle  servait  de 
magasin  militaire.  Lig.  14.  dElhe.  Quoi  qu'il  en  soit  de  la  propriété  de 
l'empereur  ou  de  la  propriété  de  l'état,  l'empereur  décida  que.  Lig.  20. 
familles,  ce  qui  n'était  ni  bien  haut  ni  bien  grand,  et  cet  arrangement 
d'amour-propre,  tacite  ou  clandestin,  éprouva. 

P.  246.  Lig.  21.  souverain.  La  jouissance  générale  reflétait  une  jouis- 
sance particulière  sur  sa  figure.  L'opinion  à  cet  égard  était  sans  dissi- 
dence aucune  et. 

P.  248.  Lig.  4.  L'on  dut  immédiatement  songer  à  se  procurer  cette  po- 
pulation des  champs  et  des  airs,  ce  qui  n'était  pas  chose  facile  à  l'île 
d'Elbe.  L'empereur  ne  croyait  pas  Lig.  11.  d'amusement  intime  pour 
les  habitans  de  Longone  et  de  Capoliveri,  si  tant  est  que  les  habitans 
de  Longone  et  de  Capoliveri  soient  de  nature  à  comprendre  les  plaisirs 
de  famille  ou  d'amitié,  ce  dont  je  doute  beaucoup.  Pendant  Lig.  16. 
accompagné  et  pendant  leur  durée,  se  dégageant  de  ses  soucis,  il  était. 
Lig.  18.  faiblesses  qui  ordinairement  assiègent  notre  pauvre  humanité. 
Ain.si...  des  plaisirs  par  la  raison  que  l'homme  de  travail  doit  les  aimer 
Seulement  Lig.  31.  aux  tnurmens  de  la  vie  :  je  veux  dire  que  ses 
plaisirs temps.  Ensuite  j'aurais  peut-être. 

P.  249.  Lig.  15.  ce  dont  elles  n'étaient  pourtant  pas  en  possession, 
même  d'idée.  La  dame.  Lig.  23.  Quel  était  donc  le  motif  que  l'on  avait 
le  droit  d'attribuer  de  l'empereur.  Lig.  27.  temps  à  lui  consacrer,  et  cela 
met  déjà  un  poids  dans  la  balance  des  préférences.  Mais  il  y  avait  quel- 
que chose  de  bien  plus  important  pour  l'empereur,  c'est  que  l'empereur. 
Lig.  33.  campagne  et  par  conséquent  les  seules  avec. 

P.  250.  Lig.  31.  îiatiirel  et  les  sauver  ainsi  de  la  mort  qui  les  mena- 
çait. Mais  pas  du  toutl  Lig.  34.  général  Bertrand  Puis,  comme  pour 
constater  leur  impénitence  finale,   faisant  semblant. 

P.  251.  Lig.  6.  chose  abominable.  Ceci  se  passait  avant  le  repas.  Après 
le  repas,  l'empereur  continuant  ce  que,  pour  me  rapprocher  du  jugement 
ou  du  langage  des  Montcabrié  et  des  Campbell,  je  me  permets  d'appe- 
ler des  fredaines  d'inintelligence,  voulut. 

P.  250.  Lig.   23.    allait  !  Mais  le  récit   de   la  partie  du  bouillebaisse 

n'est  pas  encore  terminé  ;  il  y a  de    Vempereur  et  je  me  fais  un  cas 

de  conscience   de   ne    pas    les  passer  sous    silence.     Aiiisi sur  la 

plage  pour  aller  au  repas    convenu,  Vempereur. 

Page  251.  Lig.  11.  décision,  elles  en  parurent  très  satisfaites,  quoiqu'on 
touchât  à  leurs affiquets.  Mais  d'après  ces  observateurs  àtravers  le  prisme 
des  passions,  leur  satisfaction  n'était  relative  qu'aux  jeux  innocens,  et 
l'Empereurn'y  avait  aucune  part.  Cela  estd'autant  plus  probable,  toujours 
d'après  les  imitateurs  des  Montcabrié  et  des  Campbell,que  les  dames  ne 
mettaient  point  d'amour-propre  à  ce  que  l'Empereur  les  avait  honorées 
d'une    parole   bienveillante  ou  d'une  attention   particulière  et  qu'elles 


6  4  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

étaient  très  silencieuses  à  cet  égard.  Les  insensés  !  Aucun  d'eux  ne 
connut  l'Empereur;  aucun  ne  fut  à  même  de  l'apprécier  et  leurs  vision 
chimériques  n'aboutirent  en  dernière  analyse  qu'à  favoriser  les  combi- 
naisons qui  amenèrent  la  descente  au  golfe  Jouan.  Lig.  13.  qui  n'ambi- 
tionnât de  quelque  manière  que  cela  pût  être,  de  devenir  l'objet  d'une 
attention  bienveillante  de  la  part  de  l'Empereur  ;  et  pendant  plusieurs 
générations  encore,  les  descendants  de  ceux  ou  de  celles  que  l'Empereur 
se  plût  à  honorer  de  sa  bonté  en  conserveront  le  souvenir,  comme 
dans  toutes  les  familles  on  conserve  un  titre  de  gloire.  Lig.  17.  avait 
peu  parlé  des  parties  au  jeu  de  palets  faites  presque  clandestinement,  et 
ce  que  l'on  en  avait  dit  n'avait  rien  qui  ressemblât  à  ce  qu'on  aurait  dû 
en  dire.  Les  siirveillarits  Lig.  21.  racontée  avec  plus  de  vérité.  C'est 
qu'un  grand  nombre  de  personnes  y  avaient  pris  part,  que  chacune  de 
ces  personnes  disaient  ce  qu'elles  avaient  vu,  ce  qu'elles  avaient  en- 
tendu et  que  les  narrations  cparses  des  détails  personnels  finissaient 
par  une  fusion  qui  amenait  une  notice  historique  complète.  Lig.  23. 
chose.  Il  y   avait  une    espèce  de  fascination,  car   il   n'existait  pas    un. 

Lig.  26.  quelques  jours  après  cette  quasi   fête,   j'avais ne  roula, 

comme  on  doit  bien  le  penser,  que  sur. 

Page  252,  avant  la  lig.  19.  Avant  de  reprendre  la  marche  régulière  des 
faits  quotidiens,  j'ai  à  cœur  d'épuiser  la  série  des  projets  de  l'Empereur; 
et  ensuite,  lorsqueje  croirai  avoir  fini,  ce  sera  peut-être  à  recommen- 
cer. N'importe!  je  me  laisse  aller.  Lig.  24.  à  quelque  chose:  mais  en 
réalité,  quant  au  palais  impérial  de  Longone,  ce  n'était  rien,  absolument 
rien,  et  tous  les  ordres  et  toutes  les  dispositions  étaient.  Lig.  33.  avec 
satisfaction:  «  Nous  irons  vous  voir  »,  Je  trouvai  l'empereur  dans  une 
apparence  de  contentement  manifeste.  Il  me 

Page  263.  Lig.  4.  presque  riant,  je  crus,  je  ne  sais  pourquoi  ,  que 
c'était.  Lig.  13.  savais  rie7i  de  ce  dont  il  croyait,  que  le  général  Ber- 
trand m'avait  instruit:  «  Je  m'en 

Page  253.  Lig.  27.  répliquer.  Je  pris  mon  parti,  je  devançai  l'empe- 
reur. Lig.    32.  étendu,  mais  je  dois  aller  vite,  alors  fêtais.. 

Page  254.  Lig.  5.  intercaler.  Le  voyage  de  l'empereur  avait,  si  la  com- 
paraison peut  m'étre  tolérée,  une  toute  petite  similitude  avec  le  voyage 
des  Argonautes,  car  l'empereur  allait  aventureusement  comme  Jason  à 
la  recherche  d'une  richesse,  la  richesse  des  arbres,  qui  alors  était  encore 
plus  précieuse  pour  lui  que  la  toison  d'or  ne  devait  l'être  pour  le  héros 
de  Thessalie,  et  cette  richesse  il  espérait  la  trouver  au  Monte  Giove. 
Monte  Giove,  qui  donne  son  nom  à  la  seule  forêt  que  l'île  d'Elbe  pos- 
sède, comme  je  l'ai  fait  remarquer,  est  couronné  à  son  faîte.  Lig.  9. 
Jupiter  ,  et  qui  ne  sont  autre  chose  que  les.  Lig.  21.  plateau  est  autre 
chose  que  du  plaisir  c'est  de  la  contemplation,  c'est  du  sentiment  et 
une  espèce  de  ferveur  religieuse  qui  élève  l'âme  à  Dieu.  Je  ne  l'ai. 
Lig.  69.  de  fonte,  dont  j'ai  parlé  dans  mon  premier  volume,  il  fut. 
Lig. 34.  il  fallut  indispensablement  mettre. 

Page  255.  Lig.  14.  beautés  qui  sans  elles  (les  exclamations)  (s^'c)  auraient 
peut -être  échappé.  Lig.  25.  Cette  pensée  sur  la  fin  de  tout  ce  qui  a  eu  un 


AUX  SOUVENIRS   DE  PONS  65 

commencement,  Vamena  à.  Lig.  17.  par  ces  paroles,  qui  dans  sa  bouche 
avaient  quelque  chose  de.  Lig.  23.  qu'une  tour  de  vigilance  et  de  sûreté 
pour  se  garantir  des  pirates,  pendant  le  temps  qu'ils  furent  les  maîtres 
de  la  Méditerranée.  Après  cet  examen  l'empereur  se  livra 

Page.  256.  Lig.  11.  presque  inaperçue,  mais  qui  n'en  fit  pas  moins  d'im- 
pression sur  l'empereur,  d'après  l'animation  qui  se  manifesta  subitement 
dans  toute  sa  figure,  et  surtout  d'après  le  regard  foudroyant  qu'il  lança 
à  la  personne  dont   cette  scène  était   l'ouvrage.    L'Empereur 

Page  258.  [Lig.  25.]  se  croyait  perdu,  et  dans  son  épouvante,  il  alla 
gémir  sur  sa  malencontreuse  inconséquence.  Un  instant  après,  l'empe- 
reur n'y.  [Lig.  26.]  pensait  plus  :  il  aurait  ri  s'il  avait  connu  les  craintes 
qui  agitaient  le  détracteur  du  Pape. 

Page  260.  Lig.  9.  ardeur  sans  que  l'occasion  de  me  satisfaire  se  fût 
jamais  présentée  de  pouvoir  .  .  patriotiques.  (Lig.  10.]  et  de  là  comme 
il  est  facile  de  le  comprendre,  mo7i  contentement. lÀ^A'à.  m'intendre  ou 
me  comprendre,  ce  qui  souvent  me  gênait.  L'empereur.  Lig.  20.  fait  bien 
attendre.  »  Peiné  de  ces  paroles  que  je  pouvais  et  que  je  devais 
considérer  comme  un  reproche,  je  fus  forcé....  viendrait  pas,  parce 
qu'elle  n'avait  pas  été  invitée.  L'empereur,  hig.  23.  de  Tinvitation,  il 
l'avait  même  chargé  de  demander  à  Madame  Pons.  Lig.  32.  comme 
cela  devait  être,  mais  elle  était  en  deuil. 

Page  61.  Lig.  2.  général  Bertrand  aurait  dû  la  prévenir,  mais  il  ne  la 
prévint  pas  et,  ma  femme,  sans  le  vouloir,  fit  de  la  peine  à  l'empereur. 
L'empereur  en  voyant  le  deuil  devint  sérieux,  même  sombre,  et  il  ne  se 
dérida  pas  un  seul  moment,  d'aucune  espèce  de  manière,  pendant  le 
temps  qu'il  resta  à  table. 

Page  261.  Lig.  7.  parfait  pour  ma  femme,  même  dans  les  plus  petites 
attentions.  Lig.  9.  d'une  dame  en  deuil  II  m'affirmait  également  que 
l'empereur.  Lig.  15.  blanc  et  l'excellente  princesse  Pauline  va  nous  en 
fournir  la  preuve.  La  reine.  Lig.  29.  brodée  et  ainsi  parée,  elle  se  pré- 
senta à  l'empereur,  et  l'empereur  la  blâmant  de  nouveau,  du  moins  par 
sonregard,  lui  dit  :  «  Ahl  madame! 

Page  262.  Lig.  14.  onployés,  grand  amateur  de  pèche,  avait  préparé. 
Lig.  16.  empereur,  car  elle  plaisait  généralement  à  tout  le  monde.  On  fait 
brûler  des  bois 

Page  263.  Lig.  5.  le  plaisir  qu'il  me  faisait  éprouver  en  prenant  l'ini- 
tive  d'une  explication  que  j'avais  le  désir  ardent  d'avoir,  et  ma  réponse 
fut  rapide.  J'allai  droit  au  but.  C'était  ce  qu'il  fallait  à  l'empereur,  c'était 
ce  qu'il  me  fallait. 

Page  264.  Lig.  4.  gouvernementale.  »  J'aurais  mieux  aimé  me  brouiller 
encore  avec  lui  que  de  le  tromper  le  moins  du  monde.  Je  lui  avouai. 
Lig.  8.  scabreuse,  et  j'hésitais  pour  l'aborder.  Néanmoins.  Lig.  13.  émo- 
tion,  paraissant  avoir  mal  entendu  ou  mal  compris.  Lig.  34.  danse. 
Ebahi  de  ce  que  l'empereur  voulait  faire,  je  lui  observai  ....  par  le 
plaisir  ainsi  que  par  le  vin de  respect.  Je  le  priai  de  s'abstenir. 

Page  265.  Lig.  17.  malgré  tout  ce  que  je  lui  en  avais  raconté,  il  témoi- 
gna. Lig.  28.  avait  parlé.  Il  voulait  aller  faire  sa  connaissance.  Ce  figuier 


66  ADDITIONS  ET  VARIANTES 

Page  266.  Lig.  16,  de  mes  propies  yeux  que  les  pèches  restaient  sur 
le  pécher.  Lig.  21.  le  regardai  comme  tel.  Cela  m'oblige  d'anticiper  sur  le 
temps  pour  le  récit  d'une  anedocte  [sic)  qui  fait  suite  à  ce  que  je  viens 
de  raconter  du  pécher  et  des  pèches.  La  tète  de  Noël  suivit  son  cours, 
elle  arriva  à  point  nommé.  Les  pêches.  Lig.  26.  d'être  à  table.  L'empe- 
reur les  regarda.  Il  crut 

Page  268.  Lig.  13.  mit  la  main  à  la  poche.  Mais  seulement  je  lui  ré- 
pétai l'opinion  du  pays,  sans  exception  aucune,  et  alors  retirant  sa  main 
comme  si  quelque  chose  l'avait  piqué,  il  dit  en  riant  :  «  11  est  inutile  de 
donner  à  une  Magdeleine  qui  n'est  ni  pénitente  ni  repentante.  »  L'empe- 
reur comptait  sans  l'hôte.  La  prétendue.  Lig.  27.  à  cette  femme.,  si  elle 
avait  été  ce  qu'elle  paraissait  être.  A  partir  du  bassin  ou  de  la  plaine 
de  Rio,  le  chemin  de.  Lig.  32  châtaigniers  et  il  nous  en  fit  faire  la  re- 
marque. Ildemayida. 

Page  269.  Lig.  1.  que  je  pensais,  en  le  lui  faisant  bien  comprendre  par 
le  raisonnement  comme  par  l'indication,  quant.  Lig.  5.  sans  nivellement 
et  même  de  l'aveu  des  ingénieurs,  il  perfectionna  ces  études.  Lig.  8. 
L'empereur  n'avait  pas  l'habitude  de  se  contenter  de  paroles,  il  voulait 
des  faits.  J'appelai  un  vigneron  qui,  après  avoir  donné  quelques  coups 
de  pioche,  arracha  un  gros.  Lig.  18.  embarrassé  pour  répondre,  jamais 
on  ne  lui  avait  fait  une  semblable  question.  //  réfléchit.  Lig.  26.  le 
monte  Serrato,  désignation  qui  signifie  mont  renfermé.  Il  y  a  là  un  mont 
principal  qui  comme  les  hauteurs  montagneuses  est  couvert. .  .  pourri. 
C'est  une  dégénération,  presque  un  anéantissement  de  la  nature.  Le 
mont  principal  n'a  que  quelques  arbustes. 

Page  270.  Lig.  3.  montagne  doù  birsque  l'on  a  le  courage  d'y  escala- 
der, l'on  retrouve  une  vue  aussi  admirable  que  celle  dont  l'empereur 
avait  joui  sur  des  hauteurs  de  Volterrajo,  au  retour  de  son  premier 
voyage  à  Rio  Marine.  Mais  pour  descendre,  ce  n'est  pas  seulement  diffi- 
cile; c'est  dangereux,  et  si  dangereux  qu'on  peut  rouler  du  haut  en  bas 
sans  rien  trouver  qui  arrête  sur  la  pente.  J'en  sais  quelque  chose,  car 
j'ai  appris  cela  à  mes  dépens.  Deux  ans  auparavant,  nous  étions  à  l'her- 
mitage  en  récréation  de  campagne,  nous  voulûmes  être  curieux  et  pla- 
ner sur  la  crête  du  mont.  Nous  suâmes  pour  aller,  nous  nous  brisâmes 
pour  revenir,  et  je  restai  longtemps  écloppé. J'en  préviens  mes  lecteurs. 

Cependant  l'hermitage  de  Monte  Serrato,  quoique  Lig.  11.  l'on  garde 
parce  qu'il  y  a  de  quoi  Ventretenir.  Ce  n'est  pas  dans  une  semblable 
retraite  que  le  malheur  va  s'établir  pour  y  exercer  ses  ravages;  l'on  y 
est  à  l'abri  des.  Lig.  25.  il  faut  bien  le  dire.  L'hermite  de  Monte-Serrato. 
Lig.  29.  Monte  Serrato;  elle  était  l'objet  de  leur  dévotion,  et  ils. 

Page  271.  lig.  4.  dans  la  mer  a  l'endroit  qu'on  appelle  «  la  fontaine 

onduleux,  contourne  l'hermitage  et  vous  fait  arriver  sur  la.  Lig.  10. 
montagnes  sans  vie,  que  le  pied  du  temps  a  foulées  ou  que  sa  main  a 
déchirées,  qui  semblent  faire  encore. 

Page  272.  Lig.  1.  attention  tout  ce  qui  l'entourait,  cherchant  à  con- 
naître les  causes ,  à  apprécier  les  elfets  ,  il  resta  dix.  Lig.  19. 
hautes  et  plus   aiguës.    Cela    n'accommodait    pas    l'hermite.  Il  dit    à 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  67 

l'empereur.  Lig.  26.  de  le  conduire  à  l'église  :  l'empereur  le  suivit, 
nous  suivîmes  l'empereur.  L'église.  Lig.  32.  collation  de  Longone,  et 
je  n'exagère  pas  en  disant  que  nous  la  dévorâmes,  nous. 

Page  273.  Lig.  14.  de  contentement.  Et  le  monde  était  gai,  l'empereur 
était  gai  comme  tout  le  monde.  Les  moments  que  nous  passâmes  à  l'hère 
mitage  de  Monte-Serrato  furent. 

Page  'il^  avant  Lig.  25.  L'homme  du  destin  avait  parlé,  mais  sa  pa- 
role n'était  pas  irrévocable  comme  les  décrets  éternels,  surtout  lors- 
qu'elle ne  prescrivait  pas  l'exécution  d'un  ordre  important.  Et,  quant  à  la 
manière  de  me  loger,  l'empereur  avait  plutôt  sollicité  qu'ordonné,  quoi- 
qu'il eût  le  droit  de  vouloir.  Je  pouvais  do?ic  faire  ce.  Lig.  28.  mon  corps 
défendant,  je  devais  jouer  à  Rio-Marine.  Je  ne  veux  pas  dire  que  j'en 
étais  fâché  ;  je  ne  veuxpas  dire  que  je  ne  m'en  trouvais  pas  honoré.  Ce 
n'est  rien  de  tout  cela  que  je  veux  dire.  Je  crois  que  mo7i  intention  est. 
Lig.  32.  mes  lecteurs  expliqueront  ma  pensée. 

Page  276.  Lig.  2.  décombres.  Le  même  inconvénient  se  reproduisait,  si 
j'allais  habiter  l'hôtel  des  employés.  D'ailleurs,  pour  habiter  l'hôtel  des 
employés,il  mefallait  déloger  les  employés, et, soit  dit  sans  malice  aucune, 
je  n'étais  pas  assez  empereur  pour  cela.  Mon  parli  fut  bientôt  pris.  Je  dis 
dans  le  pays  que  je  cherchais  à. 

Page  276,  lig.  9.  tout  à  fait  installé  dans  un  nouvel  hôtel  ou  dans  un 
palais,  peu  importe  de  quelle  manière  on  voudra  le  désigner,  car  je  ne 
prendrai  pas  pour  mon  compte  le  ridicule  de  la  désignation.  Lig.  14. 
me  donna.,  d'ordre  de  l'empereur,  de  la  visite  que  ces  deux  personnages 
devaient  faire  aux  mines,  quoique  extrêmement  poli  selon  l'usage,  semblait 
pourtant  avoir  quelque  chose  qui  m'enjoignait  de  lesrecevoir  avec  distinc- 
tion; et  en  même  temps  il  me  prévenait  que.  Lig.  24.  société  vint  me 
trouver  :  j'étais  prêt  à  la  recevoir,  je  la  reçus  de  mon  mieux. 

Page  277,  lig.  6.  et  je  dus  lui  faire  observer  que  par  suite  de  l'état 
dans  lequel  la  maind'œuvre  l'avait  réduit,  lachose  Lig.  14.  grandes  pièces 
et  que  ce  changement  convenable  pour  lui  ne  valait  rien  pour  moi  ; 
quoiqu'il  en  soit,  je  conservai.  Lig.  19.  généreuse  que  lorsqu'elle  avait 
quelque  chose  de  plus  splendide. 

Page  281.  avant  lig.  17.  Comme  si  ce  n'était  pas  assez  de  travaux  mul- 
tipliés qui,  tous  en  pleine  activité,  donnaient  à  l'île  d'Elbe  l'air  d'un 
chantier  général  pour  des  constructions  générales,  sans  compter  les  tra- 
vaux projetés,  l'empereur  porta  aussi  sa  pensée  sur  Rio-Marine,  et  il 
m'écrivit  directement  pour.  Lig.  30.  gagnent,  et  ce  qu'ils  espèrent  ga- 
gner est  employé  prématurément  à.  Lig.  32  emprunts  onéreux,  et  les 
empêche  toujours  de  prospérer.  Je  représentai  cela  à  l'empereur,  je  lui 
rappelai  ce  qui  s'était  déjà  passé  à  l'égard  de  ce  port.  L'empereur  ne 
l'avait  pas  oublié.  Il  me  répéta. 

Page  282,  lig.  14  semaine,  il  y  a  en  durée  un  mois.  Lig.  30.  avis.  Il 
répondit  que  LHnconvênient....plus  temps  et  il  fallut  songer  à  des  travaux 
de  guerre  bien  plus  qu'à  des  travaux  de  paix.  L'empereur  avait  prêté 
une  grande  attention  à  mon  récit.  Lig.  34.  Il  voulut  aller  sur  les  lieux, 
arrivé  sur  les  lieux,  son  regard  fut  un. 


68  ADDITIONS   ET    VARIANTES 

Page  283,  lig.  17.  était  le  plan  de  l'empereur.  Je  dis  tel  était,  je  de- 
vrais dire  tel  fut,  car  ce  plan  il  le  dessina  sur  place,  et  il  le  dessina. 
Lig.  28.  leur  évita  cette  peine,  et  comme  je  viens  de  le  dire,  il  sonda  lui 
même.  Lig.  32.  mercenaire  qui  s'attendant  à  être  bien  rétribué  veu- 
pleinement  justifier  la  confiance  dont   ses  supérieurs  Tentourent.  Je  fis. 

Page  285,  lig.  7.  l'empereur  devait  distinguer  comme  en  effet  il  dis- 
tingua M.Bourri,  homme  d'une  haute  capacité  industrielle,  et  qui  avait 
été  le.  Lig.  15.  entreprise,  quelque  vaste  qu'elle  fût.  Lig.  21  à  Rio.  Je 
me  rappelle  ce  moment  avec  plaisir.  Je  croyais  naturellement  qu'il  y 
venait  pour  moi,  je  me  trompais:  il  y  venait  pour  me  parler.  Lig.  25. 
enthousiame  dont  je  vais  tâcher  de  caractériser  le  désordre  en  en 
citant  quelques  expressions. 

Page  286.  Lig.  9.  Intercaler  à  la  suite  :  J'aurais  beau  abréger,  ma 
narration  serait  longue,  si  je  me  laissais  aller  au  flux  de  paroles  par 
lesquelles  M.  Bourri  exprimait  son  admiration,  et  cela  serait  inutile,  car 
en  définitive,  je  ne  ferais  que  multiplier  ce  que  je  viens  d'en  dire  sans 
rien  apprendre  de  plus  à  mes  lecteurs.  Lig.  18.  l'empereur.  M.  Bourri 
l'avait  eue  avant  moi.  Je  crois  même  qu'un  ingénieur  des  mines  l'avait 
eue  avant  M.  Bourri.  Mais. 

Page  287.  Lig.  8.  projet,  mais  il  m'en  avait  parlé  si  vaguement  que 
j'avais  cru ,  son  génie  et  qui  allaient  de  suite  se  perdre  dans  l'im- 
mensité de  toutes  sesidées.  Lig.  16.  construction.  Il  me  demanda  mon 
opinion,  il  me.  \â^.  21  i\io  :  cela  lui  arrivait  assez  souvent.  //  me 
parla.  Lig.  20.  examiner  les  lieux  ;  j'étais  avec  lui,  son  examen  fut 
approfondi,  comme  il  approfondissait  tout  ce  qu'il  avait  le  désir  de 
bien  connaître.  //  fit  une  foule.  Lig.  31.  revient  quelle  serait  la  diffé- 
rence du  transport  maritime  entre  le  fer  en  gueuse  et  le  minerai  de 
fer.  Quelle  pouvait  être  la  perte  occasionnée  par  le  manque  possible 
du  volume  d'eau  nécessaire,  quelles  chances.  Lig.  33..  travail;  sachant 
bien  ou  croyant  bien  savoir  à  quoi  s'en  tenir,  il  clôtura. 

Page  288.  Lig.  10,  intercaler  avant  :  M.  Bourri  avait  répété  ce  que 
lui  avait  dit  l'Empereur,  mais  il  avait  gardé  le  silence  sur  ce  qu'il  avait 
fait  pour  l'Empereur,  et  c'est  par  l'Empereur  que  je  l'appris.  M.  Bourri 

Page  289,  avant  Lig.  1  :  11  est,  même  au  sein  des  nations  les 
plus  civilisées,  de  vieilles  habitudes,  de  vieilles  croyances  toujours 
ridicules,  souvent  nuisibles,  quelquefois  barbares  et  tellement  enraci- 
nées parmi  le  peuple  de  la  campagne,  que  malgré  tous  les  efforts  de  la 
raison  humaine,  il  faut  pourtant  attendre  le  secours  des  siècles  pour 
parvenir  à  les  détruire.  S'il  en  est  ainsi  là  où  les  lumières  ont  des 
moyens  immenses  de  propagation,  il  faut  bien  croire  qu'il  en  est  de 
même  au  milieu  d'une  population  que  le  sort  a  jetée  sur  un  rocher  au 
milieu  des  mers  et  à  laquelle  il  semble  vouloir  ôter  la  faculté  de  vivre  de 
la  vie  intellectuelle.  Car  Con  dirait. 

Page  289.  Lig.  11.  habité  n'a  que  des  écoles  primaires,  lorsqu'elle  en 
a,  et  qui,  afin  de  trouver  des  écoles  secondaires.  Lig.  18.  à  l'olivier. 
et  dans  cette  erreur.  Lig.  20.  vieille  ornière.  Depuis  le  commencement 
de  ce  siècle,  depuis  vingt-cinq  années  surtout, plusieurs  propriétaires.... 


AUX    SOUVENIRS   DE  PONS  69 

matériel  du  ressort  de  tous  les  yeux,  Lig.  35.  pour  produire.  Mais  la 
vieillese  de  l'olivier  se  prolonge  en  raison  de  la  durée  qu'a  eue  la 
jeunesse.  Cet  arbre  vit  des  siècles.  Lig.  27.  sa  progéniture.W  est  certain 
que  l'île  d'Elbe  n'a  pas  la  centième  partie  des  oliviers  qu'elle  pourrait. 
Lig.  33.  olivier.  L'habitude  l'arrête,  même   alors  que  la  l'aison  Téclaire. 

Toutefois l'Empereur.  Mais  l'Empereur  ne  se  borna  jms  à  leur  donner 

des  conseils  :  il  offrit   de. 

Page  290.  Lig.  13.  à  se  procurer  des  pépinières  destinées  à  sa  famille 
d'adoption,  car  l'Empereur  avait  adopté  les  Elbois,  comme  les  Français 
avaient  adopté  l'Empereur.  Lig.  17.  C'était  bien  de  doter  l'ile  d'Elbe 
d'arbres  qui  demandaient  de  la  chaleur,  mais  l'île  d'Elbe  manquait  aussi 
presque  généralement  surtout 

Page  291,  lig.  6.  ta  pratique.  Car  le  savoir  approfondi  de  l'homme  a 
des  bornes,  l'homme  ne  peut  pas  parler  avec  distinction  sur  toutes  les 
choses,  particulièrement  sur  les  choses  dont  il  n'a  pu  qu'effleurer  l'ex- 
amen. J'ai  entendu  Lig.  20  J'ai  dit  combien  la  forêt  de  Giove.  Lig.  29. 
envelopper  d'un  tapis  ae  chênes,  alors  il  parla. 

Page  292,  lig.  17.  document  qu'on  l'ait  considéré  comme  un  souvenir 
devenu  inutile,  et  que  dans  cette  erreur  l'on  se  soit  dispensé  delecon- 
server,  ce  qui   selon  moi  serait  un  point  important. 

Le  génie  de  l'empereur  avait  un  tort,  c'est  que  toutes  ses  créations 
étaient  gigantesques  :  et  le  monde,  le  monde  moral,  n'est  pas  peuplé  de 
géants;  c'est  ainsi  c^xxe  Cemiiereur  eut.  IÀ§.  27.  sans  doute  le  génie  de 
l'empereur  était  plus  complet  encore:  mais  quelque  vaste  que  fût  ce 
génie,  il  n'en  était  pourtant  pas  encore  venu  à  la.  Lig.  30.  en  mines  d'or. 
Néanmoins  il  fallait  ce  projet  qui  aurait  été  extraordinaire  même  pour 
la  France  dans  les  plus  beaux  jours  de  l'empire  français.  Ainsi  le  génie 
Lig.  33.  besoin  d'or  et  le  besoin  d'or  était  un  frein  difficile  à  ronger. 

L'empereur  me  faisait  souvent,  presque  toujours,  l'honneur  de  m'inter- 
roger  lorsqu'il  lui  passait  dans  l'esprit  quelques-unes  de  ces  conceptions 
étonnantes  qu'on  ne  pouvait  s'empêcher  d'admirer,  alors  même  qu'elles 
dépassaient  les  bornes  de  la  possibilité  d'exécution,  et,  dans  cette  cir- 
constance, ses  interrogations  ne  me  firent  pas  défaut. 

Sous  le  règne  de  l'empire  français,   la  grande  duchesse  de  Toscane. 

Page  293,  lig.  3.  Méditerranée  que  cela  concernait  particulièrement. 
Lig.  6.  intention.  De  cet  entrelien  il  y  eut  plusieurs  paroles  fort  remar- 
quables qui  échappèrent  à  l'empereur  et  qui  me  frappèrent  infiniment. 
Ainsi  son  plan.  Lig.  27.  hors  de  l'état,  comme  ont  fait  après  lui  les 
usurpateurs  de  la  souveraineté  nationale.  Lig.  28.  le  plan  du  lazaret 
ainsi  que  le  plan  du  jjort  Lig.  32.  L'empereur  assistait  régulièrement  aux 
dispositions  premières,  et  il  veillait  attentivement  à  ce. 

Page  294,  lig.  12  quarantaines.  C'était  ridicule,  mais  ce  ridicule  était 
et  il  fallut  bien  enfin  reconnaître  que  de  part  et.  Lig.  79.  Portofen^aju. 
toutes  les  oppressions  endurcissent  la  raison  ou  la  déraison  des  oppres- 
seurs, de  telle  sorte  qu'à  la  fin  aucun  rayon  de  lumière  ne  peut  plus 
éclairer  leur  jugement.  C'est  là  le  fort  de  l'administration  sanitaire  de 
Livourne 


70  ADDITIONS    ET   VARIANTES 

Page  295,  lig.  8.  détresses  offrait  aux  regards  studieux  de  l'observateur 
depuis  Lig.  12.  génie,  incarnation  divine  qui  règne  partout  et  toujours. 

Page  296,  lig.  19.  Les  décrets  éternels  l'avaient  ainsi  décidé.  C'était. 
Lig.  22.  qu'à  l'île  d'Elbe,  il  fut  plus  grand  sur  les  bords  de  la  tombe 
qu'il  ne  l'avait  jamais  été.  Je  le  dis  avec.  Lig.  24.  Napoléon  mourant 
Mais  il  est  dans  les  destinées  sociales  que  le  bien  soit  toujours  à  côté  du 
mal.  Heureux  encore  lorsque  l'un  n'est  pas  confondu  avec  l'autre  ! 

Page  297,  lig.  7.  d'une  manière  qui  n'ennoblissait  pas  toujours  son 
langage,  mais  de  quelque  manière  qu'on  le  répétât,  je  me  devais  d'écou- 
ter et  j'écoutais.  Lig.  10.  encore.  C'était  à  recommencer.  //  est  vrai  que. 
Lig.  13,  L'empereur  s'était  fait  une  nature  qui  n'était.  Lig.  15.  dait  à 
l'avenant  sans  distinction.  Lig.  22.  sa  prépotence  planait  unanimement 
sur  tous  ceux  qui  l'entouraient.  Mais  cela  ne  veut  pas  dire  que  sa  pré- 
potence brisait  tous  les  caractères  qu'elle  ne  parvenait  pas  à  faire  pUer 
sous  sa  volonté.  [Lig.  25.]  et  à  cet  égard,  je  dois  à  ma  conscience  de  me 
citer  comme  preuve  du  contraire.  C'est  à  la  Lig.  28.  destinée  avant  le 
moment  suprême  de  son  accomplissement.   Un  jour. 

Page  298,  lig.  2.  plus  que  jamais,  nous  ne  pouvons  parler  que  som- 
mairement et  710US  Lig. 18.  bientôt  écrasée  par  la  rivalité  insulaire  des 
Portoferrajo.  Lig.  25.  de  l'île  d'Elbe  un  pays  de  tous  les  pays,  un  lieu. 

Lig.  28.  On  ne  l'a  pas  assez  dit.  L'empereur capitaine,  et  les  siècles 

futurs  l'admireront  davantage  dans  les  conseils  que  dans  les  camps.  Il 
aimait. 

Page  299,  lig.  18.  J'ai  dit  ce  qu'était  la  petite  île  de  Palmajola.  L'empe- 
reur partit  de  Portoferrajo  pour  aller  la  visiter.  Son  regard  fut  là  comme 
il  était  partout,  un  regard  réparateur,  etilydonna.  h'ig.  22.  commwiica- 
tion.  Ce  voyage  ou  cette  excursion.  Lig.  26.  pour  l'attaque  ou  pour  la  dé- 
fense. Ce  que  personne  n'avait  vu,  il  le  vit;  ce  que  personne  n'avait  remar- 
qué, ille  remarqua,  et  de  retour.  Lig.  28.  ses  inspectio7is.  qu'elles  fussent 
ou  qu'elles  ne  fussent  pas  méditées.  Il  semblait. 

Page  300,  lig.  3.  de  sa  personne.  Quelle  que  fût  l'apparence  de  ce  qu'il 
faisait,  quelque  chose  qu'il  fit  Lig.  12.  à  leur  zèle  et  ils  étaient  loin  de 
s'en  plaindre,  les  artilleurs  surtout.  Lig.  15.  On  pouvait  dire  à  l'empe- 
reur qu'il  était  la  démonstration  palpitante. 

Page  301,  lig.  6.  avait  fait  sa  révolution  régénératrice  ;  mais  c'était 
avec  les  peuples.  Lig.  7.  il  fallait  vivre  !  et  les  peuples  de  l'Europe  ne 
nous.  Lig.  S.lorsque,  dans  notre  imitation  gouvernementale,  nous  sommes 
descendus  jusqu'à  elles,  plus  bas  qu'elles.  Lig.  13.  de  nos  chars  de  vic- 
toire, quand  elles  avaient  tout  à  craindre  de  notre  glaive,  emportées 
par  leur  nature,  elles  riaient  de  nos.  Lig.  18.  Disons-le,  car  c'est  la  vé- 
rité, et  la  vérité  n'est  jamais  déplacée,  surtout  lorsqu'elle  s'identifie 
avec  l'histoire.  L'empereur.  Lig.  21.  croyait  avoir  anéantis.  Détruire 
ou  paralyser  la  révolution,  c'était. 

Page  311,  lig.  19.  des  côtes  d'Afrique  succédant  aux  corsaires  qui, 
quelquefois  plus  pirates  encore,  parcouraient  de  nouveau.  Lig.  21, 
cet  égard,  et  l'empereur  sans  paraître  y  faire  attention  Lig.  29.  par- 
ler, comme  si  on  l'avait  entendu,  et  on  lui. 


AUX   SOUVENIRS   DE   PONS  71 

Page  311,  lig.  i.  je  lui  répondis  que  je  ferais  ce  qu'il  désirerait,  mais 
qu'en  mon  âme.  Lig.  6.  paix.,  tel  qu'il  était  aloi^s.  Lig.  14.  parla  d'autre 
chose.  Je  dus  me  taire.  Je  voulais  lui  faire  observer  que  mon  affection 
ne  portait  jamais  atteinte  à  mon  devoir.  Cependayit  il.  Lig.  23.  des 
Turcs,  ce  qui  fit  un  plaisir  extrême  à  tout  le  monde  sans  exception 
aucune.  Lig.  32.  Mais  cet  intendant  ne  sonqeant. 

Page  313,  lig.  19.  On  pense  bien  qu'il  fut  de  suite  rendu  à  l'empe- 
reur un  compte  au  moins  exact  de  ce. 

Page  315,  lig.  5.  schim  lui  fit  plaisir.  Il  ne  fut  pas  du  tout  fâché  du 
rôle  que  le  réis  avait  fait  jouer  (sic)  à  ses  yeux.  Puis  satisfait  de 
tout  ce  qui  venait  de  se  passer,  assuré  qu'il  Lig.  10.  me  prouvèrent 
comme  je  l'avais  soupçonné,  comme  je  l'avais  cru,  que  Vempereur. 
Lig.  25.  pour  l'empereur,  et  il  fut  un  grand  événement  pour  les  Elbois, 
puisqu'il  les  débarrassa  des  craintes  qu'on  leur  avait  fait  concevoir  sur 
la. 

P.  316,  lig.  18.  elboise.  Il  fallait  prendre  un  parti.  L'empereur  le 
prit.  //  décida  qu'il  ne.  Lig.  20.  avait  gouvernementalement  prêté  le 
pavillon  français  particulièrement  aux  Génois,  la  France  avait.  Lig.  23. 
faire  craindre,  ce  qui  ne  permettait  pas  même  un  terme  de  comparai- 
son. Lig.  27.  écouter  avec  le  plus  grand  intérêt.  Ce  digne  Lig.  33.  mili- 
taire à  Gênes  ;  il  était  donc  naturel  qu'il  s'adressât  à  moi  et  f  avais. 

P.  317,  li  4.  se  retrouvent  en  parcourant  le  chemin  onduleux  de  la  vie. 

P.  320,  lig.  23.  que  j'en  et  je  ne  sais  pas  leur  refuser.  Donc  le  ba- 
taillon. 

P.  322,  lig.  4.  la  colo7ine,  honneur  des  braves,  arriva  à  Savone  où 
elle  devait  s'embarquer  et  où,  en  effet,  elle  s'embarqua  Lig.  20.  c'était 
de  cette  joie  pure  qui  s'exhale  par  tous  les  pores  de  la  nature  morale 
comme  de  la  nature  physique.  Le  capitaine. 

P.  323,  lig.  2.  au  septième  ciel,  au  milieu  des  anges,  et,  comme  dans 
ce  séjour  de  béatitude,  il  ne  pouvait  qu'admirer.  Mais  Lig.  9.  l'ai  dit. 
Je  ne  connais  que  ce  moyen  de  remplii'  ma  tâche.  Vous  verrez 

P.  324,  lig.  20  chargée  et  il  mit  à  celte  organisation  la  même  impor- 
tance qu'il  aurait  mise  à  celle  d'une  grande  armée.  L'empereur  ne 
Lig.  26.  son  nom;  ainsi  c'était  le  bataillon  Napoléon,  l'escadron  Napo- 
léon et  la  compagnie  Napoléon.  Le  gouvernement  de  la  branche  aînée 
des  Bourbons  abandonna  la  phalange  sacrée  qui  avait  suivi  l'empereur 
Napoléon  à  l'ile  d'Elbe.  La  chose  était  naturelle.  Ce  gouvernement  ap- 
partenait à  la  Sainte-Alliance.  Le  gouvernement  de  la  branche  cadette 
a  continué  le  gouvernement  de  la  branche  aînée,  peut-être  même  s'est- 
il  placé  en  deçà  du  point  de  départ  de  la  branche  aînée,  mais  la  nation 
n'a  jamais  été  complice  de  ces  deux  abandons  sans  nationalité  {sic):  elle 
en  a  gémi,  elle  en  gémit  encore! 

P.  324,  lig.  30.  son  exil  à  l'île  d'Elbe;  une  époque  d'abaissement 
où  l'on  prodigue  les  statues,  les  célébrités,  les  illustrations  à  la  presque 
totalité  des  hommes  qui,  profitant  de  toutes  les  circonstances,  se  pliant 
à  tous  les  événements,  ont  fini  par  faire  croire  que  leur  intrigue  était 
du  savoir,  même  à  des  hommes  à  la  mémoire  desquels  la  postérité,  plus 


72  ADDITIONS   ET    VARIANTES 

juste  ou  moins  corrompue,  prodiguera  peut-être  la  honte,  j'élève  un 
petit  monument  de  reconnaissance  à  des  noms  obscurs,  mais  à  des  noms 
purs  de  toute  espèce  de  trahison,  de  félonie  et  qui,  en  accompagnant  le 
héros  dont  durant  vingt  années  ils  avaient  suivi  la  glorieuse  bannière, 
crurent  se  dévouer  à  la  patrie.  Oui,  la  France  ne  fut  jamais  plus  aimée 
qu'à  l'île  d'Elbe  ! 

P.  327,   lig.  30.  f  aurais  fait  avec  un  intérêt  de  cœur  la  hiocp-aphie. 

P.  328,  lig.  2.  de  ses  enfants,  et  je  crois  fermement  que  mes  lecteurs 
me  sauront  gré  de  cette  attention.  Lig.  27.  adjudant  major,  semblable 
aux  ombres  chinoises,  ne  fit  que. 

P.  329,  lig.  26.  inais  en  mon  âme  et  conscience,  je  crois  qu'il  était  au 
moins  aussi  ambitieux  que  brave,  et  mon  opinion  est  que,  s'il  avait  vécu, 
il  aurait.  Lig.  31.  Duguenot.  Toutefois,  je  me  rappelle  que  le  capitaine 
Combe. 

F,  330,  lig.  19.  même  de  ses  camarades.  Ce  qui  est  toujours  un  désa- 
grément, quelquefois  plus  qu'un  désagrément.  Lempereur. 

P.  331,  lig.  4.  parmi  les  officiers  les  plus  distingués,  mais  il  avait, 
Lig.  30.  quitta  Vile  d'Elbe  La  Restauration  l'adopta  ;  il  adopta  la  Res- 
tauration. 

P.  332,  lig.  6.  Bac/ieville  dut  s'expatrier  jusqu'à  ce  que  la  fougue  des 
mauvaises  passions  se  fût  un  peu  calmée  [Lig.  9.]  Si  je  me  laissais  aller 
à  ma  tendre  ati'ection  pour  les  Polonais,  j'irais  puiser  dans  le  recueil 
des  choses  les  plus  honorables  de  la  vie  des  braves,  et  je  les  leur  attri- 
buerais; mais  je  ne  suis  pas  le  maître  de  me  laisser  aller  débonnairement 
à  une  propension  naturelle  :  je  ne  dois  dire  que  ce  que  je  sais.  Or  ce 
que  je  sais  des  officiers  Polonais  qui  n'avaient  pas  quitté. 

P.  339,  lig.  25.  à  Porto-Ferrajo,  plus  particulièrement  que  partout 
ailleurs  dans  File,  la  sécurité  Lig.  31.  à  prétendre  de  mieux  que  ce  qu'ils 
avaient,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  la  prudence  voulait. 

P.  340,  lig.  2.  de  prudence.  L'occasion  se  présente  de  faire  observer, 
et  je  fais  observer  que  la  pensée  incarnée  de  cette  milice.  Lig.  11.  llle, 
il  a  beau  dire,  il  a  beau  faire,  il  faut  Lig.  22.  succursale  de  la  Corse, 
peut-être  même  comme  un. 

P.  341,  lig.  1.  existât.  Les  bataillons  ne  tombent  pas  du  ciel,  surtout 
armés  et  équipés.  Il  fallait  Lig.  21.  Corse  II  y  avait  cependant  à  Porto- 
Ferrajo  des  Corses  officiers  supérieurs  et  dignes  à  tous  égards  de  la 
confiance  de  l'empereur.  Lig.  25.  recruteurs,  comme  tous  les  recruteurs 
possibles,  en  engageant  Lig.  32.  Je  regarde  comme  certain  que  ce  ba- 
taillon. 

Page  345,  lig.  9.  d'être  le  père  de  son  fils,  pardonna  à  l'empereur  de 
n'avoir  pas  été  général  de  l'armée  de  Sambre  et  Meuse,  et  devint  l'un  de 
ses  partisans  les  plus  outrés.  Les  nuages  de  la  prévention  se  dissipèrent 
devant  la  lumière  de   son  admiration.  Le  général  Raoul....  militaires. 

On  pouvait  dire  que  le  capitaine enfance;  aussi  il  ne   fit  point  de 

noviciat  à  l'armée,  il  fut.  Lig.  22.  la  défendre.  Je  ferai  peut-être  mieux 
de  dire  qu'il. 


AUX  SOUVENIRS   DE  PONS  73 

Page  346.  lig.  22.  à  le  remplacer.   Mais  la  compagnie  d'artillerie   ne 

perdit  rien   en   le   perdant  ;  il  fut  remplacé bravoure,  et  quij  dans 

le  jugement  des  camarades,  le  surpassait. 

Page  348,  lig.  7.  mieux  soignés.  L'œil  suprême  veillait  sur  eux,  c'est-à- 
dire  que  l'empereur  les  visitait  souvent. 

Page  348,  lig.  30.  passer,  mais  au  milieu  de  la  mer,  des  batimens 

indispensables,    et    bon    gré,    mal    gré,    il  dut   en  armer. 

Page  349,  lig.  4.  équipage  au  grand  complet,  ni  même  au  petit 
complet.  C'était  une  triste.  Lig.  10.  avait  pas.  en  lui  ni  l'étoft'e  d'un  ma- 
rin de  supériorité,  ni  l'étoffe  de  ce  qu'on  appelle  généralement  un  bon 
marin.  Lig.  12.  agités.  Mais  lorsque  les  vents  devenaient  furieux,  que 
les  vagues  étaient  plus  furieuses  encore,  qu'il  y  avait  tempête,  le  com- 
mandayit.'  Lig  14.  et,  poule  mouillée,  selon  l'expression  reçue,  il  al- 
lait dans  sa  cabine  attendre  le  retour  du  beau  temps.  Tout  cela  veut 
dire  que  le  commandant  Taillade  étsit  loin  de  ressembler  à  ce  que  les 
matelots  appellent  un  loup  de  mer.  Ajoutons  à  ce  défaut  manifeste  qui, 
du  moins  ne  se  représentait  pas  chaque  jour,  un  vice  qui  le  dominait 
constamment  et  que  ses  camarades....  lui:  tout  ce  qui  n'était  pas  à 
lui  n'était  rien  pour  lui,  et  dans  l'excès  d'un  égoïsme.  Lig.  20  le  moi. 
Ce  portrait  n'est  pas  mon  ouvrage,  il  est  la  manifestation  modifiée  de 
ce  que  pensaient  du  commandant  Taillade  tous  les  officiers  de  la  marine 
qui  avaient  eu  des  relations  intimes  avec  lui.  L'Empereur  ne  fût.  Lig. 
23.  et  cela   explique  pourquoi  il  garda. 

Page  352.  lig.  6.  Pacca,  ce  qui  ne  signifie  pas  que  c'était  un  parent  du 
cardinal  qui  porte  ou  qui  portait  ce  nom.  D'ailleurs  on  ne  pouvait  guerre 
donner  une  grande  suite  à  cette.  Lig.  10. 'i  bord.  Ce  n'est  pas  seulement 
l'état  major  du  brick  qui  se  plaignait  de  cette  insouciance  inqualifiable; 
ce  fut  tout  le  monde.  La  course. 

Page  353,  lig.  5.  leur  mal  sur  le  tillac,  malgré  les  vagues,  nonobstant 
les  tempêtes,  et  ils  n'allaient. 

Page  353.  lig.  10.  On  rentra  à  Portoferrajo.  C'était  à  la  fin  [sic).  Après 
quelque  repos  de  complaisance,  plus  que  de  fatigue,  rinconstant  dut  re- 
tourner à  Civitavecchia,  de  là  aller  à  Naples,  et  il  appareilla.  //  avait 
Lig.  14.  des  guerres  dont  elle  portait  le  nom.  M"»  Blachier  était. 
Lig.  17.  rinconstant.  Dans  le  monde  des  gens  de  bien,  une  femme 
qu'un  homme  d'honneur  a  pris  sous  sa  sauvegarde,  est  pour  lui  une 
personne  sacrée,  et  surtout  lorsque  cette  femme  est  une  honnête 
femme.  M""  Blachier.  [Lig.  18].  méritée.  Mais  le  commandant  Taillade  ne 
connaissait  sans  doute  pas  le  code  des  gens  de  bien.  //  crut  pouvoir 
Lig.   [21]  dès  le  premier  mouvement  de. 

Page  354,  lig.  5.  en  pleine  mer  avaient  un  air  de  clandestinité  et 
semblaient  cacher  quelque  mystère.  Il  est  certain  du  moins  que  l'on 
cherchait. 

Page  355,  lig.  6.  reçue  quoique  cette  visite  ne  fut  qu'une  visite  d'in- 
vestigation e?  ils colonel  logé  chez  le  commissaire  de  marine.  La  con- 
versation du  col.  Lig.  11.  Le  vent  qui  tempêtait  encore  au  large,  para- 


•4  ADDITIONS   ET   VARIANTES 

lysé  par  les  montagnes,  n'avait  pas  pu  franchir  le  rivage,  mais  enfin  il 
vainquit  les  obstacles. 

Pege  356,  lig.  2.  faire  marc/ier  le  désir  de  ses  affections  avec  le  désir 
de  ses  intérêts.  Lig.  6.  Civitavecchia.  Sans  doute,  c'était  adroit.  Mais 
Lig.  11.  La  peur  ne  raisonne  pas.  M.  Romarini  était  hors  d'état  de  rai- 
sonner. La  frayeur  le  dominait.  Il  croyait la  terre  ;  il  y  aurait  dans 

cette  mesure  une  petite  garantie  de  sûreté.  On  mit  près.  Lig.  13.  dia-ée 
d'un  siècle.  Il  fut  heureux  lor.sque  le  commandant  Taillade  donna  l'or- 
dre de  se  préparer  à  lever  l'ancre.  Le.  Lig.  18.  batailles,  si  tant  est 
qu'il  eût  jamais  été  en  position  de  gagner  des  Iiafailles.  Lig.  28.  cela  du 
courage.  Ce  courage  lui  aurait  certainement  manqué,  s'il  avait  tant  soit 
peu  craint  de  trouver  dans  les  braves  de  la  garde  les  habitudes  san- 
glantes de  la  chouannerie,  dont  son  général  devait  lui  avoir*  plus  d'une 

fois    fait  le    récit.    Cet    officier rendait  s'en    même    s'en    douter 

un  hommage  solennel.  Lig.  33.  du  colonel  Perrin.  Après  la  lon- 
gue conversation  qu'ils  avaient  eue  ensemble,  il  parlait  beaucoup. 
Page  357,  lig.  1.  lieutenani  de  vaisseau  auquel  l'Empereur  l'avait 
nommé,  et  il  semblait.  Lig.  7.  Portoferrajo.  Il  faisait  nuit,  l'obscurité 
était  profonde,  mais  le  phare  du  port  brillait.  La  moindre  erreur 
semblait  impossible.  L.  33.  ne  mourut  pas,  mais  non  sans  raison» 
il  se  crut. 

Page  358,  lig.  2.  Dieu  de  l'avoir  sauvé.  Tous  ceux  qui  l'entendirent 
disaient  que  sa  prière  avait  été  touchante,  et  cela  se  conçoit.  La  ferveur 
religieuse  de  la  reconnaissance  imprime  le  respect  à  tous  les  cœurs  bien 
nés  :  il  est  impossible  de  ne  pas  partager  les  sentiments  qui  l'inspirent. 
Lig.  4.  Taillade  n'était  pas  aimé.  On  profita  de  cette  fâcheuse  circons- 
tance pour  crier  toile  contre  lui.  On  critiqua  ...  pas  fait.  La  passion  s'en 
mêla,  le  blâme  fut.  Lig.  11.  main.  On  lui  attribuait  tous  les  torts  qu'on 
pouvait  lui  attribuer.  S'il  avait  Lig.  13.  le  consoler.  Grand  exemple  et 
grande  leçon  pour  les  hommes  qui  ne  comprennent  pas  le  besoin  que 
nous  avons  tous  d'acquérir  et  de  mériter  l'aflection  de  nos  semblables. 
Lig.    34.  péri.    On  voyait  que  l'Eynpereiir. 

Page  359,  lig.  4.  était  attristé.  J'avoue  que  j'avais  le  cœur  gros.  Lig. 
7.  la  mer  fit  comme  le  vent,  et  l'espérance  succéda  à  la  crainte.  Lig.  16. 
l'honneur  des  officiers,  que  le  gouvernement  investit  de  sa  confiance  est 
ordinairement.  Lig.  20.  Mais,  à  défaut  d'un  conseil  de  guerre,  l'empereur 
....Drouot  fut  chargé  de  cette  mission,  ce  qui  assurait  qu'elle  serait 
remplie  avec  la  plus  scrupuleuse  équité.  A  la  suite  de  cette 

Page  360,  lig.  12.  réellement  du  talent,  il  était  vrai  aussi  qu'il  n'en 
avait.  Lig.  16.  de  M.  Taillade.  Je  dois  l'avouer  consciencieusement,  l'un. 
Lig.  26.  son  rôle.  J'ignore  s'il  avait  du  courage,  surtout  de  ce  courage 
presque  téméraire  qui  se  montre  en  tout  et  pour  tout  dans  la  nécessité, 
comme  hors  de  la  nécessité,  mais  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'il  était 
Lig.  26.  l'eflronterie  et  que  rien  ne  pouvait.  Lig.  30.  devait  lui  être  pé- 
nible, sans  doute  il  devait  lui  être  permis  de  se  plaindre,  de  réclamer, 
mais  il.. . .  prudence,  de  la  retenue,  et,  dans  une  fièvre  d'amour-propre 
blessé  toujours  en  permanence,  il. 


AUX  SOUVENIRS  DE  PONS  75 

Page  361,  lig.  1.  de  l'île.  L'empereur  répondit  à  ce  dernier  rapport: 
•r  Cet  officier.  Lig.  20.  •profonde,  fâché  de  ce  que  l'empereur  ne  voulait 
pas  sévir  contre  la  détractation  dont  on  l'abreuvait.  Lig.  14.  se  dégrader 
en  donnant  plus  longtemps  l'essor  à  ses  injures  contre  l'empereur,  con- 
tre l'empereur  qui  n'avait  eu  d'autre  tort  à  l'égard  de  lui.  Taillade,  que 
de  l'avoir  trop  ménagé  et  pour  cette  fois  enfin  M.  Taillade.  Lig.  26. 
jeune.,  et,  malgré  qu'il  eût  du  mérite  sa  jeunesse  Lig.  31.  Bichon,  je  l'ai 
avec  plaisir,  car  je  suis  heureux  lorsque  je  puis  dire  du  bien  des  per- 
sonnes dont  mon  devoir  d'historien  me  prescrit  d'apprécier  la  conduite. 
L'e7isetg?ie. 

P.  362,  lig.  1.  marine  marchande;  il  n'avait  jamais  appartenu  à  la 
marine  militaire,  l'habitude  militaire  lui  manquait,  et  pourtant  l'habitude 
militaire  était  absolument.  Lig.  12.  à  la  poste.  Il  n'y  avait  pas  à  se 
tromper.  La  mercuriale  Lig.  17.  demanda,  sans  paraître  y  mettre  beau- 
coup d'importance,  si  je  voulais  Lig.  21.  Comme  j'allais  chez  l'empereur, 
je  trouvai  le  général. 

P.  365,  lig.  20.  amertume.  C'était  un  citoyen  qui  s'exprimait  en  citoyen. 
Cambon  était  le  perfectionnement  (sic)  absolu  du  citoyen.  //  me  disait  : 
Lig.  29.  de  mes  lecteurs,  et  je  vais  essayer  de  leur  faire  comprendre 
l'effet  que  son  ensemble  produisit  sur  l'empereur.  En  ce  qui  le  concer- 
nait, lui,  l'empereur. 

P.  368,  lig.  21.  g7-ognard,  et  il  n'en  laissa  pas  échapper  l'occasion. 
Lig.  31.  ce  de  quoi  {sic)  en  mon  particulier  je  ne  me  faisais.  Lig.  33. 
convenance  :  ils  mettaient  le  ponant  au  levant,  le  nord  au  sud.  Peu  leur 
importait,  pourvu  qu'ils  racontassent.  Mais  ils  s'égaraient  beaucoup 
moins  lorsqu'ils  parlaient  stratégie,  c'est-à-dire  lorsqu'ils  faisaient  la  nar- 
ration d'une  bataille.  Plus  d'une  fois. 

P.  369,  lig.  6.  commençait,  et,  que  l'on  m'en  croie,  de  ces  débats  de 
corps  de  garde,  surtout  lorsqu'ils  étaient  animés,  s'échappaient. 

P.  370,  lig.  21.  toute  la  nuit,  s'il  avait  parlé  toute  la  nuit. 

Page  371,  lig.  23.  parvenir  par  la  force.  Peut-être  même  que  la  force 
se  serait  brisée  aux  pieds  (sic)  du  rocher  sur  lequel   Napoléon  régnait. 

La  garde point;  leurs  sentiments  étaient  les  mêmes;  ils  formaient  un 

rempart  presque  indestructible.  L'homme  qui  se  dévoue  devient  un  géant 
qui  rencontre  peu  d'autres  géants.  Quelques  paroles  de  l'Empereur  échap- 
pées à  un  premier  mouvement  font  comprendre  quelle  impression  la 
pensée  de   son  nouvel  exil  avait  produite  sur  lui,  et  nous  les  répétons. 

Page  372,  lig.  6.  avait  raison,  nous  le  disions  hautement. 

Page  373,  lig.  17.  étrangères.  Quelque  jour  nous  dirons  cela  autre- 
ment ;  ensuite  la  postérité  le  dira  encore  mieux.  Il  faut  bien  que  la  vé- 
rité rétablisse  son  empire. 

Page  374,  lig.  16.  S.  M.  lui  recommanda  un  silence  absolu.  L'Empe- 
reur avait  une  habitude  que  l'on  pourrait  considérer  comme  une  fai- 
blesse, si  elle  n'était  pas  l'effet  d'un  calcul  ;  et,  soit  habitude,  soit  fai- 
blesse, soit  calcul,  les  alentours  de  Sa  ^lajesté  en  étaient  souvent  em- 
barrassés; l'Empereur  confiait  un  secret,  il  le  confiait  à  plusieurs  per- 


76  ADDITIONS  ET    VARIANTES 

sonnes  qui  toutes  le  gardaient  religieusement;  cependant  plus  d'une 
fois  ce  secret  se  faisait  jour  jusqu'à  la  publicité,  et  pour  l'ordinaire, 
c'était  Sa  Majesté  elle-même  qui  l'avait  divulgué.  Ici  rien  de  semblable. 
La  pensée  de  l'Empereur  était  restée  impénétrable.  Lig.  19.  cesser  les 
travaux:  toutefois  on  ne  faisait  que  des  travaux  lents. 

Page  365,  lig.  21.  irritées  à  la  vue  d'un  hochet,  dont  le  rapide  avilis- 
sement relevait  ce  qu'il  y  avait  d'éminemment  honorable  dans  l'étoile  des 
braves. 

Page  377,  lig.  1.  Deux-Sicile^.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que 


LE  RUISSEAU  POETIQUE 


Fragment  et  fin  du  VIII^  chant 


Dans  une  veillée  à  Saint- Jlfaurice,  Batastsé  le  j^oéte,  fait  le  récit  à  Jean 
Observe  et  à  Pierre  Remarque  du  combat  entre  la  farandole  de  Clo- 
uas et  de  celle  de  Saint-Maurice.  —  Il  fait  d'abord  la  courte  biofjra- 
phie  des  combattants.  —  Le  maire  de  saint  Maurice.  —  La  chanson 
des  vers  à  soie. 

Fionfion  *  qu'a  va  lou  jour  pueruclô  vé  la  sarva 
Ci'ûso  dépâ  long  tems  où  miâdoù  pro  Vaglin, 
Van  cosi  toù  loù  jour  izia  de  ménagère 
Que  van  sournoisaman  z'i  neyié  de  raueron  ; 
Ossuet  bian  mié  qu'in  Teur  poussedove  la  force, 
Groce  à  ce  que  son  père,  in  terrueblou  bouché, 
Gli  mettan  en  la  man  ina  bronda  de  revou 
Si  le  gorre  assoumée  où  lou  fésié  mato. . . 

Lou  Puepor,  in  grand  cœur,  fi  chéri  de  Lamègne, 

Délia  joglia  Glioùdsuena  ère  loufiyancia. 

Et  que  gl'iajié  proumâ  d'adsîre  de  Bouquiérou, 

Van  la  fâre  se  fa  dsan  lou  ma  de  Jugliuet, 

Ina  baga  de  crin  gargnia  de  parglie  fuene, 

Avé  de  Baraquette  abuelaman  monté. 

Lou  Proussi  semiglian,  mai  zMn  brison  chaniglie 
A  toù  dsuesié  :  «  Je  se  lou  garson  de  Babiou  !...  » 
Amateur  de  piquiet,  fameur  jouyioù  de  boule. 
Do  fuene  parpigliotte  ère  in  mijoù  grouman 

1  Tous  les  noms  propres  sont  des  pseudonymes  faciles  à  deviner  par 
les  habitants  des  deux  villages. 


7 s  LE    RUISSEAU    POETIQUE 

Et  de  ton  loù  papié  couflove  sa  pagliasse. 
Pâ  quand  vegnié  la  pléve  oùll'  allove  chassie  ; 
Mai  si  per  grand  asor  où  trouvove  ina  gliuéra, 
Ne  la  tsuerove  po,  jeltove  son  fusû, 
Quietove  se  taloche  et  pâ  la  couirajove. . . 

Sa  mère,  tout  gliuevar,  restove  dsan  son  gliuet  : 

Per  la  fére  enragé  soun  ome  gli  mettove 

Due  douzene  de  z'uet  afin  delloù  couve  ; 

Et,  si  devâ  pomin  secouyan  sa  perâse, 

Aile  sourtsé  doù  gliuet  per  allô  se  charfo, 

S'aprouchove  doîi  fû  se  fesse  si  la  sella. 

Aile  parlove  insuet  :  ((  Te  me  dsueré,  François, 

(Te  m'entan,  po  qu'i  vrâ)  de  va  si  je  me  brîlou?  » 

—  Clé  nom  de  nom  de  1ère  !...  Ah  !  te  zoù  siantré  ban 

Et  lou  Badin,  lou  gor  de  Joùsèt  délia  Lona, 
Plan  d'adresse  et  de  bié  dsan  tout  ce  qu'où  fésié  ; 
Que  labourove  bian,  que  l'iantrajié  d'écoure, 
De  fousso,  de  seyié  et...  de  payié  son  pouot  ! 
AUoù  z'otrou  où  dsuesié,  se  bagnan  dsan  la  goula, 
Foudruet  po  me  neyié,  mon  père  me  batruet  ! 

Lou  Bocam,  lou  motri  de  Gniuecoulô  le  chosse, 
Adruet  per  le  boudsifle  et  le  goubiglie  avô. 
Où  n'en  vaglié  ban  doù  par  la  sorglie  *  et  lou  cabre  '. 
Per  fére  la  cadretta,  ère  à  lui  lou  [jompon. 

Né  vé  loù  bor  piéroù  de  netra  Crecemella  * 
Cueme  là  ôuU'  ayié  de  grande  z'échapé 
Quand  sa  coulera  illô  cueme  là  débourdove: 
Cuerae  la  Crecemella  où  ravajove  tout. . . . 

Lou  Musse,  né  de  Chifa  ère  in  étrou  intrepuedou 
In  vrâ  typou  Espagnolou  et  Moùriou  per  métô  : 

'-'  .Teux  usités  à  Saint-Maurice. 


LE   RUISSEAU    POETIQUE  7  9 

Toujour  prestou  à  se  battre  et  dont  loù  cri  soùvajon 
Epouvantovan  toù  et  loù  fésian  soùvo. 

Lou  Barrit  qu'ajié  fa  sèt  va  lou  tour  doù  raondou 

Omove  mié  tapo  que  de  préto  de  glior. 

Son  frore  étsé  Puepor,  sa  mère  ère  ina  Drita, 

Bella  fenna,  ma  fâ,  venan  de  Roussiglion. 

Quand  Barrit  afublo  de  sa  coua  de  mergliche, 

La  casquetta  pouso  si  sa  téta  frisia  ; 

Oùir  ajié  que  niouraan  in  ar  tellaraan  cronou 

Qu'i  n'aruet  po  fa  bon  gli  marché  si  loù  pié. 

Jan  Batsiste  Bigot,  lou  garson  de  Reguigne, 
Grélô,  motri,  bian  fa,  très  for  et  vigoui'où, 
Omove  la  Fracha,  sa  bella  castourisa  : 
In  jour  gli  proumetsuet  que  de  soù  z'ennemi 
Adsueruet  à  soù  pié  le  pli  riche  dépouoglie 
Afin  degli  prouvo  qu'oùU'  ère  foù  de  Là! 

Yiot  de  siè  pié  où  moin,  lou  bancana  Bedéna 
Qu'attrapove  alla  coursa  in  gliuéror,  mémou  in  sar, 
Ossuet  impetôuôu  qu'uena  grànda  revâre, 
Ere  né  pré  dôu  bor  dôu  bié  de  vé  Chousuet. 

Barbuenuet,  lou  bio  gor  à  grànda  borba  blonda, 
Lou  Tignut,  Brandaret,  lou  Riax  et  lou  Ruejô, 
Surtout  loù  trâ  Buessor,  Jan  Cliquetta  et  tant  d'otrou 
Que  poujian  fére  châre  in  bôu  dsin  coup  de  ping: 
Biglian  ton  d'impaciànce  attendan  la  frandoglie 
Qu'alla  Cruix  doù  Rampo  arrueve  en  vuerôuglian, 
Aile  descend  alarta  avé  Megnit  en  téta 
Que  laste  et  gracioù  menove  adrâtaman. 
Doù  mouchoù  dsan  la  man  chocun  tegnié  la  pointa 
Et  soùtove  doù  miâ  si  lou  bor  doù  chamin. 


*  Petit  torrent  venant  de  la  plaine  de  Clonas  et  qui   passe  à  Saint- 
Maurice. 


^0  LE   RUISSEAU   POETIQUE 

De  son  fifrou,  Miche,  de  jogli  z'artsuerove 
Et  lou  Tuénou  Limpoz  tapove  son  tambour. 

Pomin  dsin  otrou  lo  de  nouviô  frandougtiérou 

S'avançovan  plan  plan,  œeno  per  lou  Gligit. 

Zuezuet,  si  son  tambour,  Tsuatouta  avé  son  fifrou 

Touchovan  cueme  i  fo  et  raarcliovan  derrâ. 

Loù  z   ardi  Clioùnarin  arruevon  plan  de  rage 

Vé  la  rànche  alligna  delloù  Sintmeruetin  : 

Lou  Megnit  en  avan  bondsi,  court  et  s'élance, 

Eutréne  la  frandoglie  et  travarse  en  coupan 

La  frandoglie  ennemi,  l'injurie  et  prouvoque. 

Gligit  qu'ère  alla  téta,  en  soùtan  cueme  in  chin 

Gli  flanque  in  bel  atou  :  «  Tsan!  bougrou  de  charougne 

Apora  que?. . .  Pessan  te  pourré  te  vanto 

Oùpré  do  toù  z'ami,  pueruelô  vé  le  Roche, 

Que  te  n'o  poù  de  ran,  que  t'esse  in  matador, 

Que  t'o  sans  te  géno  sueblo  ma  castourisa.  » 

Lou  Megnit  lastamen  a  poui  paro  lou  coup  ; 

Mai  lou  Joùsèt  Varchiiet,  plan  de  viéglie  rancuna, 

Arrueve  où  grand  galô  per  gli  soùto  dessi. 

Poulot  loù  prend  toù  doù,  pâ  bian  loinloù  z'anrej^e. 

Tsan,  tsan!  gli  fa  Michetta;  en  écartan  loù  dâ. 
S'avance  si  Poulot,  qui  ne  s'en  dote  guérou, 
Et  dsin  coup  en  éflànche  aplique  in  estoupin 
Que  pete  tellaman  qu'à  soù  doù  ziéfavâre 
Per  lou  moin  bettoù  mé  de  trente  sié  choulâ 
Que  beleyon,  dsuet-on,  à  travar  délie  gniole  ; 
Lou  fieur  Poulot  s'ensove  et  se  bette  à  gùlo  ! 

0-tse  encore  ina  sœur,  o-tse  encore  ina  mère! 

Te  pouré  gli  pourto  que  révuere-marion  ! 

Que  fa  per  l'échargnié  lou  Tsignutà  Tsuatouta  ; 

Et  dsin  revar  deman  l'envouoje  mourronno 

Lou  no  tout-abimo  pour  liian  dsan  la  poussa. 

Tsuatouta  se  relève,  aplique  fortaman 

Si  loù  ziè  de  Tignut,  que  de  lui  se  fichove. 


LE  RUISSEAU    POETIQUE  81 

In  fameur  coup  de  ping  et  suet  bian  à  prépoù 
Qu'où  tombe  en  darbounan  loù  gresuet  si  la  routa  ; 
Où  soùfle  cueme  in  boù  et  raste  abasourdi... 

Barrit-si  Jan  Doùbor  subtsuelaman  s'élance, 
Gli  flanque  ina  calotta  :  où  tombe  si  son  kl... 
Où  semblove  achicha,  mai  se  relève  vîtou 
Et  court  si  lo  Barrit,  qui  ne  se  méfie  po  ; 
Pose  à  bo  se  due  man,  s'apouoye  si  la  târra  ; 
De  soù  talon  levo  et,  toù  doù  alla  va, 
Si  le  viôglie  tendsuet  de  soun  adversérou 
Pique  et  lou  fa  virié  loù  quatrou  far  en  l'ar! 

L'intrepuedou  Fionûon  empouogne  lou  Bejéga 
Et  lou  sorre  suet  for  qu'où  fa  plagié  soù  rein, 
Pà  tombe  avé  fracas,  vuere  loù  zié,  décore.... 
Et  s'étend  perabô  si  lou  bord  doù  foùssé. 
Ecumau,  arneyia,  tout  cueme  in  bouleCujgue, 
Rafiu,  où  po  de  coursa,  arrueve  si  Fionfion 
Et,  de  sa  ruda  man,  gli  flanque  iua  tatouglie  ; 
Mai  dsiu  coup  de  pioùki,  pâ  dsin  tsuertsuelô 
Fionfion  l'envouoje  à  bo,  lïàn  fére  lanlaiie  : 
Lou  Bafin  tout  hontoù  berle  cueme  in  coujion  ! 

Lou  Bocam  valoùroù,  que  brîle  de  se  battre, 

S'avance,  cour  dessi  lou  Mourrou-de-Glisor 

Et,  dsin  revar  de  man,  gli  fa  mordre  la  poussa  ! 

Quéquiet  s'ère  vanto  qu'où  mijeruet  lou  no 

Delloù  Sintmeruetin  alla  proumâre  vouoga  ; 

Mai  se  veyan  vinki  se  sove  lochemati, 

Va  derrâ  loù  mourié  pér  exalo  sa  rage 

Et  dépâ  que  mouman  son  mourrou  e  resto  blûl... 

Cependan  lou  Cougli,  lou  grand,  celébrou  Arculou 
Qu'ayié  reçâ  lou  jour  per  lomout  vé  Couruet, 
Ruso  cueme  in  rénor,  qu'où  pregnié  alla  coursa, 
Qu'étoufove  loùz'ourdsan  soù  roubustou  bras  ' 

*    Dans    une    foire  à  St-Maurice   je  l'ai  vu  lutter    avec  un  ours  et  i«; 
jeter  à  bas. 


8  2  LE   RUISSEAU    POETIQUi: 

Que  tsove  loù  sanglié  et  le  sarpan  ferouge  ; 
Mé  for  que  loù  z'in  et  que  l'otra  prudan, 
Ossuet  adruetque  toù,  mai  bian  pli  fin  que  z'ellou, 
Mélo  dsan  loù  combat,  grigniove  délie  dent, 
En  charchan  de  pertout  Clianù  lou  for  gliûtérou. 

Chanô,  son  proumâ  jour  ossuet  gliû  vé  Chousuet: 
Son  père,  grand  gaglior  de  dsi  gliù  alla  ronda, 
Ere  sans  contredsuet  lou  pli  for  farnèron  ; 
La  grànda  Galavorda  étsé  sa  dsigne  mère, 
Mai  z'insuet  qu'in  sapeur,  sa  lora  éra  ombraja 
Dsuena  bella  moustache....  Et  de  plus  riche  en  gûla! 
Se  dsi  dsan  lou  paji,  —  je  crejou  qu'i  bian  vrâ,  — 
Qu'aile  l'ayié  nourri  qu'avé  de  lait  de  chuéra, 
De  tourna,  de  rigotte  et  de  char  de  chuérô.... 
Lastou  et  capriciyôu,  sembloblou  à  z'ell'oùirérel 
Où  se  siantsé  suet  for  qu'où  dsuesié  de  pertout 
Alloù  z'in,  alloù  z'otrou,  à  qui  vouglié  l'entendre 
Que  si,  dsan  son  chamin,  où  trouvove  Couglit, 
Mogré  toù  loù  z'éfor  que  quéquiet  pouruet  fére, 
Ou'U'éruet  l'atrapo  druet  per  la  pio  doù  kl 
Et  qu'où  lou  canaruetoù  muetan  dellou  Ronou, 
Ossuet  façuelaman  qu'où  faruet  dsiu  coglioù 
Que  seruet  ajusto  dsan  lou  bout  dsuena  chièta!...  ' 
Où  l'aperça.... 

—  0  Musa!  0  Musa,  vian  m'éclo  ... 
J'implorou  te  faveur,  vian  me  le  z'acourdo? 
Si  te  m'orne  in  brison,  per  ta  toutapuessànce, 
Inspuere  à  ma  çarvella  in  hrison  d'eloucànce 
Per  pouére  raconta  que  terrueblou  combat. 
Et  déinontro  l'çuet  cueme  chacun  se  bat. 
Si  ma  plouma  pogliâ,  si  moun  espruet  s' é  face, 
Que  mon  récit  ennoye,  où  que  mon  style  agace, 
Je  ne  pourâ  famé  charmo  môu  zodsueteur, 
N'être  per  cunsécan  quin  piétrou  narrateur  !.. . 

1   Morceau  de  gaule  d'un  demi-mètre,  fendu  au  bout   et  dans  lequel 
on  introduit  un  petit  caillou  plat  et  qu'on  lance  à  une  grande  distance. 


LE   RUISSEAU    POETIQUE 

A  douze  combattan  lou  Couglit  tegnié  téta; 
De  soù  doù  ping  puessan  tapove  loù  pli  pré, 
Et  de  soù  pié  z'ajuelou  où  marcove  l'emprinta 
Si  loù  front  delloù  z'otrou  inabuelou  à  paro. 
Tout  dsin  coup  va  vegni  lou  Chanô  que  lou  chorche  ; 
Dsin  bond  désourdouno  se  jette  à  corp  perdsi 
Si  doùtrâ  combattan  que  tegnian  téta  incore  ; 
Glin  va  roùlo  bian  loin  en  berlan  cueme  in  vio..,. 
Pâ  lou  rastou  se  sove,  et  lésse  lou  champ  gliuebrou, 
Lou  no  écrabouglia,  le  vioglie  ansanglianté. 
Zoù!  Couglit  et  Chanô  se  trovon  face  à  face. 
I  coumançon  d'abor  per  se  dsuere  de  mo  : 

—  T'o  tro  de  toun  oùreglie  !  o-tse  in  no  que  te  gène 
De  ton  zié  druet,  marai,  te  va  bettoù  tro  clior  ! 
Dsi  Couglit  en  montran  all'otrou  se  dent  blanche, 
Son  fourmuedablou  ping  et  soù  bras  musculoù. 


—  Et  tsuet,  reprend  Chanô,  gora  toun  otra  ôureglie 
Et  toù  zié  picarnôu  pourrian  bian  z'i  passo.  — 

En  gli  dsuesian  iquian,  cueme  in  trait  d'arbaléta 
Où  se  lance  si  lui  ;  mai  Couglit  bian  gardo, 
Loù  doù  ping  en  avan,  bessan  in  poù  la  téta, 
Paruet  façuelaman  Tincomparoblou  choc. 
En  retour,  doù  pié  druet,  gli  pique  alla  pétruena 
In  coup  bian  aplico  que  lou  fa  chancelo. 
Reprenan  soun  élan,  où  revian  alla  chorge 
Et  dsin  for  coup  de  téta  où  renvarse  Couglit 
Que,  vi  cueme  in  mueron,  fortaman  se  relève, 
En  gnin  so  de  dsi  pié  se  jette  si  Chanô 
Que  guétove  lou  coup  et  se  bettuet  en  gorda. 
Alor  loù  combattan,  avé  Far  furuebon 
Rakîran  glin  si  Totrou  encore  de  pli  bella 
De  z'injure  alla  téta  avan  l'otrou  combat  : 

—  Dsi  donc,  solasarpan,  j'é  bian  fam  de  te  vioglie 
I  me  suiia  de  bon  délie  z'allo  migé  ! 


LE    RUISSEAU    POETIQUE 

—  Muet,  je  ne  voudrin  po  de  ta  vueluena  gûla, 
Car  si  je  la  mourdsin  i  m'amboucounaruet.... 

—  Mai  dsan  quelloù  prepoù,  tel  doii  pouluet  feroujou 
Que  chorchon,  furijioù  à  sesoùto  dessi  ; 

Loù  doù  zié  dsan  loùzié  semblo  lancié  de  flame, 
Sorron  glioîi  bèt  pointsi,  péssan  i'îi'ou  toù  doù, 
S'avison  de  coùtô,  bésson,  lèvon  la  téta, 
Ricolon  quoque  po,  s'avànçon  tourno  mé  , 
Tel  sont  moù  doù  hérô,  en  face  gliu  delFoirou, 
Le  lore  tout  en  fû,  le  vioglie  bousselé. 
Chocun  retsan  son  soùflou,  et  de  souu  adversérou 
Avé  bian  d'atencion  suit  toù  soù  inouveman  : 
Glin  allonge  son  bras,  vuevaman  lou  retsuere, 
Fa  doù  po  en  avan,  ricole  quatr'  ou  cinq. 
Et  l'otrou  fortaman  campo  si  se  due  chàmbe, 
Loù  coudou  si  le  z'ànche  et  loù  doù  ping  sarro, 
Alan  ina  occasion  que  seje  favourobla 
Fer  pouére  cueme  i  fo  groupo  soun  ennemi  ; 
Enfin  spontanéman  loù  bataglioù  s'empouogiion 
Se  sorron  fermou  et  for  à  s'étoufo  toù  doù....  '. 


Cependan,  doù  combat,  se  repan  la  nouvella 
Que  sonne  la  tronipetta  égû  de  Reuoumô  ; 
Si  le  z'ole  doù  vent  lou  son  vian  chez  lou  Maire, 
Qu'en  bouna  compagni  fricoutove  in  brison. 
Où  se  lève  ossuetoù,  prend  sa  sarviétta  blanche, 
—  Tant  pis  per  la  couleur...  —  Sans  fére  de  façon 
Envertoglie  soù  rein  de  que  genrou  d'échorpa  ; 
Suivi  de  soù  convueve  et  de  soun  adejoint, 
Arrueve  brovaman  où  miâ  délia  bataglie. 
I  fo  rendre  justsuece  à  toù  loù  combatan  : 
La  vuya  dell'  échorpa  arrétuet  net  gliôu  rage 
Et  s'inclignîran  toù  davan  Toùtoùruetô. 


'  La  description  de  ce   combat   est,  malgré  quelque  licence  poétique, 
absolument  historique. 


LE   RUISSEAU   POETIQUE  85 

Lou  dsignou  majuestrat  glioù  fuet  dsin  ton  sevérou  : 

«  —  Vous  otrou,  juéne  gent,  per  un  voua,  per  in  non, 
Et  même  je  dsuerâ  per  in  point  d'amour  proprou, 
Vous  vous  fiché  de  coup  où  mépruet  délia  loi, 
Vous  vous  fario  per  ran  prendre  per  loti  gendormou  : 
I  bian  éroù  per  vous  qu'i  gni  seyon  jamé.... 
Veyon,  qu'i  t-é  qu'a  tor  ?  » 

I  besson  toù  la  téta. 

—  Bon,  qu'i  seye  figni  !  Je  veyou  à  voutroù  zié 
Que  po  yin  n'a  réson...  Vous  esso  toù  coupoblou  : 
Vous  otrou,  Clioùnarin,  ceyian  vé  siut  Meri 
Vous  ayio  l'intencion  de  vegni  per  vous  battre  ; 
Et  vous,  Sintmeruetin,  vous  éde  coumencia, 

Car  la  choùsa  per  muet  me  para  touta  cliora. 
Allons,  féde  la  pé  ?  Zou  !  Baglié  vous  la  man.... 
Et  puis  venâ  trinco  :  i  muet,  Maire,  que  paye, 
Mogré  que  voutre  saque  accuson  bian  de  glior.  — 

Alor  toute  le  man  dsan  le  man  se  tapîran 

Et  la  pé,  quella  va,  chez  ellou  fuet  signa  ; 

Mai  po  per  bian  longtems,  insuet  qu'on  z'où  va  vâre 

Pef  loù  moût  prou  pican  que  chocun  émetuet. 

I  n'aruet  po  fa  bon  loù  z'arneyié  incore  : 

—  Aban,  i  ne  fa  ran,  asarduet  lou  Megnit  ; 

Hin  !  Gligit,  de  Varchuet  t'o  bian  siantsi  la  pouogne  !.... 
Lou  Barrit,  lou  Rafin,  lou  Poulô,  lou  Fionflon, 
Lou  Tignit,  lou  Bocam  et  toù  glioù  z'adversérou 
Se  vantovan  chocun  delloù  z' atout  baglia. 

Ah  !  bâh,  dsuesié  Couglit,  in  otrou  jour,  ma  viéglie, 
En  parlan  à  Chanô,  ne  recoumenceron. 

—  Bougrou!  je  vouolou  bian  alla  prouchena  vouoga 
Que  se  fa  vé  Clioùnô  dsan  lou  ma  de  Jugliuet, 

Lou  faussé  doù  chamin  te  sarvuera  de  gliuet...  — 

6 


LE   RUISSEAU    POÉTIQUE 

Piàre  et  Jan  so  lou  coup  doù  charman  racontajou. 
Piquîran  délie  man...  —  Bravo!  per  lou  vuelajou, 

—  Prenâ  brison  paciànce,  o  brovou  z'étrangé, 
N'ont  p'incore  chanto,  mais  vous  allô  jugé; 
Dsi  de  sa  gorge  en  cœur  en  allonjan  la  goùgne 
La  moudesta  Nani,  que  lixove  la  Toùgne. 
AUon,  tsuet  étoupon,  que  so  suet  bian  chanto. 
Chanta  netroù  magnon  où  mouman  de  monto? 

—  Je  vouolou  bian,  Nani,  mai  te  dsueré  la  tsénna. 
Et  tout  de  suita  apré  que  j'arâ  dsuet  la  miénna, 
T'o  Tar  de  te  mouco,  t'o  l'ar  de  m'échargné  ; 
Ranguéna  te  parole  où  je  te  vo  cougué  ?... 


Chanson  delloù  magnon 

Quand  la  proumâre  va  moù  magnon  ma  montovau 
Si  le  trousse  emboùmé  fuelo  glioù  coucon  d'or; 
Mon  cœur  batsé  bian  for  quand  le  soi  s'attachovan 
Et  que  de  toù  loù  no  n'en  sourtsé  in  trésor! 

Per  rendre  all'artsistou  épisia 

Sa  vigueur,  son  géni  para: 
0  zéûr  !  Boglie  gli  toun  ûreta  aglisia, 
Omon  Dsé!  Boglie  gli  la  chalôu  doù  soulâ  ! 

Le  trousse  sont  gargniuet,  chanto,  découcounoùse 
Pico  lou  rigoùdon  illô  dedsan  lou  sié.... 
Allon,  chanto  en  cœur,  chanto,  débourretoùse 
Et  toute  per  ansam  soùto,  valso,  dansié  ! 

Per  rendre  aU'artsistou  épisia 

Sa  vigueur,  son  géni  para  : 
0  zéfir  !  Boglie  gli  toun  ûreta  aglisia 
0  mon  Dsé  !  Boglie  gli  la  chaloù  doù  soùlâ  !... 


LE   RUISSEAU   POÉTIQUE 
— - 1  ne  po  mo,  dsi  glin,  que  coup  i  bian  figni 
Ne  nez'en  vont,  ménô,  bonsâ  la  Compagni!  — 

Or  tant  pi  per  toù  doù  de  ce  qu'i  s'en  allîran 
I  n'entendîran  po  ce  que  loù  z'otrou  dsissîran  ; 
Mai  qu'elloù  racontajou  ofran  poîi  d'interé 
Fé  cueme  muet,  lecteur,  et  dsan  ton  gliuet  t'éré  /... 

Meri  d'ExiLAc. 


JAC.  GOHORIIj  PARIS.  DE  REBUS  |GESTIS 
FRANCORUM  LIBER  XIII.  -  LODOICUS 
XII  REX  LVI. 

(Suite  et  fin) 

[Prudentissima  vox  erat  Consalvi  hostis  :  telam  honoris  gene- 
roso  militi  crassiorem  esse  texendam,  qua  monebat,  si  quid  in 
contuberni  militari  paulo  contumeliosius  dictum  sit,  id   esse 
interdum  dissimulanter  interpretandum  ne  levibus  ex  causis 
temere^^'ad    perniciosa    aut    capitalia  dissidia  veuiamus.  ']  Ea 
dissimulatione  atque  ^   cunctatione  usus    olim  inter  Romanes 
Paulus   consul,  Nasica  frustra  aliud  suadente  ;  eadem  multo 
ante  [Fol.   59  v°]  A.  Postumius  dictator,  in  nocturne   hos- 
tium   prselio,   legato    oui   assignarat   équités  jubens  ne  ante 
lucem  moveret    manum,    inter  nocturnes  tumultus  moderato 
difflcilem.    Si  Franci   proceres,   ut  sunt  pugnaces  manuque 
prompti,   ita  essent  rerum  antiquarum  exemplis  ad  res    pru- 
denter  gereudas  imbuti,  cogitarentque   non  vi  magis  corporis 
quam  animi   solertia   rem    militarem  procedere,    non   enim 
tune   dimicassent,  quum   noctu  prsesertim  non  armati  solum 
armatis,  sed  fossa,  sed  arbutorum  tellonumque  vallum  obsta- 
bant.  Constat  ^  sub  eo  tempore  in  Apulia   corvos  vulturesque 
tanta  aère  vi  tantisque  agminibus  inter  se  conflixisse,  ut  carri 
duodecim  eorum  cadaveribus  implerentur  :  forte  quis  temere 
prodigia  éludât?    Aubignius   certior  factus  de  ducis  Nemurii 
nece  Consalvique  Victoria,  se   in  fidem  illius  contulit,  pactus 
suorum  omnium   incolumitatem  et  liberum  in  Franciam  dis- 
cessum  :  ipse,  donec  confectumbellum  esset,  liberali  custodia 
asservaretur  ;  belle  confecto,  liberaretur:  pro  confecto  autem 
haberetur,  Neapoli  cum  arcibus  Caietaque  redditis.  Cogitavit 
Allegrius  anNeapolimse  cumreliquiis  exercitus  conferret;sed 


<  Addition  marginale.  En  regard  :  Consalvi  prudens  dictum. 
-  Surcharge. 
3  Prodigium. 


DE  REBUS  GESTIS  FRANCORUM  89 

fortuna  adversaria  Francis  mentem  ei  ne  faceret  ademit.  Ita- 
que  Neapolitani,  pulsis  Francis  et  in  arcem  confugientibus, 
[Fol.  60]  oratores  ad  Consalvum  mittunt,  incoluraitatem 
sibi  veterumque  tabularum  iramunitatem  pasciscentes.  Con- 
salvus,  iis  benignissirae  auditis  cœnaeque  adhibitis,  Neapoli- 
tanos  ita  sibi  benevolentiam  conciliât  libenter  ut  illi  Consal- 
vum pro  Ferdinando,  si  id  illi  animi  fuisset,  regnare  voluis- 
sent  ;  magnifiée  itaque  Neapoli,  IX.  cal.  Jun.,  exceptus  est. 
De  Neapoli  quoniam  varias  sunt  conjecturée  quisnam  primum 
eam  condiderit  :  in  antiquissimis  auctoribus  comperio  Abantes, 
qui  ex  Eubsea  insula  in  Thesprotiara,  ex  ea,  duce  columba, 
in  Magnam  Grseciam  commigrarunt  Neapolim,  Cumas  alias- 
que  in  ea  regione  urbes  condidisse.  Admotse  porro  sunt  mox  a 
Navarre  areibus  machinse;  [Valeiitina  turris  per  eruptionem 
Francorum  a  persequenti  hoste  mixtim  ingresso  capta  *;]  ^ 
Turris  Novae  oppugnatio  diutius  Hispaiios  tenuit,  sedcuniculis 
a  Navarre  ductis  pulvere  tormentario  oppletis  (novo  tune 
invente)  murorum  parte  subruta  Franci  deditionem  fecere  : 
violati  tamen  omnes  prseter  fœdus.  Inde  arx  Ovi  iisdem  cuni- 
culis  tentata,  oppressis  ruina  mûri  defensoribus,  expugnata  ^ 
Narranti  cuirlam  Lodoico  régi  hujusmodi  perfidise  facinora, 
eum  dixisse  ferunt  :  «  Posthac  ergo  pro  fide  punica  hispani- 
cara  celebrabimus.  »  Interea  Arsius  qui  se  Venusiam  rece- 
perat  cum  collectitia  Francorum  manu,  crebro  ex  eo  loco 
erumpens,  varie  Hispanos  fatigabat  :  aliquotque  turmas  His- 
panicas  sub  Benavidii  ductu  profligaverat,  Atellam  et  Alte- 
muram  caeso  praesidio  occupaverat,  [Fol.  60  v°]  quum 
eo  missus  est  a  Consalvo  Antonius  Lseva  qui  eruptionem 
illius  coerceret  ;  eum  tamen  miris  modis  ludiflcabat.  Ad  eum 
venerat  Melfiœ  princeps  qui  oblatam  a  Consalvo  principatus 
sui  retinendi  facultatem,  si  suas  partes  sequeretur,  respuerat. 
At  Consalvus  ipse  Caietam  contendit  :  erat  ibi  Alegrius,  Sa- 
lassiorum  regulus,  Odo  Riberacus,  Faydius  cum  Aquitanico 
peditatu.  Caietam,  ductis  quoque  cuniculis,  dum  tentât  mirus 
artifex  Navarrus,  ex  urbe  aliis  contra  actis  cuniculis,  vanura 

'  Gohori  avait  écrit  d'abord  :  levi  oppugnatione  recepta. 

-  Addition  marginale. 

3  Neapolis  arciumque  deditio. 


90  JAC.  GOHORII  PARIS. 

fuit  irritumque  hominis  studiura  :  simul  Franci  pedites,  ma- 
chinis  ex  urbe  emissis,  fortissimum  quemque  ex  hostibus 
sternebant.  Cassi  suiit  in  Caietîe  oppugnatione  Sancius  Ar- 
raentalus,  Alphonsus  Lopesus,  Antius,  Litestanus  Germanus, 
sed  maxime  commotus  est  Consalvus  morte  Ugonis  Cardonii  ', 
bellis  jam  Francorum  assueti,  et  Rodorici  Maurici.  Itaque  re- 
missa  obsidione  Castellonem  rediit,  quod  antiquis  Formianum 
fuit.  Romse  interea  moritur  Ale"xander  pontifex  XV  cal.  sep- 
tembris',  ministri,  ut  diximus,  errore,venenum  quod  aliis  pa- 
raverat  ipsi  praebentis  et  Borgise  filio  ;  qui  remediis  quidem 
maturis  fato  tum  exemptus  fui^,  non  tamen  morbo  ;  quo 
vehementer  affectus,  minime  potuit  comitia  pontificia  pro  veto 
[Fol.  61]  conturbare.  Rex  eo  tempore,  conscriptis  septem 
peditum  millibus  etequitibus  quadringeutis,  Lud.  Tremolium 
praefeceratRomamque  properare  jusserat:  sed.Tremoiio  Ro- 
mae  adeo  graviter  aegrotante  ut  salus  desperata  esset,  summa 
imperii  ad  Gonzagam  redierat.  Ad  pontificis  novi  creationem 
multura  poterat  Francorum  praesens  exercitus  :  Georgius  Am- 
basius,  Rothomagiarchipraesul,  ingentem  spem  animo  versa- 
bat,  fretus,  ut  rebatur,  ope  Ascanii  Sfortiae  purpurati  quem  e 
carcere  liberaverat:  sed  homo  ingratissimus  sua  praesertim 
opéra  efiecit  ut,  quum  patrum  suffragia  in  eum  inclinarent,  ei 
pontificatus  extorqueretur,et  Julianus  Ligur  renuntiaretur. 
Quem  quidem  Julianumaiunt,  quum  videret,  Francorum  studio 
vel  metu  Borgiae,  Georgium  plurimum  polleie,  adortum  esse 
hominem  hujusmodi  oratione  :  ((  Non  immemorem  se  privatas 
quae  sibi  cum  Lodoico  intercesserit  amicitiae;  paratum  reipsa 
demonstrare  quantopere  Francico  nomini  faveat  ;  maxime 
in  praesentibus  pontificatus  coraitiis,  in  quibus  certam  pro 
Georgio  fiduciam  conceperit,  ex  non  obscuris  patrum  erga 
illum  studiis  ;  se  non  segnem  nec  infidam  ei  operam  praesti- 
turum  ;  unum  tantum  ex  iis  audiisse,  parum  placere  sacro 
senatui  se  armis  Francorum  circumseptum  videre  [Fol.  61  v°]; 
futurum  ut  exteri  senatores  quiritentur  libéras  non  fuisse  vo- 
ces  ;  sacro  enim  afflatui  locum  inter  gladios  non  relinqui,  ut 
posthac  Ambasii  non  dubia  renuntiatio  vi  metusve  causa 
possit  revocari.  » 

*  Mors  Ugonis  Cardonii. 
2  Mors  Alexandri  pontificis. 


DE  REBUS  GESTIS  FRANCORUM  91 

Georgius  hoc  fraudulento  sermone  irretitus,  licet  Borgiss 
opinionem  exquireret,  qui  Juliani  astum  ridebat,  hominis  in 
dedecore  nati,  ad  turpitudinem  educati,  ad  simulationem  ac- 
commodati,  perjuriis  delibuti,  qui  sequestrem  se  cornitiorum 
corrumpendorum  gereret,  suse  tamen  iraprobitati  Dei  imraor- 
talis  instinctum  prsetexere  :  paruit  tamen  Francus,  Italicse  ver- 
sutise  expers,  Juliano,  Francique  milites  Roma  emissi  sunt. 
Tum,  Juliani  contentione,  Plus  III  in  exigui  temporis  interval- 
lum  ob  perspectara  segritudinem  Pontifex  raaxiraus  designa- 
tus,  dum  Bernardus  Carnalus  ea  spe  decidens  in  Ambasium 
potius  quam  Julianum  vota  sua  contulisset.  Jtilianus,  post 
Pii  dierum  paucorum  poutificatum,  ipse,  renovatis  in  id  con- 
siliis  artibusque  suis,  pontifex  designatur,  non  sine  Francitig 
credulitatis  irrisu'.  In  istum  Aetius  sincerus  poeta  cecinit 
paratum  omnia,  ut  quidem  fecit,  evertere  qui  nihil  merainis- 
set  praeter  vincula  et  exsilium.  Poetara  hune  dilectum  Federico 
regnanti  Rex  liberali  stipendie  fovit  impetravitque  postea  a 
Ferdinando  ut  Neapolim  rediens  paternis  fortunis  restituere- 
tur:  [Fol.  62]  adeo  Lodoicus  non  militares  tantum  personas, 
sed  etiam  literatas,  benevolentia  prosequebatur,  ac  prsemiis 
invitabat  in  aulam,  Veneti,  qui  largiter  omnia  officia  in  eum 
semper  contulerant  eisque  potissimum  rei  omnem  operam 
adhibuerant,  legatum  misenint  gratulatum,  cui  omnia  se  de- 
bere  Reipublicse  professus,  jussit  eam  nihil  non  sibi  de  se 
polliceri.  Rex  vero  Lodoicus,  quumallatum  sibi  foret  de  Au- 
bignio  cum  exercitu  ad  Semenariam  in  Brutiis  ab  Ugone  de- 
bellato,  quem  is  paulo  ante  ad  Gioiara  profligaverat,  deque 
Namursio  duce  ad  Gerionem  in  Apulia  a  Consalvo  in  acie  in- 
terfecto,  sicque  geminata  Hispanorum  Victoria,  misit  Vene- 
tias  legatum,  Janum  Lascarum  Bizantianum,  Grseins  litteris 
apprime  eruditum,  paucis  ante  cal.  sextilis  diebus,  qui  postu- 
lavit  ut  patres  novum  cum  Rege  fœdus  adversus  Ferdinan- 
dum  sancirent  bellumque  una  facerent,  propositis  amplissi- 
mis  conditionibus  :  quas  Senatus  respuit,  veteri  se  fœdere 
contentum  dictitans.  Rex,  non  minus  illusus  Hispanicis  de 
pace  simulationibus  ac  dolis  quam  Ambasius  suis  Italicis  in 
ambiendo    pontificatu,   graviter  apud   archiducem   Austrise, 

1  Julius  pontifex  maximus. 


9  2  JAC.   GOHORII   PARIS. 

qui  Blesiis  nondum  discesserat,  de  iis  conquerebatur  ;  unde 
crebrse  ultro  citroque  legationes,  eseque  vanse  ac  irritae 
fuerunt.  Itaque  ad  subsidia  primo  quoque  tempore  Neapo- 
lim  sumraittenda  [Fol.  62  v]  sero  tamen  intendit  animum. 
Nam  arx  nova  capta  jam  erat,  pridie  quam  Genua  sex 
grandes  onerariae  naves  compluribus  naviculis  comitatse  cum 
duobus  peditum  millibus  in  Neapolis  portum  commeatu,  ar- 
mis,  tormentario  pulvere  onustse  adventarent.  Ei  classis 
Hispanica  cessit  loco  et  Ischiam  concessit;  quam  sequente 
Francia,  Hispani  aliquot  naves  suas  pro  vallo  summerserunt  ; 
Franci  inde  Caietara  contendunt  ;  hi  in  portum  suum  rever- 
tuntur.  Jam  flnemhujusce  belli  exsequamur,  infelicis  maxime 
ob  infidam  cum  Italis  proceribus  societatem  Borgiis  atque 
Ursinis  et,  si  Sadricurto  credimus,  Gonzagse  quoque  regulo 
Mantuano;  et  regias  intérim  partes  Romae  Georgii  Ambasii 
petitio  ambitiosa  interturbavit  alienavitque.  Stipendia  tardius 
adferebantur,  seu  nimia  Régis,  ut  aliqui  reprehendunt,  par- 
cimonia,  seu  potiusavaritia,partim  qu8estorum,partim  ducum» 
qui  pecuniam  in  majorem  multo  quamhaberent  militumnume- 
rum  accipiebant.  Jam  ergo  Franci  et  Helvetii,  absente  per 
valetudinem  optimo  imperatore  Trimollio,  Gonzagae  ductu 
longius  progressi  erant;  aderant  Salassus,  Sp.  Sadricurtus, 
Trantius,  Bassaius,  Grandimontanus,  P.  Medices  Florentiae 
nuper  dominator,  Sancolumbanus,  Theodorus  Trivultius  qui 
jampridemad  Francos  transierat,  Borbonius  Aquitanus,  Lave- 
dani  comes,  [Fol.  63],  Gilb.  Carpinas,  Bentivoli  Bononiae 
reguli  gêner,  Ursini  seu  Borgise  simultatibus  irritati,  seu  â 
Mendocio  Hispano  spe  ampliorumstipendiorum  sollicitatijam 
Consalvo  adhaerebant,  Franci  qui  Caieta  eruperant,  Molam  et 
Itrium  adorti,  cœsis  Hispanis,  diripiunt  ;  Arcem  Sicam  frustra 
oppugnant;  Consalvus  contra  motis  Formiano  castris  supra 
Casinum  erectum  in  arcem  a  Francis,  iis  interfecti:^,  recipit; 
Aquium  Gonzaga  profectus  est;  missi  a  Consalvo  Fabritius 
Columna  et  P.  Petilianus,  qui  cum  Ursinorum  et  Columniorum 
equitatu  extremum  agmen  carperent;  in  eos  invectus  Alegrius, 
vi  captis  compluribus  vulneratis,reliquos  in  fugam  vertit.  Gon- 
zaga, motis  Aquino  castris  Fregellas  se  contulit;  ubi  consul- 
tandodebellirationeper  altercationemducum  multi  consumpti 
dies:placuit tandem, Lyri  amne ponte  constrato,traduci  copias  ; 


DE  REBUS  GESTIS  FRANCORUM  93 

Consalvus,  quasi  consiliisinterfuisset,  turmas  moxlevisgravis- 
que  armaturse  cum  Fabritioet  Pacseo  misit,qui  adversam  hosti 
ripam  tuerentur,munitioneque  longe  lateque  perducta  Francos 
trajectu  arcerent  Franci  nihilominus  ad  transmittendum  Ly- 
rianii  pontem  exstruebant  neque  globis  aeneis  ab  hoste  emissis 
terrebantur,  iisdemque  Hispanos  vexabant.  Acciditque  ut  a 
[Fol. 63  v°]  Baileno  Poiano,  cui  ubi  libuissst  coUinare  sagittam 
raro  a  proposito  scopo  aberrabat,  Fabius  Ursinus  sagitta  ne- 
caretur  desertionisque  pasnas  daret.  Interea   a  Fabritio  Co- 
lumna  Franci  qui  Evandri  Arcem  cum  Federico  Monfortio  te- 
nebant,  accerrime  oppugnantur  ;  non  fert  obsessis  suppetias 
Gonzaga,  licet    magna  momenti  ad  bellum  esse  a  Sadricurto 
moneretur.  Pacta  Francorum    incolumitate,  deditur  arx  Fa- 
britio. Dissimili  eventu  turrim   ad  Lyris  fauces  sitam,  quum 
tormentis  admotis  fortiter  oppugnant  Franci,    urgente  Bas- 
seio,Hispani  pari  pactione  dediderunt.  Jam  ponte  constrato, 
irritisque  hostium  ad  obsistendum  conatibus,  dum  ab  utroque 
pontis  latere  machinse  ita    sunt  coUocatœ,  ut  eos   ab  injuria 
transeuntibus   inferenda  procul    amolirentur  ;  jam  Basseius 
cum  delecita  Helvetiorum  manu    transierat,   Fabricius    Co- 
lumna  et  Ferdinandus  Andrada    eos  varie  lacessebant  ;    sed 
Alegrius  et  Sadricurtus    facile  hostilem   equitatum  propelle- 
bant,    quum  repente    Consalvus  cum  robore    exercitus    ad- 
volat;  Basseius  et  Alegrius,  licet  numéro  inferiores,    audac- 
ter  impressionem   sustinent  ;    sed  qui    Francorum   nondum 
transierant  a  machinis  aptissime  a  Consalvo  dispositis  prohi- 
bebantur.  Quod  Alegrius  intuitus,  Helvetios  hortatur  ut  cum 
suis  equitibus,  [Fol.  64]  relictis   equis,  pugnam  cum    eis  pe- 
destrem  inire  paratis,  in  tormenta  illa  impetum  lacèrent  ; 
tura  pulsi  quidam  loco  Fabricius  Andradaque  ;  sed  ea  egregie 
defensaab  Ugone  Moncata  et  Germanis  militibus;  Francique 
ad  sucs  se  recepere.  Ex  quibus  csesi  quingenti,  subversi  cen- 
tum,  ex  hostibus  ducenti  desiderati.  Eo  in  prselio  enituit  po- 
tissimum  Ferdinandi  Hilescae,  signiferi  Hispani,  fortitudo  *  ; 
qui,   globo  tormentario  dextra  amissa,   signum   Iseva,  mul- 
tis  vulneribus  acceptis,  ne  relato  quidem  pede,    sustulerit, 
dura  turpe  ducit  loco  cedere  quem    semel  occupaverat  ;   et 

1  Ferdinandi  Hilescœ  signiferi  fortitudo. 


94  JAC.  GOHORII  PARIS. 

paulo  post  irrumpentibus  Francis  laevam  quoque  amisisse  ; 
quumque  ei  certum  esset  non  ante  signura  quam  vitam  amit- 
tere,  id  truncatis  brachiis  extulisse  immotura  loco  donec 
Franci  pellerentur.  Hic  postea  a  Consalvo  accitus  palamque 
protanto  facinore  commendatus,adFerdinandumGumeulogio 
tantse  virtutis  deductus,  ab  eoque  magnis  prsemiis  muneratus 
est.  Tentavit  postea  Consalvus  pontem  a  Francis  fabricatum 
efFi'ingere,  in  eamque  rem  trabes  grandes  convehi  jussit,  quae 
ex  superiori  amnis  parte  emissae  vi  undarum  suoque  raoli- 
mine  pontem  dejieerent.  Sed  Benomantius  cum  Aquitanicis 
cohortibus  naviculis  trajiciens  istum  omnem  apparatum  dis- 
turbavit  et  abduxit,  csesis  qui  adornabant  Hispanis,  ratariis- 
que,  aliis  depressis,  aliis  abductis.  [Fol.  64  v°]  Haec  frustra 
expertus  Consalvus  Prosperi  Columnse  consilio  délibé- 
rât de  ponte  incendendo:  ad  id  trajectoriam  navem  deli- 
git  eamque  exilibus  lignis  sulphure  utraque  parte  intinc- 
tis,  multaque  alia  materie  sicca  ,  resinata  et  piccata  com- 
plet, eamque  magno  flumen  impetu  in  pontem  deferebat: 
quando  Franci,  re  intellecta,  emissis  contra  levibus  tormen- 
tis,  illabentem  incendunt,  igné  illi  materise  illato,  qui  an- 
temnas  et  latera  et  foros  proramque  ipsam  absumpsit,  ante- 
quam  ponii  nocere  posset.  P.  Medices  in  Gonzagam  graviter 
invehebatur,  cunctatione  simulata  exploratis  satis  omnibus 
transeundi  aliis  causam  fuisse,  nunquam  tamen  adduci  po- 
tuisse  ipse  ut  trajiceret.  Franci  tamen  in  castra  regressi  de 
integroLyristransmittendi  consiliumiuibant  '.  Sed  Gonzaga, 
quum  se  suspectum  Francis  sentiret,  occasions  ex  Sandri- 
curti  conviciis  captata,  a  quo  se  psediconem  vocatum  freme- 
bat,  ut,  abducto  secum  robore  Italicarum  copiarum,  vires 
Francicse  imminuerentur,  abdicato  sponte  imperio,  abiit, 
causam  rejiciens  in  Francorum  intolerabilem  contumeliam; 
quasi  vero  banc  posticae  libidinis  contumeliam  isti  non  sus- 
quedeque  ferant!  quam  triumphanti  etiam  Cœsari  sui  milites 
joci  gratia  occinebant.  Cujus  damnatum  a  senatu  Mediola- 
nensi  quum  igné  crematum  Rex  audiisset,  vereri  se  dixit  ne 
cives  sui  ad  paucos  redigerentur,  rescripsitque  ne  deinceps 
nisi    probationibus    indubitatis    convicti     mitiorique    pœna 

'  Gonzagje  imperatoris  discessus. 


DE  REBUS  GESTIS  FRANCORUM  95 

plecterentur  [Fol.  65].  Ejus  discessu  aucti  hostibus  animi  ; 
Franci  haud  leviter  perculsi  sunt  ;  summam  intérim  imperii 
ad  P.  Salassiorum  rognlum  deferunt,  quoad  Régi  aliter  pla- 
ceret:  exterorum  plerique  qui  florentibus  rébus  Franco  mili- 
tabant  ad  hostes  trausierunt  ;  hiems  deinceps  imbribus  fre- 
quens  adeo  utrasque  copias  afflixit  ut  Consalvus  tôt  extructas 
pro  ripa  munitiones  deserere  et  Suessam  se  conferre  coactus 
sit:  et  Franci  qui  tam  acriter  pro  Lyri  trajiciendo  certave- 
rant,  abeunte  hoste,  non  amplius  de  transita  cogitarent,  dété- 
riora ultra  ripam  veriti.  Intorea  Francorum  atque  Helvetio- 
rum  compluribus  hierais  saevitia  absump  tis,  aliis  vigilia  con- 
fectis,  equi  pabula  laborabant.  Tôt  tantisque  rébus  oppressi 
quum  essent,  neque  stipendia  a  regiis  quaestoribus  in  tempore 
exsolverentur,  Salassus  constituit,  peditibus  relictis  quimunita 
loca  tuerentur,  equitatus  robur  Caietam  deducere;  fremere 
pedites  objici  se  hostium  faucibus  stipendia  non  solvi,  affecta 
jam  omnium laboribuscorpora;  permuls  it  iras  Salassus, reque 
iterum  deliberata  statutum  est  ut  pedites  atque  équités  in  bi- 
berna  dimitterentur  :  machinée  vero  beliicsefluviatilibus  navi- 
bus  impositae,  earumque  avehendarum  cura  P.  Medici  mandata: 
qui  id  munus,plerisque  velut  periculis  plénum  detrectantibus, 
libenter  susceperat,  futurumque  receperat  [Fol.  65  v°]  ut 
vita  potius  quam  iis  tormentis  ab  hoste  spoliaretur,  atque  ita 
ita  ut  promiserat  ad  extremum  prsestitit;  nam  ventis  agita- 
tus  amnis  intumuit,  résonante  uudique  littoribus  fragore  ac 
increbrescente  ;  Medices  cautus  eo  se  discrimine  eximere 
potuit,  navesmachinis  onustœ  undis  submersas  sunt.  Jam  Con- 
salvus qui  exploratores  pretio  corruptos  in  Francorum  castris 
habebat,  in  conciliis  alioquin  hostium  explorandis  callidissimus, 
edoctus  fuerat  de  eorum  Caietam  versus  profectione.  Itaque 
Liviani  Ursini  consilio  ponte  tumultuario  ex  naviculis  inter 
se  coUigatis  doliisque  adjunctis  asseribus  constrato,  trajicit 
copias,  Francosque  incautos  nihilque  taie  suspicantes  ador- 
tus  qii  Sugium  se  receperant  cedit  oppidoque  potitur. 
[Jovius  falsô  prodit  Tremulium  et  Gonzagam,  Appia  atque  La- 
tina  via,  bipartito  regnum  ingressos  nulla  memorabili  re  gesta, 
totam  fere  hiemem  in  Aquinate  et  Fregellano  agro  consum- 
psisse  ,  mirifice  eis  resistente  Consalvo  qui  Lyrim  amnem 
ponte  transgredi  ausos  fortissimo  repulerit,   castraque    de- 


96  JAC.    GOHORIl  PARIS. 

mum  eorum  adortus,  quum  noctu,  superioribus  vadis  copias 
omnes  traduxisset,  in  fœdam  fugam  per  Formianura  littus 
cum  multa  cœde  conjecerit;  qui  postea,  Caieta  dedita,  classe 
sua  vecti  inermes  in  Franciam  redierint  '].  Salassus  intérim 
cum  robore  copiarum  Caietam  properabat  :  accélérant  An- 
drada  et  Mendocius  cura  levi  equitatu  suo  ut  novissimum 
agmen  invadant.  Baiardus  unus  cum  paucis  diu  impetum 
hostium  sustinuit,  donec  adessent  Adurnius,  Grandimontius, 
Sancolumbius  ad  lapideum  pontem  Formianum,  cura  turmis 
aliquot  Francorum  atque  Italorura;  tum  atrox  certamen  fuit) 
compluribus  utrinque  interfectis,  inter  quos  Adurnius;  fuit 
Sancolumbius  una  cum  Bucio  et  Burdillio  vulneratus.  At 
posteaquam  intellexerunt  suos  longius  progessos,  Caietam 
quoque  contenderunt.  Consalvus  codera  pergit,  non  ignarus 
ibi  ob  tantam  [Fol.  66]  multitudinera,  rei  frumentarise  iuo- 
pia,  prseter  difflcultatem  numraariam,  propediera  exercitura 
oppressum  iri.  Nam  Alegrius  qui  CCCC  cataphractos  et 
IIII*i.  peditum  ex  reliquiis  profligati  exercitus  coactos  in 
Fundos,  Itrium,  Trajectum,  aliasque  arces  distribuerat  uni- 
versos  tandem  Caietam  accerserat.  Nec  Consalvum  sua  fe- 
fellit  opinio:  paucis  enira  post  diebus,  deliberatum  est  in- 
ter duces  ne  frustra  obsidionis  incommoda  perferrent,  elec- 
tusque  Sancolumbius  qui  ad  Consalvum  iret  diceretque 
Francos,  si  non  indignas  militaribus  viris  conditiones  offer- 
rentur,  Caieta  cessuros;  sin  secus,  vergente  telo  acerrimo 
necessitatis,  dignam  potius  Francico  noraine  mortem  oppe- 
tituros  ;  remissi  cura  eo  Caietam  Navarrus,  Didacus,  Mendo- 
cius, Pacseus  cum  Saiasso  transacturi.  Tandem  quum  multis 
diebus  Trivultius,  Bassseius,  Alegrius,  cum  Consalvo  collo 
cuti  essent,  his  legibus  urbs  dedita  est,  cautumque  prolixe 
exercitui  ^  ut  Franci  sociique  qua  visum  foret,  seu  terra  seu 
mari,  cura  equis  omnibusque  impedimeutis  libère  ad  suos 
redirent  ;  Caietanorum  res  omnes  salvse  essent,  reliquisque 
urbibus  quse  partes  Francorum  fovissent  fraudi  ne  esset. 
Aubignius,  Formantius,  reliquique  captivi  qui  Neapolim 
abducti  erant,  liberarentur.  Non  potuit  impetrari  a  Consalvo 

•  Addition  marginale. 
-  Caietse  deditio. 


DE  REBUS  GESTIS  FRANCORUM  9  7 

ut  [Fol., 66  v°]  M.  Aqusevianus  et  Sanseverini  in  eodem  nu- 
méro essent  :  diserte  tamen  additum  est,  intégra  ut  eorum 
causa  Ferdinandoreservaretur,  neve  de  liis  Ferdinandus  Con- 
salvusque  supplicium  sumere  possent,  quoad  Rex  per  legatos 
cum  Ferdinando  egisset.  Ei  rei  paragendse  viii  menses  sta- 
tuti,  hique  postea,  pace  inter  reges  conciliata,  liberati  sunt. 
Trajanus  Caracciolus  cutn  suis  omnibus  liber  egressus  est  ; 
eodem  jure,  qui  a  Francis  capti  erant,  dimissi.  Eo  pacto 
Franci  in  Franciam  rediere;  Salassus  in  itiuere  fato  functus 
est.  De  qusestoribus  regiis  qui  pecuniam  averterant  décréta 
peculatus  qusestio,  qua  Herouetus  damnatus  est.  Ipse  vero 
aiebat  a  ducibus  fraudari  stipendia  equitum  peditumque,  ut 
numquam  turmae  cohortesve  suo  numéro  constarent:  quin  et 
in  recensione  publica  alii  aliis  equos  armaque  commodarent, 
non  suppressos  illustrium  ducum  nominibus  qui  vim  pecu- 
nise  ingentem  in  rem  suam  vertebant.  Basseius,  Sandricurtus, 
Alegrius,  tanquam  ob  rem  maie  gestam,  diu  aula  exclusi. 
Arsius  vero,  quum  eo  fœdere  uti  posset,  ea  fuit  animi  magni- 
tudine  ut,  signis  explicatis  tympanisque  sonantibus,  Venusia 
cedens  in  Franciam  reditumfacisceretur.  Is,  etsi  ob  Arminiaci 
mortui  amicitiam  infensus  Alegrio  existimaretur,  illius tamen 
postea,  in  [Fol.  67]  gratiam  Régis  reditum  ut  impigri  ma- 
nuque  prompti  viri  procuravit.  [Hic  luctuosus  est  belliNeapo- 
litamexitus,  qui  testificetur  posteritate,  cumMediolano  toties 
parto  amissoque  aliisque  itidem  provinciis,  Francorum  majo- 
rem  in  subigendis  urbibus  atque  nationibus  virtutem  quam  in 
retinendis  conservandisque  prudentiam;  nisi  sequis  animis 
ingenitse  probitatis  excusatio  partim  accipiatur  a  suspicione 
omnis  in  alio  perversitatis  aliense,  partim  infidse  Italorum  socie- 
tatis  accusatio,  qui  exteris  armis  ad  fortunaa  motus  omnes  in 
rem  suam  perfidiose  abutebantur.  Enimvero  Trimollio  impe- 
ratore  opus  fuerat  (in  quo  ea  tempestate  spes  opesque  régis 
sit8e)adversus  Consalvum hune, [qui  sagax  duci  sagaci  oppone- 
retur]  *,  quique  artes  Hispani  paribus  eluderet  artibus  :  eo 
imperante,  nisi  fatum  ingruens  eutn  Parmse  sontico  morbo 
aflElixisset,  regnum  amitti,  si  quicquam  humanorum  certi  est, 
non  potuerat.  Rex,  nuntio  cladis  accepte,  ira  exardens  quod 

*  Addition  marginale. 


98  VARIETES 

Ferdinandus  viribus  longe  inferior  simulationutu  dolis  suam 
sibi  provinciam  extorsisset,  adornat  novura  belli  apparatum 
terra  marique,  post  hominum  memoriam,  ab  rege  uuo  maxi- 
mum '. 


VARIETES 


UN  PROJET  DE  DECORATION  EPIGRAPHIQUE 
POUR  LA  BIBLIOTHÈQUE-MUSÉE  FABRE 

Quoique  la  correspondance  de  F.  X.  Fabre  i)arlui  léguée  à 
son  musée  ait  été  expurgée  avec  une  rare  stupidité  par  son 
exécuteur  testamentaire,  le  rigoriste  M.  Gâche,  il  s'j  trouve 
encore  maint  document  curieux  sur  le  fondateur  du  Musée- 
Bibliothèque,  sur  ses  amis,  ses  œuvres  et  sa  fondation.  De  ce 
nombre  est  la  lettre  suivante  qui  soumet  à  «  M.  le  Baron  » 
diverses  idées  d'améliorations  à  introduire  dans  sa  bibliothè- 
que, et  toute  une  série  d'inscriptions  propres  à  en  décorer  les 
portes.  On  ne  sait  malheureusement  pas  quel  accueil  Fabre  fit 
à  ces  projets.  Il  était  comme  le  Roland  du  poète,  qui  n'aimait 
pas  «  qu'on  vînt  faire  après  lui  les  générosités  qu'il  avait  déjà 
faites.  »  Il  n'aimait  pas  non  plus  qu'on  touchât,  même  pour 
l'embellir,  à  son  musée,  dont  il  ne  parlait  qu'avec  une 
modestie  bouffie  d'orgueil.  Il  ne  serait  pas  étonnant  que 
M.  Seguin  n'eût  pas  reçu  de  réponse  à  sa  lettre,  d'autant  plus 
que,  si  respectueuse  qu'elle  soit,  cet  honnête  imprimeur  y 
montre  cependant  le  bout  de  l'oreille  de  M.  Josse. 

L.-G.  P. 

Montpellier,  le  22  mars  1829. 
Monsieur  le  baron. 
Tous  les  auteurs  de  Montpellier  devroient  s'empresser  de  déposer 
leurs  ouvrages  à  la   Bibliothèque  du  Musée.  De   cette  manière,  on 
aurait  peu  à  peu    la  collection  des    productions  littéraires  qui  font 
honneur  à  notre  cité. 

1  Au  verso  du  fol.  67  est  le  timbre  en  rouge  Bibliot/ieca;  regix. 


VARIETES  9  9 

Pour  provoquer  cet  usage,  il  serait  bon  d'inscrire  sur  un  placard 
affiché  dans  la  Bibliothèque,  tous  les  dons  qui  seraient  faits  dans  ce 
genre,  de  même  qu'on  fait  mention  des  objets  d'art  qui  sont  donnés 
au  musée. 

L'opuscule  sur  Louis  XVI  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  présenter 
est  trop  peu  de  chose  pour  avoir  droit  à  cette  inscription  ;  mais  comme 
tout  ce  qui  regarde  l'histoire  ne  vous  est  pas  étranger*,  j'ai  dû  vous 
en  faire  hommage. 

11  conviendrait  aussi  de  former  un  album  sur  lequel  les  personnes 
qui  viendroient  visiter  le  musée  pourroient  inscrire  quelque  sentence 
accompagnée  de  leurs  noms.  On  aurait  ainsi  dans  la  suite  un  recueil 
très  varié  dépensées  ingénieuses  sur  les  beaux-arts,  et  le  fac-similé  de 
l'écriture  des  personnages  célèbres. 

Puisquej'en  suis  sur  le  musée,  permettez,  Monsieur  le  baron,  que  je 
vous  soumette  quelques  inscriptions  qu'on  pourrait  graver  eu  lettres 
d'or  sur  les  portes  intérieures  de  votre  bel  établissement. 

Sur  la  porte  d'entrée  de  la  bibliothèque  on  lirait  : 

BIBLIOTHÈQUE    DU  MUSÉE 

Opyava  Mucrawv. 

Euripide. 
AD   PERCIPIENDAM  COLENDAMQUE  VIRTUTEM   LITTER.E  ADJUVANT 

Cicéron. 
Sur  la  porte  extérieure  de  la  salle  des  statues  : 

.  .  .  .INGENUAS  DIDICISSE  FIDELITER  ARTES 
EMOLLIT  MORES  NEC  SINIT    ESSE  FEKOS 

Ovide. 
Sur  la  porte  de  la  salle  des  tableaux  : 

TENENTUR  PICTURA    OCULI,  AURES  CANTIBUS 
Cicéron. 
Sur  la  porte  du  jardin  : 

SI  HORTUM  IN  BIBLIOTHECA   HABES,  NIHIL  DEERIT 

Cicéron. 
Sur  la  porte  de  sortie  qui  donne  dans  l'impasse  du  musée  : 

LAISSEZ  DIRE   LES  SOTS,  LE   SAVOIR  A  SON    PRIX 

Lafontaine 
Au-dessous  du  buste  de  Minerve  : 

MINERVA  MUSEI  CUSTOS. 

'  M.  Séguin  veut  évidemment  dire  «  rien  de  ce  qui  regarde  l'histoire 
ne  vous  est  étranger  ". 


100  VARIETES 

Sur  la  porte  des  gravures  : 

ARTES    OMNES  INGENUE  UNO    QUASI  SOCIETATIS  VINCULO  CONTINENTUR 

Cicéi'07ï. 
Enfin,  Monsieur  le  baron,  s'il  m'était  permis  d'en  mettre  une  sur  la 
porte  de  votre  cabinet  d'étude,  on  y  lirait  ce  qui  suit  : 

VINCIT  AMOR   PATRIE  LAUDUMQUE  IMMENSA  CUPIDO 

Vii'gile. 
que  je  traduis  ainsi  : 

Tout  cède  à  l'amour  de  la  patrie  et  à  la  passion  de  la  gloire. 
J'aurais  bien  encore  une  inscription  à  proposer  pour  votre  buste  ou 
le  beau  dessin  de  Girodet-Tisson  qui  se  trouve  dans  la  salle  des  ébau- 
ches, c'est  celle  que  vous  connaissez  déjà:  A  la  couronne  de  lauriers, 
etc.  Mais  il  me  faudrait  pour  cela  un  bon  graveur  et  votre  permission. 
J'ai  à  ma  disposition  les  presses  lithographiques  de  mon  frère  aîné, 
savant  imprimeur  d'Avignon,  qui  imprimerait,  aussi  bien  qu'à  Paris, 
les  ouvrages  qu'on  pourrait  faire  un  jour  sur  le  Musée. 
J'ai  l'honneur  d'être  avec  respect,  M.  le  baron, 

Votre  très  humble  serviteur, 

Aug.  Seguin 
Monsieur  |  Monsieur  le  baron  |  Fabre,  au  Musée  |  à  Montpellier. 


DOCUMENTS  LANGUEDOCIENS 


II.  —  Lettres  languedociennes  tirées  de  la  collection 
Godefroy  * 

I.  Monsieur  de  RocJiemore, président  à  Montpellier, 
à  Monseigneur  de  Séguier,  garde  des  seaulx  de  France'^. 

Monseigneur, 
Nostre  Compagnie  ayant  depputé  le  sieur  de  Regnac,  conseiller  en 
salle,  pour  vous  informer  dun  excès  qui  a  esté  commis  en  ceste  ville 
contre  des   huissiers   en   linthimation  dun  arrest  par  elle  donné,  jay 

*  Ces  pièces  ont  été  copiées  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut,  pour  la 
Revue  des  Langues  Romanes,  par  M'"^  A.  Hurtrel. 

2  Bibliothèque  de  l'Institut,  collection  Godefroy,  t.  271,  pièce  QQ, 
22  juin  1633  (autographe). 


VARIETES  101 

creu  estre  de  mon  devoir  de  vous  ea  randre  comte  en  mon  particulier, 
et  vous  en  dire  le  menu.  11  est  donc  arivé  que,  procédani  à  la  visite 
dun  procès  dapel  dentre  quelques  particuliers,  il  se  treuva  deux 
exploictz  dintimation  dune  ordonnance  donée  par  les  trésoriers  de 
France,  dattée  dun  mesme  jour  et  signée  de  divers  juges  toutz  con- 
traires ;  ce  qui  donna  un  grand  soupçon  de  fauceté,  et  obligea  le  pro- 
cureur de  sa  Majesté  de  requérir  quilfeust  taxé  décret  contre  Ihuissier 
qui  avoit  signé  lesdictz  exploicts  afin  desclaircir  la  vérité  de  ces  actes  : 
Ihuissier  ouy  accorda  les  exploictz  avoir  esté  faictz  en  divers  temps 
quoy  que  dattes  de  mesme  jour,  et  que  c'avoit  esté  par  lordre  et  le 
commandement  du  sieur  de  Beaulac,  trésorier  de  Finance,  qui  dailleurs 
se  treuvoit  intéressé  au  fonds  de  la  poursuitte,  et  quil  avoit  retenu 
loriginal  de  la  première  ordonnance  par  luy  intimée  lorsque  la  seconde 
ordonnance  en  original  luy  feust  baliée  pour  faire  son  second  exploict  ; 
sur  sa  responce  et  quelques  actes  qui  feurent  remis  dans  le  procès, 
il  y  eust  décret  de  prinse  de  corps  contre  le  sieur  Beaulac,  lequel, 
ayant  apprins  ledict  décret,  fist  assemblée  de  personnes  en  armes 
dans  sa  maison,  pour  par  ce  moien  éluder  la  perquisition  quil  estoit 
nécessere  de  faire  chez  luy  pour  pouvoir  continuer  le  procès  par 
deffault,  au  cas  on  ne  le  peust  aprehander.  A  ces  fins,  l'arrest  feust 
mis  entre  les  mains  dun  huissier,  et  feust  faict  commandement  aus 
consuls  de  donner  ayde  et  assistance  audit  huissier  pour  lexécucion 
dudit  arrest.  Ayants  donc  esté  requis,  le  sieur  de  Gousonville,  lieute- 
nant pour  le  Roy  dans  la  ville,  fist  deffance  aus  consuls  dassister 
Ihuissier,  prétendant  que  les  consuls  ne  doivent  donner  aucune  assis- 
tence  que  par  son  ordre.  Ce  qui  feust  cause  que,  requérant  le  procu- 
reur général,  il  y  eust  arrest  pourtant  injunctions  tant  audit  sieur  de 
Gousonville  que  aus  consuls  de  prester  main  forte,  et  à  ces  fins  il 
leur  seroit  inthimé.  Voulant  donc  Ihuissier  satisfaire  audit  arrest  et 
ayant  treuvé  le  sieur  de  Gousonville,  il  luy  auroit  faict  entendre  la 
charge  quil  avoit:  lequel  se  seroit  jette  seur  luy  a  coups  de  piedz  et 
donné  des  coups  desperons  jusques  à  ce  qu'on  luy  osta  ledit  huissier. 
Geste  violance  et  cest  excès,  Monseigneur,  est  de  telle  conséquence 
quaprès  cela  il  ne  fault  attandre  que  de  continuelles  rebellions,  parti- 
culièrement dans  ceste  province,  dans  laquelle  les  malheurs  et  les 
desordres  dune  douzaine  dannées  de  guerre  ont  introduict  un  très 
grand  libertinage.  Nous  avons  creu  que  ceste  plainte  vous  devoit 
estre  pourtée  comme  au  chef  de  la  justice  du  Rouyaume  et  duquel 
toutes  les  compagnies  prennent  lauthorité  quil  a  pieu  au  Roy  de  leur 
commettre,  afin  que,  par  vostre  protection  et  soubs  vostre  appuy,  on 
fasse  servir  le  Roy  avec  la  dignité  deue  à  sa  justice.  Il  vous  plairra 
donc,  Monseigneur,  nous  donner  vos  commandemens  en  ceste  ran- 


102  VARIETES 

contre  et  a  moy  particulièrement,  qui  les  recevray  tousjours  avec  le 
respect  et  la  fidélité  que  doibt  celuy  qui  est,  Monseigneur 

Vostre  très  humble,  très  obéissant  et  très  fidèle  serviteur. 

ROCHEMORE. 
A  Montpellier,  ce  XXII  juin  1633. 

II.  Lettre  de  l'Evesque  de  Béziers ,  de  Balthazar ,maXtrQ  des  reques- 
tes,  et  de  Ranchin,  grand  vicaire  d'Agde,  qui  rendent  compte,  selon 
lordre  quils  avoient  eu,  de  la  condamnation  du  P.  Reverdy,  Augustin, 
condamné  par  le  Provincial  à  prison  perpétuelle,  ob  lœsam  Majesta- 
tem,prœoosteram  libidinem  et  rebellionem ;  dont  il  se  deffend,  dit  le 
crime  de  Lèze  Majesté  estre  d'avoir  résisté  en  Sorbonne,  dont  il  est 
docteur,  à  un  sentiment  du  Gard,  de  Richelieu,  pour  raison  de  quoy  il 
fut  enlevé  par  un  exempt  disent  que  le  vray  moyen  a  tenir  est  de 
laisser  aller  avant  lappel  de  la  sentence  du  Provincial,  et  lenvoyer  en 
un  couvent  hors  lauthorité  du  Provincial  dont  il  se  plaint'. 

Monseigneur, 

Nous  nous  sommes  trouvez  en  ce  lieu  suivant  les  lettres  de  Sa 
Majesté  du  26e  novembre  qui  nous  ont  esté  envoyées  de  vostre  part, 
où  nous  avons  veu  et  interrogé  le  Père  Reverdy,  Augustin,  en  pré- 
sence du  Père  Bertrand,  prieur  du  couvent  de  Montagnac  ;  lesquels 
nous  ont  représenté  la  sentence  de  condamnation  du  Père  Hierosme 
Montai,  provincial  des  Augustins  des  provinces  de  Narbonne  et  de 
Bourgogne,  rendue  en  la  Congrégation  provinciale  de  Lyon  le  17"»^ 
novembre  1639,  laquelle  porte  en  termes  exprès  pour  les  cas  résul- 
tans du  procèz  Patrem  Reverdy  voce  in  perpetnum  privaviinus,nec 
non  perpétuée  incarcerationi  condemnavimus . 

Les  chefs  d'accusation  sont  :  lœsœ  Majestalis,  prœposterœ  libi- 
dinis,  factionis  et  rebellionis. 

Cette  sentence  ayant  esté  prononcée  audit  Père  Reverdy  le  3°*^ 
janvier  1640  audit  Montagnac,  il  respond  que  par  sa  détention  on  luy 
oste  la  voye  d'appel,  quil  interjette,  et  quil  prétend  poursuivre  si  tost 
qu'il  sera  en  liberté. 

Il  soustient  son  appel  recevable,  parce  que  la  sentence  nest  donnée 
que  par  les  définiteurs  d'une  congrégation  particulière,  et  quau  fonds, 
quand  le  procez  sera  examiné  par  des  juges  non  suspectz,  on  trou- 
vera que  la  condamnation  est  une  pure  animosité  du  Provincial  et 
une  complaisance  aux  puissances  séculières  :  aussi  ne  porte-t-elle 
pas  conviction,  mais  pour  les  cas  résultans  du  procez. 

Que  ce  prétendu  crime  de  lèse  Majesté   consiste  en  cela  seul  que 

»  Institut  Coll.  Godefroy.  T.  273,  pièce  79,  18  décembre  1643. 


VARIETES  103 

Ion  luy  impute  davoir  dit  que  feu  M""  le  Cardinal  de  Richelieu  me- 
noit  le  Roy  par  le  neds,  mais  quil  ne  la  point  dit,  et  que  son  vérita- 
ble crime  est  d'avoir  résisté  à  quelque  volonté  de  feu  M"'  le  Cardinal 
en  une  proposition  faitte  de  sa  part  en  Sorbonne,  dont  il  est  docteur 
et  où  il  estoit  présent  ;  pour  laquelle  action,  en  laquelle  il  eut  la  plu- 
ralité des  voix,  il  fut  arresté  prisonnier  par  un  exempt  des  gardes  et 
conduit  à  Orléans,  et  depuis  mis  en  liberté  ;  luy  ayant  esté  donné 
33  livres  pour  se  retirer  comme  il  fit  en  son  couvent  de  Crémieu. 

Pour  le  second  chef,  il  soustient  quil  ny  a  eu  nulle  conviction  ;  que 
les  tesmoings  qui  nestoient  que  de  audilu  se  sont  desditz,  et  que 
Ion  ne  trouvera  aucune  preuve  ;  et  que  Ion  cognoistra  manifestement 
que  lesdictz  religieux  avoient  esté  suscitez  par  ledict  Provincial 
pour  satisfaire  à  ce  que  quelques  gens  luy  tesmoignoient  estre  de  la 
volonté  de  M.  le  Cardinal. 

Pour  le  3»  chef,  «  de  faction,  conspiration  et  rébellion  envers  le  su- 
périeur »,  il  est  vray  qu'il  a  résisté  à  quelques  ordres  du  Provincial, 
mais  ça  esté  avec  tous  les  autres  religieux,  et  la  sentence  porte  aciim 
sequacibus  »,  parce  quils  se  sentoient  en  conscience  obligez  de  le 
faire;  dautant  que  ledit  Provincial  renversoit  les  règles  de  leur  insti- 
tut par  de  nouveaux  établissements. 

Nous  n'avons  pas  eu  besoing,  INIonseigneur,  de  mettre  ledict  Père 
Reverdy  en  liberté,  car  il  y  estoit  il  y  a  desja  quelque  temps.  Et  le 
Prieur  exerce  toutte  sorte  dhumanité  envers  luy,  le  traittant  pour  le 
logement  et  pour  le  vivre  comme  un  des  autres  Religieux;  dont  ledict 
Père  Reverdy  s'est  loué  devant  ledit  Prieur  et  devant  nous. 

L'affaire  estant  en  ces  termes,  si  vous  nous  permettez.  Monsei- 
gneur, de  vous  en  mander  ce  qui  nous  semble,  nous  serions  dadvis, 
soubs  vostre  bon  plaisir,  de  laisser  au  Père  Reverdy  la  voye  dappel 
libre,  affin  quil  puisse  obtenir  jugement  définitif.  Et  parce  quil  est 
soubs  lautorité  et  férule  du  Père  Montai  provincial,  quil  dit  exercer 
cette  rigueur  contre  luy  il  y  a  quatre  ans  escheus  dès  le  17™^  novem- 
bre dernier,  nous  avons  dit  au  Père  Prieur,  et  il  nous  a  promis, 
de  luy  donner  obédience  pour  sortir  deMontagnac  ;  ledit  Père  Reverdy 
ira  en  Avignon  où  il  se  fait  fort  destre  receu  et  où  M^  le  Vicelégat 
le  fera  recevoir.  Ce  couvent  d'Avignon  est  hors  dudestroit  dudict  pro- 
vincial, est  couvent  général  et  libre,  qui  dépend  niiement  du  Père 
général  qui  est  à  Romme  :  auquel  l'appellant  escrira  pour  luy  de- 
mander des  commissaires  m  partibus  dudit  couvent  mesme  d'Avi- 
gnon. Et  parle  jugement  définitif  qui  sera  par  eux  rendu,  il  sera 
suffisamment  pourveu  audit  Père  Reverdy. 

S'il  se  trouve,  Monseigneur,  que  le  second  chef  d'accusation  soit 
véritable,  il  est  certain    que  tant   s'en  fault   que   ce   soit  animosité, 


104  VARIETES 

qu'au  contraire  c'aura  esté  une  prudence  nécessaire  du  Provincial, 
dautant  qu'il  ny  a  que  quatre  religieux  profez  en  tout  audit  couvent 
de  Montagnac.  Et  ainsy  cette  séquestration  des  novices  est  un  re- 
mède propre  pour  empescher  l'effect  de  l'incontinence;  ledit  Père 
nous  semble  d'ailleurs  bien  mortifié  maintenant  par  laage  de  64  ans 
et  par  une  caducité  du  corps,  quoy  que  son  esprit  soit  encore  dans 
la  vigueur . 

De  sorte,  Monseigneur,  que  Nous  estimons  que  l'obédience  pour 
Avignon  remédie  à  tout,  et  le  digue  Prieur  nous  l'a  délivrée. 

Nous  ne  vous  parlons  plus  du  crime  destat,  ny  de  la  désobéissance 
au  Provincial  :  le  premier  est  esteint  par  la  mort,  en  ce  rencontre 
particulier;  le  second  est  assez  expié  par  une  prison  de  quatre  ans 
entiers,  et  vous  sçavez  d'ailleurs,  Monseigneur,  ce  que  veult  dire 
intrigue  de  moyne:  on  n'auroit  jamais  fait,  non  plus  qu'eux,  si  on  sy 
vouloit  amuser. 

Voilà  le  compte  que  nous  vous  debvons  de  l'exécution  faitte  du 
commandement  qui  nous  a  esté  fait  de  vostre  part,  en  vous  assu- 
rant du  respect  et  de  l'obéissance 

Monseigneur, 
de  vos  très  humbles  et  très  obéissantz  serviteurs. 

Clem.,  Evesque  de  Beziers 

Baltazar. 

Ranchin,  vicaire  général  dAgde. 

De  Montagnac,  ce  18  décembre  1643, 

III.  La  Cour  des  Ai/des  de  Languedoc  remercie  Monsieur  le  Chan- 
celier de  leur  restablissement  â  Montpellier  et  de  leur  réunion  à  la 
Cour  des  Comptes. 

(Nota  escrivent  de  Carcassonne.  Nota  avoient  esté  dix-huict  mois 
hors  de  Montpellier.  Nota  l'Edict  de  désunion  n'avoit  esté  vérifié  '.) 

Monseigneur, 
Nous  venons  de  recepvoir,  avec  un  excès  de  joye,  la  déclaration 
qu'il  a  pieu  à  leurs  Majestés  nous  accorder  pour  le  restablissement 
de  notre  compagnie  dans  son  premier  et  antien  séjour  de  la  ville  de 
Montpellier,  après  avoir  demeuré  dix  huict  mois  esloignés  de  nos 
maisons  avec  beaucoup  d'incommodité.  Mais  comme  le  plus  grand 
déplaisir  que  nous  recevions  estoit  de  ne  pouvoir  estro  escoutez  en 
nos  justes  plaintes,  la  plus  grande  consolation   que  nous  avions  aussi 

»  Institut.  Coll.  Godefroy.  T.  27:3,  pièce  5i(J.  A  Carcassonne,  ce 
3  aoust  1648.. 


VARIETES  105 

dans  nos  souiFrances,  estoit  d'estre  bien  asseurés  que  vostre  bonté 
vous  y  faisoit  prendre  quelque  part,  et  que  la  violance  de  quelques- 
uns  arrestoit  le  cours  de  la  justice  que  vous  désiriés  nous  rendre. 
Vous  l'avés  tesmoigné,  Monseigneur,  bien  tost  après  que  cet  em- 
peschement  a  esté  osté,  ayant  contribué  vos  faveurs  et  vostre  bonne 
justice  pour  la  résolution  et  prompte  expédition  de  ceste  déclaration 
qui  redonne  la  paix  et  le  repos  à  nos  familles,  le  lustre  à  la  seconde 
ville  du  gouvernement  de  son  A.  R.  et  remet  l'ordre  dans  la  province. 
Ceste  grâce  que  nous  venons  de  recepvoir  de  Vous,  Monseigneur,  en 
suitte  de  tant  d'autres,  nous  faict  oser  vous  supplier  très-humble- 
ment de  nous  en  vouloir  accorder  la  continuation  de  nos  justes  pour- 
suites pour  la  Réunion  de  nostre  Compagnie  et  de  la  Chambre  des 
Comptes  de  ceste  ville,  qui  n'ont  esté  désunies  que  par  un  Edict  qui 
n'a  pas  esté  vériffié  et  qui  a  causé  mille  désolations  et  mille  désor- 
dres. Nous  attendons  de  vostre  bonté  et  justice  de  voir  remettre  les 
choses  en  lestât  quelles  estoit  lors  du  decez  du  feu  Roy.  Et  nous 
prierons  Dieu  pour  vostre  prospérité  et  conservations  et  demeurerons 
Monseigneur, 
Vos  très  humbles  et  très  obeissans  serviteurs,  les  gens  tenant  la 
Cour  des  Aydes  et  finances  du  Languedoc.  Et  pour  eux 

Darenes. 
A  Carcassonne,  ce  IIP  aoust  1648. 

IV.  Les  Conseillers  delà  CJiambre  de  VEdict  de  Languedoc  se 
plaignent  des  attentats  du  Parlement  de  Toulouze  et  particulièrement 
d'un  airest  qui  a  réglé  les  Espices  des  Rapporteurs  et  vacations  des 
Commissaires,  quoy  qu'ils  n'ayent  nul  pouvoir  sur  la  chambre,  de- 
mandent quil  leur  soit  pourveu  au  conseil  et  y  soient  réglez. 
Nota.  Au  commencement  de  lEstabhssement  de  la  chambre  à  Castres, 
moitié  des  Espices  fut  donnée  au  rapporteur  et  dura  24  ans  ;  puis 
fust  réduite  à  un  quatriesme  durant  15  ans;  puis  durant  sept  à  huict 
ans,  elles  furent  communes  ;  et  lors  la  justice  mieux  administrée,  de- 
puis trois  ans  à  un  sixiesme,  dont  ils  se  plaignent,  un  seul  lannée  der- 
nière ayant  autant  rapporté  que  les  autres  dix-neuf,  sur  le  fait  de 
l'excez  des  séances  d'après  disnée,  disent  que  ce  sont  ceux  de  Toloze 
qui  par  leur  avarice  en  sont  cause.  'Nota.  A  lestablissement,  les  va- 
cations estoient  d'un  escu  seulement  et  duroient  deux  heures.  Nota. 
Le  Parlement  vérifia  seulement  l'article  de  réunion  de  la  Chambre  au 
Parlement  des  ordonnances  dernières. 

1  Institut,  Coll.  Godefroy,  T.  274,  pièce  72.  15  juillet  1649. 


106  VARIETES 

Monseigneur, 
C'est  avec  un  extrême  desplaisii-  que  nous  sommes  contraincts  de 
vous  porter  nos  justes  plaintes  et  d'implorer  vostre  protection  con- 
tre les  entreprinses  de  Messieurs  du  Parlement  de  Tholoze.  Despuis 
l'establisseraent  de  nostre  compagnie,  ils  ont  travaillé  incessamment 
à  sa  ruine,  maisjusques  à   présent.  Monseigneur,  tous  leurs  efforts 
ont  esté  inutiles,  parce  que  nous  avons  tousjours  eu  le  droict  de  nos- 
tre costé,  ne  nous  estants  jamais  proposés  que  le  service  du  Roy,  le 
repos  de  ceste  province,  et  de  rendre  indifféremment  la  justice  à  nos 
ressortables  soubz  le  bénéfice  desEdictzqui  règlent  précisément  nos- 
tre conduicte  et  le  pouvoir  des  uns  et  des  autres.  De  sorte,  Monseis 
gneur,  que  ces  Messieurs  ayants  recogneu  qu'ils  ne  pouvoient  nou- 
opprimer  par  les  voyes  ordinaires  et  légitimes,    ils  recherchent  toute 
sorte  de  moyens  obliques  pour  troubler  le  repos  de  nostre  compagnie, 
et  nous  rendre  inutiles  en  la  fonction  de  nos  charges,  croyants  qu'il 
leur  est  loisible  de  tout  entreprendre   en  ce  temps.  L'arrest  par  eux 
rendu  le  vingt  neufvième  du  mois  d"aoust  dernier  en  fournit  une  très 
suffisante  preuve.  Nos  Jurisdictions,  Monseigneur,  sont  toutes  séparées 
par  les  Edicts,  et  ilz  n'ont  aucune  authorité  sur  nous,  qui  avens  l'hon- 
neur de  rendre  la  justice  souveraine  sur  nos  ressortables,  aussi  bien 
qu'eux   sur  les  leurs.   Néanmoins   par  leur  arrest  ils  nous  traitent 
comme  font  les  souverains  les  subalternes  ;  l'ayants  conceu  en  des 
termes  si  outrageux  que   si  ceste  licence  est  tolérée,   il  n'y  a  rien, 
Monseigneur,  quilz  n'osent  entreprendre.  En  quoy  ilz  ne  considèrent 
pas  que  leurs  injures  rejallissent  sur  enx-mesmes  puis  que  nous  ren- 
dons la  justice  conjoinctement,  sil  les  en  faut  croire.  Hz  vivent  dans 
le  parlement  comme  des  Gâtons,  et  dans  la  Chambre  avec  toute  sorte 
de  licence,  contre  la  définition  de  la  justice  et  de  toutes  les   autres 
vertus  qui  doivent  estre  pratiquées  constamment  pour  passer  pour 
telles.   Quelques  uns  d'entre  nous,  Monseigneur,  ont   eu  l'honneur 
d'avoir  commencé  l'exercice  de  leurs   charges,    soubs   le  règne  de 
Henri  le  grand  de  glorieuse  mémoire,   et  toutes  les  autres  despuis 
fort  longtemps,  ayant  tous  en  diverses  occasions  et  en  divers  emplois 
tesmoigné  nostre  zelle  au  service  du  Roy,  et  au  maintien  de  la  jus- 
tice. Cest  arrest,  Monseigneur,  contient   deux  chefz  :  le  premier  re- 
garde la  portion  des  Espices  que  le  Rapporteur  du  procès  doit  avoir; 
le  second,  l'esmolument  que  les  commissaires  doivent  prendre  des 
affaires  que  nous  appelions  de  Sabatines.  Vous  scavez.  Monseigneur, 
que  toutes  les  Compagnies  souveraines  du  Royaume  ont  des  usages 
fort  différents  les  uns  des  autres:  au  commencement  de  l'establisse- 
ment  de  la  Chambre  en  ceste  ville,  la  moitié  des  espices  feut  baillée 
au  Rapporteur,  et  cela  feut  observé  durant  vingt  et  quatre  ans,  après 


VARIETES  107 

lesquels  ceste  portion  fut  réduite  à  un  quatriesme,  ce  qui  fut  gardé 
environ  quinze  ans.  Mais  l'inégalité  des  distributions  des  procès  et 
l'avidité  de  quelques  conseillers  fut  cause  que  les  espices  feurent  ren- 
dues communes,  ce  qui  dura  sept  ou  huict  ans.  Et  nous  vous  pou- 
vons asseurer.  Monseigneur,  que  pendant  cette  communauté,  la  mo- 
dération des  taxes  fut  plus  grande  qu'elle  n'avoit  jamais  esté,  la 
justice  rendue  avec  plus  de  soing  et  de  diligence,  et  la  concorde  mieux 
entretenue  parce  que  les  conseillers  en  la  fonction  de  leurs  charges, 
avoient  pour  but  unique  leur  honneur  et  leur  devoir.  Mais  despuis 
trois  ans,  la  portion  du  Rapporteur  a  esté  réduicte  à  un  sixiesme 
et  quojque  cette  portion  soit  peu  considérable,  les  artifices  qui  se 
sont  pratiqués  pour  avoir  des  procès  ont  esté  si  grands  qu'il  s'est 
trouvé  qu'un  seul  conseiller  a  rapporté  durant  six  sepmaines  sur 
la  fin  de  la  dernière  séance  autant  que  les  autres  dix  et  neuf. 
Pour  les  consignations  des  après  disnées,  il  peut  estre  arrivé  que,  sur 
la  fin  des  séances  principalement,  il  y  a  eu  de  lexcès,  à  cause  que 
Messieurs  de  Tholoze  avant  leur  despart,  désiroient  dexpédier  leurs 
procès,  ce  qu'ilz  faisoient  bien  souvent  contre  la  volonté  des  procu- 
reurs et  en  labsence  des  parties.  Mais  si  en  l'un  ou  en  l'autre,  il  y  a 
eu  quelque  chose  à  dire,  nous  pouvons.  Monseigneur,  vous  asseurer 
en  gens  d'honneur  que  nous  en  sommes  très  innocents,  et  que  mesme 
nous  avons  faict  tout  ce  qui  nous  a  esté  possible  pour  y  apporter  le 
remède  nécessaire.  Et  quand,  sur  ce  suhjet,  il  vous  plairra  de  nous  ré- 
gler, nous  exécuterons  très  fidellement  vos  commandemens.  Mais  il 
nous  est  impossible  de  pouvoir  expédier  les  procès  et  surtout  les 
grandz  en  suivant  l'ordre  prescript  par  l'arrest  du  Parlement.  Ils  font 
en  la  grand  chambre  deux  bureaux,  de  sorte  que  cest  ordre  qu'ilz 
gardent  ne  les  peut  pas  incommoder,  outre  qu'en  un  seul  bureau, 
nous  jugeons  les  procès  qui  sont  divisés  entre  les  quatre  chambres  du 
Parlement;  mais,  quand  ces  raisons,  qui  sont  très  considérables,  cesse- 
roient,  celle  de  la  nouveauté  et  du  changement  qui  sont  tousjours  sui- 
vis de  beaucoup  dinconvénients,  comme  nous  l'avons  esprouvé  en  ceste 
occasion,  suffiroit  pour  nous  faire  tenir  constamment  à  nostre  an- 
cienne façon  de  vivre.  Hz  sont  telz,  Monseigneur,  que  ce  seroit  abu- 
ser de  vostre  patience  que  de  les  vous  dire  tous,  et  sont  pourtant  de 
telle  conséquence  que  la  justice  en  est  quelques  fois  blessée  et  l'hon- 
neur des  juges  intéressé. 

Nota.  Au  commencementde  nostre  establissement,  nous  employions 
deux  heures  à[^chaque  sabatine  et  les  commissaires  prenoient  un  escu 
chacun  :  nous  serions  très-aises  quil  vous  pleust  nous  le  prescrire 
ainsi.  Quant  aux  espices,  l'usage  mesme  en  a  changé  souvent  dans  le 
Parlement,  et  il  est  bien  certain,  que  plus  la  proportion  des  rappor- 


lOS  VARIETES 

teurs  sera  petite,  plus  l'avarice  sera  bannie  du  Palais,  et  l'honneur  de 
la  justice  restably.  Outre  ces  considérations,  Monseigneur,  il  y  en  a 
une  plus  forte,  cest  que,  si  nous  estions  obligez  de  suivre  les  ordres  du 
Parlement,  il  dépendroit  d'eux  de  rompre  la  chambre  quand  il  leur 
plairroit,  car  ilz  ont  commandé  aux  conseillers  de  Tholoze  qui  sont  icy 
de  cesser  la  justice,  si  leur  arrest  ne  sexécute  en  tous  ses  poincts, 
leur  désir  estant  si  grand  de  ruiner  nostre  Compagnie. 

Nota.  Que  pendant  sa  séance  à  Béziers,  les  dernières  ordonnances 
ayant  esté  envoyées  au  Parlement  pour  les  vérifFier,  ils  ne  vérifièrent 
que  le  seul  article  qui  ordonnoit  l'incorporation  de  la  chambre  au 
Parlement,  et  envoyèrent  larrest  de  registre  pour  le  faire  exécuter  ; 
auquel  Messieurs  qui  estoient  lors  en  séance  déférèrent  à  tel  poinct  que 
la  justice  en  fut  interrompue  durant  un  mois,  et  jusques  à  ce  que  par 
des  provizions  du  conseil,  il  leur  feut  enjoinct  d'en  continuer  l'admi- 
nistration. Toutes  ces  raisons,  Monseigneur,  nous  ont  obligés  à 
députer  le  donneur  de  la  présente  pour  vous  demander  la  réparation 
d'un  tel  attentat,  et  vous  supplier  très-humblement  et  avec  toute  sorte 
de  respect,  de  nous  maintenir  en  la  possession  en  laquelle  nous  som- 
mes despuis  cinquante  quatre  ans.  Nous  attandons.  Monseigneur,  de 
vostre  bonté  et  de  vostre  justice,  une  prompte  etfavorable  expédition. 
Cependant  nous  prierons  incessamment  Dieu  qu'il  luy  plaise  vous  con- 
server longuement  pour  le  bien  et  la  gloire  de  cest  estât,  et  serons 
inviolablement 

Monseigneur, 

voz  très-humbles,  très-obeyssans  et  très  fidelles  serviteurs. 

Jaussaud  Drandrin("?)  De  Buge 

Delaiper  De  Faure 

ScoRBiAC  Carlit  Julien 

Le  Bruyures(?) 

De  Castres,  ce  XV''  Juillet  1649. 


BIBLIOGRAPHIE 


Blason  populaire  de  Franche-Comté.  —  Sobriquets,  dictons,  contes 
relatifs  aux  villatres  du  Doubs,  du  Jura  et  de  la  Haute-Saône,  par 
Charles -Beauqier.  Paris,  E,  Lechevalier,  E.  Leroux,  1897. 

Ce  livre  est  le  troisième  que  M.  Beauquier  publie  sur  le  Doubs  ou 
la  Franche- Comté.  Le  premier  nous  donnait  en  1881  le  vocabulaire 
des  provincialismes  usités  dans  le  département  du  Doubs,  le  second 
réunissait  en  1894  les  chansons  populaires  de  Franche-Comté  ;  ce- 
lui-ci complète  les  deux  précédents.  Le  «  blason  populaire  »  ce 
sont  les  railleries,  les  plaisanteries,  les  sobriquets  au  moyen  desquels 
on  a  coutume  de  «  blasonner  »  les  habitants  d'une  province,  ou  ceux 
de  telle  ville  ou  de  tel  village.  Ce  n'est  souvent  qu'un  mot,  une  épi- 
thète  malveillante,  une  comparaison  comique  ou  grossière  amenée 
par  la  rime  ;  quelquefois  c'est  un  conte  dont  ceux  qu'il  s'agit  de 
blasonner  sont  les  héros  ridicules. 

Le  livre  n'est  amusant  dans  son  ensemble  que  pour  un  franc- 
comtois  ;  mais  les  récits,  les  anecdotes  sont  fort  intéressantes  pour 
les  folk-loristes  et  parfois  même  pour  tout  le  monde.  L'esprit  qui 
anime  toutes  ces  petites  histoires  ne  se  distingue  pas  par  sa  déli- 
catesse et  son  raffinement  ;  loin  de  là,  la  note  dominante  c'est  la 
grossièreté,  ce  sont  des  quolibets  rustiques  et  «  salés  »,  ce  qui  ne 
saurait  surprendre  au  pays  des  «  Bourguignons  salés  ». 

Certains  morceaux  pourtant  ne  présentent  pas  ce  caractère  et  fe- 
raient fort  bonne  figure  dans  un  recueil  de  «  jolies  histoires  «  pour 
les  enfants.  En  voici  deux  des  plus  courtes.  La  première  est  origi- 
naire du  village  de  Pretin  dont  les  habitants  sont  appelés  les  Anes. 
«  Un  jour  des  gamins  crièrent  à  une  bonne  femme  de  Pretin  qui 
était  à  sa  fenêtre  :  Bonjour,  la  mère  aux  ânes.  —  Bonjour,  mes  en- 
fants, répondit  malicieusement  la  vieille.  »  On  raconte  la  seconde 
sur  les  habitants  d'Anteuil  «  :  Une  taupe,  sans  respect  pour  l'oint  du 
Seigneur,  avait  complètement  ravagé  le  jardin  de  la  cure.  Il  ne  res- 
tait pas  au  pauvre  desservant  un  poireau  à  mettre  dans  son  pot  au 
feu!  Grand  émoi  dans  le  village  au  récit  de  ces  méfaits.  Des  parois- 
siens dévoués  guettèrent  la  taupe  au  lever  du  soleil  et  s'en  emparè- 
rent. Mais  de  quel  supplice  punir  ses  crimes  ?  La  mort  ordinaire  était 
trop  douce.  Le  conseil  municipal,  après  avoir  longuement  délibéré 
pour  savoir  si  on  l'écraserait,  si  on  la  brûlerait  ou  si  on  l'écorcherait, 


110  BIBLIOGRAPHIE 

décida,  pour  faire  un  exemple  mémorable,  qu'elle  serait  enterrée  vi- 
vante. » 

La  transcription  des  passages  qui  sont  en  patois  n'est  pas  uniforme, 
ce  qui  présente  sans  doute  un  inconvénient  médiocre  pour  un  ou- 
vrage destiné  au  grand  public  ;  l'écriture  fonétique  serait  ici  dépla- 
cée, mais  l'ortografe  que  ce  livre  nous  présente  contient  parfois  de 
graves  défectuosités  dont  quelques-unes  peuvent  être  qualifiées  d'er- 
reurs :  p.  134  qu'est-ce  qiCou  faite  et  qui?  «  qu'est-ce  que  vous  faites 
ici?»;  il  fallait  écrire  èqni  en  un  seul  mot  ;  c'est  l'équivalent  de  Dam- 
prichardi^M?,  provençal  açwi,  espagnol  agiii  provenant  de  latin  vulgaire 
'eccu-hic; —  p.  47  la  fête  d'Avoudrey  renfouche  et  dé;  il  fallait  écrire 
èdé  en  un  seul  mot  et  traduire  non  par  «  recommence  et  encore  », 
mais  «  recommence  toujours  »;  c'est  l'équivalent  de  vieux  français 
ades,  italien  adesso  ;  —  p.  61  et  quatre  quarts  lafomeno  ((  aux  quatre 
coins  est  la  famine  »;  il  serait  bien  préférable  d'écrire  es  quatre. . . ., 
puisque  le  mot  est  connu  par  le  vieux  français  et  même  par  quelques 
vieilles  expressions  passées  en  français  moderne  ;  —  p.  79  retounâ 
d' gens  d'Tchampey  ;  il  faut  lire  retounâ  dgens  d'Tchampey  ;  — 
p.  253  vos  en  ot  te  pris  est  inintelligible.  Il  faut  lire  vos  en  ot  u 
pris  ou  tout  au  moins  vos  en  ot  e  pris  ;  ce  faux  te  représente  latin 
ille. 

On  pourrait  relever  aussi  quelques  erreurs  de  traduction  comme 
à  Bondeval  ran  ne  va  qui  signifie  «  rien  ne  vaut  »  et  non  pas  «  rien 
ne  va,  » 

Le  recueil  de  M.  Beauquier  est  incomplet  et  il  n'en  pouvait  être 
autrement.  Il  est  impossible  de  recueillir  tous  les  sobriquets,  tous 
les  propos  satiriques,  toutes  les  petites  histoires  qui  ont  cours  sur  les 
habitants  des  différents  villages  d'une  province.  Voici  deux  anecdotes 
ayant  trait  aux  habitants  de  Quingey  qui  nous  reviennent  en  mé- 
moire. Un  paysan  de  Quingey  allait  à  Besançon  pour  un  jour  ou 
deux,  événement  considérable  dans  sa  vie.  Au  moment  de  partir  il 
prend  congé  de  ses  amis  et  connaissances  :  «Pierre,  lui  dit-on,  puis- 
que tu  vas  à  Besançon,  il  te  faudra  aller  au  théâtre,  on  dit  que  c'est 
bien  beau  ».  Pierre  va  en  effet  au  théâtre,  mais  s'i  ennuie  furieuse- 
ment. Au  bout  d'un  moment,  croyant  qu'il  s'est  trompé  ou  qu'on  lui 
a  joué  une  mauvaise  farce  en  lui  conseillant  d'aller  là,  il  veut  sortir, 
mais  il  i  a  du  monde  tout  autour  de  lui  et  il  ne  sait  par  où  passer. 
De  plus  tout  ce  monde  rit,  et  notre  brave  paysan  qui  croit  que  c'est 
à  ses  dépens  est  sur  le  point  de  se  fâcher  ;  la  seule  chose  qui 
l'arrête  c'est  qu'il  ne  sait  pas  au  juste  à  qui  s'en  prendre.  «  Eh  bien 
Pierre,  lui  dit-on  à  son  retour,  tu  t'es  bien  amusé  au  théâtre?  — 
Eh  non,  je  ne  m'i  suis  pas  amusé,  déclare-t-il  ;  il  est  venu   des  gens 


BIBLIOGRAPHIE  111 

qui  se  disputaient  et  qui  parlaient  de  leurs  affaires,  ça  ne  me  re- 
gardait pas  ;  et  puis  il  n'i  avait  près  de  moi  que  des  gens  qui 
avaient  l'air  de  rire  ;  je  leur  aurais  bien  foutu  quelque  chose  ».  L'au- 
tre historiette  concerne  les  pompiers  de  Quingey.  Comme  ils  n'ont 
pour  faire  l'exercice  qu'un  espace  très  resserré  il  leur  est  impossible 
d'i  évoluer  ;  tous  les  mouvements  se  font  sur  place.  On  leur  com- 
mande donc  :  «  Marchez  sans  marcher,  marche!  »,  ce  qui  veut  dire 
<c  marquez  le  pas  ».  Il  en  est  de  même  pour  tous  les  mouvements  qui 
demanderaient  un  déplacement,  i  compris  les  courses  les  plus  accé- 
lérées *. 

»  Mettons  à  profit  l'occasion  de  ce  compte  rendu  pour  signaler  à 
M.  Beauquier  une  formulette  incohérente  dans  le  genre  de  celle  qu'il 
cite  à  la  page  114,  intéressante  par  cela  même  qu'elle  n'oflre  à  peu  près 
aucun  sens.  Les  enfants  de  la  montagne  la  fredonnent  lorsqu'ils  font 
des  sifflets,  aus  époques  où  monte  la  sève,  avec  l'écorce  de  jeunes  pousses 
de  frêne.  Ils  sont  persuadés  que  sans  cette  formule  il  est  impossible  de 
réussir  un  sifflet  : 

Sève,  sève,  mon   tchotrot, 

Pè  le  roue  di  cul  d'Dgècot  ; 

Quaind  Djècot  serait  creva 

Mon  tchotrot  serait  sèva. 
On  y  ajoute  quelquefois  les  paroles  suivantes: 

S'  te  sèv'  bin 

T'  èrai  di  bon  vin, 

S'  te  sèv'  mau 

T'  èrai  di  pissot  d'tchevau. 
Voici  en  outre   en  patois  de  la  montagne  une  fort  jolie  chanson  qui 
manque   aux   «  Chansons    populaires    recueillies  en  Franche-Comté  ». 
M.  Beauquier  pourra  sans  doute  aisément  s'en  procurer  la  musique  : 
Lu  bé  Pierot 

Di  bon  mètin  Pierot  se  leuve  (bis) 

Qu'  ot  bin  poudra,  qu'ot  bin  friza  | 

Dèrie  le  rass'  s'en  ot   èla  S 


N'è  niun  trouva  qu'  le  bel  Hélène  (bis) 

«  Bon  dgeu  Hélèn',  —  Bon  dgeu  Pierot  1 

—  Lèvou  sont  èla  tous  vos  dgens  ?  J 

—  Mon  père  ot  èla  'le  tchèpelle  (bis) 
Mè  mère  ot  èla  qui  devaint  | 
Tout  mitenaint  è  reverraint  »  ( 

Di  continaint  le  mère  èrive  (bis) 

«  I  vos  seu  veni  demainda  ) 

Le  bel  Hélène  è  mèria  ( 


bis. 


bis. 


bis. 


112  BIBLIOGRAPHIE 

Le  livre  dont  il  est  ici  question  est  de  ceux  qui  doivent  avoir  plu- 
sieurs éditions  parce  qu'il  intéresse  beaucoup  de  personnes  à  des  ti- 
tres différents.  Dans  le  cas  particulier  il  est  à  souhaiter  qu'il  les  ait 
parce  qu'avec  un  chercheur  comme  M.  Beauquier  on  peut  être  sûr 
d'avance  que  ce  recueil  se  perfectionnera  et  s'enrichira  continuelle- 
ment ;  le  supplément  qui  est  à  la  fin  du  livre  et  qui  représente  sans 
doute  les  documents  que  l'auteur  a  réunis  pendant  que  l'ouvrage 
était  en  cours  d'impression,  permet  d'augurer  de  la  moisson  qu'il  fera 
encore  dans  la  suite. 

Maurice  Grammont. 


Germain  Arnaud.  Recueil  méthodique  de  compositions  françaises. 
ou  Tart  du  développement  appliqué  au  discours  et  à  la  disserta- 
tion. (Un  vol.  in.-12,  xviii-592  pp.)  Mai-seilie,  Laflitte,  1896. 

Le  même.  La  vie  publique  des  Romains  décrite  par  les  auteurs  latins. 

Nouveau  recueil  de  versions    latines.  (Un    vol.    in. -12,  330  pp.  Table 
générale,  48  pp.)  Marseille,  Lalïitte,  1895. 

Bien  que  la  Revue  des  Langues  Romanes  n'ait  pas  pour  objet  pro- 
pre la  pédagogie  classique,  ses  liens  avec  le  monde  universitaire  de 
notre  région  sont  assez  étroits  pour  qu'on  ne  s'étonne  pas  d'y 
trouver  quelques  mots  sur  ces  publications.  D'ailleurs,  il  est  trop 
rare  de  voir  une  tentative  de  décentralisation  en  matière  de  livres 
classiques,  de  philologie  latine  ou  française,  pour  que  ce  ne  soit  pas 
un  devoir  pour  nous  de  la  signaler,  d'y  applaudir,  de  l'encourager:  il 
ne  faut  pas  un  mince  courage  à  un  professeur  de  province  et  à  un  édi- 
teur de  province  pour  s'associer  et  lancer  à  forces  communes,  —  sans 
protection  ministérielle,  sans  patronage  dans  les  revues  consacrées  par 
les  maisons  de  librairie  parisiennes  aux  questions  d'enseignement  et  de 
réclame,  —  un  recueil  de  discours  français  et  un  recueil  de  versions 
latines. 

L'un  et  l'autre  sont  remarquables.  Celui-ci  donne  un  tableau  de  la 
vie  publique  et  politique  des  Romains,  celui-là  une  sorte  d'histoire  en 
action  de  la  littérature  française.  Un  rhétoricien  qui  aura  fait  toutes  les 


—  Not'  Hélène  ot  bin  trop  djuenotte  {bis) 
N'ot  ne  véti  ne  trossela  (    , . 

Mon  bé  Pierot,  faut  t'en  èla.  »  ) 

Pierot  s'en  vè  trouva  se  mère  i^bis) 

Bin  tchègrina,  bin  dézola  J      . 

De  c'  qu'èl  ot  ôvu  refuza  j 


BIBLIOGRAPHIE  1  l  ^ 

versions  du  recueil  aura  des  idées,  —  sinon  très  complètes,  au  moins 
originales  et  puisées  aux  sources  authentiques,  —  sur  les  événements 
et  les  personnages  de  la  vie  romaine,  sur  les  institutions,  sur  les  mœurs 
l)olitiques,  sur  mille  traits  de  la  religion,  de  la  philosophie,  des  idées 
du  peuple.  11  n'est  pas  inutile  d'apprendre  à  des  jeunes  Français  de 
la  fin  du  X1X«  siècle  que  tel  Romain  a  trouvé  que  «  les  jeux  du  cirque 
manquent  d'intérêt:  »  cela  fera  peut-être  un  adepte  de  moins  pour  la 
tauromachie.  Il  est  bon  de  leur  montrer  qu'un  sénateur  convaincu  de 
péculat,  s'il  continue  à  siéger,  excite  l'indignation  publique  et  soulève 
la  clameur  de  l'histoire  :  cela  pourra  éclairer  quelque  futur  électeur 
de  Loches  ou  du  Var.  Un  candidat  à  la  licence  qui  aurait  traduit  ou 
lu  de  près  tous  ces  textes  serait  en  mesure  de  répondre  parfaite- 
ment et  avec  originalité  aux  questions  d'histoire  et  d'archéologie  ro- 
maine. Toutefois  j'exprimerai  le  regret  que  M.  Arnaud  n'ait  pas 
cru  devoir  proposer  comme  sujet  de  version  quelque  belle  inscription 
romaine,  la  Lex  Regia  ou  les  Tables  Claudiennes,  que  l'on  pourrait 
en  rhétorique  faire  comparer  avec  le  discours  de  Claude  rapporté  par 
Tacite. 

Le  recueil  de  discours  et  dissertations  présente  aussi  de  sérieuses 
qualités.  Il  comprend  des  sujets  traités  et  des  sujets  à  traiter.  Dans 
la  première  partie,  l'auteur  indique  comment  on  développe  un  dis- 
cours d'après  un  plan  donné,  comment  on  fait  le  plan  d'une  disser- 
tation, et  donne  des  dissertations  littéraires,  des  analyses  et  études 
littéraires  développées,  qui  s'adressent  à  la  licence  plus  qu'au  bacca- 
lauréat. Dans  sa  seconde  partie,  il  donne  plus  de  deux  cents  sujets 
littéraires  ou  historiques,  pris  dans  toutes  les  époques  et  toutes  les 
littératures,  depuis  le  XIV-^  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Beaucoup  de  ces 
matières  sont  connues  et  d'un  développement  classique,  bien  que  M. 
Arnaud  ait  eu  le  bon  goût  de  ne  rien  emprunter  à  Pieri'ot-Deseilli- 
gny  et  au  recueil  des  Concours  Généraux.  Mais  d'autres  sont  presque 
originales,  et  les  matières  tirées  de  l'histoire  contemporaine,  littéraire 
ou  politique  notamment,  auront  du  succès  auprès  de  nos  rhétoriciens. 
Mais  qui  sait  si  tous  ces  efforts  qu'on  fait  pour  rajeunir  l'institution 
séculaire  du  discours  français  n'en  démontrent  pas  surtout  la  va- 
nité? Qui  sait  s'il  est  nécessaire  que  tous  les  collégiens  de  France 
s'escriment  à  faire  parler  Bonaparte,  Jean-Jacques,  Mirabeau,  Fran- 
klin et  Louis  XIV?  0  baccalauréat,  que  de  sottises  ces  grands  hom- 
mes disent  en  ton  nom!  Convenons  cependant  que,  le  genre  admis, 
les  sujets  de  M.  Arnaud  sont  bien  choisis  et  intéressants,  et  souhai- 
tons bonne  chance  à  cette  louable  tentative,  qui  prouve  le  talent  et 
l'indépendance  d'esprit  de  son  auteur. 

L.-G.  P. 


114  BIBLIOGRAPHIE 


Carnet  de  voyage  d'un  Antiquaire  poitevin,  par  Jos.  Berthelé, 
ancien  archiviste  du  département  des  Deux-Sèvres,  ancien  directeur 
de  la  Revue  poitevine  et  saintongeaise,  archiviste  du  département  de 
l'Hérault.  —  Paris,  E.  Lechevalier  ;  Montpellier,  Joseph  Calas,  un  vol. 
in-8°  de  384  pp.  (Extrait  en  majeure  partie  de  la  Revue  p oit evijie  et 
saintongeaisé). 

Ce  volume  s'adresse  surtout  aux  archéologues.  Nos  lecteurs  y 
trouveront  cependant  (pp.  208  à  234)  un  chapitre  susceptible  de  les 
intéresser  :  une  notice  nécrologique,  suivie  d'une  bibliographie  très 
complète  —  trop  complète  ?  —  sur  l'imprimeur-éditeur  niortais, 
M.  LÉOPOLD  Favre,  auquel  on  doit  notamment  un  certain  nombre  de 
publications  ou  de  réimpressions  relatives  à  la  philologie  romane  :  — 
Noëls  poitevins  et  saintongeois,  compousis  en  bea  lingage  poicte- 
vinea  (1845),  —  Glossaire  du  Poitou,  de  la  Saintonge  et  de  VAunis 
(1867),  — Églogries  poitevines,  par  feu  messire  Jean  Babu,  curé  de 
Soudan  (1875,  premier  volume  de  la  Bibliothèque  du  patois  poitevin). 
Dictionnaire  historique  de  Vancien  langage  français  de  La  Curne 
DE  Saixte-Palaye  (10  vol.  in-4°,  1875-1882),—  Œuvres  de  Rabelais 
(5  vol. in-8°,  1875-1880), — le  Glossaire  de  la  Curne  de  Sainte-Palaye 
et  M.  Paul  Meyer,  rédacteur  à  la  «  Romania  >.  (1875),  —  Histoire 
de  Mélusine,  par  Nodot(1876),  —  Revue  historique  de  V ancienne  lan- 
gue française  et  Revue  des  patois  de  Fratice  (2  vol.  1877  et  1878\  — 
la  Gente  Poétevinrie  (1878),  —  Rolea  divisi  en  beacot  de  pèces 
(1878),  —  La  Mizaille  à  Tauni  toute  birolée  de  nouveâ  et  frésche- 
mont  émollée,  comédie  poitevine  (1878),  —  Parabole  de  VEnfant 
prodigue,  traduite  en  88  patois  divers  de  la  France  (1878),  —  Du 
Cange,  Glossaire  français,  avec  additions  (2  vol.  1879),  —  Supplé- 
ment aux  Glossaires  du  Poitou  (1881),  —  Glossaires  du  Droit  fran- 
çais, de  Laurière  (1882),  — Glossaire  du  Code  féodal  {18S7),  — 
Dictionnaire  des  termes  du  vieux  français,  de  Borkl  (1882).  —  Les 
patois  de  France  (1882).  —  La  Ministresse  Nicole,  dialogue  poic- 
tevin  (1882),  —  Les  amours  de  Colas,  comédie  loudunoise  en  beau 
langage  poitevin  (1882),  —  Glossarium  mediœ  et  infimœ  latinitalis 
de  Du  Gange  (10  vol.  in-4°,  1883  87),  —  Glossaire  de  la  langue 
romane  de  Roquefort  (23  feuilles  seulement).  —  etc. 

Malgré  ses  insuffisances  scientifiques,  l'œuvre  de  M.  Léopold  Favre 
méritait  la  notice  que  M.  Berthelé  lui  a  consacrée  et  les  quelques 
lig'nes  que  nous  venons  à  notre  tour  de  lui  accorder.  Au  total,  ce 
n'est  pas  un  mince  mérite  d'avoir  publié  La  Curne  de  Sainte-Palaye 
et  d'avoir  donné  de  Du  C.\nge  une  édition  nouvelle,  qui  sans  faire 
oublier  celle    de  Didot,  la  remplace    avantageusement.  M.  Favre  a 


BIBLIOGRAPHIE  115 

augmenté  d'une  façon  assez  notable, le  travail  de  Henschel,  et  quoi- 
qu'il n'ait  pas  osé  entreprendre  en  la  circonstance  la  grosse  tâche  que 
les  progrès  de  Térudition  contemporaine  semblaient  presque  lui  im- 
poser, il  n'en  a  pas  moins  réussi  à  conduire  à  bonne  fin  une  entreprise 
devant  laquelle  plus  d'un  autre  avait  reculé.  Il  a  rendu  notre  grande 
encyclopédie  du  moyen  âge  accessible  à  beaucoup,  auxquels  il  eût  été 
impossible  de  se  procurer  les  exemplaires,  devenus  rares,  de  l'édi- 
tion Didot. 

Pour  être  d'une  valeur  inférieure,  les  autres  publications  patoises 
de  M.  Favre  restent  dignes  d'estime,  et  elles  garderont  une  place 
honorable,  parmi  ces  «  travaux  d'amateurs  »,  dont  il  convient  évidem- 
ment de  ne  pas  surfaire  l'importance,  mais  dont  les  auteurs  ne  doivent 
pas  être  pour  cela  dédaignés  et  découragé?,  car,  en  fin  de  compte,  la 
science  y  trouve  son  profit,  et,  plus  que  toute  autre  peut-être,  la  phi- 
lologie romane  a  besoin  des  hommes  de  bonne  volonté. 

A.   V. 


Bibliographie  poitevine. M.  Gabriel  Lévrier,par  Alphonse  Farault.— 
Dans  la  Reviie  poitevine  et  des  confins  de  la  Touraine  et  de  l'Anjou, 
tome  XIII,  n°  du  15  novembre  18%,  pp.  341  à  343. 

M.  Gabriel  Lévrier,  mort  à  Gelles-sur-Belle  (Deux-Sèvres),  le  9 
mars  1896,  était  l'auteur  1°  d'un  Dictionnaire  étymologique  du  patois 
poitevin  (Niort,  1867),  publié  d'abord  sous  ce  titre  :  Picles  et  Poite- 
vins, histoire  etphilologie  (Niort,  1866)%  2°  de  Poésies  patoises  en 
langue  des  environs  de  Celles  {Deux-Sèvres),  parues  de  1861  à 
1863,  dans  le  journal  le  Mellois,  sous  la  signature  un  Pinzan  et 
réunies  en  un  fascicule,  en  1892,  par  M.  A.  Favraud^,  qui  les  a  fait 
précéder  d'une  «  introduction  contenant  la  grammaire  de  ce  dialecte.  » 


1  Cf.  la  critique  qu'en  a  faite  M.  Louis  Duval  (alors  bibliothécaire-ar- 
chiviste de  la  ville  de  Niort,  aujourd'hui  archiviste  du  département  de 
rOrne),  sous  ce  titre  :  Études  critiques  sur  le  patois  poitevin  (Niort,  1867, 
in-S"  de  12  pp.) 

^  «  Elles  ont  été  réunies,  composées  et  imprimées  par  M.  A.Favraud, 
inspecteur  primaire  en  retraite,  sur  les  presses  de  M.  Th.  Voleau,  im- 
primeur à  Angouléme;  les  exemplaires  ont  aussi  été  brochés  par  M. 
A.  Favraud  qui,  seul,  a  mis  la  main  à  cette  publication.  » 


116  BlBr,IOGRAPHIE 

Poésies  de  Jean  Babu,  curé  de  Soudan,  sur  la  ruine  des  Temples  pro- 
testants de  Ghampdeniers,  d'Esoudun  et  de  la  Mothe-Saint-Héraye 
(1663-1682),  publiées  avec  notices,  commentaires  et  pièces  justifica- 
tives, par  Alfred  Richard,  archiviste  de  la  Vienne.  — Poitiers,  P. 
Blanchier,  1892,  in-12  de  152  pages. 

Les  Deloiremont  cVin  oncien  des  huguenots  de  Chondené  après 
la  rouine  do  prêche  ont  été  souvent,  mais  à  tort,  attribués  à  l'apothi- 
caire Jean  Drouhet.  —  M.  Alfred  Richard  a  retrouvé,  dans  un 
recueil  mss.  de  la  Bibliothèque  de  Poitiers,  \e  Dialoge  su  la  destruc- 
tion do  temple  de  la  Mothe-Saint-Eéraie,  et  dans  un  exemplaire  de 
la  Gente  Poétevin'rie,  possédé  par  le  bibliophile  châtelleraudais  M. 
Arthur  Labbé,  la  Doléonce  d'un  Huguenot  su  le  pidou  estât  de  lou 
temple  (récit  de  la  destruction  du  temple  d'Exoudun).  —  Il  reste 
encore  deux  pièces  de  Babu  à  retrouver  :  le  Récit  de  la  destruction 
du  temple  de  Saint-Maixent  en  1665  et  la  traduction  en  vsrs  patois 
des  Bucoliques  de  Virgile. 

Cf.  le  compte  rendu  de  M.  Alphonse  Farault,  dans  la  Revue  poite- 
vine et  des  confins   de  la  Touraine  et  de  V Anjou ^   13' 
du  15  novembre  1896,  pp.  344-345. 


Archives  de  la  ville  de  Montpellier,  inventaires  et  documents.  — 

Tome  I^"',  premier  fascicule.  —  Notice  sur  les  anciens  inventaires  des 
Archives  municipales  de  Montpellier,  par  Ferdinand  Castets,  maire  de 
Montpellier,  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres,  et  Jos.  Berthelé,  chargé 
de  la  haute  direction  des  Archives  de  Montpellier,  —  Montpellier, 
imp.  Serre  et  Roumégous,  in-4o  de  143  pp.,  avec  seize  autotypies 
dans  le   texte  ou  hors  texte. 

Le  premier  chapitre  de  cette  notice  —  les  Inventaires  antérieurs 
à  1662  (pp.  3  à  30)  —  est  celui  qui  se  rapporte  le  plus  à  nos  études. 
Nous  y  signalerons  :  1»  les  cinq  fac-similés  reproduisant  in-extenso 
(pp.  5,  8,  9,  13  et  16)  l'inventaire  en  langue  romane  des  Archives  de 
la  Commune  Clôture,  de  1264,  dont  le  texte  a  été  publié  par  Achille 
Montel  dans  la  Revue  des  Langues  romanes  (t.  ii,  pp.  97  â  99)  ; 
—  2"  la  publication  in-extenso  (pp.  6  à  19),  accompagnée  de  la  re- 
production en  fac-similé  (|).  19)  de  la  page  initiale  du  mss  ,  de 
l'inventaire  également  en  langue  romane,  jusqu'ici  inédit,  des  Ar- 
chives du  Consulat,  fin  du  XII1«  siècle;  —  3"  la  reproduction  en 
fac-similé  (p.  21)  d'une  page  d'un  autre  inventaire,  aussi  en  langue 
romane,  des  Archives  du  Consulat  (première  moitié  du  XIV«  siècle], 
publié  in-extenso  en  1873,  par   Achille   Montel,  dans  la  Revue  des 


BIBLIOGRAPHIE  117 

Langues  romanes  (t.  m,  pp.  9  à  67)  ;  —  4°  la  reconstitution  (avec 
fi<^,  p.  29)  de  la  disposition  qu'ont  affectée,  du  XV«  au  XYIII^  siècle, 
deux  des  armoires  du  fond  des  Arciiives  municipales  de  Montpellier 
dit  le  «  Grand  Chartrier  »  ou  les  «  Grandes  Archives  ». 

Le  second  chapitre  (pp.  31  à  66,  avec  portrait  et  fac-similé  paléo- 
graphique ;  cf.  pp.  115  à  122)  est  une  notice  bio-bibliographique  très 
étendue  et  rédigée  en  partie  d'après  des  documents  nouveaux  (pro- 
evenant  des  Archives  de  Montpellier,  de  Marseille,  de  Sisteron,  etc. 
sur  l'historiographe-archiviste  Pierre  Louvet,  personnage  assez  connu 
dans  l'histoire  littéraire  du  XVI  1«  siècle,  auteur  d'une  trentaine  de 
volumes  d'histoire  provinciale  ou  générale,  qui  inventoria  en  1662-63 
le  Grand  Chartrier  de  Montpellier  '. 

Les  six  chapitres  suivants  ont  pour  objet  :  —  111.  U Inventaire  de 
Joffre  en  16G2-1663  (pp.  67  à  79)  ;  —  IV.  Joffre  et  les  Cartulaires 
municipaux  (pp.  80  à  86)  ;  —  V.  L'Inventaire  de  Joffre  et  de  Darles 
en  1693  (pp.  87  à  94)  ;  —  VI.  Inventaires  et  récolenienls  du  XVIII^ 
siècle  (pp.  95  à  102);  —  VII.  Le  reclassement  du  XIX^  siècle  (pp. 
103-104);  —  VIII.  La  Tour  des  Pins  (pp.  105  à  114).  Ce  dernier 
chapitre  est  une  notice  historique  et  archéologique  sur  l'ancienne 
tour  des  fortifications  de  Montpellier,  où  sont  actuellement  installées 
les  Archives  municipales. 

Le  fascicule  se  termine  par  54  pièces  justificatives  (pp.  115  à  143) 
dont  31  du  XV1I«  siècle,  21  du  XVII 1*  et  2  du  XIX«,  qui  se  réfèrent 
aux  chapitres  II  à  VU  et  contiennent  d'intéressants  détails  sur  les 
travaux  d'inventaire  de  Pierre  Louvet,  de  François  Joffre,  de  Guil- 
laume Darles,  etc.,  et  aussi  sur  les  publications  de  Pierre  Louvet 
relatives  au  Languedoc,  à  la  Guyenne  et  à  la  Provence. 

En  ce  qui  concerne  le  côté  typographique  de  l'œuvre  et  les  illus- 
trations (fac-similés  paléographiques,  sigillographiques,  etc.),  on 
peut  et  même  on  doit  dire  que  la  ville  de  Montpellier  a  «  bien  fait 
les  choses  ».  Il  est  peu  d'inventaires  d'archives  qui  se  présentent 
dans  d'aussi  belles  conditions  ^. 

A.  Y. 


1  Cet  Inventaire  de  Louvet  doit  former  le  tome  I»"^  des  Archives  de 
Montpellier. 

2  Nos  lecteurs  nous  sauront  gré  de  reproduire  ici  quatre  des  fac-similé 
mentionnés  dans  cet  article,  dont  les  clichés  nous  ont  été  gracieuse- 
ment communiqués  par  l'administration  municipale. 


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jj'cfifitiiuui-'tttimftftï'n  quiMii  -ltTp('jr  Lif  au- 
af  ïs:(bçcûîtH,^«'  cnkfmti  tiU  obiî-  cr 
'«Aoscnon  que  lufeCucraToî?  'kî  ncgrjfli  tt 
que  fhmii  fam^  Mon  Antlft  tie  cirr 
a9  AuTt  ifcnmt'  (,^m\avimmù  an  m> 
l«.iî0.i^carra^  (tm\^)iù'l\  mu  f  cn.ï^ 
tcpît^  nociît ♦  cl4ura  y  en-  f-i-.  nontt 
bobm^  mUnnô  Mi  WU  ït|»lcm  tctnonf 
eniia''«i4\t'ct>«iwgc<n.    jrè'.utrtî» 
tKirct»  ^Aqitcl«  mc*«iÎ!^  noartô  clïnr 

y    mêai^nJîc{Af4ntum.  ^rc«i.u!jfir 
m"^^  h<mi<$  dhaitiô.-:  :  ^WTR^'sir* 


li; 


x\xm  avm  (Wircticnr  en  qitU  sim  h  ohim 
Atttitittoir  Auliutcnf  îtmonmf  qitc  dtr 
U  fiu  ttwj^on  <iut^  ittrtal  \oîuX  nouîtl 

iciwii  vwPîu<^^^iî^ï*'^wç  dmufciuift 
onfd  que  totnf  ljei0  Ittu^  o\ii\c^  uol^l  - 

im4  CUT4'  o^nicTuitt  «t  (jml  ^/4  U  ob 
d  îmfqflçè  citçai-^td»  Tua  maîjon  q«(@ 
crÀqiid  Ittftinicn  tw3$  bm^  «itteoki 

-  sa  en  w\;ânix!co(stt^?m»  i\9  obmts/ 

que  AqucI  tttlUmcii  que  d  A0!l|?  <î»1>^d 
,   mut^  toci$  tîtgn-aîTqueiU  tVttotiùîi  - 
^_  b  tdêw  awt:*  îii  metfton.'   Iptn  Au 
[   m«  çanns«  ancclteûft  «rennan^  e- 
^  tt fwvcttipîoftci».:  ^Kw  uni  carta$Km 


J 


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L  m  xm  mt^Un  nqtânoMmcn  œn  ci  Ui 
%BMnm  ara  ttttciim4î^4?i  ît^jkrtî^^a 

[  qtulpi^x  W&hnfé  bgïja&n  Aiian  nj^ 
'  pim^Aimk(  ®rt-  4ttOîi  CAvtA  m ,  I 


kCijii.   __„ . àaSfeft^.l-  I.,--  'i" 


122  BIBLIOGRAPHIE 

Gaspard  Pult.  —  Le  parler  de  Sent  {Basse- Engadine). 
Lausanne,  F.  Payot,  1897. 

M.  Piilt  apporte  avec  ce  livre  une  nouvelle  contribution  à  l'étude 
scientifique  àa  ladin  ou  rétoroman.  C'est  une  des  langues  romanes  les 
mieux  connues  aujourdui,  et  il  i  a  de  ce  fait  trois  raisons  évidentes, 
la  première,  c'est  qu'elle  a  eu  la  chance  d'avoir  des  interprètes  comme 
M.  Ascoli  et  M.  Gartner;  la  seconde,  c'est  qu'elle  n'occupe  qu'un 
domaine  géografique  très  restreint;  la  troisième,  c'est  qu'elle  ne  com- 
prend que  des  patois.  Mais  on  sait  que,  dans  n'importe  quelle  région, 
les  deux  patois  les  plus  voisins  diffèrent  notablement  l'un  de  l'autre, 
et  que  la  connaissance  de  l'un  ne  saurait  en  aucune  façon  dispenser 
de  celle  de  l'autre.  Cette  considération  n'est  d'ailleurs  nullement  né- 
cessaire pour  justifier  l'existence  du  travail  de  M.  Pult,  qui  présente 
d'autres  titres  à  notre  attention  :  d'abord  le  parler  de  Sent  est  un  des 
patois  les  plus  importants  de  la  Basse-Engadine  ;  d'autre  part,  l'ou- 
vrage de  l'auteur  est  très  bien  fait  et  très  approfondi. 

M.  Pult  a  réservé,  comme  il  convenait,  la  principale  place  à  la  fo- 
nétique,  et  n'a  examiné  la  morfologie  qu'en  tant  qu'elle  diffère  de 
celle  des  patois  déjà  publiés.  Il  ne  s'est  pas  contenté,  comme  on  le 
fait  trop  souvent,  de  donner  pour  chaque  fonème  la  petite  liste  d'exem- 
ples qui  est  partout  ;  il  s'est  efforcé,  autant  que  possible,  d'expliquer 
tout  le  vocabulaire,  citant  à  l'appui  de  ses  lois  ou  de  ses  observations 
de  dix-huit  cents  à  deux  mille  mots,  tâchant  de  rendre  compte  des 
particularités  que  présentent  quelques-uns  et  i  réussissant  la  plupart 
du  temps,  cherchant  à  reconstituer  l'évolution  des  fonèmes  et  arrivant 
généralement  à  des  résultats  au  moins  probables.  Il  réunit  à  la  fin  de 
sa  fonétique  les  principaux  vocables  d'origine  germanique  que  pos- 
sède le  parler  de  Sent  et  cherche  à  montrer  par  où  et  sous  quelle 
forme  ils  ont  péuétré  dans  ce  patois.  Quoique  l'objet  de  son 
étude  ne  soit  que  la  langue  actuellement  parlée  et  en  particulier 
celle  des  paysans,  qui  est  la  vraie,  il  a  pris  soin  de  consulter 
les  anciens  manuscrits  de  la  région  pour  i  trouver  comme  une 
fase  antérieure  du  parler  de  Sent.  Il  en  a  tiré  parfois  de  précieuses 
indications,  p.  28  et  suiv.  pour  l'existence  ancienne  de  ce  son  inter- 
médiaire entre  é  et  i  qu'il  est  le  premier  à  signaler  en  rétoroman, 
p.  32  pour  l'origine  purement  fonétique  de  iou  dans  miou,  d'iou,  etc. 

Ces  éloges  mérités  ne  sauraient  nous  empêcher  de  critiquer  l'auteur 
sur  certains  points. 

Au  point  de  vue  de  la  forme  tout  d'abord  nous  signalerons  l'emploi 
immodéré  du  signe  =  dans  des  sens  variés  :  1°  «  fèi-m  (firmum^  = 
fort  »,  c'est-à-dire  signifie  «  fort  •>;  2°  «  diem  =  di  »,  c'est-à-dire  est 


BIBI.TOGRAPHIE  123 

devenu  «  di  »;  3°  adôss  (addorsum)  =  italien  :  adosso  »,  c'est-à-dire 
est  l'équivalent  de  ital. . .,  égale  ital. .  .;  c'est  le  seul  cas  où  ce  signe 
soit  justifié;  4°  «  son  =  somnum^^,  c'est-à-dire  provient  de  «  somnum  »; 
5°  «  minhiln  pila  la  sia  =  vers  d'une  chanson  chantée  pendant  une 
contredanse  »,  c'est-à-dire  ces  quatre  mots  sont  un  vers.  .  . 

Dans  la  fonétique,  quelques  défectuosités,  quelques  lacunes  : 

§  5  «  ai  secondaire  donne  quelquefois  è  »  ;  on  aimerait  à  savoir  au 
juste  dans  quels  cas.  Ce  point  valait  la  peine  d'être  élucidé,  puisque 
le  tlpepladtu  donne  plèt  (241)  tandis  que  lacté  donne  latt  (240),  que 
facere  donne /«r  (260),  puisque  —aria,  — aria  donne  — èr,  —  èra  (314) 
tandis  que^jZacei  donne  plaja^  (216),  que  ^jace  donne  pach  (217),  que 
ratione  donne  rqjun  (299),  que  'rasea  donne  raja  (306),  etc. 

§  56  la  forme  trai>i  de  très  n'est  due  à  aucune  analogie,  puisque 
ai  est  le  produit  normal  de  ë  libre  ;  ce  traitement  représenté  aussi 
par  le  fr.  trois,  n'a  rien  de  plus  surprenant  que  celui  qui  suppose 
l'ê  entravé  par  l's,  comme  dans  Damprichard  t7'ô,  par  exemple. 

§  267  «  Dans  le  groupe  In,  l  tombe  :  halneum  =  Ion  >>.  La  chute 
de  17  dans  ce  mot  ne  rentre  pas  dans  l'évolution  du  dialecte  de  Sent; 
elle  doit  être  reportée  au  latin  vulgaire.  Même  observation  pour  la 
chute  de  m  final  dans  les  polisillabes  §  326. 

§  178  «  hlotchir  (glocire)  =  murmurer,  glousser,  étant  la  seule 
forme  en  gl,  ce  groupe  est  devenu  kl  par  analogie  avec  les  autres 
formes  ''c'est-à-dire  d'après  Tdèr  (claru),  klaf  (claue),  etc.]  ».  Nous 
ne  comprenons  pas  ce  que  l'auteur  a  voulu  dire,  étant  donné  que  l'on 
trouve  dans  son  dialecte  glèra  (glarea),  glatch  (glacie).  La  forme 
*clocire  ('clociare)  paraît  être  sortie  de  glocire  dès  en  latin  vulgaire 
dans  la  plupart  des  régions:  it.  chiocciare,  roum.  clocei,  prov.  clocir, 
esp.  cloquear,  port,  chocar,  v.fr.  closser.  Les  formes  du  fr.  mod.  glous- 
ser, prov.  glocir  sont  à  peu  près  isolées.  Il  y  a  eu  sans  doute  assi- 
milation de  la  consonne  initiale  du  mot  à  celle  qui  commence  la 
sillabe  suivante,  assimilation  qui  remonte  forcément  très  haut  puis- 
qu'elle n'a  pu  se  faire  qu'à  une  époque  où  le  c  se  prononçait  encore 
dur  devant  i.  Les  assimilations  de  ce  genre  se  produisent  dans  les 
mots  où  le  sujet  parlant  croit  sentir  un  redoublement  ;  *clocire  est  un 
exemple  à  ajouter  à  ceux  que  nous  avons  signalés  ailleurs  {la  dissi- 
milation,  p.  169):  lat.  hiho  de  pibô,  barba  de  'farba,  coquo  de  'quequô 
de  '^^egô.  quinque  de  *penqe,  v.  irl.  côic  de  *penqe,  ital.  berbena  de 
uerbena,  bombero  de  'vombero,  v.  ital.  Ciciglia  de  Sicilia,  fr.  chercher 
de  v.  fr.  cerchier,  etc.  A  Sent  même  on  dit  djandjiva  de  'jendjiva  ou 
*yandjiva,  brûmbla   de  *priLmbla,  etc. 

'  Ne  disposant  pas  de  signes  spéciaux,  nous  introduisons  dans  nos 
transcriptions/  et  ch  avec  la  valeur  qu'ils  ont  en  français. 


124  BIBLIOGRAPHIE 

Nous  regrettons  aussi  que  l'auteur  n'ait  pas  examiné  comme  ils 
le  méritaient  les  cas  de  dissimilation  qu'offre  son  patois.  Ce  legret 
ne  nous  est  pas  causé  par  les  mots  tels  quo  orma  de  anima,  barm'ôr 
de  'henemortu,  domhrar  de  numerare,  real  de  légale,  kurté  de  cultellu, 
burella  de  'hullella  pai-  rinteiiuédiaiie  de  "hulella  (dans  ce  dialecte 
consonne  géminée  se  simplifie  av;int  l'accent  et  reste  double  après), 
Z/urZÏM  diminutif  du  précédent;  ces  exemples  ont  en  effet  des  équivalents 
dans  la  idupart  des  langues  romanes  et  sontmaintenant  bien  connus. 
Mais  le  parler  de  Sent  fournit  au  moins  trois  exemples  de  dissimi- 
lation qui  présentent  un  intérêt  tout  particulier:  trahla  «  conte  »  pa- 
rabola;  le  h  fait  perdre  au  p  l'articulation  labiale  ;  il  est  alors  rem- 
placé par  l'occlusive  sourde  non  labiale  dont  le  point  d'ai-ticulatiou 
est  le  plus  voisin  de  celui  des  labiales,  à  savoir  la  dentale  t  ;  —  ta- 
vélar  «  parler  »  'fabellare  fénomèue  analogue  ;  le  u  a  fait  perdre  à 
Vf  k  la  fois  l'articulation  labiale  et  la  continuité,  d'où  l'occlusive 
sourde  dentale  t;  —  Icuchtapp  «  lettre»  buchstabe  ;  kuchtapp  sort 
évidemment  de  'puchtapp  (Cf.  Champell,  22,  pustapps).  C'est  toujours 
un  exemple  du  même  genre,  mais  plus  curieux  encore  à  cause  du  k: 
le  p  implosif  a  fait  perdre  au  p  initial  l'articulation  labiale  ;  pour- 
quoi n'a-t-il  pas  été  remplacé  par  l'occlusive  souide  dont  le  point 
d'articulation  était  le  plus  voisin  des  lèvres,  à  savoir  la  dentale? 
parce  que  Vu  a  attiré  devant  lui  une  occlusive  d'articulation  vé- 
laire. 

Le  livre  de  M.  Pult  est  une  Dissertation  présentée  à  la  Faculté 
des  lettres  de  l'Université  de  Lausanne  pour  obteniile  doctorat.  C'est 
donc  apparemment  un  début,  mais  un  début  qui  annonce  un  nouveau 
romaniste,  bien  préparé,  bien  informé,  connaissant  en  un  mot  son 
métier,  et  plein  de  promesses  pour  l'avenir. 

Maurice  Grammont. 


JoHAX  MoRTENSEN,  Profandramat  i  Frankrike,  Lund,  librairie  univer- 
sitaire Hjalmar  Mœller,  1897,  in-S»  de  X-228  p. 

Si  j'ai  jamais  regretté  de  ne  pas  savoir  un  peu  plus  de  suédois,  c'est, 
à  coup  sûr,  en  parcourant  le  livre  dont  je  viens  de  transcrire  le  titre; 
j'en  ai  du  moins  compris  assez  pour  en  apercevoir  l'originalité  et  je 
ne  résiste  point  au  désir  de  le  signaler  aux  lecteurs  de  la  Revue. 

L'auteur  part  de  cette  idée  qu'il  y  a  entre  le  drame  profane  du 
moyen  âge  et  les  drames  irréguliers  du  XVI«  siècle  (  «  drames 
mixtes  »,  conmie  il  les  appelle)  un  rapport  très  sensible:  or  —  ceci 
n'est  nié  par  personne  —  les  drames  irréguliers  du  XYI^  siècle  ont, 


PÉRIODIQUES  1?5 

s  leiii-  toiii-,  exercé  une  notable  influence  sur  la  fornaation  de  la  tragédie 
clnssique.  La  tentative  de  M.  M.,  eu  tout  cas  curieuse  et  oriiiinale, 
consiste  donc  en  somme  à  essayer  de  rejoindre  le  drame  profane  du 
moyen  âge  et  la  tragédie  classique,  deux  genres  entre  lesquels  on 
s'était  plu  jusqu'à  présent  à  creuser  un  abîme  '. 

Cette  idée,  qui  suffit  du  reste,  par  un  total  changement  de  point  de 
vue,  à  rajeunir  1  "étude  d'un  grand  nombre  de  questions,  m'a  paru  être 
ce  qu'il  y  a  de  plus  nouveau  dans  le  livre  de  M.  M. 2.  On  n'y  trou- 
vera point,  sur  la  question  capitale  des  sources  du  théâtre  au  inoyen 
âge,  de  i-echerches  originales;  mais  j'ai  cru  comprendre  que  M.  M. 
n'avait  renoncé  à  cette  étude  que  faute  do  suffisants  moyens  d'infoi- 
mation  et  qu'il  compte  bien  l'entreprendre  en  vue  d'une  réédition  am- 
})lifiée  de  son  travail.  Souhaitons  que  celle-ci  soit  écrite  en  français, 
ou  au  moins  en  allemand,  car  il  est  vraiment  dommage  que  des  recher- 
ches aussi  originales  et  nouvelles  soient  perdues  pour  le  plus  grand 
nombre  de  cenx  qu'elles  intéressent. 

A.    JEA>ROy. 


PERIODIQUES 


RoMANiA.  XXVI,  3.  —  p.  353.  G.  Paris.  Le  Roman  de  Richard 
Cicar  de  Lion.  Le  poème  anglais  de  Richard  Cuerdeli/oun,  dont  on  a 
sept  manuscrits  presque  tous  très  incomplets,  et  trois  éditions,  dont 
deu-x.  du  XVI'5  siècle  et  la  troisième  donnée  par  Weber  à  Edimbourg 
en  1810,  déiive  d'un  original  anglo  normand  librement  utilisé.  Il  se- 
rait à  désirer,  dit  M.  G.  P.,  qu'on  en  publiât  une  édition  critique  où 
l'on  distinguerait  soigneusement  ce  qui  est  authentique  de  ce  qui  a 
été  ajouté  par  un  ou  plus  d'un  remanieur,  où  l'on  s'efforcerait  de  dis- 
cerner ce  qui  appartient  à  l'original  anglo-normand  malheureusement 
perdu  et  où  l'on  ferait  la  part  qui  levient  respectivement  dans  ce  cu- 

*  M.  Rigal,  ce  profond  connaisseur  de  notre  histoire  dramatique,  si- 
gnale bien  (Hhtoive  de  la  langue  et  de  la  littérature  française,  IH,  p. 
276)  quelques  «  essais  de  conciliation  entre  le  mystère  et  la  tragédie  »  ; 
mais  il  ne  lui  paraît  pas  que  ces  essais  aient  abouti,  et  il  maintient  entre 
les  deux  genres  l'opposition  traditionnelle. 

2  II  faut  y  ajouter  pourtant  ce  qui  est  dit  des  mystères  profanes  mi- 
més, considérés  comme  précurseurs  des  drames  écrits,  et  les  recherches 
sur  les  circonstances  où  les  drames  profanes  étaient  représentés. 


126  PERIODIQUES 

rieux  poème  aux  souvenirs  historiques,  à  la  fiction  romanesque,  aux 
lieux  communs  épiques  et  à  la  tendance  patriotique  anglaise  dont  il  est 
animé.  »  —  P.  394.  A.  Piaget.  Le  livre  Messire  Geoffroi  de  Charnj/. 
Poème  d'un  peu  plus  de  1800  vers,  dont  M.  A.  P.  imprime  les  passa- 
ges les  plus  intéressants  d'après  le  manuscrit  de  Bruxelles,  n»  11,124. 
Ce  poème  sur  la  vie  et  les  devoirs  des  chevaliers  est  médiocrement 
écrit,  maisK  il  est  précieux  en  ce  qu'il  met  sous  nos  yeux,  incomplète- 
ment et  maladroitement  peut-être,  l'état  d'âme  d'un  chevalier  duXlV" 
siècle.  Cet  état  d'âme  n'était  nullement  folâtre.  »  Le  porte-ori- 
flamme de  France  (Charny),  qui  était  très  pieux,  grave  et  morose, 
a-t-il  assombri  le  tableau?  L'auteur  de  l'article  aime  à  le  croire,  car 
il  ne  voit  dans  la  vie  du  chevalier  que  les  peines  et  les  tribulations, 
aussi  bien  dans  les  tournois  qu'à  la  guerre  et  dans  les  expéditions 
lointaines.  —  P.  412.  A.  Thomas.  Etymologies  françaises  et  provença- 
les :  pr.  mod.  afous;  fr.  arcanson,  anc.  fr.  aufage\  pr.  arescla,  ares- 
cle  ;  pr.  bacel,  baclar;  fr.  biais  ;  fr.  bouillie;  pr.  bolia;  fr.  caiToi  = 
qiiadruvium,  non  quadrivium,  ce  qui  oblige  à  corriger  carrées  de  notre 
édition  An  Roman  de  Tkèbes,  v.  775,  en  carrais,  que  donne  d'ailleurs  le 
ms.  de  Spalding  (unique  pour  ce  vers)  (je  remercie  mon  savant  col- 
lègue pour  cette  excellente  correction);  anc.  fr.  cit,  pr.  ciu;  fr.  dail- 
lof  ;  pr.  daurezi  ;  fr.  douve;  fr.  éclaircir,  pr.  esclarzir  ;  fr.  enferger; 
anc.  fr.  enrièvre  ;  fr.  essaugue  ;  fr.  esseret  ;  îv.flaquière  ;  fr.  gourgouran; 
(v.  gratle-boesse  ;  fv.jamble;  anc.  fr.  laier;  fr.  lavignon;  fr.  manivelle 
fr.  ostade;  anc.  fr.  imneclûer  ;  fr.  pamuquet;  fr.  parpaing;  fr.  paufor- 
ceaw  ;  pat.  avranchin  pafe</Ze  ;  \)\'.perna;  pr.  pernar;  fr.  perpigner; 
fr.  pie,  «  parcelle  d'assolement  »  {àe  peazo.  prov.  anc.  et  mod  il  con- 
vient de  rapprocher  le  rouergat  opesosous,  «  fondations  =  *  ad[ieda- 
tiones)  ;  iv.  pleure,  pr.  pledura;  anc.  fr.  p)oisiron;  h.  polière  ;  fr  re- 
gon,  pr.  rao  (n);  fr.  travouil,  <•  dévidoire  »  ;  fr.  usine  ;  fr.  vilebrequin. 
—  P.  453.  Paget  Toynbee.  Dante's  seven  exemples  of  munificence  in 
the  Convivio  (IV,  II).  Identification  des  six  personnages  que  Dante 
compare  à  Alexandre  pour  la  libéralité. 

Comptes  rendus.  —  P.  461.  Schwan,  Grammaûh  des  Altfranzœ- 
sischen,  3«  éd.  re;naniéepar  le  D""  D.  Behrens  (M.  Roques). — P.  462.  F. 
Hanssen,  Sej^t  Études  sur  les  dialectes  espagnols  parues  dans  les  Anales 
de  la  Universitad  (R.  Porebowicz).  —  P.  46.5.  H.  Ehrismann,  Le  ser- 
mon des  plaies  (G.  Paris).  —  P.  468  P.  J.  Mather,  King  Ponthus  and 
thefair  Sidone  (G.  Paris).  —  P.  470.  L.  de  Santi  et  Aug.  'V^idal,  Deux 
livres  de  raison  (P.  Meyer  :  le  second  de  ces  textes,  difficile  à  lire,  ne 
pourra  être  utilisé  qu'avec  de  grandes  précautions,  tant  à  cause  des 
mauvaises  lectures  qu'à  cause  de  la  confusion  qu'amène  l'emploi  des 
parenthèses,  à  la  fois  pour  introduire  des  mots  ou  des  lettres  que  les 


PERIODIQUES  12  7 

éditeurs  croient  devoir  suppléer  et  pour  résoudre  les  abréviations  du 
manuscrit). 

PÉRIODIQUES.  —  P.  473.  Revue  des  langues  romanes,  4"  séi'ie,  t.  IX, 
5-12;  X,  1-5  (P.  Meyer).  —  P.  476.  Revue  hispanique,  4«  année,  n° 
11  (juillet  1897)  (A.  Morel-Fatio).  —  P.  477.  Chronique.  —  P.  478. 
Livres  annoncés  sommairement. 

RoMAMA,  XXVI,  4.  —  P.  481.  F.  Lot.  Note  sur  le  Moniage  Guil- 
laume. —  I.  Tombe  Issoire  ou  tombe  Isoré?  La  légende  du  géant 
Isoré,  tué  par  Guillame  d'Orange  devant  Paris,  est  d'origine  pari- 
sienne et  a  sa  source  dans  l'existence,  sur  la  route  d'Orléans,  dans 
l'antique  Fief  des  Tombes,  d'une  tombe  de  20  pieds  de  long,  nommée 
an  XIV«  siècle,  Tombe-Issoire  fune  rue  près  de  l'Observatoire 
porte  encore  ce  nom),  où  furent  déposés,  en  1786,  les  ossements  pro- 
venant du  cimetière  des  Innocents,  et  aussi  dans  les  souvenirs  qu'avait 
laissé  le  siège  de  Paris  par  les  Saxons  en  978  —P.  495.  G.  Huet.  Sur 
la  rédaction  néerlandaise  de  Maugis  d'Aigremont,  suivi  de  fragments 
inédits.  M.  H.  croit  que  le  poème  néerlandais,  dont  il  publie  de 
nouveaux  fragments,  àjoindie  à  ceux  qu'avait  déjà  publiés  M.  N.  de 
Pauw,  dérive  non  du  Jfaugis  publié  par  M.Castets,  mais  d'un  poème 
français  perdu.  —  P.  517.  A.  Jeauroy.  Les  chanxons  de  Philippe  de 
Beaumanoir.  Onze  pièces,  extraites  du  ms.  n°  24406  de  la  l-sibliothè- 
que  nationale,  dont  une,  la  dixième,  semble  être  de  Perin  d'Aiigecort 
ou  de  Pierre  de  la  Chapelle. —  P.  507.  Paget  Toynbee.  Danfe's  obli- 
gations ta  iJie  Mîignae  derivationes  of  Uguccione  da  Pisa.  —  P.  555. 
C.  N'igra..'  Note  etimologiche  e  lessicali:  it.  biondo,  ù.  blond,  pr. 
blov[d], ■  it.  baleno  ;  iv.  borgne,  pr.  ôrlio,  Wm.  bôrli;  iv.  borne;  fr. 
ornière,  vall.  roubîre ;  piém.  riibutt,  can.  riibata,  rubatar,  etc.;  fr. 
dial.  tupi7i,  topin,  piém.  tiipin  ;  fr  pv.  amadou;  p'iém.  saïubur,  anc. 
fr.  seiir  (des  vues  ingénieuses,  mais  l'auteur  nous  semble  abuser  un 
peu  de  la  métathèse). 

MÉLANGES.  —  P.  564.  F.  Lot.  Le  Charroi  de  Ni)ne.<^.  M.  Lot,  qui  a 
renoncé  à  donner  une  nouvelle  édition  complète  de  ce  poème,  com- 
munique quelques  réflexions  sur  son  origine  et  sa  composition.  — 
P.  569.  F.  Lot.  Bègues.  Etude  sur  les  divers  personnages  historiques 
de  ce  nom. 

Comptes  rendus.  —  P.  573.  F.  W.  Bourdillon.  Tote  l'istoire  de 
France  (chronique  saintongeoise)  (G.  Paris:  éloges).  —  P.  574.  A. 
v;Hn  Borkiim  :  De  middennederlandshe  bewerlcing  van  den  Parthono- 
peus-Roman  (G.  Paris  :  éloges).  —  P.  575.  P.  Arfert,  Das  Motiv  der 
unterschobenen  Braut  in  der  internationalen  Erzœhlungs-litteratur 
(dissert,  de    Rostock)  (G.  Paris).  —  P.  576.  Pio  Rajna.  Il    tratlato 


128  PERIODIQUES 

de  vulgaris  eloquentia  di  Dante  Alighieri  {P.  Toynbee).—  P.  578.  G. 
Mazzatiiili,  La  Blblioteca  deï  rc  d'Aragona  in  Napoli  (P.  Meyei). 

PÉRIODIQUES.  —  P.  5^0.  Zeitschrift  fur  romanische  Philologie, 
XXI,  2-3  (G.  Paris  et  P.  Moyer).  —  P.  586.  Literatarhlutt  fur  ger- 
mamsche  tend  romanische  Philologie,  XIII,  1892,  juillet  à  XVIII, 
1897,  juin  (E.  M.).  —  P.  599.  Giornale  storico  délia  letteratura  ita- 
liana,  XXIV-XXVI  (n»"  70-78).  (P.  MeycM-).  —  P.  Cm. Chronique.  — 
P.  011.  Livres  annoncés  sommairement. 

RoMxMA,  XXVII,  1  (janvier  189^).  —  P.  1.  F.  Lot.  Gormond  et 
Jsemhard.  Etude  pénétrante  sur  l'épopée  dont  e  célèbre  fragment  de 
Bruxelles  représente  un  remaniement  du  XP  siècle.  En  voici  les 
conclusions  :  1°  L'épopée  de  Gormond  et  Isemhard  a  bien  pour  fon- 
dement hîstoiique  labataille  de  Saucourt  de  881,  et  le  roi  Louis  doit 
être  cherché  dans  Louis  111,  do  préférence  â  Louis  IV;  —  2°  Gormond 
représente  la  fusion  de  deux  personnages  historiques,  les  vikings 
Vurm  et  Guthorm;  —  3"  Isemhard  ue  i)eut  être  identifié,  bien  qu'il 
ait  eu  sans  doute  une  existence  réelle  :  ce  doit  être  un  obscur  sei- 
gneur du  Pontieu  de  la  fin  du  IX'=  siècle,  qui,  à  l'exemple  de  beau- 
coup d'autres,  apostasia  et  se  joignit  aux  Normands  ;  —  4<»  il  vaut 
mieux  se  résigner  à  ne  pas  identifier  <(  Huelin  »;  —  5°  notre  poème 
a  été  composé  en  Pontieu  entre  1060  et  1070.  —  P.  55.  A.  Piaget. 
Le  Chapel  des  fleurs  de  lys  par  Philippe  de  Vitiy.  Première  édition 
d'un  poème  inédit,  composé  à  l'occasion  du  projet  de  croisade  de 
Philippe  de  Valois,  dont  l'auteur  développe,  sous  pi-étexte  de  con- 
seils au  roi  et  aux  chrétiens  croisés,  une  allégorie  où  le  chapel  (la 
couronne)  est  formée  de  trois  fleurs  de  lys  représentant  Science,  Foi 
et  Chevalerie,  qui  ont  rendu  la  France  honorée  et  forte.  M.  P.  attri- 
bue avec  vraisemblance  à  Philippe  de  Vitry  lui-même,  et  non  à  un 
copiste,  l'insertion  dans  le  poème  d'une  traduction  parfois  abrégée 
des  Regulœ  bellorum  générales  de  Végèce.  —  P.  93.  P.  Meyer.  La 
traduction  provençale  de  la  Légende  dorée.  Cette  traduction,  qui  pa- 
raît remonter  à  la  première  moitié  du  XIV^  siècle,  se  présente  en 
trois  états  :  1°  une  traduction  assez  exacte  du  texte  latin  de  Jacques 
de  Varazze,  représentée  par  un  ms.  complet,  Bibl.  nat.  fr.  9759,  par 
un  fragment  découvert  récemment  par  M.  P.  Meyer  à  Forcalquier  et 
par  divers  mss.  catalans  exactement  transcrits  du  provençal;  2°  une 
traduction  plus  hbre,  probablement  dérivée  de  la  première,  repré- 
sentée par  le  ms.  Bibl.  nat.  fr.  6504,  et  qui  se  distingue,  d'ailleurs, 
par  des  omissions  et  des  changements  dans  l'ordre  des  légendes 
}.ar  rapport  au  latin;  3*^  un  recueil  de  légendes  généralement  tirées 
de  la  rédaction  précédente  et  présentant  un   ordre  particulier,  qui  se 


PERIODIQUES  129 

trouve  dans  le  ms.  Bibl.  nat.  fr.  24945.  Dans  ce  ms.  l'écriture  en 
lettres  de  forme  se  substitue  au  verso  du  f°  104  à  l'écriture  cursive, 
et  M.  P.  M.  constate,  sans  s'expliquer  la  cause  de  cette  bizai'rerie, 
que  le  nouveau  copiste,  après  avoir  achevé  la  transcription  du  long 
morceau  spécial  à  ce  ms.,  la  Passion  ou  Evangile  de  Nicodème,  re- 
prend (f°  126f/j  les  dernières  lignes  de  la  vie  de  saint  Loup,  qui  figu- 
rent déjà  immédiatement  avant  la  Passion,  f"  926.  Le  savant  auteur 
de  l'article  voudra-t-il  nous  permettre  de  suggérer  ici  une  solution 
du  problème?  Il  faut,  croyons-nous,  admettre  que  le  copiste,  après 
avoir  transcrit  un  manuscrit  incomplet  qui  se  terminait  avec  la  Pas- 
sion (ou  privé  à  un  moment  donné  de  son  premier  manuscrit),  a  eu  en- 
suite recours  à  un  nouveau  ms.,  qu'il  a  copié  en  commençant  étour- 
diment  au  haut  de  la  page  où  il  avait  constaté  que  se  trouvait  la 
suite  des  vies  ;  ou  bien,  ce  qui  revient  au  même,  qu'il  transcrivait  un 
ms.  formé  en  reliant  ensemble  deux  parties  de  manuscrits  différents. 
On  s'expliquerait  ainsi  la  présence  au  f"  141  d'une  vie  de  saint 
Amand  un  peu  différente  de  celle  du  f°  27,  et  au  f"  1506  d'une  vie  de 
saint  Vital  où  n'est  point  substitué  par  erreur  le  nom  de  saint  Judas, 
comme  dans  la  même  vie  qu'on  rencontre  au  f"  43i  du  ms.  —  P.  138. 
Fr.  Novati.  Poésie  musicali  francesi  de'  secoli  XIV  e  XV  traite  du 
mss.  italiani.  Dans  la  pièce  provençale  donnée  à  la  p.  143,  au  v.  7, 
per  els,  qui  fait  le  vers  trop  long,  doit  être  corrigé  en  pels:  peut-être 
M.  Novati,  qui  donne  une  édition  diplomatique,  a-t-il  par  inadvertance 
résolu  un  sigle  indûment  attribué  au  ^  par  le  scribe. 

MÉLANGES.  —  P.  145.  Ad.  Mussafia.  Enclisi  o  prodisi  del  pronome 
personale  atono  quai  oggetto.  —  P.  146.  E.  Walberg.  Est:  mefsjt. 
M.  W.  constate  que  cette  rime  du  Bestiaire  de  Philippe  de  Thaun 
(v.  427-8),  doublement  étonnante  (et  par  l'amuissement  de  Vs  devant  t 
et  par  la  rime  de  e  fermé  avec  e  ouvert)  ne  se  trouve  pas  dans  le  ms. 
de  Londres,  mal  lu  par  l'éditeur.  Th.  Wright.  Le  ms.  porte,  non  pas 
se  mest,  mais  sen  est,  que  M.  W.  lit  s'en  est.  en  se  demandant  toute- 
fois si  l'on  peut  admettre  le  présents'e?»  est,  au  sens  de  «s'en  va», 
comme  on  a  le  passé  défini  s'en  fut.  Nour  croyons  que  est  =  exit. 
Cf.  l'édition  critique  du  Roman  de  Thèhes,  v.  1217,  où  nous  persis- 
tons à  lire  remest  (=  reraansit)  :  est  (=  exit),  bien  que  cette  forme  est 
ait  été  vivement  contestée.  —  P.  148.  .\  Jeanroy.  Une  imitation 
d'Albert  de  Sisteron  par  Mahieu  le  Juif. 

Comptes  rendus.  —  P.  Ibl.MiscellaneanuzialeRossi-Teiss.  Recueil 
de  27  mémoires,  dont  un  de  l'excellent  secrétaire  de  la  Revue,  M. 
Léon-G.  Pélissier  (G.  Paris:  éloges).  —  P.  155.  Th.  Maxeiner, 
Beitrœge  zur  Geschichte  der  franzœsischen  Wœrter  im  Mittelhochdeuts- 
chen  (F.  Piquet:  éloges  avec  quelques  réserves). 


130  CHRONIQUE 

PÉKioDiQUES.  —  P.  IQO. Zeitschrift  fur  romanïsche  Philologie, 
XXI,  4;  XVII, l  (G.  Paris).  —  Giornale  Dantesco,  aimo  IV  (I  délia 
Nuova  Série)  (Paget  Toynbee).  —  P.  168.  Chronique.  —  P.  172. 
Livres  annoncés  sommairement. 

Léopold   CONSTANS. 


CHRONIQUE 


Nous  extrayons  du  dernier  compte  rendu  des  séances  de  VAcailé- 
mie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  le  passage  suivant: 

Un  livre  de  commerce  au  XlVe  siècle.  —  M.  Paul  Meyer  annonce 
qu'il  a  trouvé  dans  la  reliure  d'un  vieux  registre,  appartenant  aux  ar- 
chives de  Forcalquier,  un  fragment  composé  de  dix  feuillets  doubles 
en  papier,  reste  d'un  livre  commercial  tenu  par  un  certain  Ugo  Te- 
ralhe,  marchand  de  drap  et  notaire  à  Forcalquier. 

Toutes  les  opérations  inscrites  en  ordre  chronologique  dans  ce  docu- 
ment sont  datées  de  1330  à  1332. 

On  ne  possédait  aucun  registre  commercial  de  cette  date. 

Les  comptes  des  frèies  Bonis,  marchands  établis  à  Montauban,  et 
qui  ont  été  publiés  ces  temps  derniers,  sont  postérieurs  de  quelques 
années. 

Toutes  les  mentions  de  ce  document  sont  rédigées  en  provençal  ; 
seuls,  quelques  petits  articles  sont  en  latin  ou  en  hébreu. 

A  remarquer  encore  que  deux  personnes,  que  l'on  peut  distinguer 
grâce  à  la  différence  de  l'écriture,  ont  concouru  à  la  rédaction  de  ce 
livre. 

Les  étoffes  vendues  sont  désignées  par  leur  couleur  et  par  leur  pro- 
venance: blanquets  de  Béziers  ou  de  Limoux,  bleus  de  Béziers,  de 
Carcassonne,  chausses  de  Carcassonne,  de  Lodève  ou  de  Toulouse, 
vert  clar  de  Carcassonne,  cadis,  (sorte  de  bure  qui  estencoi'e  fabriquée 
dans  certaines  provinces),  etc. 

11  esta  regretter  que  ce  document  si  précieux  pour  l'étude  de  l'in- 
dustrie du  drap  dans  nos  provinces  du  Midi,  ne  nous  soit  pas  parvenu 
eu  son  entier. 


Rivières  (i.e  baron  de).  —  Quatre  inventaires  d'églises  de  Castres 
(1517,  1621)  et  d'Albi  (1S79,  1590).  [Extrait  des  Mémoires  de  la 
Société  archéologique  du  Midi  de  la  France. 

Le  premier  de  ces  inventaires  (1516  ou  1517),  qui  concerne  l'église 


CHRONIQUE  131 

de  Noti'e-Dame-de-la-Platé,  à  Castres,  est  écrit,  en  majeure  partie, 
en  languedocien.  Il  contient  des  formes  et  des  mots  intéressants.  Les 
tiois  autres  sont  dans  unfrançais  où  abondent  le*  termes  provençaux 
habillés  à  la  française  '. 


A  signaler  aux  folkloristes  : 

PuiCHAUD  (C).  —  Histoires  et  légendes  inédites  du  Poitou.  Con- 
férence faite  à  la  Société  d'Ethnographie,  le  27  mai  1896,  à  Niort.  — 
Nioi-t,  imprimeiie  niortaise,  1896,  in-S»,  de  24  pages. 

Les  Farfadets,  —  les  trésors,  —  les  feux  follets,  —  la  chasse 
Gallery,  —  Ceux  qui  vendent  leur  âme  au  diable,  —  la  possession 
chez  les  animaux,  —  le  timbre  aux  chats,  —  le  cheval  Mallet,  — 
le  Gaiou,  —  l'âme  en  peine. 


Par  arrêté  ministériel  du  25  mars,  la  Faculté  des  lettres  de  l'Uni- 
versité de  Toulouse  est  autorisée  à  délivrer,  pendant  les  sessions  de 
juillet  et  de  novembre  1898,  le  certificat  d'aptitude  à  la  licence  avec 
mention  «  langues  vivantes  »  pour  l'italien. 

Voici  la  liste  des  auteurs  qui  serviront  do  textes  d'explication  : 

Dantk.  —  Inferno,  ch.   I  et  XXVII. 

PÉTRARQUE.  —  Canzoui,  II,  iSpirto  (jenlil)  ;  IV  [Italia  mea)  ; 
Tiîoii/o  délia  morte. 

Parim.   —  //  Giorno,  édit.  G.  Mazzoni. 

Carducci.  —  Odi  harhare,  liv.   1  (édit.  Zauichelli  elzévirienne). 

Vasari.  —  Le  vite  dei  p'iii  excellenti.  j^'ittorï,  scultori  e  (uch'itetti, 
édit.   (clasfsique)  Milanesi. 

Leopardi.  —  Prose  scelte,  édit.   Fornaciari. 

Manzom. —  /  Promessi  Sposi,  ch.  I-VII. 

C'est  M.  le  piofesseur  .leauroy  qui  est  chargé  de  ce  nouvel  ensei- 
gnement. 


Le  Bulletin  archéologique  de  la  Corrèze  publie  une  centaine  de 
Noëls  limousins  appartenant  à  différentes  époques.  Ces  textes  intéies- 
sants  ont  été  recueillis  par  les  soins  de  l'éminent  président  de  la  So- 
ciété historique  et  archéologique  de  la  Corrèze,M.  Rupin,  bien  connu 
des  érudiis  par  son  travail  sur  les  Emadleurs  Limousins  et  sur  l'ab- 
baye de  Moissac. 

1  P.  '.Ho.  L'un  des  auteurs  A-OLDidiommiregénéralde  la  langue  française 
n'e-t  jias  Darmesfer,  mais  bien  Darmestetcr. 


132  CHRONIQUE 


Le  même  Bidlelin  publiera  incessamment  un  texte  limousin  impor- 
tant qui  paraît  être  du  XIII"  siècle.  Ce  texte  paraîtra  par  les  soins  de 
MM.  Clément-Simon  et  de  Nussae;  le  manuscrit  appartient  à  ce  der- 
nier. 


On  annonce  l'apparition   d'un    nouveau  journal  languedocien:  La 
ciiitat  de  Beziès. 


Un  des  derniers  cahiers  an  Journal  des  Savants  contient  un  impor- 
tant et  élogieux  compte-rendu  de  M.  G.  Paris  de  la  thèse  de  notre 
collaborateur  M.  Grammont  :  De  la  dissimilulion  consonantiqtte 
dans  les  langues  indo-européennes  et  romanes. 


En  annonçant  dans  un  de  nos  derniers  numéros  la  nomination  de 
M.  A.  Restorià  l'Université  de  Messine,  nous  avons  oublié  d'ajouter 
qu'il  était  nommé  professeur  de  langues  et  littératures  romanes. 


L'édition  de  Monlanhagol,  préparée  par  MM.  A.  Thomas  et  J.  Cou- 
let,  vient  de  paraître.  Nous  en  publierons  ultérieurement  un  compte 
rendu  critique. 


Le  Gérant  responsable  :  V.  Hamemn, 


FRAGMENTS  DE  THÉÂTRE  ESPAGNOL 


I 

UNE    LISTE    DE     COMÉDIES    DE    l'aN    1666 

Le  vieux  drame  espagnol  était  un  divertissement  si  popu- 
laire, le  contenu  des  vieilles  comédies  si  universellement  connu 
et  leurs  titres  d'ailleurs  si  curieux  et  expressifs,  qu'il  ne  faut 
pas  trop  s'étonner  que  de  ces  titres  mêmes  on  tiiât  l'argu- 
ment de  loas,  bayles  et  autres  petites  pièces  semblables,  et 
que  le  public  les  goûtât  et  les  applaudît.  C'est  Lope  de  Vega, 
je  pense,  qui  en  a  donné  l'exemple  dans  sa  Loa  sucramental  de 
los  Titulos  de  Comedias  *.  Il  aurait  eu,  dit-on,  un  illustre 
imitateur  dans  le  roi  Philippe  IV;  les  traducteurs  de  Tickiior 
(cf.  vol.  II,  p.  574  de  la  trad.  fr.)  écrivent:  «  Dans  la  biblio- 
thèque provinciale  de  Cadix,  nous  dit  notre  ami  D.  Adolfo  de 
Castro,  se  conserve  une  composition  poétique  de  ce  monar- 
que, entièrement  écrite  avec  des  titres  de  comédies.  »  Vin- 
cent Suarf^z  de  Deza,  cé\è]3Te  entremesistn  et  fiscal  de  comedias 
à  la  cour  du  même  roi,  a  usé  de  cet  artifice  dans  sa  comedia 
famosa  moitié  burlesque,  moitié  sérieuse  [entre  hurlas  y  veras) 
de  :  Atnor,  Ingénia  y  Mujer  en  la  discreta  venganza;  et  il  y  est 
revenu  dans  une  mojiganga  f>vite  pour  le  tht'^âtre  royal  du 
Buen  retiro  des  :  Personajes  de  titulos  de  comedias  ^.  Enfin 
M.  Aurélien  Fernandez  Guerra  nous  a  signalé    quatre   bai/ies 

1  Voyez  :  Ob)-as  de  Lope...  po?'  la  Real  Acacl.  vol.  III,  p.  587,  et  la 
noie  préliminaire  de  M.  Menéndez  à  p.  XIX. 

2  Elles  sont  publiées  dans  les  DoJiayres  de  Tersicore.  Madrid,  1663. 
Un  romance  de  titulos  de  comedias  a  été  signalé  par  Gallardo  {Ensayo, 
IV.  587)  entre  les  poésies  de  Bartolomé  Serrano,  encore  inédites.  Il 
Commence  : 

Porquc  sepns  las  tragedias 

de  tu  (jalan.,  bella  ingrata 

se  retrata  y  te  retrata 

con  titulos  de  comedias  ; 
mais    malheureusement   Gallordo  n'en  donne  que  ces  4    vers  ;    Serrano 
arrivait  en  1670. 

TOME  I  DE  LA  CINQUIEME  SERIE.  —  Avril-Mai-Juin  1898.         9 


134  FRAGMENTS   DE  THEATRE  ESPAGNOL 

de  la  même  espèce  K  Ils  sont  encore  inédits,  et  on  n'en  con- 
naît que  les  titres  ;  les  voici  : 

Anonyme:  Itelralo  en  litulos  de  comedias  (1"  vers  En  la  carcel 

del  silendo) 
Anokyme  :  tilulosde  tomedias  (1"  vers  :  Cou  tilulos  conocidos  De 
muckns  comedias  vicjas). 
id.        iiudcsde  comedias (P''  vers:  Ah  seiiov  doctor  Carlino!) 
Olmedo:     titulos  de  comedias  (l^'  vers:  Cunilulos  de  comedias). 

L'auteur  de  ce  dernier  ouvrage  est  Alonso  de  Olniedo,  soit 
le  fils,  qui  mourut  en  lG^i2,  soit  son  contemporain  (et  parent?) 
Hipôlito  de  Olmedo,  lui  aussi  comédien  et  auteur  de  petites 
pièces  tliéâtrales.  Sur  Alonso,  cf.  Barrera,  Calàlogo,  p.  287; 
de  Hipôlito,  dont  Barrera  ne  dit  mot,  je  ne  sais  pi-esquerien: 
à  ce  qu'il  paraît,  son  vrai  nom  de  famille  était  Zorrilla  ;  il  fut 
chef  de  compagnie  et  joua  à  une  date  inconnue  à  Pampelune, 
et  en  lG7ô  à  Valence  ;  en  1698  il  était  dans  la  troupe  de 
Carlos  Vallejo  à  Madrid  ;  il  eut  un  fils,  Esteban,  lui  aussi  ac- 
teur, qui  mourut  en  1703. 

Du  théâtre  burlesque  à  la  satire  politique,  il  n'y  a  qu'un  pas, 
la  liste  qui  suit  est  une  satiie  de  ce  genre.  Elle  se  rapporte  aux 
tristes  temps  qui  suivirent  la  mort  de  Philippe  IV  ^septembre 
1665),  loi'S(iue  la  reine  iMdrie-Antie  d'Autriche,  régente  pour 
son  enfant  Charles  II,  faible  et  irrésolue,  se  trouva  en  butte  aux 
médisances,  aux  intrigues,  aux  ambitions  féroces  de  son  con- 
fesseur, le  fameux  père  Nithard,  du  second  D.  Juan  de  Aus- 
tria  (Calderon),  du  capitaine  général  le  Marquis  de  Caracena, 
enftu  (le  tous  les  grau  Is  de  sa  cour  envieux  et  cupides.  Les 
parai)hlots,  les  pasqiiinades  anonymes  inoridaient  Madrid,  et 
le  manuscrit  dont  j'extrais  cette  liste  ^  en  conserve  de  très 
humoristiques.  Ces  passages  renferment  quelques  noms  qu'on 
retrouvera  dans  la  liste;  ils  se  rapportent  à  la  fin  de  1665: 

[Fol.  42.  verso]  :  Enel  Consejo  de  Estado 
quaJqaicui  desvanecïdo 
que  prétende  ser  vulido 

*  Dans  l'index  pub.  par  Barrera;  Catâlogo  del  teatro  antiguo  espa- 
nol,  Madrid,  1860,  p.  603-654. 

2  C'est  le  ms.  sessoriujio  451  (ancien  2055)  de  la  Bibl.  Nationale  de 
Rome. 


FRAGMENTS    DE    THEATRE    ESPAGNOL  135 

mereze  quedar  privado, 
mas  aunque  el  odio  a  ociipado 
el  lugar  que  cl  Ctelo  tuvo 
y  todo  estàpeor  que  estuvo 
por  el  discorde  congreso, 
que  se  le  dà  el  Rey  de  eso  ? 

Si  es  Penaranda  un  hribon, 
si  es  Alva  un  choca>'ero, 
si  Mort  ara  es  un  pandcro, 
si  ifedina  es  un  poltron, 
si  Belada  es  un  gloton 
y  el  inqmsidor  un  mulo, 
si  Carazena  es  un  chulo 
y  si  es  Borja  un  contrapeso, 
que  se  le  dà  el  Rey  de  eso  f 

[Fol.  107  ]  :  Los  siete  pecados  mortales  del  Coxsejo  dk  Estado  : 
Soberbia.  El  duque  de  Monlalto 
Avaricia.  El  conde  de  Ayahi 
Gula.         El  Curdenal  Colona 
Ira.  Don  Luis  Ponce  de  Léon 

Luxuria.  El  Marq^  de  Lafuente 
Imbidia.    El  padre  Confessor 
Pereza.      El  duque  de  Aburquerque, 

Contra ESTOS  Siete  viciosay  siete  virtudes  delConsejo  de  Estado: 
Contra  Soberbia..  El  s""  D.  Juan  de  Ausiria 
Contra  Avaricia.  Elmarq'^  de  Caracena 
Contra  Gula.         El  marq^  de  Velada 
Contra  Ira  El  marq^   de  Castel  Rodrigo 

Contra  Luxuria.    El  duque  de  Alva 
Contra  Imbidia.     El  conde  de  Castrillo 
Contra  Pereza. El  duque  de  Médina  de  las  Torres. 

On  comprend  tout  de  suite  que  cette  opposition  est  tout 
à  fait  ironique  :  Velada  est  un  fjlouton,  Alva  un  coui^eur  dont 
la  devise  est  le  titre  de  la  comédie  d'Avellaneda  :  Quantas  veo 
tardas  quiero  :  et  il  j  a,  au  fol.  108,  une  violente  pasqainade 
de  Tannée  1666  sur  le  capitaine  général  Caracena  et  sur  son 
ignoble  avarice  qui  le  poussait  jusqu'à  rogner  leur  solde  aux 
pauvres  soldats,  justifiant  ainsi  le  choix  de  la  comédie  de 
Moreto  qu'on  lui  attribue  :  «  La  ocasion  hace  ul  ladron,  » 


136  FRAGMENTS   HE  THEATRE  ESPAGNOL 

Nous  ne   pouvons  pas    toujours   pénétrer  le   sens   caché 
de  ces  allusions  malicieuses.  Il  j  en  a  d'évidentes  :   ainsi   le 
confesseur  de  la  Reine,   que   Ton  accusait  d'obtenir  quelque 
chose  de  plus  que  la  direction  de  l'âme  de  son  auguste  péni- 
tente, arrache  tout  naturellement  l'exclamation  :  Lo    que  son 
mujeres.  Tout  le  monde  comprend  parfaitement  pourquoi  l'on 
dit  du  duc  de  Lerma  :  quien  todo  lo  quiere ;  de  l'avare  comte  de 
Ayaia  :e/  Lazarillo  deTormes  ;  du  Consejo  de  Hacienda  :  Cada 
unopara  si  ;  des  secrets  de  Polichinelle  de  l'état-major,  c'est- 
à-dire  du  «  Consejo   de  guerra  »  :  FI  secreto  a  vores!  ;  des 
grands  seigneurs  toujours  rivaux  et  envieux  :  No  hay  amigo 
para    amigo;    et    enfin    du    bon   peuple  d'Espagne  qui  a  si 
héroïquement  aimé  et  défendu  sa   monarchie,   bien  qu'elle  le 
ruinât  et  l'abrutît  :  Sufrir  mus  par  querer  mas  !  Çà   et  là  on 
pourrait  hasarder  quelque  conjecture.  Au  duc  de  Médina  qui 
était  un  poltron,  on  oppose    les  folles  entreprises  du  licen- 
ciado  Vidriera;  ViUanueva  del  Rio,  était  peut-être  d'une  con- 
duite assez  licencieuse  pour  qu'on  piit  lui  reprocher  el  fuero 
de  las  cien   doncellas.   Mais  en    continuant  on  risquerait  de 
calomnier  des  morts  ;    ces  allusions    malignes,    ces  quolibets 
qui  courent  la  ville  et  ne  respectent  ni  la  dignité  de  la  fonc- 
tion publique,  ni  la  vie  privée,  ni  l'intérieur  des  familles,  ne 
peuvent   être   relevés   et  éclaircis   que   par  des    savants  de 
Madrid,  qui  connaissent  profondément  l'histoire  anecdodque 
et  la  chi'onique  scandaleuse  de  leur  ville  natale. 

D'ailleurs,  c'est  pour  l'histoire  du  théâtr-e  que  je  publie 
ceci.  Ces  compositions  de  titulos  de  comedtas,  quand  elles  ont 
comme  celle-ci,  une  date  bien  établie,  ont  un  double  intérêt: 
pour  la  chronologie,  en  n<ms  donnant  un  point  de  repère,  un 
terminus  ad  quem,  pour  les  comédies  qui  y  sont  citées  ;  puis, 
en  nous  conservant  des  titres  de  comédies  non  connus  autre- 
ment, elles  sont  autant  d'acquisitions  précieuses  qui  augmen- 
tent la  richesse,  déjà  si  enviable,  du  vieux  théâtre  espagnol. 
Cette  liste  nous  donne  27  titres  de  comédies  que  Barrera, 
au  moins  sous   cette  forme,  n'a  ni   connus   ni   enregistrés*. 

1  Ce  sont  les  n»'  2,  16,  20,  21,26,  29,  30,  32,  33,  41,  45,  46,  47,  50,  52, 
54,  58,  59,  60,  62,  65,  %^,  70,  71,  78,  79,  81  ;  mais  il  faut  tenir  compte 
des  rapprochements  que  je  propose  dans  le  texte. 


FRAGMENTS   DE  THEATRE  ESPAGNOL  137 

Dans  la  comédie  n°  21:  El  fuero  de  las  den  doncellas,  on 
pourrait  essayer  de  retrouver  un  second  titre  de  l'une 
des  deux  oomé  lies  de  Lope  de  Yega  qui  développent  cet 
ar^'ument  {Doaci'lias  de  Simancas,  famosas  Asturianas),  ou 
plus  probablement  d'une  comédie  de  D.  Luis  de  Guznian  : 
Blason  de  Don  Rimiro  y  Ubertad  del  fuero  de  las  cien 
Donzellas  qui  fut  publiée  en  1652.  Des  raisons  chronolo- 
giques, empêLîhent  de  penser  au  drame  de  Zamora:  Quitar 
de  Espana  con  honra  el  fetido  de  cien  doncellns.  Sur  Montesi- 
nos,  qui  paraît  l'héros  de  la  comédie  n°  52  :  Cata  Francia 
Montesinos,  ^e  ne  connais  qu'un  drame  de  Guillem  de  Castro: 
Nacimiento  de  Montesinos,  mais  c'est  un  rapprochement  fort 
discutable'.  La  comédie  n°  62:  HerâcUto  ]j  Demônrito  est 
sans  doute  celle  de  Don  Fernando  de  Zârate:  Los  dos  Filo- 
sofos  de  Grecia  Herâdito  y  Democrito  qui  parut  dans  la  Parte 
diez  y  nueve  à  Madrid  en  1663.  De  même  peut-on  sûrement 
identifier  le  n°65:Z>e  Madrid  à  To/e^/o,  avec  la  comédie  de 
Tirso  de  Molina  :  Desde  Toledo  à  Madrid  publiée  justement 
en  1666  dans  la  farte  veuile  y  seis. 

Quoique  le  compilateur  affirme  que  cette  liste  estformée  de 
comedins  viejas,  je  ne  doute  pas  qu'il  ne  mentionne  aussi  des 
pièces  plus  courtes  et  légères;  par  exemple,  le  n"  26  :  Dime 
con  quien  andas  est,  je  crois,  le  saynète  anonyme  :  Dime  con 
quien  andas  decirle  he  quien  eres^.  Le  n®  32  :  Pastores  de  Be- 
len  ne  doit  être  autre  chose  que  Vauto  al  Nacimiento  du  même 
titre  du  docteur  1).  Cristôbal  Lozano,  qui  fut  publié  dans  la 
seconde  édition  de  ses  Soledades,  Madrid,  1663^.  Ainsi  pour 
le  n°  54  :  Campo  de  Leganitos,  l'on  peut  penser  au  Bayle  de 
Leganitos  *;    le  n°  71  :    El  encantado,  pourrait  être  Venlremes 

'  Ce  sujet  était  peut-être  aussi  celui  d'un  drame  d'un  certain  Aguilar: 
El  conde  Grimaldos,  que  je  n'ai  pas  vu. 

2  Voyez  Barrera,  p.  618  et  712.  Ce  saynète  est  dans  un  volume  de  la 
collection:  Jardin  ameno  de  varias  y  hermosas  flores  dont  le  frontis- 
pice est  de  l'an  1704  ;  mais  ce  n'est  qu'un  recueil,  comme  l'on  sait,  fac- 
tice et  artificiel  de  sueltas  de  beaucoup  antérieures  à  cette  date.  (Voyez 
Studj  di  Filol.  romanza,  VI,  p,  8.) 

3  Barrera  (p.  226]  n'a  pas  vu  cette  édition.  Elle  ditïère  de  la  première 
(de  1658)  parce  que  à  la  place  de  la  comédie  En  mujer  venganza  hon- 
rosa,    elle  contient  cet  auto  de  Los  pastores  de  Belen. 

'  Barrera,  p.  630  (v.  DA  587). 


138 


FRAGMENTS   DE  THEATRE   ESPAGNOL 


anonyme  de:  El  caballero  encantado,  cité  par  Gallardo  *;  et 
enfin  pour  le  n°  33  :  El  forasiero  en  la  corle,  on  aura  réduit  au 
masculin  le  bayle  de  la  Forastera  en  la  corte^  ;  mais  ces  rap- 
prochements, plus  ou  moins  heureux,  seront,  je  crois,  loin  de 
la  certitude. 

Je  n'ajoute  à  la  liste  suivante  que  le  numéro  d'ordre  et  le 
nom  de  l'auteur. 

[Fol.  40-aJ 

primera.   parte  de  las  comkdras   vikjas  de  los  mejores  ingenios 

de  la  corte  recojidas  por  rl  padrr  prior  de  s.  geronimo 

EX    EL    ANO    1666. 

1  (Zorilla)  Lo  que  sou  Mnjeres  —  El  confessor  de  la  Reyna. 

2  ?  Yusticia  y  no  por  mi  casa  —  Del  Présidente  de 

Castilla. 

3  (Calderon)        El  gnlan  fantasma  —  Del  Conde  de  Penarandas. 

4  (Matos  El  letrado  ciel  Cielo  —  El  Vice  Cauciller  de  Ara- 
y  Villaviciosa)         gon. 

5  (Montalban)       Lo  que  son  juiclos  del  Cielo —  El  Marq.  de  Aj- 

tona. 

6  (Moreto)         El  licenziado  Vidriera  —  El  Duque  de  Médina. 

7  (Moreto)  La  cena  de  Baltazar  —  El  Marq.  de  Velada. 

8  (Avellaneda       Quanlas  ves  tantas  quiero.  —  El  Duque  de  Alva. 
y  Villaviciosa) 

9  (Pereyra)         El  diablo  de  Palenno  —  El  Duque  de  Montalto. 

10  (Moi'eto)         La  occazion  haze  el  ladron  —  El  Mai'q.  de  Cara- 

çena. 

11  (A.  de  Solis)      Un  bobo   haze  ciento  —  El  Duque  de  Alburquer- 

que. 

12  (Calderon)       Antes  que  todo  es  mi  dama  —  El  Duque  de  Mé- 

dina Celi. 

13  (Lope)  Los  martires  de  Madrid  —  El  Marq.  de  Mortara 

Texada  y  Reboiledo. 

14  (Matos)  El  yerro  del  entendido  —   El  Conde  de  Oropeza, 

15  (Lope)  Par  la  puenie  Juana  —  De  Don  Luis  Ponce  de 

Léon. 

16  ?  Quiea  tal  pensara —  De  Don  Pedro  de  Aragon. 


*  Ensayo  de  una  bihl.  exp.,  \.  p.  952;  cet  enh-emes  n'a  pas  été  im- 
primé que  je  sache. 

'  Barrera,  p.  623  ;  mais  le  m*-,  de  Lopez  del  Campo  (v.  Gallardo,  o.  c, 
III,  p.  443;.  donne  le  titre  plus  complet. 


FRAGMENTS   DE  THEATRE  ESPAGNOr, 


22  (F.  de  Villegas) 

23  (Moreto  ? 
très  ing.  ?) 

24  (H.  de  Mendoza) 


17  (Belmonte,       El  mejor  amigo  el  rmierto  —  De  todas  laa  garna- 
ZornIla,Calderon)      chas. 

18  (Calderon)         Cada  unn  para  si  —  El  Conscjo  de  hazienda. 

19  (Zonilla)         Entre  bobos  anda  el  juego  —  De  Don  Joseph  Gon- 

çalez  y  Gongora. 

20  ?  No  pagar  ohligaciones —  El  Condesfable  de  Cas- 

lilla. 

21  ?  El  faero  de  las  çitn  donzellas  —  De  Villa  nueva 

del  Rio.  [fol.  40-B] 

Lo  que  puede  la  crianza  —  El  Conde  Cartanixeta. 

Travestiras  son  valor  —  El  Conde  Melgar  y  Ci- 
fontes. 

Lo  que  es  un  coche  en  Madrid  —  De  Liche  y  Sa- 
linas. 

No  aspirar  a  merecer  —  El  Marq.  de  Villa  franca. 

Diine  con  quien  andas  —  El  Conde  de  los  Aicos. 

Abrir  el  ojo  —  El  Baron  de  Batevillas. 

Madrid por  de  dentro  —  De  D.  Diego  de  Silva. 

Qaien  guarda  halla  —  El  Duqiie  de  Pastrana. 

Mas  save  el  loco  en  su  casa  —  El  Duque  de  Car- 
dona. 

Amparar  al  enemigo —  El  Duqiie  de  Osuna. 

Los  pastores  de  Bden  —  El  Conde  Medelia. 

El  forastero  en  la  corie  —  El  Dnqiic  de  Arcos. 

Casarse  por  vengarse  —  El  Diiqne  de  Avero. 

Defuera  vendra  —  El  Confessor  del  Rey. 

Agua  mansa  —  El  Marques  de  Rayona. 

La  vida  es  sneiîo  —  El  Conde  de  Monterey. 

La  renegada  de  ValladoUd  —  El  Duque  de  Sessa 
y  el  Marq.  de  Vian  a. 

En  esta  vida  todo  es  verdad  y  todo  es  mentira  —  El 
Conde  de  Lemos  y  el  Marq.  de  Palacios. 

San  Jines   représentante    —  El   S""   D.    Juan    de 
A  11  s  tri  a. 

El  nombre  es  lo  7nas  '  —  El  Marq.  de  Caste!  Ro- 
drigo. 

El  mostro  de  los  jardines  —  El  Marq.  de  Malpica. 

La  desdicha  de  la  voz  —  De  Don  Miguel  de  Sa- 
lamauca. 
44         (Moreto)  El  parecido —  De  Alcanizas  y  Povar. 


25 

(Diamante) 

26 

? 

27 

(Zorilla) 

28 

(Rosete) 

29 

9 

30 

9 

31 

(A.  de  Solis; 

32 

? 

33 

•> 

34 

(Zorrilla) 

35 

(Moreto) 

36 

(Calderon) 

37 

(Calderon) 

38 

(Belmonte) 

39 

(Calderon) 

40 

(Lope) 

41 

9 

42 

(Calderon) 

43 

(Calderon) 

•  Une  comédie  de  Càndamo,  peut-être  par  opposition  ■■ 
titre  :  Mas  vale  el  homl>re  que  el  nomttre. 


celle-ci,  a  pour 


140 
45 

46 


FRAGMENTS   DE  THEATRE   ESPAGNOL 


El  Conde  de  Al- 


El  Conde  de  Vil- 


60 

61 
62 

63  (A 


67 
68 


Mas  puede  harras  que  culjyas 

vadelista. 
Quien  a  buen  ai'hol  se  arrima 

laermosa.  [fol.  41-A.] 
Penar  por  culpas  ojenas  —  El  Conde  de  Niebla. 
Narciso  y  Eco  —  E)  Alinirante   de  Aragon  y  el 

Conde  de  Lumiares. 
Ello  dira  —  El  Conde  de  Villambrosa. 
Mas  vaîe  pajaro   en   mano  —    El   Marques  del 

Fresno. 
Quien  todo  lo  quiere —  El  Duque  de  Lerma. 
Cata  Francia  Montesinos  —  El  Marques  de  San- 

tillana. 
No  ay  duelo  entre  dos  amigos  —  El  Marques  de 

Mondexar. 
El   Campo  de  Leganitos  —  De    D.   Diego    Sar- 

miento. 
El  Manceho  del  camino  —  El  Marq.  de  la  Guardia. 
Los  très  afectos  de  amor  —  De  Jarandilla  Abran- 

tes  y  Agilar. 
Tamhien  ay  duelo  en  lus  damas  —  El  Conde  de 

Alquitin. 
Lo  mejor  de  los  dados  —  El  Conde  de  Linai'és. 
Las  colunas  de  la  Iglesia  —  El  Patriarcha  y  el 

Archidiano  de  Madrid. 
El  Philôsofo  soldado  —  El  Conde  de  H u mânes. 
El  comhidado  de  piedra  —  El  Marq.  de  Seralvo. 
Heràclito  y  Demôcrito  —  De  Navalvacuende  y  el 

marques  del  Vilar, 
rce  de  los  R.)  Cegar  para  ver  mejor  —  El  Marques  de  la  Puebla. 


•±1 

48 

(Calderon) 

49 
50 

(Lope) 
? 

51 
52 

(Lope) 
? 

53 

(Zorrilla) 

54 

? 

55 

56 

(Diamante) 
(Calderon) 

57  (Calderon) 

58  ? 

59  ? 


(Tirso) 
? 


(Lope) 

9 


(H 


El  Lazarillo  de  Tormes  —  El  Conde  de  Ayala. 
De  Madrid  a  Toledo  —  El  Conde  de  Fuensalida. 
?  Mas  vale  tarde  que  nunca  '  —  El  Duque  de  Se- 

ra guas. 
(Calderon)        Las  manos  blancas  no  ofenden  —  El  Conde  del 

Montijo. 
(Calderon)        Los  très  majores  prodigios  —  De  Coruna,  Castro 

fuerte  y  Pi'ado. 
.  de  Mendoza)  El  marîdo  haze  muier  —  Del  Marq.    de   Vilia- 
fuente. 


1     Sous  le  même  titre  (et  c'est  peut-ctre  une    refonte  de  celle-ci\  on 
a  une  comédie  de  Lopez  de  Castro  (1723-62). 


FRAGMENTS  DE  THEATHE  ESPAGNOL 


141 


70 

? 

71 

9 

72 

(Calderon) 

73 

(Lope) 

74 

(Lanini,  Ruiz, 
Mendoza) 

75  (Cancer,  Matos, 

Moreto) 

76  (Calderon) 

77  (Calderon) 

78  ? 

79 


81 


(Lope) 


82  (Cardero) 

83  (Zorilla) 

84  (ViUayzan) 


Malo  vendra  —  De  San  German. 

El  encantado  —    El   Conde  de   Benavente   [fol. 

41  B.] 
Gustos  y  disgustos  son  no  mas  de  imaginacion  — 

De  Ruiz  Gomez  de  Silva. 
La  intencion  busca  el  castigo^  —  De  D.  Domingo 

de  Giizman. 
Resucitar  con  el  agua  —  El  Principe  de  Astillano 

y  Miranda. 
El  Bruto  de  Babilonïa  —  El  Conde  de  la  Re- 
villa. 
El  Secreto  a  voces  —  El  Consejo  de  Guerra. 
Mujer  llora  y  venceras  —  El  Marq.  de  los  Vêles 
No  ay  quien  entieiide   la  dicha  —  El  Marq.  de 

Llegaues. 
Para  en  uno  son  los  dos  —  El  Condestable  y  el 

Marq.  de  Penalva. 
31as  vale  salto  de  mata  —  El  Principe  de  Parma. 
Al  enemigo  la  puente  de  plata  —  De  D.  Luis  Po- 

derico. 
El  juramento  ante  Dios —  De  D.  Diego  Cavallero. 
No  ay  amigo  para  amigo  —  De  todos  los  sefiores- 
Sufrir  mas  por  querer  mas  —  Del  Pueblo. 


UN   BAILE    PASTORAL 

Je  publie  ce  bayle  parce  que,  à  ma  connaissance,  il  est  iné- 
dit et  jusqu'ici  inconnu  ^.  D'ailleurs,  quoique  son  mérite 
réel  soit  bien  restreint,  il  offre  un  bon  modèle  de  ce  qu'étaient 
devenues  ces  danses  théâtrales  vers  la  fin  du  XVIP  siècle  et 
le  commencement  du  XVIIl*.  On  en  avait  banni  la  grossièreté 
du  langage,  des  gestes,  la  licence  des  rfanses  populaires^et  ew- 


'  C'est  évidemment  la  Intencion  castigada  de  Lope. 

2  Je  l'avais  signalé  dans  les  Studj  déjà  cités,  au  n"  327  (vol.  xxxviii 
de  la  collection  de  Diferentes  autores).  Il  y  suit  une  comédie  que  le  ms. 
attribue  à  Don  Gabriel  de  Irazabal  y  Balandin,  et  comme  il  est  de  la 
même  main,  il  pourrait  bien  être  du  même  auteur.  Mais  celui-ci  même 
est  complètement  inconnu  aux  catalogues  du  théâtre  espagnol. 


142  FRAGMENTS   DE   THEATRE   ESPAGNOL 

diabladas  ;  mais,  en  même  temps,  on  en  avait  ôté  le  sel  et  l'em- 
preinte nation?le.  On  était  donc  réduit  à  l'allégorie,  et  à  la 
mythologie,  dans  les  occasions  solennelles;  ou,  comme  ici,  aux 
pastorales  iàdes  et  doucereuses  sans  vérité  et  sans  caractère. 
Ces  bergers  qui  disputent  sur  l'amour,  sur  une  régula  amoris 
comme  des  maîtres-troubadours  du  moyen  âge,  avec  la  même 
subtilité  d'esprit  et  presque  la  même  piécieuseté  de  langage, 
sont  vraiment  ridicules.  On  conçoit  que  le  charme  réel  de  ces 
petites  danses  devait  consister  presque  exclusivement  dans 
la  musique:  et  en  effet  on  voit  clairement  que  rimes,  mètres, 
tout  enfin  est  soumis  aux  exigences  musicales. 

[Fol.  1]        Baile 
De  quie.n  mas  ama 

El  que  DICE  su  AFECTO 

0  EL  QUE  LO  CaLLA 

4  zagales.  4  damas. 
Salen  quatro zagales  el  uno  de  eUos  ha  de  ser  una  musica  [sic]  y  ha  de 
salir  con  somhrerillo  o  montera  con plumas,  y  a  de  salir  An/riso,  que  In 
ha  de  hacer  la  musica  como  desasosegado. 

Zag.  1°        Anfriso,  dinos  que  tienes. 
An/.  No  es  posible,  que  no  encuentro 

razones  para  explicar 
el  mal  que  en  el  aima  siento. 
Zag.  2°         El  persuadiite  lo  digas 

es  por  ver  si  allamos  medio 
con  que  poder  consolarte. 
Anf.  Solo  por  obedeceros, 

al  viento  daré  mis  voces 
los  3  Zag.         A  tu  voz  atenderemos. 

Canta  Anfriso  lo  siguiente  : 
Anf.  Ay  de  mi  ynfeliz  y  sin  foi-tuna, 

que  de  amor  prisionero 
al  onoroso  estrago  de  sus  iras 
victima  yace  el  corazon  sangriento  ! 

Esta  pasion  que  el  aima   me  atormenta 
la  siento  como  alago  y  es  veneno, 
este  doloi"  con  que  incesante  peno 
es  un  hechizo  que  alagaime  intenta, 
y  de  maies  y  bienes  acosado 
vivo  muriendo  à  influjo  de  mi  hado. 


FRAGMENTS    DE  THEATRE  ESPAGNOf. 

[v"]  Y  pues  amor  ordena 

que  adore  un  imposible 

y  este  ardor  insufrible 

el  aima  me  enajena, 

sea  el  llanto,  en  tal  pena, 

intei-prete  que  diga  a  Marcia  hermosa 

que  sus  desdenes  rondo  mariposa, 

y  que  al  rigoi'  severo 

de  su  entereza  muero, 

diciendo  en  la  postrera  ausia  forzosa 

con  insufrible  accento 

y  con  triste  lamento 

con  rabia  con  furor 

con  pena  con  dolor  : 

Ay  de  mi  ynfeliz  y  sin  fortuaa, 
que  de  amor  prisionero 
al  orroroso  estrago  de  sus  iras 
victima  yace  el  corazon  sangriento  ! 
representado  : 
Zag.  I"  Anfriso,  le  has  dicho  a  Marcia 

alguna  vez  tus  deseos  ? 
Anf.  No  porque  es  tan  soljerana 

que  aunque  el  corazon  resuelto 
alguna  vez  lo  a  intentado  , 
cobarde a  escusado  el  riesgo. 

Zag.  2°        Pues  si  tu  amor  no  la  as  dicho 
porque  con  tanto  lamento 
de  sus  rigores  te  quejas? 
Anf.  Aunque  ser  asi  confieso, 

yo  se  que  mi  amor  no  ignora. 
[Fol.  2]         Porque,  deidad,  la  contemplo, 
y,  como  es  deidad,  presurao, 
pénétra  mis  pensamientos  : 
y  en  diversas  ocasiones 
la  he  explicado  mis  afectoa 
con  la  lengua  de  los  ojos, 
y  como  siempre  la  atiendo 
tan  lejos  de  mi  esperanza 
que  aun  atencion  no  la  debo, 
présume  que  no  premiarme 
nace  de  aborrecimiento. 

Zag.  3"         Pues  ella  sale,  dila  aora 


144  FRAGMENTS  DE  THEATRE  ESPAGNOL 

Tu  pena  y  tu  sentimiento, 
Anf.         No  me  atrevo  a  declarar 

por  discurrir  que  la  ofendo. 
Mira  que  hermosa  que  sale, 
mira  aquel  garbo  y  aseo  ! 
Sa\en  quatro  Damas  con  somhrerillos  o  manterillas   de  pluma .  Los 
zagales  quedan  a  un   lado  del  tablado  como  ablando  todos  jtintos  y  las 
damas  al  lado  contrario. 

Da.  \^         Prosigue  lo  que  cantabas, 

Marcia,  que  aunque  en  este  puesto 
concurran  esos  zagales, 
no  es  justo  nos  priven  ellos 
de  tan  dulces  suspensiones, 
de  tan  acordados  quiebros. 
Da.  2»        Todas  te  lo  suplicamos. 
Mar.         Pues  atended.  poique  quiero 

deciros  quien  es  Amor, 
[2  v°]         porque  huyais  de  sus  afectos  ; 
mas  la  que  sud  orgullo  rinda 
a  ese  dios  todo  enbeleco, 
explique  su  mal  y  diga 
lo  que  siente  alla  en  el  pecho, 
que  el  no  ablar  quando  le  importa 
para  los  mudos  es  bueno. 
cantado  : 
Y  enfin  él  que  se  allare 
su  prisionero 
con  las  voces  procure 
romper  sus  yerros. 

representado  : 
Da.  3*        Marcia,  graciosa  te  ostentas. 
Mar.         Atended  a  mis  accentos. 
canta  Marcia: 
Oydme  lo  que  es  el  Amor,  zagalas, 
porqué,  de  su  veneno 
advertidas,  podais  contra  sus  fléchas 
conseguir  de  sus  armas  el  desprecio. 

Es  el  amor  una  —  pasion  véhémente 
que  arrastra  jimperiosa  —  toda  la  razon 
es  aspid  bastardo  —  que  en  el  corazon 
entra  alagando  —  mas  luego  impaciente 


FRAGMENTS  DE  THEATRE  ESPAGNOL  145 

todo  lo  afable  convierte  en  tirano 
ostentaudo  soberbio  lo  inumano  ; 
y  pues  veis  que  es  el  Amor 
aleve  aspid  tiiano, 
riguroso,  inumano, 
alagueno  y  traidor, 
el  que  padezca  su  ardor 
publique  su  dolor,  y  en  sus  razones 
[Fol.  3]         procure  que  se  eniendan  sus  pasiones, 
que  el  que  su  amor  explica 
su  pasion  sacrifica 
y  expone  el  corazon  a  los  arpones  ; 
que  él  que  su  amor  no  dice 
poco  amor  tiene, 
porque  él  que  no  se  queja 
poco  le  duele. 
Esto  del  amor  siento, 
y  asi  para  que  se  huya  su  tormento 

oydme  lo  que  es  el  amor,  zagalas, 
porque,  de  su  veneno 
advertidas,  podais  contra  susflechas 
conseguir  de  sus  armas  el  desprecio. 

representado  : 


Anf. 

Diiios,  Marcia,  esa  opinion 

es  la  que  seguir  debemos? 

cantado  : 

Mar. 

Solo  el  silencio  testigo 

a  de  ser  de  los  afectos, 

que  a  las  deidades  se  sirve 

solo  con  los  rendimientos. 

representado  : 

Anf. 

Pues,  como  as  aconsejado 

lo  contrario  ? 

Mar. 

Porque  (engo 

razon  para  lo  uno  y  lo  otro. 

Anf. 

No  lo  alcanzo. 

Mar. 

Escucha  atento. 

Da.  1" 

Mejor  sera  que  en  un  bayie 

se  expliquen  ambos  conceptos. 

Anf. 

Del  silencio  las  razones 

ha  de  publicar  mi  accento. 

14^  FPAGMENTS    DE  THEATRE  ESPAGNOL 

[3  \°]  Mar.         Pues  por  lo  contrario  yo 

he  de  dar  la  voz  al  vieato. 
Da.  1»         Pues  empecemos  el  bayle, 

que  se  esta  perdiendo  tiempo. 
Anf.         Piiniero  quisiera,  Marcia, 

decirte  que  si  merezco 

ser  de  tus  iras  despojo. .  . . 
Mar.         Anfriso,  de  eso  no  hablemos. 
Anf.         Si  te  agravia  que  te  quiera 

no  te  le  dira  mi  afecto. 
Mar.         Lindo  modo  de  callarlo 

es  advei'tirme  del  riesgo  ! 
Anf.  Poi"  mi  no  lo  as  de  saber. 
Mar.         Aunque  lo  digas,  te  advierto 

que  aun  quando  quiero  soy  sorda  : 

que  seré  quando  no  quiero  ? 

y  asi  empecemos  el  bayle 

y  entrega  tu  amor  al  viento. 

Ponense  en  dos  alas  o  interpolados  zagales  y  damas  o  como  fuere 
necesario  para  el  hayle  y  cantarà  la  1»  copia  Marcia,  la  2»  Anfriso 
la  3»  Marcia,  la  4*  Anfriso  y  la  b'^  los  dos  en  duo,  y  entre  medio  de 
copia  y  copia  danzaran  la  tocata  de  las  copias  : 

Mar.  Es  el  amante  que  su  amor  explica 

atento  y  cortes. 

porque  en  arbitrio  de  su  dama  pone 
favor  u  desden 

Bailan. 

Anf.  El  es  amante  que  su  amor  no  explica 

discrète,  porque 
ama  solo  sin  teuer  esperanza 
de  mas  merecer. 

Bailan. 
[Fol.  4]  Mar.  El  que  dice  sus  ansias  se  ofrece 

por  esclavo  fiel, 

pues  voluntario  à  otro  dueno  rinde 
toda  su  altivez. 

Bailan 
Anf.         El  que  oculta  su  pasion,  mas  fîno 
juzgoque  a  de  ser, 


FRAGMENTS  DE  THEaTRE   ESPAGNOL  14  7 

pues  conserva  en  su  pecho  el  inceudio 
sin  darlo  a  entender. 

Bail  an 
Anf.  y  Mar.  Demos  fin  a  este  baile  dejando 

en  duo  para  otra  vez 

sin  decidlr  quai  de  entrambos  afectos 
el  mas  fino  es. 

Bailan  y  dase  fin. 
III 

DEUX    INTERMÈDES    DE    PEROTE 

((  Entremes  es  una  comedia  brève  en  la  cnal  lof^  autores  se  bur- 
lan  ingeniosamente.  »  Cette  définition  du  Père  José  Alcazar 
dit  en  peu  de  mots  ce  qu'étaient  les  intermèdes'.  Dans  ses 
judicieuses  observations  sur  le  théâtre  de  son  temps  (il  écri- 
vait vers  1690),  en  parlant  des  Mimes  des  Anciens  qui  sortaient 
exprès  sur  le  tablado  para  hacer  reh\  il  ajoute  :  «  à  este  gêner o 
de  comedia  corre<ponden  nuestros  enfremeses,  que  siempre  son 
ridiculos,  y  tienen  el  fin  festivo,  y  6  se  acaban  en  bailes,  6  en 
palos,  para  que  todo  pare  en  risa.  »  Justement  des  deux  inter- 
mèdes dont  je  vais  parler,  l'un  finit  avec  des  danses,  l'autre 
avec  une  volée  de  coups  de  bâton  ;  c'est  en  quelque  sorte  un 
hommage  à  l'exactitude  du  père  Alcazar. 

Après  l'étude  agréable  et  intéressante  de  M.  Léo  Rouanet*, 
il  serait  maintenant  superflu  de  parler  du  développement  de 
l'intermède  en  Espagne  et  de  la  manière  dont  on  le  jouait.  Je 
n'ajoute  que  quelques  détails  utiles  aux  documents  publiés  ici. 
Le  charme  théâtral  de  ces  petites  pièces  repose  exclusivement 
sur  l'habileté  scénique,  sur  la  finesse  du  protagoniste;  ainsi  les 
meilleurs  graciosos  se  formaient  un  type,  un  nom  qu'ils  rete- 
naient dans  toutes  les  œuvres  et  sous  lequel  ils  étaient  connus 
et  applaudis.  Le  célèbre  Cosme  Ferez  créa  le  rôle  de  Juan 
Rana;  et  Domingo  Canojil  prit  le  diminutif,  encore  assez  au- 

'  Voyez   de   longs  extraits    du  ms.  du  Père   Alcazar   dans   Gallardo, 
I,  n"  96,  particulièrement  aux  pages  112,  116. 
*  «  Intermèdes  espagnols  du  XVIP  siècle  »,  Paris,  Charles,  1897. 


14  8  FRAGMENTS    DE    THEATRE    ESPAGNOL 

daeieux,  de  Juan  Ranilla  *;  le  pauvre  Perico,  qu'on  rencontre 
dans  de  nombreux  intermèdes,  était,  je  ci'ois,  un  Vallejo  ;  et 
Perote,  qui  va  figurer  ici  *,  était  un  de  la  famille  toute  théâ- 
trale des  Orozco  ^.  On  trouve  Juana,  Maria,  Rita  et  un  Ma- 
tias  Orozco  dans  des  listes  de  comédiens  dès  1714  à  1733  *. 
C'est  l'époque,  à  peu  près,  du  manuscrit  de  nos  deux  inter- 
mèdes. 

Ceux-ci  ne  sont  ni  inédits,  ni  originaux  ;  ils  sont  de  tar- 
dives refontes  de  motifs  populaires.  M.  Rouanet  a  observé, 
très  justement,  que  les  sujets  des  intermèdes  ne  sont  pas  trop 
variés,  a  On  pourrait,  sans  trop  de  peine,  les  ramener,  pour 
la  plupart,  à  un  nombre  assez  restreint  de  tjpes  qui  ne  cessent 

de  se  reproduire Une  bouffonnerie,  lorsqu'elle  obtenait 

l'assentiment   du  public,  se   vojait   aussitôt  imitée,  plagiée, 

avec  des  modifications  souvent  insignifiantes et  comme  ces 

pièces  étaient  en  général  imprimées  sans  date,  ni  nom  d'au- 
teur, il  est  à  peu  près  impossible  de  fixer  leur  généalogie,  de 
distinguer  la  contrefaçon  de  l'originaP.  » 

Nous  pouvons,  au  contraire,  i)0ur  V Entrenies  del  Pleito  del 


'  Gall.  I,  p.  676  ;  «  Llamabanle  asi  de  mote,  porque  decia  que  ni  Juan 
Rana  liabia  llegado  à  su  grande  hubilidad  en  In  parte  de  gractosos.  »  Il 
y  a  un  intermède  de  Cancer  intitulé  Juan  Ra?iilla  (Barr.,  p.  628). 

*  Et  dans  le  Bobo  de  Coria  de  Zamora,  paru  en  1722,  et  sans  doute 
dans  d'autres.  Dans  un  auto  :  El  tirano  castigado,  dont  l'original  était 
de  Lope  de  Yega,  mais  qu'on  a  sans  doute  interpolé  et  fortement  modifié 
(publié  en  1664  :  voyez  Obras  de  Lope,  Madrid,  1892,  vol.  II  p.  480,481) 
dans  une  scène  burlesque  très  grossière  qui  certainement  n'est  pas  de 
Lope,  le  gracioso  Maroto  est  par  inadvertance  appelé  deux  fois  Perote: 
le  nom  était  donc  traditionnel:  il  remonte  peut-être  à  Ventremes  del 
Letrado  que  je  signale  plus  avant. 

3  On  le  lui  dit  au  2^  vers  :  Ya  te  co7iozco  Orozco!  Cet  usage  d'ap- 
peler de  son  vrai  nom  l'artiste  sur  la  scène  n'est  pas  sans  exemples 
dans  ces  petites  pièces  moqueuses.  Vallejo  est  nommé  souvent  (voyez 
Barrera  aux  mots  :  Genios,  Persiano,  Visita  de  Carcel)  et  pour  les  La- 
venan  voyez  ib.,  p.  648,  note. 

*  V.  Studj  fiiol.  rom.,  VI,  aux  numéros  149,  303,  550.  La  famille  Orozco 
continua  sur  le  théâtre  tout  le  siècle.  Voyez  [passim)  E.  Cotarelo  :  Estu- 
dios  sobre  lahi<t.  del  arte  escénicoen  Espana  2  vol.  (I.  Maria  Ladvenant. 
Madrid,  1896  —  II  Maria  del  Rosario.  ib.  1897). 

5  0.  c,  p.  33-34. 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    ESPAGNOL  149 

Mochuelo  que  je  vais  réédiier  ici,  le  confronter  avec  Tonginal 
d'où  il  dérive,  ce  qui  n'est  pas  sans  intérêt  *. 

Le  sujet  est  bien  vieux  et  se  répète,  dit  M.  Rouanet  (p.  35), 
très  fréquemment  :  c'est  un  letrado,  avocat  ou  médecin,  à  qui 
on  veut  enlever  ou  une  jeune  fille,  trop  jalousement  surveillée, 
ou  une  chaîne  d'of,  ou  une  bourse  bien  fournie  de  cuartos. 
Pendant  que  le  gr^acioso,  en  rusé  compère,  entretient,  par  un 
flux  de  paroles  incohérentes,  le  vieux  letrado,  yous  prétexte 
de  le  consulter  sur  une  maladie  ou  sur  un  procès,  un  complice 
trouve  le  moyen  de  faire  le  coup. 

La  source  du  Pleyto  del  Mochuelo  est  Ventremes  del  Letrado, 
qui  pourrait  bien  être  de  Lo[)e  de  Vega-.  Deux  filous,  Perote 
et  Bariola^  avec  la  ruse  susdite,  volent  au  letrado  une  bourse 
d'argent  ;  ils  sont  poursuivis  par  le  volé  et  un  Alguacil,  mais 
ils  se  déguisent  en  aveugles,  chantant  des  chansons  pieuses, 
et  réussissent  à  se  sauver.  L'arrangeur  du  Mochuelo  a  laissé 
à  l'écart  cette  seconde  partie  de  ci'ego  fingido  (il  j  a  un  inter- 
mède de  Cafiizares  de  ce  titre)  qui,  à  la  vérité,  ne  se  lie  pas 
à  la  première  trop  logiquement  ;  et  a  amplement  développé 
la  scène  plus  plaisante  et  comique,  c'est-à-dire  le  dialogue 
entre  Perote  et  le  pauvre  avocat,  qui  ne  parvient  pas  à  dé- 
brouiller le  fantastique  pleito  de  son  client.  D'autre  part, 
comme  on  devait  finir  en  baile,  l'auteur  a  feint  que  le  vol  de 
la  chaîne  d'or  ne  soit  qu'une  plaisanterie,  de  sorte  que  tous 
à  la  fin  puissent  danser  de  bon  cœur.  Je  pense  que  l'auteur 
du  Mochuelo  n'a  pas  directement  puisé  au  Letrado  :  il  le  con- 
naît cependant,  mais  il  a  suivi  de  préféi'ence  un  entremes  qui 
intercède  entre  le  Letrado  et  lui.  Dans  la  scène  de  Lope,  à 
l'avocat  qui  veut  interrompre  le  verbeux  Perote,  celui-ci  in- 
siste en  répétant  :  Oiga  vuesa  merced,  que  de  eso  pende! ;  dans 
Ventremes,  que  je  suppose  comme  intermédiaire,  ce  vers  était  : 
Oiga  vuesa  merced,  que  ay  esta  el  punto  I  ;  dans  le  Mochuelo, 


1  Outre  un  ms.  de  la  Bibl.  d'Osuna,  Barrera  (p.  634,  641)  le  cite  im- 
primé dans  les  Fiores  del  Parnaso,  Zaragoza  (1708).  Je  n'ai  pas  pu  le 
voir,  et  je  doute  qu'il  soit  modifié  dans  le  ms.  de  Parme,  qui  contient 
des  corrections  et  des  ratures  qui  feraient  croire  d'avoir  sous  les  yeux 
l'ébauche  originale,  le  premier  brouillon  de  l'arrangeur. 

2  V.  Oôras  de  Lope...  por  la  Real  Acad.,  II,  p.  LUI  et  145. 

10 


150  FRAGMENTS     DE   THEATRE    ESPAGNOL 

il  est  :  Yo  me  declararé  no  se  fatigue!  *.  Certains  vers  biffés  et 
certaines  corrections  du  manuscrit  ne  peuvent,  je  crois,  s'ex- 
pliquer autrement. 

L'autre  intermède  est  le  Desafio  de  Perote  dont  le  sujet  est 
aussi  populaire  que  le  précédent  :  Perote  a  été  bien  rossé 
sans  qu'il  s'en  ressente  trop,  mais  sa  femme  est  chatouil- 
leuse sur  le  point  d'honneur  et  le  décide  à  défier  son 
ennemi.  Le  pauvre  Perote  trouve,  quand  il  est  sur  le  champ 
de  r/ionneurnn  conrage  de  désespoir  et  gifle  largement  son 
adversaire  tout  ahuri  de  ce  revirement;  figurez-vous  alors 
si  Perote  ne  va  pas  entonner  les  vanteries  les  plus  stupé- 
fiantes! Cet  intermède  a  été  fait  pour  le  fameux  Juan  Rana 
par  le  grand  Calderon  qui  u'a  pas  dédaigné  ces  petites 
pièces  d'amusement  et  ce  Desafio  de  Juan  Pana  a  été  pu- 
blie récemment  dans  la  Biblioteca  de  Rivadeneyra  (tome  XIV, 
vol.  IV  des  Obras  de  Calderon,  p.  629-31)  par  Harlzenbusch. 
Il  l'a  pris  d'un  ms.  de  M.  Fernandez  Guerra  et  ajoute  que 
el  entrâmes  que  suele  hallarse  impreso  ^  es  muy  diferente.  Ce 
ms.  de  Fernandez  Guerra  remonte  évidemment  à  la  même 
source  que  le  ms.  de  Parme;  si  je  le  publie  ici  c'est  unique- 
ment parce  que  j'ai  dû  reconnaître  que  la  leçon  du  ms.  par- 
mesan est  de  beaucoup  meilleure  et  certainement  plus  près 
de  l'original.  Elle  a  en  plus  huit  vers  qui  sont  nécessaires  à 
l'intelligence  du  texte,  offre  de  nombreuses  petites  variantes 
presque  toutes  très  bonnes,  et  enfin  nous  donne  une  neuve 
fin  de  Ventremes  qui  me  paraît  plus  logique  et  naturelle, 
et  par  là  elle  est  peut-être  la  fin  originelle  La  publication 
de  Hartzenbusch  est  tellement  répandue  et  à  la  portée  de 
tous,  que  je  me  suis  cru  dispensé  d'en  noter  les  variantes  au 
bas  des  pages. 

Le  manuscrit  est  un  volume  (le  LXXI)  de  la  collection  de 
Parme  de  Dtferentes  Aulores.  Il  contient  entre  autres  la 
comédie  du  Principe  Sergio  écrite  d'une  main  des  premières 

1  Autres  exemples  de  transformations  et  suite  de  versions,  v.  Roua- 
net,  0.  c.  13,  note. 

2  A  ma  connaissance  il  n'avait  été  imprimé  que  dans  les  Tardes  apa- 
cibles....  Madrid,  1663  (v.  Barr.  p.  714);  livre  très  rare  qui  ne  se  trouve 
dans  aucune  bibl  d'Italie  ni  de  Paris  ni  de  Vienne.  Je  dois  remercier 
MM.  Dejob  et  Wurzbach  de  cette  recherche. 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    ESPAGNOL  loi 

années  du  XVIIl*  siècle.  Une  autre  main  entre  le  1"  et  2"' 
acte  a  écrit  le  Pleito  et  à  la  fin  de  la  comédie  le  De&afio.  Je 
donne  le  texte  avec  le  peu  de  changements  nécessaires  à  le 
rendre  promptement  intelligible*. 

ENTREMES  DEL  PLKYTO  DEL  MOCHUELO 

Un  letrado,  vejete  Perote 

uiia  mujer  3  hombres 

Sale  un  hombre  cou  una  daga  y  Perote  huyendo  de  el  : 

hom.         Aqui  te  tengo  de  quitar  la  vidai 

Per.  A  mi  ?  porqué  ? 

hom.  Ya  te  conozco,  Orozco  ! 

No  hères  tu  un  picaron  que  me  dezia 
de  un  pleyto  cuyas  pullas  no  entendia, 
[du  1"acte,  Fol.  19]  con  dezirme  mudandome  el  asunto  : 

«  oyga  vuesa  merced  que  ay  esta  el  pimto  »  ? 

Per.  No  ay  iniseri 

hom.  Que  es  iniseri? 

Per.  ....  cordia, 

Seiior  misericordia  ! 

hom.         Yo  la  quiero  tener  [contigo  agora  ^J 
SI  hazes  lo  que  te  digo. 

Per.  A  tu  servicio 

estoy  muy  obediente,  que  un  novicio 
tienes  aqui  aguardando  a  que  le  mandes. 

hom.  — Si  del  viejo  mevengo,no  ay  mas  Flandes  !  — 

Per.  Dime  lo  que  ê  de  hazer,  mas  reportado. 

hom.  Ay  en  este  lugar  cierto  letrado 

que  me  da  cada  dia  gran  matraca 
sabiendo  aquel  engano  que  me  hiziste 
con  dezirme,  pensando  en  al  asunto  : 


1  Naturellement  je  ne  change  pas  les  mots  que  Perote  estropie  pour 
les  rendre  ridicules,  tels  que:  Mero-Omero^  retrogada,  quartada-cuar- 
tana,  alnado-agnado,  eypedimiento-impedimerito,  pus-pues,  pipel-papel; 
î)d,  cd,  sopwo  pour  ;  voy,que.,  suplico,  etc.  J'ai  mis  toute  la  ponctuation 
et  la  majuscule  aux  reprises  et  aux  noms  propres  ;  l'orthographe  est 
conservée,  sauf  la  distinction  entre  6,  u^  v;  j'ai  mis  entre  deux  petites 
lignes  les  a  part,  réservant  aux  crochets  carrés  ou  ronds  d'indiquer  ce 
que  j'ajouterais  ou  ôterais  au  texte. 

2  Le  ms.  a  ici  une  rature  illisible;  une  main  postérieure  y  a  écrit 
dessus:  con  vos  agora,  mais  ma  correction  me  paraît  hors  de  doute. 


152  FRAGMENTS    DE   THEATRE  ESPAGNOL 

«  Oyga  viiesa  merced  que  aij  es  là  et  piinto  ! 
Per.  Y  bien,  quehemos  de  hazer? 

honi .  Yo  te  perdono 

la  burla  que  me  hizistes,  si  le  enganas  ; 

y  tambien  quiero  darte  cien  reaies. 
Per.  Pues  venga  ese  dinero,  que  el  letrado 

cuenta  puedes  hazer  que  esta  enganado. 

Adonde  vive,  amigo,  el  camarada  ? 
hom.  Ven  conmigo,  que  cerca  esta  la  casa  ' 

Per,  Vamos  pues,  y  verâs  lo  que  alla  pasa. 

hom.         (Mira  que)  es  bachiller,  preciado  de  prudente 
Per.  A  esos  engano  yo  mas  facilmente, 

que  son,  por  lo  que  tienen  de  mugeres, 

muy  facil  de  engaûar  los  bachilleres. 

Vanse.  Sale  el  letrado  y  su  niuger  con  icna  cadena  al  cuello. 

Letr.         Esta  a  vuestro  contento  la  cadena  ? 

mug.         A  mi  gusto  esta,  Senor. 

Letr.         Si  ella  os  agrada,  mi  amer, 
dire  que  esta  bien  eupleada. 
[\.9 verso]  mug.         Por  vida  mia,  amigo  de  mis    ojos, 
que  si  en  cadenas  paran  los  enojos 
que  tengo  de  enojaros  cada  dia! 

Letr.         No  todos  los  en>.jos,  prenda  mia, 

suelen  parar  enjoyas  ni  en  regalos, 
que  ay  entremes   de  amor  que  para  en  palos. 
'  mug.         Un  mayorazgo  os  doy  por  la  cadena. 

Letr.         Ea,  Senora,  entraos  en  ora  buena, 
que  vienen  négociantes. 

mug.  Dios  os  guarde  ^ 

Sale  Perote  y  los  très  homhres 

hom.         Sabes  lo  que  has  de  hazer  ? 

Per.  Tu  aqui  me  aguarda 

entre  tantoque  yo  le  dezvanezco. 
Marrubio  que  â  estudiado  mis  librillos, 
que  es  uno  de  mis  quatro  monaciUos, 
sabe  lo  que  ha  de  hazer  con  la  letrada. 


1  Une  main  postérieure  a  rayé  estd  la  casa  et  corrige  :  es  la  posa  J a. 
*  Il  y  était  Dios  os  g.  sehor,  mais  on  a  justement  rayé  le  dernier  mot. 


FRAGMENTS    DE    THEATRE   ESPAGNOL  153 

Ojo  abisôn  * 
hom  2°  No  ay  que  dezirme  nada. 

Letr.         Manda  vuesa  merced  alguna  cosa? 
Per.  La  opinion  que  se  estiende  al  verso  y  prosa 

por  todo  el  raundo,  deste  yngenio  ymplicito, 
me  tray  desde  mi  tierra  tan  solicito 
quanto  necesitado  de  su  amparo. 
Letr.         Es  pleito,  es  pleito^? 
Per .  Un  pleitecillo  es,  y  aunque  es  bien  claro 

para  persona  de  tan  altos  meritos, 
les  que  apenas  sabemos  los  preteritos 
lo  tenemos  por  algo  tenebroso. 
hom  1°       —  Notable  es  este  picaro  ! 
hom  2°  Famoso  !  — 

Letr.  Diga  vuesa  merced  a  lo  que  viene, 

y  esté  seguro  que  présente  tiene 
al  mismo  Baldo,  a  Bartulo  y  a  Dino  ^ 
Per.  —  Vos  llevareis  con  la  de  Calepino  !  — 

Letr.  Vaya  ynformando  Usted. 

[fol.  50]  Per.  Senor,  mi  aguelo 

ténia  doshalcones  y  un  mochuelo  ; 
eramos  très  sus  nietos,  y  en  la  muerte 
dexô  toda  su  hacienda  âl  que  por  suerte 
cupiesse  el  ave  noturnante  ;  echamos 
las  suertes  un  domingo,  y  fué  de  Ramos  ; 
cupome  a  mi  el  mochuelo  hereditario, 
a  seis  del  mes,  segun  el  calendario. 
Aora  los  que  tienen  los  alcones, 
alegando  diversas  opiniones, 
dizen  que  no  es  él  ave  nocturnante, 
y  andan  con  Plinio,  Mero,  y  Florabante, 
con  Amadis  de  Grecia,  y  sus  autores 
que  entienden  de  aves  ràbanos  y  flores, 
y  aprueban  que  el  alcon  anda  de  noche 
y  que  el  mochuelo  suele  andar  de  dia. 
Con  esto,  quince  alnados  de  mi  tia 
salen  a  la  demanda  retrogada, 


1  Voyez  Entr.del  Lelrado  [EL.  dans  les  Ohras  citées)   page  145,  2,  26 
(c'est-à-dire  2"^  colonne,  ligne  2(3). 

2  Ce  n'est  pas  un  vers. 

'  Trois  vers  copiés,  v.  EL.  p.  146.  1.  1. 


154  FRAGMENTS  DE   THEATRE    ESPAGNOL 

y  aprueban  con  testigos  la  quartada  ; 

siendo,  como  se  ve,  pleito  ordinario. 

Muere,  en  esta  ocasion,  el  boticario 

que  ténia  el  mochuelo,  y  su  heredero, 

sobrino  de  la  tia  del  barbero, 

le  pide  que  soltandose  una  noche, 

espantado  de  oyr  pasar  un  coche, 

le  quebrô  diez  redomas  de  jarabes, 

habiendo  dado  a  su  muger  las  llaves. 

Yo  viendome  apretado... 
Letr.  Espère  un  poco, 

que,  vive  Chris to,  que  me  vuclve  loco 

y  que  a  de  rematarme  si  prosigue! 
Per.  Yo  me  declararé,  no  se  fatigue. 

Este  mochuelo  que  dexô  mi  aguelo... 
Letr.  Donde  se  â  visto  pleyto  de  mochuelo? 

Per.  Viôse,  que  el  testador  por  ygualarnos 

quiso  que  el  testamento  a  suertes  fuese, 
[20  verso]  y  que  âl  que  su  ventura  se  le  dièse 

ese  gozase  el  pleito  hereditario. 
Letr.  Pues,  que  tiene  que  hazer  el  boticario 

y  essa  tia  que  dize  que  le  sigue? 
Per.  Yo  me  declararé,  no  se  fatigue. 

El  boticario  y  essa  tia  mia 

trataban  casamiento... 
Letr.  Siendo  muerto? 

Per.  Pues,  si  dexô  poder  para  el  concierto 

no  se  pudo  casar  niientras  vivia? 
Letr.  Que  dize  ? 

Per.  Que  el  alnado  de  mi  tia 

me  pide  los  jarabes. 
Letr.  Que  jarabes? 

Per.  Respondo  a  la  demanda  que  a  las  aves 

no  las  purga  ruybarbo  ni  altimonio. 
Letr.  Que  purga,  pleiteante  del  demonio  ? 

Si  es(ta)  loco,  vive  el  cielo,  que  meobligue. 
Per.  Yo  me  declararé,  no  se  fatigue  '. 


'  Le  foL  20  continue  avec  les  19  vers  suivants  que  après  on  a  biffé,  en 
mettant  près  le  mot  fatigue  ces  mots:  Vejete  :  diija  desp.  qui  renvoyant 
évidemment  av  l^  vers  du  fol.  2L  Ces  vers  biffés,  que  je  donne  tels 
quels  ils  sont  dans  lems.,  étaient  peut-être  de  Ventremes  intermédiaire. 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    ESPAGNOL  155 

[Fol.  21]     Letr.         Diga  despacio. 

Per.  Digo  en  dos  razones  : 

que  juntos  el  mochuelo  y  los  alcones 
pariô  el  mochuelo,  y  habiendo  dos  raochuelos, 
dize  que  a  todos  très  la  suerte  aplica. 
Aqui  el  juez  de  Comision  replica 
que  :  volunlas  provata  reputatur.... 

Letr.  Hombre  de  Berçebû,  viven  los  Cielos, 
que  si  me  tratas  mas  desos  mochuelos 
que  a  una  locura  barbara  me  obligue  ! 

Per.  Yo  me  declararé,  no  se  fatigue. 

Letr.         Que  se  a  de  declarar,  si  es  peor  queculto?  * 

Per,  Pues  yo  ninguna  cosa  dificulto: 

y  como  digo  tengo  por  muy  Uano 
el  brève  en  el  divorcio  de  mi  hermano; 
porque  la  nulidad  no  consistia 
mas  que  en  eljuramento  demi  tia 
y  de  un  hermano  tuerto,  y  ser  podria 
que  alguno  le  pusiese  eypedimento 
para  poder  hazer  el  casamiento  ^; 


qui  était  plus  près  de  l'original  que  le  Mochuelo.  En  effet  voyez  EL  page 
146.  1.  10-19: 

hom  1°    aora  me  entro  hablar  con  la  senora 
per.  quiere  escucharme  condespacio  aora 

letr.         que  tengo  que  escuchar  si  estoy  difunto 
per.         oyga  v.  m.  que  ay  esta  el  punto 

mire  v.  m. 

yo  soy  natural  de  Calahorra 

y  mis  padres  del  Reyno  de  toledo 

casaronse  en  olmedo  que  en  olmedo 

ay  excellentes  rabanos  y  hauia 

sabido  mi  madré  que  un  antojo  le  daria 

antojosele  en  fin  casarse  quiso 

adonde  los  hallasen  de  ymprouiso 

sucediô  que  prenada  demi  hermano 

no  los  allaron  luego  tan  amano 

y  entanto  que  de  mi  se  hizo  prenada 

no  nacimos  de  aquella  ventregada. 
letr.        hombre  de  dos  mil  demonios 

si  estas  borracho,  dilo  y  vête  luego  al  j^unto. 
per.        oyga  v.  m.  que  ay  esta  el  punto. 
1  C'est,  je  crois,  une  allusion  au  style  précieux  du  culteranismo. 
*  Trois  vers  copiés  de  EL.  p.  146.  2.  2-4. 


156  FRAGMENTS    DE    THEATRE    ESPAGNOL 

y  no  soy  yo  tan  rudo  que  no  sepa 

que  él  que  es  mas   diligente 

a  nueve  meses  pare  justamente  *. 
Letr .  Acabose?  Eljuicio  me  ha  quitado  ! 

De  embidia,  vive  Dios,  me  le  a  trocado  ! 
Sale  el  liombre  2°    con  la  cadena 
Per.         Pescastela? 
hom  2°  Si  amigo. 

Per.         Pues  que  ya  se  logrô  yo  me  despido  ^. 

Vanse 

Letr.         Valgate  el  diable  (por)  pleyto  del  mochuelo  ! 
Aturdido  me  dexa,  vive  el  cielo; 
[21  verso]  el  ave  noturnante,  el  boticario, 

el  sobrino,  la  tia,  el  calendario, 
los  jarabes,  las  Hâves,  y  el  barbero, 
y  sobretodo  qne  pario  el  mochuelo  ! 

Sale  la    muger. 
mug .         Pues,  Senor  mio,  fuese  ya  el  platero  ? 
Letr.  Que  platero?  que  estoy  desatinado  ! 

mug .  A  mi  aposento  vino  su  criado  ^ 

1  A  la  marge  il  y  a  d'autre  main  ces  mots  épars:  porque  siendo  impo- 
tente como  pudo — Parir  mi  abuelo-oijya  vm  :  tentatives  de  corrections 
qui  n'ont  pas  abouti. 

*  Suivent  dans  le  texte  les  4  vers  suivants  (copiés  de  EL.  p.  146.  2. 
41-44)  que  l'auteur  a  aprôs  justement  bitïés  : 

adios  seûor  que  yo  voy  muy  contento 
de  hauer  visto  su  grande  entendimiento 
(y  "''oy)  antes  que  pida  rabanos  mi  madré 
y  buelban  las  quartanas  a  mipadre. 
3  A  la   marge  de  ce  vers  il  y  a  ces  mots,  d'autre  main  :  j/  me  dixo  et 
une  ligne   qui  renvoyé  au  folio  22  vis-à-vis,  ou  l'on  trouve,  de  la  même 
main,  ce  final  nouveau  de  cet  entremes  : 

y  me  dixo  que  vos  por  la  cadena 
le  embiasteis. 
Rejeté  Yo  ! 

muff.  Y  que  no  era  buena 

la  color  que  ténia. 
VeJ.  Que  platero 

ni  criado?....  si  era  el  companero 
de  aquel  que  me  engano?...  Yo  soy  perdido  1 
mug.        Ay  que  me  mata  a  palos  mi  marido  ! 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    ESPAGNOL  157 

y  me  dixo  que  vos,  es  caso  llano, 
por  la  cadena  enviabais. 
Letr.  Es  engafîo  ! 

Mas,  si  es  el  picaron...  Socorro  Cielos  ! 
que  me  diô  con  el  pleyto  del  mochuelo... 
Vos  me  lo  pagareis...  yo  soy  perdido  ! 

dala  de  palos 
mug.         Ay  que  me  mata  a  palos  mi  marido  ! 

salen  todos 
hom.  1°         Sosieguense  sus  Mercedes, 

que  aquf  traygo  la  cadena: 

y  sepa  que  a  sido  burla 

porque  otra  vez  no  se  meta 

en  dar  baya  [a]  aqueste  amigo  ; 

y  pues  la  cadena  es  esta 

vaya  de  fiesta  y  de  bayle  ! 
Letr.  Vaya  muy  en  ora  buena  ! 
Per.         Porque  aunque  mas  estudie         leyes  y  textes 

no  ha  de  entender  el  pleyto    de  los  mochuelos  ! 

KNTREMES  DEL  DESAFIO  DE  PEROTE 

Perote  Gil  Parrado 

Gila  su  muger  y  un  Alguazil. 


xnlen   todos 

hom.         Sosieguese,  cuitado  !  que  este  a  sido 

porque  no  (me)  de  matraca,  ni  aya  estremos  : 
y  sepa  que  tambien  todos  caemos. 
Ya  van'  por  la  cadena  ;  y  pues  que  sabe 
cantar  Dona  Brianda,  porque  acabe 
con  un  bayle,  entretenga  a  estos  Senores. 

Vej.        A  mi  me  hande  enganar  dos  abladores? 
Si  los  coxo  a  mis  manos,  vive  el  cielo  !... 

Per.        Luego,  no  entiende  el  pleito  del  mochuelo  ? 

Vej.        Mas  aqueso  me  ofende! 

Per.         Oyga  vuesa  merced,  que  deso  pejide  ! 

Vej.        Esta  traicion  es  justo  se  castigue. 

Per.         Yo  me  dedararé,  no  se  fatigue! 

Vej.        Como  a  de  ser? 

^<'''-  Cantando,  y  no  os  dé  pena. 

Vej.        Vaya  de  baile  y  venga  mi  cadena  ! 


158  FRAGMLsNïS    DE   THEATRE   ESPAGNOL 

Sale  Perote  y  su  muger  Gila 

Gila.         Es  ora  de  venir,  marido  à  casa? 

Esto  en  el  mundo  pasa  ? 

Vos  tan  tarde  a  corner?  —  pierdo  el  sentido  !- 

Dezid  :  que  a  suzedido  ? 

De  que  estais  elevado? 

Esto  hazeis  a  très  meses  de  casado  ? 

Descolorido,  vos,  y  descompuesto  ! 

Dezidme,  es  pesadumbre? 
Per.  No  es  mas  desto. 

Gila.         Que  teneis,  que  a  escucharos  me  prevengo  ? 
Per.  Tengo  honor,  y  no  se  lo  que  me  tengo. 

Gila.         Hablad,  y  no  calleis  vuestra  dolencia. 
Per.  Muger,  no  traigo  sana  la  conciencia. 

Gila.         No  os  entiendo,  marido. 
Per.  —  No  me  espanto  ; 

agora  esto  a  de  ser  !  —  Sacadme  un  mante. 
Gila.         Para  que  lo  quereis  ?  —  rabio  de  enojol — 
Per.         Ymportame  renir  de  medio  ojo  ! 
Gila.         Ya  que  de  vuestra  pena  soy  testigo, 

con  quien  vays  a  renir  ? 
Per.  Con  un  amigo. 

Gila.         Con  un  amigo?  —  estoy  de  enojo  ciega  !  — 
Per.         No  vais  que  el  mas  amigo  es  quien  la  pega? 
Gi.la.         Acabad  de  decillo, 

que  de  esperallo  estoy  con  tabardillo! 
Per.         Pues  yo,  aunque  no  me  alabo 

de  lo  que  tengo  en  vos,  estoy  al  cabo. 
Gila.         Se  que  podeis  dezir  con  mil  plazeres 

que  en  mi  teneis  un  molde  de  mugeres  ! 
Per.         Esos  son  mis  hechizos, 

que  diz  que  me  poneis  algunos  rizos. 
Gila.         Rizos  a  vos,  esposo  ? 

no  lo  habeis  menester  que  sois  hermoso  ; 

que  cintura  teneis  !  —  tomà  una  higa  ! 
Per.         Ya  se  que  so  galun,  Dios  me  bendiga, 

pero  dan  en  dezir,  que  es  lo  que  siento, 

que  us  paresco  mijor  quando  me  ausento. 
Gila.        Soys  un  terron  de  necedad,  marido. 
Per.         Pues  ya  no  lo  seré,  que  me  han  molido. 
Gila.        A  vos?  no  os  espanteis  que  me  alborote; 
Vos,  molido?  con  que  ? 


Per. 

Gila. 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    KSPAGNOL  159 

Pe^'.  Con  un  garrote. 

No  conozeis,  muger,  à  Gil  Parrado? 

pues  tras  haberme  con  un  leno  dado, 

solo  porque  yo  so  vuestro  marido 

me  dijo. . 
Gila.  Que  ?  dezid. 

.  •  .  que  hera  sofi'ido. 

Que  herais  sufrido  os  dixo  en  mi  perjuizio? 
—  Una  locura  tengo  que  esjuizio!  — 
Con  paloes  diô,  quelahonra  t.into  dana? 
Per.  Esso,  gracias  a  Dios,  no  fue  con  cana. 

Gila.         Darle  con  el  sombrero  bueno  fuera. 
Per.  No  Uevaba  yo  mas  que  la  montera. 

Gila.         Que  le  diei-ais  con  ella  era  mi  gozo. 
Per.  Pus  esso  fuera  dalle  con  rebozo. 

Gila.         Enfin,  tonton  menguado, 

a  mis  ojos  venis  apaleado  ! 
Per.  Cierto  que  tengo  la  rnimoria  fraca, 

pues  no  se  si  era  palo  osi  era  estaca. 
Gila.         Santiguome  de  veros  reportado. 
Per.  Yo  no,  poi'que  ya  vengo  santiguado. 

Gila.         Vos  no  os  podeis  vengar,  si  vuestro  brio 

no  leescribe  un  papel  de  desafio! 

Al  campo  le  sacad. 
Per.  De  vos  me  almiro  ; 

yo  enel  campo  con  nadie  no  me  tiro. 
Gila.         Mirad,  marido  :  quanto  a  lo  primero 

os  abeis  de  calai'  bien  el  sombrero, 

sacar  la  espada  con  gentil  despecho, 

entrar  con  pié  derecho, 

poneros  recto,  fino,  y  perfilado. . . 

Que  ymporta,  si  él  me  puso  de  quadrado? 
Gila.         .  .  .  luego  echalle  un  atajo  con  gran  tiento, 

recoger  el  aliento 

y  con  brios,  que  en  vos  no  es  maravilla, 

zas  !  tirarle  a  matar  por  la  tetilla. 
Per.  De  suerte  que  he  de  entrar  muy  ynumano, 

con  el  pié  que  tuviere  mas  à  raano, 

el  sombrero  encallado 

ponerme  rento,  firme  y  afilado, 

entrar  cou  tiento  y  zas!  darle  una  herida  ; 

es  mas  que  esto?  pues  no  lo  herré  en  mi  vida. 


Per. 


160  FRAGMENTS    DE    THEATRE    ESPAGNOL 

Gila.         Y  el  atajo  que  os  dije. 

Per.  En  mi  trabajo 

no  salir  a  renir  es  el  atajo. 

Gila.         Si  no  salis  he  de  volverme  loca! 

Per.  Desafîalde  vos  que  a  vos  os  toca. 

Venga  recado  de  escribir,  que  quiero 
desafiar  por  vos  al  mundo  entero'. 

Gila.         Voy  volando. 

Vase 
Per.  Oy,  venid  muy  brevemente 

porqué  a  pausas  me  viene  el  ser  valiente. 
sale  con  recado 
Gila.         Ya  el  recado  esta  aqui. 
Per.  Pues,  mujer  mia, 

doblà  el  pipel  y  hazed  la  cuertesia  2. 

pasease 
Gila.         Ya  esta  ;  notad  con  brio. 
Per.  Poned  de  buena  letra  :  A  migo  mio 

Gila.         La  Cruz  se  me  olvidô  ! 
Per.  No  es  maravilla  ; 

poned  ay  una  cruz  con  lamparilla. 
Gila  Con  lamparilla?  soys  un  mentecato  ? 

Per.  Digo  que  la  pongais,  por  siUe  mato. 

nota  : 
«  Por  aqueste  sabrcis  de  buena  mano 
que  soy  vuestro  enemigo  mas  que  hermano  : 
aunque  vos  procureis  hazerme  tiros 
de  qualquier  modo  estoy para  serviras, 
si  bien  Gila  mi  esposa 
se  a  sentido  estas  dias  achacosa . .  . 

Gila.         Marido,  que  dezis  ?  estaysjugando? 
Per.  Luego  un  hombre  a  de  entrar  desafiando? 


*  Le  changement  de  Perote  est  un  peu  brusque,  mais  peut-être  quel- 
ques gestes  expressifs  du  gracioso  annonçaient  la  nouvelle  décision. 

'  En  haut  de  la  page  on  mettait  les  initiales  de  quelque  formule  cour- 
toise par  ex.  D.  0.  G.  (Bios  os  guarde)  et  après,  en  bons  chrétiens,  une 
croix  et  quelquefois  même  les  initiales  ./.  ./.  M.  (Jésus,  Joseph,  Marie). 
Comme  on  sait,  on  met  près  des  cadavres  une  croix  et  une  lampe  funé- 
raire. 


FRAGMENTS    DE    THEATRE    ESPAGNOL  161 

Yo  le  voy  a  matar,  cosa  es  sabida, 

y  no  es  malo  un  amigo  en  la  otra  vida. 

Gila .         Tan  hecha  la  llevais  ? 

Per.  Es  caso  cierto  : 

si  Dios  quiere,  muger,  daldo  por  muerto. 

nota  la  car  ta  : 
y  assi  sabreis  por  este,  amigo  mio, 
como  plenariamente  us  desafio. 

Gila.  Plenariamente,  vos?que  es  lo  que  veo? 

Per.  No  veis  que  rino  yo  por  jubileo  ? 

Gila.  Por  jubileo  escusan  las  pendencias  ! 

Per.  Fus,  por  esso  ago  yo  mis  dilijencias. 

Gila.  Errado  va  el  papel,  marido  en  todo. 

Per.  Muger,  yo  desafio  des  te  modo. 

nota  : 
«  en  el  campo  os  espero  como  un  Marte 

Gila.         Adonde  ê  de  poner  ? 

P^r.  En  qualquier  parte. 

Gila.         Y  si  hallaros  la  suerte  no  dispone 

que  hemos  de  hazer  ? 
■P^r.  Poned  que  me  pregone. 

Gila.         Son  las  senas  pequenas. 
Per,  Dezid  que  yo  le  aguardu,  por  mas  senas, 

en  el  campo  esta  tarde, 

y  acabad  el  pipel  con  Dios  os  guaràe. 
Gila.         Este  billete  le  escribiera  un  manco. 
Per.  Assi  ponelde  ay  mi  firma  en  blanco, 

y  un  real  de  porte  le  pondreis,  que  es  treta  ; 

y  hazed  que  le  echen 

Gila.  Donde? 

P^r.  En  la  estafeta. 

Gilan         Nada  escribis,  marido,  que  os  ymporte. 
Per.  Quiero  que  entienda  que  es  pipel  de  porte. 

Gila.         El  coleto  os  poned  para  este  aprieto. 
Per.  Quando  voy  a  renir  guardo  el  coleto. 

llora  : 

Quedad  con  Dios,  muger  mia  ! 
A  renir  vô,  sabe  el  Cielo 
que  no  le  puedo  escusar. 
A  quanto  dexaros  sieoto 


62  FRAGMENTS    DE   THEATRE   ESPAGNOL 

con  los  achaques  de  viuda  ! 
La  reputacion  me  â  puesto 
en  lance  tan  apretado 
que  el  honor  es  lo  de  menos. 
Lo  co  os  soprico,  muger, 
es  que  llameis  al  barbero, 
y  que  tengais  prevenidas 
estopas,  hilas  y  huevos  ; 
y  que  mireis  por  Juanico, 
que  enfin  so  su  padre,  puesto 
que  a  très  meses  de  casado 
me  naciô  en  casa  de  tiempo. 
Y  adios  que  no  puedo  mas  ! 
Gila.  Cobarde,  villano,  necio, 

a  euviar  voy  el  papel, 
pero  mirad  que  os  advierto 
que  vengais  a  verme  honrado 
0  volvais  a  casa  muerto. 

vase. 
Per,  Que  vengais  a  vei-me  honrado 

0  volvais  a  casa  muerto! 

Por  Dios,  que  esto  va  de  veras  : 

no  ay  que  dudar  :  esto  es  hecho  ! 

Yo,  renir  ?  yo,  desafio  ? 

De  solo  pensarlo  tiemblo. 

Pero,  en  fin,  ello  a  de  ser. 

Ya  en  la  calle  estoy.  Protesto 

que  tomâra  de  partido 

cien  palos,  real  mas  o  menos  ! 
sale  Gi  l  Parada  : 
Gril.  Este  papel  de  Perote 

he  tenido...  mas,  que  es  esto? 

no  es  él  que  mire  ? 
Per.  Cogiome 

entre  puertas  :  esto  es  hecho. 
Gil.  Diga,  el  muy  tonton  menguado, 

como  tiene  atrevimiento 

de  desafîarme  a  rai  ? 
Per.  Cierta  opilacion  que  tengo 

fue  la  causa. 
Gril.  Como  assi  ? 

Per.  Hanme  dado  por  remedio 


FRAGMENTS   DE   THEATRE  ESPAGNOL  163 

que  aga  exercicio  y  que  rifia 
para  tomar  el  hazero. 
Gil.  Sigame. 

Per.  Donde  me  lleva  ? 

Gil.       Al  campo. 
Per.  Voy  al  mimento 

a  prévenir  la  merienda. 
Gril.  Yo  solo  a  renir  le  lievo. 
Per.       Es  que  ando  buscando  traza 

para  matalle  con  miedo, 

y  a  de  ser  con  un  bocado. 
Gil.        Graçioso  esta  !  Saque  presto 

la  espada,  y  tire  a  matarme. 
Per.       Usted  piensa  que  es  buSuelo  ? 

Espérese,  que,  segun 

mi  muger,  he  de  entrar  recto, 

y  ê  de  echarle  cierto  tajo... 
Gil.        Pues  aora  mira  en  esso  ? 
Per.       Yo  siempre  en  los  desafios 

ninguna  colera  tengo. 

—  Este  es  gallina  ;  a  provar 

a  ser  yo  valiente  quiero.  — 

En  efeto  ê  de  renir  ! 
Gil.        Que  aguarda  ?  riûa  al  momento  ! 

rifien  : 
Per.       Pues  tome  este  pantufraso  ! 
Gil.        Hombre,  détente  !  Que  es  esto  ? 

Eres  Perote  ? 
Per.  No  soy 

sino  un  diablo  del  ynfierno  1 
Gil.       Aqui  de  Dios,  que  me  matan  ! 

sale  el  Alguazil  : 
Alg.       Lajusticia!  Que  es  aquesto  ? 
Per.       He  reiiido  con  cien  hombres  : 

los  noventa  y  nueve  huyeron, 

y  este  con  la  zambuUida, 

uiias  abaxo,  le  he  muerto  ! 
Alg.       Como?  Esta  vivo  ! 
Per.  Habrâ 

resucitado  de  miedo. 
Alg.       Venga  a  la  carcel  al  punto  : 


FRAGMENTS    DE   THEATRE    ESPAGNOL 

de  quando  acà  a  dado  en  esso  ? 
Per.       Esto  de  la  valentia 

por  linea  recta  lo  tengo. 
Aquî  del  rey,  que  me  prenden  ! 

sale  Gila  : 
Gila       De  mi  esposo  son  los  ecos. .  . 

que  es  esto,  marido  mio  ? 
Per.  Ya  no  lo  mirais  ?  ir  preso  ! 
Gila       Porqué  ? 

Per.  Porque  soy  valiente. 

G'ila       Senores,  si  vale  el  ruego, 

dejalde  que  es  mi  marido  : 

y  si  no  quereis  hazerlo, 

a  palos  con  esta  tranca 

os  he  de  moler  los  huesoa. 
Alg.       Aqui  del  rey,  que  me  matan  ! 
Per.       Esso  si;  ea,  palos  en  ellos, 

esso  si,  mojer  de  mi  aima, 

démos  les  mas  ! 
Gila  Mas  le  démos  ! 

Entranlos  a  palos  con  que  dà 

Fin 

Antonio  Restori 
professeur  à  i'Université  de  Messine. 


LA  ce  JERUSALEN  CONQUISTADA  » 

DE    LOPS    DE   VEGA 

ET  LA  «  GERUSALEMiME  LIBERATA  >> 


Les  étroites  relations  politiques  qui  existèrent  entre 
l'Espagne  et  l'Italie  dès  la  première  moitié  du  XV<=  siècle,  la 
conquête  du  royaume  de  Naples  par  Alphonse  d'Aragon,  qui 
transplanta  sur  le  sol  italien  un  grand  nombre  de  nobles 
familles  espagnoles,  la  foi  ardente  et  le  dévouement  au  Saint- 
Siège  qui  firent  de  la  catholique  Espagne  des  XV*  et 
XVI*  siècles  l'intrépide  champion  de  la  papauté,  telles  furent 
les  causes  principales  des  échanges  intellectuels  qui  ne  tar- 
dèrent pas  à  s'établir  entre  les  deux  nations  et  de  la  péné- 
tration réciproque  des  langues  et  des  littératures  espagnoles 
et  italiennes.  La  langue  espagnole,  introduite  en  Italie  par 
les  princes  de  la  Péninsule  ibérique  qui  régnèrent  à  Naples 
et  en  Sicile,  s'étendit  au  delà  du  pays  soumis  à  leur  gouver- 
nement; elle  était  connue  et  parlée  à  Rome  dès  les  pontifi- 
cats de  Calixte  III  et  d'Alexandre  VI,  c'est-à-dire  vers  1460. 
Mais  les  vainqueurs  à  leur  tour  subirent  l'influence  des 
vaincus,  et  cette  influence,  qui  s'exerça  tout  d'abord  sur  leur 
langue,  se  fit  surtout  sentir  sur  leur  littérature  et  plus  parti- 
culièrement sur  la  poésie.  La  connaissance  de  chefs-d'oeuvre 
tels  que  la  Divine  Comédie^  le  Canzoniei^e  de  Pétrarque,  le 
Roland  Furieux,  remplit  d'admiration  les  lettrés  espagnols  de 
la  fin  du  XV^  siècle,  et  Boscan  et  Garcilaso,  en  introduisant 
l'hendécas^yllabe  italien  dans  la  poésie  espagnole,  lui  donnè- 
rent un  nouvel  éclat.  Dès  lors  les  deux  peuples  semblèrent 
mettre  en  commun  leur  patrimoine  littéraire,  et  à  peine  un 
ouvrage  de  quelque  valeur  était-il  sorti  de  la  plume  de  son 
auteur,  qu'il  était  connu,  traduit  et  imité  par  les  écrivains 
de  l'autre  nation.  Les  Espagnols  pétrarquisaient  en  rime  ita- 
liennes et  les  Italiens  composaient  des  ouvrages  en  espagnol 

11 


166  LA    «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

OU  des  comédies  bilingues  qui  prouvaient  leur  connaissance 
de  la  langue,  du  caractère  et  de  la  littérature  des  Espagnols'. 
Or  c'était  au  moment  où  les  relations  littéraires  de  TEspagne 
et  de  l'Italie  étaient  le  plus  intimes  que  le  Tasse  fit  paraître 
son  merveilleux  poème  de  la.  Jérusalem  délivrée.  Nous  n'avons 
pas  à  rappeler  ici  la  célébrité  dont  jouit  l'œuvre  du  Tasse,  en 
Espagne,  dès  son  apparition,  M.  A.  Farinelli  ayant  annoncé 
une  étude  complète  sur  ce  point  d'histoire  littéraire,  mais 
nous  tenons  à  constater  le  fait  parce  qu'il  explique  l'émula- 
tion qui  s'empara  de  Lope  de  Vega  en  lisant  l'œuvre  du  Tasse 
et  son  désir  d'égaler  dans  le  genre  épique  le  seul  de  ses  con- 
temporains qui  jouit  alors  en  Europe  d'une  réputation  supé- 
rieure à  la  sienne.  Lope  était  d'ailleurs  familier  depuis  long- 
temps avec  la  littérature  italienne,  et  ce  n'était  pas  la  pre- 
mière fois  qu'il  essayait  de  se  mesurer  avec  les  poètes  italiens. 
En  1598,  il  avait  fait  paraître  un  roman  pastoral  La  Arcadia- 
qui  n'était  guère  qu'une  imitation  du  roman  du  même  nom 
de  Sannazar  ^  En  1602,  il  avait  publié  le  poème  intitulé  La 
Hermosura  de  Angélica,  qu'il  avait  écrit  en  1588  sur  le  vais- 
seau le  San  Juan,  et  qui  était,  dans  sa  pensée,  la  continuation 
de  VOrlando  Furioso  de  l'Arioste  *. 

Enfin  il  avait  plié  sa  muse  à  toutes  les  variétés  du  lyrisme 
italien  et  essayé  d'imiter  Pétrarque  dans  un  grand  nombre  de 
sonnets.  Mais  s'était-il  bien  rendu  compte  de  l'entreprise  qu'il 
allait  tenter  en  imitant  le  Tasse  et  avait-il  interrogé  sérieuse- 
ment ses  forces  avant  de  se  mettre  à  l'œuvre?  JN 'était-il  pas 
beaucoup  plus  clairvoyant  quand  il  écrivait  plus  tard  dans  la 
Filoména  ces  paroles,  qu'il  aurait  dû  méditer  avant  d'écrire 
son  poème  de  la  Jerusalen  Conquistada  : 

Ninguno  lo  que  imita  iguala 


*  Voy.  B.  Croce,  La  lingua  spagnuola  in  Italia.  —   Appendice  di  Ar- 
luro  Farinelli,  p.  71. 

*  La  Arcadia,  quoique  écrite  en  prose,  contient  un  grand  nombre  de 
poésies. 

3  La  première  version  espagnole  de  ï Arcadia  de  Sannazar  avait  paru 
en  1547. 

*  Voir  Obras  sueltas,  tome  II,  Prôlogo  delautor. 


ET  LA    «GERUSALEMME   LIBERATA  »  167 

Pues  ninguno  en  el  método  extranjero 
Puso  su  ingenio  en  el  lugar  primero. 

La  réponse  à  cette  double  question  se  dégagera,  nous  l'es- 
pérons, de  l'étude  que  nous  allons  faire  de  la  Jérusalem  de 
Lope  et  du  parallèle  que  nous  allons  établir  entre  l'œuvre  du 
poète  espagnol  et  celle  du  Tasse. 


La  Jerusalen  Conquistada  est  un  des  plus  grands  efforts  de 
Lope,  a  dit  Ticknor*,  et  il  est  facile  de  se  convaincre  de  la 
justesse  de  cette  parole  en  considérant,  d'un  côté,  la  facilité 
extraordinaire  de  composition  et  la  fécondité  prodigieuse  du 
poète  qui  «  fit  passer  plusieurs  fois  ses  comédies  de  la  Muse 
au  théâtre  dans  l'espace  de  vingt-quatre  heures  »,  et,  de  l'au- 
tre, le  temps  relativement  très  long  qu'il  consacra  à  son 
poème.  Lope  qui,  comme  tous  les  Espagnols  de  son  époque, 
aima,  dans  sa  jeunesse,  les  voyages,  les  aventures  et  la  vie  des 
camps,  ne  songea  sérieusement  à  suivre  la  carrière  littéraire 
que  vers  Tâge  de  trente  ans.  Dès  le  début  de  cette  carrière, 
séduit  par  les  beautés  de  l'œuvre  du  Tasse  et  envieux  aussi, 
comme  il  le  confesse  lui-même,  de  la  gloire  de  l'illustre  ita- 
lien*, il  se  prépare  à  l'imiter.  Nous  trouvons  dans  le  privilège, 
daté  de  Valladolid,  qui  se  trouve  en  tête  de  la  Je7'usalen,  que 

1  Histoire  de  la  littéi-ature  espagnole,  trad.  Magnabal,  tome  II, 
page  221. 

2  Dans  le  livre  IX  de  la  Jerusalen,  oct.  73  et  74,  Lope  semble  vouloir 
justifier  son  désir  d'égaler  le  Tasse,  quand  il  dit,  à  propos  d'un  guerrier 
jaloux  d'imiter  les  exploits  d'un  de  ses  compagnons  d'armes  : 

Cuando  causa  el  ajeno  bien  despecho, 
Es  pensamiento  vil  y  advenedizo, 
Mas  emular  la  ajena  gloria  y  fama, 
Para  imitar  el  bien,  virtud  se  llama. 
Asi  Uegô  Virgilio  al  mayor  grado 
De  la  Musa  latina  sonorosa 
De  la  gloria  de  Homero  provocado 
A  envidia  noble,  emulacion  honrosa. 
Alejandro  de  Achiles  incitado 
Paso  la  raya  à  su  opinion  gloriosa. 


168  LA     «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

l'auteur  de  la  Conçuîs^arfa  avait  travaillé  sept  ans  à  son  œuvre'. 
Or  la  Conquistada,  qui  ne  parut  qu'en  1610,  était  écrite  dès 
1603,  ainsi  qu'il  ressort  des  paroles  de  Lope  lui-même.  Il  nous 
dit,  en  eflfet  (livre  xviii,  oct.  "4^  qu'il  a  a  vu  trente-huit  fois 
le  soleil  '^  »  Le  poète  espagnol  était  donc  dans  tout  l'éclat  de 
son  talent  et  dans  toute  la  maturité  de  son  esprit  lorsqu'il 
mit  la  dernière  main  à  son  poème.  Il  le  constatait  d'ailleurs 
lui-même  dans  sa  lettre  au  duc  de  Sessa  du  3  septembre  1605, 
en  disant  au  sujet  de  la  Jerusalen:  Es  cosa  que  he  escrito  en  mi 
mejor  edad  y  cun  estudio  diferente  que  otras  de  mi  juventud.  » 
Lope  pouvait  se  flatter,  en  eflfet,  d'avoir  fait  avant  tout  une 
œuvre  d'érudition  et,  disons-le  en  passant,  cet  excès  d'érudi- 
tion contribue  puissamment  à  la  monotonie  et  au  désordre  qui 
régnent  dans  tout  le  poème.  Si  c'est  à  ce  point  de  vue  que  se 
plaçait  le  cavalier  Marin  quand  il  écrivait  à  Lope  qu'il  avait 
surpassé  son  modèle,  nous  ne  saurions  le  contredire. 

Mais,  avant  d'examiner  la  Conquistada  au  point  de  vue  litté- 
raire, il  convient  d'exposer  le  sujet  du  poème,  de  l'analyser, 
de  voir  si  les  événements  qu'il  rapporte  ont  une  origine  histo- 
rique et  de  rechercher  ensuite  ce  que  le  poète  espagnol  a  em- 
prunté au  chantre  de  la  Liberata. 

La  Jérusalem  de  Lope,  comme  celle  du  Tasse,  est  divisée 
en  vingt  livres  ^  et  rimée  en  octaves.  Le  Tasse  avait  chanté  la 
première  croisade  et  la  délivrance  des  Lieux  Saints  par  Go- 
defroy  de  Bouillon.  Lope  chante  la  troisième  croisade,  entre- 
prise par  Richard  Cœur-de-Lion,  Philippe-Auguste  et  Frédé- 
ric Barberousse,  auxquels  il  adjoint,  contre  toute  vérité 
historique,  Alphonse   VIII  de  Castiile  et  une  foule  de  nobles 

1  D'après  la  plupart  des  critiques,  le  Tasse  avait  employé  huit  ans  à 
composer  la  Liberata.  Lope  n'aurait  donc  mis  guère  moins  de  temps  que 
le  poète  italien  à  préparer  la  Conquistada. 

-  Lope  était  né  le  25  novembre  1565.  D'ailleurs,  dans  sa  lettre  au  duc 
de  Sessa  (1605),  Lope  parle  de  son  poème  comme  d'une  œuvre  terminée 
depuis  longtemps. 

3  Dans  le  prologue  de  son  poème  {Obras  sueltas,  tome  XIV,  page  xxvni), 
Lope  nous  dit  qu'il  ne  condamne  pas  l'emploi  du  mot  Chant.,  dont  s'est 
servi  le  Tasse,  pour  les  divisions  d'un  poème  «  pues,  dit-il,  todos  los  anti- 
guos  comenzaron  sus  obras,  llamando  cantarlas  al  escribirlas  »,  mais, 
ajoute-t-il,  «  todos  los  Uamaron  libros.  Y  asi  me  parece  dividir  el  mio  à 
imitaciôn  suya.  » 


ET   LA  «GERUSALEMME    LIBEUATA  »  169 

Espagnols.  Or,  on  le  sait,  cette  croisade  n'eut  aucun  ré- 
sultat par  suite  de  la  discorde  qui  ne  tarda  pas  à  diviser  les 
princes  chrétiens,  et  Saladin  resta  paisible  possesseur  du 
trône  de  Jérusalem.  Le  titre  de  Jerusulen  Conqiiistada  ne  ré- 
pond donc  pas  aux  événements  et  cette  dénomination  est  une 
première  faute  de  Lope.  Voici  livre  par  livre  une  analyse  du 
poème. 

Livre  L  —  Noureddin,  sultan  de  Syrie  et  d'Egypte,  dont 
Saladin  avait  été  le  lieutenant,  apparaît  en  songe  à  ce  der- 
nier et  lui  reproche  de  supporter  les  chrétiens  en  Asie.  Sala- 
din réunit  ses  sultans  à  Damas.  Un  apostat,  don  Raymond, 
ancien  seigneur  de  Tibériade,  est  au  milieu  d'eux;  la  guerre 
contre  Guy  de  Lusignan,  roi  de  Jérusalem,  est  résolue  et  dé- 
clarée. Dans  la  première  rencontre,  les  chrétiens,  tourmentés 
par  la  soif,  sont  vaincus  par  les  Turcs  qui  s'emparent  d'une 
partie  du  bras  de  la  sainte  Croix.  Le  roi  est  fait  prisonnier  en 
même  temps  que  les  grands  maîtres  de  Saint  Jean  et  du  Tem- 
ple. Un  grand  nombre  de  Templiers  et  de  femmes  sont  mas- 
sacrés après  la  bataille. 

Livre  IL  —  Le  poète  nous  transporte  en  Espagne,  où  Ri- 
chard d'Angleterre,  accompagné  de  sa  fille  Éléonore,  vient, 
pour  accomplir  un  vœu,  visiter  le  tombeau  de  saint  Jacques. 
Le  roi  s'éprend  d'Éléonore.  —  Nous  revenons  à  Jérusalem. 
Sibylle,  femme  de  Guy  de  Lusignan,  connaissant  la  fatale 
issue  de  la  bataille  de  Tibéi'iade  et  voulant  échapper  au  vain- 
queur, sort  de  la  ville  avec  ses  enfants  et  rencontre  bientôt 
Guy,  que  Saladin  a  remis  en  liberté  ;  elle  suit  son  mari  à  Pto- 
lémaïde.  Saladin  entre  triomphant  à  Jérusalem.  Les  temples 
sont  détruits,  à  l'exception  de  celui  de  Salomon.  Le  Saint 
Sépulcre  et  le  tombeau  de  Godefroy  sont  également  respec- 
tés. Deux  Espagnoles,  Blanche  et  Soi,  amenées  à  Saladin 
comme  captives,  s'emparent  de  quelques  armes,  font  une 
hécatombe  de  Turcs  et  meurent  courageusement. 

Livre  III.  —  Les  chrétiens  sortent  de  Jérusalem  et  pren- 
nent le  chemin  de  Tripoli  de  Syrie.  Ils  s'arrêtent  sur  le  rivage 
pour  se  reposer.  Héraclius,  leur  patriarche,  leur  rappelle  les 


170  LA    «  JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

prophéties  et  fait  l'histoire  du  temple  de  Salomon.  Le  comte 
Raymond  tombe  à  l'improviste  sur  les  fugitifs  et  les  massa- 
cre. Le  lendemain,  il  est  trouvé  mort  dans  sa  tente.  Guy  ras- 
semble des  troupes  pour  marcher  contre  Saladin,  mais  Si- 
bylle le  retient  en  se  jetant  à  ses  pieds  avec  ses.  quatre 
enfants. 

Livre  IV.  —  Nous  sommes  transportés  au  ciel  et  le  poète 
nous  décrit  la  Jérusalem  céleste.  La  Jérusalem  terrestre  vient 
rappeler  au  Seigneur  tout  ce  qu'il  a  fait  pour  elle  et  les  maux 
dont  elle  a  été  accablée  à  cause  des  prévarications  des  Hé- 
breux. Dieu  se  laisse  toucher.  Un  ange  apparaît  à  Richard 
et  lui  commande  de  faire  la  guerre  à  Saladin.  Alphonse  part 
avec  lui.  Nomenclature  des  nobles  espagnols  qui  l'accompa- 
gnent. —  Nous  revenons  en  Palestine.  Saladin,  qui  a  été 
vaincu  par  Guy  en  rase  campagne,  vient  assiéger  Ptolémaïde 
où  le  roi  et  les  siens  se  sont  enfermés.  La  famine  sévit  parmi 
les  assiégés;  elle  cause  la  mort  de  Sibylle  et  de  ses  quatre 
enfants.  Saladin,  instruit  de  l'approche  de  Frédéric  Barbe- 
rouse,  lève  le  siège;  mais  la  discorde  soulève  les  passions 
dans  le  cœur  des  princes  chrétiens.  Herfrando,  raati  d'Isa- 
belle, sœur  de  Sibylle,  et  Conrad  de  Montferrat,  gouverneur 
de  Tyr,  disputent  à  Guy  le  trône  de  Jérusalem. 

Livre  V.  —  Conrad  enlève  Isabelle,  femme  d'Herfrando,  et 
l'épouse  pour  avoir  droit  à  la  couronne.  L'Ambition  arme  les 
chrétiens  les  uns  contre  les  autres.  Frédéric  Barberousse 
approchait,  mais  on  apprend  qu'il  vient  de  se  noyer  dans  le 
Cydnus.  Récit  des  exploits  de  Frédéric  et  exaltation  de  sa 
puissance.  Son  fils,  Frédéric  de  Souabe,  lui  succède  dans  le 
commandement  de  l'armée.  La  peste  éclate  dans  le  camp  du 
duc  de  Souabe.  Les  croisés  allemands  reprennent  le  chemin 
de  l'Europe.  Les  chrétiens  désespèrent  de  reconquérir  Jéru- 
salem. 

Livre  VI.  —  Le  frère  de  Saladin.  Sirasudolo,  fait  connaî- 
tre à  ce  dernier  l'arrivée  du  roi  de  Castille  dont  il  vante  la 
bravoure.  Un  Espagnol  raconte  au  sultan  l'histoire  de  l'Espa- 
gne. Saladin  veut  éprouver  la  valeur  castillane.  Neuf  Espa- 
gnols se  battent  en  champ  clos  contre  neuf  Sarrasins.  Les 


ET    LA    «GERUSALEMME    LIBERATA»  171 

Espagnols  triomphent,  mais  les  Turcs,  furieux  de  la  défaite 
des  leurs,  massacrent  les  vainqueurs. 

Livre  VII.  —  Nous  sommes  en  Espagne,  où  nous  voyons 
les  enfants  chrétiens  de  Tolède  prendre  la  croix  et  combattre 
autour  de  leur  ville  natale  pour  essayer  leurs  forces.  Philippe- 
Auguste,  Richard  et  Alphonse  de  Castille  arrivent  en  Sicile, 
où  le  solitaire  Joachim  de  Flore  nomme  à  Alphonse  VIII  tous 
ses  descendants  jusqu'à  Philippe  III.  Les  chrétiens  se  remet- 
tent en  route.  Lucifer  rassemble  autour  de  lui  toutes  les 
puissances  de  l'abîme  et  les  déchaîne  contre  la  flotte  des  croi- 
sés. Ceux-ci  courent  de  grands  dangers.  Richard  se  met  en 
prière,  et  la  tempête  s'apaise.  Les  chrétiens  arrivent  devant 
Chypre.  Les  habitants  de  l'île  s'obstinant  à  ne  pas  les  rece- 
voir, le  roi  d'Angleterre  s'apprête  à  combattre. 

Livre  VIII.  —  La  bataille  s'engage.  Alphonse  de  Castille, 
tombé  dans  une  embuscade,  est  fait  prisonnier  par  Isménie, 
reine  de  Limisol,  qui  s'éprend  de  son  captif.  Isménie  se  revêt 
d'habits  d'homme,  se  donne  pour  le  frère  de  la  reine  de  Li- 
misol, et  se  décide  à  se  croiser  pour  pouvoir  suivre  Alphonse. 
Celui-ci,  rendu  à  la  liberté,  rejoint  les  siens.  Garceran  Mau- 
rique,  noble  Castillan,  se  bat  avec  Roger  de  Roussillon  pour 
soutenir  l'honneur  du  roi  de  Castille  attaqué  par  ce  dernier. 
Chypre  tombe  au  pouvoir  des  croisés  qui,  après  la  conquête, 
se  remettent  en  route  pour  Jérusalem.  Pendant  qu'ils  voguent 
vers  la  Palestine,  le  poète  nous  transporte  de  nouveau  en 
Espagne,  et  nous  montre  les  enfants  de  Tolède  arrivant  à 
Valence,  où  le  sultan  de  ce  royaume  les  fait  attaquer  par  ses 
janissaires.  Les  enfants  chrétiens  sont  vaincus  malgré  d'in- 
croyables exploits. 

Livre  IX.  —  Les  croisés  abordent  en  Palestine.  Saladin  se 
trouble  et  fait  appeler  le  mage  Mafadal.  Celui-ci  envoie  un 
navire  plein  de  reptiles  venimeux  pour  défendre  l'entrée  du 
port  de  Jaffa  aux  croisés  et  épaissit  l'air  autour  de  la  flotte. 
Après  un  combat  naval,  où  ils  ont  le  dessus,  les  chrétiens 
abordent.  Description  du  camp  chrétien.  Rivalité  entre  Gar- 
ceran et  le  duc  de  Bourbon.  Herfrando  vient  demander  à 
Richard  le  secours  des  croisés  contre  Conrad.  Juan  de  Avilar, 
maître  des  Templiers,  est  chargé  d'empêcher  le  ravitaillement 


172  LA     «JERUSAr,EN   CONQUISTADA  » 

de  Saint-Jean-d'Acre.  Un  Anglais,  traître  aux  siens,  Carlo,  le 
livre  au  sultan  Tarudante.  Aguilar  et  son  escorte  périssent 
dans  une  embuscade. 

Livre  X.  —  Le  corps  de  Juan  de  Aguilar  est  rapporté  au 
camp.  Tarudante  se  rend  auprès  de  Saladin  et  lui  fait  part  de 
sa  victoire.  Saladin  le  récompense  d'abord  magnifiquement, 
mais  apprenant  ensuite  qu'il  a  fait  justice  du  traître,  et  crai- 
gnant que  cet  exemple  ne  décourage  les  chrétiens  qui  vou- 
draient passer  dans  l'armée  ennemie,  il  le  condamne  à  mou- 
rir. Tarudante  corrompt  son  bourreau  en  lui  promettant  la 
main  de  sa  fille.  Celle-ci,  déjà  fiancée,  implore  vainement  son 
père.  Le  fiancé  se  pend  à  un  arbre  et  la  jeune  fille  se  jette 
dans  la  mer.  Un  esclave  est  décapité  à  la  place  de  Tarudante. 
Les  chrétiens  se  disputent  les  armes  de  Juan  de  Aguilar. 
Isménie,  envoyée  à  Tjr  auprès  de  Conrad  pour  le  sommer  de 
comparaître  devant  les  rois  croisés,  lui  reproche  sa  mauvaise 
foi,  le  défie,  se  bat  successivement  avec  cinq  chevaliers  et 
enfin  avec  le  roi  de  Tyr  lui-même. 

Livre  XL  —  Les  croisés  assiègent  Ptolémaide.  Les  chefs 
font  des  prodiges  de  valeur,  pour  mériter  les  armes  de  don 
Juan,  qui  ont  été  promises  au  plus  brave.  Une  grande  tour, 
construite  par  les  croisés,  ébranle  les  murs  de  la  cité.  Ismé- 
nie monte  sur  les  remparts  et  y  plante  l'étendard  des  chré- 
tiens. Elle  se  décide  à  avouer  son  amour  et  son  sexe  à  Al- 
phonse et  l'entraîne  hors  du  camp.  Garceran,  craignant  pour 
son  roi,  les  suit.  Il  surprend  ainsi  le  secret  de  la  reine  de 
Limisol  et  s'éprend  de  la  princesse.  Conrad  est  mis  à  mort  par 
des  émissaires  d'Herfrando.  Ce  dernier  succombe  lui-même 
en  essayant  d'escalader  les  remparts  et  meurt  au  moment  où 
sa  femme,  délivrée  de  Conrad,  venait  le  rejoindre. 

Livre  XII.  —  Isabelle  laisse  éclater  sa  douleur  à  la  vue  du 
corps  d'Herfrando.  On  fait  à  ce  dernier  de  magnifiques  funé- 
railles et  on  place  sur  sa  poitrine  l'épée  de  Juan  de  Aguilar. 
Le  siège  de  Ptolémaide  se  poursuit  pendant  trois  ans,  au  bout 
desquels  la  famine  désole  la  ville.  Les  assiégés  viennent  de- 
mander la  vie  sauve  aux  croisés, '[leur  promettant  en  retour 
de  leur  rendre  le  bras  de  la  vraie  Croix.  Le  bois  sacré  est  em- 
porté par  le  sultan,  qui  fuit  à  Jérusalem.  Les  assiégés  essayent 


ET    LA   «GKRUSALEMME    LIBERATA  »  173 

d'imiter  le  bois  de  la  croix,*pour  tromper  les  chrétiens.  Ceux- 
ci  sortent  processionnelleœent  du  camp  pour  le  recevoir  et 
font  éclater  leurs  transports  à  sa  vue.  Une  femme  leur  dé- 
couvre la  supercherie.  Bataille,  massacre  des  prisonniers 
chrétiens.  Isménie  s'empare  d'une  guerrière,  Melidora,  qui 
défendait  les  portes  de  la  ville.  Les  chrétiens  pénètrent  dans 
la  cité  et  massacrent  les  Turcs  par  représailles.  Un  de  ces 
derniers  qui  cherchait  à  frapper  Richard  traîtreusement  est 
mis  en  pièces  par  les  gardes. 

Livre  XIIL  —  Sirasudolo,  accompagné  des  fils  de  Saladin, 
s'empare,  par  trahison,  d'un  château  défendu  par  un  croisé 
français.  Garceran  défie  Isménie  pour  l'attirer  à  l'écart  et  lui 
avouer  son  amour.  Le  roi  de  Castille  arrive  au  moment  où 
Garceran  fait  sa  déclaration;  il  accable  son  vassal  de  repro- 
ches. Un  Turc,  qui  a  vu  le  semblant  de  duel  de  Garceran  et 
d'Israénie,  et  qui  croit  qu'ils  se  sont  entre-tués  jvient  annon- 
cer leur  mort  à  Sirasudolo.  Celui-ci,  croyant  n'avoir  rien  à 
craindre  d'eux,  vient  les  défier  par  fanfaronnade.  Au  moment 
du  duel,  la  trahison  de^Sirasudolo  est  découverte  etil  est  fait 
prisonnier.  Les  chrétiens  reprennent  la  forteresse  et  s'empa- 
rent des  deux  plus  jeunes  fils  de  Saladin,  ainsi  que  du  mage 
Mafadal.  Le  mage  évoque  l'image^d'Eléonore  et  'la  montre  à 
Alphonse  à  l'aide  d'un  miroir  enchanté.  Il  fait  ensuite  passer 
sous  les  yeux  du  roi,  au  moyen  du  même  miroir,  tous  les 
princes  qui  doivent  descendre  de  lui  jusqu'à  Philippe  III. 

Livre  XIV.  —  La  Discorde  sort^de  l'Enfer  et  va  chercher 
l'Injure  dans  sa  caverne;  elles  versent  toutes  deux  le  poison 
dans  le  cœur  de  Philippe-Auguste.  Le  roi  de  France,  jaloux 
de  Richard  et  se  rappelant  les  injures  qu'il  en  a  reçues,  as- 
semble ses'chevaliers,  tient  conseil  et  décide  de  retourner  en 
France.  Discours  pour  et  contre  cette  résolution.  Le  duc  de 
Bourgogne  et  les  Français  les  plus  ,braves  restent  en  Pales- 
tine avec  Richard  et  Alphonse.  Saladin,  qui  s'apprêtait  à  ren- 
dre Jérusalem  sans  combat,  reprend  courage  à  la  nouvelle  du 
départ  des  Français.  Richard  vient  mettre  le  siège'devant  Tyr. 
Garceran  et  Alphonse  y  sont  blessés. 

Livre  XV.  -  Garceran  et  plusieurs  autres  chevaliers  cas- 
tillans se  précipitent  pour  ramasser  la  flèche  que  le  roi  vient 


174  LA    «  JERUSALEN    CONQUISÏADA» 

d'arracher  de  sa  blessure.  Garceran  écarte  tous  ses  compa- 
gnons, se  bat  avec  l'un  d'eux  et  tue  son  adversaire.  Alphonse 
réprimande  son  bouillant  vassal  qui  quitte  alors  le  camp  et  va 
avec  un  autre  Espagnol,  Osorio,  visiter  le  tombeau  du  Christ. 
Les  pèlerins  sont  reconnus  à  Jérusalem  et  arrêtés.  Une  lutte 
s'engage.  Garceran  et  Osorio  tuent  tous  ceux  qui  s'appro- 
chent d'eux.  Pendant  ce  temps  les  Turcs  minent  le  camp  des 
chrétiens  et  font  sauter  la  partie  où  étaient  gardés  Sirasudolo 
et  ses  neveux.  Alphonse  envoie  une  ambassade  à  Saladin  pour 
lui  proposer  le  rachat  des  prisonniers.  Saladin  montre  ses  tré- 
sors aux  envoyés  et  les  invite  à  y  puiser.  Garceran  est  mis  en 
liberté  sans  rançon.  Eloge  de  Saladin. 

Livre  XVL  —  Richard  donne  l'assaut  à  Tjr,  qui  est  prise 
et  saccagée.  Le  roi  d'Angleterre  demande  à  être  reconnu  roi 
de  Jérusalem.  Guy  de  Lusignan  s'y  oppose  d'abord.  Les  Fran- 
çais, ayant  à  leur  tête  le  duc  de  Bourgogne,  soutiennent  les 
droits  de  Guy.  Garceran  défie  le  duc.  Pour  calmer  les  esprits, 
Guy  abandonne  ses  prétentions  et  accepte  la  royauté  de  Chy- 
pre en  échange  de  celle  de  Jérusalem.  Les  Français  s'empor- 
tent contre  cette  décision.  Saladin  se  détermine  à  soi'tir  de  la 
ville  sainte  pour  offrir  la  bataille  aux  croisés.  Richard  est 
couronné  et  la  main  d'Eléonore  est  solennellement  promise  à 
Alphonse.  Garceran  demande  la  main  d'isménie.  Laguerrière, 
blessée  des  dédains  du  roi,  fuit  hors  du  camp.  Garceran  est 
vainqueur  sur  le  Cédron  de  quelques  troupes  qui  allaient  re- 
joindre Saladin.  Cinq  rois  étaient  à  leur  tête,  il  les  amène 
prisonniers  à  Isménie.  Guy  part  pour  Chypre. 

Livre  XVIL  —  Préparatifs  de  la  bataille  qui  va  se  livrer 
entre  Saladin  et  Richard.  Enumération  des  forces  de  ce  der- 
nier et  longue  nomenclature  des  nobles  Espagnols  qui  vont 
combattre.  L'un  des  rois  prisonniers  de  Garceran  l'amène 
auprès  d'une  magicienne,  Brandalisa,  qui  lui  prédit  qu'il  épou- 
sera Isménie.  Celle-ci  revient  se  mêler  aux  croisés  pour  pren- 
dre part  u  la  bataille.  Description  minutieuse  de  l'armée  de 
Saladin.  Les  deux  rois  haranguent  leurs  troupes  avant  le  com- 
bat. Pendant  la  bataille  un  croisé  blessé  est  entouré  de  dix 
Sarrasins  ;  Garceran  vole  à  son  secours,  le  place  sur  son 
cheval  et  l'emporte  dans  sa  tente.  Ce  croisé  n'est  autre  qu'Is- 
ménie. 


ET   LA    «GERUSALEMME  IJBERATA  »  175 

Livre  XVIII.  ~  Garceran  retourne  au  combat  et  se  cou- 
vre de  gloire.  La  Victoire,  environnée  de  milliers  d'anges, 
acclame  Richard  et  Alphonse  et  plane  au-dessus  de  l'ar- 
mée chrétienne.  Les  croisés  sont  vainqueurs.  Après  la  ba- 
taille, ils  visitent  les  alentours  de  Jérusalem  et  rappellent  à 
leur  souvenir  tout  l'Ancien  et  le  nouveau  Testament.  Isménie 
promet  sa  main  à  Garceran  qui  l'a  sauvée.  Richard  s'apprête 
à  marcher  sur  Jérusalem.  La  discorde  reparaît;  elle  montre 
à  l'Anglais,  le  roi  de  France  ravageant  la  Normandie  et  le 
presse  de  retourner  en  Angleterre.  Elle  persuale  à  Richard 
que  Dieu  n'a  pas  besoin  de  son  secours  pour  délivrer  Jérusa- 
lem. Richard  conclut  une  trêve  avec  Saladin  et  revient  en 
Europe.  Les  Maures,  ayant  rompu  la  trêve  avec  l'Espagne, 
Alphonse  est  aussi  rappelé  dans  ses  Etats. 

Livre  XIX.  —  Alphonse  passe  la  revue  des  Castillans  qui 
vont  s'embarquer  et  donne  à  la  noble  famille  des  Gajtanes 
la  croix  de  Jérusalem  pour  armes.  Le  roi  d'Espagne  arrive  en 
Sicile  où  il  est  reçu  par  le  roi  Guillaume  ;  de  là  il  fait  voile 
pour  son  pays.  Il  entre  à  Tolède  et  ne  tarde  pas  à  s'éprendre 
d'une  belle  Juive.  Ses  vassaux  tuent  cette  dernière  pour 
mettre  fin  aux  dérèglements  du  roi.  Un  ange  apparaît  à  Al- 
phonse, inconsolable  de  lamortde  cette  femme,  et  lui  annonce 
qu'en  punition  de  sa  passion,  il  n'aura  pas  d'héritiers  mâles. 

Livre  XX.  —  Les  Chrétiens  d'Orient,  persécutés  par  Sala- 
din, se  résolvent  à  le  tuer  dans  une  émeute  et  à  donner  la 
couronne  à  Henri  de  Champagne,  époux  d'Isabelle,  sœur  de 
Sybille.  Une  colombe,  portant  à  Henri  un  message  des  con- 
jurés, effrayée  par  un  archer  qui  allait  tirer  sur  elle,  se 
dirige  vers  Jérusalem  et  tombe  aux  pieds  du  fils  de  Saladin. 
La  conjuration  est  découverte.  Les  chrétiens,  qui  se  présen- 
tent, la  nuit  suivante,  aux  portes  de  la  ville,  sont  passés  au 
fil  de  l'épée.  Henri  de  Champagne,  qui  songeait  à  revenir  en 
France,  tombe  du  haut  d'une  galerie  et  se  tue.  Richard  est 
poussé  par  la  tempête  sur  les  terres  du  duc  d'Autriche.  Lon- 
gue description  de  la  tempête.  Le  poète  exalte  la  puissance 
et  la  justice  de  Dieu.  Mort  de  Saladin  ;  ses  funérailles. 


176  LA  «JERUSALEN   CONQUISTADA  » 


II 

En  lisant  l'œuvre  touffue  et  quelquefois  presque  inextrica- 
ble que  nous  venons  d'analyser,  on  est  tout  naturellement 
amené  à  se  demander  si  Lope  a  emprunté  à  l'histoire  les  évé- 
nements qu'il  raconte  et  quelles  sont  ses  sources  probables 

Constatons  tout  d'abord  que,  jusqu'ici,  la  Conquistada  n'a 
été  examinée  par  les  critiques  qu'au  point  de  vue  purement 
littéraire,  et  qu'à  part  Ticknor',  qui  parle  nd'un  certain  respect 
de  la  vérité  historique  »,  aucun  d'eux  n'a  songé  à  l'étudier 
dans  ses  rapports  avec  l'histoire.  Il  semble  cependant  que  la 
question  ait  été  agitée  par  les  contemporains  de  Lope,  car  ce 
dernier  se  défend,  dans  la  /^îVomeno,  d'avoir  inventé  les  évé- 
nements qu'il  rapporte: 

Canté  la  historia  trâgica  (dit- il) 
De  quien  se  rie  el  Tordo, 
Siguiendo  los  antiguos  escritores, 
Todo  es  verdad etc. 

L'affirmation  de  Lope  est  formelle.  Quelle  est  sa  valeur? 

Pour  répondre  à  cette  question,  il  suffit  de  rappeler  briè- 
vement les  événements  de  la  troisième  croisade. 

Le  3  juillet  1187  eut  lieu  la  malheureuse  bataille  de  Tibé- 
riade  où  les  chrétiens,  (jui  souffraient  depuis  la  veille  de  la 
soif  et  de  la  chaleur,  furent  défaits  et  où  le  roi  Guj  et  les 
grands  Maîtres  du  Temple  et  de  Saint-Jean  furent  faits  pri- 
sonniers. Au  commencement  de  la  bataille,  le  comte  Raymond 
de  Tripoli  traversa  les  rangs  des  Musulmans,  qui  s'écartè- 
rent pour  le  laisser  passer,  et  quitta  le  lieu  du  combat.  Les 
Turcs  s'emparèrent^du  bois  de  la  Sainte-Croix,  et,  après  la 
bataille,  massacrèrent  les  chevaliers  du  Temple  sous  les  yeux 
de  Saladin  et  par  ses  ordres.  Le  2  octobre  1187,  Saladin  entra 
à  Jérusalem,  d'où  la'reine  Sibylle  avait  fui  à  son  approche, 
et  laissa  sortir  les  chrétiens  qui  voulurent  se  racheter.  Ces 
ehrétiens,  conduits  par  une  escorte  sur  les  terres  du  duc 
d'Antioche, 'furent  dépouillés  et  massacrés  par  le  comte  Boé- 

1  H  if  foire  de  la  littérature  espagnole,  tome  II. 


ET   LA    «GERUSALEMME    LIBERATA  »  177 

mond  et  par  son  fils  Raymond.  En  1189,  Sjbille  et  ses  quatre 
enfants  moururent  devant  Saint-Jean-d'Acre  ;  sa  sœur  Isa- 
belle, mariée  à  Humphroi  de  Thoron,  gentilhomme  de  Tou- 
raine,  seigneur  de  Montréal  et  connétable  de  Jérusalem,  hé- 
rita de  ses  droits  à  la  couronne.  Conrad,  marquis  de  Mont- 
ferrat,  disputa  alors  Isabelle  à  Humphroi,  fit  casser  le  ma- 
riage de  ce  dernier  par  l'autorité  ecclésiastique  et  épousa 
la  princesse.  La  nouvelle  de  la  prise  de  Jérusalem  par 
Saladin  étant  parvenue  en  Europe,  les  rois  d'Angleterre 
et  de  France,  ainsi  que  l'empereur  d'Allemagne,  se  croisè- 
rent et  partirent  pour  la  Palestine.  Frédéric  Barberousse 
prit  la  route  des  croisés  de  1098  et  se  noja  dans  le  Cjdnus. 
Son  fils,  Frédéric  de  Souabe,  lui  succéda  dans  le  com- 
mandement de  l'armée,  mais  ne  lui  survécut  que  quelques 
mois.  Richard  d'Angleterre  et  Philippe-Auguste  prirent  la 
voie  de  mer,  passèrent  l'hiver  en  Sicile  où  leur  union  se 
rompit,  et  d'où  le  roi  de  France  partit  le  premier.  Richard 
ne  tarda  pas  à  reprendre  son  voyage,  conquit  en  passant 
l'île  de  Chypre,  qui  appartenait  alors  à  Isaac  Comnène,  et 
rejoignit  Philippe-Auguste  devant  Saint-Jean-d'Acre  le  8  juin 
1191.  Après  un  long  siège,  la  ville  d'Acre  capitula  et  il  fut 
stipulé  que  si,  au  bout  de  quarante  jours,  Saladin  ne  remettait 
pas  la  vraie  Croix  aux  chrétiens,  ne  rendait  pas  les  prison- 
niers et  ne  payait  aux  Croisés  200,000  besants  d'or,  la  gar- 
nison, que  ceux-ci  gardaient  comme  otage,  serait  à  la  discré- 
tion des  rois  chrétiens.  Le  quarantième  jour  étant  écoulé  et 
les  conditions  n'étant  pas  remplies,  Richard  fit  massacrer 
les  soldats  turcs,  qui  étaient  au  nombre  de  2,600.  Après  le 
siège  d'Acre,  Philippe-Auguste  quitta  la  Palestine,  laissant 
au  duc  de  Bourgogne  le  commandement  des  croisés  français. 
Peu  de  temps  après,  Conrad  de  Montferrat  fut  assassiné  par 
des  envoyés  du  Vieux  de  la  Montagne,  et  sa  veuve  épousa 
Henri  de  Champagne.  Richard  poursuivit  quelque  temps  en- 
core ses  succès  en  Palestine,  donna  la  royauté  de  Chypre  à 
Guy  de  Lusignan,  puis  conclut  une  trêve  avec  Saladin  et 
retourna  en  Europe.  Henri  de  Champagne  garda  donc  le  ti- 
tre désormais  illusoire  de  roi  de  Jérusalem,  mais  il  ne  tarda 
pas  à  se  tuer  (1197)  en  tombant  du  haut  d'une  fenêtre  de  son 
palais  de  Saint-Jean-d'Acre. 


178  ].A    «  JKRUSALEN    GONQUISTADA  » 

Tels  sont  les  faits  attestés  par  l'histoire,  et  leur  concor- 
dance avec  ceux  qui  font  le  sujet  de  la  Jerusalen  de  Lope 
est  tellement  évidente  qu'il  nous  paraît  inutile  d'j  insister.  Si 
le  poète  n'avait  eu  à  cœur  de  glorifier  sa  patrie  au  détriment 
de  la  vérité,  on  pourrait  dire  que  son  œuvre  n'est  que  le  reflet 
de  Thistoire.  Lope,  soit  par  ignorance,  soit  par  un  caprice  de 
poète,  s'est  seulement  permis  de  ciianger  le  nom  de  l'un  des 
personnages  historiques,  de  déplacer  la  date  de  quelques 
événements  et  de  les  entourer  de  circonstances  dramatiques 
qui  augmentent  l'intérêt  de  son  œuvre.  C'est  ainsi  qu'il  donne 
à  Saphadin,  frère  de  Saladin,  le  nom  de  Sirasudolo  et  qu'il  le 
fait  mourir  dans  le  camp  des  chrétiens  avec  les  deux  plus 
jeunes  fils  du  sultan  *.  C'est  encore  dans  le  même  but  qu'il 
fait  enlever  Isabelle,  sœur  de  Sibylle, par  le  marquis  Conrad, 
et  qu'il  nous  montre  la  malheureuse  femme  du  marquis  de 
Tyr  aimant  toujours  son  premier  mari  et  ne  revenant  auprès 
de  lui  que  pour  assister  à  sa  mort.  En  dehors  de  ces  ciiange- 
ments,  bien  pardonnables  à  un  poète,  il  n'y  a  dans  la  partie 
historique  de  la  Conquistada  que  deux  faits  que  l'on  ne  re- 
trouve pas  chez  les  historiens  :  l'envoi  d'un  navire  rempli  de 
serpents  dans  le  port  de  Jaffa  ^  pour  en  défendre  l'entrée 
aux  chrétiens  et  la  traliison  de  l'anglais  Carlo  ^.  Le  premier, 
évidemment  légendaire,  est  cependant  rapporté  par  Richard 
de  la  Sainte  Trinité.  L'auteur  de  V Itinéraire  du  roi  Richard, 
nous  dit  :  «  qu'un  vaisseau  monté  par  sept  émii's  et  par  qua- 
tre-vingts Turcs  d'élite,  portant  un  grand  nombre  de  fioles  de 
feu  grégeois  et  deux  cents  serpents  très  dangereux,  fut  envoyé 
par  Saladin  au-devant  de  Richard  *.  »  Quant  au  traître  Carlo, 
on  trouve  aussi  une  trace  de  ce  personnage  dans  la  chronique 
du  moine  anglais,  Benoît  de  Peterboroug  "  :  Lope  croyait  donc 
à  la  réalité  de  tous  les  faits  qu'il  rapportait,  et  il  a  pu  sincè- 
rement écrire:  «  Todo  es  verdad.  » 


1  Saphadin  ne  mourut  qu'en  1218.  Il  fit  la  guerre  aux  chrétiens  long- 
temps encore  après  le  départ  de  Richard  et  mit  le  siège  devant  Jaffa  en 
1197. 

-  Conquistada^  livre  IX. 

3  Ibid. 

♦  Voii-  Michaud,  Bibliothèque  des  Croisades,  tome  II,  page  68G. 

*  Id.  ibid.  page  847. 


ET   LA    «GEHUSALEMiME    LIBERATA    »  179 

Mais  où  puisait-il  les  renseignements  historiques  dont  il  a 
fait  usage  ? 

Il  est  peu  probable  qu'il  ait  eu  connaissance  des  nombreu- 
ses chroniques  monastiques  qu'avait  fait  éciore  le  grand  mou- 
vement des  croisades  et  qui  constituaient  toute  l'histoire  de 
ce  temps.  Les  manuscrits  de  ces  chroniques,  cachés  dans  les 
bibliothèques  des  cloîtres,  étaient  peu  accessibles  aux  écri- 
vains laïques  du  XVI*  siècle.  Mais  il  y  avait  une  œuvre  écrite 
en  langue  vulgaire,  popularisée  par  l'imprimerie,  et  à  laquelle 
il  était  tout  naturel  qu'il  songeât:  nous  voulons  parler  de  la 
Gt^an  Conqidsta  de  Ultramar,  avec  laquelle  son  poème  pré- 
sente des  analogies  qui  nous  paraissent  significatives, 

La  Gran  Conquista  de  Uilramar  est  une  oeuvre  étrange, 
traduite,  croit-on,  d'un  texte  français  qui  ne  serait  lui-même 
que  la  traduction  amplifiée  du  grand  ouvrage  de  Guillaume 
de  Tjr  et  de  ses  continuateurs  *.  Le  traducteur  anonyme  de 
Guillaume  avait  introduit  dans  son  œuvre  la  légende  du  Che- 
vaher  du  Cygne, celle  de  Charlemagne  et  de  la  relue  Sébille  et 
presque  toutes  celles  qui,  de  près  ou  de  loin,  se  rapportaient 
aux  héros  dont  il  écrivait  les  hauts  faits.  La  Gran  Conquista 
est  donc  tout  à  la  fois  un  roman  de  chevalerie  et  une  œuvre 
historique.  Les  évéuemenls  rapportés  par  nos  vieilles  chroni- 
ques s'y  trouvent  mêlés  ai-;x  fictions  de  nos  chansons  de 
geste. 

La  Gran  Conquista  de  Ultramar  ,  qui  est  divisée  en  quatre 
livres,  embrasse  dans  son  cadre  tous  les  événements  accom- 
plis en  Palestine  depuis  Mahomet  jusqu'à  la  mort  de  Saint- 
Louis.  Les  faits  relatifs  à  la  troisième  croisade  sont  consignés 
dans  le  quatrième  livre.  Si  nous  parcourons  les  chapitres  de 
ce  livre  qui  rapportent  les  événements  chantés  par  Lope, 
nous  ne  tarderons  pas  à  nous  convaincre  de  la  conformité  de 
ces  derniers  avec  ceux  qui  sont  relatés  dans  \a.  Gran  Conquista. 
Dans  les  chapitres  143, 144, 145  et  146,  consacrés  au  récit  de 
labataillede  Tibériade  et  de  ses  conséquences,  l'auteur  nous 
parie  de  la  souffrance  et  de  la  soif  endurées  par  les  Croisés, 

*  Sur  une  des  sources  de  la  Gran  Conquista,  voy.  G.  Paris^  Romania. 
XVII,  513,  et  XIX,  562.  La  Conquista  fut  imprimée  pour  la  première 
fois  à  SalamatKjue,  en  1503. 


180  LA    «.lERUSALEN   CONQUISTADA» 

de  la  trahison  du  comte  de  Tripoli,  de  la  prise  de  la  vraie 
Croix,  de  celle  du  roi  Guy  et  du  Grand-Maître  des  Templiers 
par  Saladin  S  Puis  il  raconte  la  mort  prématurée  du  comte 
de  Tripoli,  qui  mourut  chez  lui  quelques  jours  après  la  bataille*. 
L'entrée  de  Saladin  à  Jérusalem  et  la  générosité  qu'il  exerça 
envers  les  chrétiens  en  les  laissant  sortir  de  la  ville  sainte 
sont  relatées  dans  les  chapitres  164,  1d5  et  16ô.  Dans  les 
deux  chapitres  suivants  nous  voyons  les  chrétiens,  ayant  à 
leur  tête  le  patriarche  Héraclius  et  escortés  par  des  soldais 
de  Saladin,  arriver  sur  les  terres  du  comte  d'Antioche  et  de 
Tripoli  ^,  où  ils  sont  dépouillés  et  massacrés.  Puis  l'auteur 
de  la  Gran  Conquista  nous  parle  du  départ  de  l'archevêque 
de  Suriapour  la  Cour  de  Rome,  de  la  prédication  de  la  croi- 
sade en  Europe,  du  départ  de  Frédéric  Baiberousse  pour  la 
Palestine  et  de  sa  mort  accidentelle  dans  le  Cydnus,  de  la 
déclaration  de  nullité  du  mariage  d'Isabelle  et  d'Herfraudo 
(qu'il  appelle  don  Jofre)  *  et  du  second  mariage  de  la  prin- 
cesse avec  le  marquis  Conrad  ^  Le  récit  des  démêlés  de  Phi- 
lippe-Auguste avec  Richard   occupe  ensuite  le  narrateur  qui 


1  E  aquella  noche  (la  nuit  avant  la  bataille)  fueron  los  cristianos  muy 
coictados por  agua...  Etoviéronlos  desta  guisa  fasta  mediodia.  Entonces 
partiéronse  cinco  caballeros  del  haz  del  conde  de  Triple  é  fuéronse  pora 
Saladin  é  dijiéronle  :  «  Sennor  i  que  atiendes?...  los  moros  cerrâronse  é 
fuéronse  pora  "1  Rey  é  prisiéronle  é  à  todos  cuantos  estaban  con  él.-.. 
E  en  aquella  batalla  fué  perdido  la  rera  Cruz..  etc.  Cf.  analyse  du  1"  li- 
vre de  la  Conquistada. 

■^  Cf.  Conquistada,  livre  III.  Ici  encore  Lope  a  profité  de  la  licence 
octroyée  aux  poètes  et  nous  a  montré  le  Comte  poursuivi  par  la  justice 
divine  et  mourant  dans  sa  tente  le  lendemain  même  delà  bataille. 

3  Après  la  mort  du  comte  Raymond,  Tripoli  était  échu  au  fils  de 
Boémond,  prince  d'Antioche.  Le  nouveau  comte  portait  aussi  le  nom  de 
Raymond. 

4  L'identité  de  ce  don  Jofre  avec  Humphroi  de  Thoron  n'est  pas  dou- 
teuse, car  il  porte  dans  la  Gt'an  Conquista  le  nom  de  Jofre  de  Toron. 
Mais  comment  le  nom  du  seigneur  de  Montréal  s'est-il  changé  en  celui 
de  Jofre  dans  la  Gran  Conquista  et  en  celui  à'Herfrando  dans  la  Con- 
quistada, c'est  ce  qu'il  est  difficile  d'expliquer.  Herfrando  semble  plutôt 
dériver  de  Humphvoi  que  de  Jofre  et  c'est  cette  difficulté  qui  nous  em- 
pêche de  conclure  que  la  Gran  Conquista  a  été  l'unique  source  histori- 
que de  Lope. 

^  Cf.  Conquistada,  livre  V. 


ET    LA    «GERUSALEMME    LIBERATA  »  181 

nous  montre  le  roi  d'Angleterre  se  séparant  du  roi  de  France, 
s'emparant  de  Chypre  et  rencontrant  en  mer,  lors  de  sa  sortie 
de  rîie,  le  fanaeux  navire  envoyé  contre  lui  par  Saladin  *. 
Richard  triomphe  cependant, vient  rejoindre  Philippe-Auguste 
devant  Saint-Jean-d'Acre,  s'empare  de  la  ville  après  un  long 
siège  et  fait  promettre  aux  assiégés  lie  rendre  la  vraie  Croix 
et  d'échanger  les  prisonniers.  Le  jour  fixé  pour  la  remise  de 
la  vraie  Croix  étant  arrivé,  l'auteur  de  la  Gran  Conquista 
nous  montre  les  chrétiens  sortant  processionnellement  de 
leur  camp  pour  aller  la  recevoir  et  nous  fait  assister  au  mas- 
sacredes  Maures  ordonné  par  Richard, quand  il  se  voit  trompé 
dans  son  attente  par  Saladin  ^.  Enfin  il  relate  le  départ  de 
Philippe-Auguste,  le  choix  que  fit  le  roi  de  France  du  duc  de 
Bourgogne  pour  commander  les  guerriers  français  restés  en 
Palestine  •\  le  départ  du  roi  Guy  pour  Chypre  *,  la  mort 
violente  du  marquis  Conrad  °,  le  mariage  de  la  veuve  du 
marquis  avec  Henri  de  Champagne,  '  la  trêve  conclue  entre 
Richard  et  Saladin,  le  retour  du  roi  d'Angleterre  en  Europe  ' 
et  la  mort  d'Henri  de  Champagne  qui,  dit-il,  cayô  de  espaldas 
por  la  finiestra  del  palacio  *. 

On  le  voit,  la  Conquistada  semble  n'être  que  la  reproduction 
du  passage  de  la  Gran  Conquista  qui  relate  les  événements 
de  la  troisième  croisade^  et  le  rapprochement  que  nous  venons 

'  Cf.  Conquistada,  livre  IX. 


2    Cf. 

ibid. 

livre  XII. 

3    Cf. 

ibid. 

livre  XIV. 

ibid. 

livre  XVI. 

ibid. 

livre  XI. 

ibid. 

livre  XIV. 

ibid. 

livre  XVIII 

ibid. 

livre  XX. 

9  Seul  le  traître  dont  parle  Lope  dans  les  livres  IX  et  X  de  sa  Je?-u- 
salen  et  dont  nous  avons  retrouvé  la  trace  dans  la  chronique  de  Benoit 
de  Peterborough,  ne  se  trouve  pas  dans  la  Gran  Conquista.  Mais,  outre 
que  tous  les  peuples  et  tous  les  auteurs  ont  toujours  fait  retomber  la  res- 
ponsabilité de  leurs  défaites  sur  un  traître,  il  est  encore  possible  que  la 
Graii  Conquista  ait  fourni  à  Lope  l'idée  de  ce  personnage.  Nous  y  trou- 
vons, en  efl'et  (livre  IV,  chap.  54,  55),  le  récit  de  la  trahison  des  Frères 
du  Temple  envers  quelques  envoyés  du  Vieux  de  la  Montagiie  au  roi  de 
Jérusalem.  Il  est  à  propos  de  remarquer  ici  que  le  traître  dont  parle  la 

12 


182  LA  «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

de  faire  entre  les  deux  œuvres  nous  conduit  tout  naturelle- 
ment à  conclure  que  la  Gran  Conquista  a  probablement  été  la 
principale  source  historique  de  Lope. 


III 


Mais  si  le  fond  des  événements  est  emprunté  à  l'histoire, 
Lope  s'est  manifestement  inspiré  du  Tasse  pour  la  contexture 
de  l'intrigue.  Les  sources  communes  où  avaient  puisé  les  au- 
teurs de  la  Libtrata  et  de  la  Conquistada  rendaient,  il  est  vrai,  la 
ressemblance  des  deux  poèmes  inévitable  sur  quelques  points. 
Lope,  comme  le  Tasse,  était  nourri  de  l'antiquité  et  si  ce  der- 
nier a  suivi  bien  souvent  les  traces  des  anciens  et  surtout  de 
Virgile,  Lope  pouvait  aussi,  sans  songer  à  copier  le  Tasse, 
suivre  la  même  marche  dans  son  poème  et  donner  à  ses  héros 
quelques  traits  qui  les  faisaient  ressembler  à  ceux  du  poète 
italien,  mais  qui,  en  réalité,  étaient  communs  àces  derniers  et 
à  ceux  de  V Iliade  et  de  V Enéide.  Cependant  et  en  y  regardant 
de  près,  on  voit  clairement  que  c'est  bien  le  Tasse  qui  a  été 
l'inspirateur  immédiat  de  Lope.  Les  principaux  héros  de  Lope 
ne  sont,  en  effet,  que  la  reproduction  de  ceux  du  Tasse: 
ils  occupent  dans  le  poème,  la  même  place  que  ces  derniers, 
ils  présentent  les  mêmes  traits,  le  même  caractère  et  ils  ac- 
complissent les  mêmes  exploits. 

Les  protagonistes  de  la  Liberata  sont  Godefroy  et  Renaud. 
Le  caractère  historique  de  Godefroy,  le  rôle  bien  déterminé 
qu'il  a  joué  dans  la  croisade,  se  prêtant  peu  aux  caprices  de 
l'imagination,  c'est  sur  Renaud  que  va  s'exercer  la  fantaisie 
du  poète.  C'est  Renaud  qui  sera  son  héros  favori,  c'est  lui  qui 
décidera  du  sort  de  la  croisade,  c'est  encore  lui  qui  sera  l'objet 
soit  de  l'amour,  soit  de  la  haine  de  la  belle  et  passionnée  Ar- 
mide.  Les  protagonistes  de  la  Conquistada  sont  beaucoup  plus 
nombreux  que  ceux  de  la  Liberata.,  car  Lope  devait  adjoindre 
aux  chefs  de  la  troisième  croisade,  qu'il  se  croyait  sans  doute 


chronique  de  Robert  s'appelle  de  Saint- Alban  et  appartient  à  l'ordre  des 
chevaliers  du  Temple,  et  que  le  maître  des  chevaliers  dont  il  s'agit  dans  la 
Gran  Conquista  porte  le  nom  de  Saint-Amand. 


ET   LA    «GERUSALEMME    LIBERATA  »  183 

tenu  de  conserver  et  qui  ont  tous  un  rôle  important  dans  son 
poème,  Alphonse  VIII  de  Castille  et  Garceran  Manrique.  La 
physionomie  et  le  rôle  de  Frédéric  Barberousse,  de  Philippe- 
Auguste  et  de  Richard-Cœur-de-Lion  étant  fixés  par  l'his- 
toire, Lope  ne  pouvait  les  modifier  à  son  gré.  C'est  donc  à 
Grarcerau  Manrique  qu'il  va  confier  le  soin  de  faire  revivre 
dans  la  Conquistada  le  second  héros  de  la  Liberata.  Mais 
comme  le  poète  espagnol  ne  pouvait,  à  cause  de  la  multipli- 
cité des  héros  principaux,  créer  autant  de  personnages  secon- 
daires que  son  illustre  devancier,  il  fait  remplir  tour  à  tour 
à  Garceran,  outre  le  rôle  de  Renaud,  celui  de  Tancrède  et 
celui  d'Argant. 

Et  d'abord  le  rôle  de  Renaud.  Lope  et  le  Tasse  se  sont 
inspirés  du  même  modèle  pour  tracer  les  traits  de  leur  héros 
favori,  et  on  reconnaît  bien  vite  en  ce  dernier  quelques  traits 
de  l'Achille  de  Vlliade.  Garceran  Manrique,  dont  la  famille 
a  été  alliée  à  la  maison  de  Castille,  a  toute  l'intrépidité,  tout  le 
courage,  toute  la  folle  témérité  de  l'illustre  ancêtre  de  la  mai- 
son d'Esté.  Comme  Renaud  qui  était  entré  dans  la  forêt  en- 
chantée sans  se  laisser  efirayer  par  aucun  prodige,  Garceran 
gagne  résolument  à  la  nage,  malgré  la  défense  de  son  roi,  le 
navire  rempli  de  monstres. 

Le  héros  italien,  outragé  par  Gernand,  se  bat  avec  son 
insulteur,  le  tue  et  fuit  le  camp  des  croisés  pour  éviter  les 
justes  réprimandes  de  Godefroy  *.  De  même  Manrique,  in- 
sulté par  un  noble  Espagnol,  tue  son  adversaire  et,  répri- 
mandé par  le  roi,  quitte  le  camp  et  va  visiter  le  tombeau  du 
Christ  en  qualité  de  pèlerin*.  Ici  Lope  cesse  d'imiter  le  Tasse 
pour  suivre  l'Arioste,  et  au  lieu  de  jeter  son  héros  entre  les 
bras  d'une  femme,  il  le  conduit  à  Jérusalem  oii  il  lui  fait  ac- 
complir des  exploits  qui  rappellent  ceux  que  l'Arioste  prête  à 
Roland  dans  sa  folie.  C'est  ainsi  que  Garceran,  ayant  été  re- 
connu à  son  entrée  dans  la  ville  sainte,  arrache  d'abord  une 
poutre  avec  laquelle  il  assomme  tous  ceux  qui  veulent  l'arrê- 
ter; puis,  il  s'empare  d'une  chaîne  qui  reliait  deux  piliers,  si 
forte,  dit  Lope,  «  que   la  arrancara  un  toro  con  fatiga  »  et  il 

*  Liberata,  chant  V,  oct.  26. 
'  Cojiquistada,  livre  XV. 


184        LA  «JERUSALEN  CONQUISTADA  » 

s'en  sert  pour  briser  le  crâne  de  tous  ceux  qui  l'approchent. 
Enfin,  enfermé  avec  celui  qui  l'avait  accompagné  dans  sa 
fuite,  il  arrache  les  pierres  de  sa  prison  et  les  utilise  comme 
projectiles,  pour  tenir  à  distance  les  as!«aillants.  Cependant 
Gai'ceran  revient  à  l'armée  et  prend  part  à  la  grande  bataille 
qui  se  livre  entre  Saladin  et  les  Croisés.  Comme  Renaud 
dans  la  bataille  contre  l'armée  d'Egypte  \  il  fait  des  prodi- 
ges de  valeur:  il  triomphe  de  tous  ses  adversaires,  secourt 
tous  les  siens,  rallie  ceux  qui  fuient  et  porte  le  désordre 
dans  les  rangs  ennemis. 

Tels  sont  les  principaux  traits  de  ressemblance  entre  le 
héros  espagnol  et  le  Renaud  du  Tasse.  Voyons  maintenant 
ce  que  Lope,  pour  tracer  ce  portrait,  a  emprunté  à  Tancrède. 
Le  poète  italien  nous  a  monti'é  ce  guerrier  brûlant  d'amour 
pour  une  femme,  Clorinde,  qu'il  avait  à  peine  entrevue.  Dans 
le  chant  III  (octave  25  et  suiv.),  nous  le  voyons  la  reconnaî- 
tre subitement,  l'attirer  à  l'écart  en  feignant  de  vouloir  croi- 
ser le  fer  avec  elle  et  lui  avouer  son  amour.  C'est  ainsi  qu'a- 
git Garceran  à  l'égard  d'Isménie.  Il  la  défie,  l'attire  hors  du 
camp  sous  prétexte  de  combat  et  lutte  longuement  avec  elle. 
Le  subterfuge  employé  par  Manrique  auprès  d'Isménie, 
n'est  donc  autre  que  celui  qu'a  employé  Tancrède  auprès  de 
Clorinde;  mais  combien  la  conduite  de  ce  dernier  est  plus 
noble  !  Tancrède  se  contente  de  l'aveu  de  son  amour  et  se 
garde  d'approcher  de  la  guerrière,  Garceran  combat  corps  à 
corps  avec  elle  pour  pouvoir  serrer  dans  ses  bras  celle  qu'il 
aime.  Alphonse  paraît  alors  sur  le  théâtre  du  combat,  il  re- 
proche à  son  fougueux  sujet  de  déserter  le  champ  de  ba- 
taille, de  laisser  les  Anglais  tenter  seuls  l'assaut  de  Jaffa  et 
de  s'amollir  auprès  d'Isménie'^.  Dans  ce  passage,  Garceran 
reprend  le  personnage  de  Renaud  et  les  reproches  du  roi  ne 
sont  que  la  reproduction  de  ceux  qu'Ubalde^  fait  à  Renaud, 
quand,  après  lui  avoir  fait  constater,  àTaide  du  bouclier  de 
diamant,  la  servitude  où  l'a  réduit  la  volupté,  il  lui  adresse 
ces  paroles  :  «  Toute  l'Europe,  toute  l'Asie  sont  en  guerre, 
quiconque  aime  la  gloire  vole  aux  combats,  toi  seul,  digne 

*  Liberata,  chant  XX,  oct.  53. 
*Conquisfada,  livre  XIII,  oct.  85  et  suiv. 
•''  Liberata,  cliant  XVI,  oct.  32. 


ET    LA    «GERUSAI.EMME  LIBERATA  »  185 

esclave  d'une  femme  d,  etc.  La  confusion  des  héros  est  la  même 
dans  les  deux  poèmes  '.  Mais  revenons  à  Tancrède.  Comme  ce 
dernier,  Garceran  aime  sans  être  pajé  de  retour  et,  quoiqu'il 
y  ait  interversion  dans  les  rôles,  quand  on  voit  Manrique, 
au  XVIi*  livre  de  la  Conquistada,  sauver  Isménie  et  rempor- 
ter dans  sa  tente,  on  ne  peut  s'empêcher  de  rapprocher  ce 
passage  de  celui  où  Herminie  sauve  Tancrède,  qu'elle  trouve 
étendu  presque  sans  vie  loin  du  champ  de  bataille  -. 

Garceran,  avons-nous  dit,  remplit  aussi  quelquefois  dans 
le  poème  le  rôle  d'Argant,  et  dans  le  VHP  livre  de  la  Con- 
quistada, Lope  nous  le  montre  aussi  arrogantet  plus  orgueilleux 
encore  que  le  célèbre  guerrier  égyptien,  Argant  demande  à 
se  mesurer  successivement  avec  cinq  ou  six  chrétiens',  et  il 
dit  à  Othon,  lorsqu'il  l'a  vaincu  :  «  C'est  assez  pour  ta  gloire 
d'avoir  combattu  contre  moi  *.  »  Garceran  offre  le  combat 
à  vingt  ou  trente  Anglais,  et  prend  soin  de  les  avertir  qu'ils 
ne  seront  pas  pour  cela  ses  égaux  :  «  No  qui ero  que  di gais  por 
alabaros  que  os  igualé  conmigo.  » 

Tel  est  l'homme  chargé  par  le  poète  de  représenter  le  cou- 
rage et  la  bravoure  castillane.  On  a  reproché  à  Lope,  et  avec 
juste  raison,  d'avoir,  contre  le  témoignage  de  l'histoire,  fait 
intervenir  le  roi  de  Castille  et  la  nation  espagnole  dans  la 
troisième  croisade,  mais  le  héros  auquel  Lope  a  donné  le  nom 
de  Garceran  Manrique,  et  qu'il  nous  a  montré  sous  les  traits 
des  plus  célèbres  guerriers  du  Tasse,  pourrait  bien  avoir  une 
origine  historique.  Nous  savons,  en  eifet,  qu'un  Espagnol 
connu  sous  le  nom  de  «  chevalier  aux  armes  vertes  »>,  et  qui, 
seul,  si  l'on  en  croit  Ernoul,  repoussait  et  dispersait  des 
bataillons  ennemis,  se  battit  plusieurs  fois  en  combat  singu- 
lier, se  distingua  au  siège  de  Tyr  et  se  fit  admirer  de  Saladin 
pour  sa  bravoure  et  ses  faits  d'armes  ^. 

'  Liberata,  chant  XVI,  oct.  31.  Conquistada,  livre  XIII,  oct.  84. 

Ma  se  stesso  mirar  già  non  sostiene  Ellos 

6iù  cade,   il  giiardo  :  e  titnido  e  dimesso  Bucogidos,  costumbre  del  que  yerra, 

Gnardando  a  terra  la  vergogna  il  tiene.  Bajaron  las  cabezas  à  la  tierra. 

2  Liberata,  chant  XVII,  oct.  63  et  suiv. 

3  Liberata,  chant  VI,  oct.  16. 
*  Liberata,  ibid.       ,  oct.  32. 

»  La    chronique  d'Krnoul    (éd.    Mas-Latrie,  p.  237)  s'exprime  ainsi  au 


186  I>A    «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

Mais  Manrique  n'est  pas  le  seul  personnage  de  la  Conquis- 
tada  que  Lope  ait  calqué  sur  ceux  de  la  Liberata,  et  son  mage 
Mafadal  n'est  guère  que  la  contrefaçon  du  mage  Ismen  du 
Tasse.  Ismen  cherche  à  empêcher  les  chrétiens  de  construire 
leurs  machines  de  guerre,  et  il  enchante  pour  cela  la  forêt  où 
ils  prennent  leur  bois  et  la  fait  retentir  de  hurlements  affreux, 
auxquels  se  mêlent  les  sifflements  des  serpents  *  ;  Mafadal, 
pour  empêcher  le  débarquement  des  croisés,  place  devant  le 
port  un  navire  plein  de  serpents,  de  chimères  et  de  dragons  '. 
Ismen  condense  l'air  autour  du  char  qui  l'emporte  avec  Soli- 
man^, Mafadal  épaissit  l'air  autour  des  croisés  et  le  remplit 
de  fumée  et  de  ténèbres  *.  Soliman  et  Saladiu  adressent  aux 
deux  mages  les  mêmes  questions  :  «  Deh  dimmi  quai  riposo 
0  quai  ruina  ai  gran  moli  deW  Asia  il  ciel  destina))  dit  Soliman 
à  Ismen  %  et  Saladin,  voulant  aussi  connaître  l'avenir,  de- 
mande à  Mafadal  «  si  el  christiano  veria  elmuro  de  Siondivino)). 


sujet  de  ce  chevalier  :  «  Et  tôt  ce  faisoient  faire  por  I  chevalier  d'Es- 
paigne  qui  unes  verdes  armes  portoit.  Dont  il  advenoit  que  quant  il 
estoit  issus  hors,  que  li  Sarrasin  s'estourmissoient  (sortaient  du  camp)  plus 
pour  veoir  son  bel  contenement  que  pour  el.  Et  si  l'appeloient  li  Sarra- 
sin, le  vert  chevalier  (car  il  portoit  vers  armes),  et  il  portoit  unes  cornes 
de  cerf  sous  son  hiaume  toutes  verdes.  Et  seoit  sur  I  grandissime  che- 
val couvert  de  vert.  Cil  chevalier  faissoit  sovent  et  menu  les  Sarracins 
fermoier...  et  ne  crestiens  ne  Sarracins  ne  le  veoit  que  ne  le  prisast  en 
son  cuer.  Et  Saladin  le  veoit  plus  volentiers  que  nus  hom  car  Saladin 
amoit  sur  tote  rien  bon  chevalier.  » 

1  Liberata,  chant  XIII,  oct.  21. 

2  Conquistada,  livre  IX.  L'eSroi  qui  s'empare  des  soldats,  à  la  vue  des 
prodiges  suscités  par  les  mages,  est  dépeint  de  la  même  manière  par 
les  deux  poètes  : 


Liberata,  chant  XIII,  oct.  Î2. 
In  tutti  aUor  s'impaUidir  le  gote 
E  la  temenza  a  mille  segni   apparse 
Ne  disciplina  tanto,  o  ragion  puote, 
Ch'osin  di  girc  innanzi  o  di  fermaise  ; 
Che  air  occulta  virtu  che  gli  percnote 
Son  le  difese  loio  anguste  e  scarse. 

3  Liberata,  chant  VIII,  oct.  16. 

*  Conquistada,  livre  IX. 

s  Liberata,  chant  X,  oct.  18. 


Conquistada,  livre  IX,  oct.  38. 
Quai  pone  el  hasta  del  venablo  al  vnelo 
Del  aspid,  que  el  furor  en  él  vomita, 
Y  asido   al  hierro  que  convierte  en  hielo, 
El  cadnceo  de  Mercurio  imita. 
Quai  linye  al  lastre  y  en  su  cieno  y  suelo 
Librarse  y  esconderse  solicita - 
Qnal  snbe  al  tope  y  en  el  treo  apenas 
Tiene  cabal  la  sangre  de  las  venas. 


ET    LA    «GERUSALEMMË    LIBERATA  »  187 

La  science  des  deux  mages  est  la  même,  et  ils  avouent  tous 
deux  que  Favenii'  ne  leur  est  pas  entièrement  connu.  Cepen- 
dant Mafadal  remplit  chez  Lope  un  rôle  qui  n'appartient  [las 
à  Ismen  dans  le  Tasse.  Le  poète  italien,  imitant  Homère  ',  et 
surtout  Virgile',  avait  montré  à  Renaud  les  exploits  et  les 
prouesses  de  ses  aïeux  retracés  sur  un  bouclier  ^  ;  le  poète 
espagnol,  imitant  le  Tasse,  veut  aussi  que  le  roi  de  Castilie 
puisse  contempler,  non  la  gloire  de  ses  ancêtres,  mais  celle 
de  ses  descendants,  et  c'est  au  mage  Mafadal  qu'il  confie  le 
soin  de  la  lui  montrer.  En  sa  qualité  de  mage,  Mafadal  lisait 
dans  l'avenir  et  pouvait  évoquer  des  personnages  qui  n'exis- 
taient encore  que  dans  la  pensée  du  Créateur,  aussi  Lope 
substitue  au  bouclier  des  anciens  et  du  Tasse  un  miroir  en- 
chanté, devant  lequel  passent  successivement  tous  les  suc- 
cesseurs d'Alphonse. 

Les  femmes  occupent  aussi  dans  la  Liberata  une  place  im- 
portante :  Clorinde,  la  célèbre  guerrière,  Herminie,  le  type 
accompli  de  la  femme  aimante  et  dévouée,  Armide  l'en- 
chanteresse, la  personnification  de  la  passion  et  de  la  volupté, 
font  palpiter  de  vie  les  pages  du  poème  et  suffiraient  à  elles 
seules  à  immortaliser  celui  qui  les  a  créées.  Lope,  qui  avait 
emprunté  ses  héros  au  Tasse  en  faisant  revivre  Renaud  et 
Tancrède  dans  Garceran  Manrique,  et  Ismen  dans  Mafadal, 
lui  a  aussi  emprunté  ses  héroïnes  et  a  donné  à  Isménie  tantôt 
les  traits  de  Clorinde,  tantôt  ceux  d'Herminie.  Armide  n'ap- 
paraît dans  le  Conquistada  que  dans  son  rôle  de  magicienne 
et  c'est  Brandalisa  qui  est  chargée  de  représenter  la  célèbre 
amante  de  Renaud.  Comme  Armide  dont  le  palais  est  situé 
au  sommet  de  l'une  des  îles  Fortunées,  Brandalisa  habite  sur 
le  sommet  d'une  montagne  que  baigne  le  Jourdain,  au  milieu 
de  jardins  magnifiques  dont  l'entrée  est  cachée  au  vulgaire. 
La  description  de  ces  jardins  a  été  évidemment  empruntée 
au  poète  italien  et  le  séjour  de  Brandalisa  ressemble  beau- 
coup à  celui  d'Armide  ^  Comme  cette  dernière  dans  la  Libe- 

1  Iliade,  livre  XVIII. 

2  Enéide,  livre  VIII. 

3  Liberata,  chant  XVII,  oct,  63  et  suiv. 

•  Voir  Liberata,  chant  VIII,  oct.  9-13.  Conquistada,  livre  XVII,  oct. 
37-73. 


188  LA    «  JERUSALKN    CO.NQUISTADA  » 

rata  ',  Brandalisa  invoque  les  puissances  occultes  les  pieds 
nus,  les  cheveux  épais  et  une  baguette  à  la  main. 

Isménie,  que  Lope  nous  dit  être  «  Vénus  dans  la  paix  et 
Mars  dans  la  guerre  »  égale  Clorinde  dans  ses  exploits  et 
joue  dans  la  Conguistada  le  rôle  de  cette  dernière  dans  la 
Liberata.  Le  costume  ordinaire  de  la  princesse  de  Limisol 
rajjpelle  encore  plus  le  costume  de  Camille  ^  que  celui  de 
Clorinde.  Clorinde  n'avait  qu'une  tète  de  tigre  sur  son  casque, 
Isménie  est  vêtue  d'une  peau  de  tigre  ou  de  bufle  et  elle  suit 
à  la  chasse  le  cerf  ou  le  taureau  sauvage  *.  Cependant,  elle 
n'a  pas  été  élevée  au  milieu  des  hasards  de  la  guerre  comme 
ses  illustres  devancières,  et  elle  confesse  elle-même  au  roi  de 
Castille  *  que  ce  sont  les  exploits  des  héros  d'Homère  et  de 
Virgile  qui  ont  enflammé  son  courage.  Elle  a  commencé,  dit- 
elle,  par  s'exercer  à  la  chasse  en  luttant  contre  l'ours  et  le 
sanglier  et  (exagération  bien  esi)agiiole)  elle  a  même  quel- 
quefois étouffé  un  lion  dans  ses  bras  :  «  Tal  vez  abjûn  leôn 
entre  los  brazos  hice,  como  Lisi'maco,  pedazos.  »  Comme  Clo- 
rinde, qui  était  montée  sur  les  remparts  de  Jérusalem  pour 
les  défendre  ^  et  avait  renversé  tous  ceux  qui  cherchaient  à 
les  escalader,  Isménie  monte  sur  les  remparts  de  Ptolémaïde, 
tue  tous  ceux  qui  s'opposent  à  son  passage  et  plante  son  dra- 
peau sur  la  tour  la  plus  élevée.  L'intrépide  valeur  de  Clo- 
rinde dans  son  dernier  combat  avecTancrède  ®  est  égalée  par 
sa  digne  émule  qui  se  bat  successivement  avec  cinq  ou  six 
chevaliers  après  avoir  défié  Conrad  \  Enfin  la  sortis  nocturne 
d'isménie,  quand  elle  entraîne  Alphonse  hors  du  camp  pour 
lui  avouer  son  amour,  rappelle  celle  de  Clorinde  entraînant 
Argant  pendant  la  nuit  hors  de  la  ville  sainte  pour  aller  in- 
cendier les  machines  des  chrétiens  *. 

Mais  risménie  de  Lope,  n'est  pas  seulement  Clorinde,  elle 

*  Chant  X,  oct.  65. 

2  Enéide,  XI,  375  et  suiv. 

3  Conqiiistada  livre  VIII,  oct.  92. 

*  ibid.        livre  XI,  oct.  87  et  88. 

*  Liberata,  chant  XI. 

*  ibid.    chant  XII,  oct.  53. 
'  Conquistata,  livre  x. 

«  Liberata,  chant  xii. 


ET   LA    «GERUSALEMME    LIBERATA  »  189 

est  encore  Herminie.  Comme  Herminie,  elle  aime  sans  être 
payée  de  retour,  et  comme  Herminie  aussi,  qui  revêt  le  cos- 
tume de  la  guerrière  pour  aller  au  camp  des  chrétiens  retrou- 
ver Tancrède,  Isménie  travestie  suit  Alphonse  en  Palestine. 
Herminie  avait  sauvé  Tancrède,  et  le  Tasse  laisse  pressentir 
qu'elle  sera  récompensée  de  son  dévouement,  Garceran  sauve 
Isménie  qui,  pour  lui  m  ontrer  sa  reconnaissance,  lui  prome 
de  l'épouser. 

Nous  venons  de  voir  ce  que  les  personnages  non  historiques 
de  la  Conguïstada  doivent  à  ceux  de  la  Liberala,  dont  ils  ne 
sont,  pour  ainsi  dire,  que  la  reproduction.  Jetons  maintenant 
un  coup  d'oeil  sur  l'ensemble  du  poème  et  nous  ne  tarderons 
pas  à  constater  les  nombreux  emprunts  faits  par  Lope  au 
Tasse. 

En  ce  qui  touche  l'élément  religieux,  la  Jerusalen  de  Lope 
tient  le  milieu  entre  la  Libarata  et  la  Conqu'isladci  du  Tasse 
et  se  rapproche  même  de  cette  dernière.  L'amour  y  tient 
moins  de  place  que  dans  la  Liberata,  la  passion  y  est  moins 
analysée  et  nous  venons  de  voir  que  le  personnage  d'Armide 
y  est  à  peine  indiqué.  D'ailleurs,  dès  les  premières  octaves 
de  son  poème,  Lope  semble  s'appliquer  à  se  montrer  plus  chré- 
tien que  le  Tasse  dans  la  Liberata,  tout  en  restant  plus  païen 
que  ce  dernier  dans  la  Conqwsloda.  Le  Tasse,  en  effet,  qui 
invoque  la  Muse  *  en  commençant  le  premier  de  ses  poèmes, 
s'adresse  au  chef  de  la  milice  céleste  au  début  du  second  ^  et 
Lope,  dans  la  deuxième  octave  du  premier  livre,  s'adresse 
successivement  aux  Dryades  du  Tage  et  à  son  bon  ange  qu'il 
prie  d'intercéder  pour  lui  auprès  de  Dieu.  Dans  la  Conqidstada 
et  pour  apaiser  les  détracteurs  de  la  Liberala,  le  Tasse  fait 
de  larges  emprunts  à  la  Bible.  Dans  la  Conquistada,  Lope  fait 
étalage  de  la  même  érudition  biblique.  Dans  le  livre  m,  il  met 
toutes  les  antiques  prophéties  dans  la  bouche  du  Patriarche 
de  Jérusalem.  Dans  le  livre  iv,  il  imite  directement  le  Tasse 
qui,   dans  la  Conquislada,  décrit  la  Jérusalem  céleste  '  qu'il 

'  0  Musa,  tu,  che  di  caduchi  allori,  etc. 

*  E  te  che  duce  sei  dcl  sanio  coro //  pensier  m'mspirate. 

»  Conquistada,  chant  xx,  oct.  31-37.  D'après  M.  Parlagreco  (Studi  sut 
Tasso,  Naples,  1890),  le  Tasse  aurait  tiré  sa  description  rie  l'Apo- 
calypse de  Saint-Jean. 


190  LA    «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

fait  voir  en  songe  à  Godefroj.  Cette  description  est  un  des 
plus  beaux  passages  de  la  Conquistata,  si  inférieure,  en  géné- 
ral, à  la  Liberata  et  Lope  est  resté  ici  bien  au-dessous  de  son 
modèle.  Le  poète  espagnol  se  sert  presque  des  mêmes  termes 
que  le  Tasse  pour  décrire  la  céleste  patrie  ',  mais  il  inter- 
rompt bientôt  sa  description  pour  faire  paraître  devant  le 
trône  de  Dieu  la  Jérusalem  terrestre  qui,  en  rappelant  au 
Seigneur  tout  ce  qu'il  a  fait  pour  son  peuple,  déroule  devant 
nos  yeux  l'histoire  du  peuple  Juif.  Enfin,  on  peut  noter  dans 
Lope,  comme  dans  le  Tasse,  bon  nombre  de  réminiscences 
des  livres  saints,  et  de  nombreuses  allusions  aux  Psaumes. 

Mais  pénétrons  plus  avant  dans  la  connaissance  du  poème 
et  faisons  en  ressortir  quelques  détails. 

Le  Tasse  nous  avait  montré  les  chrétiens  chassés  de  Jéru- 
salem par  Aladin  dans  le  chant  II  de  la  Liberata  ^,  Lope  nous 
les  montre,  dans  le  livre  III  de  la  Conquistada,  sortant  de  Jé- 


*  Conquistada,  chant  xx,  oct.  30 
et  suiv. 
Quivi  è  l'iaspe  il  cui  splendor  rinverde, 
E'I  ceruleo  zafiro  il  Ciel  simiglia 
E'I  caleidonio  impallidisce  e  perde. 
Quai  Imne  snol,  c'ha  levé  nmor  s'appiglia 
Tince  il  lieto  smeraido  il  più  bel  verde, 
E'I  sardio  sparge  ancor  luce  vermiglia, 
Ma  sol  di  sangue  ei  si  colora  e  tinge 
Seco  il  sai-donio  i  tre  color  dipinge 
Raggi  d'or  vibra,  e  d'or  vaghe  favilla 
n  erisolito  ;  e  v'è  il  beî-illo  aucora 

Gemme  il  topazio  e'I  suo  cilestro  indora 
E'I  suo  bel  verde  pur  d'anrate  stille 
Asperge  il  crisopasso  e  qnasi  irrora  ; 
Sembra  il  giacinto  l'aria  e  l'ametisto 
Corne  di  rose  e  di  viola  è  misto 

Porte  di  bianche  perle 
Di  varie  gemme 

Poscia  nnjiame  vedea  di  lucide  onde 

Fender  l'alta  città  quasi  per  mezzo 

Che  dal  seggio  divin  tra  fronde  e  fronde 

Esce  odorato 

•  Ce  fait,   à  peine  indiqué  dans  la  Liberata,  est  longuement  rapporté 
dans  la  Conquistada. 


Conquistada,  livre  iv,  oct.  2  et  3 

Sus  doce»  fnndamentos  son  Incientes 
Jaspes,  zaphyrosycalcedonias,  cristaB, 
Chrysolitas,  sardonicas  ardientes 
Jacintos,  esmeraldas  y  amethystas, 
Topacios  y  benlos  transparentes, 
Con  chrysoprasos  de  diversas  listas 
Margaritas  sus  puertas  y  sus  vêlas 
Angeles  sobre  niches  de  espinelas. 


En  média  de  su  campo  de  esmeralda 
Esta  el  asiente  del  Jeora  divino 
De  qiiien  procède  à  la  esplendente  talda 
Un  rio  de  aguas  vivas  erislaliiio 


ET   LA  «GERUSALEMME    LIBERATA  »  191 

rusalem  pour  se  soustraire  à  Tempire  de  Saladin,  L'Eternel 
qui,  dans  le  premier  de  ces  poèmes,  avait  envoyé  l'ange  Ga- 
briel vers  Godefroy  *  pour  lui  faire  connaître  la  mission  à  la- 
quelle il  l'appelait,  envoie  aussi  un  ange  à  Richard  Cœur-de- 
Lion,  «  nuevo  Gofredo  de  la  santa  guerra  »  dit  Lope,  pour  le 
presser  d'aller  délivrer  le  Saint  Sépulcre,  La  mission  dont  sont 
chargés  les  chefs  de  la  croisade  est  donc  divine  dans  les  deux 
poèmes  et  les  messagers  appartiennent  tous  deux  à  la  milice 
céleste.  Cependant  Satan  cherche  à  s'opposer  à  la  volonté  du 
Très-Haut  ^  et  le  poète  italien  nous  a  dépeint  cet  horrible 
concile  de  démons,  auxformes  hideuses,  s'assemblantà  la  voix 
de  leur  chef;  il  nous  a  montré  l'Enfer  suspendant  son  mou- 
vement à  la  voix  de  son  farouche  monarque.  Nous  retrouvons 
et  la  même  opposition  aux  volontés  divines  et  la  même  réu- 
nion d'esprits  infernaux  dans  la  Conguistada^.  Loçe  ne  diffère 
du  Tasse  dans  ce  passage,  que  par  la  personnification  des 
plus  puissants  démons  de  l'abîme  auxquels  il  donne  les  noms 
des  sept  péchés  capitaux.  Ici  aussi  TEnfer  s'arrête  pour  écou- 
ter la  voix  de  son  chef,  le  Cocyte  cesse  de  rouler  ses  flots, 
Sysiphe  son  rocher  *,  etc.,  etc.  Dans  la  Liberata  les  puissances 
infernales  se  répandent  sur  la  terre  dès  que  Satan  leur  a  fait 
connaître  ses  volontés,  dans  la  Conquistada  elles  semblent 
moins  obéissantes  ou  moins  intelligentes  et  leur  prince  se  voit 
obligé  de  les  gourmander  :  «  Partid!  Que  haceis,  leur  dit-il, 
que  no  estdn  y  a  los  vientos....  etc.  »  Chaque  intervention 
des  démons  ou  des  déesses  de  l'abîme  dans  la  Conquistada  ré- 


I  Liberata,  Chant  I,  oct.  11  et  12 
«ibid.  Chant  IV,  oct.  2. 
3  Conquistada,  livre  VII. 

*  Liberata,  chant  IV,  oct.  8. 

Mentre  ci  parlava,  Cerbero  i  latrati 
Ripresse  e  VIdra  si  fe  mnta  al  suono 
Bestô  Cocito  e  ne  tremar  gli  abissi, 
Ed  in  qnesti  detti  il  gran  rimbonbo  udissi 
Même  chaut,  oct.  l!^ 


Corne  sonanti  e  torbide  procelle 
Che  vengan  fnor  délie  natie  lor  grotte 
Ad  oscuiar  il  cielo,  a  portai  guerra 
Ai  gran  regni  del  mare  e  délia  terra 


Conquistada,    livre  VII,  oct.  84. 

Suspenso  cnanto  del  Cocyto  adentro, 
En  privaciôn  de  Dios  habita  y  roora, 
Dijo,  y  tcmblando  el  Erebo  responde 
M  as  no   para  caer  porque  no  hay  donde 

Même  livre,  octave  114. 
Como  rompiô  con  el  tridente  el  monte 
Eolo,  que  el  furor  del  viento  entrena, 
Y  à   Eneas  derranio   la  armado  entouces, 
Temblaron  pnertas  y  gimieron  bronces. 


192  LA    «JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

pond  à  une  même  intervention  dans  la  Liheratn.  C'est  ainsi 
que  dans  le  livre  V,  Satan  fait  sortir  l'Ambition  de  son  palais 
et  l'envoie  vers  les  princes  chrétiens,  comme  Astaroth  avait 
envoyé  la  Discorde  dans  le  camp  des  premiers  croisés';  que 
la  Discorde  elle-même  sort  de  l'enfer  pour  remplir  auprès  de 
Philippe-Auguste'  le  rôle  qu'elle  avait  rempli  auprès  d'Ar- 
gillan^  ;  qu'elle  vient  de  nouveau  verser  son  poison  dans  le 
cœur  du  roi  d'Angleterre*  à  l'exerTiple  de  cet  esprit  infernal 
sorti  du  sombre  royaume  pour  verser  la  colère  dans  l'âme 
de  ce  Gernand*  qui,  après  la  mort  de  Dudon,  aspirait  à  être 
le  chef  des  Aventuriers.  On  pourrait  objecter  que  cette  per*- 
sonnification  de  la  Discorde  étant  commune  à  tous  les  poètes', 
ne  saurait  constituer  une  imitation  directe  du  Tasse  et  que, 
d'ailleurs,  Lope,  pour  dépeindre  la  déesse,  a  emprunté  plus  à 
"Virgile  qu'au  Tasse,  mais  le  poète  espagnol  ayant  imité  ce 
dernier  dans  presque  tous  les  détails  de  son  poème,  nous 
sommes  autorisés  à  croire  que  c'est  dans  la  [Abetnta  qu'il  en  a 
puisé  ridée.  Continuons,  en  effet,  à  comparer  les  deux  poè- 
mes. Ricliard  ^  se  met  en  prière  pour  faire  cesser  la  tempête 
suscitée  par  les  démons  et  sa  prière  n'est  que  le  développe- 
ment de  celle  de  Godefr-oy  pour  obtenir  la  fin  de  la  sécherese 
qui  désolait  le  camp  chrétien  *.  Une  violente  querelle  s'élève 
entre  Garceran  Manrique  et  le  duc  de  Bourbon  '  au  sujet 
des  armes  de  Juan  de  Aguilar:  celte  querelle  n'est  que  la  re- 
|)roduction  de  celle  de  Baudouin  et  de  Ruperro  d'Ansa  qui  se 
disputent  les  armes  de  Renaud  *". 

L'assaut  donné  à  Ptoiémaïde  par  les  princes  chrétiens, 
ressemble,   à  s'y  méprendre,  à  celui   de  Jérusalem   par   les 

*  Liberata,  chant  VIII,  oct.  59. 

*  Co7iquistada,  livre  XIV. 

»  Liberata,  chant  VIII,  oct.  57  et  suiv. 

*  Conquistada,  livre  XVIII. 

8  Liberata,  chant  V,  oct.  XVIII. 

«  Hésiode  l'avait  fait  figurer  sur  le  bouclier  d'Hercule,  Virgile  Tarait 
fait  évoquer  par  Junon  (Enéide,  livre  VII) ,  l'Arioste  l'avait  envoyée 
dans  le  camp  d'Agramant. 

'  Conquistada,  livre  VII. 

8  Liberata,  chant  XVIII,  oct.  7 

y  Conquistada,  livre  X. 

••  Conquistada,  chant  IX,  oct.  83-87. 


ET    LA    «  GERUSALEMME    LIBERATA»  198 

guerriers  de  Godefroy.  C'est  la  même  grande  tour  qui  vient 
battre  les  murs  de  la  ville  assiégée  ',  ce  sont  les  mêmes  exploits 
de  la  part  des  croisés,  c'est  encore  la  nuit  qui  vient  suspen- 
dre le  combat.  La  description  minutieuse  de  l'armée  de  Saladin, 
au  moment  où  elle  va  en  venir  aux  mains  avec  les  chrétiens  ^, 
rappelle  celle  de  l'armée  du  monarque  égyptien  ^  La  scène 
de  la  Victoire  qui,  environnée  de  milliers  d'anges,  piane  au 
dessus  des  croisés  et  acclame  Richard  et  Alphonse  *,  n'est  que 
la  reproduction  de  celle  où  l'archange  Michel  s'offre  à  la  vue 
de  Godefroy  combattant  contre  l'armée  d'Aladin,  et  lui  fait 
contempler  la  milice  immortelle  rassemblée  dans  les  airs  ^ 
Enfin,  de  même  qu'une  colombe,  poursuivie  par  un  faucon  et 
portant  un  message  pour  Aladin,  était  venue  tomber  aux 
pieds  de  Godefroy,  qui  avait  été  ainsi  instruit  de  l'arrivée  de 
l'armée  d'Egypte  ®,  une  autre  colombe  vient  tomber  aux  pieds 
du  fils  de  Saladin,  et  lui  révèle  le  complot  tramé  contre  lui 
par  les  chrétiens. 

Nous  venons  d'indiquer  les  passages  de  la  Conquistada,  qui 
ne  sont  pour  ainsi  dire  que  la  copie  des  passages  correspon- 
dants de  la  Liberata.  Nous  n'insisterons  pas  (car  ils  sont  trop 
nombreux),  sur  ceux  qui  n'offrent  qu'une  certaine  analogie 
avec  le  poème  qui  les  a  inspirés.  Constatons  seulement  que 
dans  presque  tous  les  détails  que  nous  venons  de  citer,  Lope 
a  été  bien  inférieur  à  son  modèle.  Un  exemple  pris  au  hasard 
suffira  à  le  prouver.  Le  Tasse  nous  avait  montré  l'ange  en- 
voyé par  le  Seigneur  à  Godefroy,  se  revêtant  d'une  forme 
aérienne,  traversant  les  régions  célestes  et  planant  au-dessus 
de  la  terre,  soutenu  sur  des  ailes  d'or  ^  Lope  se  contente  de 


*  Liberata,  chant  XI,  oct.  46 

. ,    .  GofEredo  intanto 

Con  novo  assdlto  i  defensori  opprime 
Avea  condotto  ad  una  porta  accanto 
Délie  machine  sue  la  piCi  sublime 

e  s'erge  taiito 

Che  pnô  del  muro  pareggiar  le  cime. 

-  Conquistada,  livre  XVII. 

3  Liberata,  chant  XVII,  oct.  15  et  suiv 

*  Conquistada,  livre  XVIIJ. 

B  Liberata,  chant  XVIII,  oct.  92  et  93. 

6  Liberata,  chant  XVIII,  oct.  49  et  50. 

'  Liberata.  chant  I.  oct.  13  et  14. 


Conquistada,  livre  XI,  oct.  131 
Cuftndo  Ricardo  la  ciudad  asalta 

Axrimando  una  maquina  tan  alta 
Que  el  lieuzo  à  la  muralla  desmaiitela. 


194  LA    «  JERUSALEN    CONQUISTADA  » 

nous  dire  que  le  Paranymphe  fend  les  cieux  et  brise  un  esca- 
dron d'étoiles  en  étendant  ses  plumes  *.  Mais  rinfériorité 
que  nous  avons  constatée  dans  l'ensemble  du  poème  de  Lope 
et  dans  la  plupart  de  ses  personnages,  éclate  surtout  dans  son 
plan,  dans  son  style  et  dans  sa  versification. 

Le  poème  du  Tasse  est  admirable  par  son  unité  et  par  le 
souffle  poétique  qui  l'anime.  La  grande  figure  de  Godefroy 
domine  toutes  les  autres,  et  tous  les  épisodes  qui  ornent  la 
Liberata  concourent,  soit  en  la  retardant,  soit  au  contraire  en 
accélérant  sa  marche,  à  une  fin  unique  :  la  conquête  du  sépul- 
cre du  Christ.  C'est  ainsi  que  la  colère  qui  oblige  le  bouillant 
Renaud  à  quitter  le  camp  chrétien,  que  le  dépit  d'Armide  et 
tous  les  événements  qui  en  sont  la  conséquence,  arrêtent  pour 
un  moment  les  efi"orts  des  croisés  qui  ne  peuvent  se  passer  de 
celui  auquel  le  ciel  a  réservé  la  victoire.  La  révolte  d'Ar- 
gillan  et  le  découragement  des  chrétiens,  quand  la  sécheresse 
suscitée  par  l'enfer  vient  ravager  le  camp,  donnent  aussi  à 
Godefroy  l'occasion  de  montrer  la  magnanimité  de  son  âme, 
sa  prudence  et  sa  confiance  dans  la  bonté  divine. 

Le  poème  de  Lope,  au  contraire,  n'est  guère  qu'une  longue 
narration  versifiée  d'événements  entassés  sans  ordre,  et  ses 
épisodes  ne  se  rattachent  en  rien  au  sujet  principal.  L'amour 
d'Isménie  pour  Alphonse  et  celui  de  Garceran  pour  Isménie, 
n'ont,  en  effet,  aucune  influence  sur  la  marche  du  poème  : 
c'est  un  hors-d' œuvre,  une  intrigue  et  rien  de  plus.  La  croi- 
sade des  enfants  de  Tolède  ",  sujet  que  Lope  a  intercalé  dans 
le  sujet  principal,  n'a  rien  de  commun  avec  ce  dernier.  Lope, 
qui  avait  à  cœur  d'exalter  l'Espagne,  n'a  sans  doute  pas  voulu 
que  son  pays,  qui,  à  tout  prendre,  avait  soutenu  contre  les 
Maures  une  croisade  de  huit  siècles,  eût  moins  fait  que  la 
France  pour  le  sépulcre  du  Christ.  C'est  pourquoi  il  a  voulu 
que  sa  patrie  eût,  comme  la  France  ^,  sa  croisade  d'enfants, 


1  Conquistada,  livre  IV,  oct.  44. 

'  Conquistada^  livres  VII  et  VIII. 

'  La  croisade  française  des  enfants  à  laquelle  Lope  fait  ici  allusion, 
n"est  mentionnée  dans  aucune  des  chroniques  du  moyen  âge.  Son  exis- 
tence ne  repose  donc  sur  aucun  document  certain.  De  nos  jours,  quel- 
ques historiens,  et  notamment  Rohrbacher,  dans  son  Histoire  universelle 


ET    LA    «  GERUSALEMME    LIBERAÏA  »  195 

et  il  ne  peut  s'empêcher  de  montrer  que  c'est  bien  là  le  motif 
qui  l'inspire  quand  il  dit  :  «  Marchan  alegres  y  â  sus  padres 
dejan  como  otro  tiempo  en  Francia  por  Godefredo.  »  Les 
reproches  faits  à  Lope  relativement  à  la  multiplicité  de  ses 
héros  et  au  choix  du  sujet  (Lope,  a-t-on  dit,  n'aurait  pas  dû 
chanter  une  guerre  dont  la  fin  a  été  malheureuse),  nous  pa- 
raissent peu  sérieux.  Nous  avons  déjà  répondu  à  la  première 
de  ces  critiques  et  montré  que  le  poète  espagnol  n'avait  fait 
que  suivre  l'histoire  en  donnant  plusieurs  chefs  à  cette  croi- 
sade. Nous  répondrons  à  la  seconde  en  disant  avec  Voltaire  * 
qu'une  issue  heureuse  n'est  pas  une  des  conditions  essentielles 
du  poème  épique,  témoin  le  Paradis pet^du,  de  Milton,  dont  la 
fin  malheureuse  n'a  nui  en  aucune  façon  à  la  beauté  et  au 
succès  du  poème.  D'ailleurs,  si  Lope,  pour  imiter  le  Tasse, 
voulait  chanter,  comme  ce  dernier,  l'un  de  ces  grands  mou- 
vements chrétiens  du  moyen  âge  qui  jetèrent  l'Europe  sur 
l'Asie,  quelle  est  la  croisade  qui,  sauf  la  première,  a  eu  un 
heureux  résultat?  Quant  à  nous,  ce  que  nous  reprochons 
beaucoup  plus  volontiers  à  Lope,  et  ce  qui,  à  notre  avis,  nuit 
véritablement  à  l'unité  du  poème  et  en  rend  la  lecture  péni- 
ble, ce  sont,  outre  les  récits  détachés  dont  nous  avons  déjà 
parlé,  les  interminables  digressions  que  le  poète  a  semées 
dans  son  œuvre,  tantôt  pour  chanter  les  louanges  de  l'Espa- 
gne, tantôt  pour  énumérer  les  gloires  des  nobles  familles  de 
son  pays,  tantôt,  enfin,  pour  étaler  toute  son  érudition  pro- 
fane et  sacrée.  En  outre,  comme  on  a  pu  le  voir  par  notre 
analyse,  les  deux  derniers  livres  de  la  Conquistada  n'ont  au- 
cun rapport  avec  la  croisade,  et  le  poème  finit  réellement  avec 
le  XVIIP  livre.  Le  XIX^  ne  traite  que  des  amours  coupables 
de  son  roi  en  Espagne,  et  le  XX*  n'a  été  écrit,  semble-t-il, 
que  pour  nous  renseigner  sur  le  sort  des  héros  auxquels  il 
nous  a  intéressés. 

Le  style  de  la  Conquistada,  très  coulant  et  très  facile,  est 


de  VÉglise,  et  Philippe  Lebas  dans  sa  Biographie,  la  mentionnent,  mais 
sans  indiquer  leurs  sources.  La  croisade  des  enfants  semblait  donc,  jus- 
qu'ici, être  une  légende  créée  parle  XIX''  siècle.  La  Jerusalen  de  Lope 
nous  permet  de  constater  que  cette  légende  existait  dès  le  XVP  siècle. 
>  Essai  sur  la  poésie  épique. 


196  LA    «JEHUSALEN    CONQUISTADA  « 

prolixe,  plein  de  puérilités,  de  métaphores  vicieuses,  de  con- 
ceptns  et  de  fautes  de  goût. 

La  Jérusnlem  du  Tasse  contient  environ  15,000  vers,  celle 
de  Lope  22,000.  Cette  abondance  excessive  du  poète  espa- 
gnol est  loin  d'être  une  qualité  ;  et  quand  on  rapproche  cer- 
tains passages  de  la  Conqidstada  des  passages  correspon- 
dants de  la  Liberata,  on  ne  peut  s'empêcher  d'être  frappé  de 
la  concision  des  derniers  et  de  la  diffusion  des  premiers. 
C'est  ainsi  que  la  prière  de  Richard,  dans  le  livre  VII  de  la 
Conquistada,  se  continue  pendant  sept  octaves,  tandis  que 
celle  de  Godefroy  *  dans  la  Liherata  est  renfermée  dans  une  ; 
que  la  prophétie  du  moine  Joachira^  se  développe  pendant 
dix-sept  octaves,  tandis  que  celle  de  Pierre  l'Ermite  'est  con- 
tenue dans  trois;  que  l'altercation  de  Garceran  et  de  Bour- 
bon, au  sujet  des  armes  de  Juan  de  Aguilar,  comprend  dix- 
sepi  octaves*,  tandis  que  celle  de  Baudouin  et  de  Ruperto 
d'Ansa"  au  sujet  des  armes  de  Renaud,  n'en  a  que  cinq, 
etc.,  etc.  Ces  quelques  exemples  suffisent  à  montrer  la  pro- 
lixité du  style  de  Lope;  il  nous  reste  à  donner  une  idée  des 
puérilités,  des  conceptos  dont  il  a  semé  son  œuvre  et  du  mau- 
vais goût  qu'il  a  montré  dans  quelques  passages  de  son 
poème.  Ici  notre  tâche  devient  facile  et  nous  nous  bornerons 
à  faire  quelques  citations. 

Le  poète,  après  avoir  décrit  le  costume  de  la  Vierge,  nous 
la  représente  dans  toute  sa  gloire,  elle  a,  dit-il: 

Los  pies  sobre  la  luna,  y  con  licencia 
Del  suyo,  le  hace  un  sol  circunferencia. 
(Livre  I,  oct.  62.) 

11  est  bon  de  savoir  que  le  soleil  de  la  Vierge  n'est  autre 
que  son  divin  fils.  Dans  le  même  livre  (octave  105),  Lope 
parle  des  chrétiens  qui  boivent  dans  une  rivière  pendant  que 
les  Turcs  les  massacrent  : 

1  Liberata,  chant  XIII,  oct.  71. 

2  Conquistada,  livre  VII. 

3  Liberata,  chant  X. 

*  Conquistada,  livre  X. 

5  Conquistada,  chant  IX.  oct.  83-87. 


ET  LA    «GERUSALEMME  LIBERATA  »  197 

Cual  sin  temer  de  la  desnuda  espada, 
Que  la  cerviz  bebiendo  le  cercena, 
Intenta  proseguir  ;  que  gran  presteza  ! 
Separada  del  cuello  la  cabeza. 

Un  homme,  qui  boit  quand  sa  tête  est  déjà  séparée  du 
tronc,  n'est  pas  un  spectacle  commun,  et  on  comprend  le  cri 
de  Lope  :  Que  gran  presteza! 

Cependant  voici  qui  est  plus  fort  encore.  Juan  de  Aguilar 
fait  des  prodiges  de  valeur  et  tue  son  adversaire  nommé  Ar- 
timano  : 

Diez  pasos  vuela  de  Artimàno  al  suelo 
La  cabeza,  mirando  al  joven  fuerte 
Porque  fué  tan  veloz  y  presto  el  vuelo 
Que  después  de  morirllegô  la  muerte. 

(Livre  I,  oct.  116.) 

Dans  le  passage  précédent,  la  mort  était  arrivée  trop  tard, 
dans  le  suivant,  voulant  sans  doute  éviter  le  même  désagré- 
ment, elle  se  précipite  et  va  se  heurter  à  la  vie  : 

Pues  como  tanta  boca  abierta  quede, 
La  muerta  quiere  por  la  boca  entrarse 
Delienela  la  vida  y  al  encuentro 
Aun  no  saben  las  dos  cual  esta  dentro 

(Livre  III,  oct.80 

Les  passages  précédents  se  passent  de  commentaire.  En 
voici  d'autres  qui  auraient  pu  être  admis  dans  une  comédie, 
tout  au  moins  dans  une  comédie  espagnole,  mais  qui  sont  in- 
dignes d'un  poème  épique.  Citons  au  hasard.  Frédéric  Barbe- 
rousse  nage  dans  le  Cjdnus  : 

Mas  el  nadar  Emperador^  que  importa  ? 

Que  todo  es  nada 

Cuanto  la  vida  hasta  la  muerte  nada 
(Livre  V,  oct  78). 

Lope  apostrophe  le  fleuve  et  lui  représente  la  grandeur  de 
celui  qu'il  va  engloutir  : 

Mira  que  tiene  en  una  mano  el  mundo, 
0  le  Ueva  su  peso  â  lo  profundo  (Livre  V,  oct.  79). 


198  LA    «JERUSALEN   CONQUISTADA  » 

Juan  de  Aguilar  est  entouré  par  les  janissaires  qui  en  veu- 
lent à  sa  vie  : 

De  verde  hasta  las  zarculas  vestidos, 
Cipreses  tristes  de  su  muerte  fueron, 
Aunqne  él  creciendo  el  barbaro  despojo 
Su  funèbre  color  trocaba  en  rojo 

(Livre  IX,  oct.  142). 

Alphonse  craignant  pour  Isménie  qui  est  allée  en  ambassade 
à  Tjr,  envoie  Garceran  pour  la  secourir;  ce  dernier  vole  à 
son  secours  : 

Las  sospechas  le  obligan  â  que  pique 

(sous-entendu  le  cheval  sans  doute) 
Pero  de  Tyro  â  tiro  se  detiene 

(Livre  X,  oct.  142). 

Deux  héros  cherchent  à  se  signaler  pour  gagner  l'épée  de 
don  Juan  : 

De  los  muertos  el  numéro  acrecientan, 
Y  de  los  vivos  van  dejando  mènes. 
(Livre  XI,  oct.  22). 

La  Palisse  n'eût  pas  mieux  dit. 

Il  j  a  trois  ans  que  Garceran  connaît  le  secret  d'Isménie  et 
qu'il  aime  la  guerrière  : 

Callar  très  anos  es  silencio  injusto 
Creciendo  el  mal  â  vista  del  sujeto, 
Que  si  el  amor  es  nino  de  très  anos 
Bien  puede  hablar  y  referir  sus  danos. 
(Livre  XIII,  oct.  23. 

Un  vieillard  cherche  à  s'opposer  au  départ  de  Philippe- 
Auguste  et  verse  des  larmes  en  songeant  que  le  tombeau  du 
Christ  va  rester  sans  défenseurs: 

Cayendo  por  las  canas  el  rocio 
Que  bajaba  del  aima  por  los  ojos 


Que  cuando  considero  que  esia  tierra 
Pisada  de  sus  plantas  soberanas 


ET  LA    «GERUSALEMME   LIBERATA  »  199 

Bajan  dos  rios  de  mi  blanca  sierra 
Al  valle  de  la  hierba  de  mis  canas. 
(Livre  XIV,  oct.  73  et  78). 

La  peste  éclate  dans  l'armée  de  Frédéric  ;  la  terreur  est 
universelle  : 

Las  palabras  de  amor  pidense  al  viento 

Y  como  entonces  en  el  viento  estaban 
Nadie  queria,  aunque  llorase  ausencia 
Pedir  veneuo,  incendio  y  pestilencia. 

(Livre  V,  oct.  110). 

Tarudante  vient  de  faire  sauter,  à  l'aide  d'une  mine,  la 
partie  du  camp  où  se  trouvaient  les  fils  et  le  frère  de  Saladin, 
mais  un  chrétien  a  eu  le  temps  de  baptiser  les  enfants: 

Murieron  junto  al  cielo  yendo  al  cielo 
Ciento  y  cincuenta  hallaron  que  à  las  salas 
Del  cielo  suben,  y  en  igual  conquista 
Sus  aimas  â  sus  mures  fueron  balas 
No  quieren  que  sus  puertas  les  résista, 
Ni  subir  â  sus  torres  con  escalas, 
Que  como  fléchas  la  encubierta  mina, 
Les  disparô  por  la  région  divina 

(Uvre  XV,  oct.  99). 

Garceran  monte  à  l'assaut  de  Tjr  et  tue  tous  ceux  qui  lui 
résistent: 

Y  de  la  sangre  de  las  Turcas  venas 
Las  dos  calderas  del  escudo  esmalta 
Mas  como  las  calderas  aunque  llenas, 

No  bastan • 

A  las  culebras  en  el  cerco  asidas 
Hijo  beber  la  de  infinitas  vidas. 

(Livre  XVI,  oct.  28). 

Isménie  déclare  son  amour  à  Alphonse  et  Lope  prétend  qu  e 
la  guerrière  dut  regretter  de  n'avoir  pas  de  cheveux  pour  ca- 
cher ses  larmes,  en  voyant  son  amour  repoussé  par  le  roi: 

Ya  puede  ser  que  estar  sin  ellos  (u  s'agit  des  cheveux)  fuese 
La  causa  de  que  Alfonso  no  gozase 
De  la  Ocasiôn,  aunque  el  amor  la  dièse 

(Livre  XI,  oct.  116). 


200  LA  «  JERUSALEN   CONQUISTADA  » 

Cette  allusion  à  Toccasionet  à  ses  cheveux  est  un  lieu  com- 
mun dans  la  Conquistada,  etc'estpar  vingtaines  que  Ton  pour- 
rait compter  les  passages  dans  lesquels  il  est  fait  allusion  à  la 
fugitive  déesse.  En  voici  un  autre.  Le  conseil  réuni  par  Plii- 
lippe-Auguste  discute  l'opportunité  du  retour  en  France: 

No,  gran  senor,  responde  Uberto  anciano, 
Aunque  Ocasiôn  los  Anglos  os  ofrezcan 
Que  no  es  ese  el  cabello  que  asir  debe 
Quien  a  causa  de  Dios  los  pasos  mueve. 

(Livre  XIV,  cet.  73). 

Les  citations  que  nous  venons  de  faire  et  que  nous  pour- 
rions multiplier,  justifient,  ce  nous  semble,  le  jugement  que 
nous  avons  porté  sur  l'œuvre  de  Lope  et  donnent  une  idée  des 
puérilités  et  des  fautes  de  goût  dont  elle  est  remplie.  Nous 
savons  bien  que,  pas  plus  que  Lope,  le  Tasse  n'a  su  entière- 
ment échapper  aux  défauts  de  son  temps;  et  sans  être  à  son 
égard  aussi  sévère  que  Boileau  *,  on  peut  lui  reprocher  l'a- 
mour des  pointes,  la  subtilité  de  la  pensée  et,  parfois,  le  man- 
que de  naturel  dans  le  style.  Mais  ces  défauts  du  Tasse  ne  se 
font  sentir  que  rarement  dans  la  Liberata  *  et  aucune  des  fau- 
tes de  goût  du  poète  italien  n'égale  celle  de  Lope  invoquant 
dans  son  poème  tantôt  les  dieux  du  paganisme,  tantôt  le  Dieu 
des  chrétiens.  Nous  avons  déjà  signalé  la  deuxième  octave  du 
premier  livre  de  la  Conquistada  dans  laquelle  le  poète  s'adresse 
tour  à  tour  aux  Dryades  du  Tage  ^  et  à  son  bon  ange.  Mais 
que  dire  des  paroles  qu'il  place  dans  la  bouche  de  Guy  de 
Lusignan  en  voyant  rapporter  au  camp  le  corps  de  Juan  de 
Aguilar,  grand  maître  des  Templiers: 

Aguila  que  del  mundo  remontada  (dit-ilj 
Volando  pasas  la  région  del  viento 
Y  sobre  las  estrellas  elevada 
En  el  cerco  del  sol  haces  tu  asienio  : 
Ave,  al  divino  Jupiter  sagrada,  etc. 

«    Satire  IX. 

*  Ils  se  manifestent  surtout  dans  les  cet.  97  et  98  du  X1I«  chant. 

^  Dans  le  XIX'  livre,  Lope  nous  montre  encore  les  nymphes  du  Tage 
sortant  du  fleuve  pour  voir  passer  le  roi  Alphonse.  Les  nymphes  du  Tage 
avaient  été  invoquées  par  Camoens  au  commencement  des  Lusiades. 


ET   LA    «  GERUSALEMME   LIBERATA»  201 

Voici  qui  est  plus  choquant  encore  :  Guy  de  Lusignan  vient 
d'accepter  la  royauté  de  Chypre  comme  compensation  de  celle 
de  Jérusalem,  et  les  Français  lui  représentent  la  diiférence  qui 
existe  entre  ces  deux  royautés  dans  un  discours  de  six  octaves 
que  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  citer,  vu  sa  longueur,  mais 
dont  voici  quelques  extraits  : 

«  No  era  mejor,  lui  disent-ils,  morir  rey  de  Jerusalen 
reino  invencible,  que  de  unas  islas  donde  Venus  inventé  el 
amor  vendible  ?. . .  .  Chypre  viô  libre  amor,  mortal  tyrano,  y 
fué  en  Jerusalen  amor  vendido. , .  En  Chypre  hiriô  el  amor 
les  corazones,  pero  en  Jerusalen  fué  herido  y  muerto;  En 
Chypre  puso  amor  viles  prisiones,  y  fué  en  Jerusalen  preso  en 
un  huerto,  etc.,  etc.  » 

Que  dire  d'un  tel  parallèle?  Comment  le  flétrir  assez?  Et 
aurait-on  pu  croire  à  une  telle  perversion  de  goût  et  à  un 
tel  manque  de  délicatesse  chez  Lope  ? 

Citons  maintenant  quelques  octaves  qui  sont  de  véritables 
chefs-d'œuvre  d'obscurité. 
Richard  se  prépare  à  donner  l'assaut  à  Saint-Jean-d'Acre  : 

No  bien  de  las  montanas  de   Judea, 
Donde  hizo  otro   sol  que  al  sol  diô  lunabre, 
En  el  materno  claustro  que  hermosea 
Su  campo  excelsitud,  cielo  su  cumbre  : 
Salia   la  divina  luz  Phebea 
A  coronar  la  verde  pesadumbre 
De  cuyâ  réflexion  estaban  llenas 
De  luz,  de  Ptolemaida  las  almenas. 

(Livre  XI,  cet.  130.) 

Les  croisés  vont  recevoir  le  bras  de  la  vraie  Croix  que  les 
Turcs  ont  promis  de  leur  rendre  : 

Aquel  madero  pues,  aquella  escala 
A  quien  se  debe  como  à  Dios  latria, 
Aquella  cama,  en  que  la  vida  exhala 
Aquel  Ocaso  donde  el  sol  iguala, 
Traspuesto  en  mar  de  su  pasiôn  el  dia, 
Naciendo  a  las  antipodas  culpados 
For  el  agua  en  su  luz  regenerados. 

(Livre  XH,  oct.  43. 


202  LA    «JERUSALEN   CONQUISTADA  » 

Au  point  de  vue  de  la  versification,  la  Conquistada  est  moins 
défectueuse  qu'au  point  de  vue  du  style,  mais  elle  contient 
cependant  un  grand  nombre  de  négligences.  Ces  négligences, 
on  le  sait,  sont  communes  à  toutes  les  œuvres  de  Lope,  mais 
si  l'on  comprend  qu'un  poète  doué  d'une  extrême  facilité  et 
improvisant  presque  toutes  ses  comédies,  se  soit  laissé  aller 
dans  celles-ci  à  des  fautes  de  ce  genre,  on  est  moins  disposé  à 
les  excuser  dans  une  œuvre  qu'il  a  préparée  pendant  sept  ans 
et  qu'il  croyait  destinée,  plus  que  toute  autre,  à  lui  assurer 
l'immortalité. 

C'est  bien  l'immortalité  en  eflfet  que  Lope  attendait  de  sa 
Jérmalem,  et  sa  confiance  à  cet  égard  était  si  grande,  que 
nous  la  trouvons  exprimée  dans  toutes  les  pages  de  son 
poème.  Dès  la  septième  octave  du  premier  livre,  il  signale  la 
distance  qui  existe,  selon  lui,  entre  ses  autres  œuvres  et  la 
Conquistada  par  ces  paroles  qu'il  adresse  au  roi  Philippe  III. 

Yo  que  canté  para  la  tierna  vuestra 

Los  amores  de  Angélica  y  Medoro 

En  otra  edad,  con  otra  voz  mâs  diestra,  etc. 

Plus  loin  il  s'adresse  à  l'Espagne  et  lui  dit  : 

Espaiia  bella,  si  el  haber  nacido 
En  medio  de  tus  limites  dichosos, 
A  quien  favor  de  Apolo  ha  recibido, 
Fuerza  â  cantar  en  versos  nuraerosos, 
Tu  nombre  vencerâ,  libre  de  olvido, 
Los  siglos  de  los  anos  presurosos. 

Livre  XIII,  cet.  L 

Dans  la  XV  octave  du  même  livre,  le  poète  exalte  la  vail- 
lance d'un  croisé  qui  vient  de  succomber  et  lui  promet  l'im- 
mortalité : 

Sino  es  que  el  tiempo  volador  résista 

Que  estos  versos  alcanzen  las  postreras 

Edades,  vivirâs,  y  del  olvido 

Te  librarâs  por  ellos  conocido. 

Enfin  il  s'écrie  dans  la  dernière  octave  de  son  poème  : 
De  pocos  ha  de  ser  mi  vez  oida 
Pasen  los  tiempos  y  sera  estimada 


ET    LA    «GERUSALEMME   LIBERATA»  203 

Que  tienen  poco  crédite  en  la  vida 

Del  dueûo  6  ya  la  pluma,  6  ya  la  espada 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  dans  la  Conquistada  qu'il  faut 
chercher  l'expression  de  la  satisfaction  de  Lope  au  sujet  de 
son  poème.  Dans  la  Filoména  il  défend  ses  oeuvres  et  surtout 
la  Jérusalem  contre  Pedro  de  Torres  Râmila  qui  l'avait  atta- 
qué. Ce  dernier  figure  dans  la  Filoména  sous  le  nom  de 
Tordo  *:  la  Filoména  ou  rossignol,  n'est  autre  que  Lope  lui- 
même. 

Filoména  passe  en  revue  les  diverses  œuvres  de  sa  jeunesse, 
examine  pour  les  défendre,  \a,Angélica  la  Dragontea,  etc.,  et 
s'exprime  ainsi  au  sujet  de  \d,  Jérusalem: 

Y  porque  para  mayores  cosas 

Me  llamaba  la  edad,  troqué  la  lira 

En  la  trompeta  herôica  da  la  fama,  etc. 

Lope  continue  ensuite  pendant  quatre-vingts  vers  à  faire 
l'apologie  de  la  Jérusalem  et  à  reprocher  au  Tordo  sa  jalousie; 
il  lui  dit  enfin  au  sujet  d'Isménie  : 

A  Ismenia  el  arte  pinta 

Como  â  Camila  el  docto  Mantuano, 

El  Tasso  â  Arminda  bella, 

Y  el  Ferrarés  â  la  hermosa  Bradamante . 

Ainsi  d'après  Lope,  Isméuie  était  une  de  ces  créations  qui 
s'imposent  à  l'imagination  des  peuples,  elle  devait  vivre  aussi 
longtemps  que  ses  illustres  devancières  Camille,  Armide,  Bra- 
damante, et  la  Conquistada  devait  être  le  plus  beau  fleuron 
de  sa  couronne  poétique.  La  postérité,  nous  le  savons,  n'a 
pas  confirmé  le  jugement  de  Lope  ;  et  si  notre  travail  n'a  pas 
été  trop  au  dessous  de  son  sujet,  il  aura  montré  que  la  posté- 
rité a  eu  raison. 

M""*  J.  Lucie-Lary. 

1  Le  tordo  est  une  espèce  de  merle. 


MÉMOIRE     SUR    ADOLPHE 
DE  BENJAMIN  CONSTANT 


Benjamin  Constant  forma  le  projet  d'écrire  le  roman 
d'Adolphe  vers  la  fin  de  1806,  lorsqu'il  fut  rejoindre  M"*  de 
Staël  à  Auxerre.  Il  était  alors  au  plus  fort  de  la  crise  dou- 
loureuse et  des  scènes  de  violence  qui  devaient  le  séparer  de 
cette  femme  célèbre,  après  une  liaison  qui  avait  duré  douze 
ans.  Malgré  tout,  trop  faible  pour  résister  à  ses  emporte- 
ments, il  était  parti  d'Auxerre  pour  obtenir  la  révocation  de 
Tordre  d'exil  qui  l'avait  éloignée  de  cette  ville,  et  qui  devait 
encore,  après  la  publication  de  Corinne,  s'étendre  à  toute  la 
France.  Après  son  arrivée  à  Paris,  il  écrit  dans  son  jour- 
nal *  :  «  J'ai  vu  plusieurs  fois  Fouché  ;  je  ne  me  lasserai  pas 
de  servir  M""»  de  Staël  ;  je  vais  commencer  un  roman  gui  sera 
mon  histoire.  Tout  travail  sérieux  m'est  devenu  impossible  au 
milieu  de  ma  vie  tourmentée.  » 

Peu  de  temps  après  il  écrit  encore  :  «  J'ai  fini  mon  roman 
en  quinze  jours.  Je  le  lis  à  Hochet*,  qui  en  est  très  content.» 

La  pensée  d'écrire  un  roman  s'était  présentée  à  l'esprit  de 
Constant  dès  sa  plus  extrême  jeunesse.  Ayant  à  peine  douze 
ans,  il  en  composa  un,  sous  forme  de  poème,  dont  une  pattie 
existe  encore,  qu'il  intitula  :  Les  Chevaliers.,  roman  histori- 
que, par  B.  C.  de  R.  (Benjamin  Constant  de  Rebèque).  Il 
rêvait  déjà  de  devenir  auteur,  de  faire  imprimer  ses  oeuvres, 
et  il  mit  au  bas  de  la  couverture  qui  portait  le  titre  :  Bruxelles, 
4779.  Ce  roman  était  précédé  d'une  dédicace  adressée  à  son 

*  Ce  journal  a  été  commencé  en  1804  et  s'arrête  avec  quelques  lacu- 
nes à  1816.  Il  a  été  inséré  avec  force  suppressions  dans  la  Revue  Inter- 
nationale qui  paraissait  à  Rome  (janvier,  février  et  mars  1887). 

2  Hochet,  qui  était  lié  avec  Constant  et  M"»  de  Staël,  devint  secré- 
taire général  du  Conseil  d'Etat.  Il  occupa  cette  position  jusqu'en  1840. 
Son  fils  lui  succéda. 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  205 

père,  où  il  disait  :  «  On  m'a  dit  que  les  pères  trouvaient  les 
ouvrages  de  leurs  fils  excellents,  quoique  souvent  ce  ne  soit 
qu'un  amas  de  réminiscences  cousues  avec  art.  Pour  montrer 
la  fausseté  de  ce  bruit,  j'ai  l'honneur  de  vous  présenter  cet 
ouvrage,  bien  sûr  que,  quoique  je  l'aie  composé,  vous  ne  le 
trouverez  pas  bon,  et  que  même  vous  n'aurez  pas  la  patience 
de  le  lire.  » 

A  l'âge  de  vingt  ans.  Constant  s'était  fixé  à  Paris,  et  il 
y  menait  une  vie  fort  dissipée.  Son  père  s'en  émut,  et  lui  in- 
tima de  venir  le  rejoindre  en  Hollande.  Mais,  au  lieu  de  se 
soumettre  à  sa  volonté,  il  partit  pour  l'Angleterre,  en  chaise 
de  poste  jusqu'à  Calais,  chaussé  d'une  paire  de  pantoufles, 
n'ayant  que  trente  louis  dans  sa  bourse,  et  pour  tout  bagage 
trois  chemises,  quelques  paires  de  bas  et  quelques  mou- 
choirs. A  peine  débarqué,  il  partit  de  Londres  pour  parcourir 
l'Angleterre  achevai,  aidé  par  quelques  amis  qui  suppléèrent 
à  l'exiguité  de  ses  ressources. 

Pendant  qu'il  accomplissait  cette  folle  pérégrination,  il 
écrivit  de  Chasterfort,  le  22  juillet  1787,  à  M"«  de  Charrière, 
avec  laquelle  il  avait  formé  une  liaison  de  cœur,  bien  qu'elle 
eût  quarante-cinq  ans,  et  qu'il  n'en  eût  que  vingt  :  «  Je  tra- 
vaille à  un  roman  que  je  vous  montrerai.  J'en  ai  d'écrites 
cinquante  pages  in-8°  ;  je  vous  le  dédierai,  si  je  l'imprime.  » 

Bientôt,  il  renonça  à  ce  projet,  et  il  écrivit,  le  27  août,  à 
la  même  personne,  de  Westmoreland  :  «J'ai  quitté  l'idée 
d'écrire  un  roman  en  forme.  Je  suis  trop  bavard  de  mon 
naturel.  Tous  ces  gens  qui  voulaient  parler  à  ma  place  m'im- 
patientaient. J'aime  à  parler  moi-même,  surtout  quand  vous 
m'écoutez.  J'ai  substitué  à  ce  roman  des  lettres  intitulées  : 
Lettres  écrites  de  Peterdale  à  Paris,  dans  l'été  1781,  adressées 
à  M.  C.  de  Z .  (M"*  Charrière  de  Zoel).  Cela  ne  m'oblige  à 
rien.  Il  y  aura  une  demi-intrigue,  que  je  quitterai  ou  je  re- 
prendrai à  mon  gré.  Mais  je  vous  demande,  et  à  M.  de  Char- 
rière, qui,  j'espère,  n'a  pas  oublié  son  fol  ami,  le  plus  grand 
secret.  Je  veux  voir  ce  qu'on  dira,  ou  ce  qu'on  ne  dira  pas, 
car  je  m'attends  plus  au  châtiment  de  l'obscurité  qu'à  l'hon- 
neur de  la  critique.  Je  n'ai  encore  écrit  que  deux  lettres; 
mais,  comme  j'écris  sans  style,  sans  mesure  et  sans  travail, 
j'écris  à  trait  de  plume.  » 


206  MEMOIRE    SUR  «  ADOLPHE  » 

Ce  projet  fut  encore  abandonné,  et  Constant  n'a  écrit 
([Xi  Adolphe,  et  une  suite  à  ce  roman,  qui  est  perdue. 

On  a  cependant  quelque  peine  à  se  persuader  qu'il  se  soit 
volontairement  limité  dans  ce  genre  à  cette  seule  composition. 
Sa  vie  avait  été  si  agitée,  marquée  par  tant  d'événements 
romanesques,  qu'en  admettantmême,  ainsi  qu'on  l'a  prétendu, 
qu'il  ne  pût  trouver  un  sujet  qu'en  l'empruntant  à  sa  propre 
histoire,  ses  souvenirs  lui  aurait  parfaitement  donné  l'étoffe 
nécessaire  pour  former  plusieurs  romans. 

Sa  liaison  avec  M™°  de  Charrière ,  elle-même  fort  roma- 
nesque ,  —  liaison  connue  par  la  communication  de  ses 
papiers  à  Sainte-Beuve,  par  M.  Gallieur,  qui  en  était  dépo- 
sitaire, et  par  la  publication  qu'en  fit  la  Bibliothèque  Uni- 
verselle de  Genève,  —  lui  aurait  encore  fourni  les  matériaux 
d'un  roman  psychologique  qui  aurait  pu  rivaliser  avec  celui 
A'' Adolphe. 

Quel  parti  meilleur  encore  n'aurait-il  pas  tiré  de  son 
premier  mariage  avec  Wilhelmine,  baronne  de  Cram,  qu'il 
épousa  eu  1789,  à  l'âge  de  vingt-deux  ans,  de  cette  Wil- 
helmine de  qui  il  dit  dans  son  journal  :  (c  Entraîné  par  des 
personnes  intrigantes,  j'eus  la  faiblesse  de  prendre  une 
femme  laide,  sans  fortune,  plus  âgée  que  moi,  et,  pour 
comble  d'agréments,  violente  et  capricieuse.  Les  torts 
qu'elle  eut  à  mon  égard  sont  de  ceux  qu'on  ne  pardonne 
pas.  Mais,  au  lieu  d'une  vengeance,  je  ne  demandai  que 
ma  liberté,  et  je  l'obtins  en  faisant  beaucoup'de  mécon- 
tents, car  ma  femme  avait  des  ennemis  qui  espéraient  tirer  un 
meilleur  parti  de  ma  colère.  » 

Quelles  bizarreries  dans  la  destinée  de  cet  homme  étrange, 
et  quelles  faiblesses  dans  son  organisation  morale  !  Lui,  si  élé- 
gant, d'une  élégance  qui  le  fait  appeler  le  Muscadin,  d'un  es- 
prit si  fin,  et,  lorsqu'il  rencontre  la  veine,  si  délicat,  il  forme, 
entre  vingt  et  vingt-deux  ans,  deux  liaisons,  qu'il  fait  presque 
marcher  de  front,  avec  deux  femmes,  dont  l'une  aurait  pu  être 
sa  mère;  l'autre,  moins  vieille,  était  fort  laide.  Il  ne  peut  ai- 
mer la  première  qui  l'aime,  et  la  torture  ;  piteusement  trompé 
par  la  seconde,  il  doit  lui  arracher,  par  le  divorce,  le  nom  qu'il 
lui  a  donné.  Les  principaux  traits  de  cette  lamentable  affaire 
du  divorce,  suffisamment  accusés  dans  le  journal  de  Constant, 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  207 

dans  sa  correspondance  avec  M™^  de  Nassau  et  Rosalie,  dans 
les  lettres  qu'il  aécrites  à  M™"  deCharrière,  qui,  elle, l'amante 
trompée  et  délaissée,  était  devenue  la  confidente  de  l'époux 
trahi  et  bafoué,  prouvent  assez  que  la  liaison  de  Constant 
avec  M™e  de  Staël  n'a  pas  été  le  seul  événement  romanesque 
de  sa  vie. 

Les  matériaux  eussent  été  prêts  et  sous  sa  main,  s'il  avait 
voulu  tirer  un  roman  intime  et  personnel  de  sa  liaison  avec 
M™^  Récaraier.  Il  n'aurait  eu  qu'à  relire  les  lettres  qu'il  lui 
avait  adressées,  et  celles,  plus  rares  et  plus  discrètes,  qu'il 
avait  reçues  d'elle.  Mais  nous  reviendrons  sur  ce  point. 

Quoique  Constant  ait  déclaré  dans  son  journal  qu'il  avait 
écrit  Adolphe  parce  qu'il  traversait  une  crise  qui  le  rendait 
incapable  d'aucun  travail  sérieux,  il  avait  néanmoins  du  goût 
pour  ce  genre  de  composition,  et  il  ne  cessa  jamais  de  lire 
et  de  relire  des  romans.  Peu  lui  importait  qu'ils  eussent  été 
publiés  en  France,  en  Allemagne  ou  en  Angleterre  :  il  les 
lisait  dans  leur  langue.  Son  éducation  avait  commencé  en 
Suisse,  s'était  continuée  à  Oxford  et  à  Edimbourg,  et  avait 
été  terminée  à  Elangen,  ce  qui  a  fait  justement  dire  à  Sainte- 
Beuve,  «  qu'il  a  été  longtemps  entre  trois  patries  et  trois 
langues,  entre  lesquelles  il  dut  choisir.  » 

Pendant  sa  liaison  avec  M™^  de  Charrière,  il  lut  les  romans 
de  Restif  de  la  Bretonne,  et  lui  déclara  que  cette  lecture 
l'avait  trouvé  fort  rétif.  Il  lui  écrivait  encore  vers  1780  : 
«Je  lis  en  route  un  roman  que  j'avais  lu,  et  dont  je  vous  avais 
parlé  ;  il  est  de  l'auteur  de  Wilhelmine  Ahrend.  »  Et  il  ajoute 
dans  une  autre  lettre  :  «  Je  lis  toujours  mon  roman  :  il  y  a 
une  Ulrique  presque  aussi  intéressante  que  Calixte  ;  vous 
savez  que  c'est  beaucoup  dire.  Le  style  en  est  très  énergique, 
mais  il  y  a  une  profusion  d'images  à  l'allemande  qui  font  de 
la  peine  quelquefois.  J'ai  été  fâché  qu'une  lettre  était  une 
flamme  qui  allumait  la  raison  et  éteignait  l'amour,  qu'Ulrique 
avait  eu  toutes  ses  joies  mangées  en  une  seule  nuit  par  un 
renard.  Si  c'était  des  oies,  encore  passe.  Mais  cela  est  bien 
réparé  par  la  force  et  la  vérité  des  caractères  et  des  dé- 
tails. » 

Son  journal,  comme  sa  correspondance,  dénote  qu'il  lisait 
tous   les    romans  qui    paraissaient,    et   que    lorsqu'il    était 


208  MEMOIRE  SUR  «  ADOLPHE» 

attiré  par  la  supériorité  d'une  œuvre  en  ce  genre,  ou  par  la 
réputation  que  l'auteur  avait  conquise,  il  en  faisait  l'objet 
d'une  étude  approfondie,  ainsi  qu'il  le  fit  pour  Tieck.  Il  va 
sans  dire  qu'il  suivit  avec  le  plus  vif  intérêt  le  mouvement 
littéraire  qui  se  produisit  en  Allemagne  au  moment  où  il  y 
résidait.  Goethe  avait  conquis  son  admiration,  mais  il  tenait 
sa  tragédie  de  Faust  en  médiocre  estime:  —  «  Une  observa- 
tion ingénieuse  de  Schiller,  dit-il  dans  son  journal,  c'est  que, 
dans  le  style,  les  verbes  sont  plus  animés  que  les  substantifs  ; 
ainsi,  l'aimei^,  est  plus  une  action  que  l'amour,  le  vivre,  ({\xe  la 
v\e,  le  mourir,  que  la  mort.  Les  verbes  expriment  plutôt  le 
présent,  les  substantifs  plutôt  le  passé.  Relu  le  Faust  de 
Goethe.  C'est  une  dérision  de  l'espèce  humaine  et  de  tous 
les  gens  de  science.  Les  Allemands  y  trouvent  une  profon- 
deur inouïe  ;  quant  à  moi,  je  trouve  que  cela  vaut  moins  que 
Candide  ;  c'est  tout  aussi  immoral,  iiride  et  desséchant,  et  il 
y  a  moins  de  légèreté,  moins  de  plaisanteries  ingénieuses  et 
beaucoup  plus  de  mauvais  goût,  n 

En  revanche  il  ne  pouvait  s'arracher  à  la  lecture  de  Wer- 
ther. Il  dit  au  sujet  de  ce  roman,  dans  son  journal  :  «  Soupers 
très  intéressants  chez  Gœthe.  C'est  un  homme  plein  d'esprit, 
de  saillies,  de  profondeur,  d'idées  neuves.  Mais  c'est  le  moins 
bonhomme  que  je  connaisse.  »  En  parlant  de  WeiHher,  il  disait  : 
«  Ce  qui  rend  cet  ouvrage  dangereux,  c'est  d'avoir  peint  de  la 
faiblesse  comme  de  la  force.  Mais,  quand  je  fais  une  chose 
qui  me  convient,  les  conséquences  ne  me  regardent  pas.  S'il 
y  a  des  fous  à  qui  la  lecture  en  tourne  mal,  ma  foi  tant 
pis.  » 

On  a  souvent  rapproché  Adolphe  de  René,  et,  entre  ces 
deux  chefs-d'œuvre,  on  rencontre  certaines  analogies.  René 
dut  fixer  l'attention  de  Constant,  et  il  écrivit  à  son  sujet  à 
M""®  de  Nassau,  le  6  novembre  1805  :  »  Nous  sommes  du 
même  avis.  C'est  un  sujet  qu'on  peut  librement  traiter  parla 
poste.  Je  regarde  cet  ouvrage  comme  une  des  plus  belles  choses 
qui  aient  été  écrites  dans  la  langue  française  ;  mais  lorsque, 
à  la  fin  du  roman,  je  trouve  le  discours  sévère  et  juste  du 
Père  Suret,  je  sais  bon  gré  à  l'auteur  d'avoir  réuni  beaucoup 
de  raison  à  la  conception  et  à  la  peinture  de  toute  l'exaltation 
et  de  tout  le  vague  qui  paraissent  à  la  jeunesse  au-dessus  de 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  209 

la  raison  ;  ce  coatraste  rapide  fait  un  eflfet  extrême,  et  d'autant 
plus  grand  que  le  lecteur  ne  s'attend  pas  à  trouver  l'auteur  qui 
a  si  bien  décrit  la  rêverie  de  René,  capable  de  la  juger  et  de 
l'apprécier  suivant  les  idées  communes.  Au  reste  Chateau- 
briand a  mis  si  peu  de  raison,  ou  plutôt  tant  de  folie,  dans  ces 
cinq  volumes  \  qu'il  n'est  pas  étonnant  qu'ayant  voulu  être 
raisonnable  une  fois,  il  ait  trouvé  une  quantité  de  bon  sens 
disponible.  » 

Constant  est  encore  plus  sévère  dans  les  jugements  qu'il 
adressa  à  sa  cousine  Rosalie  au  sujet  des  Martyrs. 

En  général,  la  manière  d'écrire  de  Chateaubriand  lui  était 
antipathique.  Celui-ci  avait  été  plus  juste,  dans  tous  les  cas 
plus  bienveillant,  lorsqu'il  disait  :  «  En  France,  après  Voltaire, 
Constant  est  l'homme  qui  a  eu  le  plus  d'esprit.  » 

M"*  Cottin  mourut  en  1807.  Constant  écrivit  à  son  sujet  à 
M"*  de  Nassau  :  d  L'une  de  nos  plus  célèbres  femmes  auteurs 
vient  de  mourir.  Je  suppose  que  vous  aurez  lu  quelques-uns 
de  ses  romans,  ou  Claire  d'Albe,  ou  Malvina,  ou  Amélie  de 
Mansfield,  ou  Mathilde,  dans  lequel,  pour  se  conformer  au 
goût  du  temps,  elle  s'était  faite  dévote.  J'aimais  mieux  les 
autres  où  elle  ne  parlait  que  d'amour,  ce  qui  lui  était  plus  na- 
turel. De  toutes  les  femmes,  c'est  celle  qui  décrivait  avec  le 
plus  de  chaleur  le  bonheur  de  deux  amants  dans  toute  son 
étendue,  et  ce  talent  donnait  à  ses  ouvrages  un  caractère 
particulier.  Elle  était  fort  laide,  et  avait  inspiré  de  grandes 
passions:  un  jeune  homme  s'était  tué  à  sa  porte  à  cause  de 
ses  rigueurs,  et  ses  bontés  avaient  fait  mourir  un  homme  de 
soixante-dix  ans.  Elle  est  morte  avec  des  sentiments  fort  re- 
ligieux à  l'âge  de  trente-quatre  ans.  La  religion  a  cela  d'ad- 
mirable, —  et  c'est  très  sérieusement  que  je  le  dis,  —  elle  a 
cela  d'admirable  que  les  antécédents  ne  la  gênent  pas.  On  la 
grefife  sur  l'ambition,  sur  l'amour,  sur  toutes  les  passions, — 
et  la  greflfe  prend  à  tout  âge.  » 

Nous  aurions  pu  multiplier  les  citations  ;  celles  que  nous 
avons  choisies  suffisent.  Elles  démontrent  que  si  nul  n'est 
assez  privilégié,  quelles  que  soient  l'étendue  et  la  puissance 
de  ses  facultés,  pour  produire  une  œuvre  forte  et  durable  sans 

*  Le  génie  du  Christianime. 


210  MEMOIRE  SUR   «    ADOLPHE» 

une  longue  préparation,  Constant,  lorsqu'il  écrivit  Adolphe, 
aborda  un  genre  de  composition  qui  non  seulement  lui  était 
familier  par  ses  lectures,  ce  qui  serait  peu,  mais  qu'il  avait 
étudié,  en  apportant  dans  cette  étude  l'esprit  d'analyse  fine 
et  subtile  où  il  excellait.  N'oublions  pas  enfin  qu'il  avait  été 
le  confident  de  M"«  de  Charrière,  de  M"«  de  Staël,  deM^^de 
Krudener  qu'il  avait  connue  en  Suisse  avant  de  la  revoir  à 
Paris,  peut-être  même  de  M™^  de  Montolieu  ;  qu'il  avait  été 
consulté,  non  plus  comme  un  approbateur  passif,  mais  comme 
un  juge  éclairé,  par  l'une  sur  Calixte,  par  l'autre  sur  Co- 
rinne^ qu'elle  préparait,  par  celle-ci  sur  Valérie;  et  comme  il 
était  dans  sa  nature  d'esprit  de  généraliser,  qu'il  dut  se  tra- 
cer au  sujet  de  la  composition  d'un  roman  certaines  règles 
ou  certains  préceptes,  il  n'est  pas  difficile  d'admettre  que, 
dans  ses  observations  ou  plutôt  dans  ses  critiques,  il  dut  leur 
indiquer  de  quelle  manière  ces  préceptes  devaient  être  ap- 
pliqués. Dans  tous  les  cas,  il  est  certain  qu'il  étudia  de  cette 
façon  leurs  ouvrages,  lorsqu'il  les  lut ,  ainsi  qu'en  témoigne 
son  journal. 

Aussi  Rosalie,  qui  était  très  fixée  à  cet  égard,  le  pria  d'or- 
ner d'une  préface  la  traduction  du  roman  de  William  Caleb, 
qu'elle  se  proposait  de  publier;  et  l'on  sait  qu'ayant  rencontré 
dans  Goldwin  un  publiciste  supérieur,  et  plus  particulière- 
ment l'auteur  d'un  traité  sur  la  justice  politique,  il  ne  l'étudia 
que  sous  ce  rapport. 

Si  on  pouvait  consulter  toutes  les  œuvres  inédites  de 
Constant,  celles  qui  sont  passées  des  mains  de  sa  veuve, 
Charlotte  de  Hardenberg,  dans  les  mains  de  ses  héritiers,  on 
verrait  clairement  qu'il  s'est  exercé  dans  tous  les  genres. 
Nous  possédons  une  tragédie  {Wallenstein),  qui  n'ajoutera  rien 
à  sa  gloire,  et  il  avait  écrit  une  longue  satire,  dont  le  ma- 
nuscrit, possédé  par  son  père,  est  passé  ensuite  à  la  bibliothè- 
que de  Polignj. 

Mais  d'où  vient  qu'il  n'a  écrit  que  le  roman  d'Adolphe? 

Parce  qu'il  n'aurait  pu  aller  au  delà,  répondent  certains 
critiques,  et  notamment  M.Faguet.  Son  imagination  était  fai- 
ble et  limitée,  et  il  n'aurait  pu  créer  et  suivre  une  action,  y 
faire  figurer  des  personnages  à  qui  il  aurait  donné,  à  force 
d'art,  les  apparences  de  la  vie.  Ecrivain  supérieur,  il  l'était, 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  211 

mais  s'il  avait  entrepris  d'écrire  un  roman,  le  fond  lui  aurait 
manqué,  et  son  talent  se  serait  exercé  dans  le  vide.  Il  a  pu 
composer  Adolphe,  qui  est  le  récit  d'une  liaison  dans  laquelle 
il  a  joué  le  rôle  principal,  parce  qu'il  n'avait  qu'à  s'inspirer 
de  ses  souvenirs,  et  si  lui  seul  pouvait  écrire  ce  roman,  il 
s'était  épuisé  après  l'avoir  écrit,  et  il  n'aurait  pu  en  écrire 
un  autre. 

Qu'en  sait-on?  —  S'il  avait  écrit  plusieurs  romans,  tous  mé- 
diocres, qui,  comparés  à  Adolphe,  ne  soutiendraient  pas  la 
comparaison,  l'épreuve  serait  faite.  Mais  elle  ne  l'a  pas  été. 

Sans  doute,  on  ne  refait  ni  Adolphe  ni  René,  parce  qu'un 
être  humain  étudié  dans  sa  vie  morale,  à  un  point  de  vue 
déterminé,  ne  saurait  être  dédoublé,  et  qu'en  le  reproduisant 
sous  la  même  forme  et  à  ce  même  point  de  vue,  on  ne  pour- 
rait obtenir  que  la  même  image.  Mais  Chateaubriand  a  écrit 
Atala,  les  Martyy^s  et  le  dernier  des  Abencérages.  Benjamin 
écrit  à  son  tour  un  autre  roman,  qui  était  une  suite  à  Adolphe: 
ce  roman  est  perdu,  et  il  serait  puéril  de  le  juger.  La  seule 
chose  que  nous  en  sachions,  c'est  qu'il  y  peignait  le  bonheur 
dans  le  mariage,  triste  sujet  pour  lui,  qui  était  incapable  par 
sa  nature  et  son  organisation  morale  de  devenir  le  peintre  du 
bonheur. 

Mais  il  aurait  pu  se  lancer  dans  les  régions  des  tempêtes  ; 
il  l'avait  bien  fait  en  écrivant  Adolphe,  et  pourquoi  n'y  se- 
rait-il pas  revenu? 

Sans  doute,  son  organisation  étant  donnée,  il  n'aurait  pu 
écrire  qu'un  roman  intime  et  personnel,  dans  lequel  il  aurait 
occupé  la  scène  et  joué  le  rôle  principal.  Il  se  peignait  au  vif 
lorsqu'il  écrivait  à  M™^  de  Charrière  :  «  Tous  ces  gens  qui  vou- 
laient parler  à  ma  place  m'impatientaient  ;  j'aime  à  parler  moi- 
même. ...y)  Mais  en  tenant  compte  de  cette  disposition,  et  dans 
ce  cercle  restreint,  sa  vie  si  agitée  lui  aurait  fourni  un  fond 
assez  riche,  et  son  talent  supérieur  aurait  fait  le  reste. 

Il  aurait  aussi  trouvé  d'autres  sujets,  tout  aussi  dignes  de 
son  talent,  dans  l'étude  de  ses  défaillances  morales,  de  ses 
fautes  et  de  ses  travers.  Le  jugement  qu'a  porté  sur  lui  Gui- 
zot  à  cet  égard,  est,  quoique  sévère,  frappant  de  justesse 
et  de  vérité.  Il  disait:  a  Homme  d'un  esprit  infiniment  varié, 
facile,  étendu,  clair,  piquant,  supérieur  dans  la  conversation 


212  MEMOIRE  SUR   (f  ADOLPHE  » 

et  dans  le  pamphlet,  mais  sophiste,  sceptique  et  moqueur, 
sans  conviction  et  sans  considération.  » 

Tel  est  le  fond  où  Benjamin  Constant  aurait  puisé.  Si,  par 
exemple,  il  avait  voulu  peindre  le  joueur,  non  plus  le  joueur- 
type,  tel  que  l'a  représenté  Regnard,  mais  un  joueur  déter- 
miné, vivant,  qui  était  sa  propre  personne,  peut-être  qu'il 
se  serait  surpassé  :  les  quelques  lettres  qu'il  a  écrites  à 
sa  cousine  Rosalie  donnent  cette  conviction.  Béranger,  qui 
le  connaissait  bien,  —  disait  un  jour  de  lui  à  Coulmann: 
«  Il  est  tellement  usé,  il  a  tellement  besoin  que  quelqu'un 
l'anime  et  le  travaille,  que  je  lui  disais  que,  vieux  et  ne  pou- 
vant quitter  le  coin  de  son  feu,  il  donnerait  de  la  tête  contre 
la  cheminée.  //  m'a  avoué  qu'il  ne  joue  que  pour  cela.  » 

Voilà  bien  un  sujet  :  un  homme,  usé,  blasé,  mécontent  parce 
qu'il  a  fait  litière  des  plus  brillantes  facultés,  incapable  d'em- 
ployer sa  vie  parce  qu'il  s'est  mis  en  dehors  ou  au-dessus  des 
devoirs  qu'elle  impose,  et  qui  joue,  sans  passion,  sans  regarder 
au  gain,  pour  se  secouer  et  s'étourdir  par  de  violentes  émo- 
tions. Que  Benjamin  prenne  ce  cadre,  y  fasse  entrer  une  action 
très  simple,  et  vous  avez  une  peinture  qui  ne  déparera  pas 
celle  Ôl  Adolphe.  Nul  doute  que  le  choix  de  ce  sujet  ne  l'ait 
obligé  à  s'accuser  et  à  s'amoindrir.  Mais  il  a  passé  sa  vie  à 
médire  de  soi  et  d'autrui,  et  de  soi  plus  que  d'autrui,  ce  qui 
est  encore  assez  rare  et  ajoute  un  trait  de  plus  à  ce  singulier 
caractère.  Volontiers,  il  mettait  ses  plaies  à  nu,  et  il  parlait 
de  sa  vie  de  joueur  avec  une  parfaite  indifférence,  souvent 
même  avec  un  cynisme  qu'il  ne  savait  pas  adoucir.  Ainsi,  après 
une  conversation  où  il  s'était  montré  étincelant  de  verve  et 
d'esprit,  il  disait  au  comté  Mole  qui  l'interrogeait  sur  l'emploi 
de  sa  soirée  :  a  Le  soir  je  mange  ma  soupe  d'herbe.,  et  je  vas  au 
tripot,  n  Barante,  qui  fréquentait  Coppet  pendant  qu'il  était 
préfet  du  Léman,  qui  avait  connu  la  liaison  qui  s'était  formée 
entre  M™*  de  Staël  et  Benjamin,  qui  l'avait  suivie  depuis  le 
jour  où  elle  avait  atteint  son  plein  épanouissement  jusqu'au 
jour  où  elle  touchait  à  son  déclin,  disait  en  parlant  de  ce  der- 
nier et  de  ses  dettes  de  jeu:  «  C'est  une  fille  qui  ira  mourir  à 
rhôpital  »,  et,  de  fait,  cette  prédiction  se  serait  réalisée,  si 
Louis-Philippe  ne  l'avait  soustrait  à  une  honteuse  déconfiture 
par  le  don  d'une  somme  de  200,000  fr.  Ce  qui  faisait  dire   à 


DE   BENJAMIN    CONSTANT  213 

Dupin  aîné,  un  jour  qu'il  faisait  de  l'opposition  au  gouverne- 
ment de  son  rojal  bienfaiteur:  «  //  s'est  vendu,  triais  il  ne  s'est 
pas  livré  !  » 

N'insistons  pas  davantage  sur  ce  point  où  les  conjectures, 
quelque  plausibles  qu'elles  parussent,  ne  donneraient  aucune 
conclusion  précise.  Il  vaut  mieux  s'arrêter  à  l'aptitude  de 
Constant  comme  romancier!  11  Tétait  dans  l'âme,  par  son 
organisation  morale  et  par  la  tournure  de  son  esprit.  C'est 
qu'il  avait  reçu  en  partage  un  don  merveilleux,  la  faculté  qui 
permet  de  peindre  les  objets,  non  plus  suivant  leur  réalité 
extérieure,  ce  qui  conduit  droit  au  roman  naturaliste,  mais 
d'en  fixer  l'image  dans  l'esprit,  d'idéaliser  cette  image  en  lui 
donnant  une  forme  intime  et  personnelle,  et  de  tout  tirer  de  ce 
fond.  C'est  ainsi  que  le  roman  d'Adolphe  a  été  créé,  et  c'est 
ce  qui  en  fait  une  œuvre  supérieure,  dépassée  sans  doute  par 
d'autres  œuvres  du  même  genre,  mais  d'un  autre  caractère, 
sans  égale  avec  le  caractère  qui  lui  appartient. 

Constant  est  si  bien,  et  tout  naturellement,  romancier, 
qu'il  arrive  souvent,  lorsqu'on  parcourt  son  journal,  sa  cor- 
respondance et  les  quelques  écrits  plus  rares  et  plus  person- 
nels où  il  a  consigné  ses  souvenirs,  qu'on  croit  lire  les  pages 
détachées  d'un  roman  déjà  formé.  Cette  impression  est  sur- 
tout sensible  lorsqu'on  lit  le  portrait  de  Julie,  ce  pastel  déli- 
cieux et  achevé  dans  la  teinte  grise,  comme  dit  Sainte-Beuve. 

Dans  les  grandes  crises  de  sa  vie,  —  et  elles  furent  nom- 
breuses, —  tout  tourne  chez  lui  au  roman  et  au  romanesque. 
Les  lettres  qu'il  a  écrites  à  M™^  de  Réoamier,  publiées  il  j  a 
quelques  années,  forment  dans  leur  ensemble  une  ébauche 
de  roman,  écrit,  il  est  vrai,  à  bâtons  rompus,  monotone,  parce 
qu'une  seule  note  y  domine,  la  plainte  continue  d'un  amant, 
qui  aime,  qui  croit  aussi  aimer,  le  cœur  n' ayant  pas  plus  de 
part  dans  sa  passion  que  son  esprit,  toujours  encouragé  et 
toujours  éconduit,  désespéré,  lorsqu'il  voit  que  le  dernier 
jour  ne  diffère  absolument  pas  du  premier.  Nulle  action,  il 
est  vrai,  dans  cette  ébauche  :  mais  comme  elle  se  développe- 
rait pour  ainsi  dire  d'elle-même,  si  celle  qui  fut  l'âme  de  cette 
singulière  intrigue  y  participait  ! 

Avec  elle,  nous  aurions  non  plus  une  coquette  ordinaire, 
type  commun  et  banal,  mais  une  femme  sur  le  retour,  belle 

H 


?14  MEMOIRE  SUR   «  ADOLPHE  » 

encore,  qui  aime  à  être  aimée  sans  se  donner,  experte  et 
d'une  habileté  féline  dans  l'art  d'allumer  des  passions  qu'elle 
ne  veut  ni  satisfaire,  ni  éteindre. 

Un  jour,   Constant  écrit  :  «  J'ai  fait  quelques  progrès 

Elle  a  convenu  que  j'aimais  avec  plus  d'abandon  que  per- 
sonne, et  son  doute  ne  portait  que  sur  la  durée  de  mon  atta- 
chement :  elle  a  presque  avoué  qu'elle  craignait  qu'il  passât 
bien  vite.  » 

Le  lendemain,  tout  change.  Il  écrit  :  «  Ma  foi  !  j'y  renonce. 
Elle  m'a  fait  passer  une  journée  diabolique  !  C'est  une  linotte, 
un  nuage,  sans  mémoire,  sans  discernement,  sans  préférence. 
Sa  beauté  l'ayant  rendue  l'objet  de  continuels  hommages,  la 
langue  romanesque  qu'on  lui  a  parlée  l'a  dressée  à  une  ap- 
parer.ce  de  sensibilité  qui  ne  va  que  jusqu'à  l'épiderme.  Elle 
n'est  jamais  le  lendemain   ce  qu'on  l'avait  quittée  la  veille.  » 

De  refus  en  refus,  de  chute  en  chute,  la  vanité  s'en  mêle  et 
prend  même  le  dessus. 

«  Il  y  a  quelque  chose  de  niais,  dit  Constant,  à  ne  rien  ten- 
ter avec  une  femme  dont  on  est  fort  amoureux  et  avec  qui  on 
se  trouve  souvent  en  lête  à  tête,  à  deux  heures  du  matin. 
Persévérons  !»  —  Il  ajoute  :  «  J'ai  rendez-vous  avec  Juliette 
ce  soir  et  prépare  une  composition  écrite  pour  réraouvoir.  » 
(Voilà  bien  le  romancier).  «  Cela  a  réussi,  elle  a  eu  une  véri- 
table émotion,  et  de  l'abandon  plus  que  jamais.  Et  cependant, 
je  n'en  ai  pas  profité.  Il  y  a  là  une  barrière  que  j'entrevois  et 
qui  me  paralyse.  » 

Le  lendemain,  quel  réveil!  :  «  C'est  fini,  il  n'y  a  là  derrière 
que  l'indilTérence  la  plus  complète.  Il  n'y  a  rien  à  faire  comme 
amour  !  »  Nous  ci'éons  à  notre  guise  le  roman,  et  il  se  déroule. 
A.  la  suite  de  Juliette,  de  Nadalhac  et  de  Forbin  occuperaient 
la  scène,  et  elle  mettrait  en  œuvre  sa  fine  habileté  pour  les 
opposer  à  Benjamin,  dont  elle  veut  exciter  la  jalousie.  Elle  y 
réussit  si  bien  qu'ayant  un  jour  invité  Forbin  à  dîner,  Benja- 
min, qui  ne  devait  pas  assister  au  repas,  lui  écrit  une  lettre 
pour  la  supplier  d'inviter  aussi  de  Nadalhac,  <.<■  afin  quils  se 
paraissent  fun  par  Vautre.  » 

Puis  viendraient  toutes  sortes  de  ruses  et  d'habiletés,  capa- 
bles de  dérouter  les  plus  habiles,  pour  contraindre  Constant 
à  se  rapprocher  de  M°»^  de  Staël,  pour  l'amitié  seulement, 


DE    BENJAMIN   CONSTANT  215 

celle-ci  étant  déjà  mariée  à  de  Rocca.  A  son  tour  Constant, 
dérouté  par  cette  manœuvre,  craint  que  M™"  de  Staël,  prise 
d'un  renouveau  de  jalousie,  ne  lance  contre  Juliette,  Char- 
lotte de  Hardenberg,  son  épouse,  qu'il  tient  à  distance. 

Dans  un  tel  roman,  dont  nous  dessinons  presque  les  con- 
tours, nous  aurions  un  Constant  nouveau,  inconnu,  trans- 
formé, transfiguré.  Dans  ses  aventures  antérieures,  la  pré- 
sence d'un  rival  ne  l'offusquait  pas,  et  il  se  serait  volontiers 
accommodé  d'un  partage.  Le  Constant  qui  aimait  Juliette 
était  un  Constant  jaloux  jusqu'à  la  frénésie,  possédé  d'une 
jalousie  maladive.  Sous  ce  rapport,  de  Forbin  avait  le  don  de 
l'exaspérer.  Il  est  vrai  que  c'est  sur  lui  que  Juliette  dirigeait 
ses  batteries.  Constant  rêvait  contre  ce  rival  un  de  ces  duels 
qui  font  disparaître  l'obstacle,  jusqu'au  jour  où  Julette  dissi- 
pait le  rêve  par  de  tend? es  promesses.  Enfin  elle  arrangea  la 
chose  au  point  que  Constant  a  pu  écrire  dans  son  journal  : 
«  Trouvant  le  soir  Forbin  chez  elle,  j'ai  ])arlé  à  Juliette  devant 
lui  à  cœur  ouvert.  Cela  établissant  de  la  confiance  entre  les 
deux  soupirants,  nous  nous  sommes  mis  tous  les  deux  à  lui 
peindre  notre  amour,  ce  qui  a  produit  enfin  chez  moi  un  inex- 
tinguible fou  rire.  » 

Le  duc  de  Broglie  raconte  dans  ses  souvenirs,  au  sujet  de 
la  jalousie  de  Constant,  qu'étant  allé  à  un  bal  masqué  chez 
Grefïulhe,  il  fut  poursuivi  et  intrigué  par  une  femme  d'une 
taille  élancée,  ajant  sous  le  masque  toutes  les  apparences  de 
la  distinction  et  de  l'élégance,  qui  Tavait  reconnu  malgré  son 
déguisement.  Une  pouvait  rien  comprendre  à  ses  menées,  lors- 
qu'il découvrit  qu'il  avait  affaire  à  iM"""  Récamier.  11  comprit 
aussi  qu'elle  l'avait  choisi  comme  plastron  pour  exciter  la 
jalousie  de  Constant  qui  suivait  des  jeux  ce  manège,  dans  un 
état  d'excitation  presque  voisin  de  la  folie. 

La  foiie  l'avait  réellement  gagné  le  jour  où,  pour  se  faire 
honte  de  sa  folle  passion,  il  eut  le  triste  courage  de  choisir 
comme  confidente  de  son  intrigue,  «  sans  toutefois  nommer  la 
personne  qui  était  l'objet  de  son  amour,  »  lafiUe  de  M""  de  Staël, 
cette  Albertine,  qui  était  l'image  de  la  vertu  et  de  la  pureté. 

Une  intrigue  d'un  tel  caractère  devait  tôt  ou  tard  prendre 
une  allure  plus  agitée  et  tourner  au  romanesque.  M"""  de  Kru- 
dener,  qui  accompagnait  l'empereur  Alexandre,  en  fut  l'occa- 
sion. 


216  MEMOIRE  SUR     «ADOr.PHE» 

Elle  avait  fondé,  non  pas  une  nouvelle  religion,  mais  une 
dévotion  nouvelle,  empreinte  d'un  mysticisme,  ardent  d'appa 
rence,  surtout  dans  la  forme  des  prières,  au  fond  tempéré, 
qui  s'adaptait  à  toutes  les  situations,  et  au  besoin  aux  affaires 
de  cœur  et  de  galanterie.  Il  est  vrai  qu'elle  n'opérait,  à  l'égard 
des  amants,  que  pour  unir  leurs  âmes. 

Benjamin  s'affilia  à  cette  nouvelle  secte.  Il  trouva  que 
l'union  des  âra^s  avait  du  bon,  espérant  d'ailleurs  qu'elle  ue 
serait  qu'un  prélude. 

11  aurait  bien  voulu  affilier  à  cette  secte  M™^  Récamier, 
mais  celle-ci,  peu  portée  vers  les  idées  religieuses,  «  qui  enten- 
dait la  messe,  dit  Constant,  avec  des  soupirs  qu'elle  croyait 
venir  de  son  âme  et  qui  ne  naissaient  que  de  son  ennui»,  resta 
fidèle  à  sa  tactique  habituelle.  Elle  n'accepta  ni  ne  refusa, 
peut-être  aussi  par  ménagement  pour  M"*  de  Krudener,  dont 
l'influence  était  alors  considérable.  Au  fond,  après  avoir  fait 
semblant  de  croire,  ce  qui  fut  considéré  comme  un  triomphe, 
elle  se  moque  et  de  Constant  et  de  la  grande  prêtresse,  qui 
était  devenue  sa  directrice  de  conscience. 

Quant  à  Constant,  lui,  il  paraissait  réellement  touché  par 
la  grâce.  11  passait  souvent  des  nuits  entières  dans  le  salon 
de  M™^  de  Krudener,  tantôt  à  genoux,  tantôt  étendu  sur  le 
tapis,  et  là,  les  mains  jointes  ou  levées  au  ciel,  il  demandait 
à  Dieu,  dans  sa  fervente  prière,  de  fléchir  le  cœur  de  son 
inhumaine  et  de  la  jeter  dans  ses  bras.  Il  aurait  été  mieux 
inspiré,  dit  un  contemporain,  si  du  moins  il  s'était  adressé  au 
diable.  La  chose  était  faite  pour  le  tenter,  et  le  duc  de  Bro- 
glie  affirme  qu'il  succomba  à  la  tentation. 

Tout  ce  manège  fut  en  pure  perte,  M™^  Récamier  ne  fléchit 
pas  ;  et  M™''  de  Krudener  lui  fit  remettre  par  Constant  un 
écrit,  dont  il  est  question  dans  ses  lettres  comme  dans  son  jour- 
jial,  mais  d'une  façon  trop  vague  pour  qu'il  soit  possible  de 
déterminer  ce  qu'il  contenait.  Nous  savons  cependant  qu'il  y 
était  question  de  Dieu,  de  sa  miséricorde  infinie  qui  s'étend 
jusqu'aux  amants  malheureux,  de  sa  bonté  qui  calme  et  pa- 
cifie les  cœurs  endoloris  par  un  amour  qui  n'est  pas  partagé. 

Cet  écrit  n'eut  pas  le  pouvoir  d'arracher  M™^  Récamier  à 
sa  froide  indifférence,  et  Constant  fut  réduit,  comme  par  le 
passé,  à  lui  adresser  des  lettres  presque  journalières  où  il 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  217 

exhalait  sa  passion  et  sa  douleur.  M"*  de  Krudener  intervint 
d'abord  dans  cette  correspondance.  Elle  avait  remarqué  que, 
dans  les  cérémonies  qu'elle  présidait,  Mme  Récamier  parais- 
sait songer  moins  à  Dieu  qu'à  se  faire  admirer  par  ses  soupi- 
rants. Elle  chargea  Constant  de  le  lui  faire  observei*.  et  celui- 
ci  lui  écrivit:  «  Je  m'acquitte,  avec  un  peu  d'embarias,  d'une 
commission  que  Mme  de  Kiudener  m'a  donnée;  elle  dit  que 
vous  éblouissez  tout  le  monde,  et  que  par  là,  toutes  les  âmes 
sont  troublées  et  toutes  les  attentions  impossibles.  Vous  ne 
pouvez  pas  supprimer  votre  charme,  mais  ne  le  rehaussez  pas. 
Je  pourrai  ajouter  bien  des  choses  sur  votre  figure  à  cette 
occasion,  mais  je  n'en  ai  pas  le  courage.  On  peut  être  ingé- 
nieux sur  le  charme  qui  plaît  et  non  sur  celui  qui  tue.  » 

Le  ton  fade  de  cette  lettre  indique  assez  que  le  sentiment 
des  premiers  jours  s'était  sensiblement  afi'aibli.  Après  dix-huit 
mois  d'attente.  Constant,  résigné,  sans  être  pour  cela  plus 
calme,  déclara,  par  une  sorte  d'engagement,  qu'il  se  réduisait  à 
/.''amitié.  Mais  son  caractère,  à  la  fois  passionné  et  sceptique,  ne 
pouvait  s'en  accommoder,  et  cette  évolution  forcée  aboutit  a 
l'indifférence  et  à  l'oubli. 

Ce  récit  n'indique-t-il  pas  que  Constant  aurait  pu  écrire 
d'autres  romans  que  celui  d'Adolphe,  quelque  limité  qu'il  fût 
dans  le  choix  du  sujet?  Mais  il  reste  toujours  à  savoir  pour- 
quoi il  n'a  écrit  que  celui-là. 

Béranger,  qu'il  faut  toujours  prendre  pour  guide  lorsqu'il 
s'agit  de  Constant,  bonhomme  si  on  veut,  mais  à  la  surface, 
au  fond  esprit  fin,  délié,  exact,  observant  tout  en  silence, 
hommes  et  choses,  disait  un  jour  à  Coulraann  :  «  Jouy  ne  sait 
pas  s'il  a  bien  ou  mal  fait  ;  il  écoute  toutes  les  critiques,  et 
eff'ace  tout  ce  qu'on  veut.  Constant  est  de  même;  il  n'est  pas 
sûr  d'avoir  du  talent.  C'est  manque  de  caractère  chez  eux.  » 

Un  est  pas  sûr  d'avoir  du  talent!  Quelle  justesse  dans  ce 
ce  trait!  Non  certes  qu'il  faille  le  prendre  à  la  lettre,  et  Bé- 
renger  ne  l'entendait  pas  ainsi.  Mais  il  est  certain  que  Cons- 
tant n'avait  pas  des  idées  assez  nettes  sur  son  mérite  pour 
savoir  l'usage  qu'il  devait  en  faire  et  le  parti  qu'il  pouvait  en 
tirer.  C'est  ce  qui  démontre  la  conduite  qu'il  tint  au  sujet 
A' Adolphe. 

Adolphe  se  détache  des  œuvres  de  Constant   comme  Manon 


218  MEMOIRE  SUR    «ADOLPHE» 

Lescaut  de  celles  de  l'abbé  Prévost,  toutes  proportions  gar- 
dées, et  les  treize  éditions  successives  qu'a  eues  ce  chef-d'œu- 
vre démontrent  qu'il  aura  toujours  des  lecteurs.  Cependant, 
Constant  raconte,  dans  son  yourna/,  qu'  «  en  proie  à  des  tour- 
ments qui  le  rendaient  incapable  d'un  travail  sérieux,  il  a  écrit 
Adolphe.»  Ainsi,  à  l'avance,  il  lui  assigne  un  rang  subalterne, 
bien  différent  en  cela  du  véritable  artiste  qui  comprend  son 
œuvre,  qui  la  sent,  et  qui  se  réjouit  en  elle  lorsqu'il  médite 
de  la  créer. 

Ce  jugement  ne  sera  pas  modifié  dans  la  suite.  Le  journal 
de  Constant  ne  contient  que  quelques  lignes  sur  Adolphe,  et 
il  y  est  question  presque  à  ciiaque  page  de  son  ouvrage  sur 
la  religion. 

Il  faut  reconnaître  cependant  que  ce  dernier  ouvrage  n'a 
pas  eu  tout  le  succès  qu'il  mérite,  a  II  fit  long  feu  après  son 
apparition,»  dit  Sainte-Beuve  avec  une  joie  maligne.  Constant 
ne  le  vit  ni  le  comprit,  peut-être  parce  qu'il  était  incapable 
de  le  voir  et  de  le  comprendre,  la  cause  de  cet  insuccès  lui 
étant  surtout  personnelle.  Il  avait  passé  toute  sa  vie  à  écrire 
ce  livre,  et  sa  vie  fit  tort  à  son  œuvre.  On  ne  crut  pas  à  ses 
convictions,  et  on  se  dit  que  maintes  pages  avaient  été  écrites 
après  une  nuit  passée  au  jeu,  ou  entre  deux  parties  de  cartes, 
ce  qui  n'était  pas  fait  pour  ajouter  à  leur  perfection. 

Tel  fut  en  général  le  jugement  des  contemporains,  et  nul 
ne  l'a  mieux  interprété  que  Guizot  et  le  duc  do  Broglie.  Le 
sujet  se  prêtait  d'ailleurs  à  cette  sévérité.  I!  n'est  pas  simple 
de  parler  de  religion  sans  une  conscience  bien  nette,  et  de  se 
constituer  le  juge,  sinon  de  Dieu,  mais  de  ses  œuvres  et  de 
son  action  sur  les  hommes,  lorsqu'on  a  tant  à  craindre  de  sa 
justice. 

Aux  yeux  de  Constant,  l'ouvrage  sur  la  religion  était  son 
œuvre-maîtresse,  son  véritable  titre.  Adolphe  comptait  bien 
peu.  Comme  il  se  trompait  !  Aujourd'hui  cette  œuvre  de  pré- 
dilection n'est  plus  lue  que  par  quelques  érudits,  ou  par  les 
curieux  des  choses  de  l'esprit  qui  ne  veulent  rien  ignorer  de 
ce  qu'a  écrit  l'auteur  de  roman,  absolument  comme  on  lit  en- 
core les  odes  de  Boileau  ou  de  Voltaire,  parce  qu'ils  ont  écrit 
tout  le  reste. 

Le  plus  caractéristique  en  tout  cela,  c'est  la  conduite  qu'a 


DE    BENJAMIN   CONSTANT  219 

tenue  Constant  au  sujet  (["Adolphe.  A  peine  est-il  composé  qu'il 
le  serre  dans  ses  cartons,  et  avec  assez  de  négligence  pour 
qu'on  ait  pu  croire  à  un  moment  donné  qu'il  était  perdu, 
comme  a  été  perdue  la  suite  qu'il  lui  a  donnée.  Il  l'emporte 
quelquefois  avec  lui  pour  le  lire  à  quelques  intimes,  cinquante 
en  tout,  chiffre  qu'il  accuse  à  sa  cousine  Rosalie,  et,  lorsqu'il 
raconte  dans  son  journal  les  lectures  qu'il  a  faites,  on  voit 
bien  qu'il  est  sans  doute  touché  de  l'émotion  qu'il  communique 
à  ses  auditeurs  et  que  souvent  il  la  partage,  mais  que  s'ils 
se  révoltent  contre  son  caractère  et  sa  conduite, —  car  Adol- 
phe c'est  lui  et  tous  le  savent,  —  alors  il  est  particulièrement 
satisfait.  Lorsqu'il  compose  sa  tragédie  de  Wallenstein,  œuvre 
médiocre  qu'on  ne  lit  plus,  il  en  entretient  sa  tante  et  sa  cou- 
sine, longuement  et  avec  détail,  et  dès  que  son  œuvre  est 
terminée,  il  chercheaussitôt  unéditeur,  et  escompte  à  l'avance 
le  succès  quiTattend;  tandis  que,  s'il  parle  du  roman  cV Adol- 
phe à  Rosalie  (et  à  Rosalie  seule,  sa  tante  étant  morte  au 
moment  où  il  le  publia),  c'est  sur  un  ton  de  laisser-aller  qui 
touche  presque  à  l'indifférence. 

Entre  la  composition  et  la  publication,  il  laisse  écouler  dix 
ans.  Il  ne  s'est  pas  soumis  à  cette  longue  abstention  par  ména- 
gement pour  M""'  de  Staël,  puisqu'elle  vivait  encore  lorsque 
la  publication  eut  lieu,  et  qu'il  ne  s'est  pas  préoccupé  du  coup 
qu'il  lui  portait  ni  de  ses  conséquences  possibles,  sa  santé  étant 
alors  fortement  ébanlée.  Ce  n'est  point  par  un  retour  vers  son 
œuvre,  par  une  juste  appréciation  de  ce  qu'elle  était  et  de  ce 
qu'elle  valait  qu'il  se  déciJa  à  la  publier.  Il  ne  le  fit  que  pour 
sedéroberaux  curieux  et  auximportuns  quilui  endemandaient 
la  communication.  Il  écrit  à  ce  sujet  à  sa  cousine  Rosalie  : 
«  Je  ne  l'ai  publié  que  pour  me  dispenser  de  le  lire  en  so- 
ciété.... J'ai  trouvé  qu'il  valait  mieux  que  les  autres  prissent 
la  peine  de  le  lire  eux-mêmes.  » 

Peut-être  aussi  (]ue  les  soixante  et  dix  louis  que  lui  paya 
l'éditeur  ne  furent  pas  absolument  étrangers  à  cette  résolu- 
tion. 

Cette  conduite  explique,  mieux  que  des  conjectures  incer- 
taines, ce  qui  fait  que  Constant  n'a  publié  que  le  roman  d'/lc?o/- 
phe.  Il  en  ignorait  la  valeur,  et  il  n'a  pas  voulu  ajouter  à  une 
œuvre  qu'il  jugeait  de  minime  portée,  une  œuvre  dans  le 
même  goût  qui  n'aurait  pas  mieux  valu. 


220  MEMOIRE   SUR    «ADOLPHE» 

Il  en  est  résulté  qu'avec  de  grandes  facultés,  son  bagage 
littéraire  est  en  réalité  fort  mince.  Ace  sujet,  Sismondi,  qui 
le  connaissait  bien  et  avait  du  goût  pour  lui,  écrivaità  AJ"^  de 
Saint-Aulaire,  le  lendemain  de  sa  mort  :  «  Je  suis  étonné  du 
jugement  sévère  qui  perce  dans  votre  lettre  sur  lui  Je  sens 
bien  qu'il  est  resté  au-dessous  de  ce  qu'il  pouvait  être...  Ce 
n'e^t  que  comparé  à  lui-même  qu'on  sent  tout  ce  qui  lui 
manque.  » 

On  pourrait  même  douter  qu'il  eût  écrit  Adolphe^  s'il  ne 
l'avait  pas  composé  avec  une  rapidité  fiévreuse,  sous  le  coup 
d'un  accès  d'entraînement.  C'est  ainsi  qu'il  a  écrit  ses  innom- 
brables brochures.  De  ces  brochures,  il  ne  faut  pas  médire. 
Par  elles,  la  mémoire  de  Constant  vivra,  et,  quoique  ternie 
sous  tant  de  rapports,  elle  restera  par  ce  côté  justement  ho- 
norée. 

Connaissant  à  fond  la  Constitution  anglaise  et  celle  des 
Etats-Unis,  il  a  enseigné  et  révélé  à  la  France,  dans  les  bro- 
chures qu'il  a  multipliées  à  profusion,  le  gouvernement  re- 
présentatif. Ses  études  de  ce  côté  le  conduisirent  à  se  consti- 
tuer en  toute  rencontre,  le  défenseur  des  idées  libérales  au 
moment  où,  suspectes  d'idéologie,  elles  étaient  tenues  en 
mépris.  Telle  fut  sous  ce  rapport  l'étendue  de  ses  travaux, 
qu'on  a  pu  en  réunissant  ce  qu'il  avait  exposé  en  détail 
dans  de  nombreux  petits  traités  portant  sur  une  foule  de 
sujets,  former  une  oeuvre  complète  embrassant  l'ensemble 
des  théories  du  Droit  Constitutionnel.  Pages  de  l'Ariège  et 
après  lui  Laboulaje  ont  fait  ce  travail. 

«  En  politique,  dit  Sismondi  en  parlant  de  Constant,  il  a 
bien  plus  fondé  de  doctrines  que  ceux  qu'on  nomme  doctri- 
naires »,  et  le  duc  de  Broglie  ajoute  :  «  C'est  lui  qui  a  vrai- 
ment enseigné  le  gouvernement  représentatif  à  la  nation 
nouvelle.  .  .  On  ne  saurait  trop  apprécier  sur  ce  point  la  dette 
de  notre  pays  envers  Benjamin  Constant;  ses  différentes  bro- 
chures ont  éclairé  les  plus  habiles,  illuminé  le  gros  du  public, 
et  tranforrné  en  lieux  communs  des  vérités  ignorées  ou  mé- 
connues; c'est  le  [iremier  des  triomphes  en  philosophie  et  en 
politique.  » 

Constant  n'en  avait  pas  la  conscience.  11  disait  de  ses  bro- 
chures qu'elles  étaient  autant  de  coups  de  fusil  qu'il  avait  tirés 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  221 

sur  les  erreurs  et  les  abus,  comme  pour  exprimer  qu'elles 
n'avaient  eu  qu'un  moment  d'éclat,  du  bruit  sans  durée.  Elles 
vivent  cependant,  ces  brochures,  et  la  conscience  est  soula- 
gée lorsqu'on  ra|)proche  les  services  signalés  qu'il  a  rendus 
en  les  publiant,  des  défaillances  de  moralité  et  de  caractère 
qui  ont  tant  de  fois  obscurci  sa  vie  et  pèsent  sur  sa  mé- 
moire. 

Tout  événement  de  quelque  importance  lui  était  une  occa- 
sion pour  écrire  une  brochure,  et  comme  il  s'était  fait  des 
théories  générales,  fixées  à  l'avance  dans  des  fragments  déjà 
arrêtés,  il  put  les  écrire  avec  une  extrême  rapidité.  Ainsi,  il 
écrivait  àM™*de  Nassau,  le  24  mai  1814,  en  lui  envoyant  une 
de  ses  meilleures  brochures,  celle  qui  a  pour  titre  :  De  la  dis- 
tinction des  pouvoirs  :  «J'ai  peur  que  le  livre  ne  se  ressente 
de  la  rapidité  avec  laquelle  je  l'ai,  non  pas  composé,  mais 
rédigé.  Les  matériaux  étaient  prêts  à  la  vérité,  mais  je  n'ai 
commencé  à  les  rassembler  que  lundi,  et  le  seul  fait  de 
l'avoir  écrite  en  huit  jours  est  un  tour  de  force.  » 

Cependant,  tout  ne  fut  pas  de  bon  aloi  dans  ces  rapides  pu- 
blications: Constant  était  avide  de  popularité,  et  trop  souvent 
il  sacrifia  à  cette  idole.  Grand  nombre  de  brochures,  écrites 
sous  cette  influence,  méritent  l'oubli.  Béranger,  récemment 
condamné  à  l'emprisonnement,  parlant  à  Coulraann  des  per- 
sonnes qui  viendraient  le  voir  pendant  qu'il  subirait  sa  peine, 
lui  disait:  «  Je  suis  sûr  que  Constant  viendra  ;  il  ne  négligera 
pas  cette  occasion  de  popularité.  Je  remarquai  dimanche  (chez 
Daviliers)  qu'il  devait  se  dire  à  lui-même  ,  quand  tout  le 
monde  m'environnait:  Je  voudrais  avoir  lait  les  chansons  et 
être  ainsi  condamné.  » 

Constant  crojait  que  la  conquête  de  la  popularité  lui  vau- 
drait une  absolution  générale.  L'Académie  française  lui  ayant 
fermé  ses  portes,  ce  qui  fut  pour  lui  une  grande  douleur,  on 
l'entendit  murmurer  à  son  lit  de  mort  et  à  sa  dernière  heure: 
«  Quelle  humiliation!  Après  douze  ans  de  popularité!  » 

Mais  revenons  à  Adolphe. 

Notre  étude  ayant  pour  objet  la  composition  ^'Adolphe  et 
les  diverses  particularités  qui  s'y  rattachent,  il  importe  de  re- 
chercher quelle  était  en  général  la  méthode  que  suivait  Cons- 
tant dans  la  composition  de  ses  oeuvres,  et  de  se  demander  s'il 
y  est  resté  fidèle  lorsqu'il  a  composé  son  roman. 


2  22  MEMOIRE  SUR    «    ADOLPHE  » 

Il  suffit  de  parcourir  son  journal  pour  voir  que,  lorsqu'il  en- 
treprit d'écrire  son  ouvrage  dans  la  religion,  il  commença 
par  en  tracer  le  plan  et  en  arrêter  les  principales  divisions 
qu'après  cela,  il  prépara  méthodiquement  et  avec  suite  les 
premiers  chapitrv?s  où  il  se  proposait  d'exposer  que  le  senti- 
ment religieux  doit  être  étudié  en  soi,  car  il  déiive  d'une 
faculté  indépendante  des  temps  et  des  lieux,  commune  à  tous 
les  hommes,  ce  qui  fait  que  l'examen  des  religions  positives  et 
surtout  du  culte  extérieur  ne  peut  être  accessoire  dans  une 
telle  étude. 

Ce  même  journal  démontre  encore  qu'il  modifia  à  plusieurs 
reprises  le  plan  primitif,  si  bien  qu'il  déclare  avoir  trouvé  un 
jour  dans  ses  papiers  vingt  plans  difl'érents  ;  il  démontre  aussi 
qu'il  s'efiorca  de  déterminer  dans  quel  esprit  son  ouvrage 
serait  conçu.  C'est  ainsi  qu'il  écrit,  et  ceci  n'est  qu'un  exem- 
ple :  «  Il  faut  éviter  autant  que  possible  la  forme  historique  qui 
oblige  à  répéter  des  détails  connus  et  à  beaucoup  de  lon- 
gueurs. Si  Montesquieu  avait  fait  l'histoire  des  lois  au  lieu 
d'en  faire  l'esprit,  il  n'aurait  pas  été  beaucoup  plus  lu  que 
Fergusson  et  Goguet.  » 

Tant  qu'il  fut  à  cette  partie  de  son  travail,  il  suivit  une 
marche  régulière.  Mais  dans  la  suite  il  composa  le  corps  de 
son  ouvrage  sans  plan,  sans  ordre,  sans  suite,  en  entremê- 
lant les  plus  disparates^  suivant  le  cours  de  ses  idées  et  le 
hasard  de  ses  lectures  ou  de  ses  études  qui  étaient  fort  chan- 
geantes. 

Ainsi,  il  étudia,  à  un  moment  donné,  la  religion  grecque 
dans  Homère,  ou  ce  qu'il  appelle  la  théologie  homérique,  et  il 
écrit  dans  son  journal  :  «  Si  je  puis  faire  sur  Eschyle,  Hésiode 
et  Sophocle,  Euripide  et  Pindare,  ensuite  sur  Thucydide  et 
Xénophon  un  aussi  bon  travail  que  sur  Homère,  je  crois 
que   cela   donnera  beaucoup  d'intérêt  à  mon  ouvrage.  » 

Cette  énumération  incomplète,  tracée  au  courant  de  la 
plume  et  un  peu  au  hasard,  semble  indiquer  qu'il  s'était  tracé 
un  plan  qui  embrassait  une  étude  d'ensemble  sur  la  religion 
grecque.  On  croirait  même  qu'il  y  est  resté  fidèle  lorsqu'on 
le  voit  passer  d'Homère  à  Hésiode,  dont  il  étudie  la  théologie 
en  s'aidant  des  travaux  de  Pleysse  sur  le  même  sujet.  Mais, 
tout  à  coup,  il  passe  d'Hésiode  à  une  étude  du  culte  des  dieux 


DE    BENJAMIN   CONSTANT  223 

fétiches.  Les  auteurs  grecs  paraissent  abandonnés,  mais  il  y 
revient  en  abordant  Soiihocle  qu'il  admire  sans  restriction,  et 
Euripide  plus  remarquable  dans  la  peinture  des  passions  que 
des  sentiments.  Il  quitta  ces  deux  tragiques  pour  revenir  à 
Homère  et  étudier  l'autlienticité  de  VIliao'e  et  de  VOdyssée.  Il 
passe  de  là  à  l'étude  du  sacerdoce  chez  les  sauvages  et  il 
quitte  ce  sujet  pour  aborder  Hérodote,  qui  est  crédule,  Xéno- 
phon,  qui  est  un  croyant,  et  Thucydide,  qui  dans  son  histoire 
ne  donne  aucune  place  aux  idées  religieuses. 

Cette  marche  désordonnée  persiste  jusqu'à  ce  qu'il  ait  ter- 
miné son  travail  préparatoire,  et  ce  travail  consiste  à  écrire 
quelquefois,  mais  rarement,  des  chapitres  entiers,  le  plus  sou- 
vent des  fragments  de  chapitre.  Telle  était  si  bien  sa  méthode 
qu'il  écrit  dans  son  journal  :  «  Ma  paresse  me  force  à  beau- 
coup plus  de  travail  que  je  n'en  aurais  besoin,  si  j'achevais  à 
mesure  chaque  partie,  mais  je  renvoie  toujours  les  dévelop- 
pements, ce  qui  jette  du  décousu  dans  la  composition.  Cepen- 
dant cela  a  l'avantage  de  me  faire  mieux  apercevoir  les  rap- 
ports des  idées  entre  elles.  » 

Lorsque  son  travail  préparatoire  est  terminé,  et,  avant  de 
passer  à  la  composition  définitive,  il  réunit  les  fragments 
épars  déjà  écrits,  les  classe  au  rang  que  leur  assigne  le  plan 
qu'il  s'est  fait,  les  revise,  les  conserve  intacts,  les  modifie  ou 
les  supprime  selon  son  appréciation,  comble  les  vides,  et, 
après  cela,  il  écrit  son  livre  pièce  à  pièce  et  volume  par  vo- 
lume. 

Les  inconvénients  de  cette  méthode  devinrent  sensibles, 
lorsque  Constant  voulut  utiliser  les  fragments  déjà  composés. 
Par  une  cause  que  nous  allons  exposer,  ils  manquaient  d'unité 
et  il  ne  put  surmonter  cette  difficulté  que  par  un  long  travail. 

Lorsqu'il  commença  son  ouvrage,  il  en  était  à  la  philoso 
phie  du  XVIIP  siècle,  à  la  pire,  à  celle  qui  avait  pris  pour 
devise  l'écrasement  de  l'infâme;  en  un  mot,  disciple  du  baron 
d'Holbach,  il  était  sceptique  et  anti-chrétien.  Imbu  de  ces 
idées,  il  donna  une  direction  conforme  à  ses  premiers  travaux. 
Plus  tard,  subissant  d'autres  influences,  ce  qu'il  serait  trop 
long  d'expliquer,  il  revint  aux  idées  religieuses,  et  s'il  n'était 
pas  devenu  un  chrétien  fervent,  il  abjura  son  ancienne  erreur 
et  se  constitua  le  champion  du   christianisme,  à  sa  manière 


224  MÉMOIRE    SUR    "    ADOLPHE  » 

toutefois.  A  partir  de  là,  son  travail  subit  encore  l'influence 
de  cette  nouvelle  évolution.  Il  en  résulta  que  les  parties  de 
chapitres  qu'il  avait  éciites  pendant  la  première  période  ne 
cadrèrent  plus  avec  celles  qu'il  avait  écrites  pendant  la  se- 
conde, et  que,  lorsqu'il  arriva  à  la  fin  de  son  travail,  à  la 
composition  définitive,  il  dut  tout  remanier.  Grande  difficulté 
qu'il  signale  dans  son  journal  en  ces  termes  :  —  «  J'ai  tra- 
vaillé peu  et  mal.  Les  fragments  qui  me  restent  nuisent  à  ma 
composition  actuelle.  Il  n'y  a  que  des  idées  que  je  n'ai  plus, 
et,  quand  je  les  retrouve,  j'oublie  quelquefois  que  j'en  ai 
changé.  C'est  une  mauvaise  méthode  que  de  travailler  sur  des 
pièces  rapportées  à  diverses  époques.  » 

Il  faisait  allusion  à  cette  difficulté  lorsqu'il  disait  au  duc  de 
Broglie  :  «  J'avais  réuni  trois  ou  quatre  mille  faits  à  l'appui 
de  ma  première  thè^e  ;  ils  ont  fait  maintenant  volte-face  et 
chargent  dans  un  sens  opposé.  » 

La  méthode  qu'avait  suivie  Constant  était  défectueuse.  Non 
certes  qu'il  soit  possible  d'embrasser  d'emblée,  par  une  sorte 
de  révélation  soudaine,  l'ensemble  d'un  vaste  sujet,  mais  s'il 
n'est  possible  de  l'étudier  qu'en  le  divisant,  encore  faut-il 
maintenir  une  certaine  unité  dans  l'étude  des  difiéreutes  par- 
ties. Constant  le  vit  bien,  mais  il  lui  était  impossible  de  se 
soustraire  à  la  méthode  qu'il  avait  suivie.  Homme  de  premier 
mouvement,  d'impressions  soudaines,  il  fallait  qu'il  saisît  ses 
idées  au  vol  et  les  fixât  en  traits  rapides.  Dans  ces  conditions, 
sa  pensée  vagabonde,  le  poussait  d'abord  au  détail,  au  pêle- 
mêle,  au  décousu,  jusqu'au  jour  où,  maître  de  son  sujet,  il 
pouvait  y  faire  pénétrer  l'ordre  et  la  clarté. 

Aussi,  il  ne  changea  pas  de  méthode  lorsqu'il  écrivit  des 
brochures,  bien  qu'il  eût  pu  s'en  départir,  de  telles  composi- 
tions étant  très  limitées  comme  développement  et  ne  tou- 
chant en  général  qu'à  un  seul  point.  Il  y  persista  si  bien  qu'il 
écrivit  àM"«  de  Nassau,  au  sujetde  sabrochure  surla  sépara- 
tion des  pouvoirs,  qu'il  n'avait  eu  qu'à  en  rassembler  les  frag- 
ments, et  qu'il  avait  pu  ainsi  l'écrire  en  huit  jours;  et  plus 
explicite  encore  dans  son  journal  au  sujet  de  la  bi'ochure  qui 
précéda  la  composition  d'Adolphe,  il  y  consigna,  qu'avant  de 
l'écrire,  il  en  avait  lu  des  fragments  à  certaines  personnes 
qui  en  avaient  été  fort  satisfaites. 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  22  5 

Constant  est  muet  sur  la  manière  dont  il  composa,  Adolphe. 
Mais  les  conjectures  sont  assez  plausibles  pour  établir  qu'il  a 
composé  cet  ouvrage  comme  tous  les  autres. 

Nous  savons  que  Constant  s'observait  et  s'étudiait  sans 
cesse,  et  presque  toujours  pour  se  dénigrer.  Il  parlait  un  jour 
de  cette  disposition  avec  Sismondi,  qui  lui  reprochait  de  ne 
jamais  parler  sérieusement:  «  C'est  vrai,  lui  dit-il,  la  meilleure 
qualité  que  Dieu  m'ait  donnée,  c'est  celle  de  ni'amuser  de  moi- 
même.  » 

Observateur  de  soi,  il  avait  pris  l'habitude  de  consigner 
dans  des  notes  les  principaux  événements  de  sa  vie,  ses  im- 
pressions, ses  obseivations  sur  les  personnes  et  sur  les 
choses.  Lorsqu'il  résidait  à  Colombiers,  chez  M™*  de  Char- 
rière,  il  se  servait  pour  écrire  ces  notes  de  cartes  à  jouer. 
On  aurait  dit  qu'il  avait  déjà  le  pressentiment  de  la  funeste 
passion  qui  devait  empoisonner  sa  vie.  Les  passages  où  il 
s'étudie   et  met  son  âme  à  nu,  fourmillent  dans  son  journal. 

Il  écrivait  de  plus  le  portrait,  tantôt  ébauché,  tantôt  défi- 
nitif, des  personnes  qui  le  touchaient  de  près.  C'est  ainsi  qu'il 
composa  celui  de  Julie,  qui  vivra  tant  que  vivra  le  culte  du 
beau,  et  qui  serait  perdu  comme  tant  d'autres,  si,  un  jour, 
à  bout  de  ressources,  il  ne  l'avait  compris  dans  un  volume  de 
mélanges  qu'il  vendit  à  un  éditeur. 

Pour  composer  Adolphe,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  pour 
retracer  sa  liaison  avec  M™* de  Staël,  il  avait:  son  journal  où 
l'on  retrouve  ce  roman  en  raccourci  ;  les  lettres  de  celle-ci, 
qui  furent  rendues  après  sa  mort  à  M™^  de  Broglie  par  Ro- 
salie ;  les  notes  qui  ne  figurent  pas  dans  le  journal;  et  enfin, 
les  habitudes  étant  chez  lui  trop  invétérées  pour  qu'il  pût  en 
changer,  les  fragments  qu'il  avait  rédigés  au  gré  de  ses 
pensées  ou  de  ses  méditations,  à  partir  du  moment  où  il  eut 
l'idée  d'écrire  ce  roman. 

On  peut  se  figurer  Constant  à  sa  table  de  travail  prêt  à 
écrire  Ailolphe.  Autour  de  lui  sont  amoncelés  tous  les  docu- 
ments qu'il  va  mettre  en  œuvre,  et  une  circonstance  particu- 
lière permet  d'entrevoir  la  manière  dont  il  com[)Osait. 

A  un  moment  donné,  le  portrait  de  M™""  Charrière  lui  tomba 
sous  la  main.  Il  lui  plut,  et  il  eut  la  pensée  d'en  intercaler 
un  fragment  dans  Adolphe.  Comment  y  parvenir?  Sa   liaison 


226  MEMOIRE   SUR    «ADOLPHE» 

avec  cette  dame,  de  courte  durée,  remontait  à  vingt  ans,  et 
elle  était  morte  au  moment  où  se  déroulaient  les  faits  que  le 
roman  devait  raconter.  Tout  à  coup,  Constant  s'arrête  à  une 
idée:  il  dira  que  le  caractère  à' Adolphe  s'est  modifié  par  l'idée 
de  la  mort,  et  que  cette  idée  a  pénétré  dans  son  esprit  parce 
qu'il  a  vu  mourir  M"'*  de  Charrière.  A.  l'aide  de  cette  soudure, 
il  pourra  utiliser  une  partie  du  portrait,  et  il  écrit: 

«  Je  portais  au  fond  de  mon  cœur  un  besoin  de  sensibilité 
dont  je  ne  m'apercevais  pas,  mais  qui  ne  trouvant  point  à  se 
satisfaire,  me  détaclmit  successivement  de  tous  les  objets, 
qui,  tour  à  tour,  attiraient  ma  curiosité.  Cette  indifférence 
sur  tout  s'était  encore  fortifiée  par  l'idée  de  la  mort,  idée 
qui  m'avait  frappé  très  jeune  et  sur  laquelle  je  n'ai  jamais 
conçu  que  les  hommes  s'étourdissent  si  facilement.  J'avais  à 
rage  de  dix-sept  ans  vu  mourir  une  femme  âgée,  dont  l'esprit 
d'une  tournure  très  reniiirquable  et  bizarre,  avait  commencé 
à  développer  le  mien.  Cette  femme,  comme  tant  d'autres, 
s'était, à  l'entrée  de  sa  canière,  lancée  dans  le  monde,  qu'elle 
ne  connaissait  pas,  avec  le  sentiment  d'une  grande  force 
d'àrae  et  de  facultés  vraiment  puissantes.  Comme  tant  d'au- 
tres aussi,  faute  de  s'être  pliée  à  des  convenances  factices, 
mais  nécessaires,  elle  avait  vu  ses  espérances  trompées,  sa 
jeunesse  passée  sans  plaisirs;  et  la  vieillesse  l'avait  atteinte 
sans  la  soumettre.  Elle  vivait  dans  un  cliâteau  voisin  d'une  de 
nos  terres, mécontente  et  retirée,  n'aj'ant  que  son  esprit  pour 
ressource,  et  analysant  tout  avec  son  esprit.  Pendant  près 
d'un  an,  dans  nos  conversations  inépuisables,  nous  avions 
envisagé  la  vie  sous  toutes  ses  faces,  et  la  mort  toujours  pour 
terme  de  tout  ;  et  après  avoir  tant  causé  de  la  mort,  j'avais 
vu  la  mort  la  fraiiper  à  mes  jeux.  » 

Ce  fragment  de  portrait  est  supérieurement  tracé,  et  l'ar- 
tifice qui  a  permis  de  l'intercaler  ne  serait  pas  sensible,  s'il 
n'était  avéré  que  Constant  n'a  pas  vu  mourir  M'"-  de  Char- 
rière. 

DéjàM.  Gallieur  avait  signalé  cette  circonstance  à  Sainte- 
Beuve,  qui  l'avait  à  son  tour  opposée  à  Constant.  Mais,  à  côté 
de  ce  témoignage,  nous  avons  l'aveu  même  de  celui-ci. 

M""^  de  Charrière  est  morte  en  Suisse,  le  27  décembre  1805. 
Constant  était  alors  à  Genève,  et  il  écrit  de  cette  ville,  à  M"" 
de  Nassau,  le  25  de  ce  même  mois  : 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  2  27 

«  J'apprends  que  la  pauvre  M™^  de  Charrière  de  Colombier 
est  mourante  ou  peut-être  morte;  la  mort  réveille  toujours 
mille  souvenirs  que  l'agitation  de  la  vie  rend  confus  et  moins 
possible,  et,  quoique  nous  ne  fussions  pas  depuis  longtemps 
dans  une  correspondance  suivie,  je  me  suis  reporté  par  cet 
événement  à  l'époque  de  nos  liaisons  les  plus  intimes.  J'avais 
formé  le  projet  d'aller  la  revoir;  mais  son  danger  vient 
d'une  faiblesse  extrême  qui  rend  toute  émotion  dangereuse, 
et  j'ai  craint  encore  d'ajouter  à  son  mal,  et  de  précipiter  le 
moment  qu'on  m'annonce  être  presque  inévitable.   » 

L'intercalation  du  portrait  de  M™®  de  Cliariière  fut-elle  la 
seule?  Le  roman  iVAdo/phe  ne  fut-il  pas  formé  {)ar  la  réunion 
de  divers  fiagments  déjà  écrits  ?  —  Supposons  pour  le  mo- 
ment qu'il  en  ait  été  ainsi.  Cette  hypothèse  se  changera  en 
certitude,  par  ce  qui  va  suivre,  lorsque  nous  nous  demande- 
rons ce  que  signifie  une  lettre  écrite  par  M™"  de  Staël  à  Bon- 
stetten  où  elle  lui  déclare  qu'elle  a  lu  Adolphe,  et  cela  à  une 
époque  où  il  n'était  pas  encore  écrit;  lorsque  nous  nous  de- 
manderons encore  s'il  est  vrai  que  Constant  ait  pu  écrire  ce 
même  roman  en  quinze  jours,  ainsi  qu'il  l'a  affirmé  dans  son 
journal. 

Au  moment  où  le  roman  cV Adolphe  fut  écrit,  vers  la  fin  de 
1806,  M™^  de  Staei  était  partie  de  Coppet  pour  se  rendre  à 
Auxerre.  Nous  connaîtrions  par  elle  les  particularités  qui  se 
rattachent  à  ce  voyage,  si  elle  avait  pleinement  réalisé  le  pro- 
jet qu'elle  avait  foraiée  d'écrire  ses  mémoires.  Mais  on  sait 
qu'elle  n'en  a  écrit  qu'une  partie,  publiée  [)ar  son  fils  après 
sa  mort,  qui  a  pour  titre  Dix  ans  d'exil,  et  encore  cette 
partie  contient-elle  une  lacune  entre  1804  et  1810,  ce  qui  ne 
nous  permet  pas  de  l'utiliser.  Pendant  ces  six  années  se  sont 
déroulés  les  faits  qui  la  séparèrent  de  Constant  ou  qui  prépa- 
rèrent leur  séparation,  et  cette  crise  ayant  été  une  des  gran- 
des douleurs  de  sa  vie,  il  est  présumable  qu'elle  n'a  pas  osé 
l'aborder. 

Nous  savons  cependant  par  les  indications  très  sommaires 
qu'Auguste  de  Staël  a  ajoutées  à  Dix  ans  d'exil,  qu'après 
son  retour  d'Italie,  vers  le  milieu  de  1805,  sa  mère  se  fixa  à 
Coppet  où  elle  séjourna  pendant  près  d'une  année,  et  que 
c'est  alors  qu'elle  mit  la  première   main  à  la  composition  de 


228  MEMOIRE    SUR     '(   ADOT^PHE    » 

Corinne.  Vers  le  milieu  de  l^Uô,  elle  se  rendit  à  Auxerre,  ville 
qu'elle  choisit,  parce  que,  d'après  les  ordres  de  la  police  im- 
périale, elle  devait  se  tenir  à  quarante  lieues  de  Paris.  Elle 
rentra  ensuite  à  Coppet  où  elle  séjourna  quelques  jours  et 
revint  à  Auxerre.  Con^-tant  vint  la  rejoindre  dans  celte  ville, 
et  se  concerta  avec  elle  sur  les  démarches  à  faire  pour  obte- 
nir la  révocation  de  Tordre  d'exil.  A  cette  fin  il  partit  pour 
Paris,  rentra  à  Auxerre,  et  revint  encore  à  Paris.  Pendant 
ce  temps,  M"^  de  Siaël,  dévorée  d'impatience,  se  rendit  à 
Rouen  pour  se  rapprocher  de  Paris.  Pendant  qu'elle  y  sé- 
journait, la  police  impériale  porta  quelques  adoucissements 
aux  mesures  prises  contre  elle.  Elle  fut  autorisée  à  résider  à 
Acosta,  propriété  située  dans  le  département  de  Seine-et-Oise, 
qui  appartenait  à  M™^  de  Catalan. 

C'est  là  qu'elle  termina  Corinne^  et  l'on  sait  qu'après  la 
puLlication  de  ce  roman,  les  rigueurs  dont  elle  était  l'objet 
redoublèrent.  Elie  reçut  l'ordre  de  quitter  la  France,  dont  le 
séjour  lui  fut  absolument  interdit. 

Que  faisait  Constant  pendant  ce  temps  ? 

11  était  à  Paris  au  moment  où  M™^  de  Staël  se  fixa  à 
Auxerre.  Celle-ci  lui  écrivit  de  venir  la  rejoindre.  «.Je  reçois, 
dit-il  dans  son  journal,  une  lettre  de  M™^  de  Staël.  C'est 
l'ébranlement  de  l'univers  et  le  mouvement  du  chaos,  et  ce- 
pendant je  me  décide  à  aller  la  rejoindre  à  Auxerre.  » 

Son  père  étant  malade,  il  fait  un  détour  et  se  rend  à  Dôle 
pour  le  voir.  Il  écrit,  toujours  dans  son  journal  :  «  Une  lettre 
de  M™*  de  Staël  vient  m'j  chercher.  Tous  les  volcans  sont 
moins  flamboyants  qu'elle.  Qu'y  faire?  La  lutte  me  fatigue, 
couchons-nous  dans  la  barque,  et  dormons  au  milieu  de  la 
tempête.   » 

Il  quitte  Dôle  et  arrive  à  Auxerre.  Il  écrit  encore  :  «  Le 
feu  est  aux  poudres.  Les  nouvelles  de  Paris  sont  mauvaises. 
Le  soir,  scène  épouvantable,  horrible,  insensée,  expressions 
atroces.  .   » 

Il  part  pour  Paris.  «  Je  vois,  dit-il,  Fouché,  Joseph  Bona- 
parte, Lacretelle.  Je  retourne  à  Auxerre,  accompagné  de 
M™^  Récamier.  Plus  tard,  Adrien  et  Mathieu  de  Montmo- 
rency viennent  nous  rejoindre.   » 

Le  voilà  de  nouveau  à  Auxerre,  et  il  écrit  :  «J'entre  au- 


DE    BENJAMIN  CONSTANT  229 

jourd'hui  dans  ma  quarantième  année.  J'ai  eu  toute  une  vie 
agitée,  mais  en  aucun  moment  je  n'ai  vécu  d'angoisses  et 
d'inquiétudes  comme  à  présent...  Je  repars  pour  Paris,  où  je 
vais  travailler  pour  M""^  de  Staël. . .  » 

Il  était  né  le  28  octobre,  il  était  donc  à  Auxerre  à  cette 
même  date.  De  retour  à  Paris,  il  se  rend  à  Etampes  pour 
visiter  une  propriété  qu'il  possédait  aux  environs  de  cette 
ville,  et  y  séjourne  quel(|ues  jours. 

Il  rentre  à  Paris,  il  écrit  une  brochure  qu'il  publie,  et, 
pendant  ce  temps,  il  fait  de  fréquentes  visites  à  Fouché,  mi- 
nistre de  la  justice,  pour  le  gagner  à  la  cause  de  M°^  de 
Staël. 

Et  au  bout  de  tout  cela,  il  écrit  :  «  Je  vais  commencer  un  ro^ 
man  qui  sera  l'histoire  de  ma  vie.  n  II  va  le  commencer. 

Il  est  facile  de  préciser,  à  l'aide  de  ces  données,  le  moment 
où  Adolphe  a  été  terminé.  Constant  est  à  Auxerre  le  28  octo- 
bre 1806,  jour  anniversaire  de  sa  naissance.  Il  se  rend  à 
Paris,  où  il  n'est  arrivé  que  dans  les  premiers  jours  de  novem- 
bre. Il  séjourne  à  Etampes  ;  il  compose  une  brochure  à  Paris 
qu'il  publie  ;  il  entreprend  la  composition  d'Adolphe,  qu'il 
termine,  dit-il,  en  quinze  jours.  Donc  ce  roman  n'a  pu  être 
terminé  que  fin  novembre,  et  plus  exactement  que  dans  les 
premiers  jours  de  décembre. 

Pendant  ce  temps.  Constant  se  rend  à  Acosta,  où  M°»^  de 
Staël  était  installée:  «  Elle  a  besoin  de  moi,  dit-il,  pour  ses 
affaires,  qui  semblent  prendre  une  meilleure  tournure.  Encore 
des  déplacements  et  des  paquets  à  faire.  Toujours  des  pa- 
quets !  des  paquets  !  J'espère  bientôt  faire  le  mien.  » 

Tant  de  détails  sur  les  pérégrinations  de  M™^  de  Staël  et 
sur  les  va-et-vient  de  Constant  seraient  exagérés,  si,  dans  un 
ouvrage  récemment  publié  en  Allemagne  *,  il  n'était  affirmé 
que  Constant  avait  communiqué  le  roman  d'Adolphe  à  M™«  de 
Staël  au  moment  de  sa  composition. 

Ce  fait  qui  n'a  jamais  été  indiqué,  que  nous  sachions,  par 
aucun  des  auteurs  qui  ont  écriten  France  sur  B.  Constant,  est 
si  invraisembable  qu'il   importe  d'étudier  l'unique  document 

♦  Fran  von  Staël,  ihre  Freunde  und  ihre  Bedentung,  von  Lady 
Blennerhasset,  geb.  Gràffin  Leyden,  3  Bând,  Berlin,  Paetel,  1888. 

15 


230  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHK» 

sur  lequel  il  repose.  Nous  sommes  ainsi  amenés  à  parler  de 
Bonstetteii  et  de  Frédérique  Brun. 

Bonstetten,  né  en  Suisse  en  1745,  fit  ses  études  à  Gôttin- 
gen  et  les  continua  à  Leyde.  De  retour  dans  sa  patrie  après 
qu'il  les  eut  terminées,  la  tourmente  révolutionnaire  le  força 
de  le  quitter,  et  il  se  fixa  à  Copenhague  oîi  il  demeura  trois 
ans. 

En  dehors  des  écrits  politiques  qu'il  a  publiés,  il  a  écrit, 
sous  l'inspiration  de  Bonnet  qui  guida  ses  premiers  pas, 
divers  ouvrages  de  philosophie  parmi  lesquels,  celui  qui  a 
pour  titre  :  Etudes  sur  l'Homme,  2  vol.  in-8'',  et  celui  qu'il 
intitule  :  liec/ierches  sur  la  nature  et  les  lois  de  l'imagination, 
1  vol.  in-S°,  le  firent  particulièrement  remarquer,  et  ont  dé- 
terminé Damiron  à  le  classer  dans  les  langs  des  éclectiques. 
Sa  dissertation  sur  la  scène  des  six  derniers  livres  de  l'Enéide^ 
traduite  en  allemand  par  Schœll,  encore  consultée,  est  celui 
de  ces  ouvrages  qui  a  eu  le  plus  de  succès  en  France.  Dans 
les  derniers  mois  de  sa  vie,  il  commença  à  écrire  ses  mémoi- 
res. Il  ne  put  en  composer  qu'une  partie  qui  a  été  publiée 
après  sa  mort  (1831)  sous  le  titre  de:  Souvenirs.  11  avait  été 
en  relation  avec  tous  les  hommes  distingués  ou  illustres  de 
son  temps,  et  il  avait  formé  le  projet  d'insérer  dans  ses  mé- 
moires la  vie  des  plus  illustres  et  à  y  entremêler  tout  ce  qui 
avait  trait  à  ses  souvenirs  personnels.  Il  aurait  écrit  dans  se 
goût  et  à  point  de  vue,  la  vie  de  Rousseau,  qu'il  avait  parti- 
culièrement connu  à  Iverdun,  et  avec  lequel,  chose  rare,  les 
relations  persistèrent  jusqu'à  la  fin  sans  trouble  et  sans 
brouille.  11  avait  souvent  visité  Voltaire  à  Fernej,  et  il  se 
proposait  d'insérer  dans  sa  biographie  les  longs  entretiens 
qu'il  eut  avec  lui  sur  ses  premières  études. 

Il  écrivit  en  français  les  ouvrages  que  nous  venons  d'énu- 
mérer.  Mais  il  avait  de  nombreuses  relations  en  Allemagne, 
et  telles  de  ses  lettres  écrites  en  allemand  à  des  Allemands, 
ont  été  publiées  et  ont  eu  au  delà  du  Rhin  un  succès  que 
le  temps  n'a  pas  afi'aibli.  Citons,  parmi  ces  publications,  sa 
correspondance  avec  le  poète  Mathisson,  avec  l'historien 
Muller,  traduite  en  français;  avec  Schokflfe,  enfin  avec  Fré- 
dérique Brun. 

Pendant  son  séjour  à  Genève,  Bonstetten  se  lia  avec  M™^  de 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  231 

Staël,  qui  lui  voua  une  estime  profonde  et  une  affection  très 
réelle.  11  vit  aussi  à  Coppet  Constant  qu'il  aimait  peu,  et  à 
son  tour,  celui-ci  eut  quelque  peine  à  s'accommoder  d'un 
homme  réservé,  digne,  aimant  le  silence  à  ses  heures,  ne  par- 
lant qu'avec  mesure  et  conviction,  dévoué  jusqu'au  sacrifice, 
mais  avare  d'inutiles  démonstrations.  Nous  résumons  ainsi 
en  traits  rapides  ce  qu'ont  dit  sur  lui  ses  amis,  mais  aussi  ses 
ennemis  politiques  ;  il  n'en  avait  point  d'autres. 

Mais  il  faut  laisser  p  arler  Constant.  Il  le  juge  ainsi  dans 
trois  passages  de  son  journal  : 

«  J'ai  fait  la  connaissance  de  M.  de  Bonstetten.  C'est  un 
homme  de  beaucoup  d'esprit,  et  un  fort  bon  homme.  Mais 
c'est  encore  une  de  ces  existences  demeurées  légères  malgr-é 
l'âge,  et  que  je  ne  peux  souffrir,  peut-être  parce  que  je  cours 
le  risque  de  leur  ressembler.  »  —  «  J'ai  lu  un  ouvrage  de  Bon- 
stetten sur  l'exactitude  de  Virgile.  11  y  a  de  l'imagination,  et 
point  d'ordre.  »  —  a  L'extrait  que  M™^  de  Staël  a  fait  de  l'ou- 
vrage de  Bonstetten  a  tellement  éveillé  l'amour-propre  de 
celui-ci,  qu'il  ne  peut  plus  s'arrêter  en  parlant  de  ses  ouvra- 
ges.. Décidément  la  jouissance  d'amour-propre  d'un  auteur 
a  quelque  chose  de  physique.  Tous  les  traits  s'épanouissent, 
et  toute  la  personne  est  atteinte  d'une  titillation  volup- 
tueuse. »  —  «  Je  lis  le  soir  l'ouvrage  de  Bonstetten  (lequel?) 
Il  j  a  du  désordre,  des  répétitions,  mais  beaucoup  d'idées  jus- 
tes et  d'obsertions  fines.  Que  de  jeunesse  il  j  a  encore  dans 
cet  homme  de  soixante  ans!  Il  va  se  mettre  à  apprendre  le 
grec.  S'il  continue  ainsi,  il  mourra  très  instruit.  » 

Cette  appréciation  aigre-douce,  parsemée  de  réticences  et 
de  restrictions,  doit  être  considérée,  entre  toutes  celles  qui 
sont  sorties  de  la  plume  de  Benjamin  Constant,  comme  l'une 
des  plus  laudatives. 

Bonstetten  s'était  lié  d'une  étroite  amitié  avec  Frédérique 
Brun.  Celle-ci,  fille  de  Miinster,  l'un  des  plus  célèbres  prédi- 
cateurs protestants  de  l'Allemagne,  épousa  un  commerçant 
danois,  Constantin  Brun,  possesseur  d'une  grande  fortune. 
Très  jeune,  elle  fut  accablée  d'infirmités,  et  malgré  ses  souf- 
frances, publia  un  volume  de  poésies  et  des  impressions  de 
voyage  qui  eurent  un  grand  succès,  et  lui  ont  assigné  en 
Allemagne  un  rang  supérieur  parmi  les  écrivains  du  siècle. 


232  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHE» 

L'état  de  sa  santé  la  détermina  à  passer  ses  hivers  eu  Italie; 
elle  s'y  rendait  par  la  Suisse,  où  elle  faisait  d'assez  longs 
séjours. 

Dans  l'un  de  ses  voyages  en  Suisse,  elle  vit  Bonstetten,  à 
qui  elle  avait  été  recommandée,  par  des  amis  communs.  Celui 
ci  l'accueillit  avec  une  douce  bienveillance  quidevintle  prin- 
cipe d'une  inaltérable  amitié. 

Bonstetten  la  présenta  pendant  un  de  ses  séjours  en  Suisse 
à  M™^  de  Staël,  qui,  touchée  de  son  rare  mérite,  l'attira  à  Cop- 
pet,  où  elle  passa  l'année  1805  et  le  premier  mois  de  l'année 
suivante.  Elle  y  aurait  prolongé  son  séjour,  si  les  nouvelles 
alarmantes  qu'elle  reçut  au  sujet  de  sa  fille  Ida  ne  l'avaient 
précipitamment  i-amenée  en  Allemagne,  où  Bonstetten,  tou- 
jours dévoué,  vint  la  rejoindre  peu  après. 

La  correspondance  de  Bonstetten  et  de  Frédérique  Brun  a 
été  publiée  en  Allemagne,  par  les  soins  du  poète  Mathison, 
leur  ami  commun.  On  y  a  joint  quelques  lettres  écrites  à  l'un 
et  à  l'autre  par  M™®  de  Staël.  Cette  publication  eut  un  grand 
succès.  Mais  aussi,  comme  elle  rafraîchit  l'âme!  Quel  souffle 
de  poésie  dans  les  lettres  de  Frédérique  Brun,  et,  avec  le  sen 
timent  le  i)lus  pur,  quelle  douce  sagesse  dans  celles  de  Bon- 
stetten *  ! 

L'un  et  l'autre  étaient  en  Allemagne  pendant  que  M"^  de 
Staël  poursuivait  le  cours  de  ses  pérégrinations. 

Durant  sa  résidence  à  Auxerre,  elle  écrivit,  le  15  juillet 
1806,  à  Frédérique  une  lettre,  où  elle  lui  disait:  «  Mon  Dieu  ! 
s'il  y  avait  dans  cette  France,  ma  patrie,  dans  ce  [)ays  dont  je 
parle  la  langue,  quelques  étincelles  de  votre  fojer,  comme  je 
tirerais  parti  de  moi-même  !  Je  sens  que  j'ai  en  moi  des  fa- 
cultés qui  pourraient  faire  plus  que  je  n'ai  fait.  Mais  naître 
française,  avec  un  caractère  étranger,  avec  les  goûts  et  les 
habitudes  françaises  et  les  idées  et  les  se  ntiments  du  Nord 
c'est  un  contraste  qui  abime  la  vie.  Je  suis  toujours  dans  la 
même  situation,   voyant  mes  amis  de  temps   en  temps,  et  les 

'  Briefe  von  Karl  Victor  von  Bonstetten  mit  Frédérique  Brun 
herausgeben  von  Friedrik  Mathisson,  Frankfurt,  1829.  —  Cette  édition 
est  entièrement  épuisée,  et  il  est  fort  difficile  de  s'en  procurer  un  exem- 
plaire. 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  233 

attendant  encore  plus  que  je  ne  les  vois;  profitant  mal  de  la 
solitude,  parce  que  je  prends  de  l'opium  pour  dormir,  et 
que  l'opium  abîme  les  nerfs;  attendant  le  15 août,  non  comme 
une  espérance,  mais  comme  le  jour  où  je  cesserai  d'en 
avoir.  » 

Enfin  elle  écrit  à  Bonstetten,  à  la  date  du  15  novembre 
1806  :  —  «  Vous  m'avez  fait,  mon  ami,  un  bien  vif  plaisir  en 
me  disant  que  votre  ravissante  Ida  était  mieux;  je  n'ai  cessé 
de  penser  à  elle  et  à  sa  mère  ;  je  souhaitais  qu'elle  ne  se  dé- 
cidât pas  à  aller  en  Italie  ;  je  souhaitais  surtout  qu'elle  n'eut 
pas  besoin  d'y  aller.  Il  me  semble  qu'à  Genève  vous  êtes  plus 

près  de  chez  moi,  et  j'ai  surtout  l'idée  de  vous  rejoindre 

Benjamin  s'est  mis  à  faire  un  roman,  et  il  est  le  plus  original  et 
le  plus  louchant  que  j'aie  lu. 

M"^  de  Staël  atteste  ici  qu'elle  a  lu  Adolphe',  elle  n'était  ni 
une  visionnaire,  ni  une  hallucinée,  et  cependant  le  fait  est 
impossible. 

Constant  ne  lui  a  pas  communiqué  le  roman  à  Rouen  ;  il  n'y 
est  pas  allé.  Peu  importe  qu'il  le  lui  ait  communiqué  à  Acosta; 
elle  n'était  pas  encore  autorisée  à  s'y  fixer  lorsqu'elle  a  écrit 
Bonstetten.  La  communication  n'a  pu  avoir  lieu  qu'à  Auxerre, 
alors  que  le  roman  n'était  pas  encore  écrit  ;  il  ne  l'était  même 
pas  le  15  novembre,  date  que  porte  la  lettre  écrite  à  Bons- 
tetten. 

Et  puis,  comme  la  contexture  de  la  phrase  est  singulière  ! 
Constant  s'est  mis  en  tète  d'écrire  un  roman,  donc  il  n'est  pas 
encore  écrit;  M™*  de  Staël  l'a  lu,  donc  il  est  écrit. 

Les  impossibilités  morales  complètent  cette  démonstration, 

Constant  traversait,  au  moment  où  il  écrivit  Adolphe,  une 
crise  douloureuse,  poignante.  Il  voulait  rompre  une  liaison 
qui  l'obsédait,  et  M"''  de  Staël,  dès  qu'elle  voyait  clair  dans  sa 
résolution,  se  livrait  à  des  scènes  d'une  violence  inouïe.  Cette 
situation  était  intolérable  et  Constant  voulait  en  finir.  «  Oui, 
certes,  je  veux  en  finir,  dit-il  dans  son  journal.  C'est  la  plus 
égoïste,  la  plus  frénétique,  la  plus  ingrate,  la  plus  vaine  et  la 
plus  vindicative  des  femmes.  Que  n'ai-je  rompu  depuis  long- 
temps !  Elle  m'est  odieuse,  insupportable.  Il  faut  que  cela 
finisse  ou  mourir.  Tous  les  volcans  sont  moins  flamboyants 
(jue  cette  femme.  C'est  un  vieux  procureur  avec  des  cheveux 


2  34  MEMOIRE   SUR    «    ADOLPHE    » 

entortillés  de  serpents,  qui  demande  l'exécution  d'un  contrat 
en  vers  alexandrins.  » 

Cependant,  malgré  cet  état  d'exaltation,  Constant  aurait 
voulu  une  rupture  calme  et  pacifique.  11  ménageait  le  terrain, 
avançait,  reculait,  atermoyait,  rusait  jusqu'à  se  faire  accuser 
de  duplicité  par  sa  famille  :  a  La  lutte  me  fatigue,  disait  il, 
couchons-nous  dans  la  barque  et  dormons  au  milieu  de  la 
tempête.  » 

Mais  si  Constant  avait  lu  Adolphe  à  M™^  de  Staël,  en  sup- 
posant qu'il  pût  le  lui  lire,  elle  se  serait  reconnue  dans  Ellé- 
nore  ;  elle  aurait  vu  qu'elle  n'inspirait  plus  quune  pitié  mêlée 
de  fatigue,  et  c'est  pour  le  coup  que  le  volcan  se  serait  ré- 
veillé, aurait  vomi  des  torrents  de  feu  et  de  flamme,  et  que  le 
vieux  procureur,  avec  des  cheveux  entortillés  de  serpents, 
l'aurait  sommé,  en  vers  ou  en  prose,  ou  de  lui  garder  son 
cœur,  ou  de  lui  rendre  l'argent  qu'il  lui  devait. 

Non,  Constant  n'a  pas  communiqué  un  roman  qui  n'existait 
pas;  eût-il  été  écrit,  il  ne  l'aurait  pas  communiqué  davan- 
tage, et  cependant  M"**  de  Staël  n'a  pu  imaginer  ce  qu'elle 
a  écrit  à  Bonstetten. 

Tout  s'explique  et  se  concilie,  si  on  admet  que  Constant, 
fidèle  à  sa  manière  de  composer,  avait  écrit  une  grande  partie 
à' Adolphe  avant  de  le  former  et  de  l'écrire  en  entier;  quMl 
a  communiqué  les  fragments  déjà  existants  à  M"*  de  Staël, 
et  qu'il  lui  a  fait  cette  communication  à  Auxerre,  puisqu'il 
n'a  pu  la  faire  que  là. 

Tenons  pour  certain  encore  qu'il  ne  lui  aura  lu  que  les 
fragments  où  elle  n'aurait  pu  se  reconnaître. 

Il  est  vrai  que  M™^  de  Staël  dit  à  Bonstetten  qu'elle  n'a 
rien  lu  de  plus  touchant  et  de  plus  original  qu'Adolphe,  ce  qui 
pourrait  faire  croire  à  une  communication  complète.  Mais 
nous  savons  qu'elle  avait  l'enthousiasme  prompt  et  l'émotion 
facile.  Constant  dit  à  ce  sujet  dans  son  journal  :  «  J'ai  lu  à 
M™"  de  Staël  le  morceau  de  mon  introduction  qui  a  trait  au 
sentiment  religieux.  Elle  en  a  été  très  contente  et  très  émue. 
Mais  elle  a  une  telle  disposition  à  l'émotion  que  cela  ne 
prouve  pas  que  le  morceau  soit  beau.  » 

Constant  prétend  dans  son  journal  qu'il  a  écrit  le  roman 
d'Adolphe  en  quinze  jours.  Cette  assertion  étonne,  tant  elle 


DE   BENJAMIN   CONSTANT  235 

paraît  invraisemblable.  Mais  comment  la  révoquer  en  doute  ? 
Constant  écrivait  son  journal  dans  le  plus  grand  secret,  pour 
lui  seul.  Il  l'écrivait  même  en  caractères  grecs  pour  déjouer 
les  indiscrétions.  Jamais  il  ne  l'a  communiqué  à  personne;  ce 
journal  n'a  vu  le  jour  que  soixante-dix  ans  après  la  publication 
à' Adolphe^  et  encore  avec  des  coupures  nécessitées  par  la 
crudité  de  certaines  révélations.  Il  n'a  donc  pu  avoir  la  pen- 
sée de  tromper  autrui  ou  de  se  prendre  lui-même  pour  dupe. 

D'un  autre  côté,  cependant,  Adolphe  est  une  œuvre  bien 
construite,  laborieusement  combinée,  d'un  stjle  qui  respire 
le  travail,  souvent  même  l'eifort.  Ce  style  clair,  élégant,  re- 
marquable par  la  finesse,  facile  en  apparence,  est  le  fruit  de 
combinaisons  longuement  préparées,  mûries  et  réfléchies,  qui 
ont  exigé  plus  d'un  remaniement.  Il  est  donc  inadmissible 
que  le  délai  de  quinze  jours,  déjà  nécessaire  pour  le  trans- 
crire ou  le  copier,  ait  suffi  pour  le  composer. 

Sans  doute,  Constant  écrivait  avec  une  grande  facilité,  une 
rapidité  extrême.  Ses  contemporains  lui  rendaient  ce  témoi- 
gnage. Député,  il  lisait  ses  discours,  mais  selon  l'heureuse 
expression  de  Loménie,  il  les  improvisait  la  plume  à  la  main, 
lorsqu'il  écrivait  la  réplique  pendant  que  l'orateur,  à  qui  il 
répondait  dans  la  même  séance  et  sans  divertir,  occupait  la 
tribune.  Mais  aussi  ses  discours  portent  la  peine  de  cette  ra- 
pidité, et  il  serait  difficile  de  les  citer  comme  des  modèles 
accomplis.  Cette  infériorité  relative  est  surtout  sensible  lors- 
qu'on les  compare  à  ceux  que  prononcèrent  à  la  même  épo- 
que Royer-Collard,  le  général  Foj,  le  comte  de  Serre  et 
même  Camille  Jordan.  A  vrai  dire,  les  discours  de  Constant 
sont,  au  point  de  vue  de  la  forme,  ce  qu'il  a  produit  de  plus 
inférieur.  On  ne  saurait  les  comparer  à  ceux  qu'a  écrits  Cha- 
taubriand,  où  l'on  retrouve  du  moins,  parce  qu'ils  étaient 
laborieusement  composés,  les  qualités  comme  les  défauts  qui 
le  distinguent  comme  écrivain. 

Nous  avons  déjà  constaté  que  Constant  n'a  presque  pas 
parlé  à'' Adolphe  dans  son  journal,  et  il  est  difficile  de  savoir  ce 
qu'il  a  voulu  dire,  lorsqu'il  prétend  l'avoir  écrit  en  quinze 
jours.  Si  le  fait  était  absolument  exact,  il  aurait  été  composé 
avec  une  rapidité  qui  se  serait  trahie  par  des  négligences,  des 
vices  de  style,  des  fautes  de  goût;  il   n'en  existe  pas.  Nous 


236  MEMOIRE  SUR   «ADOLPHE» 

savons  cependant  ce  que  valaient  ses  écrits  lorsqu'il  les  com- 
posait au  courant  de  sa  plume,  sans  préparation.  Il  le  sa- 
vait aussi  lorsqu'il  écrivait  à  M"^  de  Charrière!...  «  Comme 
fécn's  sans  style,  sans  mesure  et  sans  travail,  j'écris  à  traits  de 
plume...  ))  lorsqu'il  écrivait  à  M""®  de  Nassau  :  «  J'ai  peur  que 
le  livre  ne  se  ressente  de  la  raiddité  avec  laquelle  je  l'ai  écrit.  >> 

Certaines  brochures  écrites  avec  une  rapidité  excessive 
prouvent  assez  qu'il  n'était  pas  affranchi  de  la  loi  du  travail 
et  de  l'effort. 

On  j  trouve  des  phrases  comme  celle-ci  :  un  mouvement  ré- 
trograde, qui,  se  prolongeant  au  delà  de  ses  bornes  nécessaires, 
ne  laisse  enfin  pour  vestiges  des  changements  que  l'on  voulut  opé- 
rer, que  des  débris,  des  larmes,  de  l'opprobre  et  du  sang,  ou  bien 
des  germes  qui  menacent  d'une  explosion  soudaine.  —  Dans  la 
lettre  que  Constant  écrit  à  M""^  de  Nassau  au  sujet  de  René, 
on  lit  :  Je  sais  bon  gré  à  l'auteur  d'avoir  réuni  beaucoup  de  rai- 
son à  la  conception  et  à  la  peinture  de  toute  l'exaltation  et  de 
tout  le  vague  qui  paraissent  à  la  jeunesse  au-dessus  de  la  raison. 

C'est  ainsi  qu'il  aurait  écrit  Adolphe,  s'il  n'avait  mis  que 
quinze  jours  à  le  composer. 

Telle  n'a  pas  été  la  manière  de  composer  de  Constant  lors- 
qu'il a  écrit  son  ouvrage  sur  la  religion.  On  lit  à  ce  sujet, 
dans  un  grand  nombre  de  pages  de  son  journal:  refait  ou 
recopié  tel  chapitre.  L'introduction  et  le  premier  chapitre  lui 
coûtèrent  un  long  travail.  Il  les  remaniait  sans  cesse.  Cela 
se  comprend.  Comme  ils  ne  renferment  que  des  idées  géné- 
rales, facilement  flottantes  et  indécises,  il  lui  fallut  plus  de 
travail  pour  leur  donner  du  corps.  Aussi,  ce  n'est  qu'après  de 
nombreux  remaniements  qu'il  écrit  dans  son  journal,  à  la  date 
du  29  pluviôse  au  XII  (1804):  «J'ai  achevé  mon  introduction 
et  revu  les  trois  premiers  chapitres  démon  livre,  je  le  trouve 
très  bon,  et  crois  qu'il  pourrait  rester  ainsi.  » 

Non  seulement  Constant  remettait  sur  le  métier  ce  qu'il 
avait  composé,  mais  encore  il  avait  besoin  de  s'aider  des  lu- 
mières d'autrui.  Il  lui  fallait  un  confident,  un  juge.  Il  choisit 
Sismondi:  «  J'ai,  dit-il,  un  esprit  paresseux  qui  se  contente 
trop  facilement  de  ce  qu'il  a  fait,  et  qui  est  en  même  temps 
ombrageux  et  qui  s'en  dégoûte.  J'ai  besoin  de  quelqu'un  qui, 
tour  à  tour,  m'oblige  à   reconnaître  les  défauts  de  ce  qui  ne 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  237 

vaut  rien  et  m'empêche  de  jeter  au  feu  la  beauté  avec  les  dé- 
fauts. » 

«  J'ai  lu,  ajoute-t-il,  mon  introduction  à  Sismondi.  Il  en  a 
été  frappé.  C'est  un  homme  sans  esprit,  mais  qui  a  des  prin- 
cipes très  justes  et  des  intentions  très  pures.»  —  Et  plus  loin  : 
«J'ai  continué  avec  Sismondi  la  lecture  de  mon  ouvrage.  Bien 
des  choses  l'étonnent  parce  qu'il  est  ignorant...»  Sismondi 
ignorant  ! 

Il  écrit  encore  :  «  Sismondi  me  continue  encore  la  lecture 
de  mon  ouvrage.  Cela  m'est  foi't  utile  parce  qu'il  lit  mal,  et 
que  je  juge  mieux  de  l'impression  produite  ;  et  bien  que  Sis- 
mondi n'ait  pas  les  connaissances  nécessaires,  il  s'aperçoit 
néanmoins  des  lacunes  que  j'ai  laissées  par  inadvertance  ou 
paresse.  » 

Tant  de  précautions  pour  écrire  un  ouvrage  inférieur  pour 
le  style  à  Adolphe,  n'indiquent-ils  [)as  que  celui-ci  n'a  pas  été 
écrit  en  quinze  jours?  Constant  raconte  à  sa  tante  qu'il  a 
composé  une  brochure  en  huit  jours,  et  que  c'est  là  un  tour 
de  force.  Mais  cette  brochure  ne  représente  qu'une  minime 
partie  du  travail  A' Adolphe,  et,  si  c'est  un  tour  de  force  que  de 
l'avoir  écrite  en  huit  jours,  la  composition  de  ce  roman  en 
quinze  jours  tiendrait  du  prodige. 

Non,  Adolphe  n'a  pu  être  écrit  dans  ce  délai.  Il  a  fallu  des 
mois,  et  de  longs  mois,  pour  l'écrire,  et  si  Constant  a  dit  vrai, 
c'est  parce  que  ce  roman  était  déjà  en  partie  composé  lors- 
qu'il a  commencé  à  l'écrire.  Et  de  là  nous  concluons  que  s'il 
a  fallu  huit  jours  pour  écrire  la  brochure  et  quinze  seulement 
pour  écrire  Adolphe,  c'est  que  les  matériaux  qui  ont  été  em- 
ployés pour  écrire  le  premier  de  ces  deux  ouvrages  étaient 
loin  d'être  aussi  complets  que  ceux  qui  ont  servi  à  écrire  le 
second. 

Nous  avons  déjà  dit  que  Constant  avait  lu  plusieurs  fois 
Adolphe  à  certaines  personnes  avant  Je  le  publier. 

Le  romaji  A' Adolphe  étant  compo  ,é,  Constant  le  lut  à  un 
certain  nombre  de  personnes,  cinquante  d'après  son  appré- 
ciation. Il  le  lut  notamment  au  marquis  de  Boufflers  qui  en 
savait  long  sur  Coppet  par  le  duc  de  Sabran  dont  il  devait 
épouser  la  mère. 

On  lit,  en   effet,  dans    le  journal  :  a  J'ai  lu    mon  roman   à 


2  38  MEMOIRE    SUK    «  ADOLPHE  » 

M.  de  Boufflers  qui  en  a  parfaitement  saisi  le  sens.  Il  est 
vrai  que  ce  n'est  pas  d'imagination  que  j'ai  écrit  :  non  ignora 
malt.  Cette  lecture  m'a  prouvé  que  je  ne  devais  pas  mêler 
une  autre  épisode  de  femme  à  ce  que  j'ai  déjà  fait.  EUénore 
cesserait  d'intéresser,  et,  si  le  héros  contractait  des  devoirs 
envers  une  autre  et  ne  les  remplissait  pas,  sa  faiblesse  devien- 
drait odieuse.  •> 

Nous  avons  ainsi  la  preuve  que  Constant  songeait  déjà  à 
ilonner  une  suite  à  Adolphe,  et  qu'il  jugeait  opportun  de  la 
publier  séparément  pour  ne   pas  diviser  l'intérêt. 

Le  journal  parle  aussi  d'autres  lectures.  On  y  lit  :  «  Lu 
mon  roman  à  M™*  de  Coigny;  elle  se  révolte  contre  le  héros.» 
—  «  Lu  mon  roman  chez  M^^Laborie.  Toutes  les  femmes  qui 
étaient  là  fondent  en  larmes.  »  —  «  Soirée  chez  M"*  Réca- 
mier  avec  Fauriel.Je  leur  lis  mon  roman  qui  leur  produit 
un  singulier  effet.  Le  caractère  du  héros  les  révolte.  » 

Constant  lut  aussi  Adolphe  à  Sismondi,  qui  était  le  confi- 
dent de  tous  ses  travaux.  La  connaissance  qu'il  en  avait  lui 
fit  plus  tard  une  position  difficile.  On  sait  qu'il  entretenait 
une  correspondance  suivie  avec  la  comtesse  d'Albanj,  qui, 
elle  aussi,  n'avait  pas  opté  pour  le  mariage.  Après  la  publica- 
tion d'Adolphe,  celle-ci  voulut  connaître  son  sentiment  sur 
cette  œuvre.  Mais  comme  il  j  avait,  malgré  des  dissemblan- 
ces qui  étaient  absolues,  quelque  analogie  entre  la  position 
d'Ellénore  et  celle  de  sa  roj'ante  correspondante,  il  feignit, 
pour  ne  point  la  blesser,  de  ne  pas  connaître  Adolphe,  et  il 
attendit,  avant  de  lui  transmettre  son  appréciation,  qu'elle  lui 
eût  transmis    la    sienne.  Du   reste,  nous  reviendrons  sur  ce 

point. 

Emile  Cauvet. 

{A  suivre.) 


LA  TRADUCTION  DU  NOUVEAU  TESTAMENT 

EN  ANCIEN   HAUT   ENGADINOIS 
Par  BIFRUN 


EVANGELIUM  JOHANNIS 


[302]     La  vita  da  Sanc  lohannis  très  Sanc  HierOnimum. 

loannes  apostel,  quael  che  lesus  aniaeiia  fick,  filg  da  Ze- 
bedaei,  frêr  da  Jacobi  apostel,  quael  che  Herodes,  dsieua  la 
paschiun  delg  signer,  sthohiauazô,  Vg  plu  dauos  da  tuots  ho 
sciit  l'euangeli  :  siand  aruô  dais  huasthgs  da  Asiae,  incunter 
Cerinthum  &  ôters  hereticks,  &  alg  postiit  s'aluand  alhura  sii 
la  duttrina  dais  Ebioniters,  quaels  chi  dian  ferm.  che  Christus 
nu  saia  stô  auns  co  Maria.  Et  allô  très  es  el  stô  sthfurzô  da 
nietter  oura  la  sua  divina  natiuitêd.  Mu  é  dian  er  iina  ôtra 
chiaschun  da  qiiaista  scritiira  :  Che  cura  el  hauét  lijt  l's  cu- 
desths  da  Mathei,  &  da  Marci,  &  da  Luca,  chel  hêgia  schert 
ludô  Ig  text  de  FHijstoria,  &  hêgia  cufermô  che  aquels  hê- 
gian  dit  Vg  uaira,  mu  iraperscho  chels  hêgian  scrit  l'historia 
dick  dad  iin  an,  in  aqusel  el  ho  er  hagieu  indiirô,  dsieua  la 
praschun  da  loannis.  Et  uschia  hauiand  laschô  stêr  un  an, 
l's  fats  da  quael  eran  dits  da  trais  dels,  ho  er  arestdô  l's  [303] 
ats  dalg  tijmp  uiuaunt  passô,  auns  co  che  lohannes  gnis 
sarrô  in  praschun  :  sco  é  po  esser  appalais  ad  aquels  chi  ligian 
diligiantamang l's cudesths  dais  quatereuangelis.  Quaela  chiôsa 
prain  uia  la  discordgia,  quaela  chi  pêra  esser  da  lohannis  eu 
l's  ôters.  El  ho  scrit  er  ûiia  epistla  da  quasla  es  l'g  cumanza- 
maint  :  Aqué  chi  es  stô  dalg  cumanzamaint  innô,  aqué  che 
nus  hauain  udieu  &  uis  cun  nos  œilgsck  guardô,  &  che  nos 
mauns  haun  tuchiô  dalg  uierf  de  la  uitta:  quaela  chi  uain  lu- 
dêda  da  tuots  spirituaels  &  illatrôshummens.  Et  las  ôtras  duos. 


240  LEVANGILE  SELON   S.    JEAN 

da  quaelas  es  lur  principi  :  Ug  seniour  alla  schernida  duonna 
&  â  ses  filgs  :  et  aquella  dsieua  :  L'g  seniour  â  Caio  chiarischem 
quael  ch'  eau  am  in  uardaet  :  uignen  assignêdas  â  lohannes 
prêr,  da  quael  aunchia  huoz  im  di  uain  amussô  iina  ôtra 
sepultlira  ad  Ephesum:  &  iinqualchiuns  [)aissen  che  saien  duos 
algurdaunzas  da  quel  [irœpi  loannis  Euangelista  :  da  quaela 
chiôsa  nus  uulaiii  araschuuêr,  cura  che  nus  gnin  suainter 
hourden  tiers  Papiara  ses  sculêr.  Ilg  quatuordeschêuel  an 
dimê  la  secunda  persécution  dsieua  Neronera,  muantand 
Domitiano  es  el  stô  cuffinô  in  l'isla  Pathmos,  &.  ho  scrit  Apo- 
calijpsjm,  quaela  chi  metten  oura  lustinus  mar-f304]-tijr  & 
Hireneus.  Et  siand  amazô  Domitiano  &  ses  fats  delg  Sénat 
aruots  très  la  sia  memma  bgierra  crudelitaed,  schi  es  el  suot 
Tg  princip  Pertinace  turnô  ad  Ephesum,  diirant  allô  infina 
al'g  princip  Traianum.  Et  ho  adrizô  sii  tuottas  las  baselgias 
da  Asise,  &  las  ho  arischidas,  &  siand  gnieu  uijig,  schel  mort 
îls  sasaunta  oick  ans  dsieua  la  paschiun  delg  signer  &  dspera 
aquella  cittêd  es  el  seppulieu. 

[305]     Lg'  Evangeli  seguond  lohannem. 

CAP.  I. 

(1)  Ilg  principi  era  l'g  uierf  6:  l'g  uierf  era  tiers  dieu 
&  dieu  era  aqué  uierf.  (2)  Aqué  era  l'g  principi  tiers  dieu. 
(3)Tiiottes  chiôses  sun  fattas  très  el  &  sainza  el  nun  es  fat 
iinguotta,  aqué  chi  es  fat.  (4)  In  el  era  la  uitta,  k  la  uitta  era 
la  liiisth  dalla  lieud.  (5)  &  la  liusth  liiisclia  in  la  sckiiirezza, 
&  la  sckiiirezza  nun  Tho  pigliêda.  (6)  Et  era  un  hum  tramis 
da  Dieu  (jusel  hauaiua  num  lohannes:  (7)  aquaist  uen  par 
testimuniaunza,  par  chel  des  pardiitta  de  la  liiisth,  &  par  che 
tuots  craiessen  très  el.  (8)  El  nun  era  aquella  liiisth,  mu  el 
era  tramis  par  dêr  pardiitta  â  la  liiisth.  (9)  Aquella  era  la 
uaira  liiisth,  la  quaela  chi  igliiimna  scodiin  hum  chi  uain  îlg 
muond.(lO)  El  era  îlg  muond,  &.  lg  muond  es  fat  très  el,  &  l'g 
muond  nun  l'g  ho  cunschieu.  (11)  El  es  gnieu  îlg  sieu,  & 
l's  ses  nulg  haun  arfschieu.  (12)  Mu  tauns  chi  l'g  haun  arf- 
schiu,  ad  aquels  hol  dô  che  possen  duantêr,  filgs  da  Dieu,  ad 
aquels,  cun  num,  chi  craiessen  in  sieu  num.  (13)  Quaels  chi 
nu  sun   da  saung  né   da  la  uoluntaed   délia  chiarn,   né  da  la 


L  EVANGILE  SELON   S.   JEAN  241 

uoluniaed  delg  [306]  hum,  dimperse  sun  naschieus  da  dieu. 
(14)  Et  aqué  uierf  es  fat  chiarn  (kho  afdô  traunter  nus  :  &.  nus 
hauain  uis  la  sia  glœrgia  sco  da  quel  filg  sul  genuieu  dalg 
bab  :  plain  d'gracia  &  d'uardset.  (15)  lohannes  do  pardiitta 
dad  el  &  clama  dschant  :  Aquaist  era  é,  da  quel  ch'eau 
dschaiua,  qusel  gniand  dsieua  me  ho  passô  avaunt  me,  per 
che  ch'el  era  aiins  co  eau.  (16)  Et  da  la  sia  |)lainezza  hauain 
nus  tuots  arfschieu.ô:  gracia  par  gracia.(17)  Per  che  la  lescha 
es  dêda  très  Mosen  ;  &  la  gracia  &.  uardset  es  parschiendida 
très  lesum  Chnstum.  (18)  Dieu  rase  nun  ho  iingiiin  uis  :  l'g 
filg  sul  genuieu,  qusel  chi  es  îlg  sain  del  bab,  aquel  l'ho 
declaiô.  (19)  Et  aquaist  es  la  testimuniaunza  da  loannis, 
cura  che  l's  liideaus  hauaiuen  tramis  qui  da  Hierusalem  l's 
sacerdots  (k  l's  Leuits  par  l'g  dumandêr:  Chi  ist  tii  ?  (20)  Et 
el  s'cufessô  à.  nu  sthnaiô.  Et  cunfessô  dschant  :  Eau  nu  sun 
Christus.  (21)  Et  l'g  dumand^ajuun  :  che  dimê  ?  ist  tu  Helias  ? 
Etel  dis  :  Eau  nu  sun.  Ist  tii  aquel  profet?  Et  arispondét  : 
Nu.  (22)  Et  dissen  dimê  agli  :  chi  ist  tii  che  nus  dettan 
ariposta  ad  aquels  chi  haun  tramis  nus  ?  Che  dist  tii  da  te 
duessa?  (23)  El  dis:  Eau  sun  iina  uusth,  qusela  chi  uo  clamant 
îlg  deserd  :  adrizô  la  uia  delg  signer  :  da  co  chi  ho  dit  E  - 
[307]  -  saias  profet.  (24)  Et  aquels  chi  eran  tramis,  eran  dais 
phariseers.  (25)  Et  l'g  dumandaun  &  dissen  agli  :  Par  che  bat- 
tagiast  tii  dimê,  sclii  tii  aun  ist  Christus  né  Helias  né  iin  profet? 

(26)  Mu  loannes  arespundét  ad  els,  dschant:  Eau  battaigcun 
l'ouua,  mu  in  miz  vus  sto  iin,  quael  che  vus  nu  cunschais. 

(27)  Aquel  es  é  quael  gniand  sieuva  me  es  passô  me  avaunt,  da 
quael  ch'eau  nu  sun  deng  da  scharrantêr  iina  curegia  da  la 
sckiarpa.  (28)  Aquaistas  chiôses  sun  dueritêdas  in  Bethabara, 
uisura  l'g  lordan,  innua  che  loannes  battagiêua.  (29)  Et  îlg  di 
dsieua  uezét  loannes  lesum  gniand  tiers  se,  &  dis  :  Uhé  l'g 
agnilg  da  dieu,  qusel  chi  prain  uia  l's  pchiôs  dalg  muond.  (30) 
Aquaist  es  é,  da  quael  ch'eau  dschaiua  :  Dsieua  me  uain  iin 
hum,  quael  chi  es  passô  me  auaunt  :  per  che  el  era  auns  co 
eau.  (31; &  eau  nu  l'g  cuiischaiua,mu  par  chel  uigna manifesté 
ad  Israël,  par  aqué  sun  eau  gnieu  â  battagiêr,  (32)  Mu  lo- 
annes ho  dô  pardiitta,  dschant  :  Eau  hse  uis  gniand  l'g 
spiert  in  fuorma  dad  iina  columba  giu  da  schil,  )&  es  stô  sur 
el.  (33)  eau  nu  cunschaiua  el  :  mu   aquel  chi  ho  tramis   me, 


242  LELANGH.E  SELON    S.   JEAN 

par  ch'eau  battegia  cun  l'ouua,  aquel  ho  dit  à  mi;  Sur  aquael 
che  tu  uais  gniand  giu  Tg  spiert,  &  stand  sur  el,  aquaist 
[308]  es  aquel  chi  battagia  eu  Vg  saine  spiert,  (34)  Et  eau 
hae  uis  &  hse  dô  parJiitta  clie  aquaist  saia  fllg  da  Dieu.  (35) 
Et  îlg  di  dsieua  dabinoef  stêua  loannes  &:duo3  da  ses  discipuls. 
(36)  &  el  guardô  lesum  clii  chianainêua,  &  dis  :  Uhé  l'g 
agnilg  da  dieu.  (37)  Et  duos  discipuls  l'g  uditten  faflant,  & 
sun  ieus  dsieua  Iesuni.(38iEr,  [esuss'iiuluét  &  guardô  aquelschi 
gniuan  dsieu'el,  &  dis  ad  els  :  che  scherchies  uus?  Quels 
dissen  agli  :  Rabbi,  qusel  schi  tii  mettas  oui'a ,  uuol  dir 
Maister,  innaa  stses  tii?  (39)  Et  el  dis  ad  els  :  gni  &  uezé.  Et 
uennen  &.  uezetten,  innua  chel  stêua.  Et  stetten  aquel  di 
tiers  el:  &  era  intuorn  la  distliefla  hura.  (40)  Elg  era  Andréas 
frêr  da  Simonis  Pétri,  un  da  quels  chi  hauaina  udieu 
de  loanne  &  eran  ieus  dsieua  el.  (41)  Et  aquaist  l'g  priim 
acchiattô  ses  frêr  Siiuonem,  &  dis  agli  :  Nus  hauain  acchiattô 
Messiam,  qusel,  schi  tii  mettas  cura,  uuol  dir  :  hunschieu.  (42) 
Et  l'g  mnét  tiers  lesum.  Et  lesus  l'g  guardô  &  dis  :  Tii  ist 
Simon  âlg  da  loiise,  tii  uainst  ad  hauair  num  Cephas,  chi 
uuol  dir,  schi  tii  mettas  oura:  pedra.  (43;  Et  îlg  di  dsieu[a] 
uous  ir  lesus  in  Galileam  &.  aechiatô  Philipum  Si  dis  agli  : 
uitten  dsieua  me.  (44)  Et  Pliilippus  era  da  Betsaida  la  citted 
da  Andreae  e  da  Pétri.  (45)  Et  Phixippus.acchiatô  Nathanael& 
dis  agli  :  Da  qusel  Moses  ho  scrit  in  la  lescha  &  in  l's  [309] 
profets  hauain  nus  acchiatiô  lesus  Nazareuum  filg  de  loseph. 
(46)  Et  Nathanael  dis  agli  :  Po  esser  iinqualchiôsa  d'boen  de 
Nazareth?  Et,  Philippus  dis  agli  :  vitten  &  mira.  (47)  Et  lesus 
uezét  gniand  tiers  se  Nathaniel  &dis  dad  el  :  vhé  vairamaug 
iin  Israelita,  in  aqusel  nun  es  ingian.  (48)  Et  N[a]thanael  dis 
agli  :  innuonder  m'cugnioschas  tii?  Et  lesus  arespundét  &  dis 
agli  :  auans  co  che  Philippus  t'clammâs,  cura  che  tii  eras 
suot  l'gboesthc  da  figs,  schi  uezaiua  eau  te.  (49)  Et  Nathaniel 
arespundét  &  dis  agli  :  Rabi,  tii  ist  aquel  filg  da  Dieu,  tii  ist 
aquel  araig  da  Israël.  (50)  Et  lesus  arespundét  &  dis  agli  : 
Per  che  ch'eau  hse  dit,  ch'eau  uezaiua  te  suot  l'g  bœstc  da 
figs,  schi  craiast  tii  ;  tii  uainst  bain  â  uair  mêr  chiôses  co 
aquaistes.  (51)  Et  dis  agli  :  Par  l'g  uaira,  par  l'g  uaira 
ch'eau  dich  â  uus,  che  aqui  dsieua  che  uus  gnis  â  uair  l'g 
schil  auert  &  l's  aungels  da  Dieu  gland  sii  &  gniand  giu  sur 
l'g  filgdelg  hum. 


I,  EVANGILE   SELON  S.  JEAN  243 

ANNOTATIUNS 

Ug  filg  sul  genieu  dalg  bab]  uuol  dir  :  Unigenitus,  uschia  es 
Christus. 

[310]  CAP.  II. 

(1)  Et  îlg  ters  di  gniuan  fat  nuozzes  in  Cana  da  Gali!ese,& 
era  la  mamma  da  lesu  allô.  (2)  Et  es  er  lesus  clamô  &  er  ses 
discipuls  â  las  nuozzes.  (3)  Et  siant  amanchiô  l'g  uin,  schi  dis 
la  mamraa  da  lesu  ad  el  :  E  nun  haun  uin.  (4)  lesus  dis  agli  : 
Duonna,  che  hse  eau  da  fêr  cun  te  ?  E  nu  es  aunchia  gnieu 
la  mia  hura.  (5)  Sia  mamraa  dis  als  seruiains  :  Fasché  tuot 
aqué  chel  uain  à  dir  â  uus.  (6)  El  eran  allô  sijs  uaschéls  d' 
pedra,  mis  suainterla  purificatiun  dais  liideaus,  quaels  tgni- 
auen  scodiin  duos  ù  trais  irazUras.  (7)  lesus  dis  ad  els  :  Impli 
l's  uaschtMs  d'ouua.  Et  inplitten  aquels  infina  sii  sum.  (8)  Et 
dis  ad  els  :  Huossa  schuiidô  aint  &  purtô  agli  schlarêi-:  & 
purtaun.  (9)  Et  sco  l'g  schlarêr  hauét  assagiô  l'ouua  miidêda 
in  uin,  né  sauaiua,  inuonder  che  aqué  fiis,  mu  l's  seruiains, 
sauaiuen,  qusels  chi  hauaiuen  mis  aint  l'ouua,  schi  clamô  ei 
Tgspus  (10)  &  dis  agli:  Scodiin  hum  priim  metta  sii  bun  uin, 
(k  cura  che  sun  inauriôs,  alhnra  aquel  chi  es  plii  mêl. 
Mu  tii  haest  saluô  l'g  bun  uin  infina  ad  aquaist  tijmp.  (11) 
Aquaist  cumenzamaint  dallas  isainas  ho  fat  lesus  in  Cana  da 
Galiiese.  Et  ho  ap[)allantô  la  sia  glœrgia  k  haun  craieu  in  el 
ses  discipuls.  (12)  Dsieua  [311]  aqué  giet  el  giu  Capernaum. 
el  &  sia  mamma  &  ses  frars  &  ses  discipuls,  &  stetten  allô 
brichia  bgiers  dis. (13)  Et  la  pasthqua  dais  liideaus  era  ardaint, 
&  lesus  giet  sii  â  Hierusalem,  (14)  &  acchiattô  îlg  taimpel 
aquels  chi  uendaiuen  boufs  &  nuorses  &  culumbas,  &  baun- 
ckijts  chi  sezaiuen.  (15)  Et  cura  chel  hauét  fat  iina  giesthla 
our  d'  suettas,  schi  chiatschô  el  tuots  our  delg  taimpel, 
nuorsas  &  boufs  insemmel,  &  spandét  l's  danêrs  dais  baun- 
ckijrs,  k  aruueiôs  l's  bauncks.  (16)  Et  dis  ad  aquels  chi  uen- 
daiuen culumbas:  Prandé  aqué  aquidauend  &  nu  fasché  la 
chiêsa  da  mes  bab  iina  chiêsa  da  marchiô.  (17)  Alhura  ses 
discipuls  sun  algurdôs,  che  sto  scrit  :  La  schigliusia  de  la  tia 
chiêsa  m'iio  magliô.  (18)  Par  aqué  l's  liideaus  haun  arespun- 
dieu   &  dian  agli  :  Che    isaina    amuossas  tii  â  nus,  per  che  tii 


244  I.  EVANGILE  SE[.ON  S.   JEAN 

fses  aquaistas  chiôses?(19)  lesus  arespundét  &  dis  ad  els  : 
Aruinô  aquaist  taimpel  &  in  trais  dis  vœlg  eau  adrizêr  sii 
aquel,  (20)  L's  lùdeaus  dimê  dissen  :  In  quaranta  sjs  ans  es 
fabrichiô  sii  aquaist  taimpel,  &  tii  in  trais  dijs  uoust  adrizêr 
sii  aquel?  (21)  Mu  el  dschaiua  dalg  taimpel  da  sieu  chiœrp. 
(22)  Et  par  aqué  cura  chel  fiit  arisiistô  dais  muorts,  schi  s' 
algurdaun  ses  discipuls,  clfel  hauauia  dit  aqué  ad  els,  & 
craietten  â  la  scritiira  &.  agli  plêd,  qusel  chi  hauaiua  [312]  dit 
lesus.  (23)  Et  siand  âHierusalem  in  la  pasthqua  siilg  di  delà 
testa,  schi  craietten  bgiers  in  sieu  num,  ueziand  las  sias  isai- 
uas,  quselas  chel  faschaiua.  (24)  Mu  el,  lesus,  nu  s'  fidêua 
sesues  dels,  très  aqué  chel  cunschaiua  tuots,  (25)  né  hauaiua 
bsûiig  che  iinqualchiiin  dés  pardiitta  delg  hum,  per  che  el 
sauaiua  bain  aqué  chi  era  aint  îlg  hum. 

ANNOTATIUNS 

sch/arêr]  dispensadur  de  la  ustqueria,  maister  da  cumpartir. 
Délia  pwificatiun  dais  lûdeaus]  delg  natagiêr  suainter  la  lur 
escha,  che  s'  lauaiuen  inmiinchia  di  (éd.  in  main  dache). 


CAP.  m. 

(1)  Et  era  iin  hum  dais  phariseers  cun  num  Nicodemus, 
parzura  dais  liideaus,  (2)  aquel  uen  tiers  lesum  d'not,  &  dis 
agli:  Rabbi,  nus  sauain  che  tii  ist  gnieu  da  Dieu  par  iin 
maister.  Par  che  iingiiin  nu  po  fêr  aquellas  isainas,  quaelas 
che  tii  fses,  u  pœia  che  deus  saia  cun  el.  (3)  lesus  arespundét 
&  dis  agli  :  Par  Vg  uaira  ch'eau  dich  â  ti,  u  poeia  ch'iin  nascha 
zura  ingiu,  schi  nu  po  el  uair  rg(ed.  l'd)  ariginam  daDieu. 
(4)  Nicodemus  dis  ad  el  :  co  po  Thum  nascher  siand  uijlg? 
Po  el  forza  danœf  ir  aint  îlg  uainter  da  sia  mamma  &  na- 
scher? (5)  lesus  arespundét:  [313]  Par  l'g  uaira,  par  Y  g  uaira 
ch'eau  dich  â  ti,  u  pœia  che  Thum  nascha  da  l'ouua  &.  dalg 
spiert,  schi  nu  po  el  iraintîlg  ariginam  da  Dieu. (6)  Aqué  chi  es 
naschieu  dalla  chiarn  es  chiarn:  &  aqué  chi  es  naschieu  dalg 
spiert  es  spiert.  (7)  Nu  t'dêr  miiraueglia  ch'eau  hae  dit  â  ti  : 
uus  stuais  nascher  zura  ingiu.  (8)  L'g  spiert  sufla  iiinua  chel 
uoul,  &  tii  ôdas  la  sia  uusth,  mu  tii  nun  ses,  innuonder  chella 


L  EVANGILE  SELON   S.  JEAN  24  5 

uain  &  innua  chella  uo  Usehia  es  scodiin  qiiael  chi  es  naschieu 
deig  spiert.  (9)  Nicoiiemus  arespun  lét  &  dis  agli:  In  che 
mœd  paun  aquaistas  chiôses  duantêr?  (10)  lesus  arespundét 
&.  dis  agli:  Tii  istaquel  inaister  da  Israelis,  &  nu  saes  aquaistes 
chiôsês?  (11)  Par  l'g  uaira,  pa'lg  uaira  cli'eau  dich  â  ti  : 
aqué  che  nus  sauain,  dschain  nu-:  &  aqué  che  nus  hauain 
uis,  dains  pai'diitta  &  nossa  pardûtta  nun  arfschais  uus.  (12) 
Sch'eau  hse  dit  â  uus  chiôses  teiTe-gnes  &  nu  craias,  in  che 
mœd  gnis  â  crair,  sch'eau  dich  à  uus  chiôses  celesiiaelas  ?  (13) 
El  iitigiiiii  nu  uo  siin  schil  ôier  co  aquel  chi  es  gnieu  qui  da 
schii,  Tg  filg  delg  hum,  quel  chi  es  in  scliil.  (14)  Et  da  co  che 
Moses  ho  aduzô  la  zerp  îlg  deserd,  usehia  stouua  er  gnir  aduzô 
Vg  filg  delg  hum,  (15  par  clie  scodiin  chi  craia  in  el,  nu 
pijra,  dimperse  chel  hêgia  la  uitta  eterna.  fl6)  Per  che  usehia 
ho  dnus  araô  l'g  muonJ,  chel  ho  dô  ses  filg  sul  genieu,  par  che 
scodiin  chi  craia  in  el,  nu  pijra,  dimperse  [314]  hêgia  la 
uita  seterna.  (17)  Per  che  deus  nun  ho  tramis  ses  filg  îlg 
muond  par  chel  cundanna  l'g  muond,  dimperse  par  che  l'g 
muond  uigna  saluô  très  el.  (18)  Aquel  chi  craia  in  el  nu  uain 
cundannô.  Mu  aquel  chi  nu  craia  es  gio  cundannô,  per 
che  el  nun  ho  craieu  îlg  nuin  dalg  sul  genuieu  filg  da  Dieu.  (19) 
Et  aquaista  es  la  cun  ianaschun,  che  la  liiisth  es  gnida  îlg 
muond  &  la  lieud  haun  amo  plu  fick  la  sckiiii-ezza  co  la  liiisth. 
Per  che  lur  houres  eran  mêlas.  (20)  Per  che  scodiin  chi  fo 
mêl,  uuoi  mêl  â  la  liiisth,  né  uain  â  la  liiisth,  par  clie  sias 
houres  nu  uignen  iinbiiê  las.  (21)  Mu  chi  adroua  la  uai'lset, 
uain  à  la  liiisth  par  che  ses  f.us  saien  appalais,  &  che  saien 
fats  in  Dieu.  (22)  Dsieua  aqué  uen  lesus  &  ses  disci- 
puls  in  terra  da  Indea  &  dmiirêua  allô  cun  eis,  &  butta- 
giêua.  (23)  Mil  é  bairagiêua  er  loannes  in  Aennon  dspera 
Salim:  per  che  allô  erau  bgierras  ouuas,  &  gniuan,  &  giiiuan 
baltagiô-i.  (24)  Per  che  loli mnes  nun  era  auuch  a  cliiatschô 
in  praschun.  (25)  Er,  es  aluêda  sii  iina  diflerijntia  dais  disci- 
puls  da  loaunis  cun  l's  lii  leaus  dauard  la  piirifiuatiuii.  (26) 
Et  ueniien  tiers  loanneiu  &  dissen  agli  :  Ribbi,  aquel  chi  era 
cun  te  uisur  l'glordan.  ada  q  lel  che  tûh  ses  dô  lestiiuuniaunza  : 
uhé  aquel  battagia,  &  tuots  uignen  tiers  el.  (27)  loannes  ares- 
pundét &  dis:  l'huin  nu  po  ai'-[315]-schaiuer  qualchiô-ia,  u 
poeia  che  saia  agli  dô  da  scnil,  (28)  vus  suessa  isches  pardiitta 

16 


246  L  EVANGILE  SELON   S.  JEAN 

eh'eau  lise  dit:  Eau  nu  sunChristus,  dimperse  eau  sun  tramis 
auaunt  el.  (29)  Aquel  chi  ho  la  spusa,  es  spus,  &  Vg  amich 
delg  spus  aquel  chi  sto  &.  ôda  aquel,  &  s'allegra  cun  algrez- 
chia  parmur  de  la  uusth  delg  spus,  &  aquella  mia  algrezchia 
dimê  es  cumplida,  (30)  el  stuoua  crescher  &  eau  gnir  immi- 
nuieu.  (31)  Aquel  chi  es  gnieu  zura  ingiu,  es  sur  tuots.  Aquel 
chi  uain  our  de  la  terra,  es  terreng,  &  our  de  la  terra  fauel- 
a  el.  Aquel  chi  es  gnieu  giu  da  schil  es  sur  tuots  (32)  &  que 
chel  ho  uis  &  ho  udieu,  aqué  do  el  pardiitta,  &  la  sia  testi- 
muniaunza  nun  arschaiua  iingiûn.  (33)  Aquel  chi  arschaiua 
sia  testimuniauuza,  aquel  ho  isaglô  che  deus  saia  uraest.  (34) 
Per  che  aquel,  qusel  che  deus  ho  tramis,  fauella  la  uerua  da 
dieu.  Per  che  ad  aquegli  nu  do  deus  Vg  spiert  ad  imzùra.  (35; 
L'gbab  ama  l'g  fllg, (kho  dô  agli  tuottes  chiôses  aint  in  maun. 
(36)  Aquel  chi  craia  agli  filg  ho  la  uitta  aeterna,  mu  aquel,  chi 
nu  craia  agli  filg,  nu  uain  â  uair  la  uitta,  dimperse  l'ira  da 
dieu  arumagna  sur  el. 


CAP.  IIII. 

(1)  Sco  dimê  Tg  signer  hauét  sauieu,  che  l's  phariseers 
hauaiuen  udieu,  chel  faschaiua  plu  bgiers  discipuls  et  batta- 
giêua,  co  lohannes  :  (2)  cunbain  lesus  sues  nu  battagiêua, 
dimperse  ses  discipuls:  (3)  schi  abandunô  el  ludeam,  &  tirô 
uia  darchiô  in  Galileam.  (4)  Et  el  stuaiua  passer  très  la  Sama- 
riam.  (5)  Et  très  aqué  uen  el  in  la  cittêd  Samarise,  quael 
chi  uain  ditta  Sychar  dspera  l'g  bain,  quael  chi  det  lacob 
â  ses  filg  loseph.  (6)  Et  era  allô  la  funtauna  da  lacob.  lesus 
siand  dimê  staungel  dalg  uiêdi,  sezaiua  uschia  sur  la  fun- 
tauna. Et  era  intuorn  las  sijs  huras.  (7)  &  uen  iina  duonna  Sa- 
maritauna,  par  prender  sii  ouua.  lesus  dis  agli  :  Do  à  mi  da 
baiuer:  (8)  Perche  ses  discipuls  eran  ieus  aint  in  la  cittêd  par 
cumprêr  spaisa.  (9)  Et  aquella  duonna  Samaritauna  dimê 
dis  agli  :  In  che  mœd  tu,  siand  liideau,  dumandast  â  mi  da 
baiver,  quasla  chi  sun  ûna  duonna  Samaritauna?  Perche  l's 
lUdeaus  nun  haun  cuuigna  cun  l's  Samaritauns.  (10)  lesus 
aresi)ondét  &.  dis  agli  :  Schi  tii  saués  l'g  duii  da  dieu,  &.  chi  es 
aquel,  chi  disth  â  ti:  do  â  mi  da  baiuer,  sclii  hauést  tii  agra- 


L  EVANGILE   SELON   S.  JEAN  24  7 

giô  dad  el,  &.  haués  dô   â   ti   ouua  uiua.  (11)  La  duonna    dis 
agli:  Signer,  tii  aun  haes  cun  che  tii  trêias  sii,  &  Tg  puoz  es 
hôt,  innua  dimê  hsest  aquella  ouua  uiua?  (12)   Ist   forza   mêr 
co  nos  bab  lacob,  qiisel  chi  [307]  ho  dô  â  nus  l'g  puoz,   &  el 
sues  ho  bauieu  our  da  quel,  &  ses  filgs,   &    sia  muaglia?    (13) 
lesus   arespundét  &.    dis    agli  :   Scodiin   qusel   chi   baiua    da 
quaista  ouua,  aquel  uain  darchiô  ad  hauair  sait.  (14)  Mu  sco- 
diin qusel  chi  baiua  da  Touua,  quselach'eau  dun  agli,  nu  uain 
ad  hauair  sait  in  seterna,  mu   l'ouua   qusela    ch'eau  dun  agli 
duainta  in  el  iina  funtauna  saglianta  in  la  uitta  seterna.  (15) 
La  duonna  dis  agli  :  Signer,  do  â  mi  d'aquell'ouua,  ch'eau  nuu 
hêgia  sait,  né  ch'eau  uigna  aqui  â'  n'  prendar  sii.  (16)    lesus 
dis   agli:    vatten,  clamma  tes    marid  &    uitten  aqui.  (17)  La 
duonna  arespundét   &   dis  agli:  Eau  nun  hse  marid.  lesus  dis 
(dis)  agli:  Tii  hses  bain  dit,  eau  nun  hse  marid.  (18)    Per    che 
tii  hes  hagieu  sch'nc  marids,  &  huossa  aquel   che  tii    hses  nun 
estes  marid.  Aqué  hsest  dit  l'g  uaira.  (19)  La  duonna  dis  agli  : 
Signer,  eau  uez  che   tii  ist  iin  profet.   (20)  Nos   babuns   haun 
adurô  in  aquaist  munt  &  uus  dschais  (éd.  dschaia)  uschia  che 
â  Hierusalem  es  l'g  lœ  innua  che  s'astouua  adurêr.  (21)  lesus 
dis  agli  :  Duonna,  craia  â  mi,  che  uain  l'hura,   cura  che   uus 
nu  gnis  né  in  aquaist  munt  né  â  Ihérusalem  ad  adurêr  l'g  bab. 
(22)  Vus  adures  aqué   che  uus  nu  sauais,   nus   adurain    aqué 
che  nus  sauain,  per  che  l'g  saliid  es  dais  liideaus.  (23)    Mu  é 
uain  l'hura  &  es  huossa,  cura  che  l's  uairs  adurêdars  aduran 
l'g  bab  in  spiert  &  in  uardaet.  Per  che  er  l'g  bab  scher-[3l8]- 
chia  tais   chi  aduran  el.   (24)  Deus  es  spiert  &  aquels  chi  l'g 
aduran  el,  stouuan    adurêr    cun    spiert  &    uardset.    (25)  La 
duonna  dis  agli:  Eau  sse   che  Messias   uain   â  gnir,  qusel  chi 
s'  distli  Christus,  cura  dimê  chel  uain,  schi  uain  el  â  dir  â  nus 
tuottes  chiôses.  (26)  lesus  dis  agli  :  Eau  sun  aquel  chi  schaunsth 
cun  te.  (27)  Et  a  liintrat  uennen  ses  discipuls,  &.  s'asthmûraf- 
gliêuan,  chel  schanschêua  cun  la  duonna.  Imperscho    iingiiin 
nu  dis  :  che  scherohiastû  ?  u  par  che  schaunschast  tii  cun  ella? 
(28)  Et  la  duonna  très  aqué   laschô   la  sia  seggia,  &  tirô  uia 
in  la  cittêd,  &  dis  alshummens  :  (24)  Grni  &.  uezé  iin  hum  qusel 
chi  ho  dit  â  mi  tuotaqué  ch'eau  hse  fat:  es  forza  aquaist  aquel 
Christus?  (30)  Et  gietten  our  délia  cittêd  par  aqué  &  gniuan 
tiers  el.    (31)   Et  in    aqué  da  miz  l'g  aruêuan  l's   discip  uls 


248  L  EVANGILE  SELON   S.   JEAN 

dschant:  Rabbi,  mangia.  (32)  Mu  el  dis  ad  els  :  Eau  hse  iina 
spaisa  da  mangiêr-,  (jiiasla  che  uus  nu  saiinis.  (33)  Et  l'sdisci- 
puls  dschaiuea  dimê  iraunier  se  :  Ug  ho  torza  qualchiiin 
purtô  agli  chel  mangia?  (34)  lesus  dis  ad  els:  La  mia  spaisa 
es  cli'eau  fatscha  aqué  chi  uuol  aquel  chi  ho  tramis  me,  & 
ch'eau  ouiuplesch.i  la  sia  lauur.  '35)  Nu  dschais  uus  forza:  é 
suu  aunchia  quater  mais,  &  la  uies  uain  â  gnir.  Uhé  eau  dicb 
â  uus  :  huzô  uos  œilgs[319]  (kguardô  las  chiampagnas  per  che 
é  sun  gio  aluas  par  sohuiich  êria  mes.(3t3jEt  aquel  cLi  schun- 
chia  arschaiua  la  paiagla  :  &  cligia  l'g  fi  ût  in  la  uitta  seterna: 
par  che  er  a(iuel  chi  semna  s'aliegra,  &  er  aquel  chi  schunchia 
cun  el  insemmel.  (37)  Per  che  in  aquaist  es  l'g  plêd  uaira, 
ch'iin  ôieres  aquel  chi  semna,  &  un  ôter  aquel  chi  schunchia. 
(38;  Eau  hae  tramis  uus  â  schunchiêr  aqué  che  uus  nun  hauais 
lauurô.  Oters  haun  la[u]arô  &  uus  isches  anirôs  ilias  lur  fadias. 
{39j  El  our  da  quella  ciiiêd  craietten  bgiers  dais  Samaritau- 
ners  in  el,  très  l'g  plêd  de  la  duonna  chi  havét  dô  testimu- 
niaunza,  chel  haués  ditâsituot  aqué  chella  hanét  fat.  (40)  Et 
siand  gnieus  tiers  el  Ts  Samaritauners,  schi  l'g  aruêuan  é 
chel  stes  tiers  els:  &  el  stét  allô  duos  dis.  (41)  Et  bgiers  pliis 
craietten  très  sieu  plêd:  (42)  &  dschaiuen  â  la  duonna:  huossa 
très  tieu  Mraschunêr  nu  craian  nus  plii,  perche  nus  n's  suessa 
hauains  udieu  &  sauain,  che  aquaisi  sala  uairamangl'g  saluê- 
der  deig  muond  Christus.  (43)  Et  dsieua  duos  dis  s'partit  el 
da  16,  &  tiré  uia  in  Galileam.  (44)  Per  che  el  suessa  lesus  det 
testiiuuniiiU'iza,  che  ad  iin  profet  nu  gnis  spœrt  hunur  in  sia 
patria.  45;  Siaiid  diuiê  guieu  in  Galileam,  schi  l'g  haun  arf- 
schieu  l's  Grtlileeis  hauiand  uis  [tuottes  chiôses].  (46)  Et 
lesus  uen  darcliiô  in  Caua  da  Galiiese,  innua  hauaiua  fat  our 
dal'ouua  uin.  (48)  Et  era  iiu  scheit  curtischaun  delg  araig, 
da  qusel  l'g  filg  era  amallô  in  Capernaum.  Aquaist  hauiand 
udieu  che  lesus  era  gnieu  da  la  ludea  in  Galileam,  schi  tirol  uia 
tie  s  el,  à  Vg  aruêua  chel  gnis  giu  &  guaris  ses  filg,  pei*  che 
aquel  craiaua  (4S.  Et  lesus  dis  ad  aquel  :  u  pœia  che  uus  nu 
uezas  isainas  &  miracqiiels,  schi  nu  craias  uus.  (49i  Et  Tg 
curtischaun  disadel:  Signer,  uijiten  giu,  auns  co  che  mes 
filg  muora.  (50)  lesus  dis  agli  :  uaiten,  tes  fiig  uiua.  L'hum 
crfiiét  a  gplêi,  quael  chi  liaiiaiua  dit  agli  lesus,  &  giaua.  ^51) 
Et  alhura  giand  el  giu  schi  uenneu  agli  incunter  l's  famalgs. 


L  EVANGILE  SELOX  S.  JEAN  249 

&  Vg  piirtaun  la  nuuella,  dschant:  Tes  filg  uiua.  (52)  Mu  el 
dumancô  ail  aquels  Thura,  in  aquaela  el  fiis  stô  imgiurô.  Et 
dissen  agli:  Hijr  â  las  set  huras  Vg  nbandunô  la  feuiira.  (53) 
Et  l'g  bab  cun>chét  che  aquella  eia  Thura,  in  aquaela  lesus 
haués  dit  agii  :  tes  filg  uiua,  &  craiét  el  &  tuotta  sia  chiêsa. 
(54)  Aquaista  darchiô  secuomia  isaina  ho  fat  lesus,  cura  chel 
uen  da  la  ludea  in  Galileam. 


[321]  CAP.  V. 

(1)  Dsieua  aquaistas  chiôses  era  iina  festa  dais  lu  leaus,  & 
lesus  giet  sii  â  Hierusalem.  (2)  Et  â  Hieru'^alem  es  iin  iaua- 
duoijr  tiers  la  plazza  de  la  naiiaglia,  quael  chi  uain  anumnô  in 
Hebreesth  Bethseda,  quael  chi  ho  schinc  uorgs  :  (3)  in  aquels 
giascliaiua  iina  granda  quantitaed  d'amalôs,  d'or|»hs,  d'zops, 
d'cuntrats  quasls  chi  aspettêuan  Ig'  amuentêr  de  Touua.  (4) 
Per  che  Ig'  aungel  gniua  giu  d'iin  schert  tijmp  îlg  lauadoijr, 
&  turbléua  Touua.  AIhura  Ig'  priirn  chi  giaiua  giu  dsieua  che 
l'onua  era  turblêda,  schi  duantêua  el  saun  da  scodiina  mala- 
tia.,  chel  hauaiua.  Et  era  allô  iin  hum  quael  chi  haiiaiua  hagieu 
iina  malatia  trent'oick  ans.  Aquel  hauiand  uis  lesus  giaschand 
giu,  &  hauiand  sauieu  che  gio  da  bgier  tijmp  el  hauaiua  iina 
malatia,  schi  dis  el  agli  :  Vuost  gnir  saun?  L'g  amaiô  arespun- 
dét  agli  :  Signer,  eau  nun  hae  iin  hum,  che  cura  che  Tonua  es 
turblêda,  chi  metta  me  ilg  lauadoijr.  Mu  intaunt  ch'eau  uing, 
schi  uo  gio  iin  ôter  giu  auaunt  me.  (8)  lesus  dis  agli  :  sto  sii, 
prain  tieu  grauat&  chiamina.  (^9)  Et  aquel  hum  es  impestiaunt 
duantô  saun,  à  prandét  sieu  grauat  &  chiaminêua.  Et  in  aquel 
di  era  l'g  sabbath.  (lOj  Et  l's  ludeaus  dschaiuen  ad  aquegli, 
chi  era  fat  saun  :  elg  es  sabath,  é  nun  es  à  ti  licit  da  purtêr 
Ig'  grauat.  (11)  Mu  el  are-[322]-spondét  ad  els  :  Aquel  chi  m' 
ho  fat  saun,  les  ho  dit  â  mi  :  prain  tieu  grauat  &.  chiamina.  (12) 
Et  l'g  dumandêuan  :  Chi  es  aquel  hum,  chi  ho  dit  â  ti  :  prain 
tieu  giauat  &.  chiamina?  (13)  Et  aquel  chi  era  gnieu  saun  nu 
sauaiua  chi  aquel  fiis.  Per  che  lesus  era  trat  sur  iin  maun,  per 
che  in  aqué  lœ  era  bgier  pœuel.  (14)  Dapoeia  l'g  acchiattô 
lesus  îlg  taimpel,  &  dis  agli:  Uhé  tii  ist  fat  saun,  aqui  dsieua 
nu  pchiêr,   che  nu  gratiagia  â  ti  iinqualchiôsa  pijs.  (15)  Et 


250  L  EVANGILE   SELON   S.   JEAN 

aqiiel  hura  tirô  uia,  &  dis  als  lûdeaus,  che  fus  lesus,  da  quaei 
chel  fus  guarieu.  (16)  Et  très  aqué  Ts  liïdeaus  persequitêuan 
lesum,  &  selierchiêuan  dalg  amazêr,  per  che  el  haués  fat 
aquaistas  chiôses  îlg  sabatli.  (17)  Et  lesus  arespundét  ad  els: 
Mes  bab  iufina  ad  aquaist  tijmp  lauura,  &  er  eau  lauur.  (18) 
Par  aqué  dimê  scherchiêuan  l's  lûdeaus  plu  fick  dalg  amazêr, 
per  che  el  riun  liaués  sulamaing  ariiot  Vg  sabath,  mu  el  haués 
er  dit  che  dieufiis  ses  bab,  s'  faschiand  se  ingusel  â  dieu.  (19) 
Et  allô  très  arespondét  lesus  &  dis  ad  els  :  Par  Tg  uaira,  par 
l'g  uaira  ch'eau  dich  â  uus,  che  l'g  filg  nu  po  fèr  da  se  sues 
iinqualchiôsa,  upœia  ch'el  ueza  faschand  iinqualchiôsa  l'g  bab, 
par  che  inmiinchia  chiôsa  che  aquel  fo,  aquella  prœpia  fo  er 
l'g  filg.  (20)  Par  che  l'g  bab  uuol  bain  algfiig,  &  amuossa  agli 
tuottes  chiôses  quselas  chel  fo  :  &.  [323]  uain  ad  amussêr  agli 
plii  graridashoures  co  aquellas,che  uus  gnis  à 's  astmiirafgliêr. 
(21)  Par  che  da  c(h)o  che  l'g  bab  astdaista  sii  l's  morts  6i  l's  fo 
uifs,  uschia  er  l'g  filg  fo  uifs  aquels  chel  uuol.  (22)  Par  che  l'g 
bab  nu  giiidichia  alchiûn,  dimperse  el  ho  dô  zuond  l'g  giiidic' 
agli  filg:  (23)  par  che  tuots  hunuran  l'g  filg,  da  co  che  hunu- 
ran  l'g  bab.  Aquel  chi  nun  hunura  l'g  filg,nun  hunural'g  bab, 
quel  chi  ho  tramis  aquel. (24,  Par  l'g  uaira,  par  l'g  uaira,  ch'eau 
dich  â  uus,  quael  chi  ôda  mieu  plêd,  &;  craia  ad  aquegli  chi  ho 
tramis  me,  ho  la  uitta  seterna,  &  nu  uain  â  passer  da  la  muort 
in  la  uitta.  (25)  Par  l'g  uaira,  par  l'g  uaira  dich  eau  â  uus, 
che  uain  â  gnirl'hura,  &  es  huossa,  cura  che  l's  morts  uignen 
ad  udir  la  uusth  dadieu:  &  aquels  chi  ôdan  uignen  â  uiuer 
(26j  Per  che  da  co  chelg  bab  ho  la  uitta  in  se  suessa,  uschia 
ho  el  dô  er  agli  filg  dad  hauair  la  uita  in  se  suessa:  (27)  &  pu- 
saunza  ho  el  dô  agli  er  da  giiidichiêr,  per  che  el  es  filg  dalg 
hum.  (28)  Nu  's  dsed  miiraueglia  da  quaist  :  per  che  é  uain  â 
gnir  l'hura,  in  aquaela  tuots  quaels  chi  sun  ils  mulimains  uignen 
ad  udir  la  sia  uusth,  (29)  &  uignen  â  gnir  oura:  aquels  chi 
haun  fat  bain,  in  aresiistaunza  de  la  uitta,  &.  aquels  chi  haun 
fat  mêl,  in  aresiistanza  de  la  cundanaschun.  (30)  Eau  nu  pos 
da  me  m'ues  [324]  fér  iinqualchiôsa  :  suainter  co  eau  ôd,  u- 
schiagiiidg  eau.<kmieu  giiidici  es  giiist: Perche  eaunuscherck 
la  mia  uoluntaed,  dimperse  la  uoluntsed  da  quel  chi  ho  tramis 
me,  dalg  bab,  (31)  Sch'  eau  des  testimuuianza  de  me  m'ues, 
la  mia  testimunianza  nu  fiis  uaira.  (3"J)  Elgesiin  ôterqusel  chi 


L  EVANGILE   SELON  S.   JEAN  251 

do  testumunianza  da  me,  &  eau  sae  che  la  sia  testimuniaunza 
quela  chel  do  da  me,  es  uaira.  (33)  Vus  hauais  tramis  tiers 
loannem,  &  aquel  ho  dô  testimuniaunza  â  la  uardèd.  (34)  Mu 
eau  nun  arschaif  testimuniaunza  dalg  hum,  dimperse  eau  dich 
aquaist  â  uus,  par  che  uus  duaintas  salfs.  (35)  Aquel  era  iina 
liiisth  ardainta  chi  liuschaiua,  mu  uus  nu  's  hauais  uulieu  al- 
legrêr  in  sia  liiisth.  (36)  Mu  eau  hae  iina  mêr  testimuniaunza 
co  aquella  testimuniaunza  de  loannis.  Per  che  las  houres, 
quselas  chi  ho  dô  â  mi  Vg  bab,  par  ch'  eau  fatscha  aquellas, 
aquellas  prœpias,  dich  eau,  houres,  quselas  ch'  eau  fatsth, 
daun  testimuniaunz  da  me,  che  l'g  bab  hêgia  tramis  me.  (37) 
Et  l'g  bab,  qusel  chi  ho  tramis  me,  el  suessa  ho  dô  testimu- 
miaunza  da  me.  Né  hauais  mse  udieu  la  sia  uusth  né  hau- 
ais mae  uis  la  sia  fiiira:  (38)  &  sieu  plêd  nun  hauais  uus  chi 
aefda  in  uus,  perche  ad  aquegli,  quael  chel  ho  tramis,  nu 
craias  uus.  (39)  Examinôlas  scrittiiras,  perche  uus  pissés,  uus 
hêgias  in  ellas  la  uita  seterna,  &  aquellas  sun  aquel-[325]-las 
chi  daun  pardiitta  da  me  :  (40)  né  uulais  gnir  tiers  me,  par  che 
uus  hêgias  la  uitta.  (41)  Eau  nun  arschaif  glœrgia  délia  lieud, 
(42)  mu  eau  he  cunschieu  uus,  che  uus  nun  hauais  Tamur  da 
dieu  in  uus.  (43)  Eau  sun  gnieu  in  num  da  mes  bab,  &  uus 
nun  arfschais  me.  Sch'iin  ôter  uain  in  sieu  num,  les  arfschais 
uus.  (44)  In  che  mœd  pudais  uus  crair  quaels  chi  arfschais 
da  uus  traunter  pêr  la  glœrgia  &  la  glsergia,  quela  chi  uain 
dad  iin  sul  dieu  nu  scherchies  uus  ?  (45)  Vus  nu  daias  pisser, 
ch'eau  uigna  ad  acchiiisêr  uus  tiers  l'g  bab.  Elg  es  Moses  quael 
chi  acchiiisa  uus,  in  aqusel  uus  hauais  spraunza.  (46)  Per  che 
schi  uus  hauesses  craieu  â  Mosi,  schi  hauesses  craieu  schert 
er  â  mi  :  per  che  aquel  ho  scrit  da  me.  (47)  Mu  schi  uus  nu 
craias  â  ses  scrits,  co  uulais  crair  â  mes  pieds  ? 

ANNOTATIUNS 

Vuoi'gs]  portis  u  buorgs. 

CAP.  VI. 

(1)  Dsieua  aqué  tirô  lesus  uia  sur  l'g  mêr  da  Galileae,  chi 
es  da  Tiberiadis,  (2)  &  giaua  dsieua  el  iin  grand  pœuel,  per 
che   els  uezaiuen  las  isainas  chel  fatschaiua  siiu  aquels  chi 


252  I.'ÉVANGILE  SELON  S.  JEAN 

eran  amalôs.  (3)  Et  lesus  giet  siilg  munt  &  sezaiua  allô  cun 
ses  discipiils.  (4)  Et  s'aprusniêua  pastliqua  la  festa  dais  lii- 
deaus.  (5)  Mu  hauiand  lesus  hnzô  ses  œilgs,  &  ueziand  che 
gniua  iiii  grand  pœiiel  tiers  el,  sclii  dis  el  ad  [326]  Phil)p[|i]uia  : 
Innua  daiens  cuniprêr  paun,  che  aquaists  mangiau  ?  ^6]  Et 
aqué  dschaiua  el  par  l'g  apruêr,  per  che  el  sauniua  bain  che 
el  uulaiua  fêr.  (7)  Philippus  ares|iondet  agli  :  Par  duaschient 
danêi'S  d'  paiiii  nu  faschesseii  anuonda  ad  afjuels,  che  |iùr 
inniuiichiiin  prandés  dick  iiu  pô.  (8"^  Andréas  frèr  da  Simonis 
Pétri  un  dais  ses  discipuls  dis  agli  :  (9)  Elg  es  iin  mattél  aqui, 
quael  clii  ho  schinc  pauns  d'iiœrdi  &  duos  pesilis  :  mu  che  fo 
aqué  trannter  tannts  bgiers?  (10^  lesus  disch  :  fasché  che  la 
lieud  spzan  giu.  Et  era  in  aqué  loe  bgierr'  herua.  Et  .-^azettea 
dinoé  giu  un  iniunnber  intuorn  da  schinc  milli  humens.  (11)  Et 
lesus  prandét  Ts  panns,  &  cura  chel  hauét  fat  gracias,  schi  Ts 
cumpanit  el  â  ses  discipuls  :  &  l's  disciimls  ad  aquels  chi 
sezaiuen.  Et  suragiauntaraang  er  dais  pesths  quant  che  n'uu- 
laiuen.  (12)  Et  siand  gnieus  plains  schi  dis  el  als  discipuls  : 
Cligié  insemmel  aquels  togs  chi  sun  avanzôs,  che  nu  giaia  iin- 
guotta  â  perdar.  (13)  Et  cligietten  sii  &  implitten  dudesth 
scherls  dais  togs  dais  schinc  pauns  d'hoerdi,  quaels  chi  eran 
auanzôs  ad  aquells  chi  hauaiuen  rnangiô  (14)  Et  aquels  hum- 
naens  hauiand  uis,  che  lesus  hauaiua  tat  ùna  isaina,  dschaiuen  : 
Aquaist  es  uairainang  aquel  profet  chi  daiua  gnir-  îlg  muond. 
(15j  Et  hauiand  lesus  sauieu  che  uulaiuen  gnir  alg  dér  d'maun 
par  Tg  fêr  araig,  schi  det  el  loe  sullét  dar-[327]-chiô  îlg 
munt.  (16)  Et  siand  gnieu  saira,  schi  gietten  ses  discipuls  giu 
alg  mêr,  (171  &  siand  muntôs  in  barchia,  giaiuen  é,  passand 
uia  l'g  mêr,  â  la  citêd  Capernanm.  Et  era  gio  sckiiir,  né  lesus 
era  gnieu  tiers  els.  (18)  Et  l'g  raêr  suflant  l'oura  s'asthcuf- 
flêua.  (I9j  Et  hauiand  els  culs  (éd.  auls)  areméls  nauigiô  intu- 
orn uaing  e  schinc  stêdis  u  trenta,  schi  uezetten  els  lesum  chia- 
minand  sur  l'g  raêr,  &  s'aprusmand  â  la  nêf,  &  tmetten.  (20) 
Mu  el  dis  ad  els:  Eau  sun,  nu  tmé.  (21)  Et  l'g  uousen  prender 
aint  in  la  nêf,  6:  adiintrat  la  nêf  fiit  aîiuêda  â  terra  ad  aquela 
chels  giaiuen.  (^22)  Ilg  di  dsieua  la  lieud  quela  chi  stêua  ui  sur 
l'g  mêr,  sco  ella  uezét,  che  nun  era  allô  ôtras  uauettas  ôter 
00  aquella  sula,  in  aquella  eran  stôs  ieu  aint  ses  discipuls 
che  lesus  nun  era  ieu  aint  in  la  navetta  cun  ses  discipuls  :  mu 


l'évangile  selon  s.  JEAN  253 

che  l's  discipuls  suUéts  fiissen  tirôs  uia.  (23^  Mu  é  uennen  in 
aquella  ô'ras  nauettas  da  Tiben«de  dspeia  Vg  lœ  innua  che 
haiiaiuan  mangiô  Vg  paun,  dsieua  che  l'g  signer  hauaiua  fat 
gracias.  (24)  Et  hauiand  uis  la  lieud,  che  lesus  nu  fus  allô  né 
ses  discipuls,  schi  gietten  (en)  er  els  in  las  nauettas,  &  uen- 
nen â  Capprnaum  scherchiand  lesum,  (25)  Et  cura  chels  Tg 
acchiataun  uisura  l'g  mêr,  schi  dschetten  é  agli  :  Rabi,  cura 
istgnieu  aqui?  (2(5)  lesus  aresputidét  ad  els  &  (iis  :  Parl'guaira 
dich  eau  â  uus  :  uns  scherchises  me,  brichia  par  che  uus  hêgias 
uis  isainas,  mu  par  che  uus  hauais  mangiô  dais  [328]  [launs 
&  isches  asadulôs.  (27)  'S  afadiô  dsieua  iina  spisa  qusela  chi  nu 
s'  perda,  mu  chi  diira  in  la  uitta  aeterna,  qnaeia  che  l'g  filg 
delg  hum  uain  â  dêr  â  uus,  par  che  deus  bab  ho  issaglô  aquel. 
(2H)  Et  é  dissen  ad  e)  :  Che  dains  fêr  âfêr  las  houres  dadieu? 
(29)  lesus  arespondét  &  dis  ad  els  :  Afjuaista  es  l'houra  da 
dieu,  che  uus  craias  in  aquel,  quasi  chel  ho  tramis.  (30'  Et 
dissen  agli  :  Che  isaina  fêst  lii  dimê,  che  nus  uezan  &  craian 
â  ti  ?  che  houres  fêst  tii?(31)  Nos  babuns  haun  mangiô  la 
manna  îlg  deserd,  suainter  che  sto  scrit  :  L'g  paun  da  schil 
hol  dô  ad  els  da  mangiêr.  (.r2)  Et  lesus  dis  ad  els  :  Par  l'g 
uaira,  par  l'g  uaira  cli[e]  Mo>es  nun  ho  à  uus  dô  aquel  paun 
da  schil,  dimperse  mes  bab  do  â  uus  l'g  uair  paun  da  schil. 
(33)  Fer  che  l'g  paun  da  dieu,  quael  chi  es  gnieu  giu  da  schil, 
do  la  uitta  agli  muond.  (34)  Et  dissen  ad  el  :  Signer,  do  adiina 
â  nus  d  aqué  paun.  (35)  Et  lesus  dis  ad  els  :  Eau  sun  l'g  paun 
de  la  uitta.  Aquel  chi  uain  tiers  me,  nu  uain  ad  hauair  fam, 
&.  chi  craia  in  me,  me  nun  uain  ad  hauair  sait.  (36)  Mu  eau 
hae  dit  â  uus,  che  uus  m'hauais  er  uis  né  craias.  (37)  Tuot 
aqué  chi  do  à  mi  l'g  bab,  uain  â  gnir  tiers  me,  &  aquel  chi 
uain  tiers  me,  nu  chiatsth  eau  oura.  (38)  Fer  che  eau  sun 
gnieu  giu  da  schil,  brichia  par  fêr  aqué  ch'eau  uœlg  eau,  dim- 
perse aqué  chi  uuoi  aquel  chi  ho  tramis  m*^.  (39)  Et  aquaista  es 
la  uoluntsed  dalg  bab  quael  chi  ho  [3.^9]  tramis  me,  ch'eau 
nu  perda  iinguotta  da  tuot  aqué  chel  ho  dô  â  mi,  dimperse 
ch'eau  arisiista  aqué  îlg  plii  dauous  di.  (40)  Et  aquaista  es  la 
uolunised  da  quel  chi  ho  tramis  me,  che  scodiin  quael  chi  uaia 
l'g  filg  da  dieu  &  craia  in  el,  hêgia  la  uitta  aeterna,  &  eau  l'g 
uœlg  astdastdêr  sii  îlg  plii  dauous  di.  (41)  Et  l's  liideaus  brun- 
lêuan  dad  el.  chel  hauét  dit  :  Eau  sun  aquel  paun  quael  chi 


254  L  EVANGILE   SELON  S.   JEAN 

Sun  gnieu  giu  da  schil.  (42)  Et  dschaiuen  :  nun  es  aquaist  l'g 
û\g  da  loseph,  da  qusel  che  nus  cunschain  l'g  bab  <k  la  mamma? 
Co  -iiniê  distb  aquaist  :  eau  sun  gnieu  giu  da  scbil  ?  (44)  Et 
lesus   arespondét  &    dis  ad  els  :  Nu  bruntlô  traunter  uus. 

(44)  Ungiun  nu  po  gnir  tiers  me,  upœia  che  l'g  bab,  quael  chi 
ho  tramis  me,  l'g  trêia,  &  eau  l'g  arisûsta  îlg  plu  dauous  di. 

(45)  E  sto  scrit  ils  profets  :  é  uignen  ad  esser  tuots  amussôs 
da  dieu.  Scodiin  dimê,  chi  ho  udieu  delg  bab  &  imprais,  uain 
tiers  me  :  (46)  brichia  che  alchiun  hêgia  uis  l'g  bah  ôter  co 
aquel,  chi  es  gnieu  da  dieu  ;  les  ho  uis  l'g  bab.  (47)  Par  l'g 
uaira,  par  l'g  uaira  dich  eau  â  uus,  qusel  chi  s'  fida  in  me  ho 
la  uitta  eterna.  C44)  Eau  sun  aquel  paun  de  la  uitta.  (49)  Vos 
babuns  haun  mangiô  la  manna  îlg  deserd,  &  sun  morts. 
(50)  Aquaist  es  aquel  paun  chi  uain  giu  da  schil,  par  ch'lin 
qualchiiin  mangia  da  quel,  &  nu  muora.  (51)  Eau  sun  l'g  uif 
paun,  qusel  chi  sun  gnieu  da  schil  :  sch'  iinqualchiiin  mangia 
[330]  our  da  quaist  paun,  schi  uain  el  â  uiuer  in  seterna.  Et 
l'g  paun  qusel  ch'eau  uingâ  dêr,  es  lamia  chiarn,  qusela  ch'eau 
uing  â  dêr  par  la  uitta  delg  muond.  (52)  Et  l's  liideaus  chiam- 
pastêuan  traunter  pêr,  dschant  :  Co  po  aquaist  dêr  â  nus  sia 
chiarn  da  mangiêr?  (53)  Et  lesus  dis  ad  els:  Par  l'g  uaira,  par 
l'g  uaira  dich  eau  â  uus,  upœia  che  uus  mangias  la  chiarn 
daig  filg  delg  hum  &  che  uus  baiues  sieu  saung,  schi  nun 
hauais  la  uitta  in  uus.  (54)  Aquel  chi  mangia  la  mia  chiarn 
&  baiua  mieu  saung,  ho  la  uitta  seterna  :  &  eau  uing  alg 
arisiistér  îlg  plii  dauous  di.  (55)  Per  che  la  mia  chiarn  es  uai- 
raraang  iina  spisa,  &  mieu  saung  uairamang  iina  bauaranda. 
(56)  Aquel  chi  mangia  mia  chiarn  &.  baiua  mieu  saung,  sto 
in  me  &  eau  in  el.  (57)  Suainter  chi  ho  tramis  me  l'g  uiuaint 
bab,  uschia  er  eau  uif  parmur  delg  bab,  &  uschia  er  chi  man- 
gia me,  uain  er  el  â  uiuer  parmur  d'  me.  (58)  Aquaist  es 
aquel  paun,  qusel  chi  es  gnieu  giu  da  schil  :  brichia  sco  uos 
babuns  mangiaun  la  manna,  &  sun  morts  :  aquel  chi  mangia 
aquaist  paun  uain  â  uiuer  in  eterna.  (59)  Aquaistas  chiôses 
hol  dit  amussand  in  la  sjnagoga  in  Capernaum.  (60)  Et  bgiers 
dimê  da  ses  discipuls  hauiand  udieu  aquels  plêds,  dschaiuen  : 
Aquaist  es  iin  diirfaflér.  Chi  l'g  po  udir?  (61)  Mu  sauiand  lesus 
tiers  se  sues  che  ses  discipuls  bruntléuan  d  aqué,  schi  dis  el 
ad  els  :  Aquaist  [SSl]  's  do  sckiandel?  ''62)  Che  dimê  schi 


L  EVANGILE  SELON  S.   JEAN  25  5 

uus  gnis  â  uair  l'g  filg  dalghum  ir  sii  innua  chel  era  uiuaunt? 

(63)  L'g  spiert  es  aquel  clii  uiuainta,  la  chiarn  nu  niizzaigia 
iinguotta.  La  uerua  ch'eau  fauel   eu  uus  es  spiert  &  uitta. 

(64)  Mu  é  Sun  qualchiûivs  d'uus  quasls  chi  nu  craien.  Per  che 
lesus  sauaiua  da  piùm  inô  aquels  chi  fiissen  chi  nu  craiessen 
&  qusel  chi  gniua  alg  tradir  el.  (65)  Et  dscliaiua  :  Très  aquaist 
hae  eau  dit  â  uus,  che  ûngiiin  nu  po  gnir  tiers  me,  upœia  che 
saia  agli  dô  da  mes  bab.  (66)  Da  que  tijrap  inuia  bgiers  da 
ses  discipuls  stetten  giu,  l'g  hauiand  abandunô,  né  giaiuen 
plii  cun  el.  (67)  Et  Jésus  disth  als  dudesth  :  Vulais  forza  er 
uus  tirer  uia?  (QS)  Et  Simon  Petrus  arespondét  agli  :  Signer, 
tiers  chi  dains  ir?  tii  hses  la  uerua  dalla  uitta,  (69)  &.  nus 
craian  &  cunschain  che  tii  ist  Christus  filg  dalg  uif  dieu. 
(70)  lesus  arespundét  agli  :  Nun  hae  eau  forza  scharnieu  uus 
dudesth,  &  iin  d'uus  es  iin  diauel?  (71)  Mu  el  dschaiua  daluda 
da  Simonis  Iscariotta,  per  che  aquel  gniua  alg  tradir,  siand 
el  iin  dais  dudesth. 


CAP.  VIL 

(1)  Dsieua  aquaist  afdêua  lesus  in  Galilea,  per  che  el  nu 
uulaiua  afdêr  in  ludea,  per  che  Ts  liideaus  seherchiêuan  da 
l'g  amazêr.  (2)  Et  era  ardaint  la  festa  dais  liideaus  Scenopa- 
gia.  (3)  Et  dimê  schi  dissen  ses  frars  agli  :  T'partat  da  qui,  & 
uo  in  ludeam,  ch'er  tes  discipuls  uezan  las  tias  heures  che  [tlii 
fêst.  (4)  Par  che  iingiiin  nu  fo  iinqualchiôsa  [322]  ad  ascus, 
sch'el  scherchia  suessa  chel  saia  appallais.  Schi  tii  fses  aquai- 
stas  (s)chiôses,  schi  t'appalainta  te  d'ues  agli  muond.  (5)  Per- 
che ner  ses  frars  craiauen  bain  en  el.  (6)  Mu  lesus  dis  ad  els  : 
Mieu  tijmp  nun  es  aunchia  gnieu,  mu  l'g  uos  es  saimper  ap- 
pinô.  (7)  L'g  muond  nu  po  uulair  mêl  â  uus,  mu  â  mi  uuol  el 
mêl,  per  che  eau  dun  testimuniaunza  del  che  las  sias  houres 
saien  mêlas.  (8)  Izen  uus  sii  ad  aquaista  festa.  Eau  nu  uœlg 
aunchia  ir  sii  ad  aquaista  festa,  per  che  mieu  tijmp  nun  es 
aunchia  cumplieu.  (9)  Et  hauiand  ditaqué  ad  els,  schi  aruma- 
gnét  el  in  Galileam.  (10)  Et  sco  ses  frars  fiitten  ieus  sii,  schi 
giet  er  el  sii  â  la  festa,  brichia  appalais,  mu  sco  ad  ascus. 
(11)  Et  l's  liideaus  l'g  seherchiêuan  sii  la  festa,  &  schaiuen  : 
innua  es  aquel?  (12)  Et  era  iin  grand  bruntel  îlg  poeuel  dad 


256  LEVAiNGÎLE  SELON  S.   JEAN 

el.  Per  che  qualchiiins  giaiuen  :  el  es  bun,  &  qualchûns  ôters 
dschaiuen  :  nun  es,  mu  el  surmairia  Vg  pœuel.  (13)  Imperscho 
urigiiio  nu  faflêua  dad  el  auert^imaiig  par  terama  ilals  lûdeaus. 
(14)  Et  siand  gio  fat  meza  la  festa,  schi  giet  lesiis  siiig  taim- 
pel  &  araussêua.  (15)  Et  l's  lii  leaus  s'astmùrafgliêiian,  dschant: 
In  che  guisa  so  aquaist  letra,  nun  hauiand  iraprais?(16)  lesus 
arespundét  ad  el  &.  dis  :  ha  mia  diittrina  nun  es  rnia.  dimperse 
da  quel  chi  ho  tramis  me.  (17)  Schi  iinqualchiûri  uuol  ubedir 
â  la  sia  uoluntaed,  schi  uain  el  â  cugnioiischei',  sch'ella  es  da 
dieu,  u  sch'eau  fauel  da  me  m'ues  [333]  sa.  (18)  Aquel  chi 
fauella  da  se  suessa,  aquel  scherchia  sia  segna  gloergia.  Mu 
aquel  chi  scherchia  la  glœrgia  da  quel,  chi  l'g  ho  tramis, 
aquel  es  uraest,  &  nusthdset  nun  es  in  el.  (19)  Nun  ho  forza 
Moses  dô  â  uus  la  lescha,  &  im|»erscho  iingiiin  d'uus  nu  salua 
culs  fats  la  lesi:ha?  Che  scherchies  da  m'aranzêr?  (20)  L'g 
pœuel  arespundét  &  dis  :  Tii  hses  l'g  dimuni.  Chi  scherchia 
da  t'araazêr  ?  (21)  lesus  arespundét  &  dis  ad  els  :  iina  houra 
he  eau  fat  &  tuots  's  astmiiiafgliaes.  (22;  Par  aqué  Moses  ho 
dô  â  uus  la  circuncisiun,  brichia  chella  saia  da  Mose,  mu 
dais  babuns,  &   imperscho  îlg  sabath  circuncidais  l'g  hum. 

(23)  Schi  l'g  hum  arschaiua  la  circuncisiun  siilg  sabath  &  la 
lescha  da  Mosi  nu  uain  aruotta,  per  che's  agritantaes  uus  in- 
cunter  me,  per  ch'eau  hae  fat  ziiond  l'g  hum  saun  îlg  sabath? 

(24)  Nu  giiidichiô  suainter  la  uaisa,  dimperse  giûdichiô  cun 
giiist  giiidici.  (25)  Et  iinqualchiiins  da  quels  da  Hieru>alem 
dschaiuen  :  Nun  es  aquaist  aquel  che  scherchiêuan  d'umazêr? 
(26)  Imperscho  uhé  chel  fauella  auertamang,  &  nu  dian  agli 
iinguotta.  Haun  forza  l's  parzuras  iiairainang  cunscliieu,  che 
aquaist  saia  uairamnng  Christus?  (27)  Mu  aquaist  sauain  nus, 
inuonder  chel  es  :  mu  Christus  cuia  chel  uain,  nu  so  iingiiin, 
innuonder  chel  es.  (28)  Et  lesus  clamêua  îlg  taimpel  amus- 
sand,  &  dschant  :  Et  me  cunschais  uus,  &  innuonder  ch'eau 
[334]  Sun  sauais  uus  :  &  da  me  m'ues  nu  sun  eau  gnieu,  dim- 
perse el  es  urêsth  aquel  chi  ho  tramis  me,  quael  che  uus  nu 
cunschais.  (29)  Mu  eau  cugniousth  el,  per  che  eau  sun  gnieu 
dad  el,  &  el  ho  tramis  me.  (^30)  Et  scherchiêuan  dalg  appigliêr 
&  ungiiin  nu  matét  in  el  mauns,  per  che  é  nun  era  aunchia 
gnieu  la  sia  hura.  (31)  Et  dalg  pœuel  craietten  bgiers  in  el  & 
dschaiuan  :  Cura  Christus  uain,  uain  el  forza  â  fêr  plii  isainas 


LEVAXGILE  SELON   S.   JEAiN  257 

co  nun  ho  fat  aquel  ?  (32)  L's  phariseers  uditten  bruntlant 
l'g  pœiiel  aqnaist  dad  el,  à.  l's  pliariseers  &  l's  parzuras  dels 
sacerdots  tramtétten  l's  seruiains,  che  \'g  desseii  a|)pigliêr. 
(33)  El  lesus  dis  ad  els  :  aunchia  un  pô  d'un  tijmp  sun  eau  cun 
uus,  alhiiratir  eau  nia  tiers  aquel  chi  ho  tramis  me,  (34)  et 
uus  m'schercliises  &  nun  accliiataes.  Et  innua  ch'eau  sun,  uus 
nu  pudais  gnir.  [3ô,  Et  l's  ludeaus  dschaiuen  tiaunter  els  ; 
Innua  uuol  ir  aquaist,  nus  nu  l'g  achiatten  ?  Vuol  el  ijr  t'orza 
traunter  l's  paijauns?  (36)  Che  [ilêd  es  Bijuaist  chel  ho  dit  : 
uus  schieich  ses  me,  &  nu  gnis  âm  acchia'êr,  &  innua  ch'eau 
sun,  nu  pudais  uus  gnir  ?  (37)  El  îlg  più  dauous  grand  di  de  la 
festa  stêua  lesus  &  clamêua,  dschant  :  Sch'iiiiqualchiiin  ho 
sait,  schi  uigiia  tiers  me  &  baiua.  (38)  Aquel  chi  craia  in  me, 
suainter  chi  disth  la  scriitiira  :  uignen  â  cuorrer  da  sieu  uain- 
ter  flûms  d'ouua  uiua.  (39)  Mu  aqué  dschaiua  el  delg  spiert, 
qusel  chi  gniuan  ad  arschaiuer  aquels  chi  craiauen  in  el.  Per 
che  l'g  spiert  [335]  ^senc  nun  eia  aunchia,  per  che  lesus  nun 
era  aunchia  glorifichiô.  (48)  Et  bgiers  dalg  pœuel  hauiand 
udieu  aqué  plêd  dschaiuan  :  aquaist  es  uairamang  iin  protêt. 
(41)  Et  qualchiiius  ôters  dschaiuen  :  Aquaist  es  Christus.  Et 
qualchiiins  dschaiuen  :  Daia  foiza  Christus  gnir  da  Gaiilea? 
(4:i)  Nu  disth  forza  la  scrittiira,  che  delg  sem  da  Dauid  &  delg 
chiastilg  da  Betleera,  innua  chi  era  Dauid,  uain  â  gnir  Chris- 
tus ?  El  in  aqueila  guisa  es  aluô  su  iin  dabat  traunter  l'g 
pœuel  par  el.  (44)  Et  qualohiiins  dels  l'g  uulaiuen  appigliêr, 
mu  iingiiin  nu  chialschô  in  el  maun.  (45)  Et  ueunen  l's 
seruiains  l's  grands  sacerdots  &  tiers  l's  phariseers,  &  els 
dissen  ad  aquels  :  Per  che  nu  l'g  hauais  mnô  ?  (46)  L's 
seruiains  arespundetten  :  Unyiiin  hum  mse  nuii  ho  faflô  in 
aqueila  guisa  sco  ho  fatiô  aquel  hum.  (47)  Et  l's  phariseers 
arespundéitan  ad  els  :  Isches  t'orza  er  uus  surmuôs?  ^48)  Es 
foiza  alchiiin  dais  parzuras  u  dais  phariseers  chi  hêgia  craieu 
in  el?  (49)  Mu  aqueila  lieud,  qu«^la  chi  nu  so  la  lescha,  sun 
malledets.  (tO)  Nicodemus,  aquel  chi  era  gn.eu  d'not  tiers  el, 
qusel  chi  era  iin  dalg  lur  iniiumber,  dis  ad  aquels  :  (51)  La 
nossa  lescha  giii  lich'eila  forza  iin  hum,  upœia  cheda  hê;^ia 
udieu  dad  el,  à.  cunschieu  chel  fo?  (52)  Arespoudetteii  &.  dis- 
sen agli  :  Nun  ist  er  tû  iin  Galileer?  S^herchia  &  guarda,  che 
da  Gaiilea  nun  es  stô  sii  iingiiin  protêt.  (53)  Et  scodiiu  dels 
es  ieu  in  sia  chiêsa. 


2ô8  L  EVANGILE  SELON   S.  JEAN 

ANNOTATIONS 

[336]  Scenopegia]  era  ùna  festa  dais  ludeaus  qusela  chi  ar- 
praschaatêua  las  chiamannas  fattas  cura  che  l'g'  pœuel  da 
Israël  tras  oura  d'Egipto  très  l'g  deserd. 

CàP.  VIII. 

(1)  Mu  lesus  giet  sulg  munt  de  las  uliuas.  (2)  &  la  damaun 
bain  maluag  uen  el  darchiô  îlg  taimpel,  &  tuot  Fg  pœuel 
uen  tiers  el,  &  el  sezaiua  &  Ts  amussêua.  (3)  Et  l's  scriuauns 
&.  Ts  phariseers  mnaun  tiers  el  lina  duonna,  quasla  chi  era 
acchiattêda  îlg  adulteri,  &.  l'hauiand  missa  in  miz,  (4)  dissen 
agli  :  Maister  ,  aquaista  duonna  es  achiattêda  îlg  prœpi  fat 
dalg  adulteri,  (5)  Et  Moses  ho  cumandô  â  nus  in  la  lescha, 
che  da  quella  guisa  dain  gnir  accrapôs  ;  tii  dimê  che  dist 
tii?  (6)  Et  aqué  dschaiuen  é  Tg  apruand,  par  che  l'gpudessen 
acchiiisêr.  Et  lesus  s'inclinand  giu  bas  scriuaiua  cun  iin  daint 
in  terra.  (7)  Et  tgniand  els  lijra  dalg  dumandêr,  schi  s'adrizôl 
sii  &  dis  ad  els  :  Qusel  d'uus  es  soliit  delg  pchiô,  aquel 
trêia  l'g  priim  iina  pedra  in  aquella.  (8)  Et  darchiô  s'incli- 
nant  scriuaiua  in  terra.  (9)  Mu  udiant  aqué,  inmiinchiiin 
dimperse  liiin  dsieua  liôter  tiiêuan  uia,  siand  stô  cuuianzô 
dais  seniours.  &  lesus  es  allô  arumês,  suUét,  &  la  duonna 
stand  in  miz.  (10)  Et  cura  che  lesuss  hauét  adrizô  sii  [337]  & 
chel  uuu  uezét  iingiiin  (&)  ôter  co  la  duonna, schi  dis  el  agli: 
Duonna,  innua  sun  aquels  tes  acchiiisaduors?  Nu  t'ho  iingiiin 
cundannô  ?  (11)  Qusela  dis  :  Signer,  iingiiin.  Et  lesus  dis  : 
Ner  eau  nu  t'cundan,  vatten  &  acquidsiêua  nu  pchiêr.  (12) 
Et  darchiô  ho  lesus  faflô  cun  els,  dschant  :  Eau  suri  la  liiisth 
delg  muond.  Aquel  chi  uo  dsieua  me,  nun  uo  in  la  sokiùrezza, 
dimperse  el  ho  la  liiisth  délia  uitta.  (13)  Dimse  schi  dissen 
l's  phariseers  agli  :  Tii  dès  pardiitta  da  te  d'ues,  la  tia  par- 
diitta  nun  es  uaira.  (14)  lesus  arespiindét  (k  dis  ad  els  : 
Sch'eau  bain  dun  pardiitta  da  me  m'ues,  schi  es  la  mia  par- 
diitta uaira  :  per  che  eau  sae  innuonder  ch'eau  uing  &  innua 
eau  uing  ad  ir,  mu  uus  nu  sauais  innuonder  ch'eau  uing,  u 
innua  ch'eau  uing  ad  ir.  (15)  Vus  giiidichises  suainter  Ja 
chiarn,  mu  eau  nu  giiidg  alchiiin.  (16)  &  sch'eau  bain  giiidg, 


L  EVANGILE  SELON   S.   JEAN  2  59 

schi  es  mieu  giiidici  uair  :  per  che  eau  nu  sun  sul  :  dimperse 
eau  &  l'g  bab  aqusel  chi  ho  tramis  me.  (17)  Taunt  plii  er  in 
la  uossa  lescha  sto  scrit  :  che  la  testimuniaunza  da  duos 
hummens  saia  uaira.  (18)  Eau  sun  aquel  chi  dun  testimu- 
niaunza da  me  m'ues,  &  testimuniaunza  do  da  me  l'g  bab, 
quael  chi  ho  tramis  me.  (19)  Et  dschaiuen  agli  :  Innua  es  tes 
bab  ?  lesus  ne  arespundét  :  né  cunschais  me  né  mes  bab. 
Schi  uus  hauesses  cunschieu  me,  chi  hauesses  cuuschieu  er 
mes  bab,  (20)  Aquai-[338]-sta  uerua  ho  lesus  faflô  in  la 
ihesoiîa,  amussand  îlgtaimpel.  Etiingiùnnu  Tg  ho  appigliô, 
per  che  la  sia  hura  nun  era  aunchia  gnida.  (21)  Et  lesus  dis 
darchiô  ad  els  :  Eau  uing  &  uus  scherchiœs  me,  &  in  uos 
pchiô  gnis  â  mûrir  :  innua  ch'  eau  ving,  nu  pudais  uus  guir. 
(22)  Et  l's  ludeaus  dschaiuen  :  Vain  el  forza  ad  amazêr  se 
sues,  per  che  el  disth  :  innua  ch'  eau  uing,  uus  nu  pudais 
gnir?  (23)  Et  dschaiua  ad  els  :  Vus  isches  zuot  in  sii,  et  eau 
sun  zura  in  giu.  Vus  isches  da  quaist  muond,  eau  nu  sun  da 
quaist  muond.  (24)  Par  aqué  hae  eau  dit  â  uus  :  uus  gnis  â 
mûrir  in  uos  pchiôs.  Per  ches  chi  uus  nu  gnis  à  crair,  ch'  eau 
saia,  schi  gnis  â  mûrir  in  uos  pchiôs.  (25)  Et  dschaiuen  agli: 
chi  ist  tu  ?  Et  lesus  dis  ad  els  :  aqué  ch'  eau  's  hse  dit  â 
uus  dalg  principi  innô.  (26)  Eau  hae  bgierras  chiôses,  quaelas 
ch'  eau  hae  da  faflêr  &  giùdichièr  da  uus  :  mu  aquel  chi  ho 
tramis  me  es  urêst  :  &  aqué  ch'  eau  liae  udieu  dad  el,  aqué 
dich  eau  îlg  muond.  (27)  Et  nu  cunschetten  chel  dschaiua  ad 
els  delg  bab.  (28)  Et  lesus  dis  ad  els  :  Cura  che  uus  gnis  ad 
aduzêr  l'g  filg  delg  hum,  alhura  gnis  â  cugniouscher  ch'  eau 
sun,  &  ch'  eau  fatsth  ûnguotta  da  me  m'ues,  dimperse  da  co 
che  l'g  bab  ho  amussô,  aqué  schaunsth  eau.  (28)  Et  aquel  chi 
ho  tramis  me,  aquel  es  cun  me.  L'g  bab  nun  m'  ho  laschô 
suUét  :  Per  che  eau  fat[s]th  adiina  aquellas  chiôses  chi  plê- 
schan  agli.  (30)  Et  fafland  el  aquellas  chiôses,  schi  craietten 
bgiers  in  el.  (31)  Et  le  [339]-sus  dschaiua  als  ludeaus  chi 
haiiaiuen  craieu  in  el  :  Schi  uus  arumagniâs  in  mieu  plêd, 
schi  isches  uairamang  mes  discipuls,  (32)  &.  gnis  â  cugniou- 
scher la  uardset,  &  la  uardaet  uain  â  's  fêr  uus  libers.  (33)  Els 
arespundetten  agli:  Nus  ischen  sem  da  Abraa  né  me  hauain 
ad  iingiiin  seruieu  ;  in  che  mœd  dist  tii,  che  nus  gnin  â  gnir 
libers?  (34)    lesus  arespundét  ad  els  ;    Par  l'g  uaira,  par  l'g 


260  L'EVANGILE  SELON  S.  JEAN 

uaira  dich  eau  â  uusi,  clie  scodiin  quel  chi  fo  Vg  pchiô  es  fa- 
malg ilalg  pchiô.  (37)  Et  Tg  famiig  au  sto  sainuper  iii  la  chiêsa, 
mu  l'g  fiig  sto  saimper.  (36)  Schi  Tg  filg  dimê  fo  uus  libers, 
schi  isches  uairamang  libers.  (37)  Eau  sae  che  uus  ischfS  sem 
da  Abrase.  Mu  uus  scherchises  da  m'  amazêr,  per  clie  mieu 
plêd  nun  ho  lœ  in  uus.  (38)  Aqué  ch'  eau  hae  uais  tiers  mes 
bab,  aqué  dich  eau.  &  uus  que  che  uus  hauais  uis  tiers  uos 
bab,  aqué  faschais  uus.  (39;  Els  arespondetten  &  dissen  agli: 
Nos  bab  es  Abraham.  lesus  dis  ad  els:  Sc[h]i  uus  fiisses  fiigs 
da  Abraae,  schi  faschesses  las  heures  da  Abrahae.  40)  Mu 
huossa  scherchises  uus  d'amazêr  me,  un  hum  quaei  chi  hae  dit  â 
uus  la  uardaet,  quae  a  ch'  eau  lise  udieu  da  dieu:  aijué  nun  ho 
fat  Abraam.  (41)  Vus  fascliais  la[^J  houres  da  uos  bab.  Et  els 
dissen  dimê  agli:  Nus  nun  ischea  naschieus  our  d'  pitiatiiing. 
Nus  hauaiti  iin  sul  bab,  dieu.  (42)  lesus  dis  ad  els  :  schi  deus 
fiis  uos  bab,  sclii  m'  hauesses  sch^rt  er  me  chiêr:  perche  eau 
sun  paischendieu  &  gnieu  da  dieu. [340]  Perche  eau  nu  sun 
gnieu  da  me  m'uessa,  dimperse  aquel  ho  tramis  me.  (43)  Per 
che  nu  cunschais  uus  la  raia  favella?  per  che  che  uus  nu  pu- 
dais  udir  mieu  plêd.  (44)  Vus  isches  our  da  uos  bab  diauel, 
&  uulais  asgunlêr  als  aggiaviiscliaraains  da  uos  bab.  Aquel 
es  stô  iin  humicidier  da  priim  irinô,  &  nu  stet  sald  in  la  uar- 
daet, :  per  che  la  uardaet  nun  es  in  el.  Et  cura  chel  schaunscha 
m<i[ii]zôgna,  schi  sohaunsch'  el  de  las  sias  segnas  chiôses,  per 
che  el  es  mansnêr  &  da  la  rnanziigna  bab.  (45)  Mu  per  che 
ch'  eau  dich  la  uardaet,  schi  nu  craias  â  mi.  (1(3)  Quael  es 
aquel  d'uus  chi  m'ar[;reuda  da  l'g  i)chiô?  Mu  sch'  eau  dich 
â  uus  la  uardaet,  per  che  nu  craias  uus  â  nu?  (47)  Aquel  chi 
esdadieu,  ôia  la  uerua  da  dieu.  Par  aqué  uus  nun  udis  la 
uerua  da  dieu,  [^erclie  che  uus  nun  isches  da  dieu.  (4^)  Et 
l's  liideaus  arespon  leiten  &  dissen  agli  :  Nu  dschain  nus  foiza 
in  dret,  che  lii  ist  ii.i  Samaritaun  &  haest,  l'g  dimuni?  (49) 
lesus  arespu'idét  :  Eiu  nun  hae  l'g  diuiuni,  dimperse  eau  hu- 
nur  mes  bab,  &  uus  m'  hauais  dsch-junlr-ô.  (50)  Et  eau  nu 
scherck  la  miagiœrgia  :  Eig  es  bain  chi  scherchia.  &  chi  uain 
â  giiidichiêr.  (51)  Par  l'g  uaii'a,  per  l'g  uaira  ch'  eau  dich  â 
uus,  sch'  iinquHlchiiin  salua  raieu  plêd,  che!  nu  uain  â  uair  la 
mort  in  eierna.  (52)  Et  l's  lijileaus  dissen  agli:  huossa  cun- 
schain  nus  che  tii  haes  l'g  dimuni.  Abraham  es  muort  &  er  l's 


L  EVANGILE   SEF.ON  S.   .lEAN  261 

profet[s],  [341]  &  tu  dist  :  sch'  ûnqualchiun  salua  mieu  plêd, 
schi  nu  uain  el  ad  assagiêr  la  muort  in  seterna.  (53)  Ist  tii 
forza  mêr  co  nos  bab  Abraham,  quel  chi  es  mort?  Et  er  Vs 
préfets  sun  morts.  Chi  fest  tii  te  d'ues?  (54)  lesus  arespundét: 
Sch'  eau  m'  lôd  me  m'ues,  schi  nun  el  Vg  mieu  lôd  iinguotta. 
Elg  es  mes  bab  qusel  chi  m'  glorifichiescha,  qusel  che  uus 
dschais  chi  saia  uos  dieu,  (55)  k  imperscho  uus  nun  Vg 
hauais  cunschieu,  mu  eau  l'g  cugniousth.  Mu  sch'  eau  dsches, 
eh'  eau  nu  l'g  cunschés,  schi  sungiâs  eau  uus  mansnêr.  Mu  eau 
l'g  cugniousth  &  salf  sieu  plêd.  (56)  Abraham  uos  bab  ho  ha- 
gieu  bramma  par  uair  mieu  di,  &  l'g  ho  uis,  &  s'  ho  allegro. 
(57)  Et  l's  ludeaus  dissen  dimê  adel  :  Tii  nun  lises  auncbia 
schinquanta  ans  &  haest  uis  Abraham?  (58)  lesus  dis  ad  els  : 
par  l'g  uaira,  par  l'g  uaira  dich  eau  â  uus,  auns  co  Abraham 
naschés,  sun  eau.  (59)  Et  els  prendaiuen  sii  pedras  par  trêr  in 
el.  Et  lesus  s'azuppô,  &.  giet  our  delg  taimpel. 

ANNOTATIONS 

Thesoria]  Cazophilatium,  innua  chi  s'  inettaiua  l's  thesors 
&  l's  duns  delg  taimpel.  Humicidier]  iin  chi  amaza  iina  per- 
suna. 


CAP.  VIIII. 

(1)  Et  passand  trses  lesus  schi  uezét  el  iin  hum  orf  da  na- 
sc[h]iun,  (2)  &  ses  discipuls  l'g  dumandaun,  dschant:  Rabbi, 
chi  ho  pchiô,  aq[u]aist  u  ses  bab  e  mamma,  par  chel  [342] 
naschés  orf?  (3)  lesus  arespuadét:  Né  quaist  ho  pchiô  ne  ses 
bab  6  mamma,  dimperse  par  che  uignen  manifeslêdas  las 
houres  da  dieu  in  el,  (4)  Eau  bsiing  lauurêr  las  houres  da  quel 
chi  ho  tramis  me,  infina  chelg  es  di.  É  uain  la  not,  cura  che 
iingiiin  nu  po  lauurêr.  (3)  Cun  dich  ch'eau  uing  ad  esser  îlg 
muond,schi  sun  eau  la  liiisth  delg  muond.(6)  Cura  chel  hauét 
dit  aqué,  schi  spiidét  el  in  terra,  &.  faschét  our  délia  spiida 
bœrgia,  &.  strichiô  la  bœrgia  sur  l's  œilgs  delg  orf,  (7)  &  dis 
agli  :  vatten,  leva  îlg  lauadoijr  da  Siloe,  quel  schi  tii  mettas 
oura,  schi  uuol  é  dir  iin  mess.  Et  dimê  schi  tirôl  uia,  &  lauô, 
&uenueziand.(8)Três  che  l's  uischins,&  aquels  chi  l'g  hauaiuen 

1 


2  62  l'Évangile  selox  s.  je  an 

uis  iiiuaunt,  chel  era  un  draciiot,  dschaiuen:  Nun  es  forza  aqua- 
istaquel,  chi  sezaiiiM  &  di'acuiêua?  (U)  Et  alchiûns  dscliaiuen  : 
elges  aquai^t:  &  alcliiuiis  ôter:  el^sumuaglia  ;igli.El  dschaiua: 
eau  Sun.  (lOj  Et    dscliaiuen  agli:  schi  co  suii  â  li  auerds  l's 
œlgs?  (11)   Et  el  aresjtuudét  &  dis:    A(|uel  hutn  qiisel  chi  ho 
nurn  iesus,  ho  fat  boergia,  &  ho  hiit  mes  œiigs,  &  ho  dit  â  mi  : 
Vatten  alg  lauadoijr  da  Silose,  &  lêua.  Et  sco  eau  suri  ieu  & 
hse  lauô,  schi  he  eau  aifschieu  la  uezu  la.  (12)  Et  disen  agli: 
Iiinua  es  aquel  ?  Et  el  dis:  Eau  nu  ^ie.  (13)  Et  l'g  mnetten 
tiers  Ts  phariseers  aquel  chi  era  d'gio  siô  orf.  (14)  Et  elg  era 
l'g  sabath,  cui-a  ciie  Iesus  faschét  la  bœrgia,  &  au.  it  ses  œlgs. 
(15)  Et    dar-[343]-chiô  l'g  dumandêuan  er  l's  phariseers,   a 
che  moed  el  haués  arfschieu   la   ueziida.  Et  el  dis  a  deU:   El 
ho  rais  â    mi  sur  l's  œi'gs  bœrgia,  &  hse  lauô&uez.  (16)  Et 
iinqualchiijns  dais  phariseers  dschaiuen  :  Aquaist  hum  nun  es 
da  dieu,  per  che   el   nu  guard'oura  l'g  sabath.  Mu  alcliiiins 
ôters  dschaiuen:  Co  po  iin  hum  [)chiêderfêr  aquaistas  isainas? 
Et  era  differijutia  trautiter  els,  (17)  et  dian  darchiô  Mgli  orf  : 
Che  dist  tli  dad  el,  perche  el  ho  auiert  â  ti  tes  œlgs?  Et  el  dis: 
el  es  un  profet.   (18j  Et  l's  liideaus  nun  haun  craieu  dad  el, 
chel  fiis  stô  orf,  &  chel  haués  arfschieu  la  ueziida,  infina  che 
nu  clamettan  ses  bab  e  mamma  da  quel  chi  hauaiua  arfschieu 
la  uezûiia,  (19)  &  dumandaun  aquels,  dschant  :  Es  aquaist  uos 
filg,    qusel    uus    dschais,   chi  saia  naschieu   orf?    Mu  in  che 
mœd  uaia  el  huossa  ?  (20)  Et  ses  bab  &  mamma  arespundetten 
(éd.  arespundenten)  ad  els  &  dissen  :  Nus  sauain  che  aquaist 
es  nos  filg,  chel  es  naschieu  orf,  (21)  mu  a  che  mœd  chel  huos- 
sa ueza,  nu  sauain  nus,  u  chi  ho  auiert  ses  œilgs  nus  nu  sau- 
ain. El  ho  l'g  tijmp,  dmandô  el,  el  uain  â  dir  da  par  se.  (22) 
Aqué  dissen  ses  bab  &  mamma,  che  tmaiuen  l's  liideaus.  Per 
che  l's  liideaus  eran  gio  cunuegnieus,  sch'  iinqualchiiin  l'g 
cuffessêua  chel  fiis    Christus,   ch'aquel   gnis  dsihchiaschô  our 
de  la  svnagoga.  [344].  (23)  Par  aqué  dissen  ses  bab  &.  mam- 
ma: el  ho  l'g  tijmp,  dumandô  el.  (24)  Et  clamaun  darchiô  l'g 
hum,  quael  chi  era  stô   orf;  et   dissen   agli  :  Do    glœrgia  â 
dieu.  Nus  sauain  che  quaisthum  es  iia  pchiêdar.  (25)  Et  aquel 
arespundét  &  dis  :   Sch'el  es  iia   pchiêdar,   aqué  nu   sse  eau. 
iina  chiôsa  sœ  eau,  siand  eau  orf,  che  huossa  uez  eau.  (26)  Mu 
els  dissen  darchiô  agli  :  Che  ho  el  fat  â  ti?  In  che  mœd  ho  el 


L  EVANGILE  SELON  S.  JEAN  263 

auiert  tes  œilgs?  (27)  Arespundét  ad  els  :  Eau  hse  huossa  dit 
â  uus,  né  hauais  udieu,  pei*  che  uulais  darchiô  udir?  Valais 
forza  er  uus  duantêr  ses  discipuls?  (28)  Ed  els  l'g  haun  stliuil- 
lanô,  &  dissen  :  Tu  saias  ses  discipul,  mu  nus  ischen  discipuls 
daMosi:(29)NussauHin  che  deus  liofaflô  cun  Mosi,  niuaciuaist 
nu  savain  nus  innuouder  chel  saia.  (30)  Mu  aquel  hum  ares- 
pundét &  dis  ad  els:  In  aquaist  es  schert  iina  chiôsa  niiiraf- 
gliusa,  che  uus  nu  sauais  innuon:!er  chel  saia,  et  iraperohô  el 
ho  auiert  mes  œilgs.  (31)  Et  nus  sauain  che  deus  nun  ataidla 
l's  pchiaduors,  dimperse  sch'  alchiiin  es  seruiaint  da  dieu,  & 
ubedescha  â  la  sia  uoluiitsed,  aquel  ataidla  el.  (32)  E  mse  nu 
s'ho  udieu  che  alchiiin  hêgia  auiert  l's  œilgs  d'iin  chi  es  na- 
schieu  orf.  (33)  Upœia  che  aquaist  nu  fiis  da  dieu,  schi  nun 
haués  el  pudieu  (êr  iinqualchiôsa.  (34)  Els  arespundetten  & 
dissen  agli  :  Ils  pchiôs  ist  zuond  naschieu,  &  tii  arnuos[s]as 
nus?  Et  l'g  chiatschaun  oura.  [345]  (35)  lesus  udit  che  l'g 
hauetten  chiatschô  oura,  &  l'g  hauiand  achiattô,  schi  dis  el 
agli:  craies  tii  ilg  [f]ilg  da  dieu?  Et  aquel  arespundét,  & 
dis:  Signer,  chi  es  é,  par  ch'eau  craia  in  el?  (37)  Mu  lesus  dis 
agli  :  Tii  haes  uis  aquel,  &  chi  schaunscha  cun  te,  aquel  es  é. 
(38)  Et  el  dis  :  Eau  craich,  signer,  &  l'g  adurô.  (;^9)  Et  lesus 
dis  agli:  Eau  sun  gnieu  in  quaist  muond  îlg  giiiciici,  par  che 
quels  chi  nu  uezan,  uignen  â  uair,  &  aquels  chi  uezan  duainten 
orfs.  (40)  Et  qualc[h]iLin  dais  phariseers,  qusels  chi  eran  cun  el, 
uditten  aqué,  &  dissen  agli:  Ischens  forza  er  nus  orfs?  (41) 
lesus  dis  ad  els  :  Schi  uus  fusses  orfs,  schi  nun  hauesses  [)chiô. 
Mu  huossa  dschais  uus:  nus  uezain,  très  aqué  arumagna  uos 
pchiô. 

CAP.  X. 

(1)  Par  l'g  uaira  dich  eau  â  uus,  quael  chi  nun  aintra  aint 
par  l'g  hiisth  in  l'g  huuilgde  las  nuor-sas,  dimperse  uuol  mun- 
têr  aint  utrù,  aquel  es  lin  lêdar,  &  iiu  saschin.  (2)  Mu  aquel 
chi  uo  aint  par  l'g  hiisth,  es  pastur  de  las  nuorsas.  (3)  Ad 
aquegli  aura  l'g  purtnijr,  &  las  uuorsas  ôdan  la  sia  uusth.  Et 
el  clamma  par  nura  las  sias  segnas  nuorsas,  &  main,  oura  aquel- 
las.  (4)  Et  cura  chel  ho  laschô  oura  sias  segnas  nuorsas,  schi 
uo  el  auant  ellas,  &  las  nuorsas  uaun  dsieua  el:  per  che  ellas 


264  L  EVANGILE  SELON  S.   JEAN 

cugniouschen  la  sia  uusth.  (5)  Mu  (iin)  ad  iin  ester  nu  uaun  al- 
las [346]  dsieua,  dimperse  fiigian  dad  el,  per  che  é  nun  cu- 
gniouschen  la  uusih  dais  esters.  (6)  Aquaist  pruverbi  dis  ad 
els  lesus,  ei  els  nun  incligietten  aqué  chel  dschaiua  ad  els.  (7) 
lesus  dimê  dis  darchiô  ad  els  :  Par  l'g  uaira,  par  l'guaira  dieh 
eau  â  uus,  ch'eau  sun  l'g  hiisth  de  las  nuorsas.  (8)  Tuots  quans 
chi  sun  gnieus  auant  me,  sun  lêdars  &  saschins,  mu  las  nuor- 
sas nun  haun  udieu  aquels.  (9)  Eau  sun  Y  g  hiist[h];  sch'iin- 
qualchiiin  uo  aint  très  me,  schi  uain  el  â  gnir  saluô,  &  uaiu 
ad  achiatiêr  pastchs.  (10)  L'g  lêdar  nu  uain,  ôter  co  par  iuulêr 
&  amazêr  &  par  méttar  â  pérdar.  (11)  Eau  sun  gnieu  par 
chellas  hêgian  la  uitta,  &  l'hêgian  taunt  plii  abundauntamang. 

(12)  Eau  sun  aquel  bun  pastur,  un  bun  pastur  do  sia  uitta  par 
las  nuorsas.  Mu  iin  famalg,  &  qusel  chi  nun  es  pastur,  da 
qusel  las  nuorsas  sun  sias  aegnas,  uaia  gniand  l'g  luf,  &  aban- 
duua  las  nuorsas  &  fiigia,  &  l'g  luf  zaffa,  &.  arêsa  las  nuorsas. 

(13)  Mu  l'g  famalg  fiigia,  per  che  el  es  famalg,  &  nun  ho 
pissijr  de  las  nuorsas.  (14)  Eau  sun  aquel  bun  pastur,  &  cu- 
gniousth  las  mias  nuorsas,  &  uing  cunschieu  dalas  mias.  (15) 
Da  co  che  l'g  bab  cugniouscha  me,  uschia  er  eau  cugniousch 
l'g  bab,  &.  met  mia  uittapar  las  nuorsas.  (16)  Eau  hse  er  ôtras 
nuorsas,  quselaschi  nun  sun  da  quaist  huuilg:  &.  aquellas  stou 
eau  er  mnêr  nô  tiers,  &  uignen  ad  udir  la  mia  uusth,  <k  [347] 
uain  ad  duantêr  tuot  iin  huuilg  &  iin  pastur.  (17)  Parmur  da 
que  uuoi  l'g  bab  â  rai  bain,  per  che  eau  met  la  mia  uitta  per 
prender  darchiô  aquella.  (18)  ungiiin  nu  prain  aquella  da  me 
m'ues.  Eau  hse  pusaunza  da  metter  aquella,  &  hse  pusaunza 
darchiô  da  prender  aquella.  Aquaist  cumandamaint  hse  eau 
arfschieu  tla  mes  bab.  (19)  Et  es  dimê  darchiô  gnieu  difFerijn- 
tia  traunter  Fs  liideaus  très  aquaists  plêds.  (20)  Bgiers  dels 
dschaiuen:  el  ho  l'g  (éd.  d'g)  dimuni  &  es  immatieu,  che  Tg 
udin  nus?  (21)  Alchiiins  ôters  dschaiuen  :  Aquaista  nun  es 
uerua  dad  iin  chi  hêgia  l'g  dimuni.  Po  forza  l'g  dimuni  aurir 
l's  œilgs  dels  orfs?  {2'^)  Et  s'  faschaiua  â  Hierusalem  la  festa 
délia  cunsecratiun  delg  taimpel,  &  era  inviern,  (23)  &  lesus 
plazagièua  îlg  taimpel  îlg  pcerti  da  Salamonis.  (24j  Et  l's  lii- 
deaus l'g  incrasaun  aint,  &.  dschaiuen  agli  :  cun  dich  uoust 
tigner  nossa  horma  in  diibi?  Schi  tii  ist  Christus,  schi  di  â  nus 
liberêlmaug.  (25)  lesus  arespundét  ad  els  :  Eau  hse  dit  â  uus,  né 


l'évangile  selon  s.  JEAN  2  65 

craias  las  heures  quaslas  ch'eau  fat[sth]  â  num  da  mes  bab, 
aquellas  arendentestimuniaunza  dame.  (26)  Muuus  nu  craias, 
perche  uus  nun  isches  da  las  mias  nuorsas,  suainter  ch'eau 
dschaiua  â  uus.  (27)  Las  mias  nuorsas  ôdan  la  mia  uusth,  &  eau 
cugniousth  aquellas,  &  uignen  dsieua  me,  (28)  &  eau  dun  ad  el- 
las  la  uitta  geterna,  né  uignen  âprir  in  asterna;  ne  [348]  qual- 
chiiin  las  sthdrappa  aquellas  our  da  mieu  maun.  (29)  Mes  bab 
qusel  chi  ho  dô  â  mi,  es  plii  grand  co  tuots,  &.  iingliin  nu  po  dstra- 
pêr  dalg  maun  da  mes  bab.  (30)  Eau  &  Vg  bab  ischen  iin.  (31)  Et 
l's  liideausdarchiôprendettensii  pedraspar  Tgaccrappêr.  (32) 
lesus  arespundét  ad  els:  Eau  hse  amussô  â  uusbgierras  bunas 
heures  dalg  mes  bab,  par  mur  d'aqué,  délias  bunas  heures, 
uus  m'accrappses.  (33)  L's  liideaus  arespundetten  agli  dschant: 
Par  la  buua  houra  nun  accrappains  te,  mu  par  la  blastemma 
&  per  che,  siand  tii  iin  hum,  schi  fsest  te  d'ues  iin  dieu,  (34) 
lesus  arespundét  ad  els  :  Nun  es  é  scrit  in  la  uessa  lescha  :  Eau 
hse  dit,  uus  isches  dees?  (35)  Schi  el  ho  dit  aquels  dees,  ad 
aqusels  l'g  plêd  da  dieu  es  duantô,  &  la  scritiira  nu  s'po  arum- 
per  d'aqué.  (36)  Et  uus  schais  ad  aquel,  che  l'g  bab  ho  san- 
tifichiô  &  tramis  îlg  muond:  tii  blasteramas:  per  che  ch'eau 
hse  dit,  eau  sun  filg  da  dieu?  (37)  Sch'eau  nu  fatsth  las  heures 
da  mes  bab,  schi  nu  craie  â  mi.  (38)  Mu  sch'eau  las  fatsth,  & 
che  uus  nu  craias  â  mi,  schi  craie  â  las  houres,  per  che  uus 
cugniouschas  &  craias,  che  l'g  bab  es  in  me  &  eau  in  el.  (39) 
Et  els  scherchiêuan  darchiô  dalg  appigliêr,  &  el  giet  our  da 
lur  mauns:  (40)  &  tiré  uia  darchiô  uisur  l'g  lordan  in  aqué  lœ 
innua  ch'era  loannes  l'g  prùm  stô  â  battagiêr,  &  stetallô.  (41) 
Et  bgiers  uennen  tiers  [349]  el,  &  dschaiuen:  lehannes  nun 
ho  schert  fat  isaina  ungiiina,  mu  tuottas  aquellas  chiôses, 
quselas  che  loannes  ho  dit  d'aquaist,  sun  uairas,  (42)  &  craiet- 
ten  bgiers  allô  in  el. 


CAP.  XL 

(1)  Et  iin  cun  num  Lazarus  da  Bethania  dalg  cliiastilg  da 
Marise  &  da  Marta  sia  sour  era  amallô.  (2)  Mu  Maria  era 
aquella,  qusela  chi  hauaiua  hunschien  l'g  signer  cun  hiit,  & 
terschieu    giu   ses   pes,   cun  l's  chiauéls  :    da  qusel  l'g  frêr 


266  L  EVANGILE  SELON  S.  JEAN 

Lazarus  era  amallô.  (3)  Et  sias  soruors  traratetten  tiers  el, 
dschant  :  Signer,  uhé  aquel  che  tii  hfs  chiêr,  es  amallô.  (4) 
Et  udiant  lesus,  dis  :  aquaista  malatia  nun  es  alla  mort,  dim- 
perse  par  la  gloergia  da  dieu,  par  che  Vg  filg  delg  hum  uigna 
glorifichiô  très  aquella.  (5)  Mu  lesus  uulaiua  bain  â  Marta  & 
â  sia  suor  &.  â  Lazarum.  (6)  Et  sco  el  udit  chel  era  amallô, 
schi  stet  el  bain  duos  dijs  in  aquel  lœ  innua  chel  era.  (7) 
Alhua  dsieua  aqué  dis  el  â  ses  discipuls  ;  Giaun  {sic)  darchiô 
in  liideam.  (8)  L's  discipuls  dissen  agli  :  Maister,  pouck  es 
che  l's  liideaus  scherchiaeuan  da  t'accrappêr,  &  tii  darchiô 
uses  allô  ?  (9)  lesus  arespundét  :  Nu  sun  é  forza  dudesth 
huras  dalg  di  ?  Et  chi  chiaraina  d'di,  nu  s'pichia  :  per  che  el 
uaia  la  liiisth  da  quaist  muond.  (18)  Mu  sch'iin  chiamina  d'not, 
schi  s'pichia  el  :  per  che  la  liiisth  nun  es  in  el.  (11)  Aqué  dis 
el,  &  dsieua  aqué  dis  el  ad  els  :  Lazarus  nos  [350]  amich 
duorma,  mu  eau  vœlg  ir,  par  l'g  astastdér  sii  delg  soen.  (12) 
Et  ses  discipuls  dissen  :  Signer,  schel  duorma,  schi  es  el 
sckiappel.  (13)  Et  lesus  dschaiua  da  la  sia  muort.  Mu  els 
pissêuan  chel  dsches  dalgdui'mir  dalg  sœn.(14)  Et  lesus  dis  ad 
els  appalaisamaing  :  Lazarus  es  mort,  (13)  &  eau  m'allegr'  in 
uossa  amur,  ch'eau  nu  saia  stô  allô,  par  che  er  uus  craies. 
Mu  giain  tiers  el.  (15)  Et  Thomas  quael  chi  uain  annumô  Djdi- 
mus,  dis  als  discipuls:  Giain  er  nus  che  nus  mouren  cun  el. 
(17)  Et  dimê  uen  lesus  &.  Vg  achiattô,  chel  era  gio  stô  quater 
dis  îlg  mulimaint.  (18)  Et  Beihania  era  dspera  Hierusalem 
intuorn  quindesth  stêdis.  (19)  Et  bgiers  dais  liideaus  ueunen 
tiers  Martham  &  Mariam  par  las  cufurtêr  dalur  frêr.  (^20)  Mu 
Martha  sco  ella  udit  de  lesus  fiis  gnieu,  schi  giet  ella  agli 
incunter.  Et  Maria  stêua  â  chiêsa.  (21)  Et  Martha  dis  ad 
lesum  :  Signer,  schi  tii  fiis  stô  aqui,  schi  nu  fiis  mes  frêr  mort. 
(22)  Mu  erhuossa  se  eau  tuot  aqué  che  tiiuainst  ad  aggragièr 
da  dieu  che  deus  uain  â  dêr  â  ti.  (23)  lesus  dis  agli  :  Tes 
frêr  uain  ad  arisiistêr.  (24)  Martha  dis  agli  :  Eau  sse  chel 
uain  ad  arisiistêr  in  l'aresiistaunza,  îlg  plii  dauous  di.  (25) 
lesus  dis  agli  :  Eau  sun  l'aresiistaunza,  &  la  uitta  :  aquel  chi 
craia  in  me,  schi  bain  el  es  muort,  schi  uain  el  â  uiuer  (26j  & 
scodiin  chi  uiua,  &  craia  in  me,  nu  uain  â  mûrir  in  [351] 
seterna.  Craiast  aqué  ?  (27)  Et  ella  dis  :  Schi,  signer  :  Eau 
craich  tii  saias  Christus  aquel  filg  da  dieu,  quel  chi  daiua  gnir 


L  EVANGILE  SELON  S.  JEAN  2  67 

îlg  muond.  (28)  Et  cura  chella  hauét  dit  aqué,  schi  tirô  ella 
uia,  &  clamô  secrettamang  sia  sour  Mariara,  dschant  :  Vg 
Maister  es  aco,  &  t'clamraa.  (29)  Et  sco  ella  udit,schi  aluô  ella 
sii  bôd,  &  uen  tiers  el.  (30)  Per  che  lesus  nun  era  aunchia  ar- 
iuô  îlg  chiastijlg,  mu  el  era  in  aquel  lœ,  inua  chi  era  agli 
gnieu  incunter  Martha.(31)  Et  l's  liideaus  quaels  chi  eran  cun 
ella  in  la  chiêsa,  &  la  cunfurtêuan,  hauiand  uis  Mariam  chi 
eraaluêdasûbôd,&ida  oura,  schi  sun  els  ouraieusdsieua  ella, 
dschant  :  ella  uo  oura  alg  mulimaint,  par  plaunscher  allô. 
(32)  Et  Maria  siand  ariuêda  allô  innua  chi  era  lesus,  l'g 
hauiand  uis,  chi  s'bitiô  ella  giu  als  ses  pes,&  dis  agli  :  Signer, 
schi  tu  fu.3  stô  aqui,  schi  nu  fiis  muort  mes  frêr.  (33)  Et  lesus 
sco  el  uezét  quella  cridant,  &  l's  liideaus  chi  eran  cun  ella, 
chi  crideuan,schi  s'appupnô  el  cun  Tgspiert,  &  s'cunturblô  se 
sues,  (34)  &  dis  :  Innua  l'g  hauais  mis?  Et  dian  agli  :  Signer, 
uitten  &  uaia.  (35)  Et  lesus  ho  cridô.  (36)  Mu  l's  liideaus 
dissen  :  uhé  co  el  l'g  hauaiua  chiêr.  (37)  Et  qualchiiins  dels 
dissen  :  Nu  pudaiua  aquaist,  qusel  chi  ho  auiert  l's  œlgs  delg 
orph,  fêr  che  er  aquaist  nu  fus  muort?  (38)  Et  lesus  darchiô 
s'appupnant  îlg  spiert  uen  alg  mulimaint.  Et  era  iina  spelun- 
chia  &  sur  aquella  [352]  er  mis  iina  pedra.  ''39)  lesus  dis  : 
aluô  uia  la  pedra.  Et  Martha  sour  da  quel  chi  era  muort,  dis 
agli  :  Signer,  huzraê  piiz'  el,  per  che  elg  es  quater  dis.  (40) 
lesus  dis  agli  :  nun  hae  eau  dit  â  ti,  schi  tii  craiaues,  che  tii 
gniuas  â  uair  la  glœrgia  da  Dieu  ?  (4!)  Dimê  schi  aluauun  é 
uia  our  delg  lœ  la  pedra,  innua  che  l'g  muort  era  mis.  Et 
aluand  lesus  ses  œilgs  in  sii,  schi  (éd.  in  ssciihi)  dis  el  :  Bab, 
eau  t'ingrazck,  per  che  lii  lises  udieu  me.  (42)  Mu  eau  sauaiua 
che  tii  adiiiia  ôdas  me,  muparmur  delgpœuel,  qusel  chim  stô 
dintuorn,  hse  eau  dit,  par  che  craien  che  tii  hsegias  tramis 
me.  (43)  Et  hauiand  dit  aqué,  schi  clamô  el  cun  hôfa  uusth  : 
Lazare,  uitten  oura.  (44)  Et  uen  oura  aquel  chi  era  stô  muort, 
chi  hauaiua  l's  mauns  &  l's  pas  faschôs  cun  faschas  da  sepul- 
tiira,  &  sia  fatscha  era  plaiêda  intuorn  cun  iin  linzœl  da 
siiiêr.  lesus  dis  ad  els:  Schliôlg  &  l'g  laschô  ir.  (45)  Et  bgiers 
dais  lii  leaus,  quaels  chi  uennen  tiers  Mariam,  &  hanaiuen  uis 
aqué  chi  hauaiua  fat  lesus,  craietten  in  el.  (46;  Mu  qualchiiins 
dels  gietten  tiers  l's  phariseers,  &  dissen  ad  els  aqué  chi 
hauét  fat  lesus.  (47)  Et  l's  grands  sacerdots  &  l's  phariseers 


268  L  EVANGILE  SELON  S.  JEAN 

araspaun  Fgcusselg,  &  dschaiuen  :  Che  faschain  (éd.  faschian) 
nus?  per  che  aquaist  hum  fo  bgierras  isainas,  (48)  Schi  nu8 
Fg  laschain  uschia,  schi  uignen  é  â  crair  tuots  in  el.Et  uignen 
â  gnir  l's  Rumauns,  ô:  uignen  âus  prender  nos  lœ  &  nossa 
lieud.  (49)  Alhura  lin  (353J  daquels,  Caiphas  cun  num,  siaad 
huaistg  d'aqué  an,  dis  ad  els  :  Vus  nu  sauais  iinguotta,  (50) 
née  cuschidrais,  che  saia  iittel  â  uus,  ch'iin  sul  moura  par 
tuot  l'g  pœuel,&  brichia  tuotta  lieud  pijra.(51)  Muaqué  nun 
ho  el  dit  da  se  sues,  mu  siand  el  huaistg  d'aqué  an  schi  ho 
el  profetizô,  che  lesus  gniua  â  mûrir  par  la  lieud,  (52)  &  bri- 
chia sulettamang  par  la  lieud,  dimperse  par  chel  araspâs  Ts 
filgs  da  Dieu,  quaels  chi  sun  arasôs,  insemmel.  (53)  Da  quel 
di  inuia  dimê  s'accusgliêuan  elstraunter  pêr,  par  Fg  amazêr. 
(54)  Et  lesus  alhura  nu  giaiua  auertamaing  traunter  l's  lii- 
deaus,  mu  el  tirô  uia  dallô  in  iina  cuntrêdgia  speraiin  deserd, 
in  la  cittêd  qusela  chi  s'anumna  Ephraim,  &  afdêua  allô  cun 
ses  discipuls.  (55)  Et  la  pasthqua  dels  liideaus  era  prosma,  & 
bgiers  da  quella  cuntrêdgia  gietten  sii  â  Hierusalem  auns  co 
la  pasthqua,  par  s'purifichiêr.  (56)  Et  sahierchiêuan  lesum, 
&  stand  îlg  taimpel  faflèuan  é  traunter  els  :  che  's  impêra 
â  uus,  chel  nu  es  gnieu  â  la  festa  ?  Et  1'  grands  sacerdots  & 
l's  phariseers  hauaiuen  dôcummandammint,  sch'iinqualchiûn 
saués  chel  fiis,  che  l'g  appalantâs,  par  che  chels  l'gappi- 
gliassen. 

CAP.  XII. 

(1).  Et  lesus  sijs  dis  auns  co  la  pasthqua  uen  in  Bethaniam, 
inua  che  Lazarus  era  stô  muort,  quel  che  astastdô  su  dais 
muorts.  [354j.  (2)  Et  faschetten  agli  allô  ûna  schaina  &  Mar- 
tha  seruiua.  Et  Lazarus  era  Un  dalg  innumber  da  quels  chi 
sezaiuen  â  maisa  cun  el.  (3)  Et  Maria  prandét  iina  gliura 
d'iin  hiit  da  nard  fin,  da  grand  pritsth,  à.  hunschét  l's  pes  da 
lesu,  &  terschét  giu  ses  pes  cun  ses  chiauéls,  6i  la  chiêsa  uen 
plaina  de  la  sauur  da  quel  hiit.  (4)  Et  un  da  ses  discipuls, 
ludas  da  Simonis  Iscariotes,  qusel  chi  era  par  tradir  el,  dis: 
(5),  Perche  nun  es  aquaist  hiit  uendieu  par  traiaschient  da- 
nêrs  &  dô  als  pouuers?  (6)  Mu  el  dis  aqué,  brichia  par  chel 
haués  arinchiiira  dais  pouuers,  mu  per  che  chel  era  iin  lêdar 


l'évangile  selon  s.  JEAN  269 

6c  hauaiua  la  bursa,  &  purtêua  aqué  chi  gniua  dunô.  (7)  Et 
lesus  dis:  Lascha  stêr  aquella,  ella  ho  saluô  aqué  îlg  di  de  la 
raia  sepultiira.  (8)  Per  che  l's  pouuers  hauais  saimper  eu 
uus,  mu  me  nun  hauais  brichia  saimper.  (9)  Et  bgier  pœuel 
dais  ludeaus  hauetteti  inclijt  chel  era  allô,  &  uennen  brichia 
dick  parlesum,  mu  er  par  che  uezessen  Lazarura,  quael  chel 
hauaiua  arisiistô  dais  muorts.  (10)  Et  l's  parzuras  dels  sacer- 
dots  accusgliêuan  dad  araazêr  erLazarum,  (11)  per  che  bgiers 
dais  liideaus  s'ingiaiuen  très  aquel,  &  craiauen  in  lesum.  (12) 
rig  di  dsieua  bgierra  lieud,  quaela  chi  era  gnida  â  la  festa, 
hauiand  udieu  che  lesus  gniua  â  Hierusalem,  (13)  prandetten 
arams  d'uliuas  &  gietten  oura  agli  incunter,  &  clamêuan, 
dschant  :  Hosanna,  Benedet  saia  aquel  chi  uain  in  num  dalg 
signer  araig  da  Is-[355]-rael.  (14)  Et  hauiand  lesus  surue- 
gnieu  ûna  asnella,  schi  sazét  el  sûn  aquella,  (15)  suainter  co 
chi  stô  scrit  :  Nu  (éd.  mu)  tmair,  figlia  da  Sion,  uhé  tes  araig 
uain  seziand  siin  iin  pulledrin  d'ûna  êsna.  (16)  Et  aqué  nun 
haun  inclijt  ses  discipuls  Vg  priim,  mu  cura  che  lesus  fiit 
glui'ifichiô,  alhura  sun  els  algurdôs,  che  aquaistes  chiôses 
fiissen  scrittas  dad  el,  &  chels  hauaiuen  fat  agli  aqué.  (17)  E 
la  lieud  quaela  chi  era  cun  el,  cura  chel  clamô  I.azarum  our 
delg  mulimaint,  &  l'g  arisiistô  dais  muorts,  dêua  testirau- 
niaunza.  (18)  Par  aqué  er  uen  agli  incunter  la  lieud,  che  l'g 
hauaiuen  udieu  chel  haués  fat  aquella  isaiiia.  (19)  Et  l's  pha- 
riseers  dissen  traunter  se  :  Vezais  uus,  che  uus  nu  faschais 
iinguotta.  Uhé  l'g  muond  (éd.  muoud)  uo  dsieua  el.  (20)  Et 
eranallô  alchiiins  grecs,  da  quels,  quaels  chi  eran  ieus  su,  par 
adurêr  in  la  festa.  (21)  Et  aquels  gietten  tiers  Philippum 
qusel  chi  era  da  Bethsaida  (éd.  Beihsaida)  da  Galileae,  &  l'g 
aruêuan,  dschant:  Signer,  nus  uulessen  uair  lesum  (22)  Et 
uen  Philippus  &  dis  ad  Andrese.  Et  Andréas  darchiô  &  Phi- 
lippus  dissen  â  lesu.  (23)  Et  lesus  arespundét  ad  els,  dschant: 
Elg  es  gnieu  l'hura  che  l'gfilg  delg  hum  uain  â  gnir  gluriô- 
chiô.  (24)  Par  l'g  uaira,  par  l'g  uaira  dich  eau  à  uus,  upœia 
che  l'g  graun  d'furmaint  bittô  in  terra  nu  saia  muort,  schi 
arumaun  el  sul.  Mu  schel  es  mort,  schi  puort'el  bgier  friit 
(25).  Aquel  chi  amma  sia  uitta,  uain  â  lapérdar.  Et  aquel  chi 
uuol  mêl  â  sia  uitta  [356]  in  aquaist  muond,  aquel  uain  â  la 
cussaluêr  in  la  uitta  seterna.  (26)  Sch'iinqualchiiin  serua  â  mi, 


270  L  EVANGILE  SELON  S.  JEAN 

schi  uigna  dsieua  me,  &  inua  che  sun  eau,    allô  saia   er   mes 
seruiaint.  Sch'ùnqualchiùii  serua  â   mi,  Fg  bab  uain  alg  hun- 
drêr.  (27)  Huos^a  es  la  inia  horma  cunturblêda.  Et  che   daia 
dir  ?  Bab,  salua  me  d'aquaista  hura.   Mu   très   aqué   sun  eau 
gnieu  in  aquaist'hura.  (28)   Bab,  glorifîchiescha  tieu  num.  Et 
uen  iina  uusth  da  schil  dschant  (éd.  dscâht)  :  Eau  hse  glorifi- 
chiô  &  darchiô   uœlg  eau  glorifichiêr.  (29)   Et  la  lieud    qusela 
chi  stêua  &  udiua  dschchaiuen:  elg  esdô  un  thun.  Mualchiùns 
ôters  dscihaiuen  :  L'g  aungel  ho  faflô  cun  el.  (30)  lesus   ares- 
pundét  &  dis  :  Bi-ichia  par  mur  d'me  es  gnieu  aquaista  uusth, 
mu  par  mur  d'uus.  (31)  Huossa  es  Tg  giudici  da  quaist  muond. 
Huossa   l'g  parzura  da  quaist  muond  uain   â  gnir    chiatschô 
cura.    (32)   Et   sch'eau  ueng  aduzô  da  terra,   schi  uing  eau 
â  trêr  tuots  tiers   me   m'ues.    (33)    Mu    aqué  dschaiva   el, 
dant   ad    inclijr  cun  che   mort  chel  gniua  â  mûrir.  (34)  L'g 
pœuel   arespundét    agli  :   Nus    hauain   udieu    our  dalla   le- 
scha,  che   Christus  aruraagna  in    eterna  &  co  disth  tii  che  l'g 
filg  delg  hum  stouua   gnir  aduzô?  Chi  es  aquel  filg  delg  hum? 
(35)  Et  lesus  dis  ad  els  :  Auncliia  un  cuort  tijmp    es  la  liiisth 
eu  uus.  Chiaminô    intaunt   che    uns  hauais  la  liiisth,  che   la 
sckiiirezza  nu  s'achiappa.  Mu  aquel  chi  chiamina  in  la  sckiii- 
rezza  nu  so  innua  [357]  chel  uô   (36)  Intaunt  che    uus  hauais 
la  liiis'h,  schi  craie  â  la  liiisth,  par  che  uus  saias  filgs  délia 
liiisth.  (37)  A.quel  ho  faflô  lesus,  &  es  ieu  dauent  &  s'ho  azuppô 
dad  els.  Et  hauiand  fat  tauntas  bgierras  isainas   auaunt   els, 
schi  nu  craiauen  é  in  el,  (38)  par  che  l'g  plêd  da  Esaiae  pré- 
fet gnis  cumplieu,  qufil  che!   ho  dit:  Signer,  chi  ho  craieu  a- 
gli  nos  plêd?  &  l'g   bratsth  dalg  signer  â  chi  es  el   stô  appa- 
lantô?  (39)  Très  aqué  nu  pudaiuen  é  crair,  per  che  Esaias  ho 
darchiô   dit:  (40)  El   ho  assuruô  lur   oeilgs  &  ho  fat  diir  lur 
cour,  par  che  nu  uezan  culs  œiigs  né  incligien  eu  l'g  cour,  & 
che  s'uuoluan,  &  eau  l's  guarescha.  (41)  Aqué  ho   dit  Esaias, 
cura  chel  uezét  la  si[H]  glœrgia,  &  chel  ho  faflô    dad  el.   (42) 
Imperscho  er  dais  parzuras  craietten  bgiers  in  el,  mu  parmur 
dais    phariseers    nu  l'g    cuffesséuan  é,  par  che   nu    gnissen 
dsthchiatschôs  our  de  la  sjnagoga.  (44)  Per  che  els  haun  ha- 
gieu  plii  chiêr  Ig  hunurda  la  lieud,  co  l'hunur  da  dieu.  (44)  Et 
lesus  clamêua  &  dis:  Aquel  chi  craia  in  me,  nu  eraia  iii    me, 
mu  in  aquel  chi  ho  tramis  me.  Et  aquel  chi  uaia  me,  uaia  aquel 


L  EVANGILE    SELON    S.    JEAN  271 

chiho  tramis  me.  (46)  Eau  sun  gnieu  ùna  liiisth  îlg  muond, 
che  scodiin  chi  craia  in  me  nun  artimagna  in  la  sckiurezza.  (47) 
Et  sch'iinqualchiiin  ôiia  lamiauerua,&  nu  craia,  eau  nu  giiidg 
aquel,  per  che  eau  nu  sun  gnieu  par  ch'eau  giiidiciiia  l'gmuond, 
dimperse  par  ch'eau  salua  Vg  muond.  (48)  Aquel  [358]  chi  ar- 
fùda  me  né  arschaiuamia  ueruahochi  uain  â  l'g  gîiidicliiêr.  L'g 
plêd  ch'eau  hae  faflô,  aquel  uain  â  l'g  giiidichêr  îlgdi  dauous, 
(49)  per  che  eau  nun  hse  faflô  da  me  m'ues,  mu  l'g  bab  qup-l  chi 
ho  tramis  me,  aquel  ho  dô  â  mi  cumandamaint,  cheeau  daia 
faflêr.  (50j  Et  eau  sas  che  l'g  sieu  cumandamaint  es  la  uita 
seterna.  Et  aqué  diraê  ch'eau  fauel  suainter  che  l'g  bab  ho  dit 
â  mi,  uschia  fauel  eau. 

ANNOTATIUKS 

5/)îCflnar(/]  iina -chertaherua  che  faschaiuen  oura  lin  hiit 
precius.  Giûdichiêr]  uain  mis  aqui  par  cundamnêr.  O^annà]  0 
signer,  fo  me  salf. 

Jacques  Ulrich. 
(à  suivre). 


VARIÉTÉS 


DOCUMENTS  LANGUEDOCIENS 


III.    NOUVELLES    PIECES    TIREES 
DE  LA 

COLLECTION  GODEFROY  ' 


Les   Maistres   des  ports  et  passages 
de    Narbonne   et    Carcassonne   au   Roi  ^. 

Sire, 
II  a  pieu  à  vostre  Majesté  escrire  lectres  adressantes  aux 
officiers  de  vostre  justice  en  l'admiraulté  d'Agde,  en  datte  à 
Boloigne  du  huictiesme  du  passé  de  juillet,  contenant  que 
vous  ayant  pujs  peu  de  jours  Joseph  de  Guerar,  marchand  de 
Barcelonne,  faict  entendre  questant  veneu  en  cestu^'  vostre 
Rojaulme  pour  traficquer,  sur  lasseuranee  quil  avoit  de  joujr 
et  user  de  la  mesme  et  semblable  liberté  que  voz  propres  et 
naturelz  subjectz,  selon  et  ensuivant  les  traictés  qui  sont  en- 
tre vous,  Sire,  et  le  Roy  calholicque  des  Espaignes,  environ 
le  moys  de  febvrier  dernier  passé,  il  se  seroit  chargé  de 
grande  quantité  de  marchandise  en  intention  de  venir  à  iMar- 
seille  et  de  le  passer  en  Levant  ;  s'estant,  par  ce  moyen  chargé 
de  beaucoup  de  draps  descarlate,  et  qu'estant  de  fortune  son 
navire  par  temps  contraire  abordé  au  port  d'Agde,  les  Mais- 
tres du  port  dudict  lieu  layant  faict  arrester,  auroit  prins  et 
osté  du  dict  navire,  six  pièces  descarlate  et  deux  balles  co- 
chenilles dont  il   seroit  du    despuys  tousjours  demeuré  saisi, 

'  Copies  de  M"»  Hurlrel  pour  la  Revue  des  Langues  Romaîies. 
■  Bibliothèque  de  l'Institut.   Coll.  Godefroy,  258,    pièce   124.    18  août, 
1573.  (original). 


VARIETES  273 

sans  aulcune  juste  nj  apparante  occasion  de  ce  faire,  pour 
n'avoir  ledict  marchand  aulcunement  contrevenu  aux  ordon- 
nances de  vostre  Royaulrae  enjoignant  ausdictz  oflBciers  ;  d'au- 
tant que  cest  chose  du  tout  contraire  à  vostre  intention  à  la- 
quelle vostre  Majesté  désiroit  pourvoir  qu'incontinent  vos 
dictes  lectres  receues  ilz  eussent  à  bien  diligemment  et  soi- 
gneusement vous  informer  de  la  vérité  de  tout  ce  que  dessus  ; 
faisant  faire  entière  et  générale  restitution  audict  marchant 
de  ce  que  pourroit  luj  avoir  esté,  ainsi  que  dict  est,  saisi  et 
ravy  tant  par  le  Maistre  du  dict  port  que  aultres  sans  que  cy 
après  il  eust  aulcune  occasion  de  recourir  a  plainte  devers 
vous,  et  en  vous  advertissant  aussy  incontinent  de  la  vérité 
de  ce  faict  afin  d'y  pourvoir  ainsi  que  verres  estre  à  faire  par 
raison.  Pour  ceste  cause,  Sire,  ayant  vos  dictes  lettres  esté 
portées  en  mes  mains  en  cestuy  vostre  bureau  général  des 
droictz  forains,  en  defi'ault  des  officiers  de  vostre  justice  en 
rAdmiraultéd'Agde,où  il  ne  feustonques  estably  aulcun  siège 
de  la  dite  justice  ny  aultre  de  voz  officiers  que  ung  bureau 
particulier  pour  laperseption  des  droictz  de  foraine,  resve  et 
hault  passage  à  vous  deubz  et  acoustumés;  estant  ledict  bureau 
du  ressort  de  ma  charge,  les  aultres  officiers  estans  du  sei- 
gneur et  évesque  du  dict  Agde,  je  n'ai  voleu  faillir  de  satis- 
faire incontinent  vostre  Majesté  de  la  vérité  du  faict,  conser- 
nant  la  saisye  des  dicts  escarlates  pour  en  avoir  donné  le 
jugement  conforme  à  vostre  volonté  et  intention  portée  par 
voz  édictz  et  ordonnances  et  selon  le  pouvoir,  auctorité  et 
cognoissance  que  par  icelluy  il  plaict  à  vostre  dicte  Majesté 
m'en  attribuer  et  à  mon  lieutenant  général,  privativement  à 
tous  aultres  juges  et  commissaires  quelconques  ;  contenant 
sommairement  qu'estant  le  unziesme  novembre  dernier  passé 
trouvé  ung  bateau  de  patron  Claude  Ricard  de  ceste  ville  au 
port  dudict  Agde,  sans  avoir  auculuement  coureu  fortune  de 
mer,  mais  s'y  estant  volontairement  rendu  et  reposé  comme 
les  aultres  vaissaulz  pour  y  descharger  quelque  robe  qui 
pouvoit  estre  consignée  à  certain  marchant  dudict  Agde  ou 
aucunement  sur  la  dénontiation  de  M"  Jehan  du  Débat  et 
Olivier  Maymel,  garde,  de  ce  jour  faicte,  feurentfaictes  inqui- 
sitions par  devant  nostre  lieutenant  au  bureau  particulier  du 
dict  Agde,  sur  la  saisye  de   huict  pièces  graine   descarlate 


274  VARIETES 

trouvées  dansledict  vaisseau  de  Claude  Ricard,  par  l'audition 
duquel  résulte  que  les  dictes  graines  descarlate,  quarante 
balles  lajne,  quatre  balles  pliées  avec  esperierie,  quati'e  sacz 
et  quatre  aultres  petitz  sachetz  avoit  il  chargé,  pour  le  tout 
conduire  à  Marseille;  estant  partie  de  ladicte  marchandise 
à  l'iaude  Mathieu  de  Valence  et  autre  partie  à  Jehan  Garri- 
gnelle  dudict  Valance  par  commission  de  Joseph  Garau  de 
Barcelonne,  comme  par  les  lectres  de  voicture  appert,  conte- 
nant partie  dicelluy  de  trocquer,  eschanger  ou  vendre  audict 
Marseille  lesdictz  graines  pour  convertir  les  deniers  à 
Fachapt  d'autres  marchandises.  Et  le  tout  communicqué  au 
substitue  de  vostre  procureur  au  bureau  dudict  Agde  et 
faicte  production  des  édictz  de  vostre  Majesté  par  lesquelz 
est  prohibé  l'entrée  en  vostre  Rojaulme  de  tous  draps  de 
lajne  de  la  manufacture  d'Espaigue,  à  pejne  de  confiscation 
diceulx.  Et  tout  ce  que  ledict  Ricard  patron  volust  produire, 
feust  le  tout  assigné  au  Conseil,  sujvant  l'advis  et  délibéra- 
tion duquel,  le  vingt  cinquiesme  dudict  mojs  de  novembre 
dernier  passé,  par  devant  luoy  feust  prononcé  sentence  ,  par 
laquelle  feust  dicst  que  le  ditRicard  deffendeur,  dans  huictaine 
précisément,  feroit  foj  des  privilèges  et  faiciz  par  luy  des- 
duictz  et  mis  en  avant;  autrement,  à  faute  de  ce  faire  dès 
lors,  et  ledict  délay  passé,  lesdictes  huict  pièces  escarlate 
estoient  déclarées  acquises  et  confisquées  à  vostre  Majesté, 
sauf  la  troisiesme  partie  aux  gardes  qui  avoient  faict  la 
saysie.  Le  tout  sujvant  voz  ordonnances,  distraict  les  frais 
de  justice.  Et  quant  aux  laynes  et  aultres  marchandises  trou- 
vées en  ladicte  barque  ou  batteau  dudict  Ricard,  la  recréance 
luy  en  feust  faicte  de  sadicte  barque  ;  durant  lequel  délay 
ledict  Ricard  ne  feist  foj  d'aulcuns  privilèges.  Mais  sur  la 
plaintefaicte  par  Pierre  Albertas,  Jehan  Riqueti,  Anthoine 
Leuchon,  Amadou  Rozes  et  aultres  marchans  de  Marseille  à 
Monseigneur  le  Mareschal  dAmpville,  gouverneur  et  vostre 
lieutenant  général  en  ce  pays  de  Languedoc,  ledict  sieur  en 
auroit  faict  expédier  comission  à  M^  Jacques  Molinier,  lieu- 
tenant du  Prévost  de  Mareschaulx,  pour  vérifier  le  tout.  Et 
arrivé  qu'il  feust  audict  Agde,  feist  appelez  les  officiers  du 
dict  bureau  de  la  foraine  y  establis,  auxquels  auroit  faict  en- 
tendre le  contenu  de    sa  commission   et   a    iceulx   faict  les 


VARIETES  275 

inhibitions  y  contenues.  Le  XXIX^  dudict  moys  de  novem- 
bre, commamlement  auroit  e!<té  par  luy  faict  à  M*  Anthoine 
Mauriii  bailler  les  dictes  graines  descariate  à  Anthoine  Jour- 
dan  dudict  A^de,  comme  dépositaire  de  justice,  jusques  au- 
trement par  mondict  sieur  le  Mareschal  en  ieu>t  ordonné,  par- 
devant  lequel  sieur  la  procédure  apportée,  etouy  les  parties, 
ou  leur  procureur  par  son  app""*  mis  au  pied  de  la  requeste 
à  luy  présentée  par  lesdictes  parties  en  datte  du  sixiésme 
febvrier  dernier  passé,  déclairane  vouloir  empêcher  l'exécu- 
tion de  la  sentence  par  moy  donnée,  ny  pareillement  les 
condamnés  de  se  pourvoir  de  remèdes  de  justice  ordinaires 
par  devers  les  juges  ausquelz  la  cognoissance  en  appartient. 
Le  tout  suyvant  voz  édictz  et  ordonnances.  Suyvant  lequel 
appointementet  à  faute  de  relever  appel  parles  condamnés 
eu  la  Court  de  parlement  de  Thoulouze,  suyvant  voz  ordon- 
nances, requérant  ledict  substitue  de  vostre  procureur  la- 
dicte  sentence  feust  mise  à  exécution,  et  les  deniers  prove- 
nans  de  la  vente  desdictes  graines  descarlate  ainsy  à  vous 
acquyzes  et  confisquées  entrés  en  voz  coffres  par  les  mains  du 
Receveur  général  des  droyctz  forains  en  la  seneschaulcée  de 
Carcassonne  et  Béziers,  desquelles  choses  susdictes  appert 
ez  registres  de  nostre  Court  et  par  la  procédure  estant 
devers  le  greffe  d'icelluy,  jestime,  Sire,  que  Vosire  Majesté 
ne  trouvera  jamais  mauvais  que  jaye  faict  justice  à  vostre 
procureur,  requérant  icelle  contre  les  intracteurs  de  voz 
ordonnances,  soyent-ilz  estrangers  ou  régnicoles;  car  autre- 
ment, en  vain  auriés  vous  faict  establir  les  bureaux  géné- 
raulx  et  particuliers  et  institué  les  ofBciers  pour  la  perception 
et  conservation  de  vos  droictz  en  iceulx  bureaux,  tant  pour 
le  regard  de  la  mer  que  de  la  terre. Et  en  attendant  qu'il  plaise 
à  Vostre  Majesté  me  commander  ses  bons  plaisirs  pour  iceulx 
effectuer  de  tout  mon  pouvoir,  et  sans  y  espargner  ma 
propre  vie,  je  supplieray  en  cest  endroict  le  Créateur,  Sire, 
quil  vueille  conserver  Vostre  Majesté  en  son  estre  gran- 
deur et  prospérité  et  luy  donner  très-longue  et  très  heu- 
reuse vie. 

Escript  dans  le  bureau  général  de  la  perception  et  justice 
de  voz  droictz  forains,  estably  à  Narbonne  le  XVIli''  jour 
d'aoust  1573. 


276  VARIÉTÉS 

Vostre  très-humble,  très-obéissant  et  très-âdèle  subject  et 
serviteur,  le  maistre  de  vos  poru,  pontz,  cheminz  et  passages 
de  la  province  de  Narbonne  et  seueschaucée  de  Carcassonne 
et  Béziers. 

(Signature  déchirée). 

2 

Les  habitans  de  Montpellier  au  Roy* 

Sire, 

Vostre  Magesté  verra  par  la  despêche  de  Monseigneur  le 
Mareschal  d'Ampville  et  par  le  procès-verbal  du  pourparler 
qui  a  esté  en  ceste  ville  entre  ledict  sieur  et  les  depputez  de 
ceulx  de  la  prétendue  religion,  l'occasion  qui  s'est  offerte  de 
donner  moyen  à  ce  pauvre  pais  affligé  de  prendre  halejne  et 
avoir  quelque  relasche  en  noz  misères,  par  lasurcéance  d'ar- 
mes qui  a  esté  accordée  entre  eulx  et  nous,  soubz  vostre  bon 
plaisir  et  volonté,  à  laquelle  l'extrême  nécessité  nous  a  con- 
trainctz,  de  telle   sorte   que   nous   l'avons  estimée  du  tout 
nécessaire  pour  nostre  conservation  soubz  vostre  obejssance, 
Ce  que  nous   a  meuz  de  faire  instance  à  mondict  Seigneur  le 
Mareschal  d'embrasser  ceste  occasion,  le  refîuz  de  laquelle 
nous  avons  extimé  estre   avecq  nostre  rujue,  ung  des  plus 
grandz  desservices  qu'il  eust  seu  faire  à  vostre  dicte  Magesté, 
car  estant  destituez  de  tous  moiens  non  seuliement  de  faire  la 
guerre,  mais  de  favoriser  nostre  révolte,  il  falloit  nécessaire- 
ment que  la  rujne  de  voz  fidelles  subjetz  et  la  perte  de  ce  qui 
est  demeuré    en    vostre   obéissance    s'en  ensuivist,  par  une 
famine  et  nécessité  à  laquelle  nous  eussions  esté  réduitz,  et 
qui  ne  nous  peult  faillir  si  ces  calamitez  tirent  plus  à  la  lon- 
gue. Nous  vous  supplions  donq  très  humblement,  Sire,  avoir 
pitié   de  vostre  pauvre   peuple    acablé   et  qui  ne  peult  plus 
durer  sans  la  miséricorde  de  Dieu  et  vostre,  et  trouver  bonne 
la  dicte  surcéance,  jusques  à  ce  quil  plaise  à  Dieu  disposer  le 
cueur  de  voz  subjetz  eslognez  de  vosire  obéissance  à  recevoir 

1  Bibl.  de  l'Institut,  coll.  Godefroy,  t.  CCLIX,  pièce  3,  4  juin  1574. 


VARIETES  277 

vostre  bonne  volonté  et  coramendementz  et  nous  conduire 
tous  à  une  bonne  réconciliation  et  pacification  généralle  pour 
vivre  et  mourir  ensemble  en  vostre  obéissance  et  service.  De 
quoj  nous  le  prions  de  bon  cueur  et  quil  luy  plaise  Sire,  con- 
server vostre  digne  personne  en  son  royal  estât  et  grandeur. 

De  Montpellier,  ce  IIIP  jour  de  jung  mil  Vc  LXXIIII. 

Voz  Très  humbles  et  très  obéissantz  subjetz  et  serviteurs, 
lez  consulz,  manans  et  habitans  de  vostre  ville  et  diocèse  de 
Montpellier 

Par  leur  commandement  Planque. 

au  dos  : 

Les  habitans  de  Montpellier  au  Roy. 


Les  Consuls  de  Narbonne  au  Roy  * 

Sire, 
Nous  avons  receu  la  lettre  que  vous  a  pieu  nous  envoyer 
du  vui*  du  présant  mois  et  veu  vostre  commission  baillée  au 
sieur  de  Lardât  pour  lever  de  ceste  ville  vingt  milliers  poul- 
dre  de  canon  et  mille  bouletz  pour  soubvenir  contre  vos  en- 
nemys  et  rebelles;  à  quoy  nous  désirerions  de  bien  bon  cueur 
hobeyr  à  voz  vouUoir  et  intention,  et  ny  mectre  aulcune  diffi- 
culté. Mais,  sire,  quant  à  nous  ne  tenons  aulcunes  clefs  de 
voz  mounitions,  ains  cest  Monsieur  de  Rieux,  gouverneur  de 
ceste  vostre  ville,  et  gardes  d'icelles,  ou  leurs  commis,  qui  les 
ont  en  leur  pouvoir;  ausquelz  avons  remys  ledict  sieur  de 
Lardât  pour  effectuer  le  contenu  de  sa  dicte  commission. 
N'avons  volu  falir  advertir  vostre  Magesté  comme  ledict  jour 
viii^  ceulx  de  la  préthendue  religion  ont  prins  et  se  sont  am- 
parés  du  lieu  de  Cuxac  distant  une  petite  lue  de  ceste  ville. 
Et  peu  auparadvant  ont  prins  le  chasteau  de  Monteilz  appar- 
tenant au  sieur  Areevesque  d'icelle  qui  est  demye  lue  par 
délia.  Toutesfois,  avec  layde  4e  Dieu  et  la  bonne  garde  que 
voz  subjetz  et  habitans  de  vostre  ville  font,  les  doubtons  peu, 
et  mectrons  peyne  garder  icelle  à  vostre  hobéissance,  comme 

1  Bibl.  de  l'Institut,  coll.  GodetVoy,  t.  GGLIX,  p.  69, 17  décembre  1574. 

18 


278  VARIETES 

avons  faict  jusques  à  présant.  Vous  supplions,  Sire,  prandre 
la  bonne  volante  que  voz  très-humbles  et  obéissantz  subjectz 
portent  à  vostre  service.  Que  sera  la  fin,  après  avoir  prié  Dieu 
vous  donner,  Sire,  en  bonne  santé  et  très  heureuse  prospérité 
vie  longue. 

De  Narbonne,  le  xvii*^  décembre  1574, 

Voz  très  humbles  et  très  obéissans  subjets, 

DUCHAYNE,    consul, 

Desmoulyns,  consul,  Gangial,  consul, 

IV 

UNE  LETTRE  DE  FLÉCHIER,  ÉVÈQUE  DE  NIMES  ' 

A  Nimes,  ce  10  février  1704. 

Je  ne  saj,  Monsieur,  si  c'est  troubler  le  repos  de  votre 
solitude  et  interrompre  vos  exercices  de  piété  dans  ce  saint 
temps  de  Carême  que  de  vous  faire  part  d'une  lettre  pasto- 
rale adressée  aux  curés  et  autres  prestres  de  mon  diocèse 
au  sujet  de  la  persécution  des  fanatiques.  Dans  la  nécessité 
où  jaj  esté  de  leur  procurer  quelque  seureté,  de  les  instruire 
de  leurs  devoirs,  de  les  fortifier,  de  les  consoler,  jaj  parlé  à 
ceux  qui  sont  autour  de  moj,  jaj  escrit  à  ceux  qui  sont  ré- 
fugiez dans  des  retraites  éloignées,  et  jaj  cru  que  vous  pre- 
niez trop  dinterestà  tout  ce  qui  regarde  légiise  pour  ne  pas 
vouloir  entrer,  non  par  curiosité,  mais  par  religion,  dans  les 
tribulations  qui  l'affligent.  Nous  sommes  toujours  dans  les 
mêmes  agitations  en  ce  pais,  et  nous  avons  grand  sujet  de 
déplorer  nos  malheurs  et  de  craindre  même  qu'ils  n'aug- 
mentent si  Dieu  n'appaise  sa  colère.  Le  massacre  des  catho- 
liques, le  brûlement  des  églises  ne  cessent  point,  et  nous 
avons  besoin  des  prières  de  tous  les  gens  de  bien.  Je  compte 
sur  les  vostres,  et  vous  renouvelle  en  même  temps  lattache- 
ment  sincère  et  respectueux  avec  lequel  je  suis,  Monsieur, 
vostre  très-humble  et  très-obéissant  serviteur, 

Esprit,  ev,  de  Nismes. 

'  Paris,  Bibliothèque  Nationale,  Fonds  français  12763,  fol.  26y. 


VARIETES  279 


ALLOCUTION  EN  PROVENÇAL  d'uN  CURÉ  DE  BEAUCAIRE  (iSOl). 

L'infatigable  collectionneur  arlésien  Bonneniant  a  copié  dans  un 
de  ses  innombrables  recueils  de  mélanges,  cette  pièce  qu'il  a  tirée 
des  Archives  des  Cordeliers  de  Beaucaire.  Elle  est  intéressante  pour 
l'histoire,  comme  témoignage  des  séculaires  jalousies  du  clergé  sé- 
culier contre  le  clergé  régulier  ;  pour  l'histoire  des  mœurs,  par  le 
fait  même  qu'elle  raconte;  et  enfin  pour  l'histoire  de  la  langue,  car 
elle  a  conservé  le  texte  probablement  exact  de  la  rétractation  pro- 
noncée eu  chaire  par  ce  pauvre  curé  qui  avait  eu  la  malechance  de 
partir  en  guerre  contre  les  «  frayres  menors  '.  » 


RETRACTATIO      CURATl     DE    BELLICADRO      DE     HIS     QUE     ALLEGAVE- 
RAT  CONTRA  PRIVILEGLA.  FRATRUM    MINORUM  DICTE  CIVITATIS 

In  nomme  domini  nostri  Jhesu  Christi  amen.  Anno  incarna- 
cionis  ejusdem  Domini  raillesimo  quingentesimo  primo  et  die 
dominica  que  fuit  intitulata  vicesima  mensis  februarii,  se- 
renissimo  principe  ac  domino  nostro  domino  Ludovico,  Dei 
gralia  rage  Francorum,  régnante,  noverint  universi  et  sin- 
guli,  présentes  pariter  et  futuri,  ex  tenore  et  série  hujus 
presèntis  veii  et  publici  instrument!  raere  et  in  perpetuum 
firmiter  valitufi  et  numquam  revocaturi  (sic).  Quod  apud 
villam  Bellicadri  et  in  ecclesiâ  parrochiali  Nostre  Domine  de 
Pomeriis  et  in  tribunali  publico  ejusdem  ecclesie,  de  mane 
quâ  horâ  et  die  est  consuetum  per  alterum  ex  curatis  ejus- 
dem ecclesie,  in  conspectu  omnium  fidelium  christianorum 
ibidem  continue  affluentiutn  ad  audiendum  divina,  quae  as- 
sueta  sunt  celebrari  et  dici  in  dicta  ecclesiâ  ob  honorem  et 
reverentiamDei  omnipotentis  domini  nostri  Jhesu  Christi  et 
gloriose  Virginis  Marie  ejus  pie  genitricis  et  omnium  sancto- 
rum  et  sanctorum  Paradisi  et  pro  salvatione  aniraarum  fide- 
lium christianorum,  venerabilis  vir  Dominus  Vitalis  de  Bosco, 
presbitersive  capellanus  ordiais  sancti  Pétri  et  beneficiatus  in 
eadem  ecclesiâ  Béate  Marie  de  Pomeriis,  audaciâ   suâ  pre- 

»  Bibl.  Munie.  d'Arles,  cod.  207,  fol.  12. 


28  0  VARIETES 

sumptivâ  et  motu  suo  proprio,  inconsultè  et  themerariè  et 
in  denigrationem  et  deppopulationeni  contempturaque  et  vitu- 
periura  non  verens  [et  quod  grave  et  detestabile  est],  bonura 
nomen  et  famam  fratribus  suis  christianis  tollere  et  amovere 
volens  et  denegare,  cupiensque  panem  cotidianum  unicui- 
que  misericorditer  per  servicium  ecclesie  tributum  et  datum 
amovere  et  sibi  appropiare  ut  proximi  sui  fratres  christiani 
pereant  famé  ;  non  verens  similiter  incurrere  sententias  ex- 
communicationum  litterarum  apostolicarum  datas  per  sum- 
mos  pontifices  pauperibus  fidelibus  Christi  ordinis  sancti 
Francisci  et  aliorum  quatuor  mendicantium  per  universum 
orbem  constitutorum  et  ordinatorum  ad  deprecandum  Deum 
omnipotentem  et  gloriosam  Vii'ginem  Mariam,  et  per  regaies 
potestates  Francorum  regum  dietim  in  oratione  et  devotione 
esistentium,  talia  verba  diffamatoria  et  denigratoria,  se- 
ductoriaque  dampnabiliter  in  loco  et  consistorio  publico  iia- 
buit  dicere,  seu  in  efîectu  sirailia,  ut  sequitur  : 

«  Messieurs  et  Douas,  el  est  vraj  que  l'an  passât  en  Ca- 
resma,  ung  dimenclie,  fasen  les  acouges,  je  vos  aviey  dis  que 
vous  venguessias  counfessar  de  bono  hora  ;  et  plus  avan  que 
tous  parochians  eron  tengus  de  se  venir  confessar  de  nous 
autres  curats  sus  pêne  de  scumergue,  et  vous  aviey  dit  que 
los  frajres  menors  non  avien  pujssance  de  vous  confessar  et 
tous  que  se  confessai  ront  de  ellos  demorarian  tojour  en  pe. 
cat  mortal,  et  non  eron  point  absoubts,  et  aquellos  que  se 
volian  anar  confessar  dellos,  eron  tengut  de  demandar  li 
cencia  a  nous  autres  curats,  sub  pena  de  pecat  mortal.  » 

Quibus  verbis  in  sue  anime  detrimentum  dampnumque  et 
vituperium  et  contentum  dictorum  religiosorum  dévote  reli- 
gionis  beati  Francisci  et  aliorum  ordinum  quatuor  mendican* 
tium  toscius  orbis  catholice  fidey  dictis  et  probatis,  post  mo- 
dum  ipse  De  Bosco  agnoscens  et  cogitans  in  se,  (sicut  ratio 
suadet,  vult  et  jubet),  quod  maie,  inique  et  perpere  et  contra 
Deum  et  conscienciam  verba  illa  denigratoria  dixerat,  pro- 
mulgaverat  etpublicaverat,  advisatus  et  consultus  ex  proximo 
dampno  ibidem  in  ecclesiâ  predicta  et  loco  et  coram  omni  po- 
pulo fhristiano  qui  ibidem  ad  audienda  divina  celebranda  pro- 
salvatione  eorum  animarum  convenerant  et  se  congregaverant 
revocavit,  cassavit,  irritavit    et    annullavit  ore   suo  proprio, 


VARIÉTÉS  281 

cassât,  revocat,  irritât  et  annulât,  in  et  per  modum  qui  se- 
quitur  infrascriptum  : 

«  Maintenen  je  vous  djse  le  countrari  et  men  desdise,  car 
per  lore  non  era  certifficat  de  leur  privilège,  desquelx  men 
fan  foy  comme  podes  veyre  yssy  et  aquel  vous  legiraj  publi- 
quament  maintenent  ;  vous  disent  que  per  leur  privilège  à 
elles  donas  per  los  saincts  paires  papes,  losdits  frajres  me- 
nors  et  predicadours  an  autant  de  pujssance  de  confessar 
comme  nous  autres  curats  aven,  pour  que  si  non  y  fassas  point 
de  doubte  et  vous  signifique  que  sian  demoras  en  bon  appoin- 
temen  ensemble  et  seren,  si  Dieu  plas,  tojours.  » 

Cujus  quidem  Bule,-seu  literarura  apostolicarum  eisdem 
quatuor  ordinibus  mendicantibus  per  summos  pontifices  ro- 
manos  concessarum,  non  viciatarum,  non  ruptarum  minusque 
in  aliquo  sui  parte  suspectarum  nec  radiatarum,  sed  omni 
prorsus  vitio  et  suspicione  carentium,  sigillatarum  sigillo 
plumbeo  impendenti,  more  Romane  curie,  ténor  sequitur  et 
est  talis  :  «  Alexander,  episcopus,  servus  servorum  Dei.  Di- 
lectis  filiis  generali  et  provincialibus  ministiis,  ac  universis 
fratribus  ordinis  fratrura  minorura  salutem  et  apostolicam  bene- 
dictionem.  Cum  olim  quidam  temere  sencientes  et  ad  sobrieta- 
tem  sapere  nescientes,  impudenter  assererent  quod  de  licentia 
et  comissione  diocesanorum  episcoporum  libère  non  potera- 
tis  predicationis  exercere  officium  et  confessiones  audire,  sine 
parochialium  sacerdotum  licentia  et  assensu,  nos  ad  tollen- 
dum  et  confuctandum  assertionem  hujusmodi  et  dilucidandum 
in  talibus  veritatem,  dudum  inquibusdam  licteris  nostris  de- 
terminando  expressimus  quod  vos  de  licentia  vel  comissione 
aut  concessione  legatorum  sedis  apostolice,  vel  ordinariorum 
locorum,  libère  potestis  predicare  populis,  audire  confessio- 
nes et  absolvere  confitentes  et  penitentias  injungere  saluta- 
res,  prelatorum  inferiorum,et  rectorum  ecclesiarum  ac  sacer- 
dotum parocbialium  assensu  minime  requisito;  volentes  igitur 
hujusmodi  nostram  determinationem  irrefragabiliier  obser- 
vari ,  auctoritate  praesentium  districtius  inhibemus  ne  quis" 
quam  super  hiis  vel  eorum  aliquo  aliquemvestrum  aut  etiam 
confitentes  nobis  contra  prémisse  determinationis  formam 
aliquathenus  molestare  présumât,  decernentes  nichilhominus 
irritum  et  inane  quicquid  a  quoquam  contra  inhibitionem  hu- 


28  8  VARIETES 

jusmodi  contingerit  actemptari.  Nulli  ergo  omriino  hominum 
liceat  hanc  paginam  nostre  inhibitionis  et  constitutionis  in- 
fringere  vel  et  ausu  themerario  contra  ire.  Si  quis  autem  hoc 
actemptare  presumpseiit,  indignationem  omnipot.entis  Dei  et 
beatoi'urn  Petii  et  Pauli  apostolorum  ejus  se  noverit  incur- 
surum.  Datum  Anagnie  tertio  idus  maii,  pontificatus  nostri 
anno  quinto. 

Et  ibidem  incontinenti  absque  aliquo  intervalle  seu  medio 
in  eâdem  ecclesiâ  et  coram  omni  populo  fideli  christiano 
ibidem  tune  ad  divina  audienda  congregato  venit  et  [lerso- 
naliter  se  representavit  reverendus  pater  magister  Beinardi- 
nus  Bosqueti  in  sacra  pagina  deauratus  (sic)  sacrosancte 
teologie,  qui,  tam  nomine  suo  proprio  quam  nomine  toscius 
(sielreligionis  ubique  terrarum  ordinis  sanctiFrancisci  et  con- 
ventûs  ejusdem  in  Bellicadro  constituti  quam  alioi'um  et 
quoruracunjque  devotorura  religiosorum  quatuor  mendican- 
tium  orthodoxorum  universalis  orbis  et  in  presentiâ  mei, 
notarii  regii  infrascripti,  et  teslium  infrascriptorum  et  quam 
pluriiim  aliorum  flde  dignorum  christianorum,  depredictis  re- 
nunciationibus,  acciisationibus,  recusationibus,  contradictio- 
nibus,  irritationibusfactis,  juri  et  rationi  consonantibus,  quia 
petentibus  et  cogitantibus  non  sit  denegandus  assensus  et 
quod  omnes  tangit  ab  omnibus  approbari  tenetur,  petiit  et 
requisivit  sibi  et  suis  in  dicto  conventu  Bellicadri  religiosis 
fratribus  minoribus  tune  viventibus  et  pro  tempore  future 
existentibus  quam  nomine  toscius  mundi  fieri  unum  vel  plura 
publicum  seu  publica,  instrumentum  seu  instrumenta  et  acta 
sibi  ipsi  tradi  et  deliberari  ad  perpetuam  rei  memoriam. 

Acta,  dicta,  pronunciata  et  determinata  fuerunt  haec  apud 
dictam  villam  Bellicadri  et  in  dicta  devota  ecclesiâ  Nostre 
Domine  de  Pomeriis  et  infra  navera  ejusdem  ecclesie,  testibus- 
que  prsesentibus  venerabilibus  et  discretis  viris,  magistiis 
Bertrando  de  Fargiis,  Guilherrao  Aguilhe,  lohanne  Auderii, 
netariis  regiis.  Egidio  RebuUie  consiile,  Henrico  de  Car- 
denne,  Guilhermo  Kelisej,  Firmino  Gelaty,  Benedicto  Men- 
nerii,  lohanne  Crappone  et  pluribus  aliis  habitatoribus  dicte 
ville  Bellicadri, et  me  Antonio  Bojsserie  clerice,  auteritatibus 
apostolicâ  et  regiâ  notarié  publico,  oriundo  loci  et  parochie 
Alissani  vivariensis  diocesis.nunc  vero  habitatore  ville  Belli- 


VARIETES  283 

cadri  Arelatensis  diocesis,  qui  de  premissis  requisitis  notam 
et  actasupradicta  recepi.  A  quâ  quidem  nota  et  actis  hoc 
presens,  sérum  et  publicum  instrumentum  manu  meâpropriâ 
scriptum,  grossatum  in  hac  forma  extraxi  et  factâ  diligenti 
collatione;  hic  me  subscripsi  signoque  mec  authentico  quo 
in  meis  dicta  regiâ  auctoritate  utor  publicis  instrumentis, 
signavi  infidem  omniiin  universorum  et  singulorum  premis- 
sorum. 

BOYSSERIA. 

Coppié  sur  lad.  expédition  originale  en  parchemin,  conser- 
vée dans  les  Archives  des  PP.  Cordeliers  de  Beaucaire, 
cottée  V  dans  le  sac  cotté  n^QS. 


QUELQUES    INSCRIPTIONS    CAMPANAIRES 

EN    PROVENÇAL    MODERNE 


ANGLES  (Basses-Alpes) 

Notre-Dame-du-Saint-Rosaire,  priez  pour  nous.  —  Je  m'ap- 
pelle Marie-Marguerite-Joséphine-Louise. — J'ai  pour  par- 
rain Dol  Lucien-Antoine  et  pour  marraine  Grac  Marguerite- 
Joséphine,  son  épouse.  —  Pin  Eugène,  curé,  —  Laugier 
Alexandre,  maire. 

Su  tels  alo  de  brounze,  em"  aquelo  deis  anges, 
Que  ta  voues  argentmo  arrive  jusquou  céu. 
E  piei  d" eilamoundaou  fai  plooure  dessus  Angles, 
Su  sei  ierro,  sei  gen,  la  grâce  dou  bon  Dieu. 

Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille,  1891. 

ARRE  (Gard) 

Glorificabo  nomen  tuum  in  geternum. 

Maire  :  Louis  Brun,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur.  — 
Curé  :  Célestin  Malignon. 

Parrain  :  Antoine  Brun,  manufacturier.  —  Marraine  :  Ba- 
silide  Anterrieu. 


284  VARIÉTÉS 

Je  m'appelle  Marie-Antoinette  et  j'ai  été  baptisée  le  12  avril 
1891. 

Cante  lou  ciel,  cante  la  terro. 
Sorte  H  joio  e  H  misera. 

Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille. 

BOULBON  (Bouches-du-Rhône) 

San  Marcelin,  bon  per  iago  et  per  lou  vin. 

Je  m'appelle  Françoise.  —  J'ai  été  baptisée  l'an  de  grâce 
M  D  CGC  xciv.  —  S.  S.  Léon  XIII,  pape.  —  Mgr  Gouthe-Sou- 
lard,  archevêque  d'Aix.  —  Baux  Gédéon,  curé.  —  Parrain  : 
Louis  Béchet,  maire  de  Boulbon.  —  Marraine  :  Françoise 
Gilles.  —  Fabriciens  :  Louis  Gilles,  Bienvenu  Gilles,  adjoint, 
Joseph  Durand,  Etienne  Buravand,  Pierre  Armand. 

Longo  mai  camé  per  Dieu,  per  l'Égliso  e  per  la  France. 
Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille. 

LURS  (Basses- Alpes) 

Primœ  horœ  rîdeo, 
Meridianse  gauden 
Et  ultimse  lugeo  ; 
Plebem  Lurii  voco, 
Tempestatem  depello, 
Dies  festos  decoro 
Et  semper  Deum  laudn. 

Je  m'appelle  Julie-Antoinette.  —  Mon  parrain  est  M.  A. -A. 
Laforest.  —  Ma  marraine  est  dame  J.  Caffarel.  —  Messire 
Pellissier,  chanoine,  vicaire  général,  m'a  baptisée,  assisté  de 
Messire  J.-B.-F.  Miliou,  chanoine  honoraire,  curé  de  Lurs,  le 
18  mars,  l'an  de  grâce  m  d  ccc  xciv. 

Laouse  lou  beou  bouen  Diou,  leis  angis  et  lei  san. 
Toun  einade  l'a  fa  cent  quatre -vin  g  t-huech  an. 
Ere  don  tem  que  Lus,  garde  n'en  la  memori, 
Avié  riche  palai,  prince -évesqne  tan  flori. 

Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille. 


VARIETES  285 

SIGONCE  (Basses-Alpes) 

D.  O.  M.  —  Sigoimço.  —  Jousefino,  Eugénio,  Angelino  soun 
met  noum.  ■—  Alberic  Petit  es  moun  peirin.  —  Eugenio  Blanc 
es  ma  meiinno.  —  L'an  de  Jesu-Crist  m  d  ccc  xciv,  dintre  Ion 
mes  du  Sant  Housari,  Mounsen  Dams  Cabrie?\  méro,  me  recebe  ; 
Messiro  Pau  Anxionnaz,  curât,  me  batejo. 

Sempi^e  trignonrarai  lei  festo  dou  bouen  Dieu, 
Tintarai  l'Angelus  matin,  miejour,  lou  sero, 
Plourarai  par  lei  mouert,  cantarai  par  lei  viéu 
Et  par  lou  marit  tems  sounarai  la  priera. 
0  Santa  Crous, 
Assoustas-nous. 
0  Viergi  Mario, 
Adudsnous  la  vido. 
Sant  Claudi,  t'en  preguen, 
Manten-nous  dins  lou  ben. 
Longo   mai,  Sigounciè,  se  fes  coumo  vous  dieu, 
Segur,  dins  lou  pais  auren  la  pas  de  Dieu. 
Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille. 

VOLONNE  (Basses-Alpes) 

Ausp.  B.   V.  M. 

Laudo  Deum,    recino   sanctos,  convoco  plebem, 

Lugeo  defunctos   tempcstatemque  repello 

Parrain  J^*  Toppin,  notaire. —  Marraine  :  M"*"  Louise  Boyer. 

Maire  :  J.  Taxil.  —  Curé  :  A'^  Rejnaud.  —  1890. 

Ai  canta  dous  cents  ans,  sieu  mouerto  e  ressuscit 
Sempre  amant  servent  Dieu,  fes  que  cadun  m'imit. 

Eugène  Baudouin,  fondeur  à  Marseille. 

Jos.  Bekthelé. 


lUBLIOGRAPHIE 


Anton  Lindstrom.  —  L'Analogie  dans  la  déclinaison  des  sub- 
stantifs latins  en  Gaule,  l''^  partie,  Upsala,  1897,  2'  partie,  Upsala, 
1898. 

Dans  cet  ouvrage,  M.  Lindstrom  se  propose  d'étudier  l'ancienne 
déclinaison  nominale  du  français  du  Nord  et  de  celui  du  Midi  pour 
montrer  dans  quelle  mesure  les  deux  cas,  cas  sujet  et  cas  régime, 
sont  les  représentants  fonétiques  du  nominatif  et  de  l'accusatif  la- 
tins et  dans  quelle  mesure  l'analogie  est  venue  traverser  l'évolution 
normale  et  en  modifi'  r  les  produits. 

Pour  cela  il  a  recueilli  et  classé  tous  les  noms  que  contiennent 
quelques-uns  des  plus  anciens  textes  français  et  provençaux  ou  lan- 
guedociens ;  puis  il  en  a  examiné  les  finales  et,  quand  il  i  avait  lieu, 
l'étimologie.  Comme  les  mots  réunis  sont  assez  nombreux,  l'auteur 
a  été  appelé  à  discuter  presque  tous  les  chapitres  intéressants  et 
difficiles  de  la  fonétique  française  et  provençale.  On  doit  reconnaître 
d'une  manière  générale   qu'il  l'a  fait  avec  compétence. 

11  expose  les  opinions  de  ses  prédécesseurs,  avec  une  bibliogra- 
fie  assez  complète,  et  les  envisage  l'une  après  l'autre,  mais  termine 
rarement  par  une  conclusion  nette  et  personnelle.  On  aimerait  le  voir 
plus  souvent  prendre  parti.  Il  i  a  beaucoup  de  points  que  l'on  pour- 
rait reprendre  encore  après  lui  ;  ce  n'est  d'ailleurs  pas  toujours  sa 
faute;  quelques-unes  des  questions  soulevées  sont  évidemment  inso- 
lubles et  peut-être  après  tout  d'un  intérêt  médiocre  :  il  s'agit  de 
formes  empruntées  à  des  textes  qui  n'ont  pas  une  ortografe  cons- 
tante, ou  qui  ont  une  ortografe  dont  la  valeur  des  signes  est  in- 
connue, et  parfois  sans  doute  il  suffirait  de  savoir  exactement  de 
quelle  manière  tel  vocable  était  prononcé  pour  qu'un  problème 
obscur  devînt  clair  ou  même  cessât  d'exister.  L'objet  de  la  fonétique 
n'est  pas  la  lettre  écrite,  mais  le  son  émis. 

Ne  pouvant  pas  ici  revoir  successivement  toutes  ces  discussions, 
nous  signalerons  parmi  les  mieux  réussies  celle  qui  concerne  le 
traitement  de  /  mouillé  devant  .s.  p.  159  et  suiv.,  et  celle  qui  est  re- 
lative aux  mots  en  -ôcu,  p.  167  et  suiv.;  puis  nous  ajouterons  quel- 
ques observations. 

P.  204  l'auteur  pense  que  mpl  intervocalique  pouvait  devenir 
mbl.  Cette  supposition   ne  repose  sur  rien  et  contredit   tout  ce  que 


BIBLIOGRAPHIE  28  7 

l'on  sait.  Une  occlusive  appuyée  reste  intacte  en  français,  qu'elle 
soit  combinée  ou  non  ;  templu  doit  donner  temple  et  non  *temble 
comme  imperatore  donne  empereur.  De  ce  que  après  voyelle  m  + 
voyelle  tombée  +  l  est  devenu  mbl,  il  ne  résulte  aucune  indication 
pour  le  sort  de  mjil  latin  ;  semble,  humble,  comble,  etc.,  prouvent 
simplement  que  dans  cette  position  Vm  était  sonore  en  latin  vulgaire 
dans  toute  son  étendue.  Pour  le  détail  de  la  question,  cf.  Mémoires 
de  la  Société  de  linguistique,  X,  p.  198  et  suiv. 

M.  Lindstrôm  semble  parfois  disposé  à  admettre  comme  fonétiques 
des  mots  savants  ou  rai-savants,  ou  un  double  développement  foné- 
tique  de  la  même  forme,  par  exemple  p.  42  pour  expliquer  armo- 
nie,  sifonie,  p.  43  pour  rendre  compte  de  partisan  à  côté  de  ^;arson. 
Il  i  a  un  traitement  qui  est  fonétique  et  l'autie  qui  ne  l'est  pas;  en 
réalité  armonie  et  sifonie  sont  savants,  ^arson  est  fonétique  et  par- 
tisan analogique.  L'auteur  revient  sur  ces  deux  derniers  dans  sa  se- 
conde partie,  p.  iv,  pour  expliquer  que  «  partire  aurait  exercé,  déjà 
en  latin,  une  influence  sur  partitionem  de  façon  à  réagir  contre  la  loi 
qui  faisait  tomber  Vi  protonique  ».  Il  est  possible  que  l'influence 
analogique  ait  commencé  à  s'exercer  de  fort  bonne  heure  :  il  n'en 
résulte  nullement  qu'il  i  ait  eu  «  deux  faces  dans  le  développement 
du  suffixe  -itionem  »,  ni  que  «  l'explication  de  ces  formes  nécessite 
des  recherches    plus  détaillées  sur  la  voyelle  protonique.  » 

P.  186:  «  Poncis...  -  cenus  doit  donner  -  ces  en  prov.  .>.  II  faut 
partir  de  pulliclnus,  cf.  Kôrting,  Lat.-rom.  w'ôrt.,  Nachtrag. 

P.  45  :  pourquoi  s'obstiner  à  t'nev pucelle  de  *  puellicella  ?  Si  ^^z/eZ- 
lus,  puella  étaient  représentés  dans  les  langues  issues  du  latin  vul- 
gaire des  Gaules  on  comprendrait  cette  insistance,  mais  il  n'en  est 
rien.  Dire  avec  M.  Grôber  (\\xe puellu  se  prononçait  avec  un  û  comme 
*  grûem.  est  une  ipotèse  en  l'air  ;  les  deux  foi  mes  ne  sont  nullement 
comparables,  puisque  dans  puellu  l'accent  est  sur  Ve  tandis  qii'il  est 
sur  \\i  dans  gruem.  Dire  avec  M.  Lindstrôm  que  dans  gruem  Vu  est 
long  à  priori  est  une  simple  erreur,  puisqu'en  fait  il  a  toujours  été 
bref;  de  même  l'ide  rfie.s- a  toujours  été  bref,  quoiqu'en  pense  M.  Grô- 
ber. 11  n'i  avait  pas  de  voyelles  longues  en  latin  vulgaire  devant  consonne 
et  pas  davantage  devant  voyelle.  Si  die  donne  fr.  di,  pia  fr.  ^ie,  uia 
fr.  dialectal  vie,  '  grua  fr.  grue,  ce  n'est  pas  que  Vi,  u  s'était  allongé 
dans  ces  mots  en  latin  vulgaire,  c'est  quei  et  m  toniques  devant  voyelle 
finale  étaient  restés /erme'.s  au  lieu  dedeveniri,  ?<  ouverts  (plus  tard  e,  o 
fermés)  comme  devant  consonne.  Nous  avousen  français /fou/e  àepûlla. 
poulet  de'  piilletlu,2)oulain  de* piillanu, poussin  àe pûllicinu,  v.  fr.  et  fr. 
dialectal  ^tJcm,  imssin  de  '  pidicinu,  fr.  d\a\.  pussenotte  de  *  pûlici- 
neita,  fr.  puceau,  pucelle  de  *  pûlïcellu,  '  pûlicella  ;  c'est-à-dire  que 
nous  avons  affaire   aux    deux  formes  pûllo-  et  pûlu.-    Que  ces  for- 


288  BIBLIOGRAPHIE 

mes  se  soient  substituées  dans  certains  mots  kpuello  -,  rien  de  plus 
naturel;  mais  que  Tune  ou  l'autre  ou  toutes  deux  aient  pu  sortir  foné- 
tiquement  de  puello  -,  jamais.  Comment  faut-il  interpréter  la  coexis- 
tence des  deux  iii>es  pûlo  -  et  pullo  -?  C'est  le  produit  d'une  loi  que 
nous  avons  indiquée  il  i  a  longtemps  MSL,  VIII,  p.  320  :  voyelle  lon- 
gue +  consonne  simple  et  voyelle  brève  +  consonne  double  sont  des 
quantités  rigoureusement  équivalentes.  Cette  loi  paraît  avoir  été  en 
vigueur  en  latin  à  toutes  les  époques  :  lûpiter:  lûppiter,  mûtire:  mût- 
tire,  lltera  :  littera,  mucus  :  mûccus,  hûca  :  bûcca,  sûcus  :  sûccus,  cûpa 
(fr.  cuve):  cuppa  (fr.  coupe)  ;  quand  la  consonne  en  question  est  une 
liquide  au  lieu  d'une  occlusive,  comme  da,ns  pûllo  -  :  pûlo  -  ,  les 
mêmes  doublets  apparaissent  :  nârare:  nàrrare,  pâricida  :  pàrricida, 
âlium  :  âllium,  âlucinare  :  àllucinare,  îlico  :  illico,  îlex  :  it.  elce,  cu- 
cûlus  :  cucûllus,  Stella  :  fr.  étoile,  etc. 

En  somme,  lorsqu'on  a  lu  cet  ouvrage  (plus  de  400  pages  grand 
in-8"),  si  l'on  se  demande  ce  qu'il  apporte  de  nouveau,  on  éprouve 
une  sorte  de  regret  en  considérant  que  les  résultats  obtenus  ne  sont 
pas  proportionnés  à  l'énorme  travail  qu'il  représente,  et  l'on  souai- 
terait  que  l'auteur  eût  consacré  ses  efforts  au  défrichement  d'un  ter- 
rain plus  inculte.  Pour  tous  les  petits  problèmes  de  fonétique  qui 
sont  examinés  dans  la  première  partie  M.  Lindstrom  n'ajoute  pas 
grand  chose  à  ce  que  nous  savions  ;  dans  la  seconde  partie  il  a  essayé 
d'établir  les  conditions  qui  ont  déterminé  les  actions  analogiques,  et 
c'est  là  particulièrement  que  l'on  pouvait  s'attendre  à  trouver  du 
nouveau  ;  et  bien,  il  faut  avouer  qu'en  réalité  il  i  en  a  fort  peu,  et  en 
outre  que  l'exposition  n'a  pas  toute  la  netteté  désirable.  L'auteur  sem- 
ble croire  que  lorsqu'une  question  est  présentée  sous  forme  de  tableau, 
elle  en  est  plus  claire  ;  cela  peut  arriver,  mais  ce  n'est  pas  une  règle 
générale,  et  il  en  est  des  tableaux  comme  de  toutes  les  meilleures 
choses  :  pas  trop  n'en  faut  '. 

Mais  M.  Lindstrom  nous  répondrait  peut-être  que  le  point  de  vue 


'  On  serait  malvenu  à  chicaner  l'auteur  sur  son  stile  ;  lorsqu'il  s'agit 
d'un  étranger  qui  écrit  en  français,  quelques  incorrections,  quelques 
impropriétés  ne  sauraient  être  tenues  pour  un  grand  crime,  tant  que  la 
pensée  reste  intelligible  ;  et  en  fait  il  n'i  a  pas  dans  ce  livre  une  seule 
frase  que  l'on  ne  puisse  comprendre  avec  un  peu  d'attention.  Néanmoins 
comme  la  langue  en  a  été  revue  spécialement  avant  la  publication,  il 
semble  qu'il  eût  été  facile  d'écarter  quelques  barbarismes,  tels  que  «  al- 
longation  »,  ><  suffixe  déminutif  >,  ou  quelques  expressions  bizarres 
comme  celle-ci  «  les  trois  vocatifs  cités  prenaient  facilement  le  dessus 
des  vocatifs  en  tis  »,  qui  rappelle  un  peu  trop  «  le  dessus  du  panier  * 
dont  parlait  M""'  de  Se  vigne. 


BIBLIOGRAPHIE  289 

auquel  nous  nous  plaçons  n'a  jamais  été  le  sien,  et  qu'il  n'a  jamais 
cherché  à  éblouir  ses  lecteurs  par  tant  de  nouveautés.  La  première 
partie,  il  ne  faut  pas  l'oublier,  est  une  tése  pour  le  doctorat,  c'est-à- 
dire  un  travail  par  lequel  l'auteur  devait  avant  tout  montrer  qu'il  con- 
naît bien  son  sujet  qu'il  a  lu  et  compris  les  travaux  de  ses  prédé- 
cesseurs et  qu'il  est  à  même  de  les  discuter.  Si  c'est  là  le  principal 
but  que  M.  Lindstrôm  s'est  proposé  d'atteindre,  on  doit  reconnaître 
qu'il  i  a  pleinement  réussi. 

Maurice  Grammonï, 


Noëls  du  Bas-Limousin,  recueLllis  par  A.  Rupin.  127  pp.  in-S» 
(s.  1.  n.  d.) 

Extrait  du  Bulletin  archéologique  de  la  Corrèze 

Nous  avons  annoncé,  dans  la  Chronique  du  dernier  numéro  de  la 
Revue,  la  publication  de  ces  noëls  limousins  dans  le  Bulletin  de  la 
Société  archéologique  de  la  Corrèze.  Ce  n'est  pas  une  centaine  de 
Noëls,  comme  on  l'a  imprimé  par  erreur,  mais  une  trentaine  qui  ont 
été  publiés.  11  vient  d'être  fait  un  tirage  à  part  de  cet  intéressant  tra- 
vail. Les  Noëls  recueillis  sont  en  majorité  —  ou  paraissent  être  — 
d'origine  populaire.  Quelques-uns  ont  été  composés  par  des  limou- 
sins connus,  comme  Bertran  de  Latour  (V,  VI  ?),  et  plus  près  de 
nous  Jean  Foucaud  (Xlll)  et  Anne  Vialle  (XXIX).  Deux  de  ces 
noëls  sont  de  M.  le  chanoine  J.  Roux,  et  le  dernier  de  M"«  Gê- 
nés. M.  Rupin  et  son  dévoué  collaborateur,  F.  Noulet,  ont  recueilli 
la  musique  de  la  moitié  de  ces  noëls  :  ceux  qui  s'intéressent  à  la  mu- 
sique populaire  leur  sauront  gré  de  ce  soin. 

Ajoutons  que  six  de  ces  noëls  sont  en  français,  et  que  deux  d'entre 
eux  sont  des  dialogues  où  les  bergers  s'expriment  en  limousin,  tandis 
que  les  anges  répondent  en  français  ;  on  sait  combien  fréquent  est  le 
mélange  des  deux  langues  dans  des  dialogues  de  ce  genre  '. 

J.  Anglade, 
Professeur  agrégé  au  Lycée  de  Tulle. 

*  A  la  page  5  de  la  préface,  nous  relevons  la  phrase  suivante  :  «  Dans 
certains  dialectes  méridionaux,  tel  que  le  provençal,  le  mot  noel  se  dit 
novel;  ce  serait  alors,  ainsi  que  l'affirme  Borel,  une  contraction  du  mot 
nouvel,  signifiant  nouveau,  jour  nouveau.  >  Le  mot  provençal  nouvé  (car 
c'est  là  la  forme  ordinaire  du  mot  en  provençal)  n'est  autre  chose  que  le 
français  noèl  devenu  noé,  noué,  nouvé.  En  languedocien  moderne,  on  se 
sert  souvent  pour  désigner  ces  chants  du  mot  noé  qui  n'est,  lui  aussi, 
que  le  mot  français  employé  à  la  place  du  mot  patois  nadal,  nadalet. 


CHRONIQUE 


La  Revue  internationale  de  l'Enseignement  a  publié  récemment 
(mars  1898,  pp.  213  et  suiv.)  un  intéressant  article  de  M.  Audollent 
sur  l'avenir  des  petites  Universités.  L'auteur  énumère  les  ressources 
que  ces  Universités  peuvent  offrir  aux  étudiants.  Ainsi,  dit-il,  «  les 
Musées  lapidaires  de  Dijon,  de  Lyon,  ne  demandent  qu'à  servir  aux 
épigraphistes.  A  Lille  et  à  Toulouse  s'enseignent  les  vieux  parlers  de 

France »  Comment  l'auteur  a-t-il   oublié  qu'à  Montpellier   aussi 

s'enseignent  les  vieux  parlers  de  France  et  depuis  plus  de  vingt  ans 
même?  Il  n'est  pas  mauvais  de  le  rappeler  dans  cette  Revue  qui,  si 
nous  ne  nous  trompons,  a  fortement  contribué  à  la  fondation  d'un 
enseignement  qui  n'existait  guère  alors  dans  les  Facultés  de  pro- 
vince. J.  A. 


Le  Bulletin  de  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts  de  la  Cor- 
rèze  (1''®  livraison  1898)  publie  un  important  article  sur  La  Rupture 
du  Traité  de  Brétigny  et  ses  conséquences  en  Limousin.  Cette  im- 
portante contribution  à  l'histoire  limousine,  appuyée  sur  des  docu- 
ments originaux,  est  due  à  M.  G.  Clément-Simon,  l'érudit  bien  connu 
de  tous  ceux  qui  s'occupent  de  l'ancienne  province  du  Limousin.  Ce 
travail,  qui  n'était  d'abord  dans  les  intentions  de  l'auteur,  qu'une 
«  étude  spéciale  sur  la  ville  de  Tulle  et  la  chevauchée  du  duc  de 
Lancastre  en  Bas -Limousin,  à  la  fin  de  1373,  s'est  converti  en  un  es- 
sai d'histoire  militaire  du  Limousin  durant  les  dix  années  qui  s'écou- 
lèrent de  la  rupture  aux  premières  trêves.  »  Ces  quelques  lignes  suf- 
fisent pour  en  marquer  l'intérêt. 


Le  Bulletin  de  Géographie  historique  et  descriptive,  publié  par 
le  Comité  des  Travaux  historiques,  a  publié  (année  1897,  pp.  299- 
304)  une  communication  de  M.  Louis  Funel  sur  les  parlers  du  dé- 
partement des  Alpes-Maritimes  (avec  carte  dialectologique)  où  l'au- 
teur démontre  que,  contrairement  aux  revendications  de  certains  ir- 
rédentistes, une  très  petite  partie  de  ce  territoire  au  delà  de  Monaco 
et  de  la  Turbie  est  occupée  par  des  indigènes  parlant  un  dialecte  à 
ba.se  génoise.  Le  reste  du  département  se  subdivise  au   point  de  vue 


CHRONIQUE  291 

linguistique  :  1°  en  sous-dialecte  marseillais  ou  de  la  Basse-Provence 
parlé  sur  la  côte  occidentale  jusqu'au  Var,  sauf  en  une  petite  enclave 
du  sous-dialecte  d'Antibes  ;  2"  en  sous-dialecte  niçois,  parlé  entre  le 
Var  et  Monaco  ;  3°  en  sous-dialecte  bas-alpin,  ressemblant  assez  au 
languedocien  parlé  au  nord  de  l'Estéron  et  dans  les  vallées  de  la 
Tinée  et  delà  Vésubie;  en  sous-dialecte  dit  du  Sou,  ainsi  nommé  à 
cause  de  l'article  qui  est  sou  et  non  plus  lou,  comme  dans  les  autres 
parties  de  la  Provence. 


Le  nouveau  journal  languedocien  dont  nous  avions  annoncé  la 
prochaine  apparition  sous  le  nom  de  La  Ciulat  de  Beziès  a  changé 
de  nom  avant  sa  naissance  et  s'appelle  tout  simplement  Le  Petit 
Biterrois.  La  majeure  partie  de  ses  articles  sont  en  français. 


Le  numéro  de  juin  de  Lemouzi  contient  la  suite  d'un  intéressant 
travail  de  M.  Jean  Dutrech  sur  Les  Limousins  dans  les  œuvres  fé- 
libréennes  provençales.  Cet  article  est  consacré  à  Félix  Gras,  comme 
d'ailleurs  l'article  du  numéro  précédent. 


Nous  sommes  heureux  d'annoncer  que  la  Faculté  des  lettres  de 
l'Université  de  Rennes  vient  de  fonder  un  cours  complémentaire  de 
langue  romane.  Voici  donc  nos  études  qui  prennent  pied  dans  un 
centre  où  dominait  jusqu'ici  la  philologie  celtique  ;  le  nom  du  jeune 
érudit  désigné  pour  cet  enseignement,  M.  Jules  Coulet,  nous  est 
garant  de  la  valeur  et  de  la  solidité  qu'il  saura  lui  donner. 

M.  Jules  Coulet,  qui  vient  de  donner,  comme  le  faisait  remarquer 
M.  Jeanroy,  une  des  rares  éditions  françaises  de  troubadours,  — 
Monianhagol,  —  et  qui  professe  actuellement  à  Greisfwald,  est  un 
ancien  élève  de  l'Université  de  Montpellier  et  de  M.  Chabaneau.  11 
convient  d'associer  ce  maître  éminent  au  succès  de  son  disciple. 


Le  Conseil  général  de  l'Hérault  a  récemment  voté,  en  principe,  la 
création  d'un  enseignement  de  l'histoire  provinciale   de   Languedoc. 


292  CHRONIQUE 

Espérons  que  le  XX«  siècle  ne  s'écoulera    pas    avant  qu'ait  eu    lieu 
la  fondation  ainsi  annoncée. 


Notre  collaborateur  M.  Léon-G.  Pélissier  vient  d'obtenir  à  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  le  second  prix  Gobert  pour 
le  remarquable  ouvrage  qu'il  a  consacré  à  Louis  XII  et  Ludovic 
Sforza. 


Le  Gérimt  responsable  :  P.  Hamelin. 


MEMOIRE    SUR    ADOLPHE 
DE  BENJAMIN  CONSTANT 


[Suite) 


Le  duc  de  Broglie  a  fait  en  ces  termes  le  récit  d'une  lecture 
à' Adolphe,  qui  eut  lieu  chez  M™'  Récarxiier  :  «  Nous  étions 
douze  ou  quinze  assistants.  La  lecture  avait  duré  près  de  trois 
heures.  L'auteur  était  fatigué  ;  à  mesure  qu'il  approchait  du 
dénouement,  son  émotion  augmentait,  et  sa  fatigue  accroissait 
son  émotion.  A  la  fin,  il  ne  put  la  contenir;  il  éclata  en  san- 
glots; la  contagion  gagna  la  réunion  tout  entière,  elle-même 
fort  émue  ;  ce  ne  fut  que  pleurs  et  gémissements  ;  puis,  tout 
à  coup,  par  une  péripétie  physiologique,  qui  n'est  pas  rare, 
au  dire  des  médecins,  les  sanglots,  devenus  convulsifs,  tour- 
nèrent en  éclats  de  rire  nerveux  et  insurmontables,  si  bien 
que  qui  serait  entré  en  ce  moment,  et  aurait  surpris,  en  cet 
état,  l'auteur  et  les  auditeurs,  aurait  été  fort  en  peine  de 
savoir  qu'en  penser,  et  d'expliquer  l'effet  par  la  cause.  » 

Le  roman  à' Adolphe  avait  été  tant  de  fois  lu,  et  on  en  avait 
tant  parlé  dans  un  certain  monde,  que  quelques  personnes 
finirent  par  supposer,  ou  qu'il  en  avait  été  fait  des  copies,  ou 
que  le  manuscrit  original  avait  été  soustrait.  Cette  version 
ne  fit  aucun  doute  pour  Rosalie  (qui,  sans  avoir  lu  Adolphe, 
savait  qu'il  existait),  le  jour  où  M™"  de  Duras,  avec  qui  elle 
était  fort  liée,  lui  confia  qu'il  lui  avait  été  communiqué,  et 
qu'il  en  circulait  des  copies.  Intjuiète  à  ce  sujet,  Rosalie  en 
instruisit  Benjamin,  et  lui  demanda  des  explications.  Celui-ci 
lui  répondit  le  4  juin  1811  : 

«  Je  ne  conçois  rien  à  ce  que  vous  m'écrivez  sur  mon  ro- 
man, et  cela  commence  à  m'inquiéter.  Vous  me  rendriez  un 
véritable  service  si  vous  vouliez  bien  écrire  à  M™^  de  Duras 

TOME  I  DE  LA  CINQUIÈME  SERIE.  —  Juillet  1898.  19 


294  MEMOIRE    SUR    «    ADOLPHE    » 

pour  savoir  d'elle  sur  quel  fondement  elle  croit  que  ce  roman 
circule.  Personne  au  monde  n'en  a  une  copie,  personne  au 
monde  ne  sait  où  se  trouve  celle  qui  existe,  et  qui  n'est  confiée 
à  personne,  mais  enfermée  dans  une  caisse  dont  j'ai  la  clef. 
Il  faudrait  que  mon  vieux  copiste  m'eût  fait  une  infidélité  que 
je  ne  suppose  pas,  parce  que  ce  n'est  pas  à  son  honnêteté, 
mais  à  sa  bêtise  que  je  me  fie.  Cependant,  je  désire  beaucoup 
être  éclairé  là-dessus.  Vous  pourrez  promettre  à  M™*  de  Duras 
que,  si  elle  peut  m'indiquer  où  est  la  copie  qu'elle  dit  exister, 
je  la  lui  ferai  remettre  tout  de  suite.  Et,  en  efi'et,  dans  ce  cas, 
j'aime  autant  et  mieux  qu'elle  soit  entre  ses  mains  qu'autre 
part.  C'est  un  véritable  service  que  vous  me  rendrez,  même 
comme  argent.  Un  libraire  de  Paris  m'a  fait  ofî'rir,  il  y  a  un 
an,  une  somme  fort  au-dessus  de  ce  que  je  croyais  pour  ce 
roman,  et  s'il  était  entre  les  mains  de  mon  vieux  copiste,  il 
ne  l'aurait  que  par  subterfuge,  et  ne  se  ferait  aucun  scrupule 
de  rendre  la  friponnerie  profitable.   » 

Benjamin  se  livra  à  de  nombreuses  recherches  pour  savoir 
cequ'il  javait  de  fondé  dans  lesindications  données  par  M"*  de 
Duras.  Le  17  mai  1812,  il  écrivit  à  Rosalie  :  u  Je  ne  conçois 
rien  à  ce  que  vous  me  dites  de  mon  roman.  Vous  me  feriez 
un  bien  grand  plaisir  si  vous  demandiez  à  M™°  de  Duras  où 
elle  croit  qu'il  est.  Je  crois  et  j'espère  toujours  qu'il  n'est 
nulle  part....  » 

Rosalie  comprit,  et  n'insista  plus. 

Arrivons  maintenant  au  moment  où  le  roman  d'Adolphe  fut 
publié.  Mais,  pour  que  notre  exposé  soit  à  cet  égard  complet, 
il  importe  d'être  fixé  sur  les  faits  qui  en  ont  précédé  la  publi- 
cation. 

La  famille  Constant,  uniquement  préoccupée  des  intérêts 
de  la  Suisse,  nourrissait  contre  l'Empereur  une  haine  pro- 
fonde et  ardente,  que  partageait  Benjamin.  Il  avait  été  con- 
venu entre  lui  et  sa  tante.  M""  de  Nassau,  qu'ils  désigneraient 
Napoléon  sous  le  nom  de  Jacqueline  dans  leur  correspon- 
dance, et  qu'ils  s'en  entretiendraient  à  mots  couverts  et  sous 
une  forme  déguisée  pour  ne  pas  se  commettre  avec  la  police. 
C'est  ainsi  que  Benjamin  renseignait  sa  tante,  du  fond  de 
l'Allemagne,  sur  les  événements  qui  préparaient  la  chute  de 
l'Empire  et  devaient  bientôt  la  précipiter. 


DE    BENJAMIN  CONSTANT  295 

Il  lui  écrivait  le  30  septembre  1813  :  «  Jacqueline  est  bien 
malade.  Elle  a  essayé  de  divers  remèdes,  et  elle  a  été  à  droite 
et  à  gauche  dans  différents  bains  ;  mais  on  ne  croit  pas  qu'elle 
puisse  en  revenir,  et,  si  même  elle  guérissait  entièrement, 
elle  aura  perdu  son  embonpoint  et  tous  les  attraits  dont  elle 
était  si  fière.  Vous  savez  que  je  déteste  la  coquetterie  dans 
les  femmes.  Celle  de  Jacqueline  passait  la  permission,  de  sorte 
que  je  ne  la  plains  guère.  » 

Après  la  chute  de  l'Empire,  Constant  partit  pour  Paris,  et 
il  écrivit  de  là  à  sa  tante  le  20  avril  1814  :  «  C'est  toujours 
un  grand  bien  que  la  chute  de  Napoléon,  qu'il  n'est  plus  né- 
cessaire, grâce  à  Dieu,  d'appeler  Jacqueline....  11  est  parti, 
à  ce  qu'on  dit,  pour  l'île  d'Elbe,  où  il  portera,  suivant  le 
traité,  le  titre  d'Empereur.  Il  y  a  à  présent  quelques  pays  où 
on  peut  aller  sans  être  dans  son  empire.  » 

Pendant  la  première  Restauration,  Constant  se  précipita 
dans  la  mêlée  avec  son  impétuosité  habituelle,  et  publia  pour 
défendre  les  libertés  politiques,  et  plus  spécialement  la  liberté 
de  la  presse,  un  certain  nombre  de  brochures  qui  furent  très 
remarquées.  Les  prétentions  de  certains  royalistes  qui  s'efior- 
çaient  de  faire  revivre  des  droits  que  la  Révolution  avait  irré- 
vocablement supprimés,  excitaient  surtout  sa  verve,  et  il  les 
combattit  avec  ce  ton  d'ironie  qu'il  maniait  avec  tant  de 
supériorité. 

Cependant,  il  eut,  lui  aussi,  son  moment  de  vanité,  et  pen- 
dant que  ces  mêmes  ultra  restauraient  à  l'envi  leur  blason, 
il  écrivait,  le  8  novembre  1814,  à  sa  cousine  Rosalie  :  «  Je 
voudrais  bien  que  vous  m'envoyassiez,  ou  une  empreinte  de 
nos  armes,  ou  un  cachet  gravé  en  acier  joint  à  celui  de 
Charles.  A  présent  tout  le  monde  reprend  à  tort  et  à  travers 
ses  anciens  titres  et  les  nouveaux  ;  mon  cachet  BC  me  donne 
l'air  d'un  marchand  de  drap,  et  comme  je  n'ai  malheureuse- 
ment rien  à  vendre,  je  voudrais  avoir  tous  les  avantages  d'un 
homme  vivant  noblement,  c'est-à-dire  n'étant  utile  ni  à  lui, 
ni  aux  autres.  » 

Constant  avait  alors  quarante-sept  ans,  et  il  avait  oublié  ses 
armes  depuis  longtemps.  Rosalie  ne  s'y  trompa  pas,  et  elle 
envoya  à  son  cousin  le  cachet  qu'il  désirait  avoir,  dans  un  sa- 
chet qu'elle  orna  d'une  arabesque  représentant  une  girouette. 


296  MEMOIRE   SUR    «  ADOLPHE    » 

Lorsque  Napoléon,  qui  s'était  enfui  de  l'île  d'Elbe,  marchait 
sur  Paris,  Constant  publia  dans  le  Journal  des  Débats  un  ar- 
ticle qui  produisit,  chez  les  amis  comme  chez  les  ennemis  des 
Bourbons,  une  profonde  émotion.  Il  y  comparait  Napoléon  à 
Attila  et  à  Gengis  Khan,  et  le  terminait  en  ces  termes  :  «  Je 
n'irai  pas,  misérable  transfuge,  me  traîner  d'un  pouvoir  à 
l'autre,  couvrir  Finfaraie  par  le  sophisme,  et  balbutier  des  mots 
profanés  pour  racheter  une  vie  honteuse.  » 

Lorsqu'il  écrivait  ce  manifeste,  car  il  faut  lui  donner  ce 
nom,  Constant  croyait  à  la  résistance  des  Bourbons  et  à  leur 
triomphe.  Lorsqu'il  vit  qu'ils  étaient  affolés,  et  qu'ils  se  dis- 
posaient à  quitter  la  France,  il  écrivit  dans  son  journal: 
«  Mon  article  a  paru  bien  mal  à  propos,  car  on  ne  songe 
plus  à  se  battre,  tant  la  débâcle  est  complète.  Le  Roi  est 
parti.  Bouleversement  et  poltronnerie  universelle.  Je  songe 
aussi  à  partir,  mais  on  est  sans  chevaux...» 

Cependant,  il  put  quitter  Paris,  et  se  dirigea  sur  Angers. 
Etant  arrivé  dans  cette  ville,  les  nouvelles  inquiétantes  qu'il 
reçut  de  la  Vendée  le  déterminèrent  a  rentrer  à  Paris,  où  il 
vit  Fouché,  le  général  Sébastian!  et  Joseph  Bonaparte,  qui 
s'efforcèrent  de  le  rassurer.  Malgré  tout,  il  ne  l'était  qu'à 
demi,  lorsqu'il  reçut  la  visite  du  duc  de  Bassano  qui  l'invita 
ofSciellenient  à  se  rendre  aux  Tuileries  où  l'Empereur  désirait 
l'entietenir. 

Son  entrevue  avec  ce  souverain,  les  pourparlers  qui  pré- 
cédèrent la  rédaction  de  l'acte  additionnel  qui  lui  fut  confiée, 
sa  nomination  comme  conseiller  d'Etat,  sont  étrangers  à  notre 
sujet,  qui  est  purement  littéraire,  et  il  suffit  de  les  indiquer. 

Le  rôle  de  Constant  en  cette  circonstance  fut  sévèrement 
et  généralement  blâmé,  et  c'est  à  peine  si  quelques  rares 
amis  essayèrent  de  le  justifier.  Nous  sommes  aujourd'hui  à 
cet  égard  moins  sévères,  plus  équitables,  et,  entre  tous  les 
historiens  qui  ont  écrit  sur  les  Cent  jours,  M.  Thiers  est  celui 
qui  a  le  mieux  exprimé  le  jugement  qui  a  prévalu  : 

«  Aujourd'hui,  dit-il,  que  quarante  années  de  discussion  pu- 
blique nous  ont  enseigné  la  pratique  des  institutions  libres, 
et  par  suite  le  respect  de  nous-mêmes,  bien  peu  de  personnes 
ré[)ondraient  à  une  telle  invitation,  ou  bien  elles  iraient  de- 
mander   respectueusement    au   souverain   la  permission  de 


DE   BENJAMIN   CONSTANT  297 

conserver  leur  dignité  en  restant  étrangères  au  gouverne- 
ment qu'elles  avaient  combattu.  B.  Constant,  mécontent  des 
Bourbons  qui  avaient  si  mal  repondu  à  la  bonne  volonté  des 
constitutionnels,  tout  plein  des  assurances  libérales  données 
par  Napoléon,  convaincu  aussi  qu'il  fallait  se  rattacher  au 
seul  homme  qui  pût  sauver  la  France  de  l'invasion,  déféra 
sans  hésitera  l'invitation  qu'il  avait  reçue.  » 

Cette  appréciation  si  sage  ne  pouvait  être  comprise  en  1814. 
Elle  n'aurait  surtout  pas  convaincu  la  famille  Constant.  Il  est 
vrai  que  M™^  de  Nassau  était  décédée  à  cette  époque,  et  la 
douleur  que  lui  aurait  causée  la  conduite  de  son  neveu  lui 
fut  épargnée.  Mais  Rosalie  écrivait  à  son  frère  Charles,  le  26 
mai  :  a  Je  n'ai  dit  à  Benjamin  que  des  lamentations  et  des  tris- 
tesses; je  me  suis  affligée  de  la  gloire  qu'il  a  laissé  échapper 
et  des  malheurs  qui  le  menacent.  La  faiblesse  du  caractère 
change  en  mal  le  don  de  la  nature  et  du  génie  qui  mettent 
en  évidence  et  amènent  les  circonstances  auxquelles  on  ne 
peut  résister.  Comme  il  arrive  souvent,  il  a  réduit  ses  défauts 
en  principe;  pour  n'avoir  pas  à  lutter,  il  croit  à  une  sorte 
de  fatalité  qui  le  fait  céder  à  l'impression  du  moment.  Il 
soumet  la  vie  entière  à  une  loterie  à  laquelle  il  n'est  pas  heu- 
reux. Ne  me  dis  pas  davantage  du  mal  de  lui,  parce  que  je 
le  connais  très  bien,  et  que  les  injures  sont  inutiles,  » 

Après  la  bataille  de  Waterloo,  elle  lui  écrivit  encore:  «  Je 
déplore  le  sort  de  Benjamin.  La  facilité  à  céder  à  l'entraîne- 
ment l'a  perdu.  Les  motifs  sont  meilleurs  que  tu  ne  le  penses; 
mais  les  erreurs  de  son  esprit  sont  inexcusables.  Les  inquié- 
tudes de  sa  femme  sur  lui  et  son  attachement  me  font  plaisir; 
au  moins  il  lui  restera  un  ami  pour  partager  son  malheur.  » 

Constant  avait  entretenu  Rosalie,  par  une  lettre  du  10  mai, 
des  motifs  qui  l'avaient  déterminé  à  préparer  le  projet  de  loi 
se  rapportant  au  nouveau  régime  que  l'Empereur  se  propo- 
sait d'inaugurer.  Elle  y  fait  allusion  lorsqu'elle  dit  à  son 
frère  :  «  Ses  motifs  sont  meilleurs  que  tu  ne  penses.  » 

Celui-ci  ne  l'entendait  pas  ainsi,  et  il  écrivit  à  sa  soeur,  le 
26  juillet  :  «  Je  suis  un  peu  surpris  de  l'anxiété  de  M™'  de 
Constant  de  Brunswich.  Que  peut-il  arriver  à  Benjamin?  Il 
ira  dans  quelque  coin  se  cacher  et  renfermer  des  talents  qui 
auraient  pu  le  mener   à  de  grands  et  heureux  résultats.  Il  a 


?98  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHE» 

tout  sacrifié  au  moment  présent  ;  c'est  une  grande  faute.  » 
Pendant^que  le  frère  et  la  ;soeur  échangeaient  ainsi  leurs 
impressions,  Benjamin  était  à  Paris,  inquiet  des  mesures  qui 
pourraient  être  prises  contre  lui.  Il  y  restait,  retenu  par 
M™°  Récamier,  qui  du  reste  ne  s'épargna  pas  pour  lui  être 
utile.  Le  rôle  qu'il  avait  joué  pendant  les  Cent  jours  avait 
fixé  sur  lui  l'attention  et  le  désignait  aux  fureurs  du  parti 
royaliste.  Fouché,  alors  ministre  de  la  police,  le  savait,  et, 
pour  le  sauver,  il  lui  fit  remettre  en  secret  un  passeport  et 
une  note  où  il  lui  conseillait  de  passer  la  frontière.  Il  était 
en  eff'et  porté  sur  la  liste  où  figuraient  les  noms  des  soixante- 
huit  personnes  qui  devaient  être  internées  en  province  pour  y 
être  placées  sous  la  surveillance  de  la  police.  Fouché,  cettefois 
plus  explicite,  lui  fit  parvenir  ce  renseignement.  Malgré  cela, 
Constant  resta  à  Paris  et  rédigea  un  mémoire  justificatif  dans 
lequel  il  exposait  qu'il  n'avait  jamais  eu  de  rapports  avec  la 
famille  royale,  qu'il  n'avait  pris  aucun  engagement,  et  que» 
s'il  était  soumis  à  des  mesures  de  rigueur  pour  avoir  momen- 
tanément servi  l'Empereur,  il  faudrait  les  généraliser  et  inau- 
gurer un  nouveau  régime  de  terreur.  Le  duc  Decazes  fit 
passer  ce  mémoire  sous  les  yeux  du  Roi,  qui,  touché  parles 
raisons  qu'il  contenait,  biffa  de  sa  propre  main  le  nom  de 
Constant,  et,  après  avoir  chargé  le  ministre  de  la  police  de 
l'en  avertir,  lui  dénonça  encore  par  un  message  spécial  la 
mesure  qu'il  venait  de  prendre. 

Rassuré  de  ce  côté.  Constant,  qui  observait  l'état  des  esprits, 
les  passions  et  les  fureurs  des  royalistes,  ne  se  croj'ait  pas 
cependant  en  sûreté.  «  Il  n'y  a  rien  à  faire,  dit-il  dans  son 
journal,  au  milieu  d'une  réaction  de  cannibales  devenue  iné- 
vitable. »  Et,  bien  que  la  liste  où  il  figurait,  et  d'où  il  avait 
été  rayé,  eût  été  déclarée  définitivement  close,  il  ne  se 
croyait  pas  à  l'abri  d'un  retour  off'ensif.  En  conséquence,  il 
partit  pour  Bruxelles  le  31  octobre  1815,  où  sa  femme  vint 
le  rejoindre  et  lui  causa  des  ennuis  par  ses  fureurs  anti- 
françaises. 

Bientôt  il  se  fixa  à  Londres,  et  y  fut  reçu  dans  le  meilleur 
monde.  La  manière  dont  il  y  fut  accueilli  l'aurait  vivement 
ému,  si  Charlotte  deHardenberg  n'en  avait  été  exclue,  h  rai- 
son de  ses  deux  divorces  et  de  ses  trois  mariages. 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  299 

Il  lut  à  Londres  le  roman  à' Adolphe  dans  plusieurs  salons, 
et  notamment  chez  M"^  Bourke,  Ladj  HoUand  et  Lady  Davis 
Besborough  :  «  Il  a  beaucoup  de  succès,  dit-il  dans  son  jour- 
nal ;  je  vais  le  faire  imprimer  ;  on  m'en  offre  septante  louis.  » 

Il  le  lut  aussi  dans  le  salon  de  Caroline  Lamb,  dont  la  posi- 
tion se  rapprochait  par  bien  des  points,  de  celle  de  M"^  de 
Staël.  L'une  et  l'autre,  en  effet,  mariées,  mères  de  famille, 
enthousiastes,  quoiqu'à  des  degrés  divers,  de  deux  hommes 
supérieurs,  qui  leur  inspirent  une  folle  passion,  nouent  une 
intrigue,  celle-ci  avec  Constant,  celle-là  avec  Lord  Byron. 

La  manière  dont  leur  intrigue  se  noue  est  moins  romanesque 
chez  M"*  de  Staël.  Tous  les  biographes  de  Caroline  Lamb 
racontent  qu'ajant  vu  Lord  Bjron  pour  la  première  fois  chez 
Lady  Jersej,  après  la  publication  des  premiers  chants  de  Child 
Haroid,  et  ne  sachant  comment  l'aborder,  elle  pénétra  chez 
lui  déguisée  en  jockey,  et  lui  remit  à  lui-même  une  lettre 
contenant  ces  mots  :  votive  esclave  toujours^  la  maîtresse  quand 
tu  voudras.  Cette  folle  démarche  rendit  la  liaison  facile,  et  elle 
fut  bientôt  formée. 

Caroline  Lamb  comme  M°^  de  Staël,  se  livra  à  des  scènes 
de  jalousie;  elles  furent  plus  violentes  chez  la  première,  plus 
despotiques  chez  la  seconde. 

Lord  Byron  était  soumis  partout,  dans  les  rues,  dans  les 
lieux  publics,  dans  les  réunions  privées  aux  violences  de  sa 
maîtresse  ;  ce  fut  au  point  qu'un  jour  Caroline  Lamb  souffleta 
une  rivale  dans  un  bal. 

Même  fatigue  et  même  satiété  chez  les  deux  amants,  même 
volonté  de  briser  un  joug  qui  était  intolérable.  A  leur  tour,  les 
deux  maîtresses  luttent  avec  une  énergie  furibonde  pour  res- 
saisir l'affection  qui  leur  échappe  ;  M"°  de  Staël  poursuit 
Constant  jusqu'à  Lausanne,  dans  la  maison  de  sa  tante,  pour 
le  ramener  à  Coppet.  Caroline  Lamb  pénètre  dans  le  cabinet 
de  Byron,  et  écrit  sur  le  feuillet  d'un  livre  :  remember  me 
(souviens-toi  de  moi)  ;  Byron  détache  cette  page,  y  écrit 
quelques  vers  et  la  lui  renvoie;  il  lui  disait  dans  ces  vers  : 
<(  Se  souvenir  de  toi  !  de  toi  !  Tant  que  le  Lethé  n'aura  pas 
éteint  Tardent  torrent  de  la  vie,  le  remords  et  la  honte  tinte- 
ront autour  de  toi  et  te  poursuivront  comme  un  rêve  dans  la 
fièvre.  Se  souvenir  de    toi!   n'en  doutes  pas,  ton  époux  n'y 


300  MEMOIRE  SUR   «ADOLPHE» 

songera  que  trop  !  Ni  lui,  ni  moi,  nous  ne  t'oublierons,  lui. 
pour  qui  tu  fus  une  perfide,  moi,  pour  qui  tu  fus  une  furie.» 

Ce  qui  diffère  entre  les  deux  héroïnes,  c'est  la  fin  ;  M""*  de 
Staël,  à  bout  de  violences,  finalement  délaissée,  se  console 
danslesbras  de  M.  de  Rocca.  Caroline  Larab  se  retire  dansson 
château  de  Brockertall,  où  son  mari,  quia  pitié  d'elle,  la  visite 
quelquefois.  Elle  ne  prononce  plus  le  nom  de  Bjron  qu'elle 
semble  avoir  oublié.  Mais,  après  la  mort  du  poète,  lorsque 
son  corps  est  conduit  à  sa  dernière  demeure,  elle  se  rend  sur 
la  route,  aune  faible  distance  de  son  château,  pour  assister 
au  défilé  du  funèbre  cortège  ;  pâle,  glacée  et  immobile  à  cette 
vue,  elle  est  ramenée  chez  elle  mourante,  et,  après  une  maladie 
longue  et  douloureuse,  elle  ne  recouvre  la  santé  que  pour 
perdre  la  raison. 

Enfin,  pour  que  rien  ne  manque  à  ce  rapprochement,  de 
même  que  Constant  a  retracé,  dans  le  roman  à' Adolphe,  cer- 
tains traits  de  son  intrigue  avec  M™^  de  Staël,  de  même  Caro- 
line Lamb  a  puisé  les  principales  données  de  son  roman  de 
Glenaron  dans  sa  liaison  avec  Lord  Bjron. 

En  1816,  lorsque  Benjamin  lut  le  roman  à' Adolphe  dans  les 
salons  de  Caroline  Lamb,  celle-ci  avait  définitivement  rompu 
avec  Bjron  depuis  peu  de  temps.  Cette  lecture  réveilla  dans 
son  esprit  tant  de  souvenirs  que,  prise  d'une  exaltation  sou- 
daine qu'elle  ne  put  maîtriser,  elle  fit  à  Constant,  comme  s'il 
était  rira;ige  de  son  infidèle,  une  scène  d'amour  et  de  regrets 
qui  déconcerta  l'assistance.  Sismondi  en  a  transmis  le  récit  à 
la  duchesse  d'Albanj. 

Le  roman  A' Adolphe  fut  imprimé  à  Londres  en  1816.  L'im- 
pression terminée,  Constant  en  envoya  un  exemplaire  à  sa 
cousine  Rosalie,  et  quitta  cette  ville  pour  se  fixer  à  Spa. 

Rosalie,  sans  lui  dissimuler  la  douleur  que  lui  causait  une 
divulgation  qu'elle  jugeait  contraire  aux  convenances  et  à  la 
délicatesse,  ne  tarit  pas  d'éloges  sur  les  beautés  littéraires  de 
l'œuvre.  Constant  lui  répondit  sur  ce  dernier  point,  le  16  juil- 
let: «  Ce  que  vous  me  dites  cV Adolphe  me  fait  un  grand  plai- 
sir. Je  crois  qu'il  y  a  quelque  vérité  dans  les  détails  et  les 
observations.  Du  reste,  j'ai  toujours  mis  très  peu  d'importance 
à  cet  ouvrage,  qui  est  fait  depuis  dix  ans.  Je  ne  l'ai  publié  que 
pour  me  dispenser  de  le  lire  en  société,  ce  que  j'avais  fait 


DE   BENJAMIN   CONSTANT  301 

cinquante  fois  en  France.  Comme  quelques  Anglais  me  le  de- 
mandaient à  Paris,  on  me  le  demandait  à  Londres,  et,  après 
avoir  fait  quatre  lectures  en  une  semaine,  j'ai  trouvé  qu'il 
valait  mieux  que  les  autres  prissent  la  peine  de  le  lire  eux- 
mêmes.  1) 

Le  roman  A" Adolphe  avait  une  suite,  ayant  pour  titre  Cécile^ 
qui  fut  composée  vers  1811.  Pages  de  TAriège,  ami  de  Cons- 
tant, l'avait  lue,  ce  qui  fit  croire  à  Sainte-Beuve  qu'il  en  était 
dépositaire.  Il  n'en  était  rien  ;  cette  suite  est  perdue.  Ce  second 
roman  se  liait  au  premier,  parce  qu'il  continuait  la  vie  à" Adol- 
phe^ c'est-à-dire  de  Constant.  Sa  liaison  avec  M™®  de  Staël  dura 
encore  quelque  temps  après  son  mariage  avec  Charlotte  de 
Hardenberg,  et  il  peignit  cette  situation  dans  le  roman  de 
Cécile.  C'est  ce  qui  lui  faisait  dire,  lors  de  la  lecture  qu'il  fit 
au  marijuis  de  Boufflers,  du  roman  à' Adolphe,  qu'Ellénore 
cesserait  d'intéresser  si  elle  devenait  la  rivale  de  la  femme 
légitime.  Malgré  cela,  il  voulut  publier  simultanément  les 
deux  romans  dans  un  même  volume.  Mais  Ladj  HoUand  lui 
fit  observer  que  cette  publication  simultanée  diviserait  l'inté  • 
rêt.  Il  se  rendit  à  cette  objection,  qu'il  s'était  déjà  faite,  et  il 
ne  publia  que  le  roman  à' Adolphe. 

Les  amis  de  M™*  de  Staël,  qui  avaient  résidé  ou  séjourné  à 
Coppet,  et  qui  avaient  été  les  témoins  de  nombreuses  scènes 
de  violence  qui  avaient  éclaté  entre  elle  et  Benjamin  Cons- 
tant, ne  doutèrent  pas  qu'Ellénore  ne  fût,  par  certains  côtés 
et  malgré  les  différences  de  temps  et  de  lieu,  le  portrait  de 
M™®  de  Staël.  En  vain.  Benjamin,  qui  avait  cependant  déclaré 
que  le  roman  à' Adolphe  était  l'histoire  de  sa  vie,  fit-il  publier 
dans  un  journal  de  Londres  que  ce  roman  était  une  pure  fic- 
tion, sans  mélange  de  réalité:  on  ne  le  crut  pas,  et  ce  démenti 
préventif  ne  servit  qu'a  accréditer  le  bruit  qui  circulait  déjà 
dans  un  certain  monde. 

Cependant  les  amis  de  M™"  de  Staël  essayèrent,  pour 
détourner  une  application  qui  devait  lui  être  à  la  fois  doulou- 
reuse et  humiliante,  de  donner  le  change.  Ils  recherchèrent, 
parmi  les  personnes  avec  qui  Benjamin  avait  eu  des  relations 
intimes  et  notoires,  celles  qui  à  la  rigueur  pouvaient  être  con- 
sidérées comme  lui  ayant  servi  de  modèle  lorsqu'il  avait  tracé 
le   portrait   d'EUénore;    et,  après  avoir    arrêté   leur    choix 


30?  MEMOIRE  SUR    «    ADOLPHE  » 

sur  M°^  Lindsay  et  Julie  Talma,  ils  se  livrèrent,  pour  faire 
accepter  ces  deux  noms,  à  un  travail  de  propagande  dont 
M°^  Récamier  prit  la  tête  et  qui  réussit  en  partie.  Sainte-Beuve, 
qui  publia  en  1836  dans  la  Revue  des  Deux-Mondes  une  étude 
sur  M™^  de  Staël,  ne  souffla  mot  à  cette  époque  de  ses  rela- 
tions avec  Benjamin  Constant.  Il  ignoraitd'aitleurs  qu'elle  eût 
été  visée  sur  le  roman  à' Adolphe.  Le  nom  de  M™°  Lindsay  était 
alors  prononcé  à  l'exclusion  de  tout  autre,  et  il  était  si  géné- 
ralement accepté,  qu'il  suivit  ce  courant.  Plus  tard,  mieux 
informé  par  M™®  Récamier,  il  vit  poindre,  mais  à  l'arrière- 
plan,  M™e  de  Staël,  jusqu'au  jour  où  la  publication  de  la  cor- 
respondance de  Sismondi  et  de  la  duchesse  d'Albany  dessina 
la  situation  et  la  mit  en  pleine  lumière.  Il  ne  crut  pas  cepen- 
dant que  M"*  Lindsaj  eût  été  inventée  à  plaisir,  et,  pour  tout 
concilier,  il  l'accola  à  M"^  de  Staël.  Aussi,  lorsqu'il  publia 
l'étude  sur  celle-ci  dans  le  volume  intitulé  Portraits  de  femmes, 
il  y  ajouta  une  note  ainsi  conçue  :  «  L'original  d'EUénore 
était  M™^  Lindsay,  celle  que  M.  de  Chateaubriand  dans  ses 
mémoires  appelle  la  dernière  des  Ninon,  ce  qui  pourtant  ne 
veut  pas  dire  qu'il  ne  s'y  soit  pas  glissé  plus  d'un  trait  appli- 
cable à  la  liaison  de  l'auteur  et  de  M™^  de  Staël.  Ces  person- 
nages de  roman  sont  complexes.  Sismondi  en  a  trop  dit  dans 
ses  lettres  publiées  depuis,  pour  qu'on  ne  perce  pas  le  masque 
plus  qu'on  aurait  voulu.  » 

Nous  espérons  démontrer  que  Constant  n'a  jamais  songé  à 
M™'  Lindsay.  Mais,  au  moment  de  la  publication  à'' Adolphe, 
le  nom  de  M™®  Lindsaj^  était  dans  toutes  les  bouches.  Aussi, 
Charles,  qui  arrivait  de  Paris,  écrivit  à  sa  sœur  Rosalie,  le 
8  juillet: 

((  En  lisant  Adolphe^  tu  auras  vu,  chère  Rose,  que  Benjamin 
explique  sa  conduite  en  médisant  de  son  caractère,  et,  comme 
disait  quelqu'un,  il  a  voulu  qu'on  sache  qu'il  se  conduisait 
dans  la  vie  privée  d'après  les  mêmes  principes  qu'en  politique. 
Il  a  fait  mettre  dans  les  journaux  anglais  que  les  personnages 
de  son  roman  ne  sont  pas  les  portraits  de  gens  connus,  mais 
ceux  qui  ont  connu  l'un  et  l'autre  ne  seront  pas  trompés  par 
cette  déclaration.  Plusieurs  personnes  auront  coHnu  EUénore  : 
plie  s'appelait  Lindsay.  C'était  une  fille  de  bonne  compagnie, 
moitié  anglaise,  moitié  française,  que  des  aventuriers  avaient 


DE    BENJAMIN   CONSTANT  303 

jeté  dans  )e  concubinage.  Elle  avait  de  l'esprit  sans  instruc- 
tion. Ses  aventures  avec  Benjamin  Constant  firent  assez  de 
bruit  dans  le  temps.  La  dame  de  Coppet  n'est  pour  rien  dans 
ce  chef-d'œuvre.  Le  vendre  pour  de  l'argent  me  semble  le 
comble  de  l'avilissement,  et  je  lui  pardonne  moins  cela  que 
ce  qui  ne  serait  que  par  cjnisme.  Ce  livre  me  fait  un  vrai 
chagrin,  chère  Rose  ;  je  ne  puis  me  défaire  d'un  sentiment 
qui  m'attache  à  mes  parents,  surtout  à  ceux  avec  qui  j'ai  eu 
des  relations  intimes.  L'esprit,  les  talents  de  Benjamin  Cons- 
tant auraient  pu  jeter  un  lustre  sur  notre  nom;  il  nous  couvre 
de  boue  et  de  honte.  » 

En  vérité  Charles  est  trop  sévère  pour  son  cousin.  La 
vente  du  roman  d'Adol/ihe  pour  soixante  louis  n'était  pas  un 
crime,  et  la  modicité  du  prix  indique  assez  que  la  question 
d'intérêt  n'était  que  très  secondaire.  Cette  exagération  étant, 
écartée,  il  ne  faut  retenir  de  la  lettre  de  Charles,  que  le  nom 
de  M"»  Lindsay. 

M™^  Lindsay  était  une  femme  du  demi-monde,  une  concu- 
bine de  bon  ton,  ayant  de  la  tenue,  de  bonnes  manières,  douée, 
malgré  l'irrégularité  de  sa  conduite,  de  certaines  qualités 
morales  ;  elle  appartenait  à  cette  classe  de  femmes  dont  le  type 
est  aujourd'hui  perdu,  et  qui,  sous  le  Consulat,  le  Directoire  et 
les  premières  années  de  l'Empire,  trônaient  dans  le  meilleur 
monde  et  lui  donnaient  le  ton. 

Irlandaise  d'origine,  M^^Lindsay  fut  mariée  fort  jeune  à  un 
Français  qui  mourut  peu  après  leur  mariage.  Devenue  libre 
et  ayant  une  certaine  aisance,  elle  s'égara  dans  quelques 
aventures  galantes,  sans  être  pour  cela  amoindrie.  Etant 
reçue  dans  la  société  royaliste  aux  approches  de  la  Terreur, 
assez  compromise  par  ses  fréquentations  pour  avoir  tout  à 
craindre  lorsque  le  tribunal  révolutionnaire  commença  à 
fonctionner,  elle  dut  quitter  la  France  et  se  réfugia  à  Lon- 
dres. 

Elle  y  noua  une  intrigue  avec  Auguste  de  Lamoignon,  ancien 
conseiller  au  Parlement  de  Paris.  Bientôt  ils  vécurent  en 
commun  et  ouvrirent  un  salon,  à  la  vérité  fort  modeste,  que 
fréquentaient  certains  émigrés  de  distinction,  et  notamment 
Christian  de  Lamoignon,  Mallouet,  le  comte  de  Montlosier. 
le  chevalier  de  Pannat  et  Chateaubriand. 


304  MEMOIRE  SUR  «  ADOLPHE  » 

Après  la  chute  de  Robespierre,  M™^  Lindsay,  qui  n'était 
pas  portée  sur  la  liste  des  émigrés,  rentra  à  Paris.  Ses  amis, 
qui  étaient  portés  sur  cette  liste,  attendirent  à  Londres  la 
suite  des  événements. 

Malgré  tout,  nous  saurions  peu  de  chose  sur  M™*  Lindsay, 
si  Chateaubriand  et  Constant  ne  l'avaient  pas  raentiotinée 
dans  leurs  écrits.  Il  en  est  plusieurs  fois  question  dans  les 
Mémoires  d" outre-tombe  :  Chateaubriand  fréquentait  pendant 
son  séjour  à  Londres  Auguste  et  Christian  de  Lamoignon, 
parents  par  alliance  de  son  frère  et  émigrés  comme  lui.  Ceux-ci 
étaient  les  fils  de  François  de  Lamoignon,  président  à  mortier 
au  Parlement  de  Paris,  à  qui  le  Roi  confia  les  sceaux  en  1787, 
et  qui  mourut  en  1789  d'un  accident  de  chasse  qui  n'a  jamais 
été  bien  expliqué.  François  de  Lamoignon  avait  eu  trois  fils  : 
Auguste,  qui  fut  conseiller  au  Parlement  de  Paris,  amant  de 
M"*  Lindsay;  Christian,  qui  fut  nommé  pair  de  France  sous 
la  Restauration,  et  un  troisième  fils  tué  à  Quiberon,  où  Chris- 
tian fut  grièvement  blessé.  Il  avait  aussi  une  fille  mariée  à  un 
petit-fils  du  chancelier  d'Aguesseau,  émigrée  aussi,  et  qui 
s'était  liée  avec  M™°  Lindsay. 

Ou  lit  à  ce  sujet  dans  les  mémoires  de  Chateaubriand  :  «  Je 
fis  plusieurs  connaissances  nouvelles,  surtout  dans  la  société 
où  j'avais  des  rapports  de  famille.  Christian  de  Lamoignon, 
blessé  grièvement  à  une  jambe  à  l'afi'aire  de  Quiberon,  et 
aujourd'hui  mon  collègue  à  la  Chambre  des  Pairs,  devint  mon 
ami.  Il  me  présenta  à  M"^  Lindsay,  attachée  à  Auguste  de 
Lamoignon,  son  frère.  Le  Président  Guillaume  n'était  pas 
araén  igé  de  la  sorte  à  Basville,  entre  Boileau,  M""^  de  Sévigné 
et  Bourdaloue.  M""®  Lindsay,  Irlandaise  d'origine,  d'esprit  sec, 
d'une  humeur  un  peu  cassante,  avait  de  la  noblesse  d'âme  et 
de  l'élévation  de  caractère.  Les  émigrés  de  mérite  passaient 
la  soirée  au  foyer  de  la  dernière  des  Ninon...  Je  rencontrai 
à  ce  rendez-vous  M.  Mallouet,  le  comte  de  Montlosier  et  le 
chevalier  de  Pannat. 

Sainte-Beuve,  dans  les  quelques  lignes  qu'il  a  consacrées  à 
M™®  Lindsay,  la  suppose  liée  avec  Christian  de  Lamoignon, 
qu'il  confond  avec  Auguste,  et  Villemain,  qui  en  parle  aussi 
d'après  les  renseignements  incertains  que  lui  avait  transmis 
le  chevalier  de  Pannat,  lui  attribue  la  particule  et  en  fait  une 


DE    BENJAMIN   CONSTANT  305 

royaliste  catholique.  La  vérité  est  qu'elle  n'était  ni  noble  ni 
croyante. 

Peu  après  son  installation  à  Paris,  M"^  Lindsay  retourna 
à  Londres,  qu'elle  quitta  en  1800  pour  revenir  à  Paris  :  «  Elle 
écrivait,  dit  encore  Chateaubriand,  à  MM.  de  Laraoignon 
de  revenir;  elle  invitait  aussi  M""  d'Àguesseau,  sœur  de 
MM.  de  Laraoignon,  à  passer  le  détroit.  Ceux  ci  suivirent  ce 
conseil,  et  Fontanes  pressa  Chateaubriand  de  faire  comme  eux. 
Mais  les  uns  et  les  autres  étaient  portés  sur  la  liste  des 
émigrés,  et  ils  durent  prendre  quelques  précautions  avant  de 
rentrer  en  Fi'ance.  En  1800,  le  pouvoii-  tolérait  la  rentrée 
des  émigrés,  mais  à  la  condition  qu'ils  lui  rendissent  la  tolé- 
rance facile  et  possible.  On  exigeait  surtout  qu'ils  usassent 
de  dissimulation,  et  tout  émigré  qui  se  serait  ouvertement 
affiché,  se  serait  exposé  à  des  mesures  de  rigueur.  Ils  de- 
vaient, par  exemple,  prendre  un  nom  d'emprunt.  Chateau- 
briand prit  celui  de  Lassagne,  et  se  fit  délivrer,  sous  ce  nom, 
comme  Suisse,  un  passeport  par  l'ambassade  de  Prusse.  M™* 
d'Aguesseau  se  fit  appeler  à  son  tour  M"°  Jacquet.  On  lit  à 
ce  sujet  dans  la  vie  du  comte  d'Haussonville.  écrite  par  son 
fils,  qu'au  moment  de  lentrer  en  France,  le  Chevalier  d'Ar- 
gout,  alors  commissaire  du  gouvernement  d'Anvers,  lui  déli- 
vra un  laisser- passer  où  il  était  désigné  sous  le  nom  de  Louis 
Hase,  bourgeois  d'Altona. 

Il  ne  suffisait  pas  dd  changer  de  nom  ;  la  même  dissimula- 
tion devait  passer  dans  les  actes.  Ainsi,  lorsque  les  fils 
d'un  émigré  étaient  restés  en  France  et  y  étaient  connus  et 
désignés  sous  leur  véritable  nom,  le  père  qui  n'aurait  pu 
prendre  cette  qualité  dans  ses  rapports  avec  eux  sans  se  dé- 
celer, les  présentait  dans  le  monde  comme  un  ami  de  leur  fa- 
mille. On  vit  même  des  émigrés  qui  durent  momentanément 
rentrer  à  l'étranger  pour  y  passer  les  actes  où  leur  vérita- 
ble nom  devait  figurer. 

Un  émigcé  dont  le  domaine  avait  été  vendu  comme  bien 
national  et  acheté  pour  son  compte  par  un  prête-nom,  ne 
pouvait  en  reprendre  ouvertement  la  possession:  il  ne  l'occu- 
pait que  comme  régisseur,  et  il  était  censé  servir  celui  qui 
avait  réellement  cette  qualité.  Le  souvenir  de  telles  situa- 
tions est  aujourd'hui  à  peu  près  perdu  dans  la  province,  mais 
il  y  est  longtemps  resté  vivace. 


30fi  MEMOIHE   SUR    «ADOLPHE» 

Chateaubriand  s'appelait  donc  Lassagne,  et,  sous  ce  nom, 
il  partit  de  Douvres,  à  destination  de  Calais,  avec  M™®  d'Agues 
seau  ou  M™«  Jacquet.  Il  y  débarqua  le  18  floréal  an  VIII. 

Aussitôtil  écrivit  à Fontanes  :  «  J'arrive,  mon  cher  et  ai- 
mable ami.  M™®  Jacquet  veut  bien  me  donner  une  place  dans 
sa  voiture.  Je  descendrai  chez  vous,  et  je  vous  prie  de  me 
chercher  un  logement  près  du  vôtre.  » 

De  son  côté  M^^Lindsaj  s'était  rendue  à  Calais  pour  y  re- 
joindre M™"  d'Aguesseau,  et  Chateaubriand  ajoute  :  «  M"* 
Lindsay  nous  attendait  à  l'auberge  ;  le  lendemain  nous  par- 
tîmes avec  elle  pour  Paris,  M™''  d'Aguesseau,  une  jeune  per- 
sonne, sa  parente,  et  moi. 

Ils  arrivent  à  Paris  :  «  Auguste  de  Lamoignon,  dit  encore 
Chateaubriand,  vint  au-devant  de  M"^  Lindsaj  dans  un  bril- 
lant équipage...  M™*  de  Lindsay  demeurait  aux  Termes.  On 
me  mit  à  terre  sur  le  chemin  de  la  Révolte,  et  je  gagnai  à 
travers  champs  la  maison  de  mon  hôtesse.  Je  demeurai  vingt- 
quatre  heures  chez  elle.  Elle  fit  prévenir  M.  Fontanes  de 
mon  arrivée;  au  bout  de  quarante-huit  heures,  il  vint  me 
chercher  au  fond  d'une  petite  chambre  que  M""®  Lindsay  avait 
louée  dans  une  auberge  presque  à  sa  porte.  » 

Fontanes  conduisit  Chateaubriand  dans  son  domicile,  rue 
Saint-Honoré,  et  le  présenta  le  lendemain  à  Joubert,  chez 
qui  il  resta  quelques  jours,  après  lesquels  il  fut  habiter  un 
petit  appartement  rue  de  Lille,  dans  une  maison  qui  fait  coin 
avec  celle  des  Saints-Pères. 

La  liaison  de  M"°  Lindsaj  avec  Auguste  de  Lamoignon, 
sa  situation  dans  la  famille  de  son  amant,  donnent  comme 
exemple  et  par  aperçu  la  mesure  des  changements  qui 
s'étaient  introduits  dans  les  relations  du  monde  au  commen- 
cement du  siècle.  Si  on  se  reporte  par  la  pensée  à  l'année 
1787,  il  sera  difficile  de  comprendre  que  la  fille  de  François 
de  Lamoignon,  l'arrière  petite-fille  de  Guillaume,  petite- 
fille  par  alliance  du  chancelier  d'Aguesseau,  ait  pu  se  lier 
d'amitié,  vivre  sur  un  pied  d'égalité  avec  la  concubine  de 
son  frère,  et  cela  au  moment  où  son  père  vient  de  recevoir 
les  sceaux  de  la  main  du  Roi.  Il  sera  tout  aussi  difficile  d'ad- 
mettre qu'Auguste  de  Lamoignon,  alors  conseiller  au  Parle- 
ment de  Paris,  qui   représentait  au  sein  de  cette  compagnie 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  :^0l 

une  longue  lignée  de  grands  magistrats,  se  fût  oublié  au  point 
d'afficher  publiquement  sa  liaison  avec  une  courtisane  avé- 
rée. Il  est  vrai  que  dans  le  courant  du  XVIIP  siècle,  ainsi  que 
l'attestent  les  mémoires  du  temps,  de  tels  scandales  éclataient 
quelquefois  au  sein  du  Parlement,  mais  ils  étaient  sévèrement 
blâmés  quand  ils  n'étaient  pas  ré[)rimés,  et  ce  n'est  pas  un 
descendant  des  Lamoignon  qui  eût  pu  ou  voulu  les  afiron- 
ter. 

Mais  au  moment  où  il  se  lia  avec  M""^  Lindsay,  Auguste  de 
Lamoignon  n'était  plus  le  fier  parlementaire  d'autrefois. 
Réduit  à  l'exil,  soumis,  du  moins  pendant  sou  séjour  à  Lon- 
dres, à  un  état  de  pauvreté  qui  touchait  à  la  misère,  l'âme 
affaissée  par  le  malheur,  sa  liaison  ne  lui  paraissait  pas  plus 
choquante  qu'à  ses  amis.  M""*  Lindsay  n'était  d'ailleurs  pas 
une  courtisane  débauchée  et  avilie,  et,  en  l'acceptant  comme 
compagne,  Auguste  se  faisait  une  position  qui,  selon  les 
moeurs  du  temps,  était  plutôt  approuvée  que  tolérée. 

Du  reste,  ces  rapprochements  inattendus  étaient  sous  di- 
verses formes,  à  cette  époque,  un  fait  presque  général.  Qu'on 
se  figure,  pour  en  avoir  une  idée,  ce  qui  arriva,  lorsque,  après 
la  chute  de  Robespierre,  de  malheureuses  femmes,  portant 
les  plus  grands  noms  de  France,  sortirent  de  prison  ou  ren- 
trèrent dans  leur  patrie  avec  l'espoir,  souvent  trompeur,  de 
n'être  pas  recherchées.  Leur  famille  était  dispersée,  leurs 
meubles  avaient  été  vendus,  leurs  grandes  terres,  qui  étaient 
autrefois  leur  principale  fortune,  étaient  détenues  par  les 
agents  du  fisc,  quand  elles  n'avaient  pas  été  aliénées  comme 
biens  nationaux.  Elles  erraient  dans  Paris,  dans  ce  Paris 
qu'elles  ne  reconnaissaient  presque  plus,  sans  asile  et  sans 
ressources.  Un  grand  nombre  de  leurs  parents  ou  de  leurs 
amis  avaient  péri  sur  l'échafaud  ou  étaient  dispersés.  Ceux 
qu'elles  rencontraient  et  qui  avaient  échappé  comme  elles  à 
la  tourmente  révolutionnaire,  ne  pouvaient  leur  offrir  que  la 
consolation  d'une  même  infortune  et  d'une  semblable  misère. 
Elles  ne  savaient  où  se  prendre. 

Le  dévouement  des  vieux  serviteurs  ne  fut  pas  rare  alors. 
On  en  vit  qui  recueillirent  leurs  anciens  maîtres,  et  subvin- 
rent. Dieu  sait  au  prix  de  quels  sacrifices,  à  leurs  premiers 
besoins.  De  là  naquirent  des  relations  qui  étaient  le  boulever- 


308  MÉMOIRE  SUR   «ADOLPHE» 

sèment  des  idées  autrefois  reçues,  et  dans  ces  relations  une 
sorte  d'égalité  qui  aurait  été  repoussée  comme  une  folle  vision 
dans  les  temps  prospères. 

L'étude  de  ces  situations,  avec  leur  lamentable  diversité, 
serait  faite  pour  attirer.  Deux  exemples  serviront  à  montrer 
ce  qu'elles  étaient. 

Un  coup  d'œil  sur  le  journal  de  la  duchesse  de  Duras,  fille 
du  maréchal  de  Noailles  et  sœur  du  prince  de  Foix,  nous 
donnera  le  premier  exemple.  Ses  père  et  mère  avaient  été 
exécutés,  et  elle  sort  de  prison  après  le  9  thermidor.  Sans 
ressources,  elle  est  recueillie  par  une  ancienne  domestique, 
elle-même  trop  pauvre  pour  pouvoir  la  secourir.  Celle-ci  la 
confia  à  une  dame  Drulle,  ancienne  domestique  de  la  maison 
de  AJaillj.  Cette  dame,  pauvre  aussi,  réunit  toutes  ses  ressour- 
ces, et  parvient  à  lui  louer  dans  les  combles  une  chambre,  où 
elle  place  un  lit  et  quelques  ustensiles.  Tel  est  le  dénûment 
de  cette  descendante  des  Noailles  qu'un  vieux  serviteur  lui 
donne  comme  objet  de  luxe,  un  petit  miroir,  une  paire  de 
ciseaux,  un  couteau  et  un  couvert  de  métal.  Elle  vit  ainsi 
dans  sa  chambre,  seule,  sans  feu,  pendant  les  hivers  de  1794 
et  1795,  qui  furent  tiès  rudes,  et  n'a  d'autres  fréquentations 
que  celles  de  quelques  artisans  qui  lui  procurent  un  lieu  de 
retraite  lorsqu'elle  entend  la  messe. 

Prenons  encore  un  autre  exemple,  celui  de  M™^de  Custine, 
issue  de  la  famille  de  Sabran,  de  cette  beauté  que  le  marquis 
de  Boufflers  appelait  la  reine  des  roses.  Avec  elle,  nous  ren- 
controns le  dévouement  qui  s'exerce  pendant  qu'une  femme 
de  grande  famille  attend  en  prison  la  décision  du  Tribunal 
révolutionnaire. 

Son  dossier  était  prêt,  et  l'accusateur  n'opposait  à  la  mal- 
heureuse accusée  que  l'expression  de  sentiments  contre-révo- 
lutionnaires qu'elle  avait  consignés  sur  une  feuille  de  papier. 
C'était  assez  pour  la  perdre,  lorsque  Jérôme,  un  maçon  que 
sa  famille  avait  autrefois  occupé,  pénétra  dans  le  greffe,  et 
parvint,  au  péril  de  sa  vie,  à  soustraire  la  feuille  accusatrice. 
Ce  n'est  pas  tout  ;  une  vieille  domestique  recueillait  le  fils  de 
la  malheureuse  prisonnière,  âgé  de  deux  ans,  et  vendait  une 
à  une  ses  hardes  pour  subvenir  à  ses  besoins. 

De  telles  épreuves  ébranlaient  les  âmes  et  les  caractères, 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  309 

et  ies  exposaient  à  des  contre-coups  qui  pouvaient  fausser  ou 
affaiblir  le  sens  moral.  M™*  de  Duras  resta  toujours  un  modèle 
de  vertu  ;  M™^  d'Aguesseau  finit  par  suivre  l'exemple  de 
M°"  Liridsaj.  M™°  de  Custine  se  plaça  entre  les  deux  ;  elle 
aima  Cliateaubrianii. 

B.  Constant,  rencontra  M™^  d'Aguesseau  à  Genève,  en  1803. 
Il  écrivit  à  cette  date  à  M™*  île  Nassau  : 

«  J'ai  rencontré  hier  à  Genève  M™«  d'Aguesseau,  que  vous 
avez  vue  à  Lausanne,  il  j  a  quelques  quinze  ans,  avec  ses 
deux  filles  dont  l'une  est  morte.  La  mèi-e  l'a  remplacée  par 
une  fille  naturelle  qu'>dle  s'est  fait  faire  par  lord  Mor... 
(Morpeth),  et  qu'elle  a  élevée  près  d'elle  sous  le  nom  de  Geor- 
giua.  M"^  d'Aguesseau,  qui  était  en  1793  assez  sèche  et  assez 
impertinente,  m'a  paru  avoir  conservé  ses  qualités,  renforcées 
par  les  années.  » 

Le  pèie  de  Georgina,  ayant  obtenu  qu'elle  fût  protestante, 
exigea  aussi  que  son  éducation  se  fît  à  Genève.  Parvenue 
à  l'âge  de  dix-huit  ans,  sa  beauté,  une  distinction  naturelle, 
les  grâces  de  son  esprit  et  sa  solide  instruction  la  firent  x'e- 
marquer.  M™^  de  Sismondi,  à  qui  elle  avait  été  recommandée, 
lui  avait  voué  un  vif  et  profond  attachement.  Elle  ébranla 
peut-être  le  cœur  de  son  fils,  ce  qui  eût  été  un  vrai  triomphe. 
Celui-ci  la  rencontra  à  Paris  ;  c'était  pendant  les  Cent 
jours.  Il  disait  à  son  sujet  à  sa  mère,  dans  une  lettre  datée 
du  29  janvier  1815,  après  l'avoir  entretenue  du  mariage  entre 
le  duc  de  Broglie  et  Aibertine  de  Staël,  fille  de  M"^  de 
Staël,  qui  venait  d'être  arrêté  :  —  «  Si  je  voulais  me  marier, 
moi,  je  ne  doute  pas  que  je  n'obtinsse  tout  de  suite  cette 
belle  Georgina  dont  tu  me  crus  amoureux, il  y  a  deux  ans.  On 
lui  assurerait  12,000  francs  de  rente  à  présent  et  douze  autres 
mille  après  la  mort  de  son  père,  lord  Morpeth,  et  sa  mère  de- 
manderait qu'elle  vint  passer  chaque  année  six  mois  chez  elle 
à  Paris.  Elle  est  protestante,  fort  bien  élevée,  fort  belle,  elle 
est  jetée  dans  la  plus  brillante  société  de  France  et  d'Angle- 
terre, mais  elle  est  fille  adultérine,  et  elle  ne  peut  par  con- 
séquent parler  de  sa  famille  sans  embarras.  C'est  ce  qui  fait 
précisément  qu'elle  est  difficile  à  marier  et  que  je  l'ob- 
tiendrais sans  peine.  Je  ne  puis  pas  dire  que  cela  me  fît 
grand'chose.  La  première  chose  à  savoir,  c'est  ce  que  cela  te 

0 


310  MEMOIRE    SUR    «    ADOLPHE  ;> 

ferait  à  toi.  Après  m'en  être  instruit,  il  serait  temps  d'exami- 
ner le  caractère  et  l'esprit  de  la  personne.   » 

Cette  préoccupation,  ou  plutôt  ce  rêve,  ne  dura  qu'un  mo- 
ment: Georgina  mourut  peu  après.  La  première  lettre  portait 
la  date  de  janvier,  et,  le  22  février,  Sismondi  écrivait  encore 
à  sa  mère  :  «  Tu  as  appris  par  les  journaux  la  mort  affreuse  de 
cette  pauvre  Georgina.  Tu  m'en  parles  avec  une  extrême 
sensibilité,  et  la  première  lettre  que  tu  as  reçue  de  moi  ne 
t'en  dit  rien...  elle  ne  contenait  rien  de  ce  qui  remplit  le 
plus  mon  cœur. , .  dans  le  vrai,  nous  ne  passons  pas  de  jour, 
^me  Delomieu  et  moi,  sans  parler  de  cette  chère  Georgina, 
sans  repasser  tous  nos  rapports  avec  elle  et  nous  complaire 
dans  notre  chagrin  commun.  » 

En  parlant  de  M°^^  d'Aguesseau,  nous  ne  nous  sommes  pas  sé- 
parés de  M™^  Lindsaj,  tant  leur  liaison  était  étroite.  Celle-ci 
resta  encore  l'amante  d'Auguste  de  Lamoignou  après  leur  retour 
de  Londres.  Leur  liaison  se  prolongea  encore  pendant  près 
de  quatre  années,  et,  lorsqu'elle  prit  fin,  Auguste  se  retira 
dans  sa  terre  de  Beasoille  pour  ne  plus  la  quitter. 

Constantluisuccéda,  et  l'interrègne  ne  fut  pas  long.  Celui-ci 
parle  pour  la  première  fois  dans  son  journal  de  M™^  Lindsay 
comme  d'une  personne  qu'il  aurait  songé  à  épouser,  si  son 
passé  n'avait  pas  été  un  obstacle.  Chose  bizarre,  qui  tient  à 
l'inconsistance  de  son  caractère,  il  veut  du  mariage  lorsque 
le  joug  des  liaisons  irrégulières  lui  paraît  trop  lourd,  et,  api'ès 
qu'il  a  épousé  Charlotte  de  Hardenberg,  et  qu'il  oscille  entre 
quarante  et  cinquante  ans, il  rêve  de  nouveau  de  concubinage 
avec  la  fougue  et  l'exaltation  d'un  tout  jeune  homme  qui  en- 
tre dans  la  vie. 

Lorsque  la  crise  qui  devait  le  séparer  de  M""^  de  Staël 
commence  à  poindre,  il  écrit  dans  son  journal  : 

(c  Amélie  Fabry  est  tout  aussi  noire,  tout  aussi  vive,  tout 
aussi  éveillée.  Comme  je  l'aurais  prise  en  aversion  si  on  me 
l'avait  fait  épouser,  mais  elle  est  au  fond  bien  aimable.  J'ai 
toujours  la  mauvaise  chance  de  trouver  des  impossibilités 
chez  les  femmes  que  je  pense  à  épouser  :  M™^  de  Hardenberg, 
ennuyeuse  et  romanesque  ;  M™^  Lindsay  avait  quarante  ans 
et  deux  bâtards  ;  M'"«=  de  Staël,  qui  me  comprend  mieux  que 
personne,  ne  veut  pas  se  borner  à  l'amitié  quand  je  n'ai  plus 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  311 

d'amour  ;  celte  pauvre  Amélie,  qui  me  désire,  a  trente-deux 
ans  et  des  ridicules  que  l'âge  a  consolidés  ;  Antoinette,  qui  a 
vingt  ans,  de  la  fortune,  pas  de  ridicules,  n'a  rien  de  fran- 
çais. » 

Voilà  un  dénombrement  en  règle,  que  Constant  complète 
dans  maints  autres  passages  ,  et  qui  semble  l'absorber.  Ce- 
pendant, il  écrit  dans  son  journal  au  même  moment  :  «  Je 
travaille  toute  la  soirée.  C'est  un  grand  avantage  de  bien 
savoir  une  chose  quand  on  sait  écrire.  Mes  cinq  ou  six  jours 
de  travail  sur  la  pensée  homérique  m'ont  donné  une  facilité 
admirable  à  resserrer  ce  que  j'avais  à  en  dire,  n  Arrêtons- 
nous  en  ce  point  pour  étudier  rapidement  Constant  comme 
helléniste.  Aussi  bien  en  étudiant  Adolphe,  c'est-à-dire  l'auteur 
lui-même  de  ce  roman,  nous  rencontrons  dans  l'écrivain,  l'hel- 
léniste. 

Constant  lit  donc  Homère.  111e  lit  couramment  dans  le  texte, 
avec  de  rares  hésitations.  Sa  supériorité  comme  helléniste 
faisait  l'admiration  de  Boissonade. 

La  manière  dont  il  commença  à  apprendi*e  le  grec  est  du 
reste  fort  originale  et  se  rapporte  à  un  procédé  pédagogique 
qu'il  serait  bien  difficile  de  généraliser. 

Lorsque  Constant  avait  moins  de  douze  ans,  et  qu'il  était 
encore  en  Suisse,  son  père  lui  donna  comme  précepteur  un 
ministre  protestant  fort  instruit  et  excellent  helléniste.  Telle 
était  sa  passion  pour  le  grec  qu'il  comparait  celui  qui  igno- 
rait cette  langue,  quelle  que  fût  l'étendue  de  ses  connaissan- 
ces, à  un  homme  qui,  ajant  toutes  les  apparences  de  la  santé, 
était  cependant  destitué  d'un  sens  ou  d'un  organe.  Aussi,  avec 
quelle  joie  il  se  proposait  de  l'enseigner  à  son  élève  !  Il  espé- 
rait merveille  de  sa  rare  intelligence,  et  d'une  précocité  si 
remarquable  que  Sainte-Beuve,  lorsqu'onlui soumit  une  lettre 
que  Constant  avait  écrite  à  l'âge  de  douze  ans,  ne  put  admet- 
tre qu'elle  fût  de  lui  et  la  considéra  jusqu'à  preuve  contraire 
comme  apocryphe. 

Mais  Constant  était  un  enfant  mobile,  capricieux,  surtout 
volontaire.  Lorsqu'il  s'était  buté  aune  idée,  il  ne  revenait  pas. 
Dès  que  son  maître  voulut  aborder  l'étude  du  grec,  il  se  dé- 
pita et  refusa  de  l'écouter.  L'expérience  lui  ayant  démontré 
qu'il  ne  fallait  pas  le  heurter  de  front,  il  lui  proposa  d'inven- 


3  12  MEMOIRE  SUR     «ADOLPHK» 

ter  à  eux  deux  une  langue.  Constant,  qui  avait  déjà  du  goût 
pour  tout  ce  qui  était  aventure  et  échappait  aiix  usages  reçus, 
accepta  cette  proposition  avec  enthousiasme.  Le  maître  et 
l'élève  inventèrent  le  grec,  et  ce  dernier  l'upprit  de  cette  fa- 
çon et  d'après  cette  méthode.  Ses  progrès  furent  rapides,  et 
bientôt  il  se  passionna  pour  le  grec  tout  autant  que  son  maî- 
tre. 11  en  poursuivit  l'étude  dans  les  universités  d'Allemagne 
et  d'Angleterre,  et  c'est  ainsi  qu'il  devint  un  helléniste  supé- 
rieur. 

En  1814,  il  rencontra  le  précepteur  qui  l'avait  ainsi  initié  à 
la  connaissance  du  grec.  «  Je  le  retrouve  à  Liège,  dit-il  dans 
son  journal,  après  trente-cinq  ans  de  séparation.  Comme  il  a 
vieilli!  Mais,  lui,  a  très  bien  arrangé  sa  vie,  tandis  que  moi, 
très  mal  la  mienne.  » 

Pendant  le  cours  de  sa  vie,  Constant  ne  cessa  de  poursuivre 
l'étude  du  grec.  Pour  en  avoir  une  idée,  suivons-le  en  voyage 
à  l'aide  de  son  journal.  11  est  sur  la  route  d'EIwangen  à 
AUpeck,  et  il  écrit  : 

u  Lu  en  chemin  trois  tragédies  de  Sophocle,  l'Electre  et  les 
deux  Œdipes.  L'Œdi|)e  à  Colonne  est  un  chef-d'œuvre.  Je  ne 
connais  pas  même  dans  nos  mœurs  un  mot  à  y  changer.   « 

Il  est  sur  la  route  qui  conduit  à  Ulm  et  il  écrit:  «  Je  vivrai 
cent  ans  que  l'étude  des  Grecs  seule  me  suffirait.  Je  lis  l'Anti- 
gone  Quel  homme  admirable  que  Sophocle!  Je  relis  Ajax  et 
Philoctète. 

Il  écrit  encore:  a  Pendant  la  route  de  Schaffouse  <à  Leutz- 
bourg,  j'ai  lu  la  Médée  et  les  Phéniciennes  d'Euripide.  C'est 
un  tout  autre  homme  que  Sophocle.  Il  a  bien  moins  de  simpli- 
cité, bien  plus  d'envie  défaire  de  l'effet,  par  conséquent  bien 
plus  d'inconséquences,  de  déviation  de  son  sujet,  d'idées 
générales  déplacées.  Mais  il  est  admirable  pour  deux  choses: 
l'ironie  amère  et  des  élans  de  sensibilité  déchirante.  Son 
Oreste  est  une  détestable  pièce,  et,  dans  le  Cjclope,  il  y  a 
beaucoup  de  grossièretés  avec  assez  d'esprit.  » 

((  Tout  en  courant  la  poste,  j'ai  lu  Euripide.  C'est  un  t)oète 
complètement  moderne,  c'est-à-dire  n'ayant  rien  de  la  simpli- 
cité, de  la  bonne  foi,  delà  sincérité  des  anciens.  Tout  entier 
à  l'idée  de  taire  de  l'effet,  et  passant  dans  ce  but  d'une  opinion 
à  une  autre;  dévot  fanatique,  puis  impie  avec  ostentation; 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  313 

riche  en  descriptions,  mais  qui  sont  quelquefois  déplacées  et 
remplies  d'allusions  contre  le  peuple,  les  orateurs,  les  gouver- 
nants, comme  un  homme  dont  l'ambition  n'est  pas  satisfaite, 
et  qui,  trompé  dans  ses  vœux  sous  une  démocratie,  a  pris  la 
démocratie  en  haine.  Je  trouve  un  grand  rapport  entre  lui  et 
Voltaire,  comme  poète  tragique,  en  tenant  compte  des  modi- 
fications de  lieux  et  de  temps.  Euripide  aurait  écrit  Tancrède. 
Il  y  aurait  mis  la  sensibilité  qui  fait  le  charme  de  cette  tra- 
gédie, et  il  y  aurait  mis  ce  vers  ridicule  : 

»   L'injustice  à  la  fin  produit  l'indépendance, 

ainsi  que  ceux  qui  le  précèdent  et  le  suivent.  » 

Constant  était  très  sévère  pour  les  traducteurs.  Son  journal 
contient  à  cet  égard  quelques  indications.  On  y  lit  :  «  J'ai  lu 
la  traduction  d'un  dialogue  de  Platon,  sur  la  poésie.  Evidem- 
ment le  traducteur  n'est  qu'un  sot  ;  il  n'a  pas  compris  son 
auteur. 

En  étudiant  Adolphe,  nous  avons  rencontré  à  la  fois  et  le 
modèle  du  héros  de  ce  roman  et  l'écrivain.  Etudié  sous  ce 
dernier  rapport,  qui  pourrait  contester  la  part  qu'il  faut  faire 
dans  la  formation  de  l'œuvre  et  dans  le  degré  de  supériorité 
qui  lui  a  été  donnée,  à  l'étude  et  à  la  fréquentation  assidue 
des  grands  écrivains  de  l'antiquité  ? 

Mais  pourquoi  cette  influence  ne  s'est-elle  pas  étendue  à 
toutes  les  œuvres  de  Constant  ?  Mettons  à  part  ses  éciits  poli- 
tiques, où  il  faisait  plutôt  acte  de  polémiste  que  d'écrivain,  et 
qui,  nés  de  circonstances  passagères,  ne  devaient  pas,  le  résul- 
tat étant  acquis,  leur  survivre.  Pourquoi  l'infériorité  de  son 
ouvrage  sur  la  religion?  C'est  parce  que,  —  sa  vie  a  été  sans 
cesse  et  toujours  traversée  par  les  aventures  et  bouleversée 
par  les  passions,  et  que  l'esprit  de  suite  lui  ajant  manqué 
par  ce  motif — ,  il  n'a  donné  àcette  œuvre,  suivantl'expression 
de  Sismondi,  qu'une  faible  partie  de  soi.  Pour  le  bien  juger 
sous  ce  rapport,  il  faut,  étant  donné  sa  nature  complexe, 
l'étudier  dans  son  ensemble,  voir  en  lui  le  publiciste  supérieur, 
mais  qui  se  fait  de  la  popularité  une  idole  à  laquelle  il  sacrifie 
ses  convictions,  un  causeur  éblouissant,  mais  qui  s'égare 
dans  les  sophismes,  un  écrivain  supérieur,  mais  qui,  devenu 


l^iU  MEMOIRE   SUR    «  ADOLPHE    » 

le  jouet  de  ses  folles  passions,  ne  peut  soutenir  un  travail 
continu,  un  joueur  incorrigible,  qui  ne  se  sauve  qu'au  prix 
d'une  honteuse  compromission,  un  chercheur  d'aventures, 
qui,  dans  les  affaires  de  cœur,  oublie  que,  même  à  ce  jeu,  la 
dignité  personnelle  doit  être  gardée,  et  ainsi  de  suite  pour 
tout  le  reste. 

Et  c'est  parce  que  Constant  a  été  tout  cela,  (\}x  Adolphe,  où 
il  se  peint  avec  ce  cortège  de  faiblesses,  est  un  chef-d'œuvre, 
et  que  l'ouvrage  sur  la  religion  aurait  pu,  avec  plus  de  travail 
et  d'effort,  mériter  cet  éloge  qu'il  n'a  pas  obtenu. 

Nous  avons  surpris  Constant  lorsqu'il  lit  Homère,  et  qu'il 
chercher  à  dégager  la  pensée  homérique,  c'est-à-dire  les  no- 
tions qu'il  puise  dans  ce  poète  sur  la  religion  grecque.  Il 
écrit  ce  qu'il  extrait  sur  de  petits  morceaux  de  papier  sem- 
blables aux  cartes  dont  il  se  servait  lorsqu'il  résidait  à  Colom- 
bier, chez  M™*  de  Charière.  Makintosch,  avec  qui  il  s'était  lié 
à  l'Université  d'Edimbourg,  dit  à  ce  sujet  dans  ses  mémoires  : 
«  Il  ne  se  sert  jamais  de  papier  ;  il  écrit  sur  de  petites  cartes 
qui  sont  attachées  ensemble  par  une  ficelle.  Il  prétend  que 
cela  lui  facilite  les  insertions  et  les  additions,  et  lui  sert  à 
déplacer  ses  idées.  »  —  Il  étudie  donc  Homère,  et  tout  à  coup 
il  interrompt  cette  étude  pour  penser  à  quoi  et  à  qui  ?  A  M™^ 
de  Staël,  qui  le  veut  comme  amant  et  non  comme  époux,  à 
Charlotte  de  Hardenberg,  ennuyeuse  et  maussade,  qu'il  finira 
par  épouser,  à  M™^  Lindsay,  à  qui  son  passé  interdit  le  ma- 
riage. Lorsqu'il  a  épuisé  ce  sujet,  il  revient  à  ses  études  et 
il  s'en  détourne  bientôt  pour  méditer  sur  sa  vie  de  joueur, 
sur  les  sommes  folles  qu'il  perd  ou  qu'il  gagne,  sur  le  préju- 
dice que  lui  cause  cette  triste  passion.  Il  écrit  dans  son  jour- 
nal :  «  J'ai  gagné  30,000  francs,  et  j'en  ai  perdu  20,000.  Il  est 
clair  que  le  jeu  ne  m'enrichira  pas.  De  plus,  il  me  nuit,  me 
déconsidère,  m'ôte  mon  temps  et  mes  talents.  Il  faut  y  re- 
noncer. » 

C'est  ainsi  qu'en  dehors  de  la  politique  qui  l'absorbait,  de 
la  vie  du  monde,  ou  plus  exactement  de  la  vie  extérieure  où 
il  se  prodiguait,  il  donnait  encore  le  meilleur  de  son  temps  à 
de  vaines  et  vagues  rêveries.  Il  en  est  résulté  que  son  ouvrage 
sur  la  religion,  qu'il  avait  commencé  dès  sa  plus  extrême  jeu- 
nesse, qu'il  n'a  jamais  perdu  de  vue,  mais  sans  esprit  de  suite. 


DE   BENJAMIN   CONSTANT  315 

a  toujours  langui  et  est  resté  longtemps  à  l'état  d'ébauche. 
Lorsqu'il  s'est  réveillé,  qu'il  a  pris  le  parti  de  le  mener  à  fin, 
il  n'était  plus  temps.  Vieux  avant  l'âge,  usé,  blasé,  inquiet  et 
accablé  de  tourments,  il  a  dû  se  borner  à  un  travail  de  rema- 
niement superficiel  et  incomplet,  et  cette  œuvre  n'a  été  que 
l'ombre  de  ce  qu'elle  serait  devenue,  s'il  avait  mis  au  service 
de  son  talent  un  caractère  plus  ferme  et  plus  droit. 

Les  intrigues  d'amour  et  les  liaisons  passagères,  sans  cesse 
renouvelées,  tinrent  une  grande  place  dans  ce  résultat.  Celle 
qu'il  noua  avec  M""^  Lindsay,  le  tint  d'abord  sous  le  charme. 
Mais  cet  accès  fut  passager,  et  la  satiété  le  gagna  bientôt.  11 
écrit  dans  son  journal  :  «  Je  dîne  chez  M"^  Lindsay  avec 
quelques  amis.  Soirée  agréable  et  conversation  douce.  Mais 
ma  vie  n'est  pas  là  ;  ma  vie  n'est  autre  part  qu'en  moi-même.  » 

La  pensée  de  rompre  perce  déjà.  En  général,  elle  traverse 
son  esprit  dès  que  la  flamme  commence  à  briller.  Décidé- 
ment, Michaud  avait  raison  lorsqu'il  disait  :  inconstans  amore 
constans,  c'était  comme  une  réminiscence  du  jeu  de  mots  de 
Lin  née  :  infelix  amore  felix. 

M™*  Lindsay  n'avait  pas  observé  ce  travail  intérieur.  Elle 
écrivait  à  Constant  qu'ils  se  ressemblaient  trop  pour  ne  pas 
se  rapprocher.  Mais  celui-ci,  qui  voulait  rompre,  trouvait  au 
contraire  que  cette  considération  devait  l'affermir  dans  son 
dessein:  «  M™«  Lindsay,  dit-il  dans  son  journal,  m'écrit  qu'au 
fond  nous  nous  ressemblons  trop  pour  ne  pas  nous  l'appro- 
cher. C'est  peut-être  une  raison  pour  nous  convenir  d'autant 
moins.  C'est  parce  que  les  hommes  se  ressemblent  que  le 
ciel  a  fait  les  femmes  qui  ne  leur  ressemblent  pas.  » 

Bientôt  Constant  cessa  de  voir  M°>®  Lindsay.  Il  lui  écrivit 
encore,  mais  rarement,  comme  pour  masquer  sa  retraite  ;  puis 
la  correspondance  cessa.  Leur  liaison  s'était  formée  sans  diffi- 
culté; il  ne  fut  pas  plus  difficile  de  la  rompre.  M™^  Lindsay 
n'en  était  pas  aux  regrets,  mais  sa  vanité  était  en  jeu:  elle 
essaya  de  faire  croire  que  la  rupture  venait  d'elle,  et  que 
Constant  la  recherchait:  «  Je  reçois  une  lettre,  écrit-il  dans 
son  journal,  de  M™*  Lindsay  qui  m'écrit  toujours  comme  si 
je  la  persécutais  pour  la  voir  ;  c'est  un  singulier  système,  car 
je  n'y  songe  pas.  »  Elle  n'y  songeait  pas  davantage.  Elle 
voulait  que  la  retraite  ne  fût  pas  changée  en  déroute.  Comme 


316  MEMOIRE    SUR  «  ADOPLHE  » 

nous  sommes  loin,  avec  ce  vulgaire  dénouement,  des  longues 
souffrances  d'Ellénofe  et  de  sa  fin  tragique  ! 

M™^  Lindsaj  et  Constant  avaient  dans  le  monde  une  grande 
notoriété,  et  l'éclat  qu'ils  donnèrent  à  leur  liaison  favorisa 
singulièrement  la  manoeuvre  que  pratiquaient  les  amis  de 
M'"^  de  Staël. 

Un  exemple  suffira  pour  montrer  quelle  était  la  situation 
de  M™^  Lindsay  dans  le  monde  ;  lorsque  l'Empereur  intima 
à  l'Académie  l'ordre  de  ne  recevoir  Chateaubriand  que  s'il 
refaisait  son  discours  de  réception,  l'émotion  fut  vive.  «Des 
personnes,  écrit-il  dans  ses  Mémoires,  pleines  de  grâce,  de 
générosité  et  de  courage,  que  je  ne  connaissais  pas,  s'inté- 
ressèrent à  moi,  M"^  Lindsaj  ,  qui,  lors  de  ma  rentrée  en 
1800,  m'avait  ramené  de  Calais  à  Paris,  parla  à  M""®  Gay; 
celle-ci  s'adressa  à  M"»*  Regnaiilt  de  Saint-Jean  d'Angély, 
laquelle  invita  le  duc  de  Bnssano  à  me  laisser  à  l'écart.  Les 
femmes  de  ce  temps-là  interposaient  leur  beauté  entre  la 
puissance  et  la  fortune.  » 

Constant  à  son  tour  avait  acquis  une  notoriété  autrement 
considérable.  Ses  relations  avec  tout  homme  de  quelque  impor- 
tance, en  France  et  à  l'étranger,  allaient  à  l'infini.  Il  attirait 
par  une  conversation  éblouissante,  dont  ses  écrits  ne  donnent 
pas  une  idée,  mais  qui  est  attestée  par  le  témoignage  una- 
nime de  ses  contemporains.  Pour  mesurer  l'étendue  de  ses  re- 
lations, il  suffira  d'indiquer  qu'elle  avait  pénétré  dans  cette 
société  d'élite  dont  Joubert  était  le  centre,  qui  devait  le  tenir 
en  médiocre  estime.  Le  P'  octobre  1797,  M™^  de  Beaumont 
écrivait  à  Joubert  :  «  Je  ne  sais  si  cVst  une  manière  de  vous 
calmer  que  de  vous  assurer  que  Benjamin  Constant  est  autant 
haï  que  possible..,  lui-même  ne  peut  parvenir  à  s'aimer.  Au 
reste,  il  n'e>t  pas  content.  .  ,  J'ai  eu,  malgré  la  gr'avité  des  cir- 
constances, une  plaisante  scène  avec  lui,  lui  avouant  tout  fran- 
chement ma  haine  pour  sa  personne  et  ses  opinions.  »  Joubert 
écrit  à  son  tour  à  M""  Sérillj,  cousine  germaine  de  M™e  de 
Beaumont:  «Quiconque  chante  pouillesàBenjamin  Constant, 
semble  prendre  une  peine  et  se  donner  un  soin  dontj'étais 
chargée.  Cet  homme  est  pour  moi  comme  un  violon  faux 
qui  jure  sous  l'archet.  Tout  ce  (ju'il  me  dit  me  blesse  l'esprit.  » 

L'intrigue  qui  se  forma  entre  Constant  et  M""»  Lindsay  était 


DE    BENJAMIN  CONSTANT  317 

très  répandue  aussi  bien  dans  le  monde  politique  que  dans  le 
monde  galant.  Elle  fit  beaucoup  de  bruit  dans  le  temps,  dit 
Charles  à  sa  sœur.  Il  faut  dire  que  rien  ne  fut  négligé  pour  lui 
donner  de  Téclat.  Ce  n'est  point  que  Constant  en  tirât  vanité; 
il  n'en  était  pas  arrivé  là.  Mais  pour  s'environner  d'ombre  et 
de  mystère  dans  ces  sortes  de  relations,  il  faut  s'observer  et 
se  contraindre.  Il  en  était  incapable. 

Lorsque  Charles  revint  de  Paris,  M"^  Récamier  avait  plei- 
nement réussi,  grâce  à  cette  divulgation,  à  détourner  le  coup 
qui  allait  atteindre  M""*  de  Staël.  Il  n'était,  bruit,  parmi  les 
personnes  que  fréquentait  Charles,  lorsqu'elles  s'entretenaient 
du  roman  à' Adolphe,  que  de  M™*  Lindsay.  Rosalie  ne  prit  pas 
le  change,  et  elle  écrivit  à  son  frère,  le  22  juillet  1816  :  «  Tu 
avais  raison.  Adolphe  m'a  fait  une  vraie  peine.  Il  m'a  fait  res- 
sentir quelque  chose  de  ce  que  l'histoire  m'a  fait  souflFrir.  La 
position  est  si  bien  peinte  que  j'ai  cru  être  encore  au  temps 
oi\  j'étais  témoin  d'un  esclavage  et  d'une  faiblesse  fondée  sur 
un  sentiment  généreux.  Ce  n'est  elle  que  sous  le  rapport  de  la 
tyrannie,  mais  c'est  lui,  et  je  comprends  qu'après  avoir  été  si 
souvent  en  scène,  si  diversement  jugé,  si  souvent  en  contra- 
diction avec  lui-même,  il  ait  trouvé  quelque  satisfaction  à  s'ex- 
pliquer, à  se  déduire  et  à  signaler  les  causes  de  ses  erreurs 
et  de  ses  motifs  dans  une  relation  qui  a  si  fort  influé  sur  sa 
vie  ;  mais  je  voudrais  bien  qu'il  ne  l'eût  pas  publiée.  La  fiction 
est  triste  et  ne  donne  qu'un  sentiment  pénible  du  commence- 
ment à  la  fin.  Ce  qui  est  changé  à  la  vérité  réelle  ôte  à  la 
vérité  idéale  ;  la  fin  surtout  me  fait  de  la  peine  :  les  résultats 
sont  décourageants.  Pauvre  Benjamin  !  Je  le  crois  un  des 
hommes  les  moins  heureux  qui  existent.  Son  esprit  est  si  juste 
qu'il  lui  montre  tous  les  côtés,  toutes  les  conséquences  des 
erreurs  où  l'entraînement  et  la  faiblesse  le  conduisent.  Chaque 
année  j'espère  que  ce  qu'il  y  a  de  bon  en  lui  et  de  grand  pren- 
dra le  dessus  etleÀreplacera  où  il  doit  être,  et,  chaque  année, 
il  me  fait  un  nouveau  chagrin.  Mais  je  ne  le  haïrai  pas  pour 
(les  défauts  qui  ne  font  tort  qu'à  lui,  et  dont  le  motif  n'est, 
jamais  criminel  ;  je  croirai  lui  devoir  la  portion  d'amitié  que 
tu  lui  as  ôtée  depuis  si  longtemps  avec  tant  de  sévérité.  Quand 
j'en  cherche  la  CHUse,  je  la  vois  moins  encore  dans  ce  qu'on 
peut  lui  reprocher  que  dans  une  espèce  de  contradiction  pour 


318  MEMOIRE   SUR    «ADOLPHE» 

ce  que  je  puis  et  je  pense.  Je  ne  pourrais  haïr  quelqu'un  a  qui 
tu  prends  intérêt,  quand  il  ne  m'aurait  fait  aucun  mal,  et  sur- 
tout que  je  l'aurais  aimé.  Peut-être  si  tu  étais  resté  son  ami, 
cela  aurait-il  arrêté  bien  des  fautes.  Dans  le  temps  de  ces 
terribles  scènes,  je  pensai  souvent  :  s'il  avait  un  véritable  ami, 
si  Charles  était  ici,  il  pourrait  sortir  de  cette  position  indigne. 
Dans  le  roman,  tu  n'es  sensible  à  aucune  des  beautés  de  pen- 
sée et  de  style  dont  il  est  rempli.  Je  crois  qu'il  est  peu  de 
romans  d'une  moralité  aussi  profonde,  qui  montre  mieux  le 
pouvoir  de  l'éducation.  Que  n'aurait-il  pas  été  si  la  sienne 
avait  été  dirigée  par  un  père  et  une  mère  chrétiens  ?  Qu'il 
était  facile  d'exciter  en  lui  l'enthousiasme  du  bien,  la  passion 
de  l'ordre,  ainsi  que  des  habitudes  !  Combien  de  choses  vraies 
les  femmes  peuvent  y  apprendre  sur  tout  ce  qu'il  y  a  d'imagi- 
nation dans  les  passions,  sur  leur  empire,  sur  cette  tendresse 
qui  augmente  en  elles,  quand  elle  diminue  chez  les  hommes! 
Je  t'invite  à  le  relire  sans  songer  à  Benjamin.  Tu  verrais 
combien  tu  trouverais  d'aperçus  vrais  et  justes,  enfin  de  détails 
qui  dédommagent  de  l'ensemble. 

»  Tu  comprends  que  la  fable  de  Lindsay  a  été  inventée  à 
Coppet.  Il  n'a  pas  eu  dans  sa  vie  le  temps  d'être  influencé  par 
deux  femmes  comme  il  l'a  été  par  une  ;  mais  au  moins  n'a-t-il 
pas  eu  le  tort  de  la  mettre  en  scène,  carEUénore  ne  ressemble 
pas  à  la  dame  de  Coppet,  qui  a  des  dénouements  plus  comi- 
ques à  sa  disposition. 

»  Dans  ta  précédente  lettre,  tu  disais  :  J'aimerais  mieux 
qu'il  eût  publié  ce  livre  pour  de  l'argent,  que  par  mépris  de 
l'opinion;  dans  celle-ci,  tu  me  dis  positivement  le  contraire  ; 
voilà  ce  qui  me  prouve  ta  partialité,  et  ne  me  semble  pas 
digne  de  toi.  » 

Telle  était  Rosalie.  Bonne,  douce,  sensible,  elle  aimait 
Constant  comme  une  sœur.  Elle  souffrait  de  ses  écarts  de 
conduite,  elle  les  lui  reprochait;  mais  elle  l'aimait  trop  pour 
souffrir  le  blâme  dans  la  bouche  d'autrui. 

Constant  n'était  sensible  qu'aux  reproches.  Au  fond,  malgré 
les  protestations  d'amitié  qui  figurent  dans  chacune  de  ses 
lettres,  il  n'aimait  pas  sa  cousine.  Son  journal  en  témoigne  : 
((  Rosalie,  dit-il,  est  bonne,  mais  aigre  et  savante  dans  l'art 
de  dire  froidement,   et  comme  en  ne   s'apercevant  pas,  les 


DE   BENJAMIN    CONSTANT  319 

choses  qui  peuvent  déplaire.  Mais,  bossue  et  fille  à  quarante- 
cinq  ans,  peut-on  être  douce  ?  » 

Dans  tous  les  cas,  Rosalie  avait  vu  clair  au  sujet  du  roman 
à' Adolphe:  «  Ellénore^  dit-elle,  n'est  M™^  de  Staël  que  sovs  le 
rapport  de  la  tyrannie  ;  mais,  sous  ce  rapport,  la  position  est 
si  bien  peinte  que  fai  cru  être  au  temps  où  fêtais  témoin  d'un 
esclavage  indigne.  » 

Constant  savait  aussi  qu'il  n'avait  emprunté  à  M™^  de  Staël  que 
quelques  traits,  ceux  qui  se  rapportaient  à  sa  propre  histoire, 
et  que  le  surplus  avait  été  imaginé.  Ce  mélange  de  fiction  et 
de  réalité  lui  permettait  d'afiîrmer  qu'il  n'avait  pas  visé  son 
amie  d'autrefois,  et  tel  était  son  langage.  Malgré  cela,  il 
n'était  pas  rassuré.  Il  écrivait  à  M™®  Récamier,  le  5  juin  1816  : 
«  On  m'a  engagé  à  imprimer  le  petit  roman  que  je  vous  ai  lu 
tant  de  fois....  je  crains  qu'une  personne  à  qui  il  n'y  a  vrai- 
ment pas  l'application  la  plus  éloignée,  ni  comme  position,  ni 
comme  caractère,  ne  s'en  blesse.  »> 

Il  avait  raison  de  le  craindre,  et  il  se  renseignait  de  tous 
côtés  pour  savoir  quelle  était  l'attitude  de  M™»  de  Staël.  11 
apprit  qu'elle  ne  soufflait  mot,  et  ce  silence  le  rassura.  11  écrivit 
encore  de  Spa,  le  17  août,  à  M"""  Récamier  :  «  Adolphe  ne 
m'a  point  brouillé  avec  la  personne  dont  je  craignais  l'injuste 
susceptibilité.  Elle  a  vu  au  contraire  mon  intention  d'éviter 
toute  allusion  fâcheuse.  » 

Comme  il  se  trompait  !  M"^  de  Staël  ne  pouvait  se  recon- 
naître dans  le  roman  à'' Adolphe  sans  ajouter  au  scandale  dont 
elle  était  victime.  Elle  prit  le  meilleur  parti.  Elle  garda  le 
silence,  et  parut  si  peu  offensée  qu'elle  continua  à  recevoir 
Constant.  On  raconte  même  qu'elle  ne  parla  (['Adolphe  qu'fi 
une  seule  personne,  à  lord  Bjron.  Elle  n'était  pas  aussi  réser- 
vée lorsqu'elle  s'en  entretenait  avec  Bonstetten,  mais  alors 
elle  n'en  connaissait  que  quelques  fragments,  convenablement 
triés. 

Quant  à  M"^  Lindsay,  elle  fut  ravie.  Etre  devenue  héroïne 
d'un  roman  lui  parut  un  grand  honneur.  Elle  protesta  avec 
vivacité,  mais  pour  la  forme  et  pour  masquer  sa  joie.  Con- 
stant écrivait  à  son  sujet  à  M™''  Récamier  :  «  On  dit  une  autre 
personne  furieuse.  Il  j  a  bien  de  la  vanité  dans  cette  femme  : 
je  n'ai  pas  songé  à  elle.  » 


320  MEMOIRE    SUH    «  ADOLPHE  )> 

Cette  fois,  il  disait  vrai. 

En  résumé  :  l'abandon  déchire  le  cœur  d'Ellénore  ;  elle  ne 
résiste  pas  et  meurt.  M"^  Lindsay  traverse  cette  épreuve,  à 
laquelle  elle  était  préparée,  sans  en  souffrir.  Elle  se  garde  de 
mourir,  trop  heureuse  de  vivre,  et  se  console  sans  peine  en 
poursuivant  de  nouvelles  aventures. 

Où  trouver  le  moindre  trait  d'Ellénore  dans  une  telle  vie  ? 

Nous  avons  reproduit  la  verte  réponse  que  Rosalie  adressa 
à  son  frère  Charles,  au  sujet  du  roman  d'Adolphe.  Celui-ci  lui 
répondit  : 

«  Avec  toi,  chère  Rose,  j'ai  cru  que  je  pouvais  m'exprimer 
librement.  Ce  que  tu  me  dis  me  prouve  que  j'ai  eu  tort.  Ta 
prévention  pour  lui  (Constant)  ne  supporte  pas  que  j'en  parle 
à  cœur  ouvert,  avec  toi  à  qui  je  dis  toutes  mes  pensées  ; 
aussi  n'en  parlons  plus. 

»  Seulementje  tejure  que  tous  m'avaient  nommé  M™"  Lind- 
say  avant  l'arrivée  de  M™®  de  Staël  que  je  n'ai  vue  qu'en 
passant  chez  Lady  Hamilton.  On  me  dit  aussi  alors  que  la 
mort  d'Ellénore  est  celle  d'une  M™*"  Talma  à  laquelle  il  a  été 
fort  attaché.  Tu  es  d'une  profonde  ignorance  des  aventures 
de  notre  cousin.  Ce  n'est  pas  qu'il  les  tienne  secrètes,  mais 
c'est  qu'on  a  eu  la  discrétion  de  ne  pas  te  les  raconter.  Quoi 
qu'il  en  soit,  je  t'en  félicite...   » 

Charles  disait  vrai  au  sujet  de  Julie  Talma.  Constant  s'est 
inspiré  dans  Adolphe  des  derniers  moments  de  cette  malheu- 
reuse femme,  dont  il  avait  été  le  témoin.  Là  se  borne  le  rôle 
qui  lui  a  été  assigné  dans  ce  roman. 

Nous  pos-iédons  sur  Julie  Talma,  comme  sources  d'infor- 
mation, les  mémoires  de  M""'  Louise  Fusil,  née  Liard  Fieurj, 
qu'elle  a  publiés  sous  le  titre  de  :  Sounenù^s  d'une  act?nce  ;  les 
mémoires  d'Arnault,  intitulés  :  Souvenirs  d'un  sexagénaire  ; 
les  quelques  notions  que  M'ne  Vanhowe  Petit,  plus  tard 
Vanhowe  Talma,  a  consignées  dans  un  ouvrage  ayant  pour 
titre  :  Etudes  sur  l'art  théâtral,  et  enfin  le  journal  et  les  lettres 
de  Benjamin  Constant,  auxquels  il  faut  joindre  le  portrait  de 
Julie  Talma,  qu'il  a  publié  pour  la  première  fois,  en  1829, 
dans  les  Mélanges  de  littérature  et  de  politique. 

«  Adolphe,  dit  Sainte-Beuve,  et  le  portrait  de  Julie,  cette 
sœur  d'Ellénore  (par  la  souffrance,  oui,  non  par  la  ressem- 


DE    HENJAMIN    CONSTANT  32  1 

blance)  sont  deux  portraits  délicieux  et  achevés  dans  la  teinte 
grise.  »  Il  ne  faut  pas  plus  disputerdes  goûts  que  des  couleurs: 
va  pour  la  teinte  grise.  Dans  tous  les  cas,  il  est  certain  que 
Constant,  dont  le  stjle  laissait  lortà  désiier  àPorigine,  avait 
atteint  le  sommet  comme  écrivain,  —  du  moins  celui  qu'il  était 
capable  de  gravir,  —  lorsque,  aprèslapublicatioti  A' Adolphe,  il 
écrivit  le  portrait  de  Julie,  et  que  cette  œuvre  n'a  peut-être 
été  dépassée  que  par  le  portrait  de  M™*  Récamier  que  Cha- 
teaubriand a  inséré  dans  ses  Mémoires  d'Outre  Tombe. 

Julie  Talma,  née  Carrau,  nacjuit  à  Paris  le  8  janvier  1756, 
et  fut  baptisée  à  Saint-Eustache.  Fille  naturelle  de  Marie  Car- 
rau, elle  ne  fut  reconnue  par  son  père,  François  Pioch,  que  le 
6  août  1801,  quarante-cinq  ans  après  sa  naissance.  Mais, 
avant  de  la  reconnaître,  celui-ci,  qui  possédait  une  grande  for- 
tune, lui  donna,  peu  après  sa  majorité,  une  grande  partie  de 
ses  biens.  M"*  Fusil,  son  amie  intime,  en  général  bien  infor- 
mée, estime  qu'elle  jouissait  de  40,000  fr.  de  rente. 

Faible,  maigre,  mais  douée  d'une  physionomie  gracieuse  et 
piquante,  elle  se  fit  bientôt  remarquer  par  la  distinction  et  la 
supériorité  de  son  esprit.  C'est  ainsi  que  la  dépeignent  tous 
ceux  qui  l'ont  connue. 

Arnault,  qui  fréquentait  son  salon,  constate  que  les  ques- 
tions qui  y  étaient  agitées  étaient  pleines  d'intérêt,  et  il 
ajoute  : 

«  C'est  dans  ces  discussions  que  j'ai  eu  lieu  de  reconnaître 
tout  ce  qu'il  y  avait  de  finesse  et  de  force,  d'élévation  et  de 
générosité  dans  l'âme  de  cette  femme.  Elle  discutait  avec 
une  égale  facilité  les  questions  les  plus  ardues  de  la  politique 
et  de  la  philosojthie,  mais  dans  les  formes  les  plus  convena- 
bles à  son  sexe,  en  se  tenant  également  éloignée  du  pédan- 
tisme  et  de  la  frivolité,  sans  se  faire  homme,  en  unissant  la 
puissance  de  la  grâce  à  celle  de  l'esprit  et  de  la  raison.  » 

M™^  Louise  Fusil,  qui  avait  brillé  sur  la  scène,  et  qui  s'était 
liée  d'une  étroite  amitié  avec  Julie,  bien  que  celle-ci  eût  vingt 
ans  de  plus  qu'elle,  la  juge  comme  Arnault  : 

«  Julie,  dit-elle,  eût  été  l'Aspasie  de  son  siècle,  si  ce  siècle 
eût  ressemblé  à  celui  de  Périclès.  Elle  n'avait  point  la  beauté 
de  cette  femme  célèbre,  mais  elle  en  possédait  l'esprit  et  la 
grâce.  Le  charme  qu'elle  répandait  autour  d'elle  attirait  tout 


322  MEMOIRE    SUK    «  ADOLPHE  » 

ce  qu'il  y  avait  de  marquant  a  la  Cour  et  à  la  ville...  Peu  de 
femmes  possédaient  à  un  degré  aussi  élevé  que  M^^Talma  un 
style  aimable  et  exempt  de  prétention.  Elle  donnait  du  charme 
au  pluspetitbillet.  L'onauraitpu  la  compareràM""^  de  Sévigné 
écrivant  dans  notre  siècle.  Mais  une  de  ses  qualités  les  plus 
précieuses,  c'était  son  âme  ardente  pour  ses  amis.  Elle  s'ex- 
posait pour  eux  dans  un  temps  où  les  vertus  étaient  des  cri- 
mes. Combien  de  fois  ne  l'a-t-on  pas  vue,  elle  si  indolente 
pour  son  propre  compte,  courir  tout  Paris  pour  servir  des 
proscrits.  Elle  était  souvent  fort  mal  accueillie  dans  les  bu- 
reaux, car  les  amis  d'hier  n'étaient  quelquefois  plus  ceux  d'au- 
jourd'hui; mais  elle  ne  se  rebutait  pas,  et  sa  persévérance 
finissait  par  obtenir  ce  qu'elle  avait  sollicité.  Enfin,  c'était 
un  de  ces  êtres  trop  rares  sur  la  terre,  et  dont  il  faut  honorer 
la  mémoire  lorsqu'on  a  eu  le  bonheur  de  les  y  rencontrer.   » 

Benjamin  Constant,  chez  qui  l'indulgence  n'était  pas  une 
qualité  maîtresse,  et  qui,  s'il  ne  pouvait  se  livrer  contre  autrui 
à  d'amères  critiques,  les  tournait  volontiers  contre  soi-même, 
juge  ainsi  Julie  Talma: 

«  Son  esprit  était  juste,  étendu,  toujours  piquant,  quelque- 
fois profond.  Une  raison  exquise  lui  avait  enseigné  les  opi- 
nions saines,  plutôt  que  l'examen  ne  l'y  avait  conduite  ;  elle 
les  développait  avec  force  ;  elle  les  soutenait  avec  véhémence. 
Elle  ne  disait  pas  toujours,  peut-être,  ce  qu'il  fallait  dire  en 
faveur  de  l'opinion  qu'elle  voulait  démontrer;  mais  elle  ne  se 
servait  jamais  d'un  raisonnement  faux,  et  son  instinct  était 
infaillible  contre  toutes  les  espèces  de  sophismes.  —  Cette 
même  femme  dont  la  logique  était  précise  et  serrée,  lorsqu'elle 
parlait  sur  les  grands  sujets  qui  intéressent  les  droits  et  la 
dignité  de  l'espèce  humaine,  avait  la  gaieté  la  plus  profonde 
et  la  plus  vive,  la  plaisanterie  la  plus  légère:  elle  ne  disait 
pas  souvent  des  mots  isolés  qu'on  pût  retenir  et  citer,  et 
c'était  encore  là  selon  moi  l'un  de  ses  charmes.  Les  mots  de 
ce  genre,  frappants  en  eux-mêmes,  ont  l'inconvénient  de  tuer 
la  conversation  ;  ce  sont,  pour  ainsi  dire,  des  coups  de  fusil 
tirés  sur  les  idées  d'autrui,  et  qui  les  abattent.  Ceux  qui  par- 
lent par  traits  ont  l'air  de  se  tenir  à  l'afiût,  et  leur  esprit 
n'est  employé  qu'à  préparer  une  réponse  imprévue,  qui,  tout 
en  faisant  rire,  dérange  la  suite  des  pensées  et  produit  tou- 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  323 

jours  un  moment  de  silence,  —  Telle  n'était  pas  la  manière  de 
Julie.  Elle  faisait  valoir  les  autres  autant  qu'elle-même  ;  c'était 
pour  eux  autant  que  pour  elle  qu'elle  discutait  et  plaisantait. 
Ses  expressions  n'étaient  jamais  recherchées;  elle  saisissait 
admirablement  le  véritable  point  de  toutes  les  questions 
sérieuses  ou  frivoles.  Elle  disait  toujours  ce  qu'il  fallait  dire 
et  l'on  s'apercevait  avec  elle  que  la  justesse  des  idées  est  aussi 
nécessaire  à  la  plaisanterie  qu'elle  peut  l'être  à  la  raison.  — 
Mais  ce  qui  la  distinguait  encore  plus  que  sa  conversation, 
c'étaient  ses  lettres.  Elle  écrivait  avec  une  extrême  facilité,  et 
se  plaisait  à  écrire.  Les  anecdotes,  les  observations  fines,  les 
réflexions  profondes,  les  traits  heureux  se  plaçaient  sous  sa 
plume  sans  travail,  et  cependant  toujours  dans  l'ordre  le  plus 
propre  à  les  faire  valoir  l'un  {»ar  l'autre.  Son  style  était  pur, 
précis,  rapide  et  léger;  et  quoique  le  talent  épistolaire  soit 
reconnu  pour  appartenir  plus  particulièrement  aux  femmes, 
j'ose  affirmer  qu'il  n'y  en  a  presque  aucune  que  l'on  puisse  à 
cet  égard,  comparer  à  Julie.  M.^"  de  Sévigné,  dont  je  ne  con- 
testerai point  la  supériorité  dans  ce  genre,  est  plus  intéres- 
sante par  son  style  que  par  ses  pensées;  elle  peint  avec  beau- 
coup de  fidélité,  de  vie  et  de  grâce  ;  mais  le  cercle  de  ses  idées 
n'est  pas  très  étendu.  La  cour,  la  société,  les  caractères  indi- 
viduels, et,  en  fait  d'opinions,  tout  au  plus  les  plus  reçues,  les 
plus  à  la  mode,  voilà  les  bornes  qu'elle  ne  franchit  jamais.  Il 
y  a  dans  les  lettres  de  Julie  plus  de  réflexion;  elle  s'élance 
souvent  dans  une  sphère  plus  vaste  ;  ses  aperçus  sont  plus 
généraux,  et  comme  il  n'y  a  jamais  en  elle  ni  projet,  ni  pédan- 
terie, ni  emphase,  comme  tout  est  naturel,  involontaire, 
imprévu,  les  observations  générales  qu'elle  exprime  en  une 
ligne,  parce  qu'elles  se  présentaient  à  elle,  et  non  parce  qu'elle 
les  cherchait,  donnent  exclusivement  à  sa  correspondance  un 
mérite  de  plus.  » 

Que  sont  devenues  ces  lettres?  Nous  n'en  connaissons  que 
deux,  écrites  à  M'^"  Fusil,  qui  sont  reproduites  dans  ses  Sou- 
venirs. C'est  trop  peu  pour  asseoir  un  jugement  sur  leur  mé- 
rite, et  c'est  pour  cela  que  nous  avons  reproduit,  sans  y  rien 
retrancher,  ce  qu'a  écrit  Constant  à  leur  sujet.  Ce  dernier 
était  en  correspondance  suivie  avec  Julie.  Sainte-Beuve  dit 
à  cet  égard  :   «  Si  jamais  on  publie  ses  lettres  à  cette  Julie 


:^?4  MEMOIRE    SUi;    «ADOLPHE» 

Talrna  dont  il  a  tracé  un  si  cliai-mant  portrait,  je  suis  per- 
suadé qu'elles  seront  ch.rmantes  elles-mêmes,  et  ici  elles 
pourraient  avoir,  sans  mentir  en  rien,  les  couleurs  de  l'atta- 
chement continu  et  du  dévouement.  » 

Mais  que  sont  devenues  ces  lettres? 

Aux  approches  de  1789,  Julie  ouvrit  un  salon.  Sa  grande 
fortune  lui  permit  de  le  soutenir,  de  lui  donner  même  quelque 
éclat,  et  la  rare  distinction  de  son  esprit  qui  était  connue 
dans  le  monde  des  lettres  et  parmi  les  artistes,  y  attira  rapi- 
dement un  grand  nombre  d'hommes  distingués.  A  l'origine, 
le  vicomte  de  Ségur,  le  comtede  Narbonne,  Champt'ort,  David 
et  Méehul  formèrent  le  premier  noyau  de  cette  réunion  : 
plus  tard,  Legouvé,  Lemercier,  Arnault,  Ducis  ,  Rœderer 
briguèrent  l'honneur  d'y  être  admis  ;  après  eux,  MiUin  et 
Lenoir  se  lièrent  avec  Julie. 

«Je    revis  MiUin    chez  Julie   Talma,    dit  M"*  Fusil 

Miliin  était  un  homme  d'un  commerce  agréable,  faisant  mar- 
cher ensemble  deshabitudes  de  société  et  son  travail  d'anti- 
quaire du  cabinet  des  médailles,  à  la  Bibliothèque  royale  dont 
il  était  le  conservateur  :  ses  cours  de  botanique,  d'antiquités, 
d'histoire  naturelle,  ses  recherches  sur  les  manuscrits  et  son 
Magasin  encyclopédique,  son  aimable  caractère,  sa  gaieté 
inépuisable  le  faisaient  rechercher  des  jeunes  femmes,  parce 
qu'il  les  amusait.  Tout  au  travail  le  matin,  tout  au  plaisir  le 
soir,  il  en  jouissait  comme  un  homme  qui  a  besoin  de  distraire 
son  esprit  d'une  application  fatigante;  mais  aussi  il  ne  fallait 
pas  s'aviser  de  venir  l'interrompre  dans  ses  graves  occupa- 
tions pour  lui  demander  un  ouvrage,  pour  mener  quelqu'un 
au  cabinet  des  antiques  à  une  heure  inaccoutumée.  Il  me 
fit  un  matin  cette  réponse  laconique  :  «  L'on  voit  le  cabinet 
»  des  antiques  à  jour  fixe  ;  quant  à  moi,  l'on  peut  me  voir  tous 
»  les  jours,  mais  il  faut  prendre  mieux  son  temps,  n  M.  Miliin 
était  un  ami  dévoué  et  d'excellent  conseil;  je  lui  dois  beau- 
coup, car  il  m'a  donné  l'amour  de  l'étude.  » 

Marie-Joseph  Chénier  fréquentait  aussi  le  salon  de  Julie, 
et  devint,  par  suite  de  ses  relations  avec  Talma,  l'ami  intime 
de  la  maison.  Il  présenta  à  Julie  son  frère  André  qui  avait 
deux  ans  de  plus  que  lui.  Celui-ci  n'avait  alors  que  la  répu- 
tation d'un    journaliste   de  mérite,  et  nul  ne  soupçonnait  la 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  325 

place  qu'il  devait  occuper  dans  notre  littérature  comme  poète. 
Il  j  a  lieu  de  supposer  du  reste  que  ses  visites  chez  Julie 
étaient  fort  rares.  11  en  était  autrement  de  son  frère  à  qui 
celle-ci  avait  voué  une  affection  presque  maternelle.  C'est 
surtout  dans  son  salon  que  Joseph  Chénier  trouva  d'ardents 
défenseurs  lorsqu'il  fut  accusé  de  n'avoir  pas  empêché  l'exé- 
cution de  sou  frère.  On  disait  pour  sa  justification,  et  cela 
était  fondé, que  son  intervention  n'aurait  fait  que  précipiter 
la  catastrophe  qu'il  redoutait.  Il  n'est  pas  un  homme  consi- 
dérable parmi  ses  contemporains  qui  n'ait  porté  ce  juge- 
ment, etDaunou,qui  l'aimait  médiocrement,  n'a  jamais  varié 
à  ce  sujet. 

Mais  Joseph  Chénier,  qui  était  la  bonté  même,  toujours 
prêt  à  rendre  service,  avait  le  langage  rude  et  acerbe,  une 
tendance  au  dénigrement  qu'il  ne  savait  pas  réprimer.  Ce 
vice  de  caractère  lui  avait  fait  beaucoup  d'ennemis.  Un  jour, 
raconte  M^'  Fusil,  qu'il  parlait  du  prochain  avec  le  langage 
passionné  et  véhément  qui  lui  était  habituel,  Julie  Talma  lui 
dit:  «  Mais  taisez-vous  donc,  méchant  bonhomme /  \ons  rendez 
service  à  tous  ces  gens-là,  et  vous  vous  querellez  avec  eux  ; 
ils  tairont  vos  bonnes  actions  et  répéteront  vos  mauvaises 
paroles.  Les  ennemis  se  retrouvent  dans  tous  les  temps,  ils 
tourmentent  les  vivants  et   troublent  la  cendre  des  morts.  » 

Le  salon  de  Julie  ne  tarda  pas  à  subir  une  transformation 
complète.  La  politique  y  pénétra.  Condorcet,  Vergniaud, 
Guadet,  Gensonné,  Clavier,  Kersaint,  Rolland  j  furent  admis. 
M"^  Rolland  s'y  rendit  quelquefois  avec  son  mari,  mais,  pa- 
raît-il, très  rarement.  M™*  Fusil  déclare  ne  l'y  avoir  vue 
qu'une  seule  fois. 

L'entrée  des  Girondins  dans  ce  salon  relégua  les  discussions 
littéraires  au  second  plan.  On  y  agita  surtout  les  théories  et 
les  questions  politiques  qui  préoccupaient  alors  tous  les  es- 
prits. En  cela,  Julie  était  dans  son  centre,  dans  le  milieu  qui 
lui  convenait.  Elle  avait,  en  effet,  embrassé  la  cause  de  la  ré- 
volution avec  une  fermeté  qu'aucuu  événement  ne  put  faire 
fléchir.  Le  régime  de  la  Terreur,  qui  lui  avait  enlevé  tant 
d'amis,  des  amis  si  nobles  et  si  purs,  ce  régime  dont  elle  ne 
parlait  que  pour  l'exécrer,  ne  put  l'ébranler  :  «  De  ce  que  les 
hommes  sont  corrompus,  disait-elle  à  Benjamin  Constant,  il 

81 


326  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHE» 

ne  faut  pas  donner  à  quelques-uns  d'entre  eux  d'autant  plus 
de  pouvoir;  il  faut,  au  contraire,  leur  en  donner  moins  et 
placer  dans  des  institutions  sagement  combinées  du  contre- 
poids contre  leurs  vices  et  leurs  faiblesses.  » 

Cependant,  comme  tous  les  salons  qui  avaient  quelque  cé- 
lébrité, celui  de  Julie  fut  emporté  par  la  tourmente  révolu- 
tionnaire. Une  scène  qui  se  passa  entre  Marat  et  Dumouriez 
dans  ce  même  salon  fit  qu'on  ne  put  le  fréquenter  sans  dan- 
ger. Enfin,  la  moit  des  Girondins,  la  dispersion  de  tous  ceux 
qui  avaient  trop  à  craindre  pour  ne  s'être  pas  ménagé  une 
retraite,  les  malheurs  qui  fondirent  sur  Julie,  en  précipitèrent 
le  terme. 

Mais  revenons  à  la  scène  qui  eut  lieu  entre  Marat  et  Du- 
mouriez. Ce  dernier  était  rentré  à  Paris  le  16  octobre  1792 
pour  s'entendre  avec  le  gouvernement  au  sujet  de  la  guerre 
qui  se  poursuivait  en  Belgique  et  de  l'armée  dont  il  avait  le 
commandement.  Ce  jour-là,  il  fut  invité  à  une  fête  que  Julie 
donna  en  son  hunneur.  La  réunion  était  nombreuse  et  très 
brillante,  et  Dumouriez  était  naturellement  tort  entouré,  lors- 
que tout  à  coup  Marat,  qui  n'était  certainement  pas  invité, 
pénétra  dans  le  salon  de  Julie. 

Le  récit  des  circonstances  qui  se  rapportent  à  ce  fait  a  été 
dressé  par  Marat.  Nous  ne  pourrions  le  reproduire  sans  que 
la  plume  nous  tombât  des  mains,  et  nous  préférons  l'emprun- 
ter à  Mni*"  Fusil.  Peu  de  jours  après  cette  scène,  elle  écrivait 
à  M""^  Lemoine-Dubarrj,  de  Toulouse,  son  intime  amie  : 

«  Je  ne  sais  comment  vous  raconter  la  scène  la  plus  bizarre 
et  la  plus  efirajante  qui  se  soit  encore  vue,  je  crois.  Pour  fê- 
ter le  général  Dumouriez,  après  sa  conquête  de  la  Belgique, 
Julie  Talma  et  son  mari  avaient  réuni  tous  leurs  amis  dans 
leur  jolie  maison  de  la  rue  Chantereine.  Vergniaud,  Brissot, 
Roger-Ducos,  Bojer-Fonfrède,  Millin,  le  général  Santerre, 
J.-M.  Chénier,  Dugazon,  M"^Vestris,  M""Desgarcins  et  Can- 
deille,  Allard,  Souque,  Rio uife  et  Coupigny,nous  et  plusieurs 
autres  faisaient  partie  de  cette  réunion.  M"^  Candeille  était 
au  piano,  lorsqu'un  bruit  confus  annonça  Tentrée  de  Marat, 
accompagné  de  Dubuisson,  Perejra  et  Prolj,  membres  du 
Comité  de  sûreté  générale.  C'est  la  première  fois  de  ma  vie 
que  j'ai  vu  Marat,  et  j'espère  que  ce  sera  la  dernière.  Mais,  si 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  327 

j'étais  peintre,  je  pourrais  faire  son  portrait  tant  sa  figure 
m'a  frappée.  Il  était  en  carmagnole,  un  mouchoir  de  madras, 
rouge  et  sale,  autour  de  la  tête,  celui  avec  lequel  il  couchait 
probablement  depuis  fort  longtemps.  Des  cheveux  gras  s'en 
échappaient  par  mèches,  et  son  cou  était  entouré  d'un  mou- 
choir à  peine  attaché.  Je  n'ai  pas  oublié  un  mot  de  son  dis- 
cours, le  voici  : 

»  Citoyen,  une  députation  des  amis  de  la  liberté  s'est  ren- 
due au  bureau  de  la  guerre  pour  y  communiquer  les  dépêches 
qui  te  concernent.  On  s'est  présenté  chez  toi;  on  ne  t'a  trouvé 
nulle  part.  Nous  ne  devions  pas  nous  attendre  à  te  rencontrer 
dans  une  semblable  maison,  au  milieu  d'un  ramas  de  concu- 
bines et  de  contre-révolutionnaires. 

»  Talraa  s'est  avancé  et  lui  a  dit  :  —  Citoyen  Marat,  de  quel 
droit  viens-tu  chez  moi  insulter  nos  femmes  et  nos  sœurs  ? 

»  —  Ne  puis-je,  ajouta  Dumouriez,  me  reposer  des  fatigues 
de  la  guerre,  au  milieu  des  arts  et  de  mes  amis,  sans  les  en- 
tendre outrager  par  des  épithètes  indécentes? 

it  —  Cette  maison  est  un  foyer  de  contre-révolution. 
»  Et  il  sortit  en  proférant  les  plus  effrayantes  menaces. 
»  Tout  le  monde  resta  consterné,  car  on  ne  doutait  pas 
qu'une  dénonciation  ne   s'ensuivît.  Quelqu'un  voulut  plaisan- 
ter, mais  il  riait  du  bout  des  lèvres.   Dugazon,    qui  ne  perd 
jamais  sa  folle  gaieté,  prit  une  cassolette  remplie  de  parfums 
pour  purifier  les  endroits  où  Marat  avait  passé.  Cette  plaisan- 
terie ramena  un  peu  de  gaieté,  mais  notre  soirée  fut  perdue.» 
Dumouriez  raconte  la  même  scène  dans  ses  Mémoires  : 
<(  Une  femme  célèbre  de  Paris,  dit-il,  lui  (dans  ses  Mémoires 
il  parle  de  lui  à  la  troisième  personne)  donna  une  jolie  fête, 
dont  tous  les  virtuoses  de  tous  les  spectacles   de  Paris    lui 
firent  les  honneurs.  Plusieurs  membres  de  la  Convention  et 
plusieurs  ministres  assistèrent  à  cette  fête,  qui  fut  un  moment 
interrompue  par  une  scène  très  ridicule, .  . .  Dans  le  moment 
où  l'on  ne  pensait  qu'à  jouir  de  la  fête. . .  entra   Marat  qui, 
le  regardant  avec  des  yeux  de  fureur,  l'interpella   brutale- 
ment...  Le  général,  le  toisant  avec  mépris,   lui  répondit: 
Ah!  c'est  vous  qu'on  appelle  Marat?  Je  n'ai  rien  à  vous  dire,  et 
il  lui  tourna  le  dos.  » 


328  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHE» 

Ce  qui  se  passa  chez  Julie  Talma  dans  la  soirée  du  16  octo- 
bre, a  été  complètement  dénaturé  par  M.  Thiers,  dans  son 
Histoire  de  la  Révolution.  M"^  Fusil  lui  a  donné  sa  véritable 
physionomie. 

Le  17  octobre,  on  criait  dans  les  rues  de  Paris  :  Grande 
conspiration  découverte  par  le  citoyen  Marat,  l'Ami  du  peuple. 
Grand  rassemOletnent  de  Girondins  et  de  contre-révolutionnaires 
chez  Tabna.  On  lisait  aussi  en  tête  du  journal  L'ami  du  peuple  : 
Achetez  ce  qu'il  y  a  de  plus  nouveau,  les  merles  dénichés  ou  les 
orgies  du  grand  Dumouriez,  abandonnant  les  aimées  sans  ordre 
pour  venir  se  montrer  dans  les  petits  spectacles  de  Pa?is  et  faire 
danser  les  nymphes  des  Variétés. 

Plus  tard,  Marat  prétendit  qu'on  avait  voulu  l'assassiner 
chez  Talma,  et  ce  qu'il  en  dit  fut  ensuite  opposé  aux  Giron- 
dins devant  le  Tribunal  révolutionnaire  [Moniteur  du  27  octo- 
bre 1793).  —  Gensonné,  interrogé  le  premier  à  cet  égard, 
répondit  ;  Je  ne  me  l'appelle  pus  de  ce  fait.  —  Vergniaud,  ré- 
pondit à  son  tour  :  J'ai  été  invité  à  une  /ête  qui  se  donnait  chez 
Talma,  et  ou  Dumouriez  s'est  trouvé.  Je  sais  que,  lorsqu'on  a 
annoncé  Marat,  il  s'est  fuit  un  mouvement,  mais  causé  par  l'in- 
quiétude des  femmes.  —  Lassource  répond  :  Je  me  trouvai  chez 
Talma  ;  mais  je  n'ai  pas  entendu  parler  du  projet  d'assassiner 
Marat.  —  Le  président  à  Silléry  :  Vous  avez  assisté  au  souper 
qu'a  donné  Talma  à  Dumouriez  ?  —  Réponse  :  A  cette  époque 
J'étais  en  Champagne,  auprès  de  Kellermann. 

A  la  suite  de  cet  interrogatoire,  Talma  ainsi  que  Julie  com- 
prirent qu'ils  étaient  fort  exposés.  Julie  quitta  Paris,  et  se 
réfugia  dans  une  campagne.  Talma,  qui  était  soutenu  par  le 
public  déjà  enthousiaste  de  son  talent,  resta  à  Paris.  Néan- 
moins, il  n'était  pas  rassuré.  Alexandre  Duval  raconte  dans 
sa  notice  surBeniowski  «  qu'un  soir,  après  avoir  joué  la  tra- 
gédie, il  lui  parut  plus  sombre  qu'à  l'ordinaire,  et  qu'il  lui 
demanda  le  sujet  de  sa  tristesse  :  Il  me  dit,  ajoute-t-il,  qu'il 
ne  pouvait  se  rendre  compte  de  ses  pressentiments,  mais  qu'il 
craignait  d'être  arrêté   au  premier  moment,  et  que  ce  n'est 

qu'en  tremblant  qu'il  rentrait  chez  lui » 

Un  incident  qui  mérite  d'être  raconté,  car  dans  les  temps 
de  crise  et  de  bouleversement,  oi\  rien  ne  ressemble  à  ce  qui 
a  existé,  on  ne  se  rend  bien  compte  de  l'état  d'un  société  que 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  329 

par  l'étude  des  faits  particuliers  et  des  situations  individuelles, 
vint  ajouter  encore  à  ses  alarmes  et  à  ses  angoisses. 

Au  plus  fort  de  la  Terreur,  Talma,  déjà  infidèle  à  Julie,  avait 
noué  une  intrigue  avec  une  actrice,  M™^  Vanhove-Petit,  dont  il 
était  passionnément  épris,  et  cela  au  moment  où  Robespierre 
avait  jeté  les  yeux  sur  elle  et  en  poursuivait  la  conquête. 
«  Robespierre  venait  presque  tous  les  jours  au  Théâtre  fran- 
çais, dit  M^^  Vanhove-Petit,  en  parlant  d'elle  ;  la  jeune  actrice 
ne  fut  pas  longtemps  sans  s'apercevoir  qu'elle  était  l'objet 
de  cette  assiduité.  Elle  frémit,  et  craignant  les  manifestations 
d'un  amour  si  fatal,  elle  chercha  les  moyens  de  retarder  au 
moins  une  déclaration  qu'elle  craignait  de  ne  pouvoir  long- 
temps éviter.  Elle  se  dit  malade,  et  s'abstint  de  la  scène.  » 

Mais  Robespierre  savait-il  que  Talma  était  son  rival?  Celui- 
ci  ne  se  posait  jamais  cette  question  sans  que  ses  craintes  ne 
redoublassent.  Une  circonstance,  en  apparence  futile,  lui 
dévoila  à  quel  point  il  avait  raison  de  craindre.  Il  avait  com- 
mandé à  un  tailleur  une  redingote  dont  il  lui  avait  donné  le 
modèle,  et  Robespierre  s'adressa  au  même  tailleur  pour  lui 
commander  un  habit.  «  Celui-ci,  dit  encore  M™^  Vanhove- 
Petit,  croyant  ajouter  à  sa  réputation  de  tailleur  à  la  mode, 
tout  en  prenant  mesure  à  Robespierre,  lui  dit  :  —  Si  le  citoyen 
voulait  une  petite  redingote  à  la  Talma?  —  A  ce  nom,  une 
crispation  de  nerfs  saisit  Robespierre,  et  se  manifesta  de  telle 
sorte,  que  le  tailleur  tremblant  crut  voir  un  tigre  le  saisir  : 
—  Talma!  Talma!  répétait  Robespierre.  » 

Le  tailleur,  effrayé,  prit  la  fuite  sans  achever  de  pi'endre 
mesure,  et  courut  chez  Talma,  pour  lui  raconter  ce  qu'il  avait 
entendu.  Celui-ci  avertit  à  son  tour  M""  Vanhove-Petit.  «  On 
peut  juger  de  la  frayeur  de  la  jeune  actrice,  dit-elle,  car  elle 
pensait  entrevoir  la  véritable  cause  de  tant  de  fureur;  par 
prudence,  elle  pria  Talma  de  suspendre  ses  visites,  et  ne  son- 
gea plus  qu'à  chercher  des  protecteurs  dans  les  personnes 
qu'elle  savait  être  du  parti  contraire  à  Robespierre.  » 

Elle  s'adressa  en  eff'et  au  comédien  Fleury,  qui  pria  Tal- 
lien  de  se  constituer  son  protecteur.  Il  ne  pouvait  mieux 
s'adresser.  Sa  protection  fut  très  efficace  dans  la  journée  du 
9  Thermidor. 

Mais  revenons  au  salon  de  Julie.  Il  est  facile  déjuger  de  sa 


330  MEMOIRE    SUR    «  ADOLPHE  « 

composition.  Des  généraux,  des  hommes  politiques,  des  litté- 
rateurs, des  artistes,  des  compositeurs,  auxquels  il  faut  joindre 
tout  ce  qui  était  distingué  dans  le  personnel  de  la  Comédie 
française,  le  fréquentaient.  Il  différait  en  cela  de  certains  sa- 
lons du  XVIII*  siècle,  comme  celui  de  M™"  Geoffrin,  ou  celui 
de  M"®  Du  Deffand,  oîi  se  réunissaient  presque  exclusivement 
des  hommes  qui  cultivaient  les  sciences  ou  les  lettres. 

Après  le  supplice  des  Girondins,  le  salon  de  Julie  perdit 
une  grande  partie  de  son  importance  comme  centre  politique. 
Riouflfe,  Banques,  Allard,  Langlès,  Gorrand  avaient  remplacé 
Vergniaud,  Condorcet,  Gensonné,  et  tout  ce  qu'il  y  avait  de 
plus  illustre  dans  leur  parti.  C'est  alors  que  Riouffe  y  lisait 
son  ouvrage  sur  le  régime  des  prisons  et  le  genre  de  vie  des 
prisonniers  pendant  la  Terreur.  Si  cet  ouvrage  nous  émeut 
si  vivement  lorsqu'un  siècle  nous  sépare  des  événements  aux- 
quels il  se  rapporte,  quelle  ne  devait  pas  être  l'émotion  de 
ceux  qui  en  avaient  été  les  témoins,  et  qui,  tous,  ou  i)eu  s'en 
faut,  s'ils  n'avaient  pas  été  détenus,  avaient  été  toujours  sur 
le  point  de  perdre  leur  liberté,  et,  avec  elle,  leur  vie. 

L'hospitalité  était  très  large  chez  Julie:  M™^  Vanhove-Petit 
dit  à  ce  sujet  :  «Les  amis  arrivaient  pour  souper  à  différentes 
heures  ;  aussi  la  table  était  comme  permanente,  servie  et  re- 
servie pour  les  nouveaux  venus.  Julie  était  l'àme  de  la  société 
qui  devenait  chaque  jour  plus  considérable  et  plus  brillante. 
Elle  accueillait  tous  les  hommes  en  réputation  :  les  poètes, 
les  artistes,  les  savants  accouraient  tous  à  l'hôtel  Chante- 
reine.  » 

«  Quelles  soirées  charmantes  je  passai  dans  cette  douce 
société,  dit  le  poète  Arnault  !  Les  jours  où  Talma  avait  joué, 
il  était  rare  que  je  ne  me  laissasse  pas  entraîner  chez  eux 
avec  deux  ou  trois  de  leurs  amis.  Une  fois  là,  il  n'y  avait  plus 
moyen  de  s'en  éloigner,  et  la  conversation  s'établissait  pour 
finir  quand  il  plaisait  à  Dieu.  Talma  cessait  bientôt  d'y  pren- 
dre part,  mais  non  pas  d'y  assister:  harassé  par  plus  d'une 
fatigue,  à  peine  le  souper  matériel  était-il  terminé,  que,  sans 
sortir  de  table,  il  entrait  dans  un  sommeil  bien  réel,  que  ne 
troublaient  pas  même  les  discussions  les  plus  animées.  » 

«  C'est  chez  Julie  que  j'ai  appris  à  connaître,  à  estimer  et 


DE   REN.TAMIN    CONSTANT  33  1 

à  plaindre  ces  Girondins,  que  leur  modération  a  conduits  à  la 
mort... 

»  La  conversation  nous  menait  si  avant  dans  la  nuit,  que, 
vu  la  distance  où  je  me  trouvais  de  mon  domicile,  —  je  de- 
meurais rue  Sainte-Avoie,  et  Talma  rue  Chantereine,  —  il  me 
fallait  rester  à  coucher  chez  Talma.  L'illusion  qui,  pendant  le 
souper,  m'avait  transporté  en  Grèce,  m'y  retenait  encore  après 
le  souper  :  la  chambre  qu'on  me  réservait  était  décorée  à  la 
grecque,  et  le  seul  lit  grec  qui  fût  alors  dans  Paris,  était  celui 
oiije  m'endormais  dans  la  pourpre,  au  milieu  des  trophées.  » 

Ayant  à  peu  près  épuisé  ce  que  les  documents  connus  nous 
apprennent  sur  le  salon  de  Julie,  il  faut  revenir  en  arrière  et 
se  placer  au  moment  où  elle  va  épouserTalma. 

M"^  Contât,  dont  la  grande  réputation  était  déjà  faite, 
devint,  avec  M™''  Fusil,  l'une  des  amies  les  plus  intimes  de 
Julie,  lui  présenta  Talma,  qui  lui  avait  inspiré  une  admi- 
ration enthousiaste.  A  ce  sentiment  succéda  bientôt  un  senti- 
ment plus  tendre,  Talma  crut  aimer,  Julie  aima,  et  comme  elle 
n'aimait  pas  faiblement,  elle  lui  proposa,  dès  qu'elle  le  sut 
aux  prises  avec  des  embarras  d'argent  où  l'avaient  précipité 
ses  folles  prodigalités,  de  payer  ses  dettes.  Cette  généreuse 
proposition  ne  pouvait  que  blesser  la  fierté  du  grand  acteur» 
mais  un  mariage  la  rendait  acceptable,  et  il  fût  convenu. 
M™^  Vanhove-Petit,  qui  est  animé  contre  Julie  d'une  sorte  de 
jalousie  rétrospective,  l'accuse  d'avoir  acheté,  par  une  sorte 
de  marché,  l'affection  de  son  époux,  sans  voir  que,  s'il  en  était 
ainsi,  celui-ci  l'aurait  vendue,  ce  qui  ne  lui  donnerait  pas  le 
meilleur  rôle. 

Tout  étant  convenu  entre  les  deux  futurs,  leur  contrat  de 
mariage  fut  dressé  le  30  avril  1790.  Nous  savons  par  cet  acte 
que  Julie  possédait,  outre  de  nombreux  contrats  de  rente,  un 
hôtel  situé  rue  Chantereine,  qui  fut  acheté  par  Bonaparte  et 
Joséphine,  et  une  maison  sise  rue  Chaussée-d'Antin  ;  c'est 
celle  où  mourut  Mirabeau. 

Tout  étant  disposé  pour  le  mariage,  Talma  s'adressa  au  curé 
de  Saint-Sulpice,  et  ne  lui  dissimula  point  sa  profession. 
Celui-ci  lui  opposa  un  refus  fondé  sur  ce  que,  d'après  les  règles 
canoniques,  il  ne  pouvait  administrer  à  un  comédien  le  sacre- 
ment du  mariage,  avant  d'avoir  obtenu  de  sa  part  une  renoncia- 


332  MEMOIRE    SUK    «ADOLPHE» 

tion  de  son  état.  Ce  refus  causa  dans  le  monde  une  vive  émo- 
tion, et  fut  généralement  blâmé.  On  se  disait  que  le  clergé 
ne  s'opposait  plus  au  mariage  des  comédiens,  et  que  le  curé 
de  Saint-Sulpice  avait  bien  moins  visé  Fauteur  que  rinteri)rète 
du  principal  personnage  de  Charles  IX.  Talma  adressa  à  ce 
sujet,  à  la  date  du  12  août  1790,  une  pétition  à  l'Assemblée 
nationale  qui  fut  insérée  au  Moniteur. 

Les  deux  futurs,  ainsi  repoussés,  prirent  le  parti  de  vivre 
maritalement,  et  se  fixèrent  dans  l'hôtel  de  la  rue  Chante- 
reine.  Cette  situation,  dont  ils  n'avaient  pas  voulu,  ne  pou- 
vait se  continuer.  Julie  était  devenue  grosse.  Talma  s'adressa 
au  curé  de  Notre-Dame  de  Lorette.  Loin  de  lui  décliner  t>a 
profession,  il  prit  la  qualité  de  bourgeois,  et  le  mariage  fut 
célébré. 

Il  était  temps.  Douze  jours  après  sa  célébration,  Julie  mit 
au  monde  deux  jumeaux,  qui  furent  baptisés  sous  le  nom,  l'un 
de  Henri  Castor  et  l'autre  de  Charles  PoUux.  Le  public,  de 
plus  en  plus  enthousiaste  de  Talma,  appela  l'un  Henri  VIII  et 
l'autre  Charles  IX.  Julie,  qui  tenait  en  pitié  les  ridicules  chan- 
gements qui  s'étaient  introduits  dans  l'emploi  des  prénoms, 
appela  ses  deux  enfants,  comme  manière  de  protestation,  l'un 
Félix  et  l'autre  Alexis, 

En  1794,  elle  eut  un  troisième  enfant,  auquel  on  donna  le 
prénom  de  Guillaume  Tell,  et  qui  mourut  peu  après  sa  nais- 
sance. 

La  manière  dont  Talma  administra  la  fortune  de  Julie  était 
ruineuse.  Il  est  possible  que  celle-ci  fût  trop  indolente  pour 
diriger  et  surveiller  sa  maison,  ainsi  que  le  prétend  M™" 
Vanhove-Petit,  mais  il  est  certain  que  les  dépenses  étaient 
beaucoup  plus  restreintes  avant  son  mariage;  que  ses  reve- 
nus suffisaient  pour  les  couvrir  et  qu'il  n'en  fut  pas  ainsi 
après.  «  Elle  en  souffrait,  dit  M™^  Fusil,  mais  sans  se  plaindre, 
pour  ne  pas  déplaire  à  son  époux,  « 

Cet  esprit  de  dévouement  et  de  sacrifice  ne  lui  profita  pas. 
Elle  ne  put  fixer  le  cœur  de  Talma.  Celui-ci  avait  d'abord 
formé  une  liaison  avec  M"^  Desgarcins,  sa  touchante  Desdé- 
mone,  et  l'avait  remplacée  par  unejeune  personne  qu'il  avait 
enlevée  à  son  ami  Michot.  M"e  Fusil,  très  au  courant  de  ses 
infidélités,  faisait  tout  au  monde  pour  que  Julie  n'en  fût  pas 


DE   BENJAMIN   CONSTANT  333 

instruite.  Mais  uue  personne  indiscrète  se  chargea  de  ce 
soin.  A  partir  de  là  les  scènes  de  jalousie  se  succédèrent; 
Talma,  qui  en  était  fort  irrité,  cessa  de  se  contenir  et  de 
dissimuler,  et  une  séparation  devint  inévitable.  Le  premier, 
il  quitta  l'hôtel  Chantereine  et  prit  un  logement  rue  de  la  Loi; 
Julie  à  son  tour  fut  loger  rue  Matignon,  dans  une  maison  ap- 
partenant à  M°*  Condorcet.  Julie  conserva  la  garde  de  ses 
enfants  et  dut  donner  quelques  soins  à  sa  fortune  qui  était 
fort  compromise  :  de  40,000  livres  de  rente,  elle  était  des- 
cendue à  6,000.  Du  reste,  le  règlement  entre  les  deux  époux 
fut  très  simple  ;  Talma  n'avait  rien  apporté,  et  Julie  se  borna 
à  lui  faire  remettre  ses  costumes,  ses  casques,  ses  armures, 
et  tout  un  attirail  de  théâtre  qui  meublait  une  grande  pièce, 
et  qui  avait  coûté  des  sommes  folles. 

Cette  séparation  de  fait  ne  suffisait  pas  à  Talma;  il  avait 
conçu  une  très  vive  passion  pour  cette  dame  Vanhove- Petit, 
que  nous  avons  souvent  citée.  Il  voulait  se  marier  avec  elle, 
et  ne  pouvait  y  arriver  qu'en  rompant  au  moyen  d'un  divorce 
l'union  qui  l'attachait  à  Julie. 

Qu'était-ce  donc  que  cette  dame  Vanhove-Petit  ? 

Fille  d'un  comédien  qui  joua  les  pères  nobles  au  Théâtre- 
Français  pendant  vingt-six  ans,  non  sans  quelque  mérite, 
elle  naquit  à  la  Haye,  le  10  septembre  1771. 

Elle  débuta  au  Théâtre-Français  le  8  octobre  1785  dans  le 
rôle  d'Iphigénie,  de  Racine. 

Un  musicien  de  ce  théâtre  à  qui  elle  avait  inspiré  une  vive 
passion  l'épousa  en  1786,  à  l'âge  de  quinze  ans.  Le  26  octobre 
1794,  elle  se  séparait  de  lui  par  le  divorce.  Elle  était  donc 
libre  au  moment  où  Talma  lui  proposa  de  contracter  avec 
elle  un  mariage.  Mais  telle  n'était  pas  la  position  de  celui-ci. 
à  qui  tous  ses  camarades,  et  principalement  M"*  Raucourt, 
reprochaient  la  manière  indigne  dont  il  avait  traité  Julie 
après  l'avoir  ruinée. 

M™^  Vanhove  connaissait  cette  circonstance,  et  c'est  pour 
cela  qu'elle  raconte  les  faits  à  sa  manière,  afin  d'établir  qu'elle 
n'a  eu  aucun  tort,  -  «  Cependant,  dit-elle,  Talma,  vivement 
épris  de  la  jeune  artiste  (il  s'agit  d'elle),  voulait  franchir 
tous  les  obstacles  qui  s'opposaient  à  leur  union  ;  il  fallait 
donc  rompre  son  mariage  par  un  divorce,  et  la  jeune  artiste 


3  34  MEMOIRE   SUR    «ADOLPHE» 

s'y  opposait  avec  une  invincible  détermination.  »  Elle  raconte 
ensuite  que,  pour  rompre  tout  rapport  avec  Talma,  elle  prit 
un  congé  et  s'absenta.  Quand  elle  reparut  sur  la  scène,  elle 
lui  opposa  la  même  résistance,  lorsqu'un  accident  vint  chan- 
ger sa  résolution.  Elle  avait  fait  une  chute  en  sortant  de  la 
scène,  et  s'était  blessée.  Après  examen,  le  chirurgien  déclara 
qu'il  fallait  sucer  sa  plaie  afin  de  la  faire  saigner.  Talma  se 
dévoua,  la  suça,  et  acquit  ainsi,  dit-elle,'  des  droits  impres- 
criptibles au  cœur  et  à  la  main  de  celle  qu'il  aimait. 

Talma  se  maria  avec  M™''  Vanhove,  le  16  juin  1802. 

En  1810  elle  quitta  le  théâtre. 

Peu  après  sa  retraite  elle  fit  jouer  au  Théâtre-Français 
une  pièce  intitulée  :  Lequel  des  Trois,  qui  n'eut  qu'un  médio- 
cre succès. 

Après  la  mort  de  Talma,  elle  épousa  le  comte  de  Chalot, 
ancien  officier  supérieur  en  retraite. 

En  1836,  elle  publia  un  Traité  sur  Vart  théâtral,  qui  est 
encore  consulté  avec  profit.  Le  chapitre  qu'elle  a  consacré  à 
l'art  de  respirer,  qui  a  une  importance  capitale  dans  la  dé- 
clamation, est  reproduit  en  entier  par  M.  Legouvé,  dans  l'ou- 
vrage qui  a  pour  titre  :  La  lecture  en  action. 

M"^  Vanhove  est  morte  le  18  avril  1860,  à  l'âge  de  quatre- 
vingt-neuf  ans. 

Telle  est  la  personne  qui  allait  prendre  la  place  de  Julie 
Talma.  Celle-ci ,  sollicitée  par  son  époux  de  consentir  au 
divorce,  résista  d'abord,  puis  céda. 

Elle  raconte  ainsi,  dans  une  lettre  adressée  à  M™^  Fusil, 
(le  quelle  manière  s'accomplit  le  divorce  : 

«  Nous  avons  été  à  la  municipalité  dans  la  même  voiture; 
nous  avons  causé  pendant  tout  le  trajet  de  choses  indifi'é- 
rentes,  comme  des  gens  qui  iraient  à  la  campagne;  mon 
mari  m'a  donné  la  main  pour  descendre,  nous  nous  sommes 
assis  l'un  près  de  l'autre,  et  nous  avons  signé  comme  si  c'était 
un  contrat  ordinaire  que  nous  eussions  à  passer.  En  nous 
quittant,  il  m'a  accompagnée  jusqu'à  la  voiture. 

»  —  J'espère,  lui  ai-je  dit,  que  vous  ne  me  priverez  pas 
tout  à  fait  de  votre  présence,  cela  serait  trop  cruel;  vous 
reviendrez  me  voir  quelquefois,  n'est-ce  pas? 


DE  BENJAMIN  CONSTANT  335 

»  —  Certainement,  a-t-il  répondu  d'un  air  embarrassé, 
toujours  avec  plaisir. 

»  J'étais  pâle,  et  ma  voix  était  émue,  malgré  tous  les 
efforts  que  je  faisais  pour  me  contraindre.  Eufin  je  suis  ren- 
trée chez  moi,  et  j'ai  pu  me  livrer  tout  entière  à  ma  douleur. 
Plains-moi,  car  je  suis  bien  malheureuse.  » 

(i  Lorsque  je  revins  à  Paris,  ajoute  M™^  Fusil,  je  trouvai 
Julie  entourée  de  ses  enfants  et  de  ses  amis  ;  elle  était  calme, 
mais  on  voyait  qu'elle  cachait  sa  blessure  au  fond  de  son 
cœur  et  qu'elle  n'en  guérirait  jamais.  Talma  la  voyait  sou- 
vent et  sa  présence  était  un  adoucissement  à  ses  chagrins. 

»  Talma  à  son  tour  était  convaincu  que  M"*  Vanhove  l'avait 
joué,  qu'elle  n'avait  montré  tant  de  répugnance  pour  la  rup- 
ture du  mariage  qui  l'unissait  à  Julie  que  pour  l'exciter  à 
l'obtenir  et  se  donner  le  mérite  de  l'avoir  subi  ;  désabusé  et 
plus  calme,  l'image  de  Julie  était  toujours  présente  à  son 
esprit.  Le  souvenir  du  cruel  traitement  qu'il  lui  avait  in- 
fligé le  plongeait  dans  des  accès  d'abattement  et  de  tristesse 
que  ne  pouvaient  dissiper  l'admiration  de  la  foule  et  l'ivresse 
des  triomphes. 

»  Aussi,  il  ne  cessa  jamais  de  voir  Julie,  et,  chose  étrange, 
ils  se  consolaient  mutuellement.  » 

Une  telle  situation  doit  être  expliquée.  De  nos  jours,  deux 
époux  qui  sont  séparés  de  corps  ou  qui  ont  divorcé,  puisque 
le  divorce  est  admis,  du  moins  jusqu'à  nouvel  ordre,  ne  peu- 
vent arriver  à  ce  changement  d'état  qu'en  vertu  d'un  juge- 
ment et  après  un  débat  public  dans  lequel  ils  s'opposent  le 
plus  souvent  toutes  sortes  d'horreurs.  Comme  on  ne  sort  pas 
de  cette  épreuve  sans  de  larges  blessures  faites  à  l'amour- 
propre,  quand  ce  n'est  pas  à  la  dignité  ou  à  l'honneur  per- 
sonnel, il  ne  peut  pas  se  faire  que  celui  qui  en  souffre  prenne 
pour  confident  ou  pour  consolateur  celui  qui  les  a  causées. 
Mais  la  loi  du  20  septembre  1791  avait  admis  le  divorce 
par  consentement  mutuel,  auquel  cas  il  était  demandé  par  les 
deux  époux,  ou  même  pour  incompatibilité  d'humeur  ou  de 
caractère,  et  alors  il  était  demandé  par  celui  qui  voulait  di- 
vorcer contre  celui  qui  refusait  son  consentement.  Les  for- 
malités étaient  très  simples  dans  l'un  et  l'autre  cas.  Une 
assemblée  de   parents  ou  d'amis,  le  plus  souvent  d'amis  offi- 


336  MEMOIRE    SUR    «  ADOLPHE  » 

eieux  et  convenablement  choisis,  entendait  les  deux  époux. 
S'ils  persistaient  dans  leur  demande,  ils  comparaissaient  de- 
vant l'officier  de  l'état  civil  qui  dressait  acte  de  leur  déclara- 
tion, et  à  qui  il  était  interdit  de  les  interroger  ou  de  se  livrer 
à  une  tentative  de  conciliation.  Et  comme  le  procès-verbal 
était  presque  toujours  rédigé  à  l'avance,  tout  consistait  pour 
les  deux  époux  à  arriver,  à  s'asseoir,  à  entendre  la  lecture  du 
procès-verbal,  à  signer  et  à  partir.  Julie  Talma  fait  allusion 
à  cette  simple  formalité  dans  la  lettre  qu'elle  a  écrite  à 
M""^  Fusil. 

Il  faut  lire  les  écrits  du  temps,  et  plus  particulièrement 
l'ouvrage  que  de  Bonald  écrivit  sur  le  divorce,  en  1801,  pour 
avoir  une  idée  exacte  de  l'influence  déplorable  qu'exerça  la 
loi  de  1792.  On  divorçait  comme  à  plaisir,  comme  si  le  ma- 
riage n'était  qu'un  jeu.  Le  divorce  était  souvent  convenu  à 
l'avance  dans  tel  cas  donné.  Ainsi,  dans  les  garnisons,  les  mi- 
litaires se  mariaient  sous  la  condition  qu'ils  divorceraient 
lorsqu'ils  recevraient  un  ordre  de  départ.  Au.ssi,  c'est  à  peine 
si  le  divorce  laissait  une  trace  dans  l'esprit,  et  deux  époux 
divorcés  qui  se  rencontraient  se  saluaient  comme  de  vieilles 
connaissances.  Il  ne  faut  donc  point  s'étonner  si  Julie,  qui 
n'avait  rien  perdu  de  son  amour  pour  Talma,  et  celui-ci  qui 
l'avait  toujours  regrettée,  n'avaient  jamais  cessé  de  se  voir. 
Ils  se  virent  jusqu'à  la  mort  de  Julie,  et  M"^  Fusil  nous  a 
transmis  en  ces  termes  le  récit  de  leur  dernière  entrevue  : 

«  Talma  la  vojait  aussi  souvent  que  ses  occupations  le  lui 
permettaient.  Un  jour  qu'elle  paraissait  plus  tranquille,  elle 
lui  dit  : 

»  —  Voulez-vous  venir  dîner  chez  moi  jeudi  prochain  ? 
Cela  me  fera  grand  plaisir  ! 

>'  —  Jeudi,  je  ne  le  peux,  mais  lundi  pour  sûr. 

»  —  Eh  bien  !  lundi. 

»  Ils  se  quittèrent  avec  une  sorte  d'émotion,  et,  malgré  sa 
faiblesse,  elle  l'accompagna  aussi  loin  qu'elle  put  le  voir.  Il 
retourna  plusieurs  fois  la  tête  et  lui  fit  un  dernier  adieu  de 
la  main.  Fidèle  à  sa  promesse,  il  revint  le  lundi;  mais  quels 
furent  son  effroi  et  sa  stupeur  en  trouvant  le  cercueil  de  cette 
pauvre  femme  sous  la  porte  cochère.  Il  fut  tellement  Crappé 
de  cette  mort  si  prompte,  qu'il  tomba  dans  une  espèce   de 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  337 

spleen.  Il  ne  pouvait  se  dissimuler  qu'il  était  la  première  cause 
de  sa  mort.  » 

Constant  fit  la  connaissance  de  Julie  vers  1795.  Nous  con- 
naissons cette  date  par  une  lettre  écrite  à  M™^  de  Nassau,  le 
24  mai  1805,  où  il  lui  disait  :  Une  personne  que  je  connais  de- 
puis dix  ans  se  meurt  de  la  poitrine. . . 

Il  est  présumable  qu'il  fit  sa  connaissance  chez  M™*^  Con- 
dorcet,  où  elle  avait  pris  un  appartement.  M"^  de  Staël  voyait 
souvent  celle-ci,  et  M""^  Fusil  atteste  que  c'est  chez  elle  qu'elle 
vit  Julie,  avec  qui  elle  se  lia.  Constant  lui  rendait  aussi  de 
fréquentes  visites,  ainsi  qu'il  le  mentionne  dans  son  journal, 
et  il  rencontra  encore  chez  elle  sa  locataire.  La  notoriété  que 
lui  avait  donné  son  salon,  son  mariage  avec  Talma,  leur  sé- 
paration, ses  malheurs,  sa  réputation  de  femme  d'esprit  et  de 
cœur,  attestée  par  tous  les  hommes  qui  brillaient  dans  le 
monde  des  lettres,  durent  exciter  sa  curiosité  toujours  en 
éveil.  Le  désir  de  connaître  les  personnes  qu'il  jugeait  dignes 
de  son  attention,  d'observer  et  d'épier  leur  caractère,  de  dé- 
gager un  inconnu  a  été  presque  toujours  dans  sa  vie  le  point 
de  départ  de  ses  relations.  Son  esprit,  qui  était  merveilleux 
dans  la  conversation,  l'aidait  à  les  foi'mer. 

A  l'origine,  il  n'y  eut  entre  lui  et  Julie  que  des  relations  de 
société.  Peu  à  peu,  ils  échangèrent  quelques  lettres.  Julie 
aimait  à  correspondre.  C'était  pour  elle  l'exercice  d'une  faculté 
supérieure,  et  elle  savait  que  ses  lettres  étaient  fort  appré- 
ciées. La  vie  du  monde,  telle  qu'elle  l'avait  pratiquée,  donne 
le  désir  de  plaire,  et  Constant  était  trop  bon  juge  pour  que 
son  suffrage  lui  fût  indiflerent.  «  J'ai  reçu,  dit  celui-ci  dans 
son  journal,  une  lettre  charmante  de  M°"  Talma  et  d'autres 
amis.  Je  suis  bien  aise  de  les  revoir,  mais  à  la  condition  de 
les  quitter  au  plus  tôt.  » 

Dans  la  suite,  fidèle  à  ses  habitudes,  il  fit  le  tour  de  sa  nou- 
velle amie  et  analysa  son  caractère.  Les  observations  qu'il 
recueillit  étaient  consignées  dans  diverses  notes  qui  sont  in- 
dépendantes du  portrait  qu'il  en  a  tracé.  «  Si  on  lisait,  dit-il 
dans  son  journal,  ce  que  j'ai  écrit  quelquefois  sur  cette 
femme  si  distinguée,  on  ne  croirait  pas  au  regret  amer  et  à 
la  douleur  que  sa  perte  me  fit  éprouver.  »  Tout  d'abord  les 
critiques,  ainsi  qu'il  l'indique,  ne  lui  furent  pas  épargnées  ; 


338  MEMOIRE    SUR    «  ADOLPHE  » 

mais,  plus  tard,  séduit  par  ses  rares  qualités,  il  écrivit  le  por- 
trait qu'il  a  publié,  où  l'éloge  domine. 

«  Elle  n'était  plus  jeune,  dit-il  dans  ce  portrait,  quand  je 
la  rencontrai  pour  la  première  fois  (elle  avait  alors  quarante 
ans);  le  temps  des  orages  était  passé  pour  elle  ;  il  n'exista 
jamais  entre  nous  que  de  l'amitié.  Mais,  comme  il  arrive  sou- 
vent aux  femmes  que  la  nature  a  douées  d'une  sensibilité  vé- 
ritable et  qui  ont  éprouvé  de  vives  émotions,  son  amitié  avait 
quelque  chose  de  tendre  et  de  passionné  qui  lui  donnait  un 
charme  particulier.  » 

La  discrétion  n'était  pas  le  fort  de  Benjamin  dans  les  affai- 
res de  cœur,  et,  comme  le  dit  Charles  à  Rosalie,  il  ne  tenait 
pas  ses  liaisons  secrètes;  il  faut  donc  le  croire  lorsqu'il  déclare 
qu'il  n'y  eut  entre  lui  et  Julie  que  de  l'amitié.  Du  reste,  ce 
n'est  que  vers  1804,  a  un  moment  où  sa  santé  était  forte- 
ment ébranlée,  que  l'amitié  qui  l'unissait  à  Constant  devint 
intime  et  prit  le  caractère  d'un  réel  dévouement. 

En  1804,  elle  perdit  un  de  ses  fils.  «  Je  n'essaierai  pas  de 
peindre  sa  douleur,  dit  M™^  Fusil  ;  il  est  des  malheurs  qui  re- 
nouvellent des  souvenirs  trop  cruels.  M"®  Contât,  dont  elle 
était  restée  l'amie,  l'emmena  à  sa  campagne  d'Ivrj.  Elle  j 
demeura  assez  longtemps,  et  elle  commençait  à  reprendre 
quelque  calme,  lorsque  son  second  fils  tomba  malade.  La 
frayeur  de  cette  tendre  mère  fut  extrême  ;  elle  tremblait  de 
le  perdre  comme  le  premier,  d'autant  plus  qu'on  le  croyait 
attaqué  de  la  poitrine  ;  Julie  l'emmena  en  Suisse,  espérant  que 
le  climat  le  rétablirait.  » 

Les  médecins  lui  avaient  en  efî'et  conseillé  de  passer  l'été 
en  Suisse,  et  elle  s'était  fixée  à  Soleure.  Elle  fit  part  de  son 
arrivée  dans  cette  ville  à  Benjamin  qui  résidait  alorsàCoppet, 
et  qui  se  rendit  aussitôt  auprès  d'ele. 

«  Le  plaisir  de  trouver  M""^  Talma  à  Soleure,  écrit-il  dans 
son  journal,  est  gâté  par  le  grave  état  de  son  fils.  Je  crois 
qu'elle  cherche  à  se  faire  illusion  comme  c'est  le  cas  de  beau- 
coup de  gens.  Cela  met  la  sensibilité  plus  à  l'aise.  Cette 
femme  a  besoin  de  s'agiter  et  de  s'étourdir.  Heureux  qui  se 
replie  sur  lui-même,  qui  ne  demande  point  de  bonheur,  qui 
vit  avec  sa  pensée  et  attend  la  mort  sans  s'épuiser  en  vaines 
tentatives  pour  adoucir  ou  embellir  sa  vie. 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  3  39 

Quelques  jours  après  son  retour  à  Coppet,  il  écrit  encore  : 
«  Reçu  une  lettre  de  M™^  Talma.  C'est  la  personne  que 
j'aime,  non  pas  le  plus  vivement,  mais  le  plus  sans  mélange 
et  sans  regret  de  l'aimer.  Son  fils  va  mieux.  Quand  il  était  si 
malade  à  Soleure,  M™"  Talma  m'a  fourni  un  singulier  exem- 
ple de  l'attachement  fanatique  qu'on  conserve  pour  les  opi- 
nions de  sa  jeunesse.  Elevée  dans  l'incrédulité,  cette  mère 
mettait  un  désir  ardent  à  ce  que  son  fils  ne  crût  pas  à  l'im- 
mortalité  de  l'âme,  et  je  suis  sûr  qu'elle  aurait  discuté  avec 
luià  l'agonie,  s'il  avait  réclamé  des  consolations  dans  ce  sens. 
Cependant  M"*  Talma  était  une  bonne  femme,  spirituelle, 
dont  toutes  les  affections  sont  concentrées  sur  cet  enfant.  Oh! 
inexplicable  nature  humaine  (1)!  » 

Le  second  enfant  de  Julie  mourut  de  la  poitrine,  «De  re- 
tour à  Paris,  dit  M""*  Fusil,  sa  douleur  s'était  changée  en  une 
espèce  d'anéantissement.  Lorsqu'on  cherchait  à  la  distraire 
de  cette  continuelle  rêverie  :  —  Je  pense  à  Félix,  disait-elle. 
Une  autre  fois:  — Je  pense  à  Alexis.  —  Mais  vous  vous  tuez! 
—  Non,  cela  me  fait  plaisir.  »  Nous  ne  savons  si  Julie,  sans 
cesse  penchée  sur  son  fils,  respirant  son  haleine,  trouva  dans 
ce  contact  le  germe  de  la  maladie  qui  devait  l'emporter.  Mais 
dans  tous  les  cas  les  chagrins  et  la  fatigue  eurent  une  large 
part  dans  l'affaiblissement  de  sa  santé. 

La  maladie  de  Julie  prit,  dès  l'apparition  des  premiers 
sjmpiômes,  un  caractère  de  gravité  qui  indiquait  une  issue 
prochaine  et  fatale  :  «  Elle  fut  obligée,  dit  Constant,  trop  rapi- 
dement de  s'occuper  d'elle  pour  que  d'autres  pensées  conti- 
nuassent à  dominer  dans  son  âme  :  sa  maladie  lui  servit  en 
quelque  sorte  de  consolation,  et  la  nature,  par  un  instinct 
involontaire,  recula  devant  la  destruction  qui  s'avançait  et  la 
rattacha  à  l'existence.   » 

La  fin  de  Julie  approche,  et  Constant  ne  cesse  de  l'assister 
et  de  lui  prodiguer  des  consolations. 

Arrivés  en  ce  point,  nous  n'avons  plus  qu'à  réunir  en  un 
tout  les  fragments  épars  de  son  journal  : 

(1)  Les  particularités  que  contient  le  journal  figurent  aussi  dans  le 
poi'trait  de  Julie  avec  quelques  variantes  sans  importance.  Nous  suivons 
le  journal  qui  exprime  sans  apprêts  et  avec  plus  de  sûreté  la  véritable 
pensée  de  Constant. 


340  MEMOIKE    SUR    «ADOLPHE» 

«  M™^  Talma  est  au  plus  mal;  les  médecins  sont  impuis 
sants,  l'art  insuffisant  et,  la  nature  inexorable.  J'écrivais  que 
M°"=  Talma  ne  m'avait  jamais  fait  que  du  plaisir,  sans  jamais 
me  causer  aucune  peine.  Elle  se  meurt  ! 

»  Je  dîne  chez  M™^  Talma  mourante,  mais  plus  aimable  que 
jamais....  Il  n'j  a  plus  aucune  ressource.  Ses  prétendus  amis 
s'agitent  autour  d'elle  pour  en  avoir  quelque  dépouille,  et 
leur  triste  calcul  se  déguise  sous  un  air  d'espérance  et  de 
conliance  dans  son  rétablissement.  Son  caractère  est  presque 
entièrement  changé  par  la  maladie.  Elle  est  inquiète,  minu- 
tieuse, avide.  Elle,  si  généreuse  !  Pauvre  nature  humaine  l 
Qu'est-ce  que  cette  âme  qui  perd,  non  seulement  les  moyens 
de  se  développer  lorsque  les  organes  s'affaiblissent,  mais  qui 
change  d'inclination  comme  de  nature  morale  1  Quelle  liaison 
peut-il  j  avoir  entre  des  qualités  et  des  défauts  comme  l'avi- 
dité, par  exemple,  et  un  mal  physique  ?  C'est  un  phénomène 
plus  étrange  que  la  folie  qui,  elle,  peut  s'expliquer  par  la 
cessation  de  la  communication  de  l'âme  avec  ses  organes  ; 
mais  ici,  c'est  une  autre  âme,  pour  ainsi  dire,  qui  se  met  à  la 
place  de  l'ancienne.  Car  quel  rapport  j  a-t-il  entre  cette 
avidité  qui  surgit  et  la  plus  grande  libéralité  qui  a  toujours 
régné  ? 

»  Je  passe  la  journée  et  la  nuit  auprès  de  M°*  Talma  qui 
est  près  de  sa  fin.  J'y  étudie  la  mort.  Elle  a  repris  toutes  ses 
facultés  ;  de  l'esprit,  de  la  grâce,  de  la  mémoire,  de  la  gaîté, 
et  la  même  vivacité  dans  ses  opinions.  Tout  cela  sera-t-il 
anéanti  ?  On  voit  clairement  que  ce  qu'elle  a  conservé  de  son 
âme  n'est  que  gêné  par  la  faiblesse  du  corps,  mais  point  dimi- 
nué intrinsèquement.  11  est  certain  que  si  on  prenait  ce  qui 
la  fait  penser,  parler,  son  intelligence  en  un  mot,  toutes  ses 
facultés  qui  font  que  je  l'ai  tant  aimée,  et  qu'on  transportât 
tout  cela  dans  un  autre  corps,  tout  cela  revivrait.  Ses  orga- 
nes sont  détruits,  ses  yeux  n'y  voient  plus,  elle  ne  respire 
qu'avec  effort,  elle  ne  peut  soulever  le  bras,  et  cependant  il 
n'y  a  pas  d'atteinte  portée  à  la  partie  intellectuelle.  Pourquoi 
la  mort,  qui  n'est  que  le  complément  de  cette  faiblesse,  y  por- 
terait-elle atteinte  ?  L'instrument  faussé  et  demi-brisé  la 
laisse  entièrement  telle  qu'elle  était.  Pourquoi  l'instrument, 
complètement  brisé,  ne  laisserait-il  pas  cet  intérieur  intact? 


DE    BENJAMIN    CONSTANT  341 

Le  spectacle  de  la  mort  dans  cette  occasion  me  fait  entrevoir 
des  idées  auxquelles  je  n'étais  pas  porté. 

»  Elle  est  morte.  C'en  est  fait,  fait  pour  jamais  !  Bonne  et 
douce  amie  !  Je  l'ai  vue  mourir,  je  l'ai  soutenue  longtemps. 
A  présent  tu  n'existes  plus.  Ma  douleur  était  suspendue  par 
l'espoir  de  te  sauver  encore  une  fois.  J'ai  contemplé  la  mort 
sans  effroi,  car  je  n'ai  rien  vu  d'assez  violent  pour  briser  cette 
intelligence  qui  me  laisse  un  si  vif  souvenir.  Immortalité  de 
l'âme  :  énigme  inextricable. 

»  La  mort  semble  une  force  étrangère  qui  vient  fondre  sur 
notre  pauvre  nature,  et  ne  lâche  prise  qu'après  l'avoir  étouf- 
fée. M™^  Talma,  au  moment  de  cette  dernière  crise,  a  eu  le 
mouvement  de  s'enfuir  :  elle  s'est  soulevée  avec  force.  Elle 
avait  toute  sa  tête  ;  elle  entendait  tout  ce  qu'on  proposait 
autour  d'elle,  et  dirigeait  elle-même  les  secours  projetés. 
Qu'est-ce  donc  que  celte  intelligence  qui  ressemblait  à  un 
général  vaincu  donnant  encore  des  ordres  à  une  armée  en 
déroute?  » 

A  ce  tableau,  il  faut  joindre  la  lettre  que  Constant  écrivait 
à  sa  tante,  M""*  de  Nassau,  le  24  mars  1805,  quelques  jours 
avant  la  mort  de  Julie  : 

«  Une  personne,  lui  dit-il,  que  je  connaissais  depuis  dix 
ans,  et  à  laquelle  je  suis  tendrement  attaché,  se  meurt  de  la 
poitrine.  C'est  la  même  personne  que  j'ai  été  voir,  l'an  der- 
nier, à  Soleure,  et  qui  a  vu  mourir  son  fils  il  y  a  quelques 
mois.  La  douleur  et  la  fatigue  des  soins  qu'elle  lui  a  donnés 
l'ont  jeté  dans  un  état  sans  ressources,  les  médecins  l'ont  con- 
damnée, et  je  suis  le  triste  spectateur  de  cette  destruction 
graduelle  et  douloureuse.  Elle  trouve  encore  quelques  plaisirs 
aux  soins  que  je  lui  rends,  et  je  passe  presque  la  totalité  de 
mes  journées  à  m'entretenir  avec  elle  de  projets  que  je  sais 
au  fond  du  cœur  ne  devoir  se  réaliser  jamais,  et  malheureux 
également  de  ses  illusions  et  de  ses  souffrances.  En  perdant 
cette  malheureuse  femme,  je  perds  ma  société  la  plus  habi- 
tuelle, le  lieu  de  réunion  de  la  plupart  de  mes  amis,  la  per- 
sonne à  qui,  dans  Paris,  j'avais  le  plus  de  confiance,  celle  qui 
m'aimait  de  la  manière  la  plus  désintéressée  et  la  plus  douce, 
enfin  une  femme  qui  m'a  souvent  fait  du  plaisir,  et  qui  ne 
m'a  jamais  causé  aucune  peine.   » 

22 


342  MEMOIRE   SUR    «ADOLPHE» 

.(  J'assiste  à  renterrement  de  M™^  Talma  avec  un  petit 
nombre  d'amis,  dit  encore  Benjamin  dans  son  journal,  profon- 
dément émus  et  affectés.  J'ai  craint  un  moment  de  ne  pouvoir 
supporter  cette  lugubre  cérémonie,  doublement  triste  quand 
je  me  retrace  la  grâce,  la  gaieté  et  la  bienveillance  de  celle 
qui  était  renfermée  dans  cet  étroit  cercueil.  La  cérémonie 
seule  était  une  vaine  pompe  où  chacun  jouait  son  rôle,  où  les 
prêtres  psalmodiaient  pour  de  l'argent  et  où  tout  était  méca- 
nique. Bizarre  état  de  choses  dans  lequel  ceux-là  même  qui 
prétendent  relever  la  religion,  ceux  qui  se  disent  ses  ministres, 
ne  se  donnent  pas  la  peine  de  paraître  recueillis  et  convaincus. 
Une  seule  partie  de  la  cérémonie  m'a  semblé  avoir  quelque 
chose  de  touchant.  C'est  le  salut  que  font  les  prêtres  en  passant 
devant  le  corps  et  l'action  de  faire  bénir  le  cercueil  par  chacun 
des  assistants.  Ce  salut  souvent  répété  est  une  marque  de 
souvenir  et  d'adieu  qui  m'a  laissé  une  impression  douce. 
J'éprouvais  un  sentiment  de  reconnaissance  pour  ces  hommes 
qui  donnaient  encore  un  témoignage  de  respect  à  celle  qui 
n'était  plus.  » 

Tout  ce  que  dit  Constant  de  Julie,  soit  dans  son  journal, 
soit  dans  le  portrait  qu'il  lui  a  consacré,  indique  qu'il  ny  avait 
entre  eux  qu'une  amitié  douce,  unie,  sans  mélange,  que  n'avait 
traversée  aucun  orage.  C'est  le  contraire  d'EUénore.  Cependant 
il  est  certain  que  Constant  lui  a  emprunté  dans  le  roman  les 
principales  circonstances  de  sa  maladie  et  de  sa  mort.  Charles 
avaitété  fixé  à  cet  égard  pendant  son  séjour  à  Paris,  et,  comme 
ni  le  portrait  de  Julie  ni  le  journal  n'avaient  encore  vu  le 
jour,  il  faut  admettre  que  Constant  s'était  confié  sur  ce  point 
à  quelques  personnes.  S'il  s'était  confié  à  M"^  Récamier,  ce 
qui  est  très  présumable,  celle-ci  dut  s'appuyer  sur  cette  con- 
fidence pour  démontrer  que  M"^  de  Staël,  qui  vivait  encore, 
n'avait  rien  de  commun  ave  Ellénore. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  changement  que  subit  le  caractère  de 
Julie  pendant  le  cours  de  sa  maladie,  le  retour  à  sa  nature 
propre  aux  approches  de  la  mort,  les  réflexions  qu'inspirent 
à  Constant  les  cérémonies  religieuses  qui  ont  présidé  à  sa 
sépulture,  tout  cela  est  passé  dans  le  roman.  Il  est  vrai  que 
Julie  ne  reçut  pas  les  derniers  sacrements  comme  Ellénore, 
mais  le  roman  finit  à  la  mort  de  celle-ci,  et  comme  Benjamin 


DE   BENJAMIN    CONSTANT  34  3 

avait  assisté  à  la  sépulture  de  Julie,  il  confondit  dans  une 
même  impression  les  deux  cérémonies,  qui,  en  effet,  ont  bien 
des  points  communs,  et  reproduisit,  à  l'occasion  de  Tune  et 
de  l'autre,  dans  le  roman,  comme  dans  le  journal  et  le  portrait 
de  Julie,  sous  forme  de  réflexion  générale,  la  thèse  qui  domine 
dans  son  ouvrage  sur  la  religion,  c'est  que  les  formes  reli- 
gieuses nuisent  au  sentiment  religieux. 

C'est  surtout  le  souvenir  de  la  mort  de  Julie  qui  l'a  inspiré 
dans  le  dénouement  du  roman  d'Adolphe.  La  vue  des  derniers 
moments  d'une  personne  aimée  laisse  dans  l'âme  des  traces 
si  profondes  que  le  temps  n'en  peut  effacer  les  nuances  les 
plus  fugitives.  On  peut  être  convaincu  que  Constant,  au  mo- 
ment où  il  traçait  la  mort  d'Ellénore,  s'était  transporté  par  la 
pensée  dans  la  chambre  oii  Julie  avait  rendu  le  dernier  sou- 
pir, et  que  cette  évocation  l'avait  inspiré  lorsqu'il  en  avait 
fait  le  récit  avec  une  si  poignante  émotion. 

Un  exemple  fera  mieux  comprendre  ce  procédé  de  compo- 
sition. Julie  meurt  de  la  poitrine,  c'est-à-dire  par  asphyxie. 
Elle  conserve  sa  connaissance  dans  l'agonie,  et  sa  volonté 
dirige  ses  derniers  mouvements.  Comme  si  elle  était  aux  pri- 
ses avec  un  ennemi  invisible  qui  a  conjuré  sa  perte,  elle  veut 
fuir  ;  elle  rassemble  ses  forces  et  se  projette  en  arrière  pour 
se  soustraire  à  ses  attaques.  Constant  avait  observé  ce  phéno- 
mène lorsqu'il  avait  assisté  à  la  mort  de  Julie  ;  il  le  reproduit 
lorsqu'il  trace  le  récit  de  la  mort  d'Ellénore. 

Mais  qu'importent  de  tels  rapprochements.  Ce  n'est  point 
par  un  fait  particulier  comme  la  mort  ou  par  quelques  traits 
généraux,  c'est  par  l'ensemble  de  tous  les  traits  que  les  res- 
semblances s'établissent.  Non,  Julie  n'est  pas  Ellénore,  et 
nous  sommes  encore  conduits  par  ce  travail  d'élimination  à 
W^'de  Staël. 

Tout  démontre  que  Benjamin  Constant  n'a  plus  songé  à 
M™^  de  Staël,  lorsqu'il  a  tracé  le  portrait  du  personnage  qui 
occupe  dans  son  roman  d'Adolphe  le  rôle  principal. 

Lorsqu'il  s'occupe  de  M""  de  Staël,  il  songe,  peu  après 
que  la  liaison  s'est  formée,  à  l'ennui  que  lui  causent  ses  exigen- 
ces, et  à  l'atteinte  portée  à  sa  liberté.  Mais,  après  avoir  déclaré 
à  quel  point  sa  liberté  a  été   compromise,  il    ne  voit  en  elle 


344  MEMOIRE    SUR    «ADOLPHE» 

qu'un  tyran  qui  l'opprime  et  raconte  les  violences  auxiiuelles 
elle  se  livre  lorsqu'elle  le  soupçonne  de  tiédeur. 

On  peut  voir  dans  une  récente  publication,  —  le  Mémorial 
de  Norvins,  —  comment  un  beau  jour,  sous  l'influence  de 
l'oppression  dont  il  se  croyait  la  victime,  il  simule  un  accès 
de  folie.  Si  bien  que  Mathieu  de  Montmorency  s'écria  :  «Qu'on 
jette  par  la  fenêtre  cet  homme  qui  ne  fait  que  troubler  cette 
maison  et  qui  la  déshonore  par  un  suicide.  » 

En  même  temps  que  B.  Constant  avait  voué  à  M""  de  Staël 
une  haine  profonde,  il  ne  pouvait  se  séparer  d'elle,  et  la  rup- 
ture ne  devint  définitive  qu'après  qu'il  eut  convolé  à  de  se- 
condes noces. 

Il  n'y  a  rien  dans  de  telles  relations  qui  ressemble  au  por- 
trait d'Ellénore  si  douce,  si  résignée,  en  même  temps  si  mal- 
heureuse. Il  est  donc  inutile  d'insister  sur  ce  point. 

Emile  Cauvkt. 


VARIETES 


Un  précurseur  de  Montricher 


(Projet  de  canal  de  la  Durance  a  Marseille  en  1702 j  ' 

SlKE 

Henry  de  la  Cerre,  compte  d'Albataire  et  de  Palade,  repré- 
sente très-humblement  â  vostre  Majesté  que  la  Provence  étant 
la  plus  stérile  en  eau  des  provinces  du  royaume,  il  a  trouvé  le 
moyen  de  faire  ouvrir  un  canal  entre  Peyrolles  et  Mirabeau, 
en  prenant  un  bras  de  la  rivière  de  Durance  pour  la  faire  pas- 
ser à  Aix  et  descendre  ensuite  dans  le  terroir  de  Marseille. 

Il  a  fait  cette  découverte  lorsqu  il  a  visité  cette  province 
aussy  bien  que  le  reste  du  royaume  par  ordre  du  feu  sieur  de 
Louvois,  pour  chercher  les  moyens  d'augmenter  la  gloire  de 
votre  règne  par  des  ouvrages  publics  utiles  à  vostre  royaume. 
Ce  canal  produira  trois  avantages  considérables:  le  premier 
que  ce  canal  arrosant  la  plus  grande  partie  de  ce  terroir  y 
produiraTabondance,  le  second  est  que  les  deux  villes  d'Aix  et 
de  Marseille,  se  trouvant  sans  bois  ny  charbon,  ne  brûlant  que 
de  bois  (sic)  d'olivier  qui  ne  peuventdurerlongtemps,  ce  canal 
leur  produira  des  bois  et  pour  les  batimens  et  pour  le  chau- 
fage  et  des  charbons  en  abondance  par  le  moyen  des  bois  qui 
sont  dans  un  valon  de  Provence  qui  est  du  costé  de  Colmars 
}) roche  le  Piémont,  dans  lequel  valon  il  y  a  une  très  grande 
quantité  de  bois  qui  pourront  decendre  par  ce  canal  ;  le  troi- 
sième avantage  est  qu'il  y  a  dans  ce  vallon  un  très  grand  nom- 
bre d'arbres  propres  à  la  construction  des  vaisseaux,  des  galères 
et  aux  mats  qui  y  sont  nécessaires,  ce  qui  épargnera  des  som- 

1  Arles,  Bibl.  munie.  MélariKus  de  J.-B.  Vallicre,  380. 


346  VARIETES 

mes  considérables  à  Votre  Majesté,  qui  est  réduite  à  faire  ve- 
nir les  bois  pour  les  vaisseaux  et  g-alères,  soitde  Norwège,  de 
Savoye  et  Dauphiné,  ce  qui  coûte  des  sommes  immenses.  Il 
suplie  très  humblement  Vostre  Majesté  de  luy  en  accorder  le 
don  à  perpétuité  comme  elle  a  fait  au  sieur  Riquet.  Le  supliant 
se  chargera  d'indemniser  les  particuliers  dont  les  terres  seront 
prises  pour  la  confection  du  canal,  suivant  l'estimation  qui  en 
sera  faite  par  le  sieur  intendant  de  la  province,  et  il  conti- 
nuera ses  vœux  et  ses  prières  pour  la  santé  et  prospérité  de 
Vostre  Majesté. 


Lettre  écrite  ^)ar  M.  de  Chamillart  à  M.  le  Bret 

à  Versailles,  le  14  inay  1702. 

Monsieur. 
Je  vous  envoyé  un  ])lacet  qui  a  esté  présenté  au  Roy,  par 
lequel  on  propose  de  faire  ouvrir  un  canal  entre  Feyrolles  et 
Mirabeau  en  prenant  un  bras  de  la  Durance  pour  la  faire  pas- 
ser à  Aix  et  descendre  ensuite  dans  le  terroir  de  Marseille.  Je 
vous  prie  d'examiner  si  cela  est  praticable,  et  me  donner  vos- 
tre avis  sur  ce  projet  en  me  renvoyant  le  piacet,  afin  de  me 
mètre  en  estât  d'en  rendre  compte  au  Roy.  Je  suis,  etc  ; 

Signé:   Chamillart. 

Au  reply.  Piacet  présenté  au  Roy  Par  le  sieur  de  la  Paladc 
au  subjet  de  faire  ouvrir  un  canal  de  Durance  passant  par  Aix 
et  dessendre  à  Marseille. 

Le  14-=  may  1702. 


CHRONIQUE 


Dans  les  universités.  —  Il  est  créé  une  conférence  d'espagnol  à 
la  Faculté  des  lettres  de  l'IJniversité  de  Bordeaux.  M.  Cirot,  déjà 
maître  de  conférences  à  cette  Université,  est  chargé  du  nouvel  ensei- 
gnement 

Cette  création,  comme  celle  de  la  Faculté  de  Rennes,  que  nous 
avons  précédemment  annoncée,  a  été  faite  avec  des  fonds  d'Uni- 
versité. 


La  Revue  universitaire  (15  juillet    1898)  publie  la  lettic  suivante: 
IMoNSiEUR  LE  Directeur, 

Je  désirerais  ajouter  un  mot  à  l'article  si  intéressant  de  M.  G. 
Dottin  sur  l'Étude  des  parlers  Provinciaux  [Revue  universitaire, 
17  mars  1898,  p.  200  et  suiv.)  et  le  compléter  sur  un  point:  «  La 
méthode  à  suivre  dans  les  rechei'ches  dialectales  a  été  exposée  dès 
1866...  par  M.  Paul  Meyer.  »  Et  M.  D...,  énumérani  les  revues  qui 
s'occupent  de  cette  question,  cite  la  Revue  des  Patois  gallo-romans, 
la  Revue  de  Philologie  fratzçaise  et  provençale  et  le  Bulletin  de  la 
Société  des  Parlers  de  France.  Pourquoi  M.  D.  a-t-il  oublié,  à  côté 
de  ces  importantes  revues,  la  Revue  des  Langues  romanes  de  Mont- 
pellier, qui,  elle  aussi,  et  depuis  vingt-cinq  ans,  a  donné  le  précepte 
et  l'exemple  ?  Ce  n'est  pas  le  lieu  d'énumérer  pour  les  lecteurs  de  la 
Revue  universitaire  les  travaux  qu'elle  a  publiés  sur  les  dialectes 
méridionaux,  mais  il  serait  injuste,  il  me  semble,  d'oublier  une  revue 
qui  a  rendu  de  grands  services  aux  études  romanes  en  général,  et 
aux  études  de  dialectologie  en  particulier.  Cet  oubli  serait  d'autant 
plus  fâcheux  qu'elle  est  inspirée  par  un  des  maîtres  de  la  philologie 
romane  et  contemporaine. 

J.  Anglade. 


La  Société  des    Langues  Romanes  s'est  occupée,  dans  une  de  ses 
dernières  réunions,  des  déformations  et  des  corruptions  de  mots.  On 


34  8  CHRONIQUE 

uoiis  permettra  de  rapporter  ici  uue  série  d'exemples,  tirés  de  la  lan- 
gue médicale  technique,  qui  sont  caractéristiques.  Si  quelques-unes 
de  ces  corruptions  trahissent  une  origine  savante  et  artificielle,  la 
plupart  semblent  très  vraisemblables  et  toutes  sont  pittoresques.  C'est 
ainsi  qu'on  est  amené  à  dire  :  Un  chiffon  d'aut'  sexe  pour  un  siphon 
d'eau  de  Seltz  ;  —  un  bézigue  à  trois  pour  un  vésicatoire  ;  —  une 
fièvre  ophicléide  pour  une  fièvre  typhoïde  ;  —  un  hyppolite  dans  le 
nez  pour  un  polype  dans  le  nez  ;  —  du  corail  de  potasse  pour  du 
chlorate  de  potasse  ;  —  une  distinction  de  voix  pour  une  extinction 
de  voix  ;  —  des  émeraudes  à  l'anus  2^our  des  hémorrhoïdes  ;  —  se 
faire  sculpter  pour  se  faire  ausculter  ;  —  une  salubrité  médicale  pour 
une  célébrité  médicale  ;  —  la  danse  du  syndic  pour  la  danse  de 
Saint-Guy  ;  —  un  cata[ilasme  humiliant  ^owr  un  cataplasme  émoUient; 
—  être  en  liturgie  pour  être  en  léthargie  :  —  une  perte  au  profit  du  cœur 
pour  une  hypertrophie  du  cœur  ;  —  les  sept  psaumes  de  la  rage  pour 
les  symptômes  de  la  rage  ;  —  un  tube  d'Hercule  pour  un  tubercule  ;  — 
l'huile  d'Henri  V  pour  l'huile  de  ricin  ;  —  du  baume  de  Paul  de  Kock 
pour  du  baume  oppodeldoch  ;  —  deux  sous  de  calomnie  contre  Thypo- 
erisie  pour  deux  sous  de  camomille  contre  l'hydropisie  ;  —  une  pré- 
tention d'urine  pour  une  rétention  d'urine  ;  —  une  apoplexie  sérieuse 
pour  une  apoplexie  séreuse  ;  —  des  gros  dindons  de  Rome  pour  des 
rhododendrons  ;  —  du  pet  de  Julie  pour  du  patchouli  ;  —  les  palmes 
des  anémiques  pour  les  palmes  académiques. 


Le  Gérimt  resjynnsahie  :  P.  Hamelin. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


J'ai  attendu  longtemps  avant  de  faire  imprimer  la  copie 
partielle  et  vicieuse  du  célèbre  chansonnier  de  Bernart  Amo- 
ros,  conservée  actuellement  à  la  bibliothèque  Riccardienne  de 
Florence  et  que  Bartsch  désigne  par  la  lettre  a.  J'espérais 
toujours  que  l'original,  dont  l'existence  est  encore  attestée 
au  XVP  siècle  et  qui  appartenait  alors  au  Florentin  Lione 
Strozzi,  se  retrouverait  comme  il  m'est  arrivé  à  moi-même  de 
retrouver  deux  autres  manuscrits  (c«  et  F«)  de  la  même  époque 
dans  lesquels  un  certain  Piero  di  Simon  del  Nero  a  inséré  les 
variantes  de  38  chansons  omises  par  le  copiste  de  a.  Mais  après 
tant  d'années  de  vaine  attente,  après  tant  d'investigations 
sans  effet,  il  semble  bien  qu'il  faut  considérer  le  manuscrit 
original  comme  définitivement  perdu.  Je  mo  suis  donc  décidé 
à  publier  le  texte  de  la  copie  partielle  qu'en  fit,  en  1589,  Jac- 
ques Tessier  de  Tarascon  et  qui,  à  la  fin  du  XVP  siècle,  fut 
corrigée  par  ce  Piero  di  Simon  del  Nero,  dont  nous  parlions 
plus  haut.  Pour  plus  de  détails  sur  ce  manuscrit,  je  renvoie 
aux  descriptions  détaillées  qui  en  ont  été  données  par 
MM.  Griitzmacher  ',  Bartsch-  et  par  moi-même  dans  V Intro- 
duction à  mon  édition  des  deux  plus  anciennes  gramviaires  pro- 
vençales (Marburg,  187<s).  Je  reproduis  le  texte  tel  quel,  ne 
corrigeant  en  note  que  les  fautes  les  plus  évidentes  du  dernier 
copiste.  Pour  en  rendre  la  lecture  plus  facile,  j'ai  coupé  les 
lignes  d'après  les  formules  des  strophes,  tandis  que  Jacques 
Tessier  ne  sépare  les  vers  que  par  des  points,  du  reste  sou- 
vent absents  et  souvent  aussi  mal  placés.  Enfin,  j'ai  numéroté 
les  strui)hes  et  les  vei's  et  j'ai  accompagné  ch-ique  pièce  du 
numéro  qu'elle  a  dans  le  catdlogue  de  Butscli.  Les  abrévia- 
tions du  manuîicrit  qui  ne  sauraient  être  reproduites  par  i'im- 
primerie,  ont  été  résolues  et  indiquées  par  des  lettres  ita- 
liques. Enfin  j'ajouterai  que  j'ai  inséré  à  leur  place  les  trente- 

i  Cf.  Archiv,  de  Herrig  XXXIII,  pp.  427  sq. 

2  Cf.  Jahrbuch  f.  rom.  u.  enqt.  Spr.  u.  Lit.,  XI,  pp.  11   sq  . 

TOME  III  DE  LA  CINQUIÈME  SERIE. —  Aoùt-Novembre  1898.  23 


.•^r.O  I,E  CHANSONxVIER   DK   BRRNART  AMOROS 

huit  chansons  ci-dessus  mentionnées,  en    accompagnant   le 
texte  de  c"  et  F"  des  variantes  qu'ils  nous  ont  conservées  du 
chansonnier  de  Bernard  Amoros. 
Greifswald,  juillet.  1898. 

E.  Stengel. 


[F.  1  r"]  [Notice  préliminaire 
de    Bernart    Amoros] 

Eli  bernartz  amoros  clergues 
scriptors  daq^jest  libre  si  fui  dal- 
uergna  don  soa  estât  maint  bon 
trobador  e  fui  duna  uilla  que  a 
nom  saint  fior  de  planeza  e  sui 
usatz  luenc  temps  per  proenza 
per  las  encontradas  on  son  moût 
de  bonz  trobadors  &  ai  uistas  et 
auzidas  maintas  bonas  chanzos. 
et  ai  après  tant  en  lart  de  tro- 
bar  qeu  sai  cognoisser  e  deuezir 
en  rimas  &  en  uulgar  &  en  lati 
per  cas  e  per  verbe  lo  dreig  tro- 
bar  d'I  fais.  Per  queu  die  qe  en 
bona  fe  eu  ai  escrig  en  aqest 
libre  drechamen  lo  miels  qleu 
ai  sauput  e  pogiit.  e  si  ai  moût 
emendat  daquo  qieu  trobei  en  lis- 
semple  don  ieu  o  tiejn  e  bon  e 
dreig.  segon  lo  dreig  lengatge. 
Per  qieu  prec  chascun  que  non 
sentraraeton  de  emendar  egran- 
men  que  si  ben  i  trobes  cors  de 
penna  en  alcuna  letra  chascuns 
homs  si  truep  paiic  no  saubes  po- 
graleumen  auer  drecha  lentencio. 
&  autre  {s)'fail  non  cuig  qe  i  sia 
bonamen.  que  granz  faillirs  es 
dôme  que  si  fai  emendador  si- 
tôt ades  non  a  lentencion.  qe 
maintas  uetz  per  frachura  denteu- 


dimen  uenon  afollat  maint  bon 
mot  obrat  primamen  e  dauinen 
razo.  si  corn  dis  uns  sauis.  blas- 
mat  uenon  per  frachura  denten- 
dimen  obra  para  [maintas  uetz 
de  razon  prima  per]  main tz  fols  qes 
tenon  lima,  mas  ieu  mea  sui 
ben  gardatz.  que  maint  luec  son 
quea  non  ai  ben  aut  lentendimen 
per  qieu  noi  ai  ren  uolgutmudar. 
per  paor  qieu  non  pelures  lobraqMe 
truep  uolgra  esser  pn'ms  e  sutils 
hom  qi  o  pogues  tôt  entendre 
specialmen  de  las  chanzos  den 
Giraut  de  borneill  lo  maestre.  e 
son  en  en  aqest  libre  chanzo.  e  si- 
ruentes.  e  descort.  e  teuzon.  dccv. 

[F.  1  v"]  [Biographie 
de  Giraut  de  Borneil] 

Giraut  de  Bornel  si  fo  de  le- 
mozi  de  lencontrada  do.  capdueil 
dun  rie  castel  del  uescomte  de 
lemozi.  e  fo  hom  de  bas  afar. 
mas  sauis  hom  fo  de  letras  e  de 
sen  natural.  e  fo  meiller  trobaire 
qe  negus  daqels  qeron  estât 
den  an  ni  foron  après  lui  per  qe 
fo  appelatz  maestre  dels  troba- 
dors.  &  es  ancar  per  totz  aqels 
qe  benentendon  subtils  ditz  ni  be 
pauzatz  damor  ni  de  sen.  fort  fo 
onratz     per   los    ualenz   homes. 


'  Au-dessous  de  la  lettre  s  le  correcteui'  a  mis  un  point,  ce  qui  veut 
dire  que  s  doit  être  effacée. 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


351 


per  los  entendenz  e  per  las  bonas 
dompnas  qentendian  lo  sien 
amaestramen  de  las  chanzos.  e  la 
soa  guisa  si  era  aitals  qe  tôt  lin- 
uern  estaaa  a  escola  &  apreadia 
letras.  e  tôt  lestât  anaua  per  cor  tz 
e  menaua  dos  chantadors  qe 
chantauan  las  soas  chanzos.  non 
uolc  mais  muillier.  e  tôt  zo  qe 
guazagnaua  daua  a  sos  paubres 
parenz.  e  a  la  gleisa  de  la  uilla 
dont  el  nàsquet.  la  cals  uilla  e  la 
gleisa  auia  nom  e  ha  anqera 
saint  Geruais. 

[CHANSONS\ 

1* 

F.  2  r"]  GIRAUT  DE  BORNEL 

(=  B.   Gr.  242,41) 

I.  Jois  sial  comensamentz 
E  fis  ab  bona  ventura 
Dun  non  chant  qeracomentz 
Quav  sobrauinentz 
5  Ses  e  bona  ma  razos 
De  faire  zanzos 
Solora  dir  qes  faillimentz 
Et  es  bes  e  chausimentz 
Cunsquecs  chan 

10  E  dig  e  mostr  en  chantan 
Qan  ries  gazardos  uen  ' 
Cel  qi  dieu  ser  bonamen. 

II.  Perqieu  qi  ner  alqes  lentz 


Nom  teing  per  man  ^  des- 
[criptura 
Cal  chantar  no  torn  iauzentz 
Tan  bem  sembla  genz 
5  E  fis  lo  mestiers  cab  sos 
I  uueil  far  sosmos  ^ 
E  precs  contrais  nonohalenz 
Cui  ors  fail  enanz  cargenz 
Per  qestan 
10  Cal  seruizi  dieu  no  uan 
De  paians  e  dauol  gen 
Desliurar  lo  monumen. 

III.  E  qui  dels  fais  mescrezens 
Nos  pensa  nis  dona  cura 
Non  caia  lut  ^  ardimentz 
Viu  con  recrezentz 

5  Cane   messier  ^   luecs   non 
[cre  fos 
Desprouar los  pros 
Qarmat  de  bels  garnimenz 
Sobre  lor  destrers  correnz 
Conqeiran 
10  Benanansa  e  ualor  gran 
Don  seran,  pois  uiu  manen 
E  si  moron  eissamen. 

IV.  Mas  qe  ual  esbaudimenz 
Al  cors  sel  caps  des  rancura 
Ni  qe  ual  forsa  ni  senz 
Can  non  es  paruenz 

5  Dieus  qes  lo  caps  e  la  cros 
Don  nos  uen  sai  jos 
Lo  bens  e  lenseignjamenz 
E  ladreitz  chaptenemenz 
Qe  lenjan 


*  Sur  la  marge  supérieure  de  la  page  3  se  lit  la  note  suivante  : 
«  Questa  canzone  era  quasi  scancellata  e  cosi  ilprincipio  délia  seguente 
e  si  è  copiata  conietturando  dall  ombre  e  uestigi  délie  lettere  perô  ci 
puô  esser  qualche  errore.»  Cette  note  est  de  la  main  de  Piero  di  Simon 
del  Nero,  le  correcteur  du  ms.  C'est  lui  aussi  qui  a  écrit  les  trois  pre- 
miers feuillets  du  ms.  ajoutés  postérieurement  . —  '  lisez:  aten —  ^  corrigé 
en  :  maiz  —  3  corrigé  en  :  sesmos,  lisez  :  sermos  —  ■*  c.  e»  :  lur  —  "  /.  ; 
melher 


352 


r,E  CHANSONNIER  I)F   BERNART  AMOROS 


10  E  la  pen  el  maltalan 
E  uilan  chaptenemen 
Gallon  de  la  cara  creissen. 

V.  Pois  car  es  comandamenz 
Couen  mentrom  uiu  ni  dura 
Ca  dieu  si  obediens 
Garnies  ni  parens 
5  Ni  lai'ja  possessios 
Ni  conqis  ni  dos 
No  uairan  '  dos  aiguilens 
Al  estreigner  de  las  denz 
Mas  penran 

10  Segon  qe  seruid  auran 
Eil  mal  tormens 
Senz  fia  perdurablamen. 

VI.  Ai  dieus  cam  paucualiouenz 
Qins  el  cors  creis  e  meillura 
Si  pert  lo  meilluramenz 
Reis  omnipotenz 

5  Anz  qeil  ^  chanje  la  sazos 
En  qom  em  ^  bos 
Qes  '•  es  paucs  pros  e  nienz 
Si  sal  5  colpas  penedenz 
Non  eschan 
10  Dieu  seruen  el  cors  forsan 
Qaissi    ueran    [F"  2    v°] 
[ueramen 
Al  sieu  prnner  estamen. 

VII.  Per  qem  par  recrezemeuz 
Ab  ris  ^  qes  mager  ordura 
Los  mais  nils  tiichamenz 
Qera  fans  "  ni  ualeitz  * 

5  Estei  del  anar  copros  ^ 
Pos  es  sospechos 
Cala  negreirer  '"  gairenz 
E  las  penas  els  turmens 
Qeill  iêtan  ** 
10  Ira  dieus  mesuran 


Sil  plaz  uenjan  erpenraz  ^* 
Merce  mesclat  ab  spauen. 
VIII.  Qarlaten  ben  sos  couenz 
Qi  qelsan 

Sor  mouon*^ 

E  rent  als  lares  lariimen 
Gonlargseignerlarcpresen. 
IX.  E  plasial  cals  sieus  presen 
Samor  loiues  o  uen. 


[FoSroJGlRAUTZDE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  242,  31) 

1.  De  chantar 

Mi  for  entrâmes 

Pro  uers  per  aeha'*  de  solatz 

Seu    uis  qe    bos  chans  fos 
[amatz 
5  Pero  sagues  aiuda 

De  razon  o  de  druda 

Valen 

Jes  non  defen 

Qeu  non  chantes  anqera 
10  Tan  mes  esquiu  e  fera 

La  perd  el  danz 

Garaissi  remain  lois  e  chanz 

E  près  e  galaubia 

Quar  appellom  follia 
15  Sim  depoi'tni  mesiauni  chan 

E  non   faz  so  qel  autre  fan. 
II.  Mas  nom  par 

Gom  sia  cortes 

Qi  totz  iorns  uolesser  senatz 

Ben  m.'igrada  bella  foudatz 
5  Lûïgnada  e  retenguda 

Si  com  temps  e  luecs  muda 

Qel  [sen]  fai  pareisen 


'  /.  :  uairan  —  -  /.  :  qeis  —  ^  c.  en 
sas —  *•  c.  en  :  Al  reis  —  '  c.  en  :  faus. 
doptos  —   10  /.  :  Cal  anar  sera  —    '• 


:  ens,  /.  :  era  —  ''  l.  :  Qer  —  '  l.  : 
l.  :  sans  —  ^  c.  en  :  ualenz  —  ^  I.  : 
l.  :  uenran  —  '*  /.  :  uenran  e  per 


cen  —  *3  /.:  somouen —  **  L  :  Pro   uetz  per  cocha 


LE  CHANSONNIER  DE 

El  enas  '  e  lesmera 
10  Qieu  eis  qi  chan  lesqera 

Per  uer  enanz 

Qe  chantes  si  lois  fos  afanz 

Ni  trebails  cortezia 

Ja  dieus  son  pron  non  sia 
15  Qi  laisa  ioi  ni  bel  semblan 

Per  maluestat  ni  per  enjan. 

III.  Oblidar 

Volgra  seu  pogues 

Masnô  puescsodonsui  iratz 

Qieu  ueia  las  granzpoestatz 
5  Laissar  solatz  e  bruida 

Cun  ampla  recrezuda 

Per  pren 

Qe  toi  iouen 

El  encauz  e  lesseira  ^ 
10  Sapchas  qieu  non  cuiera 

Qe  de  milanz 

Fos  tan  baissatz    pretz    ni 

Qeissa  chaualairia   [bobanz 

Ual  meinz  e  drudaria 
15  Pos  gardet  son  pion  ni  son 
[dan 

Nonfonmestier  de  fin  aman. 

IV.  Jes  mudar 

Non  puesc  qe  nom  pes 

Mas  enaisom  son  conortatz 

Cus  messatgiers  ben  essei- 
[gnjatz 
5  Ma  dig  quuâ  saluda 

Qe  ma  ioia  renduda 

E  pren 

En  chauzimen 

Mon  chan  qieu  non  chantera 
10  Per  autra  ni  crezera 

Salutz  ni  manz 

Mas  daqesta  serai  comanz 

Tan  uoil  sa  seignjoria 

Pero  sa  lieis  plazia 


BERNART  AMOROS  353 

15  Qepoissesunpaucplus  enan 

Als   noil   qieir   ni  plus  noil 
V.  Pregar  [deman. 

La  volgra  sil  plagues 

Pois  per  leis  soi  en  ioi  tor- 
[natz 

Qe  foz  nostra  fin  amistatz 
5  Per  un  amie  sanbuda 

Car  plus  ner  car  tenguda 

Car  len 

Dirai  souen 

So  don  nom  alegrera 
10  Mentre  sols  mo  cèlera 

Conors  [F"  3  v°]  es  granz 

E    benz.   car  troba    finzFa- 

Ab  cui  solatz  niria-*  [manz]' 

E  qar  non  pot  qec  dia 
15  Dira  ^  a  s'amiga  son  talan 

Couen  caia  per  cui  ho  man. 
VI.  Me  deu  far 

Tan  ma  bona  fes 

Car  anc  noil  fui  mal  ueziatz 

Qe  finz  am  e  finz  sui  amatz 
5  E  sia  ben  uenguda 

Caitals  con  lai  uolguda 

Plazen 

Cuind  e  rizen 

Lam  aital  corn  lonrera 
10  Que  ia  renoi  **  chamjera 

Qel  bels  semblans 

El  cors  adregz  e  ben  estanz 

Douz  e  bella  paria 

Ma  prez  en  sa  coindia 
15  Perqieu  prenc  e  lais  e  soan 

Emenardisc  em  vauc  doptan. 
Vil.  NuU  home  non  creiria 

Cades  noil  grazisc  en  chan- 
[tan 

Los    ditz  els   faitz  non  sai 
[qan. 


'  /.  :   enans  —  '  c.  en  :  lesserra—  '  omis  par  le  copiste  —  *  c.  en  :  uiria 
-  s  /.  :  Dir  —  ^  c.  en  :  tenoi 


354 


r,H  CHANSONNIER   DE   BEHNART  AMOROS 


VIII.  Losdilz  ligraziscenchantan 

Els  faitz  sobre  tôt  qan  uen- 

[ran. 


GIRAUTZ   DE  BORNE L 

(=  B.  Gr.  -242,  58) 

\.  {p.  1)  Can  creis  la  frescafuell 

[els  ramz 

Ellombra  sespeissel    deues 

Magrada  laut  *  el  temps  el 

[mes 

El  gabs   el    brueils  el  critz 

'^el  chanz 

5  El  dous  mazanz 

Ques  creis  qan  saizinal  ma- 
[ris2 
Si  non  gandis 
Mon  seignier  oouinens 

[amanz 

Fora  menanz 

10  De    far  un  vers    qe  fos  per 

[cels  chantats 

Cui  jois  e  chantz  e  cortesia 

[platz. 

II.  Ane  non  cuidei  camte  ^  nos 

[aras 

Tortz    ni    mais  ni  mescaps 

Jcaubes 

Car    siet    eresiae  ^  tu    nom 

[cres 

Con    ti     puesc     esser   finz 

[amanz 

5  Meus  er  lo  danz 

Qet   fora  amatz  e  francs    e 
[finz 
Sim  consentis 

Qe  l'esperans  el   bels  sem- 
fblanz 


Mi  fos  duranz 
10  Mas    a    greu     ei'    fina   ver 
[amistatz 
Desqen    soffrain   tota    luna 
[meitatz. 
m.   E  cuidatz  caisso   sia  clamz 
Ni    qieu    men    rancur   non 
[fas  ges 
Tota  ma  rancur  es  merces 
Si  bel  passai  daz  ^  lo  garanz 
5  Non  son  damans 

Mais     ben     volgra     qellas 
[chauzis 
Qe  nom  faillis 
Tan  es  adreit  e  benestanz 
Qel  mager  panz 
10  Del  prez   caira  si  nol  soste 
[vertatz 
Qe  greu  sera  fiz  vs  cors  vas 
[dos  latz. 
IV.  Ane  lieis  non  ateis  lo  liams 
Qeu  eudei  camdos  nos  prezes 
De   mi  conose  qe  ben    soi 
[près 
Cades  son  fiz  amies  trianz 
5  E  cui  auanz 
Qe  saspra  captenensa  vis 
Cuscalz  qe  riz 
Maleuges     de    raos    greus 
'afans 
Lo  plus  pesans 
10  Mas  desqeu  vi  qe  cors  lera 
[câsatz 
Camieral   mieu    saissi    non 
[fos  fermatz. 
V.  (p.  2]  Ai    com  fo  petitz  lo 
[reclamz 
Qi  tan  prim  non  o  conogues 
Can    H  plac  o  cab   sim   re- 
[tengues 


/.  :  iaur  —  ^  l.  :  matis 


c.  en  :  cautre 


''  l. 


ditz 


LE  CHANSONNIER   DE   BERNART  AMOROS 


355 


E  sufFi'ic  qieu  li  fos  comanz 
5  Em  det  seus  gans 

Sas  mans  per  qe  mielz  men- 

[requis 

Mais  puis  maucis 

Can  mi   fon    veraicel  '  des- 

[manz 

Cuns  delz  bertrans 

1(1  Non   es  tan    ferras    ni  tam 

[ben  enseignatz 

Qen   aqel   pas  nô    fos    totz 

[esfarratz  -. 

VI.  E    doncs    a    qe     diras    qe 

[mams 

Si    eau    mauras    grau    ben 

[promes 

Mi    fails    em    diz    qet   son 

[mespres 

Per  qe    non  doptas    o   non 

fblanz 

5  No  mo  demanz 

Qeu    non  volgra  com    pros 
[pleuis 
So  don  mentis. 
Ni    non   tain  mal  '  als  fais 
[truanz 
Fellon  camjans 
10  Car  sieu  vos  die  daizom  veil 
[qem  crezatz 
Pernompoderreman  si  non 
[o  fatz. 
VII.   E  pos  del  mal  nom  fuig  la 
[fams 
E  conosc  cals  sériai  bes 
Si  no  men    part    fails     tu 
[non  ges 
E  eom  iat  semblari  eujans 
5  Aitals  balanz. 

Com  ben  aines  e  non  suffris 


A  tu  ja  dis 

Cal  mal  aiudal    bens   cent 

[anz 

Ja  non  soans 

10  So  qe  plus  vols  ni  ten   fen- 

Ijas  iratz 

Qe  souen  toi  guerra  so  qua- 

[dutz  patz. 


GIRAUTZ    DE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  242,  47) 

1.  Los  apleigs 
Ab  qeu  soil 
Chantar.  el  bon  talant 
Ai  eu  caui  antan 
5  Mas  car  non  treup  ab  cui 
Nom  déport  nim  desdui 
Ni  no  sui  ben  ananz 
Ai  dieus  cals  {p.  3)  dans 
Sen  sec  e  cals  dampnatges 

10  Car  cors*  e  bos  usatges 
Aissi  merme    defaill 
Noi  a  nuil  refrenail 
Mas  car  moseignjor  platz 
Jois  e  chanz  e  solatz 

15  Mesjau  ab  sos  priuatz 
E  can  men  sui  loignatz 
Irasc  mab  los  iratz. 
II.  Mas  destreigz 
Mi  destoil 

Per  qiem  uau  regaran 
Si  ia  salegraran 

5  Car  ges  a  ioi  non  fui 
Nil  volers  nom  esdui 
Qa  mi  plaz  ades  chanz 
E  belz  mazans 
E  tortz  ^  e  vassalatges 


*  /.  :  veiairel 
n  :  cortz 


/.  :  essarratz  —   ^  c.  en:  mas. 


/.  ;  lois  —  ^  c. 


35( 


LE  CHANSONNIER  DE    BKRNART  AMOROS 


10  Ja  pert  els  ries  lignatjes 
Pares  pron  son  mirail 
Coi  ses  esperonaill 
Non  ses  mirai  barnatz  ' 
E  sil  pair  fon  lauzatz 

15  El  fill    si  fan  maluatz 
Semblan  tortz  e  pechatz 
Caian  las  heretatz. 
III.  Mas  cals  dreigz 
0  acneil 

Qel  fils  aia  tretan 
De  rend  el  pretz  soan 
Ni  cals  razo  adui 
5  Qe  miels  non  taing  atrui 
Qieu  cre  qe  fos  enanz 
Outra  mil  anz 
Conors  e  seignjoratges 

10  Dauon  pretz  e  coratges 
E  costas  e  trebail 
El  fils  sil  meils  tressail 
Non  es  donc  forlignatz 
Era  co  nô  mostratz 

15  Vos  saui  qi  iutgatz 

Sais  pros  fos  dons  donatz 
Con  er  dels  desprezatz. 

IV.  Mas  ne  leigs 
Et  2  sim  toil 
De  solatz  ni  de  chan 
Per  cels  qe  failliran 

5  Car  fol  teig  eu  celui 
Qe  si  meteis  destrui 
Nis  uiia  malananz 
Per  non  sai  canz 
Au  '  lois  par  nesiatges 

10  Qâ  sabeiz*  ni  paratges 
Non  es  que  non  auail 
Pos  alegransail  foul^ 
E  nos  camje  viatz 


Et  qeus  valia  rieraitz* 

15  Si  ia  nous  alegratz 
Qemperis  e  regnatz 
Son  ses  ioi  paupertatz. 
y.  {p. 4)  Mas  ladreigs 
Cors  qeu  voil 
E  désir  e  reblan 
Matrag  dire  dafan 
5  0  si  jois  là  condui 
Ja  non  sabran  mais  dui 
Co  sentresems'  nils  mans 
Que  auiatz  es  granz 
E  sobeirans  folatges 

10  Cant  per  nessis  messatges 
Vilans  ni  dauol  tail 
Escapa  del  guissail 
Ni  fui  bon  amistatz 
Mas  eu  men  sui  garatz 

15  Cane  non  sui  encolpatz 
Aiei  non  es  nuis  *  ni  natz 
Uns  per  quen  fos  proatz. 
VI.  Ai  espleigz 
Si  macueil 

So  qeil  quevv&v^  chantan 
Remaing  al  seu  coman 
5  Cab  bels  plasertz"^  redui 
Can  nos  vola  mi'*  defui 
Ladreitz  cors  benistanz- 
Ni  bels  semblan  z 
Ni  lamoros  visatges 

10  Qauinenz  es  le  gatjes 
Qe  dels  oils  al  cor  sail 
Per  qieu  qi  qes  trebail 
Ni  s'apele  forsatz 
Mi  teing  dreg  menatz 

15  Quen  troep  ben  acordatz 
Lo  coratge  la  fatz 
Els  digs  ben  ensignatz'2. 


1  c.  faussement  en  :  bartratz  —  -  l.  :  Ev  —  3  r.  en  :  Gui  —  *  c.  e»  : 
sabers  —  s  c.  en  :  fail  —  ^  c.  en  :  rictatz  —  7  c.  en  :  Los  enlresseins  — 
^  c.  en  :  Cuei  non  es  uius  —  "  c.  en  :  quevmi  —  '"  c.  en  :  plazerrz  — 
en  :  enseignatz 


nis 


—  'î, 


LE  CHANSONNIER  DE 


GIRAUT  DE  BORNEL 
{=  B.  Gr.  242,62) 

1 ,  Qui  chantar  sol 
Ni  sab  de  cui 
Ni  cre 

Qe  SOS  plazers  le  maiz  ' 
5  Soiz  2  solaiz  ^  ni  sos  chanz 
Am  *  pos  els  ilchanz  ■' 
Par  la  fueillae  la  flors 
E  colorai  paldors* 
Los  uergiers  els  pratz 

10  Si  sa  raizos  li  platz 

Chamt  oi  mais''  e  coradei 
Qe  ren  el  mon  non  vei 
Qejoi  ni  solatz  vailla 
Qe  guerra  ni  batailla 

15  Ni  nauza  ni  tenzos 

Non  es  mal*  tries  als  pros. 
II.  {p.  5)  Perquieuau  ^  dol 
Car  jois  madui 
De  me 

Mos  chantaretz  voiâz 
5  De  salutz  e  de  manz 
Am  tant  pretz  e  bobanz 
Qentrautres  chantadors 
Mabat  ma  mera  mors  *" 
Era  raten  a  solatz 

10  Pro  vetz  men  soi  loïgnatz 
E  manatz  e  feunei 
Pero  puis  en  follei 
Torn  ferir  en  la  pailla 
Donesper  qelgraiisfailla" 

15  Qe  noifon  las  meissos 
Con  hom  lombramoros.*^ 


BERNART  AMOROS  3  57 

III.  Mas  si  madol 
Qar  aillura  '^  fui 
Nim  te 

Lamors  don  le  telanz  '* 
5  Nos  part  de    cui  seu  al  '* 
[danz 
Mieus  er  au  **  sec  lafanz 
E  lire  la  paors 
Tarn  tem  cal  cap  del  cors 
Remaïgnal  pros  el  gratz 
10  Som  es  "  trop  dereiatz 
En  dir  so  qe  non  dei 
Ben  pot  esser  mais  vei 
Si  mos  branz  nonca  tailla 
Ni  non  latz  ma  uentailla 
15  Qe  mas  bonas  chanzos 
Si  taing  ben  giiizardos. 

IV.  E  dans  com  vol 
So  qe  ladui 
Maït  be 

Dell  dons  esser  clamanz 
5  Dun  qalqe  desenanz 
Anz  es  lo  mescaps  granz 
El  tortz  e  la  foUors 
Com  de  don  de  seinors 
Des  qil  sera  qasatz 

10  Si  fassa  trop  cochatz 
Mas  esper  e  mercei 
Cun  fols  ab  son  agrei 
Qes  nauci  es  tartailla 
Vei  pro  vetz  qe  nuailla 

15  Valers  e  gratz  e  dos 
Quar  essobrecochos. 

V.  E  am  som  col 
Qe  ies  autrui 
Per  re 
Nom  colues  '^  semblanz 


1  c.  en  :  le  matz,  /.  :  lenanz  —  *l.:  Sos  —  '  c.  en  :  solatz  —  *  /.  :  Ara 
—  5  c.  en:  uerchanz  —  "^  c.  en:  pascors  —  '  c.  en  :  Chant  orniais — 
*  c.  671  :  mas  —  '  c.  en  :  cui  —  '»  /.  :  mei  amors  -  "  c.  en  :  sailla  — 
'*  c.en:  sohramoros  —  i3  c.  en  :  aillur  —  '*  Z.  :  lo  talanz  —  '^  c.  en: 
sériai  —  •'■  c.    en:  cui  —  "  /.  :   son    les  —  "  c.   en  :  cosries,    /.  :  colries 


LE  CHANSONNIER    DE    BERNART  AMOROS 


5  Cane  i  toqes  eniazans  * 
(p.  6)Anz  es  plagz  ben  estanz 
A  fiz  enteudedors 
Com  de  solas  onors 
Si  tenga  ben  raenatz 

10  De  me  es  bon  vertatz 
Qe  calqe  part  mestei 
Vas  lamor  non  vanei 
Qem  soiorn  em  trebailla 
Sim  desboissem  entailla 

15  Dun  adreg  cors  gingnos 

Fai  auinenz  faissos. 
VI.  E  qui  lassol 
Romp  ni  destrui 
Qafe 

Guida  la  dreg  balanz 
5  Es  enuertat  soanz 
E  siail  latz  ^  truanz 
E  fais  qentramadors 
Es  la  mager  lauzors 
Celars  e  ferraetatz 

10  Vels  siz  sia  viatz  -^ 
El  miels  damor  amnei 
Quan  *  dreg  ni  sa  lei 
Non  sec  e  pren  gazailla 
De  tal  qe  dun  noil  cailla 

15  Cane  pos  unan  vole  ^  dos 
Mi  non  amet  ni  vos. 
VII.    Dauol  aiol 
Par  qe  redui 
Qis  ve 

Ni  uic  pagat  de  miaz 
5  [Que  non  a  gaire  danzj 

Far  a  laiitre  socors 
Si  ténia  per  sors 
0  per  ben  arribatz 
10  Ar  es  lafars  camiatz 


De  pretz  e  de  domnei 
Cû  non  aug  ni  non  vei 
Qe  mesura  trassailla 
Pero  qi  non  égailla 
15  Pros  e  danz  a  fazos  ^ 
Non  par  cane  amies  fos. 

VIII.  A  tort  sesmol 
Qil  fieu  "^  esdui 
Ni  se 

Dauinenz  faitz  prezanz 
5  Ni  si  para  doptanz 

Cane  pos  sestreis  eostanz 
Nis  viret  ais  ^  maiors 
Non  saleuet  ^  valors 
Ni  sazeto  '"  largetatz 

10  È  pos  en  soi  passatz 
Qi  dig  nai  so  qe  dei 
leu  sil  vol  oiordei  " 
Mais  si  part  descornailla 
Le  coms  guis,  descombrailla 

15  Desliures  ses  preizos 
Loing  naneral  ressos. 

IX.  {p.  7).  Seigner  sobre  totz  vos 

Siaz  ades  dels  pros. 
X.  E  tu  vai  ten  chanzos 
An  rigaut  enueios. 

6 

GIRAUTZ  DEL  BORNEL 
{=B.  Gr.  242,  16) 

I.   Era  sim  fos  en  grat  tengut 

Preireu  sens  glut 

Un  chantaret  prim  e  menut 

Qel  mon  non  ha 
5  Doetorqitaiiipiimnipluspla 

Lo  prezes 

Ni  miels  la  fines 


*  /.  ;  enianz  —  *  c.  en  ;  litz,  /.  ; 
*  c.  en  :  Qi  son  —  s  ç.  e;i  ;  vole  —  «  < 
f.n  :  als  —  ^  ç_  fmisaenient  en  :  salcuet 
sis  vol  o  sordei 


ditz  —  ^  c.  en  :  Gels  s.  s.  triatz  — 
.  en  :  sazos  —  "^  c.  en  :  sieu  —  '  c. 
—    '*  c.  en  :  sazeic  -  "  c.  e«  :  Leu 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS     359 


E  qim  creses 

Qaissi  chantes 
10  Polira 

Forbira 

Mon  chan 

Ses  atan  ' 

Gran 
15  Mais  a  lor  veiaire 

Qar  non  sabon  gaire 

Fail  car  non  lesclaire 

Daitan 

Qe  lentendefFon^  neus  lenfan . 

II.  Jamagra  del  tôt  vencut 
Si  dieus  maint 

Ma  bella  mia  mai  el  truc  '■^ 

Leuet  sa  ma 
5  Per  qe  mos  meillers  chanz 
[rem  a 

Qe  non  es 

Lo  *  com  comenses 

Se  qe  câjes 

Ni   peiures 
10  Per  ira 

Qe  vira 

Talan 

Quêianan 

Van 
15  Trie  i  ^  galiaire 

Gentil  de  bon  aire 

Nom  voillatz  retraire 

Denian 

Vis  6  cellas  qe  galiaran. 

III.  E  pos  aissi  ma  retengut 
Qaillors  nô  mut 

Voilla  qaia  ioi  e  salut 
Qaissi  parra 
5  Si  die  ver  daisso  qe  mi  ua 
Que  sil  bes 


Caien"'  nos  targes 

Sol  comenses 

leu  pueis  ades 
10  Grazira 

Seruira 

Chantan 

E  lauzan 

lan* 
15  Qem  fo  comensaire 

Des  qui  vai  ^  maltraire 

Tan  son  fiez  "^  amaire 

Qenan 

Vai  mamors  ades  esforsan. 

lY.(p.8j    Pero  ben  ai   lo  temps 

[agut 

Qe  a  perdut 

Mo  tengra  sagues  tan  vol- 

[gut 

Au"  mes  en  va 
5  Mon  chantar  mais  aissi  ses- 
[cha 

Tro  merces 

Mo  meillur  après 

E  sim  niostres  '- 

Com  enloignes 
10  Garira 

Gandira 

Joigniara'^ 

Esperan 

Tan 
15  Qem  vira  belcaire 

Don  non  peuse  del  aire 

Mon  fat  [cor]  '*  estraire 

Ni  blan 

Laperdaqieeprisperlo  gan. 
V.   Aissi  mes  tôt  desconuengut 

Qiteu  nai  vezut 

Qar    sol    mapellet    un   iorn 
[drut 


'   c.  en  :  afan  —   ^  l.  :  lentendesson   - 
en  :  Bon  —  ^  c.  e?i  :  e  —  *  c.  en  :  Vas 
Lan  —  ^    l.  :  Desquiuar  —  '^^  c.  en:    fis  —  ' 
—  '3  c.  en  :  Loignan —  "  omis  par  le  copiste 


3    c.  en  :  mas    el  trut.  —  *  c. 

-  7  c.  en:   caten   —   ^  c.   en: 

eti:  Ni  —  '^  /.:  mostres 


360  LE  CHANSONNIER  DE 

E  sim  estra 
5  So  qem  diz  malestan  sera 
Cane  pos  pies 
Aguem  qe  marnes 
Non  cug  pes  * 
Qen  lem  vires 
10  Maint  ira 
Suffira 
Pensan 
Siiffertan 
Qan 
15  Mi  vole  amors  faire 
Mais  per  cap  mon  paire 
Non  serai  confraire 
Dengan 

Damor    qen  prenda  dal  un 

[pan. 

VI.    Ane    nom   plac  amors   per 

[eseut 

A  cors  batut 

Dun  priuate  dautre  escon- 
[dut 
Mas  *  qim  voira 
5  Tota  laurai  e  tôt  maura 
Non  dicies 
Anz  qel  tôt  perdes 
Non  espères 
Qe  drutz  engres 
10  Sazira 
Sospira 
Çiaban 
Menassan 
Dan 
15  Pero  susterraire 
Pi-en  enanz  repaire 
Qe  glotz  menassaire 
Cri  dan 

Cals  colps  faria  de  son  {p.9) 
[bran. 


BERNART  AMOROS 
VII.   Pois  3  es  dompnaire 
Fab  ''  critz  ni  ab   braire 
Vas  si  vol  atraire 
Preian 
5  Bona  dôna  ni  benestan. 


GIRAUTZ  DE  BORNEL 
(B.Gr.242,51) 

I.  Nom  sai  suffrir  ea  la  dolor 
De  las  denz  la  lenga  no  uir 
El  cor  ala  nouela  flor 
Lancan  vei  los  ramels  florir 
5  Elz  haut^  aug  per  boscatge 
Aug    dels    auzeletz  enamo- 
[ratz 
Qe  si  tôt  mestauc  empen- 
[satz 
Ni  près  per  malauratge 
Can  vei  campz   ni  vergiers 
[ni  pretz  ^ 
10  Em  reuouel  emasolatz. 
II.  Car  eu  nom  faz  dakre  labor 
Mas  de  chantar  e  desbaudir 
Cujan  somujauaem  pasor 
Un  somnjeqe  mer  a  venir 
5  Dun  esparuer  ramatge 
Qe  mera  sus  el    poîg  pau- 
[zatz 
E  semblauam  adomeziatz 
Ane  non  vi  tan  saluatge 
Pois  tornet  maners  e  priuatz 
10  E  de  bonioe  apreisouatz. 
111.  El  sommi'^  comtei  mon  sei- 
[gnior 
Car  a  seignior  lo  deu  hom  dir 
&  el  narret  lom  en  amor 


'    /.:  probes   —   2  c_  faussement  en  :  inas   —  s  c.  en  :  Fols 
SaL.  —  5  /.:  El  chant  —  6  /.;  pratz  —  ^  /.:  somnie 


LE  CHÀNSONiNIER  DE  BERNART  AMOROS  361 

VI.  Eu  ai  ia  uist  comensai-  tor 


Em  diz  qes    eu   noi    puesc 
[faillir 
5   Qe  del  plus  aut  paratge 
Conqerrai  tal  amig  en  *  patz 
Can  ben  men  serai  trebail- 
[liatz 
Ane  om  de  mon  lignatge 
Ni  outra  ma  valor  assatz 
10  Non  amettal  an-  fo  amatz. 
IV.  [p.lO).    Era  ma  ^  vergoin   e 
[paor 
E  mesueil  en  plang  en  sos- 
[pir 
Cieîg  men'^^sôpniar  gran  fol- 
[lor 
E  pens  qe  noi  puesc  auenir 
5  Fer  ^  tel  ^  fais  coratge 
Nos     vol    partir    vns   ries 
[pensatz 
Ergoillios  e  demesuratz 
Câpres  nostre  passatge 
Cuig  qel  somnis  sera  vertatz 
10  Tôt  aissi  coni  mi  son^  nar- 
[ratz. 
V.  Epoisauziretzchantandor  * 
E  chanzos  anar  e  venir 
Qeras  qan  ieu    non  sai  va- 
[lor9 
Mauen  un  pauc  plus  enardir 
5  Denuiar  mon  messatge 
Qe  parle^"  uostias  amistatz 
Qe  saines  faira  *'  la  meitatz 
Mal  *2    de    leis    non    teing 
[gatge 
Pero  ia  non  er  acabatz 
10  Nils  1^  faitz  tro  sia   eomen- 
[satz. 


Duna  sola  peir  al  bastir 
Eeada  pauc  puiar  daulor  ** 
Tro  qom  la  podia  garnir 
5  Per  qieu  pren  vassalatge 
Dautan  si  vos  moconseillatz 
Qel  vers  can  er  ben  asonatz 
Qel  met  en  dreit  viatge 
Si  trop    qui  lai    lom    port 
[viuatz 
10  Ab  qwes  déport  e  sasolatz. 

VII.  E  vos  entendetz  e  uetatz  '^ 
Qe  sabes  nio  ^^  lengatge 
Sane    tri   motz    aibertz,   ni 

[sarratz  *' 
Seranols  fai  ben  esclaiatz. 

VIII.  (p.  11)  Qi  ci  men   perse  '* 

[esforsatz 

Qentendatz    cals  chansos 

[eu  fatz. 

8 

GIRART  DE  BORNEL 

(=  B.  Gr.  242,  48) 

1.  Mamigam  men  estra  lei 

Non  sai  per  qe 

Qeu  non  lai  forfag 

Pauc  ni  ren 
5  Si  dieus  maint 

Doncs  per  qe  sazira 

Pos  eu  nuU  enuei  noil  faz 

Car  li  plaz 

Cals  non  i  sai 
10  E  pero  dis  qei  meioren  '^ 

Eran  -•*  encolpat  nom  sen. 
II.  Peut^*  enueiaual  rei 


'  c.  en  :  em—  2  /.:  nin  —  3  l.-.  nai  —  ^  c.  en:  E  tei?ig  mon  —  »  /.:  Pero 
—  6  c.  en:  del  —  '  c.  en  :  fon  —  «  Z.  :  chantador  —  ^  c.  en  :  vas  or  — 
»o  l.  :  porte  —  n  l.  :  faita  -  iM.  :  Mas—  i^  /.  :  nuls  —  »*  c.  e?i:  dau- 
sor  —  1*  /.:  veiatz  —  '6  /  .:  mo  —  "  c.  en  :  cubertz  ni  serratz  —  '^  c.  en:  E 
soi  men  per  so  —  ^»  L  :  mespren    —  20  /.  :   E  car—  *•  /.  :  Petit 


3  62  r.E  CHANSONNIER   I)F 

Mas  qer  saue 
Qe  pert  ses  tor  fag  * 
Qar  del  be 
5  Que  ma  uolgut 
Reconosc  qes  vira 
Per  qieu    maimiz  -   son  loi- 
[gnatz 
De  solatz 
Qe  ges  non  nai 
18  Mas  chant  çer  abellimeni  •' 
[E]  per  plazei-  de  la  gen. 
m.  Onplusia'' uoil  meinsla  uei 
Bona  vas  me 
Sil  son  sens  forfag 
Noil  soue 

5  Tôt  ai  perdut 

Del  qe  ^  no  salbira 
Cô  fis  limer  auireliatz  ^ 
Ab  son  bratz 
Per  qe  verai 
10  Ma  trobat  &  faiparuen 
Qe  mi  tengua  dreit  nien. 
IV.  Deus  qe  ner  a  vos  mauuei' 
Cil  clam  mirce 
Deus  lo  sieu  forfag 
Tema  *  se 

6  Qel  cors  noil  mut 
Qieu  nonca  suffrira 
Ja  non  fora  tan  iratz 
Qe  viatz 

E  de  gran  iai 
10  Noiltenis^  son  faillîmen 

Ci  a  '"  senz  tort  mi  repren. 

V.  (p.  12)  Mas  si  ges  tem  qieu 

[desrei 


BEKNART  AMOROS 

Premgam  al  tre  ** 
Al  primer  forfag 
Siral  12  ve 
5  Qevautre  '^  drut 
Et  si  res  li  tira 
De  qem  forces  ma  soudatz*'' 
Ab  jra  '^  latz 
Leis   mi  rendai  '*' 
10  Pel  col  eam  mais  sun'' pen 
Qe  maz  nés  lomamen  '*. 
VI.  Dreitz  es  qe  la  seigniorei 
Caissas  ^^  coue 
Can  maura  torfag  ^^ 
Qe jasse 
5  Ma  be  vencut 
E  so  lipleuira 
Cane  des  loraqeu  fui  natz 
A  pensatz 
Su  so  terrai  2* 
10  No  fraissi  son  mandamen 
Nellis  22  ni  ab  essien. 
Vil,  Janon  cug  corn  fols   feunei 
Per  qieu  li  cre 
Moût  auer  forfag 
Qe  la  ie  23 
5  Sil  plaz  qem  tut 
Molt  ben  21  abeillira 
Sus  el  cap  colps  dastellas 
Ab  sapas  ^= 
Esis  nestrai  ^e 
10  Semblara  deschauzimen 
Dis  mal  oc  sil  o  enten. 
VIII.  Joi  e  segur  li  conten 
Un  don  qemfes  auinen. 


'  /.  :  forfag  —  '^   c.  en  :  mairitz  —    ^  l. 
^  c.  en.  :  Desque  —    ^  c.  en  :  autreiatz  —  ' 
Tenra  —  9  c.  en  :  fenis  —  ">  c.  en  :  il    — 
—  '3  c.  en  :  Qeir  autre  —'*/.:  foudatz  — 
dai,    l.  :  rendrai  —  '^  /.  :  sim  —    '*  c.  en.  : 
en  :  Caissis  —   ^0  c.  en  :  forfag  —   21     c.en 


esbaudimen  —  ^  /.  ;  la  — 
f.  en  :  mautrei  —  ^  c.  en  : 
'  c.  en  ;  fre  —  ^-  L:  '1  Si  iai 
3  /.  :  un  —  *6  c.  en  :  pen- 
mazires  loniamen  —  i9  c. 
:  retrai  —    '^  c.en  :  Nessis 


23  /.  :  te  —  2*  c.  en  :  men  —  ^^  i.  .-  Ar   sapchatz   —  2«  c.  en  :  mestrai 


LE  CHANSONNIER    DE   BERNART   AMOROS  ^6S 

15  Tan  coin  pueis  Ion  nom  ^' 
9  [lenten. 

III.  Adoncs  a  qem  van 
Tôt  iorn  chastran  *^ 
Qe  pecs  *3  plagnieran 
Seu  ia  joi  cobres 

5  Can  voi  seras  '^  près 
Car  sieu  ioing  ni  latz 
Menutz  motz  serratz 
Pois  en  son  lausatz 
Can  ma  razons  bona 

10  Par  ni  sabandona 
Com  ben  enseinatz 
Si  beil  ve 

Ni  mos  dreitz  capte 
Non  vol  al  meu  encien 

15  Cab  totz  chant  comnialmen.*'' 

IV.  Mas  pero  lautran 
Can  perdeei  mou  gan 
Ni  anaua  *''  chantan 
Plam  ^'  e  plus  q  des  "* 

5  Que  si  roen  larzes  '^ 
Foran  encolpatz 
Car  lo  dos  nis  ^^  gratz 
No  mera  vedatz 
Mais  ara  sim  coira  ^^ 

10  Maraia  fellona 
Serai  bos  poïsatz 
Pois  ab  que 
Non  puîzar  22  be 
Sim  sona  nim  acueil  gen 

15  Proi  23  a  gran  refragnemen. 

V.  Mas  si  bel  serablan 
Nil  cor  uil  telan 
Manaua  camjan 


GIRARTZ  DE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  242,  42) 

I.  La  flors  del  versan  ' 

Me  vai  remenbran 

Un  cortes  afan 

E  si  nos  coches 
5  Qeil  mi  remembres 

Jam  tam  ^  oblidatz 

De  qerre  solatz 

Pero  câpz  ni  pratz 

Gensers  '  no  meissona 
10  Quai  cor  mi  boi  onz  ^ 

Tais  unamistatz 

Camatz  ^ 

Saissi^sesdeue 

Conul  ^  cui  am  ma  couen 
15  Ben  chantarai  plus  souen. 
II.  {p.  13)  Doncs  dreitz  es  qieu 
[chan 

Al  preo  ^  quai  per  man 

Mas  maït  en  diran 

Qe  sim  esforces 
5  Cou  leuet  chantes 

Mels  *  mester  asatz 

E  (ia)  non  es  vertatz 

Qe  senz  e  cartatz 

Adui  prez  el  doua 
10  Si  cû  juch  atzona  ^ 

Non  senz  es  lausatz 

Mai  *"  ben  cre 

Qe  ges  chantars  se 

Non  val  al  comensamen 


'  c.  en  :  verlan  —  ^  /.  :  fora  —  ^  c.en  :  Genseis  —  *  '/.  en  :  borona,  /.  ; 
botona  —  '  l.  :  Gama  te  —  ^  c.  en  :  Gon  cil  —  '  c.  en  :  prec  —  *  c.  en  ; 
niais  —  ^  c.en:  luchaizona  —  '"  c.eîi:  Mas  —  *'  c.  en  :  con  hom  —  *2  c_  ^n: 
chastian —  '*  c.  en:  pois  —  i'  c.  en;  noi  serai  —  '^  c.en:  conuinalmen, 
/.:  comunalmen  —  16  c.  en  :  Manana  —  "  c.  en  :  Plain —  **  /.  ;  ades  — 
19  c.  en  :  tarzes  —  20  c.  en  :  nil  —  21  c.  en  :  sona  —  22  /. .-  poinzara  — 
»3  l.  :  Noi 


364 


LE  CHANSONNIER  DE    BERNART  AMOROS 


Non  sai  qim  lauzes 
5  Qeu  0  suflfertes 

Suffrir  er  aujatz 

Coin  auol  '  foudatz 
(^.24)Caissimi  sial  allatz  ^ 

Em  contresporona 
10  On  pietz  me  rasona 

E  ducs  nous  cuiatz 

Pos  merce 

Ditz  caura  de  me 

Si  la  razou  folamén 
15  Qe  me  penedes  non  ien  ^. 

VI.  Jan^  doncs  enan 
Fiz  e  ses  enian 
Suffren  e  pregan 
Qe  si  safi'anqes 

5  Sos  ries  cors  engres 

Plus  en  fi-oniatz  ^ 

Conan  ^  fos  veniatz 

Queu.  ni  mos  cors  fatz 

Si  bes  desazona 
10  Que  mens  "^  non  sadona 

Con  miels  fos  paratz 

Mas  coue 

Si  no  canai  re 

Qesperan  venqe  suffren 
15  Quil  franc  venz  om  fi-anca- 
[men. 

VII.  Nom  recre 
Desperar jasse 

Sobre  totz  qe  loniamen 
M  aura  menai  pren  nom  pren. 
VIII.  Ben  es  dreitz  qe  lonjamen 
Esper  om  gran  iauzimen. 


10 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 

(  =  B.  Gr.  242,43) 

1.  Mas  com  maiie  dieus  maiut 
Qeras  can  cug  chantar  plor 
Séria  ia  per  amor 
Qe  ma  sobrat  e  uencut 
5  Et  amor  non  sen  tais 
Si  fai  doncs  per  qem  irais 
Ni  qim  fai  languir 
Qieu  non  o  sabria  dir. 
II.  Qaissi  mes  deuengut  * 
Tôt  lieu  qe  pero  ^  la  valor 
E  solalz  no  ma  sabor 
Esdeuenc  anc  mais  adrut 
5  {p.  15)  Et  drutz  soi  eu  non  ai  *" 
[mêlais 
Cades  lam  forzeigz  e  mais 
En  voil  e  désir 
Ni  soi  drutz  quo  pot  suffrir. 

III.  Qeras  car  sollai  volgut 
Mi  tenc  per  fin  amador 
Amane"  si  dieu  adzor  *2 
Son  ieu  *3  fiz  e  nô  remut 

5  Lo  coratge  nil  biais 

Damar  lieis  per   au  '^    son 

[gais 

Bem  pauc  tem  faillir 

Donc  pero  an  *^  plaîg  e  sos- 

[pir. 

IV.  Car  ben  ai  i-ecognegul 
Camors  nom  val  ni  macor 
Nom  val  es  ara  la  gensor 
Del  mon  nom  a  pron  '^  val- 

[g«t 
5  Non  perren  anz  die  qem  trais 


1  c.  en  :  auei,  l.  :  auci  —  ^  c.  en  :  assatz  —  ^  c.  en  :  Ien  —  *  c.  en  :  Irai 
—  *c.  e>i  :  for  assatz  —  ^  c.  en:  Con  quen  —  ^  c.  en  :  meils  —  '  /.  :  mes 
es  deuengut —  9  c.  en:  parc —  **  c.  en:  ni —  i'  c.  e«:  Amaire  —  **  c.  en: 
auzor  —  '3  c.  en  :  ieu  —  **  c.  e7i  :  cui  —  '^  c.  en  :  per-  on  —  •*  c.  en  :  prou 


LE  CHANSONNIER  DE  BEKNARÏ  AMOROS 


30  5 


Cant  mi  det  trebail  e  fais 
Em  fez  encubir 
So  que  nos  pot  aiieuir. 
V.   E  con  non  as  *  receubut 
Assatz  de  bea  e  donor 
De  las  mans  de  mo  seignior 
Si  ai  masan  retengiit 

5  E  qe  nn  couent  qem  frais 
Qua  lai  ^  qe  lira  matrais 
Em  fera  mourir 
Sol  qê  son  atur  nom  vir. 
VI.  Des  volfo  3  queil  ha  plagut 
Nô  osnia  ^  mer  meilhor 
Si  trac  malqwom  quai  greu- 
Desira  mais  de  salut       [jor 

5  Nanties  e  nous  parlassaitz^"' 
Digatz  doc  qe  sil  iam  bais 
Segur  puesc  pleuir 
Cauarê  ^  pot  o  guérir. 

VII.  {p.  i6)Masfai  '^   ma  mô  dol 

[cregut 
Us  chanz  ^  qe  fan  entre  lor 
Al  9  durgel  per  qeil  pluzor 
Seran  mort  e  refondut  *•• 
5  Quil  côtes  ab  cui  lois  nais 
E  sabers  e  pretz  verais 
Sen  curet  '*  eissir 
Qi  loi  uolgues  consentir. 

VIII.  Bels  tentai'-  totzjper  sauais 
Sil  laisson  eissir 

El  rei  so  vol  consentir. 

11 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 

(=B.  Gr.242,  34) 
I.  Ben 
Maten 


Senz  fallimen 
En  un  chan  valen 
5  Caiuon  '^ 
Mes  creguda 
De  lai 
On  cil  estai 
Qeu  am  mais  de  re 
10  Neus  ma  ** 
Non  am  ta 

Per  qem  vauc  pensan 
Con  so  qeil  plagues 
Li  disses 
15  Chantan 

Qestiers  non  laus  dir 
Con  sim  fai  languir 
Jauzen 

Qe  mal  no  sen 
20  Mas  del  pensamen 
Qem  destreinh 
Pero  sil  capteinh 
Qem  promes  nom  fai 
De  ben  e  derai  ^^ 
25  Mesdui  em  empeinh. 
II.  Qen 
Rizen 

Mi  fes  paruen 
Al  comenzamen 
5  De  druda 
Car  tenguda 
Qwcsmai 
Ni  dol  non  ai 
Per  •^  ioi  qe  men  va 
10  Car  se  '^ 
Cug  qenan 
Mira  meilhuran 
Lesperancel  bes 
E  pos  ces 


1  /.  :  ai  —  2  c.  en  :  cil  —  3  c.  çra  :  so  —  "  c.  en  :  osai  la  —  =•  c.  en  :  par 
lassaisz  —  e  e.  en  :  Caucir  em  —  '  c.  en  :  sai  —  «  /.  :  clanz  —  »  c.  en: 
Cil  — «Oc.  en  :  cofondut  —  ^^  c.  en:  cuiet—  i"^  c.  en:  tenrai  —  '^  c.  en  : 
Caiuda  —  **   L:  me—'»  c.  en:  deiai  —  '^c    en:  Pel  —  «W.  :  Cane  se 

24 


366 


LE  CHANSONNIER  DE   BERNART  AMOROS 


15  Enjâ 

Lai  cor  a  seruir 
Sira  deignia  cuillir 
Nim  prem 
A  chauzimen 

20  Dazai  si  nom  peu 
Sieu  {p.  17)  jam  feinh 
Cab  son  sen  non  reinh 
Segon  qe  sabrai 
Pos  conoisserai 

25  Qe  noi  a  mal  gieinh. 

III.  Len* 
Mi  reu 

Qe  qem  prezen 

Qar  leugeiramen 
5  Se  muda 

Ca  sambuda  ^ 

Mestrai 

So  quem  fez  iai 

Emew  descapte 
10  Merce 

Noil  deman 

Mas  vauc  malegran 

Com  non  conogues 

Ni  saubes 
15  Lafan 

Pois  cug  men  partir 

E  en  leis  seruir 

Enten 

Gran  jauzimen 
20  Qieu  vaurai*  breumen 

E  reueinh 

Per  bon  entreseinh 

Quem  me  ne  mettrai* 

Lo  lo  balbertalai^ 
25  Qe  plus  noi  ateinh. 

IV.  Den 
Nouen 


Mi  uau  meten 

Per  sobrardimen 
5  En  bruda 

Mentaguda 

Që  trai 

Ves  tal  assai 

Cala  mia  fe 
10  Ben  cre 

Ca  mon  dan 

Mi  vau  esforsan 

Tam  soi  foUa  ras 

E  cun  es 
15  Qieu  chan 

Nim  sapcha  cobrir 

Qi  mo  deu  grazir 

Soen 

Fail  e  mespren 
20  Et  nom  eu  assen 

Ni  non  reinh  ^ 

A  dan  sim  costreinh 

Amors  nim  dechai 

Cuna  vetz  naura  [i] 
25  Mon  ben  esdeueinh. 
V.  Men" 

Cauen  * 

Vai  9  dreitz  venen 

Per  vetz  si  ben  pen 
5  En  cuda 

Recrezuda 

Seschai 

Ren  efFastai  *" 

Com  cobre  reue 
10  Per  (]ue 

Vau  tarzan 

La  guerrel  deman 

E  soi  tan  cortes 

Qe  merces 
15  Claman 


'  c.  en  :  Leu  —  ^  c.  en:  saubuda  —  ^  c.  en  :  iaurai  —  ^  c.  en  :  mat- 
trai —  ^  c.  en:  barbetalai  —  ^  c.  en  :  teinh  —  '  c.  en:  Meu  —  «  c.  en: 
Tauen  —  ^  c.  en  :  Irai  —  'O  c.  en:  Jen   estrai 


LE  CHANSONNIER   DE   BERNART  AMOROS 


367 


Cug  endeuira  ' 

En  so  qe  dezir 

Par  cen 

Forfadamen^ 
20  Cqt«fs  ^recreizen 

Meiriz  '*  depeinh 

Pero  suam  ^  seinh 

Taa  olustrirai^ 

Tro  tôt  parai  ' 
25  Si  pert  o  reuinh. 
VI.  [p.  18)  Sim  destreinh 

Lo  cor  qel  gieinh 

Caura  pérorai  * 

Sanz  qe  passera  ^  mai 
5  A  plus  non  ateinh. 
VII.   Plus  adreg  greu  mai  '" 

Aigas*'  passarai 

Seu  de  vos  nom  veinh 

12 

GIRAUTZ  DE  BORNE L 
(=  B.  Gr.  272,  36) 

I.  Joi  aill  *2  del  tôt  non  lais 
Chantai-  ni  déport  ni  rire 
Canqera  non  ia  nés  tais  '^ 
Mas  car  plus  non  platz 
5  Coaortz  ni  solatz 

Nomvoll  emi  sol  despendi 
Mos  bos  ditz  prezatz 
Anz  desqe  comenz 
Mos  ch'înz  auinenz 

10  Pois  uestrei  las  denz 
Qe  nol  auz  retraire 
Car  non  *'   vei  gaire 
Au  *5  plassa  iais 


Ni  trop  qi  inenuei 
15  Sieu  malegre  ni  mesbaudei. 

II.  E  pero  si  me  noz  mais 
Mas  qe  no  mes  bel  a  dire 
Mainal  *^  amia  qem  trais 
E  sim  par  foudatz 

5  Car  men  son  proatz 

Pos  a  leis  non  puesc  defen- 
[dre 
Mal  me  soi  menatz 
Serai  doncs  suffrens 
Ja  men  venia  lenz 
10  Bes  e  iauzimenz 
Car  neguns  amaire 
Non  sap  damor  gaire 
Qe  leu  sirais 
Camors  dona  lei 
15  Com     lautrui     tort    blande 
[mercei. 

III.  Arasoior  ne  engrais 

Car  sap  con  nu  pot  aucire 
Cane  pois    non  fui   letz    ni 
[gras  " 
Descuns  fols  versatz 
5  Qi  maduis  pechatz 

Ma  siet  '*  en  fes  {p.  19)  en- 

[tendre 

Gran  mensongel  fatz 

Nom  fo  pois  guirenz 

Plus  qe  lardimenz 
10  Eu  qe  ma  souenz 

E  ia  domnetaire  '^ 

Ser  uns  emperaire 

Ses  sobriet  ^o  fais 

Non  er  <\ue\  enuei 
15  Camors    non    vol  com  seg- 
[niorei. 


'  c.  en:  endeuenir —  *  c.  en:  forsadamen  —  ^  /.  :  Cauer  —  ^  /.  :  Meinz 
—  ^  e.  en  :  si  iam  —  •*  c.  en:  o  suffrirai  —  '  c.  en  :  pcoarai  —  ^  c.  en  : 
Cauia  perdrai  —  ^  c.  en:  passim  —  '<>  c.  en:  urai  ou  irai  —  '*  c.  en: 
Gugat —  '*  c.  en:  Jes  assi  —  <3  c.  en:  neslais —  "  c.  en  :  noi  —  '^  c. 
en:  Gui  —  i6  /.;  Ma  mal—  i'  /.  :  gais  —  *»  c.  en:  Mafiet  —  '»  c.  en:  E 
la  domneiaire  —  *>  c.  en  :  sobrier 


365 


LE  CHANSONNIRR  DE    BERNART  AMOROS 


IV.  Vers  es  que  samor  mestrais 
E  non  0  pot  escondire 
Mas  pois  lafoi-cel  prat  pais 
Qe  mi  val  vertatz 

5  Miels  mi  for  assatz 

Qe  li  cor  vires  en  atendre 
Ves  calacom  latz 
Qe  pos  forsal  venz 
Noi  es  dreigz  valenz 

10  El  paucs  euens* 
Que  mes  cabdelaire 
Dona  mi  veiaire 
Qieu  eis  mabais 
Can  vas  lieis  feunei 

15  Capoder.  qemsortzem  sor- 
[dei. 

V.  Mas  quim  fos  amies  verais 
E  de  mos  bes  esiauzire 

Fin  franc  e  ses  mais  aibs 
Ab  qeu-  fos  celatz 
5  Que  nom  fos  proatz 

Lieis    mi    pagra  ■'   enqwera 
[rendre 
Non  soi  tan  loingnatz 
Quel  cors  mescrezenz 
Si  combat  el  senz 
10  El  ters  espauenz 

Cane  ian  remenz  '*  laire 
Neguns  forte  paire 
Sols  non  esfrais 
Qel  cors  e  tuigtrei  ^ 
15  Plus  nô  temon  qeu  non  des- 
[rei. 
VI.  Ane  valors  au  ^  vils  prêts 
[frais 
Per  vil  agradier  assire 
Val'  benestarnon  sarrais  * 
Ni  ia  ries  maluatz 


5  Ni  mal  enseignatz 

Non  se  degien»  aut  esten- 

[dre 
Sadreit  fos  vitratz  *" 
E  uas  i  mentenz 
Eu  oc  e  consenz 
10  Qe  maluaisa  genz 
Sans  vas  donna  traire 
Coi  de  débonnaire 
Que  de  leis  nais 
Luocs  en  qe  foUei 
15  Ecui  non  peza  dieus  labnei. 
Vil.  (p.   20)  Cane   non  fo  qi  leu 
[sastrais*' 
Nis  fes  vencuz  ni  sofFrire 
Si  semblatz  saunais 
Câz  no  fos  paiatz 
5  Cuns  desniesuratz 

Qis  menassa  descoissendre 
Per  chumilitatz 
Val  ail  '2  conoissenz 
E  donc  non  apre[njs 
10  Corgoilz  es  menz*^ 
Perqe  sutfertaire 
Si  non  es  gabaire 
Cuie  bais 
E  tenc  e  manei 
15  Niais**  eu  non  die  qe  ben  es- 
[tei. 

13 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  272,39) 


Jam  vai  revenen 
Dun  dol  e  dun  ira 
Lo  cors  car  aien  *^ 
Dun  sol  bel  couen 


c. en  :  paugs  eciens  —  ^  c.  en:  qen  —  ^l.:  Joi  mi  pogra 


' c.  en:  tan 

temenz  —  ^  c.en  :  uei  —  s  Z.  :  oui  —  ">  c.  en  :  Vas  —  ^  c.  en  :  saprais,  l.  : 
satrais  —  '  e.  en:  degren  —  lo  /.  .-iutjatz  —  n  c.  en  :  sasfrais  —  '*  c.  en  : 
als  —  '3  c.   en  :  nienz.  —  i"  /.  :  Mais  —  i^  c.  en  :  aren,  /.  :   aten 


LE  CHANSONNIER   DE  BERNART  AMOROS 


369 


5  Benananz  irai  * 
Perqieu  chantarai 
Cujan  non  chantera 
Pos  vergiers  ni  pratz 
Non  madui  solatz 
10  Ni  chiins  pels  plaissatz 
[Qe  lauzelet  fan] 
Vas  lo  torn  del  an. 
11.  Ni  ia  la  vol  gen 
En  patz  no  suffrira 
Capensadamen 
Vai  ves  valor  len 
5   Ver  que  près  dechai 
Ren  als  nous  en  sai 
Mas  ia  non  cuiera 
Fos  aitan  viatz 
Jois  dezamporatz^ 
10  Vos  men  conortatz 
Dôna  per  cui  chan 
Em  vau  alegran. 
m.  E  per  uos  defen 
So  que  plus  me  tira 
Qe  no  mespâuen 
Pel  bon  couinen 
5  Qe  naigui  &  nai 
Mas  plus  men  neschai 
Cassatz  miels  chantera 
Sil  gens  cors  onratz 
Mi  fos  plus  priuatz 
10  Epero  sius  platz 
Noi  del  3  auer  dan 
Sius  repren  chantan. 
1V.(;9.  21)  Qua  plus  dardimen 
Mos  fatz  cors  nos*  vira 
Tant  fort  mespâuen 
Anz  me  ditz  souen 
5  Qa  mon  dan  serai 
Cât  vos  preiarai 


Pos  aissi  mos  ^  fera 
Car  sol  côniatz 
Anz  qe  ren  sapchatz 

10  Si  plus  nauziatz 
Paour  mi  faitz  gran 
Qem  dobles  dafan. 
V.  Cas  ^  mon  ecien 
Tôt  aulram  sofrira 
Plus  denaizimen  ' 
Parlem  bellamen 

5  Digatz  0  dirai 
Cal  tort  vos  aurai 
Sius  am  o  enqera 
Pueis  mos  precs  forsatz 
Mais  precs  e  liatz 

10  Son  e  non  crezatz 
Com  sobretalan 
Ramené  ^  garan. 
VI.  Ai  9  qils  dreitz  enten 
Damor  nin  sospira 
Non  pot  ab  gran  sen 
Auer  iauzimen 
5  Sab  foudar  "^  non  vai 
Cane  ior  saui  grai  " 
Non  vi  anz  esmera 
Lo  sen  la  foudatz 
Pero  samiratz 

10  Lo  sen  crezratz  '- 
Per  pauc  de  semblan 
Nuratz  *^  dobtan. 
VII.    E  per  aisso  pren 

Qi  treup  non  falbira** 
Premiers  car  consen 
So  cautre  repren 
5  Ges  ben  nos  estai 
Sius  mespren  de  lai 
Qeissamen  mamera 
Com  vos  vos  amatz 


1  /.  ;  e  iai  —  2  /.  ;  desamparatz—  =  c.  eir.  dei  —  *  c.  en  :  uos —  *  /.  :  mes.— 
'  /.  :  Mas  —  '  /.  :  denuazimen —  «  c.  en  :  ja  mené,  /.  .•  ja  mane —  9  c.  en  : 
A.r  — 1"  r.  en  :  l'oudat  — "  c.  en  :  gai  —  •-  /.  :  creziatz— '•''  c.  en  :  Niriatz  — 
*    c.    6)1  :    salbira 


370     LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Qe  giierram  fassatz 
10  Mais  suffretz  empatz 

Cancil  '  venseran 

Qe  miels  suffriran. 
VIII.  Qen  patz  e  siifFren 

Vira  2  qê  rauzira  s 

Dun  amop  valen 

Si  lengeiramen 
5  Pel  fol  sen  sauai 

Nom  fezes  esglai 

Lo  qe  manzdera  * 

Sin  fos  {p.  22)  iuziratz» 

Mais  foissim  iratz 
10  Per  cautre  senatz  « 

Car  manei  doptan 

Pois  e  pris  enan. 
IX.  E  pois  suffertera 

Maiors  tors  assatz 

Cant  me  fui  lognjatz 

E  soi  messfredatz 
5  Per  qeus  preo  "^  eus  man 

Qe  sustas  «  aman. 
X.  Ben  platzqeil  aman 

Amon;sust.ertan  s. 

14 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  242,  53) 

I.  Nuilla  res 

A  chantar  nom  fail 

Per  qe  deu  pro  mos  chanz 
[valer 

Car  ai  ben  razon  e  lezer 
5  E  luec  e  sazon  de  qe  chan 

E  mais  daitan 

Mi  creis  ma  benananza 


Qem  bella  cuidei  mon  esper 

Qem  toi  lemer 
10  Em  fai  ioi  iauzir  e  solatz 

Don  vei  assatz 

Cobs  mes  qe  mos  chanz  si 
[meillur 
Poz  ma  enseignja  eut  segur. 
II.  Car  non  es 

Dregz  qeu  chan  nuail 

Pois  de  ioi  mon'°ni  desplazer 

Car  si  sencôtron  dun  voler 
5  Dui  fin  amie  e  dun  talan 

Qe  vas  enian 

Non  penda  la  balanza 

Chascunssi  dieu  contratener 

Ca  son  poder 
10  Nos  voluanis  viral  sieulacs^' 

Garnies  araatz 

Sacor  qe  menta  nis  periur 

El  e  sobran  a  malaur. 

III.  Qeu  c^uai  près 

E  maintz  luecs  trebail 
De  maint  mol  leig  maint  dur 
[iazer 
Lais,  ab  alqes  de  bon  saber 
5  Ma  rancur  em  vauc  aesman 
Qencontral  dan 
Clan  *2  ab  bon  esperanza 
Tal  forz  ou  puescaremaner 
Et  sim  ditz  ver 
10  Mos  seguer  pro  son  be  fer- 
[matz 
Ges  nô  menatz 
(p.  23)  Mais  de  cui  qem  clam  ni 
[rnucur 
\h  leis  en  remain  e  matur. 

IV.  E  merces 


'  c.  en  :  Caicil  —  ^  /.  :    Vi  ia  —  ^  c.  en  :  iauzira   —  ''  /.  :  So  qe  ma- 

'udera  —  *>  /.  :  ueziatz  —  ^  c.  en  :   seiratz  —  '   c.  e7i  :  prec   —  *  /.  :  sufras 

—   9  c.  en  :  suti'ertan    —  *"  c.  en  :  mou  —  "     c.  en  :  lats    —    i^  g   g^  / 
Dan,  /.  :  Clau 


LE  CHANSONNIER  DE   BERNARÏ  AMOROS  371 

5  Mas    seiram*3   ab    un    bel 
[semblan 


Qe  sableis  nom  vail 
Res  for  dieu  nô  pot  pro  tener 
De  peiniat'  ni  da  ^  cazer 
5  E  pois  eu  ren  als  nô  deman 
Mas  qeu3  cuian 
Malaïc  ma  benestanza 
Membreil  con  mafir  et  ^  vu 
[ser 
AI  sieu  maner 
10  So  don  mi   son  pois  conor- 
[tatz 
Que  sai  sil^  platz 
Per  lamistat  qeil  renc  ^  li  jui' 
Qe  de  ben  amar  non  peiur. 
V.  E  seu  ges 

Per  lanior  raissail  ' 
Qel  trop  non  puescasostener 
Au  *  li  enquier  calqe  non 
[deuer 
5  TramaP  fol  ergoil  mircean 
Qe  benestan 

Ver^"  sim  creis  nim  enanza 
Qeu  ai  ben  vezut  eschazer 
Cal  estober 
10  Valviltengutz  e  meisprezatz 
Qestainz  foillatz 
Fai  maintatz  vetz    ab    bon 
[azur 
Con   miels    se    tengafqe 
[mais  dur. 
VI.  E  sim  mes 
E  son  âsenail 

E  de  son  crag  '^  non  puesc 

[mouer 

Nom    lais    del   autrui    colp 

rdoler 


Qeu  voil  '^  teman  *^ 
Far  don  aia  fizansa 
Dautramistat  mas  del  vezer 
Bes  calezer 
10  La  dreigz  cors  gais   e    ben 
[formatz 
Nom  fon  priuatz 
Anz    can    pot    far  de    clar 
[esair  '^ 
Mi    fes    bâreira    dun    prim 
[mur. 

VII.  E  fora  me  desconortatz 
Cruz  •'^   e  forsatz 

Sobre  totz  mais  tan  Ion 
[agui'* 

Ma  qui.  *^  per  qe  suffren 
[endur. 

VIII.  E  mos  fuelha  te  per  tafur 
Cellui  qui  non  cre  bon  agur. 

15 

GIKAUTZ  DE  BORNEL 

{-  B.  Gr.  272. 17) 

I.  {p.  24)  Er  auzirez 

En  cabalitz  chantars 
Qeu  soi  atrucs  -"  en  cabalitz 
[e  pais  2» 
Aujatz  e  fon  anc  mais  dicha 
Tan  gran  foli  en  chantan 
Greu  mescaparai  sel  ^'  dan 
Sub  lieis^^niapareg  nimmec^* 


'  c.  en  :  peiniar,  /.  :  peiurar  —  ^  c.  en:  de 
mafizet  —    *   c.  cm  :  laisil  —  ^  c.  en  :   tenc   - 

—  ^  c.  en:  Ni  —  9  c.  en:  Frainal  —  lo  ( 
tengas  —  '^  c.  en  :  trag  —  i^  /_  _•  feiram  — 
man  —  i*  /:  escur  —  *'  c.  en  :  Tritz  —  "* 
Nesgui;  /.  :    Nagui.  —   ^^  c.  en:  amies  — 

—  '3  c.  en:  Sab  lieig  —  2»  c.   en:  nimmers 


.  €71  :  qen  —  *  c.  en: 
:.  en  :  samor  trassail 
:  Lier  —  "  c.  en: 
en:  noil  —  ^^  l.  :  de- 


?.  en  :  bon  agur  —  '^ 


en: 


21  /. 


pars 


372 


LE   CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


Au  '  son  plus  liges  qe  sers 
Terra  tu  com»ii  suffers. 
II.  E  qen  diretz 

Si  lescienz  es  rars 
El  cors  es  leu  valrain  ia  so- 
[bramars 
Non    ia     cant  *    es     aure^ 
[iacha  * 
5  Cella  cali  remaguz  ^  ab  tan 
Ja  ren  laus  ^  nomi   valran 
Qe  cô  hom  qi  o  côsset  "^ 
Mou  maf*  chanzos  e  mos 
[vers 
Con  fols  de  saber  esters. 

III.  E  cujat  sers  ^ 

Qe  rnera  ^^  ni  deuinars 
Men  têga  dan  nou   fai    qel 
[douz  pensars 
Madurri  ab  vna  micha 
5  San  e  1er"  al  cap  dejan 
Fols   cal  1-  dig  pauc  ton'^ 
[creiran 
Daizo  cane  vers  noi  parec*^ 
Si  fara  si  tu  nenqers 
A^non  'S  raau  ren'^  lai   de 
1  part  1ers. 

IV.  Ai  <^  cantas  vetz 

Ma  trag  nescis  parlars 
Joi  dentrels  mains  per  qieu 
[deuêt**  liars 
El  cois  pos  enien  ^^  saficha 
5  Con  salegie  ^^  tan  ni  can 
Volgra  qeu  chantes  gaban 
Caras  tro  qe  sesparer  2» 


Temal  --  dreg  per  enuers 
Tant  era  en  amar  esraers. 
V.  Ane  nuls  efFrez 

Nom  fo  valens  ni  cars 
Pueis  ma  loinget  de  ici  so- 
[bregabars 
E  puis  die  camors  mi  tricha 
5  Per  vn  petit  de  semblan 
Et  pert  pe>-  zo  car  non  blà 
Leu  parlar.  cuns  danz  men 
[crée 
Qê  tenc  près  plus  greu   qê- 
[fers 
Fer  ti  bocha  qe  mal  mers. 
VI.  (p.  25)  Era  nom  letz 

Cam  '^  mi  valgra  prerars  -* 
Clamar  mercesifai  que  mos 
[trôbars 
Pois  ran^5  ses  mamor  afri- 
[cha 
5  Cautra  nô  voil  ni  deman 
Clama  merces  qi  cochan 
Celeis  cal  descauzir  lec 
Fols  trascuiatz  &  dispers 
Tôt  trobaras  zo  qe  qers. 
Vil.  Elbe  cie  sez^e 
Si  neras  en  foc  ars 
Potz    li  grazir  ton  "^'  doncs 
[mais  ims^*  baizars 
FoUa  res  e  cel  qe  picha 
5  Non  vai  lobra  meilluran 
Cada  pauc  saber  desan^^ 
E  sit  fez  mais  qe  non  dec 
Piéger  qe  cil  de  lecers 


1  /.  :  Gui  —  ^  c.  en  :  tant  —  ^  c.  en:  ancs,  /:  aut  e  —  *  c.  en: 
richa  —  3  /.  :  cals  remaigna  —  6  c.  en:  lauc  —  '  /.  :  co?îsec  —  *  c.  en  : 
mas  —  9  /.  :  setz—  »"  c.  en:  megz  —  "  c.en:  let  —  '^  c.  en:  cas  —  '3  c. 
en  :  ten  —  '^  c.  en  :  paret  —  13  c.  en  :  Mon  —  "^  c.  en  :  maiuen,  /  :  linau- 
ren  —  <7  c.  ew  :  Al  —  i»  c.  en  :  deuenc  —  i»  c.  en  :  ren  —  ">  c.  en  :  sale- 
gre  —  21  r_  gji  ■  sespaj'cc  —  ^^  c.  en:  Tanial  —  *^  c.  en  :  Can  —  **  c.  en: 
preiars  —  *5  ,-.  eji  :  tan  —  26  c.  en:  qet  fez  —  ^''  c.  en:  fon  —  W  c.  en 
uns  —  29  /.  :   defan 


LE  CHANSONNIER   DE   BERNART  AMOROS 


373 


Vi  cel  *  merce  lien  refers. 
VIII.Talqe  lai  mor  2 

Los  oilz  on  bat  la  mars 
El  cors  es  siems  ^  e  francs  e 
[sinz*  e  clarc^ 
Vai  ceveis  ^  cui  iois  abricha 
5  Loing  dauol  prez  e  temra'' 
Or*  de  mi  qen  vauc  pensan 
Tan  quen  margresisc  en  sec 
Voluen  de  tort  en  trauers 
Plus  abrezutz  cun  couers. 

16 

GIRAUTZ  BORNEL 

(=B.  Gr.  242,60) 

1.  Goiz'-*    loghatz'o  el  fregz  e 
[la  neus 
Sen  vei  e  renja  la  calors 
E  reuerdeziz  lo  pascors 
Rang  "  las  voûtas  dels  au- 
[zens*2 
5  Mes  airan*3  beus** 

Lo  douz  temps  alissent  '■'  de 

[martz 

Qe  plus  soi  faillêz  '^  qe  leo- 

Lpars 

Em  segniais  qe  cabrols  ni 

[cerf  '■^ 

Si  la  bella  an**  soi   profers 

10  Ane '9  vol  onrar 

Daitan  qe  deignes  '°  suffer- 
[tar 


Qen  sia    soi  ^'    finz  enten- 

[denz 

Sobre  totz  si  22   ricg  enia- 

[menz.  -* 

II.  Tout  el  2*  SOS  cors  guueis- 

[neus*^ 

E  complitz  de  bellas  colors 

Cane  de  roseus^^  nô  nasquet 

[ver  27  flors 

{p.  26)    Plus  fresca    ni    dautres 

[brondeus 

5  Ni  anc  bordeais^s 

Ni  a(n)c  senjor  sos  ^9  pi  us 

[gaillartz 

De    mi  si  ner  couitz  an  ^<* 

[partz 

Tan  que  fos  sos  dominis  sers 

E  fos  apellatz  de  lezers 

10  Qan  ia  parlar 

Mausirion  de  nul  celar 
Qelan  disses  priu[a]damenz 
Don  sazues  ^*  lo  sieus  cors 
[gens. 
111.  Bona  dona  lo  vostraneus 
Qem  dones  mi  fai  gran  se- 
[cors 
Qen  lui  refren  mal  ^2  granz 
[dolors 
E  qan  lo  remir  soi  plus  leus 
5  Cuns  estorneus 

E  soi  per  vos  aissi  auzatz 
Quen  nom  tem  qe  lanza  ni 
(dartz 


1  /.  :  Tu  cal  —  2 /.  :  drez  —  U.  :  fieus  —  ♦  c.  e«  :  finz  —  s  /.:  clars  — 
^  c.  en:  Vas  celeis  —  ^  /.  :  denian  —  ^  c.  en  :  &  —   ^  c.  en  :  Toiz,  /.  Gan 

—  >f>  c.  en:  loglatz  —  1*  c.  en  :  El  aug  —  '^  c.  e?i:  auzeus  —    »3   c,  en  : 
aitan  —  •*  c.  en  :  belts  —  <5  c.  en  :  auissent,  l.  :  al  issir  —  '^  /. .-    saillenz  : 

—  <7  /.  :  cers  —  "»  c.  en:  cui  —  '9  /.  :  Me  —  *•>  c.  en  :  deigres  —  ^i  c.  en: 
ses  —  22  c.  en  :  soi  —  23  c.  en  :  entamenz,  /.  :  e  manenz  —  -^  c.  en  :  Tant 


es  • 


en:  gais  e  isneus 


—  «8  l.  :   bordeus  —  29 
32  c.  en  :  refrai  mas 


2'  /.  : 

fos    — 


rosiers  —  27  çg  mot   est  souligné. 
3"  i\  en  :  ni  —  •"  c.  en  :  sazires  — 


374 


LE  CHANSONNIER  DE 


Mi  tengiia  dan  ni  negus  ni 

[fers 

Et  dautra  part  soi   plus  es- 

[pers 

10  Per  sobramai- 

Qe  naus  qe  '  vai  troblan'^ 

[pt?r  mar 

Destrecha  dondas  e  de  venz 

Tarn  mabeilis  lopensamenz. 

IV.  Dona  aissi  con  uns  casteus 

Qes  aseljatz^  j^er  fortz  sei- 

[gniors 

Qan  la  peireira  bat  las  tors 

Elscalabres  els  manganeus 

5  Et  es  tan  gieus 

La  guerra  dauas  totas  partz 

Qe  non  lur    rempro    gteriz 

[m  ariz  * 

El  gabs  el   critz  es  anan  -^ 

[fers 

So^  cil  dedinz  non  an  agers 

10  Serablans.nius  par 

Qe  loraobs  merce  elamar  ^ 
Aissius    clâ    naerce   humil- 
[raenz 
Bona  dona  pros  e  ualenz. 
V.  Donna  aissi  con  uns  agneus 
Non  a  forza  encontrun   ors 
Soi  eu  si  la  vostra  valors 
Nom  val  *   plus  freuols  qus 
[tozeus  9 
5  Et  si  plus  breus 

Mauida    qe  "^  dels  qwatrels 
[quartz 
Soi   mais  mi    pren  (p.  27) 
[neguns  escars  ** 


BERNART  AMOROS 

Qe  nom  fassatz  dreit  de  len- 

[uers 

Em   fim   ^*  amors  qem  pro 

[fers 

10  Qi  deis  garât  *^ 

Los  finz  amanz.  de  foletar 
Siaz  mi  capdels  et  giiirenz 
De    ma    dona    pois   ais.^im 
[venz. 
VI.  Joglars     ab     aqestz     sons 
[noueus 
leu  '•*    irai  '■''  a  la  bella  de 
[cors 
E  diguas   li    qeu   soi  plus 
[seus 
Qe  soi.  manteus  *•* 

17 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 

(=  B.  Gr.  242,18) 

1.  Bendeu  un  *' bona  cort  dir 
Bon  sonet  qil  fai 
Per  qieu  retrairai 
Un  leuet.  et  ai  **  lapren 
5  Parra  dôme  nonchalen 
Canli  *^  con  si  nom  chalia 
Faz  leugiers  sonetz 
Per  qel  plus  greus  sembla 
[sra  20 
Leus  2'  bos  a  faire.  | 
II.   Mas  un  petit  vueil  iequir 
E  si  faillirai 
So  dô  chantarai 
Pos  qeil  rei  entre  lor  gen 


^  c.  en:  qan  —  ^  c.en  :  noblan —  ^  /.;  asetjatz  — ^c.  e7i:  tempro  gienz  ni 
artz —  ^  c.  en:  aitan  —  «  c.  en:Si  —  '  c.  en  :  elamar  —  "  c.  en  :  vol  — 
3  L:  rozeus — '"  c.  e?j:  qi  —  " /.  :  estars  —  '- 'j.  en  :  E  lu  fin —  •'/.  :deus 
gardar  — *"  c.  eti  :  Ten  —  '=  /.  :  va  —  *6/.:  sos  —  i'  /.  :  e«  —  '«  /.  ;  qi  — 
•9  /.  :  Caissi  —  '"  l.  :  sia  —  21  c.  en:  Leu  e 


LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS  37  5 


5  An  prez  tel  acordamen 
Bom  sab  qe  desta  paria 
Segaimortz  '  efFretz  - 
E  cil  naion  manentia 
An'  ner  mal  a  traire. 

III.  E  dieus  los  en  lais  iauzir 
Qieu  mentrametrai 
Daisso  qe  meschai 

Qeu  no  mazaut  de  trop  sen 
5  Ni  trop  foudat  no  rnenten 
Pero  senz  pretz  e  follia 
Chascuuz  a  laz  vetz 
Qi  bels  assêbla  mils  '*  tria 
Segon  mou  veiaire. 

IV.  Mas  ê  som^  vol  reverdir 
Qim  tem  ^  trist  e  gai 
Qe  tôt  esseraz  vai  "^ 

Ne  *  loi  e  marrimen 
5  Qun  9  fai  sospirar  sonen 

Don  nô  désir  compagnia 

Si  bem  vau  soletz 

E  sai  qe  ben  nestaria 

Ser  amatz  amaire. 
V.  [p.  28)  Ab  zo  qe  desouenir 

Mi  deuria  sai 

Lamistat  de  lai 

Per  qe  qar  tôt  eissamen 
5  Sai  mai  gi-at  e  de  cui  men 

Er  die  zo  qe  rem  maucra  "> 

[Con  fols  car  mi  lez 

Per  ren  nom  chastiaria] 

Tro  qen  torn  a  braire. 
VI.  Greu  mi  tengra  de  faillir 

Mais  ieu  recebrai 

Segon  qe  métrai 

Bon  es  qi«eu  eis  mi  repren 
5  Cant  ai  dig  gran  faillimen 

Pero  sis  naperceubria 


Ben  petitz  tozetz 
Mas  eu  menti  tan  volrra  '' 
Plazer  fors  mon  aire. 
Vil.  Ni  ra  ^^  per  adreit  mentir 
Mi  donz  non  perdra[i] 
Cai  dig  ben  estai 
Cades  vau    mon  tort  creis- 
[sen 
5  Noi  trop  de  feignemen 
Seu  die  qe  non  la  perdria 
Totaus  calaretz 
Na  parlieira  boch  un  dia 
Fe  qe  dei  nom  '^  paire. 
VIII.  Bêla  dôna  plus  qerria 
Qem  consentissetz 
Sol  un  jorn  vos  clames  mia 
Carlle  ni  Belcaire. 
IX.  Jamon  ioiosnom  verria 
Ni  mouerai  gaire. 

18 

GIRAUTZ  DE  BORNEL 
(=  B.  Gr.  242,  20) 

I.  Be  mera  bels  chantars 

E  plaziam  deportz 

Mas  per  uns  vius  ries  mortz 

Don  mez  lor  vista  fanz 
5  Nô  mounors  '*ni  verjanz 

Ni  pratz  ni  chantz  noueus 

Tant  no  fo  beus 

Lo  genz  temps  nil  pascors 

Cant  auia  socors 
10  Ab  solaz  qera  mais 

Mes  greu  la  pen  el  fais 

Quant  [uei]  loffils    '^  louez 
[dotz  essengnatz 


'  /.  :  Sorgal  motz  —  ^  c.  en  :  esfretz  —  3  c.  en  :  Cui  —  *  c.  en  :  nils  — 
^  c.  en:  soin  —  ^  c.  en:  ten  —  M.  :  nai  —  ^  l.:  ire  —  '^  c.  en:  Qim 
—  '"  c.  en:  tem  maucia  — "  c.  en  :  volria —  '-  c.  en:  ia —  ^'^  l.  :  mon 
•*  r.  en  :  flors  —  'M.  :  los  fils 


376  LE  CHANSONNIER  DE  BERNART  AMOROS 


El  pair    del  sen   dels  fiUs 
[estar  iratz. 
II.  Qj.  29)  E  si  nom  fos  tan  cars 
Bei  volgresser  estortz 
Qentrels  nnenutz  elz  fortz 
Chai  bes  *  prez  e  bobanz 
5  Per  qieu  ciig  fail  enanz 
Quer  segnier  e  cabdês  * 
Fai  tan  qe  lieus 
Qe  so  qeil  er  onors 
Oblid  esiiir  aillors 
10  E  nos  gara  verais 
Qadonc  segnier  sauais 
Canprenchaprem^  donnom'^ 
[ameira  ^  patz 
E  descapre  ^  cels  qaur  "^  am 
[paratz. 

III.  Vers  es  qe  maintz  afars 
Sauen  vs  desacortz 
Qer  si  voil  «  nim  esfortz 
Eu  soi  fols  arochanz 

5  Qer  proesa  es  danz 
E  uergoïgna  maleus 
Eu  istran  treus 
E  paubreira  ^  folors 
Quai  cen  des  ancessors 
10     Can  aondaua  lais  '<> 
Non  valc  un  ou  arnais 
Quera.  ai  ^*    ri  ni  vol  auer 
[solatz 
Non  1er  *2  grazitz  anz  es  folz 
[appellatz. 

IV.  Moût  mes  faillitz  cuiars 
Qe  mera  vns  granz  confortz 
Qautre  gandas  e  tors 
Resortz  vs  desenanz 

5  Quev  nom  dari  us  anz 
So  qem  toi  uns  iornz  breus 


E  mos  apeus 
Car  es  ab  fortz  seigniors 
Nom  es  mas  desonors 
10  Car  s)eum  clam  ni  mirais 
Em  toil  mon  dreig  el  bais 
E  seretz  fols  sia  ia  raizos. 
[cointatz 
Lai  on  sabres  ca  tort  seras 
[virgatz.  *3 
V.  Ane  pos  sesduis  amars 
Ni  pot  caber  en  tortz 
Nom  fo  laujers  conortz 
Don  si  mofr  **  embalantz 
5  Lempostz  el  benestans 
Lo  maniars  sia  sieus 
Qanc  bos  morceus 
Non    fon   fagz   (p.  30)    pos 
[amors 
En  guet  lo  cer  ab  lors 
10  Ni  per  auer  safrais 
Ben  couen  sia  gais 
Qi   drutz  si  met  e  cortes  e 
[prezatz 
E  gen  tenenz  e  ben  enrazo- 
[natz. 
VI.  Perqieu  men  fora  pars 
Mais  al  issët  dun  iortz 
Me  mostret  vns  alsortz 
Qieu  fos  alieiz  comanz 
5  Qemdet  sas  mans.  ses  ganz 
Don  soniet  *^  mos  manteus 
E  mos  aneus 
Pois  can  fui  daqi  sors 
Tornei  vas  lei  anecors  '^ 
10  Cab  bos  precs  mi  retis  ''' 
Maintz  bes  qe  pois  mesfrais 
Em  diz  amies  ben  siatz  en 
[eertatz 


'  l.  :  bos  -  -  c.  €71  :  cabdeus—  -^  c.  pu  :  chaptein  —  ^  c.  en  :  non  — ^  /.: 
amena  —  ^  c.  en  :  descapte  —  "î  c.  en  :  qaui  —  ^  c.  en  :  vail  —  »  c.  en  : 
paubreita  —  '"  c.  en:  iais  -  "  c.  e7i  :  qi  —  '2  c.  en  :  les  —  '^  c.  en  :  iut- 
gatz  —  '.*  /.  :  mes  — *<>  cen  :  sonret — •*  cen  :  de  cors  —  "    /.:   retrais 


LE  CHANSONNIER  DE    BERNART  AMOROS 


Pil- 


Qe  ia  per  mi  non  seres  ga- 
[liatz. 

VII.  E  donc  si  galiartz 
Les  bels  nil  a  comortz 
Greu  sera  que  noi  porz 
Las  penas  els  afanz 

5  Per  qen  ira  mes  chanz 
Amies  ses  bel  espeus 
Part  los  manseus 
E  de  paris  a  tors 
Môstrâ  als  amadors 
10  Com  galiet  em  trais 
Lo  iorn  qellam  es  trais 
E  fo  ial  temps  com  era  deg- 
[mostratz  ' 
Per  aital  plag  qin    fos    en 
[cort  proatz. 

VIII.  En    sobretotz    sener    a  mi 

[clamatz 

Mas  erai  vist  qeni  laissarials 

[datz. 

19 

GIRAUTZ  DEBORNEL 
(=B.  Gr.  242,68) 

I.  Ses  valer  de  pascor 
E  ses  fueille  e  ses  flor 
E  ses  man  de  segnior 
Voil  far  ab  la  dolor 

5  Qe  ma  cargat  amors 
En  luec  dautre  secours 
Un  nouel  chan 
Qem  ira  conortan 
Del  ir  e  del  afan 

10  Gran 
Qieu  trai 

Qautre  consel  non   (p.  31) 
[sai 


Pos  no  men  puesc  sofFrir 
Ni  ren  de  tant  '^  désir 

15  No  uei  endeueuir 
Ni  non  aten 
Socors  ni  valemen 
Ja  mes  en  loniamen 
Plus  amatz  finamen 

20  Damador  cant  fos  uatz 
Era  qen   derratz  ^ 
Qeu  tenzo  e  menatz 
E  qant  ven  a  la  patz 
Em  vir  de  lautre  latz. 

II.  Qaissi  es  fazedor 
A  tor  *  fin  amador 
Qweia  nô  voil  honor 
Mas  a  plaxer  damor 
5  Qaitals  vës  es  onors 
Emrels^  fis  amadors 
E  ses  enjan 
Car  si  bestorn  a  dan 
Lor  es  pois  benestan 

10  Quau 
[Homjfai 

So  qen  amor  seschai 
Nis  tainh  a  ben  après 
Qeu  vei  cuns  tarzatz  bas 

15  Fa  plus  cor  esjauzir 
E  non  tainh  qe  sair 
Si  uoil  es  qi  grazir 
Son  chauzimen 
Mes  a  mi  nom  par  gen 

20  Sen  ren  es  enseigniatz 
Ni  benestanz  amatz 
Qem  bon  o  braus  metatz 
Ni  leu  vos  en  parcatz 
Si  noncaus,  acabatz. 
III.  Pero  qui  nom  socor 
Ama  coïta  maior 
Semblara  de  folor 


1  /.:  demostratz  —  ^  c.  en:  cant 
tôt  —  5  Ctiii:  Amrels,  /.:  Entrels 


c.en:  deriatz,  /.:  diriatz  —  ■*  c.en: 


378 


LE  CHANSONNIEH  DE  BEHNART  AMOROS 


Si  no  men  pas  aillor 

5  E  sera  breus  lo  cors 
Als  esperonadors 
ïan  près  iraa 
E  si  men  vauc  loinhan 
Pot  esser  qe  diran 

10  Tan 
Non  sai 

Sil  qe  estan.  de  lai 
Qe  no  sen  dolon  ies 
Non  i  fai  que  cortes 

15  Sera  sen  vol  partir 
Qant  sen  degra  jauzir 
Ni  laissar  per  gaudir  * 
Leugieramen 
[E  no  fail  qi  iiiespren 

20  De  mon  ensegnjamen] 
Sen  die  zo  qeu  non  faz 
Mas  ia  non  voil  sapchatz 
Cumnen  sin  ^  essaratz 
Qaraics  sui  desamatz 

25  E  so  qim  vol  non  platz. 
IV.  (p.  32)  E  si  sau  per  meillor 
Ast  amio  *  feguiedor 
Qom  ab  cor  trichador 
Serua  deissa  color 
5  Qeniauz  vas  fin  amors 
Lorpar  pretz  e  valors 
Qui  del  semblan 
Lor  sap  far  qe  il  fan 
Mas  eu  zo  qen  uiran 

10  Nian  * 
Darai 

Sapchatz  qe  atendrai 
Si  tôt  nera  mespres 
0  nom  vailla  ma  fes 

15  Seu  ia  puesc  ses  faillir 
Dei  doncs  mon  ver  désir  = 


Per  lautrui  trassalir 

Nô  eu  men 

Anz  vos  die.  veramen 

20  Qe  malamen  ^  e  despen 
Sas  nouas  qi  trop  men 
Ni  nés  acostumatz 
Mas  ben  de  leu  curatz' 
Qi  per  mi  si  iratz 

25  0  qen  si  encolpatz 

Mos  francs  segnier  onratz. 

V.  Mas  eu  non  ai  paor 
Si  bes  leua  ni  cor 
Esfortz  de  desonor 
Qe  ian  prengal  peior 
5  Ni  qe  iam  vir  aillors 
Tant  vei  sos  fait  ausors 
En  ben  estan 
Qem  nesiau  en  ctiantan 
Mas  ben  ai  cor  coian 

10  Anz 
De  mai 

Li  mostre  mon  esmai 
Qom  greia  plus  qe  res 
E  volgra  sil  plagues 

15  Nim  sachaegues*  a  dir 
Cuna  vetz  al  vestir 
Li  fos  al  sieu  seruir 
Priuadamen 
Cassatz  for  auiuen 

20  Quais  mâs  rendes,  lo  bratz 
Qar  sen  o  me  pugnatz 
Gui  meiilurar  voillatz 
Tant  coue  lo  tenhatz 
Tro  meillurat  laiatz. 
VI.   El  cuial  ma  solatz 

Qe  totz  men  soi  laisatz 
Des  pognedors  maluatz 
Cuns  non  poing  ni  menatz 


1  c.  en  :  gandir  —  -  c.  en  :  Cun  ni  sui  —  3  c.  en  :  Ist  amie  —  *  c.  en  : 
Man  —  ^  c.  en  :  desdir  —  «  /.  :  mal  met  —  '  c.  en  :  cuiatz.  —  «  /.  :  escha- 
gues 


379 


LE  CHANSONNIER  DE 


5  Qa  mo  sobre  totz  platz. 
VII.    E  fis  *  baisser-  barnatz 

Lai  on  eu  siu  ^  raubatz. 

20 

GIRAUTZ  DE   BORNEL 

(=  B.  Gr.  272,  19) 

1.  {p.  33)  Ben  foroiniais  dreigs 

[el  temps  gen 

Pos  la  brau  aur  el  fregz  sen 

[irai   ^ 

Cab  la  cors  del  ternfiini  gai 

Jouentz  qes  de  meigtz  mortz 

[cobres 

6  E  com  la  cuillis  el  onres 
Qe  si     iois  raor   gran    dol 

[naurai 

Can  vei  cab  fueilha  ni  per 

[flor 

No  fortz^  ni  cobren  sa  valor 

Eqar  sesdui  fianse  tes  ^ 

10  E  corz  e  bes 

Per  pauc  en  lij'a  qe  men  ve 

Totz    faitz  de    solatz    nom 

[recre. 

II.  Mas    ies    a    mon    cor  nom 

[aien  " 

Tan  cun  aug   precs    quns- 

[quecs  men  fai 

Cane  mais  o  dabril  [o]  denr- 

[mai  •* 

Non  fon  qwel  vns  nom  ale- 

[gres 

5  Era  mes  chascuns  plus  en- 

[gres 

E  pero  sim  conortarai 

Senz  alegrer  e  senz  amor 


BERNART   AMOROS 

E    non  cug  sapchatz  chan- 

[tador 

Qe  dautal   plaig  sentrame- 

[zes 

19  E  doncs  cornes 

Qeu  ses  ioi  cug  chantar  e  be 

Qe  ioi  bos   chanz  suffre    e 

[soste. 

III.  Non  pot  esser  qi  be  nos  sen 
Conque    mê  fenha   ni    ses- 

[chai 
Ra.  »  ses  ioi  be  nô  châtarai 
Quanqera    non     cug    qom 
[chantes 
6  Ses    amors   quel     cor    noil 
[mostres 
So  qe  pois  forza  sen  ab  rai 
Pero  trobar  en  trobador 
Sonon  de  diuersa  color 
Qe  tais  cui  esser  ben  apretz 
10  Qe  nô  sap  ies 

Cun  égals  chauzimens  coue 
Ves  desinesur  '  "  e  ves  merce. 

IV.  Qar  ies  segon  lo  chauzimen 
Trobars  non  leua  ni  dechai 
Mas   ala     francs     coratges 

[sanai  " 
Lo  dreigz  senz  el  benz  ditz 
[après 
6  Qar  qi    per    mon    bon    dir 
[mame[sj 
Tost  désirât.'^  qe  dig  non 
[aurai 
Cades  a  la  bona  sabor 
Ser  la  lengal  cor  e  lacor 
[p.  34)  E  rendel  ben  bonas 
[merces 
10  E  del  mal  près 


'  c.  en  :  sis  —  ^  ;_  ;  baisset  —  3  c.  en  :  fui.  —  '*  c.  en  :  val  —  ■^  c.  en  : 
tortz  —  ^  /.:  fes  —  t  c.  en  :  aten —  ^  c.  en  :  demmai  —  9  c.  en  :  Ja  — 
•0  c.  en  :desmesur  —  '*  c.  en  :  satrai  —  ^^  c.  en  :     diseral 


IRO 


LE  CHANSONNIER  DE 


iMals    gratz    tôt   aissi    corn 
[laue 
Qe  sim  feireu  '  vos  e  vos  me. 
V.  Vos  sabes  ab  qal  chauzi- 
[men 
Foron  amie  fiti  e  lierai 
Mas  erestornad  ^  en  afrai 
Bon  amors  conqes  comenses 
5  E  curau  a   ^  qes  meillures 
Mas  iamais  non  o  cuiarai 
Guna  mal  enfruneza  ^  cor 
Don  dôpnas  e  lor  amador 
Son  ochaizonat  e  mespres 
40  Qe  sim  lègues 

Eu  cug  qen  disera  tal  re 

Qe  nemic  en  forâiasse. 

VI.   Pos  non  qier  dreig  de  failli- 

[men 

Ai  cet  vetz  perd ut  e  perdrai 

Ja  pos  non  ai  dig  non  dirai 

So    don  cella   sera  ^    dre- 

[chures 

5  Qe  mal  tort   el   om   acades 

Per  qieu  so  crei   nom  lau- 

[zarai 

De  leis  qades  la  trop  peior 

Plus  qe  sers  fai  de  mal  sei- 

[gnior 

Cant  la  seruir  ^  dos  anz  ou'^ 

r  très 


BERNART  AMOROS 

10  K  des  qames 

Tôt  quât  podê  lui  noil  soue 
Nil  ama  nil  prezanil  cre. 

VII.  E  si  non  fos  mas  car  aten 
Perdon  mos  tortz  qar  men 

[istrai 

Ja  si  dieus  men  don  tornar 

[sai 

Noil  fora  pros  sil  demandes 

5  Merce  per  so  qe  lai  trobes 

E  pero  sil  perdonarai 

Clamors  e  cû  a   mal  deptor 

Cun    eschaeu    naten   meil- 

[lor 

Që    valgra    moût   sa    dieu 

[plagues 

10  Qeiam  parces 

Tant   tort    con    eu   lai  fait 

[ancse 

Doncs  ges  anquera  non  re- 

[cre. 

VIII.  E  si  lai  on  fo  mortz  o  près 
Mi  conduisses 

Deuan  totz  eu  iurelal   *  fre 

Ves     lo    seignior  de    sant 

[fere.  ^ 

IX.  (p.  35)  Qentrels  el    '<>    patz. 

[vai  iois  e  ve 
Eiguiteichapdel  eichapte. 


'  c.  en  :  teireu  —  ^  c.en  :  tornat  —  '^  c.  en  :  cuiaua  —  *  c.  en:  entru- 
neza  —  ^  c.  en  :  sein  —  *  c.  en  :  seruit  —  '  c.  e?i  :  o  —  *  /.  :  Virerai 
—  ^  c.  en:  sera  —  **  c.  en  :  es 


E.  Stengel. 


(^4  suivre.) 


CHARTES  FRANÇAISES 
DU  XIIP  SIÈCLE 

TIRÉES 
DES   ARCHIVES   DE   l'HOPITAL   DE    SECLIN   (NORD) 


MM.  de  Wailly,  Delisle,  Lemaire,  Le  Proux,  d'Herbomez,  Wilmotte, 
Bonnier,  etc.,  ont  publié,  dans  diverses  revues  philologiques,  de  très 
anciennes  chartes  en  langue  vulgaire,  tirées  des  archives  du  nord  de 


1  Voyez  ma  notice  Un  Hôpital  au  moyen  âge.  L'Hôpital  Notre-Dame 
de  Seclin  aux  XII 1°  et  XI V"  siècles,  extraite  d'un  mémoire  plus  étendu 
présenté,  le  1"=^  décembre  1887,  comme  thèse  à  l'Ecole  des  chartes^  et 
publiée  en  partie  dans  L'Écho  du  Nord,  entre  le  23  octobre  1888  et  le 
6  mars  1889;  — voyez  aussi  V Inventaire  sommaire  des  Archives  de  VHôpi- 
tal  de  Seclin  (Nord)  aJitérieures  à  1790,  rédigé  par  MM.  Jules  Finot,  archi- 
viste départemental,  et  Vermaere,  employé  aux  Archives  du  Nord  (Lille, 
L.  Danel,  1892,  in-8°). 

Seclin,  Nord,  arrondissement  de  Lille,  chef-lieu  de  canton,  6.141  ha- 
bitants, est  situé  à  il  kilomètres  de  Lille,  sur  la  route  nationale  de  Lille 
à  Arras.  —  Cette  ville  faisait  autrefois  partie  du  diocèse  de  Tournai, 
évêché  suiiragant  de  Reims.  Ce  diocèse,  borné  à  l'Orient  par  l'Escaut, 
consistait  en  .S  archidiaconés  et  12  doyennés.  L'archidiaconé  de  Tournai 
comprenait  les  5  doyennés  de  Tournai,  Helchin,  Lille,  Seclin  et  Cour- 
trai.  Cf.  Warnkœnig,  Histoire  de  la  Flandre  et  de  ses  institutions  civiles 
et  politiques  jusqu'à  l'année  1305  (Bruxelles,  1885-36,  2  vol.  in-8»,  cartes, 
pi.),  t.  II,  p.  332.  —  Seclin,  capitale  du  Mélantois,  était  déjà  déchu  au 
XVIIP  siècle.  Tiroux  dit  bien,  en  1730,  qu'on  voit  dans  cette  petite 
ville  le  plus  ancien  chapitre  qui  soit  dans  la  Flandre  française  et  qu'on 
y  remarque  une  église  assez  jolie,  embellie  depuis  peu  d'un  nouveau 
chœur,  mais  il  constate  que  «  la  ville  n'est  point  considérable,  n'y  ayant 
qu'environ  300  maisons  sans  manufactures.  » 

Consultez  sur  Seclin  les  courtes  notices  de  de  Rosny,  Revue  du  Nord, 
1835;  de  Duthilleul,  Petites  histoires  de  Flandre  et  d'Artois,  t.  II  ;  de 
Becquart,  Les  Communes  de  l'arrondissement  de  Lille,  qui,  aux  pp.  657- 
663,  ne  fait  guère  que  reproduire  l'article  de  M.  de  Rosny,  en  y  ajou- 
tant des  erreurs  de  date  ;  et  surtout  Jules  Finot  et  Vermaere,  Inventaire 
sommaire  des  Archives  communales  de  Seclin  antérieures  à  1790  (Lille, 
L.  Danel,  1888,  in-8°). 

25 


38  2  CHARTES  FRANÇAISES 

la  France  et  des  dépôts  de  la  Belgique  '.  Ces  documents  sont  compris 
entre  les  dates  extrêmes  de  1204  et  de  1328.  C'est,  en  effet,  dans  les 
villes  du  Nord  que  le  français  vulgaire  apparaît  pour  la  première  fois 
dans  les  chartes  :  d'abord  dans  les  contrats  entre  particuliers,  ensuite 
dans  les  actes  des  pouvoirs  ecclésiastiques  ou  seigneuriaux.  M.  Giry, 
dans  son  Manuel  de  Diplomatique,  cite  une  charte  romane  de  Jeanne, 
comtesse  de  Flandre  et  de  Hainaut,  datée  de  1237  -. 

Trois  des  quinze  chartes,  dont  nous  donnons  plus  bas  la  transcrip- 
tion, émanent  précisément  de  la  sœur  de  cette  princesse  :  Marguerite 
de  Constantinople  ^,  qui  gouverna  la  Flandre  de  1244  à  1280.  Elles 
datent  de  1247,  1249  et  1272.  Trois,  des  années  1281,  1283  et  1290, 
sont  de  Gui  de  Dampierre  ■*,  comte  de  Flandre  (1280-1304)  ;  trois, 
autres,  de  Jean,  châtelain  de  Lille  ^  (novembre  1267),  de  Mahaut, 
châtelaine  de  Saint-Cmer  (février  1257),  et  de  Guillaume  Le  Bleu,  che- 
valier (mars  1257).  Les  six  dernières,  comprises  entre  1281  et  1284, 
sont  extraites  d'un  petit  cartulaire  du  XllI*  siècle,  en  parchemin,  de 
huit  feuillets,  malheureusement  tronqué  et  contenant  douze  pièces,  de 


1  Voyez  la  bibliographie  de  ces  travaux  dans  A.  Giry,  Manuel  de  Diplo- 
matique (Paris,  Hachette,  1894,  in-S"),  p.  468. 

2  Ibidem,  p.  468. 

'  Marguerite  de  Constantinople ,  fille  de  ce  comte  Bauduin  de 
Flandre,  dont  la  fortune  fut  si  élevée  et  le  malheur  si  profond,  et  sœur 
de  Jeanne,  épouse  de  Fernand  (1211-1244),  qui  sut,  par  sa  sage  admi- 
nistration, mériter  des  historiens  le  titre  glorieux  de  Jeanne  de  LUle. 
Quels  que  furent  les  actes  politique  ou  privés  de  cette  princesse,  deux 
fois  veuve  et  mère  de  nombreux  enfants  qu'elle  n'aima  pas  tous  égale- 
ment, ses  fondations  justifient  sufiisamment  l'éloge  de  Meyer  :  «  Mar- 
guerite était  une  femme  très  entendue  aux  aiiaires  du  gouvernement, 
pleine  de  courage,  pieuse,  et  surtout  amie  des  pauvres.  »  Cf.  abbé  E. 
Hautcœur,  Histoire  de  l'abbaye  de  h'iines  (LUle,  Quarré,  1873,  2  vol. 
in-S",  fig.,  pi.,)  aux  chapitres  II  et  VII  ;  cf.  aussi  Jean  Buzelin,  Gallo- 
Fla)idria  sacra  et  profana,  suivie  des  Annales  Gallo-Flandriw  (Douai, 
Wion,  1624,  in-f»),  1.  I,  II,  III,  passim. 

4  En  1255,  saint  Louis  attribua  le  Hainaut  aux  d'Avesnes,  fils  de  Bou- 
chard, et  la  Flandre  à  Gui  de  Dampierre.  Cf.  Miraeus,  Diplomata  belgica 
(Bruxelles,  1628,  in-4"),  1.  I«',  ch.  88. 

»  La  chàtellenie  de  Lille  comprenait  9  quartiers.  Les  quartiers  de 
Mélantois,  Carembault,  Weppes,  Ferrain,  Pévèle  sont  de  l'arrondisse- 
ment de  Lille  ;  les  autres  quartiers  étaient  :  Outre  l'Escaut,  Comté, 
gouvernance  de  Douai  et  pays  de  Lalleu.  Tiroux,  Histoire  de  Lille  et  de 
sa  chàtellenie  (Lille,  1730,  in-12).  Voy.  Th.  Leuridan,  Statistique  féodale 
de  la  châtelleyiie  de  Lille,  dans  Bulletin  de  la  Commission  historique  du 
Nord,  t.  XI,  XII  et  XIII. 


DU   XIII®  SIECLE  38  3 

1250  à  1284  :  elles  rentrent  dans  la  catégorie  des  accords  rédigés  par 
les  échevinages. 

Toutes  ces  pièces  concernent  l'Hôpital  Notre-Dame,  dit  Comtesse, 
fondé  à  Seclin  (Nord),  le  14  octobre  1248,  par  la  comtesse  Marguerite  '. 
Nous  n'ignorons  pas  quelle  matière  à  observations  philologiques  peu- 
vent être  des  documents  de  cette  nature  ;  mais  les  instruments  de 
travail,  et  plus  encore  la  compétence,  nous  manquent  pour  essayer 
une  étude  approfondie  de  ces  textes.  Nous  ne  ferons  donc  qu'œuvre 
de  copiste,  de  copiste  attentif:  œuvre  de  quelque  utilité,  croyons- 
nous  ;  caries  chartes  françaises  du  XIII^  siècle  sont  assez  rares  pour 
mériter  d'être  publiées,  et  pour  intéresser  les  érudits,  malgré  l'ab- 
sence de  commentaire. 


I 

Chartes  de  Marguerite  de  Constantinople, 
comtesse  de  Flandre  et  de  Hainaut. 

1. —  Reconnaissance  es  conditions  à  Roger  de  Wallers  et  à  sa 
femme  de  biens  fonds  et  de  rentes  achetés  par  eux  à  Jean  Fiévé, 
de  Seclin. 

(Août  1247). 

Je  Margrite,  Contasse  de  Flandres  &  de  Haynau,  faic  sa- 
voir a  tous  chiaus  ki  ces  letres  veront  &  orunt  qe  Rogiers  de 

1  Voj'ez  ma  notice  précitée,  ch.  I",  et  V Inventaire  sommaire  des  Archi- 
ves de  l'Hôpital,  Introduction,  I.  —  Seclin  fut  au  moyen  âge  un  centre 
religieux  et  hospitalier  important.  Saint  Piat,  premier  évéque  de  Tournai 
et  martyr  vers  l'an  299,  aurait  péri  non  loin  de  ce  lieu,  où  saint  Eloi  aurait 
rebâti,  en  659,  l'église  élevée  ou  existante  à  la  mort  du  saint.  Comme  toutes 
les  villes  de  la  région,  Seclin,  suivant  les  chroniques,  aurait  été  dévastée 
par  les  Normands,  et  les  prêtres  auraient  dû  transporter  à  Chartres 
les  reliques  de  saint  Piat,  qui  leur  furent  rendues,  suivant  les  uns,  et 
qui  restèrent,  suivant  d'autres,  au  pajs  chartrain.  Au  XIP  siècle,  nous 
rentrons  dans  le  domaine  des  faits  précis.  On  a  les  traces  de  la  Collé- 
giale saint  Piat  dès  1122  ou  1126.  Il  existait  même  alors  une  autre  église, 
sous  l'invocat  de  saint  Eubert,  dont  les  reliques  avaient  été  laissées  au 
chapitre  de  Saint-Pierre  de  Lille,  lors  de  sa  dédicace,  en  1066,  en 
échange  de  dîmes  situées  à  Croix,  près  de  Roubaix.  Ravagée  comme 
Lille  au  commencement  du  XIII'  siècle  par  Philippe- Auguste,  Seclin  se 
releva  aussi  de  ses  ruines.  En  1218,  la  comtesse  Jeanne  accordait  à  ses 
bourgeois  les  lois  et  libertés  dont  jouissaient  déjà  ceux  de  Lille.  En  1247 
sa  sœur  Marguerite  y  créait  un  hôpital  en  l'honneur  de  la  Vierge,  éta- 
blissement qui  paraît  avoir  bientôt  éclipsé  le  petit  hôpital  de  la  Collé- 
giale, avec  laquelle  sans  doute  il  était  né  et  s'était  développé. 


384  CHARTES    FRANÇAISE^ 

Wallers  &  Marote,  se  femme  ',  ont  acaté  de  leur  propres  de- 
niers a  Jehan  Fievé  de  Seelin  %  men  houme,  deus  bonniers  " 
de  tere  ki  sont  en  le  Clawiere  *  &  viii  sols  d'Artois  ^  &  demi 
mui  "  d'avaine  chascun  an  de  rente  iretavlement  &justichav- 
lement,  lequele  rente  gist  en  le  parroche  de  Seelin  ;  &.  chele 
tere  &  celé  rente,  Rogiers  &  se  femme  tenront  toutes  lor 
vies  de  moi  par, deus  deniers  de  cens  le  bonnier,  &  après  lor 
mort  le  tenront  lor  enfant,  si  est  a  savoir  :  Pieres  &.  Jehans, 
lor  fil,  Marote,  Yde  &  Yzabiaus,  lor  tilles  ;  &  quant  il  defaurra 
de  l'un  d'iaus  il  escharra  sour  les  autres.  Et  Rogiers  &  se  fem- 
me &  lor  enfant  qi  devant  sunt  noumet,  ont  donné  è.  otroié 
le  tere  &  le  rente  devant  dites  après  lor  deces  en  ausmone  a 
le  Maison  '^  ke  j'ai  fait  faire  a  Seelin,  ne  ne  puet  revenir  après 
lor  deces  a  oir  k'il  aient.  Et  pour  che  ke  cUe  soit  ferme  chose 


*  «  Roger  de  Wallers.  »  —  Wallers,  nom  de  i^lusieurs  localités  du 
Nord  :  Wallers,  arrondissement  et  canton  de  Valenciennes  ;  Wallers  — 
Trélon,  arrondissement  d'Avesnes,  canton  de  Trélon.  E.  Mannier,  dans 
ses  Etudes  étymologiques,  historiques  et  comparatives  sur  les  noms  des 
villes,  bourgs  et  villages  du  département  du  Nord  (Paris,  Aubry,  1861, 
in  8°),  p.  992,  rattache  ce  nom  au  germain  vasl,  eau. 

2  «  Seelin  ».  Etymologie  :  Sickel-ing,  domaine  d'un  certain  Sickel.  — 
Il  ne  saurait  être  question  du  jeu  de  mots  rapporté  par  Buzelin,  se  in~ 
clinavit,  qui  fait  allusion  à  la  mort  de  Saint-Piat,  ni  des  étymologies 
celtique  de  Duthilleul  {tsegelin),  flamande  de  M.  de  Baecker  [zieklieden) 
ou  latine  de  M.  Mannier  [sacelinum). 

3  Le  bonnier  compte  16  cents  de  terre,  et  le  cent  de  terre  est  égal  à 
8  ares  86  centiares.  Les  autres  mesures  agraires  en  usage  dans  les  cam- 
pagnes de  Flandre  sont  :  la  verge  ou  la  perche,  qui  est  la  centième  par- 
tie d'un  cent  de  terre  ;  le  quartier,  qui  en  est  le  quart  ;  puis,  comme 
multiples  du  cent  de  terre,  la  mesure,  qui  vaut  4  cents  de  terre,  et  le 
bonnier.  —  La  mesure  valant  4  cents  de  terre,  en  vigueur  à  Seelin,  est 
ce  qu'on  appelle  la  mesiire  d'Esquelbecq ;  elle  est  usitée  jusqu'à  Bail- 
leul  :  au  delà,  la  mesure  vaut  5  cents  de  terre. 

*  «  Le  Glauwiôre  »,  lieu  dit  du  tei'ritoire  de  Seelin,  situé  entre  les 
chemins  de  Martinsart  et  de  Templemars. 

s  Voyez  Dewismes,  Catalogue  raisonné  des  moiinaies  du  comté  d'Ar- 
tois (Saiut-Omer,  1866,  in-f"  de  VIII-399  p.,  pi.). 

6  Le  muid  des  solides  a  varié  beaucoup  d'époque  à  époque  et  de 
pays  à  pays  ;  en  général,  il  équivalait  à  la  moitié  d'un  hectolitre  (52  li- 
tres.) Les  autres  mesures  de  capacité  étaient  la  rasière,  valant  70  litres 
(à  la  mesure  de  Lille),  et  le  havot,  qui  en  valait  17,  etc. 

'^  L'hôpital. 


DU    Xlll"    SIÈCLE  385 

&  estavle,  j'ai  fait  saelerces  letres  de  men  seel  a  le  requeste 
Rogier  &.  se  femme  et  lor  enfans  ki  devant  sunt  dit.  Ce  fu  fait 
l'an  del  Incarnation  Nostre  Segnour  Mil  deus  cens  quarante 
siet,  el  mois  d'aoust. 

(Archives  de  l'Hôpital  de   Seclia  antérieures  à  1790  -,   B. 
1  .2  —  Original  en  parchemin,  scellé). 

2.  —  Lettres  touchant  la  donation  du  gavre    de  20  rasières  d'a- 
voine, à  Ancoisne,  faite  à  V hôpital  par  Sainte,  de  Lesquin. 
(Novembre  1249). 

Margareta,F]andrie&Hainonie  comitissa,  universis  ad  quos 
présentes  littere  pervenerint,  salutem  ^.  Noverint  universi 
quod  fidelis  nostra  Sancta  del  Eskin,  sue  volens  providere 
saluti,  gavalum  viginti  raseriarura  avene  vel  amplius,  quod  de 
nobis  tenebat  in  feodum  apud  Anquesnes  &  quicquid  juris 
habebat  vel  habere  poterat  in  feodo  supradicto,  présente  k 
expresse  consentienteAelideamita&heredeproximiore  ipsius, 
dédit  in  elemosinam  Hospitali,  quod  fundavimus  juxta  Sicli- 
nium  &  ad  opus  ipsius  hospitalis  per  advocatum  sibi  datum  ad 
legem  coram  nostris  hominibus,  paribus  suis,  in  manus  nos- 
tras  idem  feodum  reportavit  &  guerpivit  ex  toto.  Dicta  etiam 
Aeliiis  per  advocatum  similiter  approbavit  hoc  idem  &  tam 
ipsa  quam  Sancta  predicta  quicquid  habebant  vel  babere  po- 


'  Dans  son  Cameracum  christianum  (Lille,  Lefort,  1849,  in-4°),  p. 
376,  M.  André  Le  Glay  indiquait  en  note  «  qu'un  inventaire  des  précieu- 
ses archives  de  l'hôpital  de  Seclin  allait  être  fait  avec  soin.  »  En  effet, 
cet  inventaire  fut  établi  par  MM.  Le  Glay  père  et  fils  en  janvier  1852  et 
vérifié  en  juillet  1854.  L'inventaire  des  chartes  ne  compte  pas  moins  de 
371  pièces,  allant  de  l'an  1247  à  l'année  1780  ;  celui  des  registres  et 
liasses  comprend,  de  1462  à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  164  comptes  et,  de 
1248  à  la  Révolution,  173  liasses  et  papiers  divers. —  D'autres  documents 
ont  encore  été  trouvés  dans  les  appartements  de  sœur  Elisabeth  Morel, 
décédée  en  1866  ;  l'inventaire  qui  en  a  été  fait  les  classe  sous  86  numé- 
ros. —  Nous  croyons  devoir  donner  la  concordance  des  cotes  de  MM.  Le 
Glay  et  de  MM.  Finot  et  Vermaere. 

=  Le  Glay,  Chartes,  pièce  1. 

3  La  publication  in-extenso  de  cette  charte  latine  nous  parait  justi- 
fiée par  les  variantes  mêmes  que  nous  aurons  à  relever  dans  la  trans- 
cription romane  de  ce  texte. 


386  CHARTES   FRANÇAISES 

terantin  feodo  prenotato,penitus  quitaverunt  :  ad  securitatera 
majorem,  fide  interposita,  promittentes  quod  deinceps  in  ipso 
feodo  nichil,  per  se  vel  per  alium,  reclamarent.  Homines  au- 
tem  nostri  qui  predictis  fuere  présentes,  ex  parte  nostra  sub- 
raoniti,  judicarunt  quod  prescripte  donatio  &  reportatio  & 
werpitio  bene  &  légitime  facte  erant,  nec  prefate  Sancta  & 
Aelidis  vel  aliquis  ex  parte  ipsarum  in  sepefato  feodo  quic- 
quam  decetero  poterant  reclamare.  Nos  vero  dictum  feodum 
in  manus  nostras,  ut  dictum  est,  reportatum,  jamdicto  reddi- 
dimus  hospitali  ab  omni  jure  feodali  exemptum  &  dominio 
temporali,  ab  hospitali  predicto  libère  &.  pacifiée  perpétue 
possidendum:  ita  tamen  quod  in  eodem  feodo  nobis  justiciam 
nostrisque  successoribus  duximus  retinendam.  In  hujus  igi- 
tur  rei  testimonium  &  munimen  présentes  litteras  fieri  feci- 
mus  &  sigilli  nostri  appensione  muniri.  Datum  anno  Domini 
millesimo  ducentesimo  quadragesimo  nono,  mense  Novembri. 
(Ibidem,  B.  1.  *  —  Original  en  parchemin,  dont,  le  scel  est 
en  poussière). 

2  bis. —  Transcription  romane  des  précédentes  lettres. 

Marglierite,  Contesse  de  Flandres  (k  de  Henau,  a  tous  ciaus 
qui  ces  présentes  letres  verront,  salut.  Sacent  tout  ke  nostre 
foiavle  Sainte  de  Leskin^,  ki  voloitporveoir  a  salut  de  s'arme, 
donna  en  amoisne  a  l'ospital  ke  nous  fundames  dales  Seclin, 
le  gavre  ^  de  .xx.  rasires  d'avaine  u  plus,  ke  ele  tenoit  de 
nous  en  fief  a  Anquesnes  *,  &  quanque  ele  i  avoit  u  avoir  pooit 
el  fief  devant  dit.  Et  la  fu  Aelis,  se  ante,  presens  ses  pro- 
chains oirs  ^,  ki  a  cou  frankement  se  consenti  a  ce   don  de- 

<  Le  Glay,  Chartes,  pièce  5. 

2  «  Lesquin  »,  Nord,  arr.  Lille,  canton  Seclin,  1.403  h.  —  Cf.  Man- 
nier,  op.  cit.,  p.  131. 

3  Gavre,  —  gavalum  dans  la  pièce  précédente,  —  «  gavre  »,  mot  fla- 
mand signifiant  présent  (rad.  ail.  gab).  Cf.  Du  Cange,  gavalum,  etc.  Voyez 
aussi  Merlin,  Répertoire  universel  et  raisonné  de  jurispi'udence ,  t.  V, 
(Paris,  Garnery,  1808,  in-4°). 

*  «  Ancoisne-les-Marais  »,  Nord,  833  h.,  commune  Houplin. 

*  Presens  ses  prochains  oîW,  proposition  participe  absolue  ayant  le  sens 
de  «  en  présence  de  ses  prochains  oirs  »  et  ne  traduisant  pas  exactement 
le  herede  proximiore  ipsius  de  la  charte  2. 


DU   Xin®   SIECLE  38  7 

vant  dit  pour  l'ospital,  par  avoet,  k'a  li  fu  dounetz  par  loy  de- 
vant nous  ses  pers  '.  Et  le  reportèrent  en  nostre  main  &  le 
werpirent  -  doutout.  Et  nostre  homme,  ki  furent  présent, 
amonesté  de  par  nous,  jugirent  ke  chis  dons  &.  cis  reporte- 
raents  &  cis  werpissements  estoient  bien  fait  &  aloj  ^;  et  que 
ces  deus  Sainte  &  Aelis  devant  dites,  ne  aucuns  de  par  elles, 
el  fief  devant  dit  ne  poroient  de  riens  des  ore  enavant  recla- 
mer. Et  nous,  ce  fief  en  no  main  reportet,  ensi  corn  il  est  dit 
devant,  rendîmes  al  liospital  devant  dit,  quite  et  délivré  de 
toute  droiture  de  fief  &.  singnorie  temporel,  a  tenir  le  dit 
hospital  frankement,  paisivlement,  perpetuelment,  sauf  çou 
que  nous  en  ce  fief  retenons  le  justice  pour  nous  &  nous  suc- 
cesseurs, oirs  de  Flandre.  En  tiesmoingnage  de  cestecose  nous 
fesimes  faire  ces  présentes  lettres  &  mètre  no  saiel.  Ces  le- 
tres  furent  données  l'an  del  Incarnation  Nostre  Singneur  M. 
ce.  xLix.  el  mois  de  Novembre. 

(Ibid.,  A.  1.  *  —  Petit  cartulaire  du  XIII*  siècle,  petit  in-quarto, 
de  8  feuillets,  parchemin  ;  pièce  2,  au  folio  2,  recto). ^ 


1  Par  loy  devant  nous  ses  pers,  traduction  fautive  de  ad  legem  coram 
nostris  hominibus,  parihus  suis,  de  la  charte  2. 

2  Autre  faute  de  traduction,  le  pluriel  pour  le  singulier.  —  Werpirent, 
guerpivit,  se  rattachent  à  un  radical  germanique  (scandin.  verpa),  qui  a 
subsisté  dans  le  français  «  déguerpir  »  ;  le  sens  est  «  abandonner.  » 
Cf.  Du  Gange,  we)-p  et  guirpimentum. 

3  Aloy,  fr.  niod.  «  aloi.  » 

*  Le  Glay,  Registres  et  liasses,  cartulaire  côté  99,  pièce  2.  —  MM.  Fi- 
not  et  Vermaere  ont  donné,  dans  leur  Inventaire,  le  texte  complet  de 
cette  charte. 

*  Ce  petit  cartulaire,  en  parchemin,  de  8  feuillets,  150  sur  200  millimè- 
tres, malheureusement  tronqué,  contient  12  pièces,  de  1250  à  1284.  Il  est 
d'autant  plus  précieux  que  l'on  ne  possède  plus  tous  les  originaux  de 
ses  transcriptions,  ainsi  pour  les  pièces  6-12.  —  Uincipit  de  ce  cartulaire, 
en  très  belle  écriture  du  milieu  du  XIIP  siècle  et  d'une  encre  très  noire, 
est:  —  one  niuniri.  Datum  anno  domini  millesimo  ducentesimo  quinqua- 
gesimo,  etc; —  Vexplicit,  en  écriture  courante  du  dernier  quart  du  XIII* 
siècle,  et  d'une  encre  très  pâle,  est;  ahstinere  ab  ingressu  ecclesie duraiite 
interdicto.  Au  bas  de  ce  dernier  feuillet  on  ht,  en  cursive  :  1284,  et  alia 
diversa  secundiim  materias.  Les  pièces  1,3,4,  5, 6  sont  du  milieu  du  XIII" 
siècle  et  de  la  même  main.  Les  pièces  2,  7,  8,  9,  10,  11,  12  sont  du  der- 
nier quart  du  XIII«  siècle,  mais  non  toutes  de  la  même  main.  L'écriture 
des  premières  pièces  est  très  soignée;  les  initiales  manquent,  et  elles  de- 


388  CHARTES  FRANÇAISES 

3.  —Vidimus  et  confirmation  d'une  remise  partielle  de  renies  faite 

en  1269  à  Vhôpilal  par  Roger  de  Wallers  et  sa  femme. 

(19  juillet  1272).  ' 

Nous  Margherite,  contesse  de  Flandres  et  de  Haynau, 
faisons  savoir  a  tous  ke  nous  avons  veues  les  lettres  frère 
Lambert,  priestre&  maistre  del  hospital  Nostre-Dame  encoste 
Seclin  &  des  frères  &  des  sereurs  de  ce  meisme  liu,  saielees 
dou  saiel  del  Hospital  devant  dit,  en  ceste  fourme  : 

((  A  tous  ceaus  kl  ces  lettres  verront  u  oront,  Nous  frères 
Lambers,  priestres  &  maistres  del  hospital  Nostre  Dame 
encoste  Seclin,  &  tout  li  frère  &  les  sereurs  de  cel  meisme  liu, 
salus  en  Nostre  Seigneur.  Sacent  tout  ke  Rogiers  de  Wallers 
(kMarole,sefeme,  Marote&  Yzabiaus,  leur  filles,  ont  relaisciet 
&donnet  pour  Dieu  &  en  aumosne  a  nous&  a  no  maison  devant 
dite  soissante  sols  de  artisiens,  caschun  an,  des  trente  livres 
d'artisiens  ke  nous  lor  deviens  cascun  an  de  rente  a  toutes 
leur  vies,  si  ke  nous  &;  no  maison  devant  dite  lor  devons, 
pour  le  commun  pourfit  de  no  maison,  dis  livres  d'artisiens  de 
le  monnoie  de  Flandres  chascun  an  de  rente,  a  paier  a  Rogier 
&  a  se  feme  &  a  lor  filles  devant  dites  caschun  an,  dedeus  le 
quinzaine  de  le  Nativité  S.  Jehan  Baptiste,  tant  ke  Rogiers 
&  se  feme  &  lor  filles  devant  dites  aront  le  vie  es  cors,  en  quel 
estât  u  en  quel  abit  qu'il  u  eles  soient,  u  en  religion  u  dehors. 
Et  ces  dis  livres  de  rente  devant  dites,  nous  lor  devons  pour 
deus  bouniers  de  tierre,  ki  gisent  en  le  Clauwiere,  &  pour  le 
rente,  ki  furent  acaté  a  Fievet  de  Seclin  &  pour  un  bonnier 
de  tierre  ki  gist  entre  Seclin  &  Waissemi  -,  ki  fu  acatés  a 
Olivier  de  Waissemi,  lequel  terre  &  lequele  rente  Rogiers 
&  Marote,  se  feme,  &  lor  filles  devandites  ont  acaté  de  leur 
propres  deniers  &  l'ont  donné  pour  Dieu  &  en  aumosne  a  no 
maison  de  Seclin  devant  dite  a  tenir  iretavlement  a  tous 
jours.  E  si  connissons  ke  nous  encore  devons  pour  le  commun 

valent  être  rubriquces  sur  deux  lignes.  L'ccrilure  des  secondes  pièces 
n'est  point  une  écriture  de  luxe,  mais  elle  est  régulière;  il  n'y  a  pas  de 
grandes  initiales. 

1  Nouveau  style. 

2  «  Wachemy  »  est  aux  conflins  du  territoire  de  Seclin. 


DU   Xlll"   SIECLE  38  9 

proufit  de  no  maison  devant  dite  aparant  a  Rogier  de  Wallers 
&  a  Marotain  se  ferae  &  a  Marotain  &  Yzabiel,  lor  filles, 
soissante  sols  de  artisiens  de  le  monnoie  devant  dite  caschun 
an  de  rente,  tant  ke  Rogiers  &  se  feme  &  leur  filles  devant 
nommées  aront  le  vie  es  cors,  en  quel  estât  u  en  quel  abit 
qu'il  u  eles  soient,  si  ke  devant  est  dit,  a  paier  casohun  an, 
au  jour  de  Le  Candeler*.  Et  est  asavoir  ke  dou  quel  qu'il 
defaurra  de  cest  siècle  avant  ke  de  Rogier  &  de  Marotain,  se 
feme,  et  de  Marotain  &  de  Yzabiel,  leur  filles,  ke  pour  ce  ne 
kiera  nient  des  rentes  devant  dites,  ke  cius  u  celé  ki  sourvivera 
les  autres  doit  avoir  &  retenir  tout  entireraent  les  dis  livres 
&  les  soissante  sols  de  rentes  devant  dites  tant  qu'il  ara  le  vie 
el  cors,  ensi  ke  devant  est  dit.  Et  de  quele  eure  ke  d'eaus 
tous  sera  defalit  de  cest  siècle,  cuite  sonmes  &  no  maison 
devant  dite  de  toutes  les  rentes  devant  nommées,  sauf  ke  cius 
u  celé  ki  plus  longhement  vivera  soit  bien  &  plainement  paie 
a  le  raison  dou  tans  qu'ele  aroit  vescut  &  des  arrierages  s'il 
i  eskeoient.  Et  ces  soissante  sols  de  rente  leur  devons  nous 
pour  l'iretage  qu'il  acatarent  a  le  feme  ki  fu  Jehan  de  Lers, 
de  Seclin,  le  quel  yretage  ilontdonnetpour  Dieu  &  en  aumosne 
a  no  maison  devant  dite  a  tenir  yretavlement  a  tous  jours. 
Et  se  il  avenoit,  ke  ja  u'aviegne,  ke  nous  defaussissiens  de 
aucun  de  ces  paiemens  des  rentes  devant  dites,  &  li  devant  dit 
Rogiers  &  Marote,  se  feme,  &  leur  filles  devant  nommés  i 
avoient  cous  u  damages,  nefesissent  despens  en  quel  manière 
ke  ce  fust  pour  le  defaute  de  no  paiement,  nous  leur  devons 
rendre,  &.  croire  les  en  devons  sour  lor  dit  usour  le  dit  de  l'un 
d'eaus  et  sans  autre  prouvance  faire,  avoec  les  rentes  devant 
dites.  Et  tant  comme  a  ces  choses  ferraenent  tenir  nous  i 
obleions  nous  &  tous  les  biens  de  no  maison  u  qu'il  soient  ;  et 
volons  &  otroions  ke  Rogiers  &  se  feme  &  leur  filles  devant 
dites  les  puissent  prendre  et  faire  prendre  &  arresterpar  tout, 
comme  le  leur,  jusques  a  plain  paiement  de  toutes  les  choses 
devant  dites.  Et  en  renonçons  pour  nous  &  pour  nos  succes- 
seurs a  tous  privilèges  ke  nous  aiens  u  ke  nous  avoir  doions, 
a  toute  excepcion  de  droit  u  de  fait  &  a  toutes  autres  excep- 
tions aussi  comme  s'eles  fussent  en  cest  escrit  expressees,a 

1   «  La  Chandeleur  tj,  fête  de  la  Purification  de  la  Vierge,  2  février. 


390  CHARTES   FRANÇAISES 

tous  plais  et  a  tous  warans,  a  tous  respis,  a  toutes  forces  de 
lettres  ki  sunt  u  poront  estre  empêtrées, otroiés  u  données  de 
quel  persone  ke  ce  soit  &.  a  toutes  les  choses  ki  d'endroit  ces 
convenances  nous  poroient  aidier  et  grever  a  Rogier  (k  a  sa 
feme  &  a  leur  filles  devant  dites.  Et  nous  en  metons  en 
juridiction  de  sainte  Eglise,  et  prions  &  requerrons  a  no  très 
chier  père  en  Dieu  no  seigneur  le  Evesque  de  Tournai  &  a  son 
officiai  qu'il  nous  destraignent  de  plaiu  sans  plait  &  sans 
jugement  a  warder  toutes  les  choses  devant  dites.  Et  si  prions 
&  requérons  a  no  très  chiere  &  haute  Dame  Margherite,  con- 
tesse  de  Flandres  &  de  Haynau,  comme  a  no  dame  souveraine, 
k'ele  toutes  ces  choses  grée  &  otroie  &  les  proumete  a  tenir 
&  en  doint  ses  lettres.  En  tesmoignage  &  en  seurté  des  choses 
devant  dites  nousjavons  ces  présentes  lettres  seelees  dou  saiel 
de  no  maison  &  livrées  saielees  a  Rogier  de  Wallers  &  a  Maro- 
tain,  se  feme,  &  a  leur  filles  devant  dites.  Ce  fu  fait  en  l'an  del 
Incarnation  Jhesu  Crist  mil.  ce.  Ix  &  nuef,  el  mois  de  julié.» 
Et  nous,  Margherite,  contesse  de  Flandres  &  de  Hajnas, 
devant  nommée,  a  le  prière  &  aie  requeste  frère  Lambert, 
priestre  et  maistre  del  hospital  Nostre  Dame  encoste  Seclin, 
et  des  frères  &  des  sereurs  de  ce  meisrae  liu,  toutes  ces  choses 
ensi  k'eles  sunt  chi  deseure  eseritesà:  devisees,  loons,  gréons 
&  otroions.  Et  les  ferons  tenir  comme  Dame  de  la  terre.  En 
tesmoignage  de  laquel  chose  nous  avons  ces  présentes  lettres 
saielees  de  nostre  saiel,  ki  furent  données  l'an  del  Incarnation 
mil  deus  cens  soissante  &  douze,  le  mardi  devant  le  Magde- 
laine. 

(Ibid.,  B.  1.  *  —  Original  en  parchemin,  scellé). 

Chartes  de  Gui  de  Dampierre, 
comte  de  Flandres  et  marquis  de  Namur. 

4.  —  Vidimus  et  confirmation  de  la  donation  de  biens  fonds  faite 

en  1271  a  l'hôpital  par  Jacques  de  Seclin  el  sa  femme. 

(17  juin  1281).  2 

Nous  Guis,  cuiens  de  Flandres  et  marchis  de  Namur,  fai- 
sons savoir  a  tous  ke  nous  avons  veues  les  lettres  les  frères 

1  Le  Glay.  Chartes,  pièce  36.  —  2  Nouveau  style. 


DU    XIII"   SIECLE  391 

&  les  sereurs  del  Hospital  de  Nostre  Dame  daleis  Seclin  en  ces 
parules  : 

«  A  tous  ceaus  ki  ces  présentes  lettres  verront,  li  frère  &les 
sereurs  del  hospital  Nostre  Dame  le  Contesse  de  Flandres  da- 
leis Seclin,  salus  en  Nostre  Seigneur.  Sachent  tout  ke  entre 
nous  d'une  part  &  Jakemon  de  Seclynet  Jehanain,  se  femme, 
citoiens  de  Paris,  d'autre  part,  pour  le  prouflt  de  no  maison, 
par  l'assens    &  le  conseil   nostre   haute    dame  le  contesse 
de  Flandres,   est  faite  par  mutation,  convenu,   proumis   & 
atournet  ke  li   devant  dit  Jakemes  &  Jehane  se  feme  nous 
ont  dounei  yretavlement  quatre  bonniers  de  tiere,  un  quar- 
tier mains,   gisans   ou  tieroir  de   Seclin,    nuef  quartiers  ou 
Bruille  &  le  remanant   entre   Seclin  &   le  Marliere  \  daleis 
le  tiere  Pieron  d'Audrimeis  2,  &  nous  en  ont  fait  tenans  & 
pregnans.  Et  nous  pour  ce  avons  proumis  &  proumetons  fer- 
mement ke  nous  au  devant  dit  Jakemon,  tant  coume  il  ara  le 
vie  ou  cours,  enqueil  estât  ke  il  soit,  u  en  religion  u   dehors, 
renderons  &  paierons  chascun  an  a  Paris,  a  lui  ou  a  son  cer- 
tain coumant,  a  le  fieste  Tous  Sains,  vint  livres  de  parezis,  et 
se   il  avenist  chose  ke  de  Jakemon  devant  dit  defaloit  avant 
ke  de  Jehanain,  se  feme,  nous  proumetons  ke  nous  a  Jehanain 
se  feme,  tant  coume  ele  ara  le  vie  ou  cors,  en  religion  u  de- 
hors, a  Paris  au  devant  dit  terme   chascun  an  renderons  & 
paierons  dis  livres  de  Paris.  Et   s'il  avenoit  par  aventure  ke 
nous  defausissiiens  de  paiier  ces  deniers  a  lui  au  tierme  de- 
vant dit,  nous  avons   encouvent  a  rendre  a  Jakemon   &  a 
Jehanain,  se  feme,  devant  dis,  ennon  de  painne,  pour  chascun 
jourke  nous  defauriens,  dis  saus  de  parezis,  et  nous  obligons 
a  ceste  chose  tenir  fermement  nous&  no  maison  a  toutes  les 
appendisses  &  les  apiertenances  &  no  successeur  &  nos  biens 
meubles  &  héritages  presens  &  futurs,  u  ke  nous  les  aiiens  & 
u  ke  nous  les  avérons,  queil  partke  on  les  porra  trouver,  tout 
entièrement  &  noumeement  le  tiere  devant  dite  ;  &  otroions 
ke  se  nous  en  estions  en  defaute,ke  nos  ordenares  nous  des- 


1  «  Le  Brule,  Le  Bas-Brule,  La  Marliere,  »  lieux  dits  du  territoire  de 
Seclin. 

î  On  relève  aujourd'hui  dans  les  annuaires  régionaux  le  nom  de  famille 
<r  Daudrumez.  » 


392  CHARTES  FRANÇAISES 

traigne  à.  fâche  tenir  toute  ceste  chose  de  plain,  sans  nul 
plait,  par  sentense  d'escuraeniement.  Et  requérons  a  nostre 
ordenaire  *,  pour  pourfit  de  no  maison,  ke  il  ceste  chose 
aprueve  &  conferme  par  ses  lettres,  et  requérons  nostre 
chiere  dame  devant  dite  &  a  ses  successeurs  ke  il  nos  des- 
traignent  a  ceste  chose  devant  dit  par  prendre  &  saisir  le 
nostre  &  ke  ele  en  doinst  as  devant  dis  Jakemon  &.  Jehanain 
ses  lettres.  Deseure  tout  ce  nous  avons  encouvent  a  Jakemon 
devant  dit  &  a  Jehanain,  se  feme,  de  no  volonteit,  librau- 
ment,  ke  nous,  a  tous  jours,  en  no  maison,  ferons  chanteir 
un  chapelain  messe  del  Saint  Esperit  chascun  jour  pour  aus, 
tant  kil  viveront,  et  apries  leur  mort  pour  aus  et  pour  leur 
ancisseurs  chascun  jour  messe  de  Requiem.  Et  en  toutes  ces 
choses  renonchons  nous  a  toutes  exception  &  a  toutes  bares 
de  boisdie  *  de  toutes  cours  &  noumeement  ke  nous  ne 
puissiens  dire  ke  nous  ces  deniers  paions  sans  cause  u  pour 
mauresnavle  cause  &  que  nous  ne  puissiens  dire  ke  noussoi- 
ons  deceu  en  ces  choses  ne  demandeir  restitution  pour  dece- 
vance  &  a  toutes  autres  exceptions  de  droit  &  de  fait,  a  toutes 
grâces,  privilèges,  indulgences  impetrees  u  a  empetreir,  a 
toute  aide  de  droit  de  sainte  Eglise  &  de  droit  mondain,  a 
toutes  coustumes,  a  to-is  usages  &  a  toutes  les  choses  ki 
porroient  greveir  as  devant  dis  Jakemon  &  Jehanain,  & 
nous  aidier  encontre  ces  couvenences  ;  &  avons  ces  choses 
jurées  a  tenir  loiaument  &  ke  nous  ne  venrons  encontre 
par  nous  ne  par  autrui.  Et  pour  ce  ke  toutes  ces  choses  de- 
vant dites  soient  tenues  fermement  a  Jakemon  &  Jehanain, 
citoiens  devant  uoumeis,  nous  leur  en  avons  ces  présentes 
lettres  dounees,  saiielees  de  nostre  saiiel.  Ce  fu  fait  l'an  del 
Incarnation  Nostre  Seigneur  Jeshu  Crist  mil  deus  cens  sis- 
sante  &  siet  el  mois  de  jule  le  devenres  devant  le  Saint  Piere 
entrant  aoust'  »  . 

Et  nous  Guis,  cuens  de  Flandres  &  marchis  de  Namur  de- 
seure dis,  a  le  requeste  les  frères  &  les  sereurs  deseure  dis, 


*  «  Notre  juge  ordinaire,  la  juridiction  dont  nous  relevons.  » 

2  Boisdie,  ruse,  tromperie.  Cf.    Du  Gange,  bausia,  baudia  ;  La  Gurne 
de  Sainte-Palaye,  boisdie. 

3  29  juiUet  1267  (n.  st.) 


DU  Xllie  SIECLE  393 

toutes  les  choses  devant  dites  loons,  gréons  &  confremons  de 
tant  ke  il  en  apartient  a  nous,  &:  les  ferons  tenir  as  devant 
dis  Jakemon  d:  Jehanain,  se  feme,  coume  sires  de  le  tiere. 
En  tesmoignage  de  la  queil  chose  nous  avons  ces  présentes 
lettres  faites  saiieleir  de  nostre  saiel.  Ce  fu  dounet  Tan  del 
Incarnacion  Nostre  Seigneur  mil  deus  cens  quatre  vins  &.  un, 
le  mardi  devant  le  fieste  Saint  Jehan  Baptiste, 

(Ibid.,  B.  1.  1  — Original  en  parchemin,  scellé). 

5.  —  Lettres  qui  fixent  à   8  le  nombre  des  religieuses 
à   recevoir  dans  l'hôpital. 

(12  mars  1283).  ^ 

Nous  Guis,  Cuens  de  Flandres  &  Marchis  de  Namur,  fai- 
sons savoir  a  tous  ke  nous,  veue&  roardee  la  kerke  ^  de  nos- 
tre hospital  de  Seclin,  avons  ordené  &:  estavli  ke  desore  en 
avant  on  ne  rechoive  ne  puist  rechevoir  el  dit  hospital  nule 
persone  a  sereur  duques  adont  ke  li  nombres  des  sereurs  ki 
ore  i  est  soit  venus  duques  a  wit  persones*,  &  se  autrement 
estoit  fait,  nous  le  rapielons.  Ces  lettres  furent  données  l'an 
del  Incarnation  M.  CC.  quatre  vins  &  trois,  le  venredi  après 
les  octaves  del  Behordich  ^ 

(Ibid.,  E.  1.  6  —  Original  en  parchemin,  scellé). 

6.  —  Lettres  de  libre  jouissance  pour  Vhàpital  du  bois  qu'il  pos- 
sède entre  les  bois  de  Nieppe  et  de  Lespesse. 

(26  novembre  1290).  ' 

Nous  Guis,  cuens  de  Flandres  &  marchis  de  Nâmur,  fai- 
sons savoir  a  tous  ke  nous  otrions  &  avons  otriié  au  maistre 

1  Le  &lay,  Chartes,  pièce  324.  —  ^  Nouveau  style.  —  3  Kerke,  charge. 

4  Si,  en  1290,  le  même  comte  Gui  fait  admettre  dans  Thôpital  une  sur- 
numéraire nommée  Marie,  fille  d'un  certain  Simon  de  Saint-Quentin,  il 
donne  en  même  temps  aux  religieux  des  lettres  de  non-préjudice.  Le 
nombre  fixé  en  1283  était  encore  le  même  en  1340  et  même  en  1573.  C'é- 
tait également  le  nombre  des  religieuses  de  l'Hôpital  Sainte-Elisabeth,  à 
Roubaix  (ap.  Th.  Leuridan,  Histoire  de  Roubaix,  Roubaix,  J.  Reboux, 
1860,  in  8°,  fig.,  pi). 

5  «  Buhordicum,  Bouhourdis,  Béhourdi,  Behourdich,  espèce  de  joute 
qui  se  faisait  avec  des  bâtons,  les  I  et  II  dimanches  de  Carême.  »  (de 
Mas-Latrie,  Trésor  de  Chronologie,  au  Glossaire  des  dates,  col.  628). 

s  Le  Glay,  Chartes,  pièce  39.  —  '  Nouveau  style. 


39  4  CHARTES    FRANÇAISES 

&  as  sereurs  de  nostre  hospital  de  Seclin  ke  il  puissent  faire 
leur  pourfit  en  toutes  manières,  soit  en  sarteir  ou  en  autre 
manière,  fors  k'  en  vendage,  de  leur  bois  ke  il  ont  entre  nos 
bois  de  Nieppe  &  le  bois  de  l'Espesse  '.  En  tesmoingnage  de 
la  queil  choze,  nous  avons  ces  présentes  lettres  saiielees  de 
nostre  saiiel,  qui  furent  faites  et  donees  Fan  de  grasce  mil 
deus  cens  quatre  vins  &  diis,  le  Diemenche  devant  le  Saint 
Andriu. 

(Ibid.,  A.  6.  -  —  Original  en  parchemin,  scellé). 

III 

Chartes  de  Jean,  châtelain  de  Lille,  de  Mahaut,  châ- 
telaine de  Saint  Orner,  et  de  Guillaume  Lebleu.  che- 
valier. 

7.  —  Approbation  par  Jean,  châtelain  de  Lille,  du  icerp,  fait  à 
rhôpital  par  Hubert  de  Templemars,  de  9  quartiers  de  terre  au 
Brûle. 

(28  novembre  1267).  -^ 

Je  Jehans,  chastelains  de  Lisle,  fas  savoir  a  tous  chiaus  ki 
ces  présentes  letres  verrunt  et  orrunt  ke  je  pour  mi  &  pour 
mes  hoirs  ai  quité  et  quite  encore  nuef  quartiers  gisans  ou 
Bruille  dales  le  terre  ki  fu  Oubert  de  Templemarch  *,  les 
quels  nuef  quartiers  de  terre  Jakes  de  Seclin,  chitaains  de  Pa- 
ris, soloit  tenir  de  mi  en  fief,  de  tout  service  de  fief  &  de  tout 
autre  service  et  de  tout  ce  ke  je  u  mes  hoirs  aviens  de  droit 
u  pooiens  avoir  par  aucune  raison  en  le  terre  devant  dite.  Et 
bien  vueil  et  bien  me  plaist  ke  li  hospitaus  de  Seclin  a  cui  Ja- 
kes devant  dis  a  werpié  celé  terre,  en  quelcunkes  manière 
k'il  l'ait  werpié,  le  tiengne  en  pais  sans  service  rendre,  quele 

'  «  Nieppe  »,  chàtellenie  de  Bailleul,  où  Marguerite  avait  fondé,  en 
1242,  un  prieuré  de  religieux  de  Tordre  de  Saint  Benoît.  Cf.  Bulletin  de 
la  Commission  historique  du  Nord,  t.  VII,  etc.  —  Aujourd'hui:  «  Niep- 
pe, »  Nord,  arr.  Hazebrouck,  canton  de  Bailleul,  5.253  h.—  «  Lespes- 
ses,  »  Pas-de-Calais,  arr.  Béthune,  canton  Norrent-Fontes,  .348  h. 

-  Le  Glay,  Chartes,  pièce  40. 

3  Nouveau  style. 

*  «  Hubert  de  Templemars.  »  — Templemars,  Nord,  arr.  Lille,  cantuii 
Seclin,  L061  h. 


DU  Xlll*    SIECLE  395 

k'il  soit,  a  mi  ne  a  mes  hoirs.  Ne  je  ne  mi  hoir  n'i  pooumes  a 
jamais  riens  demander  et  proumechloiaiiraent  en  bonne  foi  ke 
je  n'irai  contre  ceste  chose,  ensi  com  ele  est  chi  deseure  dite, 
par  mi  ne  par  autrui  ne  requerrai  raison  ne  engien  ne  autre 
chose  ki  mi  peuist  aidier  ne  l'ospital  grever.  Et  je  renunche 
generaument  &:  iretiaument  a  toutes  choses  ki  me  poroient 
aidier  a  aler  encontre  ceste  quitance  de  me  boine  volenté  &. 
de  mon  boin  gré:  sauves  toutes  les  convenances  faites  &  di- 
tes de  ceste  chose  dunt  letresapperent,  et  ai  encouvent  plain- 
nement  ke  quel  eure  ke  je  soie  requis  de  Jakemon  u  del  ospi- 
tal,  j'en  doi  adheriter  par  mes  houmes  l'ospital  devant  dit. 
Et  pour  ce  ke  ces  choses  soient  fermes  et  estavles  &  bien  te- 
nues de  mi  &  de  mes  hoirs,  j'ai  fai  ces  présentes  letres  saie- 
1er  de  men  propre  saiel  ;  etvueil  encore  si  je  defailloie  u  aloie 
encontre  ceste  quitance,  je  u  mes  hoirs,  li  quels  ke  ce  fust, 
k'il  soit  tenus  a  restorer  plainnement  les  damages  ke  Jakes 
u  li  hospitaus  auroit  a  pourchacier  a  ce  ke  nous  les  tenissiens. 
Ces  letres  furent  donees  a  Paris,  en  l'an  del  Incarnacion  mil 
deus  cens  et  sissante  setisme,  le  vegile  de  le  Saint  Andriu. 
(Ibid.,  B.  4.  '  —  Original  en  parchemin,  scellé). 

8.  —  Procuration  de  Mahaut,  châtelaine  de  Saint-Omer,  donnée  à 
Guillaume  de  Berqiiin  pour  recevoir  un  loerj)  de  Guillaume 
Lebleu  en  faveur  de  l'hôpital. 

(9  mars  1257].  2 

Jou  Mahaus,  castelaine  de  Saint  Orner,  fas  a  savoir  a  tous 
cheauski  ces  présentes  lettres  verront  ou  orront  ke  je  met  en 
men    liu    Willaume    del  Berkin  3,  porteur   de  ces  lettres,  & 

1  Le  Glay,  Chartes^  pièce  33. 

2  Nouveau  style. 

^  «  Guillaume  de  Berquin  ».  —  Neuf-Berquin,  Nord,  arr.  Hazebrouck, 
coD  Merville,  1.301  h.;  Vieux-Berquin,  Nord,  arr.  Hazebrouck,  con  Bail- 
leul,  3.017  h.  —  Dans  sa  charte  de  fondation,  la  comtesse  Marguerite 
avait  donné  à  l'hôpital  de  Seclin  100  bonniers,  tant  de  terre  arable  que 
de  bois,  à  Vieux-Berquin.  L'hôpital  possède  encore  ces  100  bonniers  de 
terre,  que  les  habitants  de  la  localité  dénomment  «  le  Seclin  ». 

Vieux-Berquin  faisait  partie  de  la  chàtellenie  de  Cassel  (cf.  Bulletin 
de  la  Commission  historique  du  Nord,  t.  VIII.  1863,  Statistique  archéo- 
logique de  C arrondissement  d'Hazeljrouck). 


396  CHARTES   FRANÇAISES 

doins  plenier  pooir  de  rechevoir  k  de  faire  faire  a  loi  le 
werp  ke  mes  sire  Willames  li  Bleus,  mes  homs,  doit  faire  de 
le  maison  &  del  manage  del  Eskaghe  *,  a  tote  le  tere,  si  corn 
il  est  devisé  a  le  vence,  &  de  raportoer  les  devantdit  maisons 
&  manage  en  le  main  celui  cui  me  dame  li  confesse  de 
Flandre,  de  cui  je  tieng  le  devantdit  fief,  &  aura  envoie  par 
ses  lettres  pendans  a  ces  Tospital  de  Seclin,  &  voil  à  com- 
mant  ke  mi  homme,  quant  a  ces  choses  devantdites  faire  a 
loi,  fâchent  autant  por  le  devantdit  Willame,  com  il  sunt 
tenu  de  faire  por  mi  meisme  ;  car  nos  avons  ferme  et  estavle 
quanque  il  fera  des  choses  devantdites.  Cefu  fait  ô:  doué  l'an 
del  Incarnacion  Jhesu  CristM.CC.  L  sis,  le  vendredi  après 
Reminiscere. 

(Ibid.,  B.  1.  -  —  Original  en  parchemin,  auquel  pend  un 
reste  de  sceau). 


9.  —  Quittance  de  60  livres    donnée  à  ^hôpital  pour  le  précédent 
déshéritement  par  Guillaume  Lebleu,  chevalier. 

(23  mars  1257).  3 

Jou  Willaumes  li  Bleus,  chevaliers,  fac  a  savoir  a  tous 
çauski  ces  lettres  veront  &  oront  ke  jou  ai  reciut  des  frères 
&  des  sereurs  del  hospital  me  Dame  le  Confesse  dales  Seclin 
en  paiement  Ix.  11  de  Artois,  de  le  monnoie  de  le  Flandres, 
ke  il  me  dévoient  pour  le  okison  del  manage  de  TEscade,  le 
quel  li  devant  dit  frère  achaterent  a  mi  C.  11  de  Artois;  à  de 
ces  devant  dis  Ix.  11  les  quite  jou  el  tiesmoiug  de  ces  letres. 
Ces  letres  furent  données  en  l'an  de  le  Incarnation  Nostre 


'  Ce  lieu-dit  n'est  pas  mentionné  dans  la  Statistique  précitée  et  ne 
se  trouve  pas  indiqué  sur  la  grande  carte  de  M.  Raillard  (Cac^e  du  dé- 
partement du  Nord  au  1/40,000,  etc.,  17  pi.  1874-1876).  —  On  le  ren- 
contre sous  les  formes  «  inter  locum  qui  dicitur  VEscaghe  »  (Le  Glay, 
charte  12,  janvier  1251);  «  deZ  manage  del  Eskaghe  »,  dans  la  présente 
charte;  «  ie  manage  del  Escade  »  (Le  Glay,  charte  27,  du  23  mars 
1257).  —  Manage,  maison,  château,  domaine  (  Cf.  La  Curne  de  Sainte- 
Palaye,  etc.) 

2  Le  Glay,  Chartes,  pièce  26. 

3  Nouveau  style. 


DU  XIII®  SIECLE  397 

Signeur  mil    .CC.  LVI.  ans,  le  devenres  devant  le  repus  die- 
mence  '. 

(Ibid.,  E.  37.2  —  Original  en  parchemin,  non  scellé). 

IV 

Contrats  d'acquisition  et  Baux. 

10. —  Acte  cCadhéritement  pour  f hôpital  de  9  quartiers  de  terre 
au  Brûle. 

(5  août  1281).  3 

Sachent  tuit  chil  qui  sont  &.  qui  avenir  sont  ke  li  hospitaus 
de  Seclin  fu  airetés  bien  &  a  loi,  a  Falempin  *  en  le  grange 
Robert  de  Chemi  ^  ,  de  nuef  quartiers  de  terre  gisant  u 
Bruille  c'on  dist  a  le  Longhe  Sauch,  selonc  le  fourme  &  le 
tenure  de  le  chartre  le  chastelain  de  Lisle,  que  li  hospitaus 
devantdis  a,  &  de  chou  furent  li  houme  le  castelain  semons 
se  li  hospitaus  en  estoit  bien  aireté  &  par  loi,  &  disent  li 
houme  a  semonse  du  baillieu  ke  li  hospitaus  en  estoit  bien 
airetiet,  selonc  le  forme  et  le  tenure  de  le  chartre  devantdite 
qu'il  avoient  veu,  oi  &  entendu.  Et  eurent  li  houme  qui  la 
fuient  a  chel  airitement  leur  caritet  de  Ix  sols  de  parisis.  Et 
a  chou  furent  com  houme  Thibaus  de  Monchel,qui  fu  baillieus 
de  Lisle,  Stevenes  Cofernes,  Pierres  de  Markellies,  Hellins 
Cardenaus,  Stasars  de  Herbaumeis,  Robers  de  le  Bassee, 
Pierres  de  le  Ruele,  Jehans  Bosket  de  H  lubourdin,  Jehans 
du  Vivier,  Colars  li  Bouteliers  de  Halenes,  Colars  Passart, 
&  comme  justiche  mes   sires  Jehans  de  le  Haie  ^  qui  adont 


'  «  Dominica  reposita,  le  dimenche  repus  ou  repnus,  le  dimanche  de 
la  Passion,  ainsi  nommé  parce  qu'en  ce  jour  les  images  des  saints  sont 
voilées.  »  (de  Mas-Latrie,  Trésor  de  Chronologie,  Glossaire  des  dates,  etc. 
col.  636). 

2  Le  Glay,  Chartes,  pièce  27. 
'  Nouveau  style. 

*  »  Phalempin  »,  Nord,  arr.  Lille,  canton  de  Pont-à-Marcq,  1.555  h. 

3  «Chemy  »,  Nord,  arr.  Lille,  canton  de  Seclin,  359  h. 

*  «  Monchel  »,  nom  de  lieu  de  la  région  du  nord  :  on  trouve,  par 
exemple  un  Monchel  dans  le  Pas-de-Calais.  —  «  Marquillies  »,  Nord, 
arr.  Lille,  canton  de  la  Bassée.  —  «cHellin  Cardinaudou  Cardinaux  ».  — 
«  S.  d'Herbomez  »  ;  Herbomez,  Nord,  commune  de  Nomain. —  «  Robert 

26 


398  CHARTES   FRANÇAISES 

estoit  baillius  le  chastelain  de  Lisle.  Et  disent  li  houme  devant- 
dit  (k  tesmoignierent  ke  mes  sires  Jehans  devantdis  en  avoit 
bien  pooir  de  chel  airetement  faire  par  bones  letres  pendans 
qu'il  avoit  du  castelain,  ke  li  houme  avoient  veu  ;  &  si  entra 
en  chel  iritage  a  oes  l'ospital  frère  Jehans,  prestres  de  chel 
meisrae  hospital  devantdit,  Tan  del  Incarnation  de  Nostre 
Segneur  M.CC.  &  Ixxxi,  le  demars  après  le  Saint  Pierre  aoust 
entrant. 

(Ibid.,  A.  1.  —  Pièce  6). 


11. —  Roger  Bouillon  devient  responsable  pour  l'hôpital  de  la  terre 
qui  appartenait  autrefois  à  Mahieu  Leclerc  et  à  Bénis  Du- 
flos,  etc. 

(Juia  1282). 

Sachent  tout  chil  ki  sunt  ù:  ki  avenir  sunt  ke  Rogiers 
Buillons  entra  en  le  tiere  ke  on  tient  de  Jehan  d'Assegni  '  pour 
estre  responsavle  pour  l'ospital,  s'il  est  asavoir  le  terre  kifu 
Mahiu  Le  Clerc  &  Denisain  dou  Flos  -.  A  chou  faire  fu 
comme  sires  Jehans  d'Asseigni,  comme  hostes  Martins  Hou- 
ziaus  %  Williaumes  Frescens,  Jehans  li  peletiers,  Pierres  li 
boulenghiers.  Et  a  .1.  autre  werp  de  cheli  signeur  devantdit, 
Jehans  Houziaus,  Jehans  Flamens  del  atre  &  Jehans  Capes. 
Che  fu  fait  l'an  del  Incarnation  Nostre  Signeur  mil  .CC.  Ixxxii, 
el  mois  de  jun. 


(Ibid.,  A.  1.  —  Pièce?). 


de  la  Bassée»;  La  Bassée,  Nord,  arr.  Lille,  cli.-l.  canton,  3.097  h.  — 
»  Pierre  Delruele  *;  Delrue,  Desruelles,  etc.,  noms  propres  du  Nord. 
—  «  Jean  Bousquet,  d'Haubourdin  »  ;  Haubourdin ,  Nord,  arr.  Lille, 
ch.-l.  canton,  7.457  h.  —  «  Jean  Duvivier  ^.  —  «  Golard  le  Boutellier, 
d'Hallennes»  ;  Hallennes-lez-Haubourdin,  Nord,  arr.  Lille,  canton  Hau- 
bourdin. —  »  Golard  Passart»;  —  «  Delahaye  »  ;  Delahaye  ;  Delhaye, 
noms  propres  du  Nord. 

1  «  Jean  d'Assignies  ». —  Assignies,  chau,  commune  de    Tourmignies, 
Nord,  arr.  Lille,  canton  de  Pont-à,Marcq,  565  h. 

2  «  Mahieu  Leclerc  et  Denis  Duflos  ». 

•*  ^  Hous«eau,  Housseaux  »,  noms  propres  du  Nord. 


DU   XIII®  SIECLE  3  99 

12.  —  Roger  Bouillon  devient  responsaUe  pour  l'hôpital  d'un  quartier 
de  terre  qui  appartenait  autrefois  à  Mahieu  Leclerc  et  situé  vers 
Houplin. 

(Février  1283).  ' 

Sacent  ausi  tout  chil  ki  sunt  &  ki  avenir  sunt  ke  Rogiers 
BuilloDS  entra  en  un  quartier  de  terre  ke  on  tient  dou  capi- 
tale de  Seclin,  ke  on  apiele  des.  vi.  provendes  de  Seclin, 
pour  estre  responsavle  pour  l'ospital  de  Seclin,  si  est  asavoir 
le  quartier  de  terre  ki  fuMahiu  le  Clerc,  ki  gist  en  vier  Hou- 
plin 2,  A  chou  faire  fu  comme  justiche  Gerars  Espaulete  & 
comme  jugeurs  Jehans  Houseaus,  Mikius  Buillons,  &  Jehans 
Flammens  li  thonderes  del  atre.  Ce  fu  fait  l'an  del  Incarna- 
tion Nostre  Signeur  mil.  CC.  quatre  vins  &  deus,  el  mois  de 
février. 

(Ibid.,  A.  1.  —  Pièces). 


13.  —  Roger  Bouillon  devient  responsable  pour  Vhôpital  déterres  sises 
vers  le  moulin  dudit  hôpital,  devant  la  porte  de  ville. 

(Avril  1282  ou  1283).  3 

Sacent  tout  cil  ki  sunt  &  ki  avenir  sunt  ke  Rogiers  Buil- 
lons est  entré  en  [un]  bonnierde  terre,  ki  gist  devant  le  porte 
de  le  vile  envier  no  molin  ke  on  tient  del  oir  de  Ronchin*  a 
une  R[asiere]  de  forment  &.  1.  capon  pour  estre  responsavle 
pour  l'ospital  de  Seclin.  A  cou  faire  furent  comme  justice 
Jehans  Carencis  &  comme  jugeurs  Jehans  Houseaus  le  viel 
&  Jehans  se  flus  &  JakemesPoins.  Ce  fu  fait  devant  Tatre  del 
hospital,  l'an  del  Incarnation  Nostre  Signeur  mil.  CC.  quatre 
vins  &  deus,  el  mois  d'avril. 

(Ibid.,  A.  1.  —  Pièce  9). 


*  Nouveau  style. 

*  «  Houplin  »,  Nord,  arr.  Lille,  con  Seclin,  1.805  h. 

î  L'année  1282  (a.  st.)  va  du  29  mars  1282  au  18  avril  1283.  Il  n'est 
donc  pa«  possible,  sans  autre  élément  que  le  nom  du  mois,  de  préciser 
le  millésime  de  cet  acte. 

*  f  Ronchin  »,  Nord,  arr.  Lille,  con  Lille,  3.163  h. 


400  CHARTES  FRANÇAISES 

14.  —  Roger  Bouillon  devient  res^wnsaUe  pour  Vhôpital  de  trois  cent.i 
de  terre  au  Blancamp  cédés  audit  hôpital  par  les  hoirs  de  Jacques 
Lebreton. 

(8  février  1285).  » 

Sacent  tout  cil  ki  sunt  &  ki  avenir  sunt  ke  Rougiers  Bail- 
lons entra  en  ll]^  de  terre,  pau  plus  pau  moins,  ki  gist  en 
Blan  Camp,  pour  estre  responsavle  pour  l'ospital  de  Seclin  ; 
&.  celé  terre  vendirent  li  enfant  ke  on  apiele  Hocedet  ^  pour 
aumosneke  il  avoient  sour  celé  terre  &  si  quiterent  Tasmosne 
ke  il  avoient  sus  devant  le  bailliu  à.  les  eskievin  de  Seclin 
&.  devant  autres  boines  gens,  &.  si  werpi  celé  terre  à.  issi  bien 
&  a  loy  curame  drois  hoirs  Jakemes  li  Bertons  <S:  se  femme, 
ki  fu  celé  terre  akaté  ix  livres  de  parisis  le  quartier,  dou 
plus  plus  Si  dou  mains  mains.  A  çou  faire  furent  comme 
eskievins  Willaumes  li  Sieliers,  Jakemes  beaus  homs,  Pieres 
Buisses  &  Robiers  de  Noele  &  comme  justice  Jakemes  Poins  ; 
à  la  furent  comme  preudomme  Symonsli  baillius,le  provost, 
Rougiers  Buillons,  frère  Robiers,  frère  Amaris  &.  frère  J.  li 
prestres.  Ce  fu  fait  l'an  del  Incarnation  Nostre  Singneur 
M.  ce.  IIII^_^  vins  (k  quatre,  le  dives  apries  le  jour  des 
Cendres. 

(Ibid.  A.  I.  —Pièce  10). 


15. —  Achat  par  Vhôpital  aux  hoirs  de  Pierre  Vinereus  d'un  quartier  de 

terre  situé  au  delà  du  moidin  dudit  hôpital. 

(12  octobre  1284).  3 

Sacent  tout  cil  ki  sunt  &  ki  avenir  sunt  ke  li  hospitaus  de 
Seclins  akata  .1.  quartier  de  terre,  ki  gist  delà  le  molin  del 
hospital  S  as  oirs  Piron  Vinereus,  ki  le  werpirent  bien  &   a 

»  Nouveau  style. 

'  «  Hochedez  »,  nom  propre  du  Nord. 

••  Nouveau  style. 

"  L'hôpital  de  Seclin,  avec  sa  chapelle  consacrée  en  1626-1635,  sa  salle 
Saint-Roch  réédifiée  en  1634,  son  aile  droite  au  pignon  daté  de  1635,  sa 
tourelle  et  sa  façade  ouest  construites,  en  1667,  dans  le  style  hispano- 
flamand,  son  pavillon  central,  sa  façade  et  sa  tourelle  est,  élevés  en 
1856-1860,  se  développe  aujourd'hui  derrière  une  vaste  avenue  ou 
«  drôve  ï>  qui  descend  jusqu'à  la  route  d'Arras  à  Lille.  Sa  grande  façade 


DU   XII1«   SIECLE  401 

Joj,  à:  issirent  tout  li  oir  devant  le  justice.  Açou  faire  furent 
conme  eskievins  Willaumes  li  SieUers,  Jakemes  beaus  hom, 
Robiers  de  Noele,  Jakemes  de  Bourch,  6:  comme  justice 
Gilles  li  eskievin.  Ce  fu  fait  l'an  Nostre  Singneur  M",  ce". 
quatre  vins  &  iiii,  le  dives  apries  le  S.  Denis. 

(Ibid.,  A.  1.  —Pièce  11). 

Tulle,  le  24  juillet  1898. 

Julien  L'Hermitte, 

Archiviste  départemental  de  la  Corrèze. 


symétrique,  percée  de  trois  portes,  n'a  qu'un  étage,  qui  ne  compte  pas 
moins  de  vingt  et  une  fenêtres  ;  à  chacune  des  extrémités  de  cette 
façade  s'élève  une  tourelle  carrée  a  trois  étages.  Elle  est  précédée  d'un 
vaste  parterre,  où  l'on  a  inauguré,  le  25  juillet  1880,  la  statue  de  la 
fondatrice,  œuvre  remarquable  de  M.  Crauk.  Ainsi  parachevé,  l'hôpital 
de  Seclin  compte  parmi  les  plus  beaux  monuments  civils  de  la  Flandre 
wallonne  et  reste  au  premier  rang  des  asiles  ouverts  aux  vieillards  et 
aux  malades. 


LOU   PIAJOU 
Coup  de  zié  umouruestsicou 


Quand  on  revian  de  Sint  Meri 
On  va  le  Bourdsuene*  et  l'on  ri  : 
Iquiet  de  coin   van  le  taloche, 
Ferré  de  clioû  et  de  Cabouoche, 
Chopion....  Si  l'on  voù  s'arrêto 
De....  sans  gêna  qu'on  ajeto! 
I  foudruet  avé  de  z'anchasse, 
A  défô  de  zique  de  chasse, 
Où  ban  de  bouote  de  sèt  gliû 
Per  afronto  toù  quelloù  gliû  ; 
Car,  apré  la  pléve,  labourba 
Lou  long  de  quella  ruj'a  courba 
Monte  cosi  jesqu'à  jarruet 
Cueme  où  chamin  de  vé  Couruet  *  ! 
Mai  si  fa  cho  et  que  la  bise 
A  chassie  la  poussa  s'amise, 


LE  PEAGE 
Coup  d'œil  humoristique 


Quand  on  revient  de  Saint-Maurice  (de  l'Exil),  —  on  voit  les  Bour- 
dines. . .  Et  l'on  rit  :  —  là  des  coins  où  les  galoches,  —  ferrées  de 
clous  et  de  (grosses)  taches,  — foulent...  Si  l'on  veut  s'arrêter,  — 
(les.  . .  qu'on  a  jeté  sans  gêne  !  Il  faudrait  avoir  des  échasses,  —  à 
défaut  de  guêtres  de  chasse,  —  ou  bien  des  bottes  de  sept  lieues  — 
pour  affronter  tous  ces  endroits  ;  —  car  après  la  pluie,  la  boue,  —  le 
long  de  cette  rue  courbe,  —  monte  presque  jusqu'aux  genoux  — 

^  Maintenant  rue  de  Condrieu. 

-  Hameau  de  Saint-Maurice  qui  fait  partie  de  celui  de  Colombier. 


LOU    PIAJOU  4  03 

I  ne  fa  po  bon  z'i  passo  : 
Loù  no,  loù  zié  ant  amasso 
Ina  insupourtobla  fumârc 
Qu'é  devâ  grise  et  devâ  nâre, 
Que  vous  éborglie  et  fa  toussié, 
Qu'ocun  éfor  nepoù  chassie.... 

A  drâta  se  trove  l'Egliése 
Van  l'onseruet  bian  à  soun  ése 
Si  Farchitecte,  pli  z'adruet, 
L'ayié  fa  dsan  in  otrou  andruet: 
Botsa  dessi  la  grànda  ploce, 
Van  le  figlie  étolon  glioù  groce 
Per  dansié  valse  et  rigoùdon, 
Poulka,  cadriglie  et....  Ardi  don  !... 
Van  le  Dsémanche,  en  man  le  boule, 
On  va  loù  vie,  loù  juénou  en  foule 
Joujié,  pioglié,  fére  de  brû, 
Bére  à  plan  pouot  lou  vin  doù  crû. 
L'égliése,  ma  fâ,  é  bian  bella  : 
A  drâta,  à  goche,  ina  chapella 
Que  la  Dsémànclie  é  bian  paro. 
Loù  sint  n'ant  po  Tar  éfaro..,. 
On  va  loù  quatrou  Evangeliste 
Sculto  bian  seur  per  de  z'artsiste. 


comme  dans  le  chemin  de  Corey  ;  —  Mais  s'il  fait  chaud  et  que  la  bise 

—  s'amuse  à  chasser  la  poussière, —  il  ne  fait  pas  bon  y  passer  ;  —  le 
nez,  les  yeux  se  sont  emplis  —  d'une  poussière  insupportable,  —  qui 
est  tantôt  grise  et  tantôt  noire,  —  qui  vous  aveugle  et  fait  tousser, — 
qu'aucun  effort  ne  peut  chasser. . .  — 

A  droite  se  trouve  l'église —  où  Fou  serait  bien  à  son  aise,  —  si 
l'architecte,  plus  adroit,  —  l'avait  construite  dans  un  autre  lieu.  — 
Bâtie  sur  la  grande  place  —  où  les  filles  étalent  leurs  grâces  —  pour 
danser  valses  et  rigaudons,  —  polkas,  quadrilles  et.  .  .  hardi  donc  ! — 
où  le  dimanche,  les  boules  en  main, —  on  voit  les  vieux,  les  jeunes  en 
foule, —  jouer,  piailler,  faire  du  bruit, —  boire  à  plein  pot  le  vin  du  crû. 

—  L'église  est  bien  belle,  ma  foi  ;  —  à  droite,  à  gauche,  une  cha- 
pelle —  qui  est  bien  parée  le  dimanche.  —  Les  Saints  n'ont  pas  l'air 
effaré. . .  —  On  voit  les  quatre  évangélistes  —  sculptés  par  des  artis- 


4  04  LOU    PIAJOU 

Et  Torga  que  résonne  bian 
Fa  plési  d'entendre  et  combian 
Le  fenne  recugliuet  l'acoton. 
Loû  z'omou  jamé  s'en  dégoton  ; 
Mai  qu'in  désordre....  I  zia  puedô  ! 
Selle  dsiquiet,  selle  dsuelô  ! 
(Avé  loù  dà,  j'où  dsou  sans  rire 
Son  nom  si  z'elle  on  poù  écrire), 
Gliuena  la  pousse  avé  son  pié, 
L'otra  agliùrô  cueme  in  pompié 
La  prend,  alla  suema  la  porte 
Et,  délia  suema  vé  le  porte 
Sans  réson  la  fa  voujagé 
Et  dsan  lou  tas  va  l'engagé: 
Suet  bian  que  sa  prouprijetére 
La  trouvan  pli  ne  sa  que  fére, 
Mai  s'en  retorne  en  gongounan 
Et  bouscule  loù  z'arruevan. 

—  Fo-t-é  dsuere  in  moût  délie  clioche 
Merueton-t-eglie  de  reproche  : 
Loù  z'in  dson  voua,  d'otrou  dson  non! 
Et  loù  z'in,  loù  z'otrou,  ant  réson  : 
Per  loù  z'in  aile  fant  merveglie. 
Où  z'otrou  cosson  le  z'oùreglie.... 


tes,  à  coup  sur.  —  Et  l'orgue  qui  résonne  bien  —  fait  plaisir  à  en- 
tendre et  combien  —  les  femmes  recueillies  l'écoutent. —  Les  hommes 
ne  s'en  dégoûtent  jamais  ;  —  mais  quel  désordre...  Cela  fait  pitié  ! 

—  Chaises  de  ci,  chaises  de  là  —  (avec  le  doigt,  je  le  dis  sans  rire, 

—  sur  elles  on  peut  écrire  son  nom).  —  L'une  avec  son  pied  la  re- 
pousse, —  l'autre,  délurée  comme  un  pompier,  —  la  prend,  la  porte 
au-dessus  de  l'église,  —  et  du  dessus  vers  les  portes,  —  la  fait  voya- 
ger sans  raison  —  et  dans  le  tas  va  l'engager  ;  —  si  bien  que  sa  pro- 
priétaire —  (ne)  la  trouvant  plus,  ne  sait  que  faire,  —  mais  s'en  re- 
tourne en  murmurant,  —  et  bouscule  les  fidèles  qui  arrivent. 

Faut-il  dire  un  mot  des  cloches,  —  méritent-elles  des   reproches  ? 

—  les  uns  disent  oui;  d'autres  disent  non!  —  et  les  uns  (et)  les  autres 
ont  raison  :  —  pour  les  uns  elles  font  merveille  —  et  cassent  les 
oreilles  aux  autres....  — 


LOU    PIAJOU  4  05 

Oùtour  délia  ploce  Moûran 
De  platane  izia  doù  bio  rang 
Que  gli  fant  de  jogli  z'ombrajou, 
L'arba  z'i  crâ  fa  de  fourrajou. 
Aile  n'e  po  bian  gniuevelo; 
Car  quand  i  plo  de  toù  loù  lo, 
(Chocun  z'i  fa  quella  remorca) 
On  poù  s'i  proumeno  en  borca, 
Dessô  z'i  travarse  in  égout 
Que  donne  souvan  mové  goût; 
Car  où  n'a  cosi  gin  de  penta, 
L'éga  solaz'i  cole  lenta, 
Vé  loù  regor  i  z'i  sian  pu, 
En  loi!  siantan  on  n'e  repu..,. 
Dsiquiet  per  se  rendre  alla  gora, 
I  tant  étruet,  qu'on  vous  dsi  :  gora  ! 
Per  ne  po  être  écrabouglia 
Et  vous  gafo  dsan  loù  gouglia.... 

On  revian  prendre  la  grand  ruja 
Van  l'on  trove  ina  odeur  de  buya, 
L'éga  descend  d'en  ot,  d'en  bo; 
Quand  i  plo  on  e  tsuenondo. 
Doù  Pérou  '  l'éga  i  fa  barrajou; 


Autour  de  la  place  (Paul)  Morand  —  il  y  a  deux  belles  rangées  de 
platanes  —  qui  lui  font  de  jolis  ombrages  ;  —  mais  l'herbe  y  croît 
comme  dans  un  pré.  —  La  place  n'est  pas  bien  nivelée  ;  —  car  quand 
il  pleut,  de  tous  les  côtés  —  (chacun  fait  cette  remarque),  —  on  peut 
en  barque  s'y  promener.  —  Un  égout  dessous  la  traverse,  —  lequel 
donne  souvent  de  mauvaises  odeurs,  —  car  il  n'a  presque  pas  de  pente. 
—  L'eau  sale  y  coule  lentement.  —  Les  regards  empoisonnent,  —  en 
les  sentant,  on  est  écœuré  et  sans  appétit....  —  De  là  pour  se  rendre 
à  la  gare,  —  la  rue  est  si  étroite  que  Ton  se  gare  —  pour  ne  pas 
être  écrasé  (par  les  voitures)  —  et  vous  mettez  les  pieds  dans  des  fla- 
ques d'eau....  — 

Ou  revient  prendre  la  Grand'Rue  —  où  l'on  trouve  une  odeur 
de  lessive.  —  L'eau  descend  d'en  haut,  d'eu  bas  ;  — on  est  inondé 
quand  il   pleut.  —  L'eau  barre  la  rue  du   Pérou  ;  —  elle  arrive  du 

1  Quartier  du  Péage. 


4  06  LOU   PIAJOU 

Air  arrueve  doù  fond  doù  Piajou 
Aile  cole  devé  Bagniû  ', 
Et  doû  Petuet  ^  et  d'otrou  gliû  ; 
Pâ  dsan  V  égout  aile  s'  enforne 
Cueme  in  tourran  dsan  de  caborne  ! 

Lou  long  deir  olla  i  lou  marché 
Et  paralèle  i  fo  eharché 
Le  payisane  revendôuse, 
Gentsuet  toujour  souvan  mentoùse. 
Chocuna  où  bras  a  son  pana. 
Je  défijou  où  poùrou  benâ 
De  passo  où  muetan  de  z'elle 
Sans  trouco  quelle  damueselle.... 
A  z'elle  lou  miâ  doù  chamin! 
Se  mouocon  doù  mondou....  Et  pomin 
Per  acheto  glioû  z  'uet,  gliou  birou, 
Tourne,  pouluet....  Mai  z'i  bian  pirou  : 
I  fo  le  pincié  per  derrâ 
Per  vâre  lou  fond  doù  pana.... 

Vous  remonto  si  la  grand  routa, 
Et  si  vous  la  percourâ  touta 
Vous  vâde  de  choque  coùtô 
De  fenne  ina  vrâ  truepoutô, 


fond  du  Péage  ;  —  de  Bagneux  elle  descend,  —  et  du  Pettet  et 
d'autres  lieux  ;  —  puis  elle  disparaît  dans  l'égout  —  comme  un 
torrent  dans  des  failles. 

Le  marché  est  le  long  de  la  halle  —  et  parallèlement  il  faut 
chercher  —  les  paysannes  revendeuses  —  toujours  gentilles,  men- 
teuses souvent  ;  —  chacune  a  son  panier  —  au  bras.  —  Je  défie  le 
pauvre  benêt  —  de  passer  au  milieu  d'elles  —  sans  frôler  ces 
demoiselles....  —  A  elles  le  milieu  de  la  rue!  —  se  moquant  du 
monde....  Et  cependant  pour  acheter  leurs  œufs,  leur  beurre  — 
tommes,  poulets...  Mais  c'est  bien  pis  :  —  il  faut  les  pincer  par  der- 
rière —  pour  voirie  fond  des  paniers... 

Vous  remontez  sur  la  grand'route  —  et,  si  vous  la  parcourez  en- 
tièrement  —  vous  voyez   de  chaque  côte  —  une  vraie  tripotée  de 

*  Quartier  du  Péage.  —  '  Fontaine  ferrugineuse. 


LOU    PIAJOU  407 

Que  vousposson  dsan  quella  ruya 
Cueme  in  gênerai  la  revuya  : 

—  «  Vât-se,  dsi  gliuena  que  chapiô 
Qu'  a  si  sa  téta  la  Zabio  ! 

Et  le  manche  de  quella  roba 
Aile  fant  si  loù  bras  la  bouoba; 
Et  son  coursajou  é  mo  coupo, 
On  dsueruet  la  jupo  étruepo.  n 

—  «  Viquia  la  Jonneton  que  posse 
Pendan  que  sa  figlie  reposse  : 

I  dson,  t'é  via,  que  son  chignon 
Efau!  «  —  Quése-te  don,  Toinon! 
T'o  tro,  per  seur,  movése  linga 
Que  sonne  fau  cueme  ina  échinga. 
Retsan  ta  linga  de  papié?  » 

—  N'en  viquia  yin  qu'a  de  grand  pié!  » 

—  «  Chères  Dames ^  je  dois  vous  dire 
Que  c'est  bien  vilain  de  médire!  » 

—  «  Aile  porle  cueme  à  Paris.  » 

—  «  Je  parle  un  français  qui  ravit  »... 

—  «  Ne  ne  fichon  de  son  langajou  ! 
Ne  z'omon  ban  mié  que  doù  Piajou. 
Viquia  la  no,  allon  ne  z'en!  » 

—  ((  Ario-tse  poù  viquia  trâ  z'an 


femmes  —  qui  vous  passent,  dans  cette  rue  —  comme  un  général,  la 
revue.  —  «  Vois-tu,  dit  l'une  d'elles,  le  beau  chapeau  —  que  la  Za- 
beau  a  sur  sa  tête  !  —  Et  les  manches  de  cette  robe  —  font  des 
grimaces  sur  les  bras  ;  —  et  son  corsage  est  mal  coupé.  —  On  dirait 
la  jupe  déchirée.  —  «  Voilà  la  Jeanneton  qui  passe  —  pendant  que 
sa  fille  repasse  :  —  on  dit,  est-ce  vrai,  que  son  chignon  est  faux. 
—  «  Tais-toi  donc,  Toinon  1  —  Tu  as  trop,  sûrement,  mauvaise  lan- 
gue —  qui  tinte  faux  comme  une  sonnaille...  —  Retiens  ta  langue  de 
papier?  — «  En  voilà  un  qui  a  de  grands  pieds  !  — «  Chères  dames, 
je  dois  vous  dire  —  que  c'est  bien  vilain  de  médire  !  —  «  Elle  parle 

comme   à  Paris.  —  «  Je   parle  un  français  qui  ravit »  —  «  Nous 

nous  moquons  de  son  langage  !  —  Nous  aimons  bien  mieux  celui  du 
Péage.  —  Allons-nous-en,  la  nuit  arrive.  —  «  Aurais-tu  peur,  voilà 
trois  ans  —  qu'une  lumière  nous  éclaire...  —  «  Elle  est  jolie,  pauvre 


•Ï08  LOU   PIA.TOU 

Que  ne  z'  éclore  ina  gliumiére...  » 
—  ((  AUejoglia,  poùra  bergliére! 
Teporle  d'électrueçuetô: 
Entre  cent  fait  je  vo  çueto 
Quoque  méfa  et  quoque  force: 
La  ruya  quoque  vas'  en  posse; 
Et  loù  cofé,  loù  magasin 
Sont  nar  cueme  de  Sarrazin. 
Dsan  lou  mouman  que  j'é  de  mondou 
Si  d'  agliuemo  tro  plan  j'abondou, 
Viquia  moù  cliyan  que  s'en  vant; 
Mai  recliamc...  Otan  lou  vent 
Cueme  l'on  dsi  de  fa,  n'emporte!... 
Quoquin  dsi  yiore  :  c»  Que  m'importe!  » 
Où  Piajou  i  zia  de  gent  bian  cronou 
Surtout  i  ne  manque  po  d'onou, 

Etmémou  in  académicien 

De  marichô,  de  farmacien, 
De  menuisié  cosi  artsiste. 
De  courdagné,  de  z'ébeniste, 
De  médecin,  de  z'ourlougé, 
De  z'otel  per  loù  z'etrangé, 
De  boutsique  de  tout  évage, 
De  canuse  pli  z'où  moins  sage; 
Enfin  de  gent'de  tout  métsé, 


nigaude  !  —  Tu  parles  d'électricité  :  — je  vais  citer  entre  cent  faits  — 
quelques  farces  et  quelques  méfaits  :  —  la  rue  s'en  passe  parfois  ; 
—  et  les  cafés,  les  magasins  —  sont  noirs  comme  des  Maures.  — 
Dans  le  moment  que  j'ai  du  monde  —  si  d'allumer  je  vais  trop 
doucement,  —  voilà  mes  clients  qui  s'en  vont  ;  —  mais  réclamer.... 
Autant  le  vent,  comme  l'on  dit  des  fois,  n'emporte  !  ...»  —  Quelqu'un 
dit  maintenant  :  —  »  Que  m'importe  !...  » 

Au  Péage  il  y  a  de  crânes  gens.  —  Surtout  il  —  ne  manque  pas 
d'ânes,  —  et  même  un  académicien. . .  —  Des  maréchaux  (ferrants), 
des  pharmaciens,  —  des  menuisiers  presque  artistes,  —  des  ébé- 
nistes, des  cordonniers,  —  des  horlogers,  des  médecins,  —  des  hôtels 
pour  les  étrangers,  —  des  boutiques  de  toute  sorte,  —  des  canuses 
plus  ou  moins  sages  ;  —  enfin  des  gens  de  tous  (les)  métiers  —  sans 


LOU    PIAJOU  4  09 

Sans  comto  que  delloù  rentsé  ; 

Et  de  moudsiste  et  de  taglioùse 

Dont  le  cliyànte  graciyoùse 

Sont  paré  dsan  lou  derâ  goût 

Mai  que  cregnon  tro  loù  degout... 

I  gnia  gniuet  banquié,  gniuet  noutérou 

De  z'avoucat  on  n'en  va  guérou. 

I  tsin  paji  bian  fourtsunô 

Gin  d'uissié  gni  montre  son  no 

I  gnia  gniuet  pompié,  gniuet  gendormou, 

Alloù  Piajérou  i  fa  lou  cliormou  : 

Loù  proumâ  traçon  glioù  seglion, 

Loù  segon  sont  à  Roussiglion. 

Où  Piajou  on  mige  tro  de  gorra 
Qu'où  grouman  la  pincié  la  lora  ; 
En  revange  i  zia  de  bon  vin 
Dont  toù  loù  Piajérou  sont  vain, 

Loù  z'ovou  ant  de  bella  mayiére. 
Li  vigne  sont  plene  de  piére  ; 
De  perseyié,  d'ambricoutâ 
1  s'en  trove,  pertout  de  tas. 

En  résumé  :  vive  lou  Piajou  ! 
Qu'é  plitoù  vuela  que  vuellajou; 


compter  celui  de  rentier,  —  et  des  modistes  et  des  tailleuses,  —  dont 
les  gracieuses  clientes  —  sont  parées  dans  le  dernier  goût,  —  mais 
(de  robes  voyantes)  qui  craignent  trop  la  pluie. 

Il  n'y  a  ni  banquiers,  ni  notaires...  .  —  On  n'y  voit  guère  d'avo- 
cats. —  C'est  un  pays  bien  fortuné,  —  point  d'huissier  n'y  vient 
exercer. 

Il  n'y  a  ni  pompiers,  ni  gendarmes,  —  les  gens  du  Péage  en  sont 
charmés  :  —  les  premiers  tracent  leurs  sillons,  —  les  seconds  habi- 
tent Roussillon. 

Au  Péage  on  mange  trop  de  vieilles  vaches,  —  qui  font  pincer  les 
lèvres  aux  gourmands.  —  Il  y  a  du  bon  vin  en  revanche  —  dont  les 
gens  du  Péage  tirent  vanité. 

Les  îles  ont  de  beaux  échalas.  —  Les  vignes  sont  couvertes  de 
pierres.  —  De  pêchers,  d'abricotiers,  —  il  s'en  trouve  des  tas  partout. 

"Vive  le  Péage,  en   résumé!  —   Qui  est  plutôt  ville  que  village. 


LOU  PIAJOU 

Dsan  queir  andruet  tout  é  charman, 
Chacun  a  lou  cœur  si  la  man. 

Le  gent  sont  loin  d'être  gavagne 
I  tsin  vrâ  payi  de  coucagne. 
Que  dsuere  incor....  Pli  ran  ne  se; 
Ossi  chocun  me  dsi  :  «  Assez  »  ! 

Mourice  Revare. 


—  Dans  cet  endroit  tout  est  charmant.  —  Chacun  a  le  cœur  sur  la 
main. 

Les  gens  sont  loin  d'être  fainéants.  —  C'est  un  vrai  pays  de  coca- 
gne. —  Que  dirai-je  encore....  Je  ne  sais  plus  rien;  —  aussi  cha- 
cun me  dit  :  «  Assez!...  » 

Maurice  Rivière. 


VARIÉTÉS 

PIÈCES  TIRÉES  DE  LA.  COLLECTION  GODEFROY 


Lettres  de  Pierre  Boy,  sieur  de  Meilhan, 
au  roi  Charles  IX  * 

(1569-1573.) 

1.  —  Le  sieur  de  Meuilhan  mande  au  Roy  qu'il  luy  envoyé  une 
lettre  du  Roy  d'Alger  et  celles  que  ledict  Roy  et  Agy  Morat  luy  ont 
aussy  escrits,  qui  sont  plaines  de  plaintes  contre  l'Ambassadeur  qui 
est  à  Constantinople  qui  a  esté  cause  qu'on  a  arresté  les  vaisseaux 
français  en  Alexandrie  et  Tripoly,  ayant  receu  10.000  escus  ;  que  la 
perte  des  Galères  d'Espagne  continue. 

Sire,  le  XXVI*™^  du  passé,  par  voye  de  la  poste,  vous  ay 
amplement  escript  et  faict  entendre  toutes  nouvelles  et  occu- 
rances  que  se  passoient  en  ces  quartiers.  Despuis,  et  le  jour 
dhier  seullement,  le  Roj  Dargiers  ma  mandé  la  lectre  cy 
encloze  pour  faire  tenir  à  vostre  Magesté.  A.  quoy  je  n'ay 
voulu  faillir  aussi  tost  et  laccompagner  dune  aultre  quil  ma 
escript,  Et  aussi  Agy  Morat  que  fust  ces  années  passées  pour 
ambassadeur  vers  vostre  Magesté,  par  le  contenu  desquelles 
pourrez  veoir  le  traictement  que  vostre  ambassadeur  à  Con- 
stantinople faict  à  voz  subgectz,  et  qui  a  esté  loccasion  de 
larrestement  des  vaiseaulx  et  navires  de  France  questoient 
en  AUexandre  et  TrippoUy.  Où  vostre  Magesté  verra  apper- 
tement  le  tout  estre  venu  par  le  moyen  de  vostre  ambassa- 
deur moyennant  dix  mil  escus  que  le  juif  luy  a  donné  de  pré- 
sent. Les  marchans  trafBquantz  audict  AUexandre  et  Trip- 
poUy sont  tousjours  attendantz  la  responce  que  vostre  Magesté 
aura  eue  du  Grand  Seigneur,  cependant  demeurent  sans  rien 
négocier.  La  perte  des  Gallères  dEspaigne  se  continue  tous- 

«  Institut  Coll.  Godefroy.  T.  257.  Pièce  86,  3  juin  1569,  original. 


4  12  VARIETES 

jours.  Sire,  il  vous  plarra  commander  mestre  faicte  responce 
de  ce  que  jay  à  faire  des  deux  espagnolz  que  je  tiens  prison- 
niers icj,  si  long  temps  y  a,  attendu  quilz  ne  sont  poinct 
granadins,  ains  gens  de  bien,  bons  chrestiens  et  catholicques, 
comme  je  suis  ordinairement  informé  par  plusieurs  marchans 
dEspaigne  et  aultres  de  ceste  ville  que  chascun  jour  habor  • 
dent  en  ce  port.  Nous  sommes  an  ce  lieu  les  plus  heureux 
qu'aucuns  de  voz  subgectz  pour  la  bonne  paix,  union  et  trans- 
quilité  de  quoj  tout  ce  peuple  est  et  se  comporte.  En  quoy 
jaj  loeilli  à  les  y  bien  conserver  et  maintenir.  De  tout  ce  que 
surviendra  ne  feray  faulte,  dheure  à  autre,  den  donner  advis 
à  vostre  Magesté.  Quoy  attendant. 

Sire,  je  supplieray  le  Créateur  quil  vous  maintieigne  en 
très-bon  estât  et  santé,  avec  prospérité  très  longue  et  très 
heureuse  vye. 

De  Marseilhe,  le  III"^  juing  1569. 

Vostre  très-humble  et  très-obéissant  subgect  et  serviteur. 

Pierre  Boy. 

Au  Roy. 


2.  —  Pierre  Boy,  sieur  de  Meuilhan,  mande  au  Roy  que  nonobstant 
quil  luy  ayt  donné  pouvoir  en  l'absence  du  Baron  de  la  Garde  de 
commander  les  galères,  le  sieur  de  Carces  la  arboré  estendart  sur 
la  sienne  et  prétend  avoir  pouvoir  du  Roy  de  les  commander  '. 

Sire, 
Se  trouvant  dernièrement  Monsieur  le  Baron  de  la  Garde 
aux  Isles  d'If,  presque  sur  le  poinct  de  faire  voyle  pour  le 
volage  auquel  il  est  à  présent  pour  vostre  service,  il  menvoya 
par  ung  gentilhomme  des  siens,  deux  lectres  missives  à  luy 
adressantes,  une  de  vostre  Magesté,  escripte  à  Reims  du 
xii^  du  moys  de  may,  et  laultre  de  Monseigneur  de  Savoye 
escripte  à  Turin,  du  premier  dudit  moys,  toutes  deux  conte- 
nant en  substance  estre  vostre  bon  plaisir,  que,  absent  ledict 
sieur  de  la  Garde,  je  commandasse  aux  gallères  qui  demeu- 
reroient  en  vostre  port  de  Marseille,  et  que,  tant  pour  la  garde 
dicelles  que  pour  tenir  la  coste  nette  et  purger  de  corsaires 

1  Coll.  Godefroy,  T.  257,  pièce  74  (original),  20  juillet  1569. 


VARIETES  413 

pourlaseurté  et  repos  de  vos  subgectz,  je  pourrois,  se  pré- 
sentant Toccasion,  demander  celles  de  raondict  seigneur  de 
Savoye  pour  les  adjoindre  aux  vostres.  Et  pour  encores  mex- 
citer  davantaige  à  prendre  ceste  charge,  ledict  sieur  de  la 
Garde  accompaigna  lesdictes  lectres  dun  sien  pouvoir,  me 
priant  et  requérant  icellui  accepter.  Ce  que  ne  pouvant  com- 
modément, comme  ayant  dailleurs  assez  doccuppations,  tant 
au  gouvernement  de  ceste  ville  que  aux  aultres  estatz  et 
charges  dont  il  vous  a  pieu  m'honnorer,  je  men  fusse  dès  lors 
librement  excusé,  neust  été,  Sire,  l'insistance  que  men  fict 
icelluj  sieur  de  la  Garde,  m'opposant  vos  dictes  lectres  et 
commandemens.  Ausquelz  ne  voulant  oncques  différer  la  fidelle 
servitude  que  je  doibz  et  ay  jurée  à  vostre  Magesté,  javois 
receu  et  accepté  lesdictes  lectres  et  pouvoir,  en  intention  de 
sujvre  vosdictz  commandementz;  joinct  quilz  raavoient  esté 
confirmez  par  le  vostre  quil  vous  a  pieu  mescrire  à  Orléans 
du  xvn^  du  passé,  que  je  receuz  justement  ung  jour  après  le 
parlement  dudict  sieur  de  la  Garde.  Touteflfojs,  Sire,  il  est 
advenu  que  prétendant  Monsieur  de  Garces  telles  charges  luy 
appartenjr  et  luj  avoir,  longtemps  a,  [été]  octrojée  par  vostre 
Magesté,  a  incontinent  faict  arborer  vostre  bandière  sur  sa 
gallère.  Sur  quoj,  ayant  bien  voulu  me  résouldre  avec  ledict 
sieur  de  Garces,  jay  incontinent  despesché  à  Aix,  où  il  estoyt, 
exprès  pour  l'informer  de  ce  que  dessus,  et  luy  faire  veoir 
toutes  les  susdictes  lectres  et  pouvoir.  Le  priant  en  oultre  que, 
pour  ne  retarder  et  confondre  les  affaires  qui  se  pouvoient 
pour  vostre  service  d'heure  à  aultre  présenter  en  ladicte 
charge,  il  advisast  de  raesclercir  sur  ce  de  son  intantion,  à  ce 
que  je  demeurasse  avec  juste  cause  en  cest  endroict  suffisam- 
ment deschargé,  et  vostre  Magesté  satisfaicte  de  mon  debvoir. 
Et  mayant  ledict  sieur  de  Garces  lors  remis  sur  le  pouvoir  et 
provision  quil  m'avoit  escript  en  avoir  de  vostre  Magesté  et 
laxoir  envoyé  quérir  en  sa  maison  de  Garces,  après  avoyr 
actendu  quelques  jours  sans  aultre  résolution,  ne  pouvant 
plus  différer  de  me  descharger  de  ce  fardeau,  je  renvoyay 
vers  luy  le  priant  derechef  me  déclairer  sa  volunté.  Sur 
quoy,  Sire,  il  ma  enfin  escript  que,  sans  marester  à  sondict 
pouvoir,  je  le  tinsse  comme  l'ayant  veu,  et  qu'il  entendoit 
faire  ceste  charge  et  ne  permettre  que  personne  y  entreprint 

27 


414  VARIETES 

à  son  préjudice,  puisqu'il  vous  avojt  cj-devant  pieu  len  pour- 
veoir,  et  que  pour  ma  descliarge  et  contentement  il  en  escri- 
roit  à  vostre  Magesté  Laquelle  cependant  je  n'ay  de  ma  part 
voulu  faillir  tenir  advertie  de  ce,  non,  Sire,  pour  riens  en- 
treprandre  en  ladicte  charge,  qui  touche  audit  sieur  de  la 
Garde  et  non  à  moj,  mais  premièrement  pour  faire  cognoistre 
à  vostre  Magesté  cornent  et  avec  quelle  solicitude  et  recom- 
mandation de  mon  debvoir  et  de  mon  honneur  je  désire  ren- 
dre raison  de  vos  comraandemens;  et  secondement  pour,  en 
temps  qu'il  me  sera  possible,  entre  nous  tous  qui  sommes  de 
deçà  appeliez  à  vostre  service,  l'onylé  et  amitié  que  vostre 
Magesté  entend  y  estre  réciproquement  lenue  pour  ne  partia- 
liser  les  charges  telles  qu'il  vous  a  pieu  et  plaira  pour  lad- 
venir  les  distribuer  et  régler.  Suppliant  très-humblement 
vostre  Magesté  avoir  agréable  ce  que  j'en  ay  faict,  et  que  je 
demeure  deschargé.  Et  vous  ayant  puis  deux  jours  amplement 
escript  de  toutes  occurances  de  par  deçà,  n'estant  despuis 
survenu  chose  digne  de  vostre  Magesté. 

Sire,  je  supplieray  le  Créateur  vous  donner  en  prospérité' 
et  santé,  très-heureuse  et  très-longue  vye. 

De  Marseilhe  le  xx*  julhet  1569. 

Vostre  très-humble  et  très-obéissant  subgect  et  serviteur, 

Pierre  Boy. 


3.  —  '  Sire,  après  la  dépesche  que  jay  faicte  à  vostre  Ma- 
gesté sur  les  nouvelles  d'Alger,  le  gentilhomme,  que  par  votre 
commandement  y  avoys  mandé,  est  arrivé  bien  mallade,  ayant 
couru  fortune  troys  moys  sur  la  mer,  sans  pouvoyr  aborder 
ne  approcher  de  ce  port,  pour  le  mauvais  temps  qui  a  reigné 
despuis  son  despart  dudict  Alger,  tel  que  jamais  ne  fust  veu  le 
semblable.  Et  à  cause  de  samalladye,  il  n'a  peu  s'acheminer 
devers  vostre  Magesté,  mais  m'a  repporté  qu'estant  arrivé 
audict  Alger  le  XXIU"^  du  moys  d'aoust  dernier,  et  donné 
la  dépesche  de  Votre  Magesté  a  roy  dudict  Alger,  il  la 
treuvé  de  fort  bonne  vollonté  et  très-affectionné  en  tout,  ce 
quil  se  pourra  employer  pour  vostre  service.  L'ayant  asseuré 

»  Institut.  Coll.  Godefrny.  T.  25S.  Pièce  82.  20  janvier  1573  (original). 


VARIETES  415 

qu'il  en  a  aussi  commandement  du  Grand  Seigneur,  comme 
de  resercher  Votre  Magesté  de  ce  quil  pourroj^t  avoir  besoin 
du  cousté  de  deçà,  ce  qui  laincitté  de  vous  requérir,  comoie  il 
m'escript,  de  quelques  arbreset  rames  pour  gallères,  et  en  re- 
vanche il  a  tous  prest  une  vingtaine  de  beaulx  chevaulx,  six 
jumentz,  deux  Ijons,  deux  ours,  des  lévriers  foulajis  et  aulties 
bestes  que  ledict  gentilhome  a  veu;  mais  quil  est  nécessaire 
dy  envoyer  ung  vaisseau  propre  pour  tragetter  le  tout  de 
deçà.  11  a  faict  donner  la  liberté  à  huict  esclaves  françois  qui 
estojent  prins  de  son  temps,  comme  il  pourra  faire  à  une  infl- 
nitté  daultres  qui  sont  de  délia,  sil  plaist  à  Vostre  Magesté 
luy  en  faire  escripre.  Ledict  gentilhomme  ma  aussi  faict  en- 
tendre que  ledict  Roy  d'Alger  lui  a  déclaré  secrètement  quil 
a  quelque  intelligence  en  une  forteresse  nommée  ïabarque, 
près  du  Bastion  Françoys  qui  est  à  Bonne,  laquelle  forteresse 
est  tenue  par  les  Gennevoys  '  et  qu'il  prétend  la  prendre  dans 
peu  de  temps,  pour  après  la  remectre  soubz  Tobeyssance  de 
Vostre  Magesté,  sil  vous  plaist  lacepter.  Cependant  il  faict 
fortiffier  et  remparer  ledict  Alger,  ainsi  que  jay  cy-devant 
faict  entendre  à  Vostre  dicte  Magesté,  allaquelle  jenvoye 
présentement  la  lectie  dudict  Roy  d'Alger  par  ce  porteur. 
Sur  quoy  j'actendray  voz  commandementz;  mais  il  est  néces- 
raire,  Sire,  si  luy  accordes  lesdictz  arbres  et  ramez  descripre 
à  Monsieur  le  Mareschal  d'Ampville  ou  de  Joyeuse,  den  faire 
faire  amas  au  pays  de  Languedoc  et  les  envoyer  en  ce  port, 
car  icy  ny  en  a  que  pour  la  provision  de  voz  gallères,  ainsi 
que  cedict  porteur  pourra  tesmoigner  plus  amplement  à 
Vostre  Magesté  et  faire  entendre  toutes  aultres  occurances 
de  deçà.  Auquelz  me  remectz  pour  pryer  Dieu 

Sire,  maintenyr  Vostre  Magesté  en  très  bon  estât  et  santé, 
très-heureuse  et  longue  vye.  De  vostre  ville  de  Marseille,  le 
XX*  de  janvier  1573. 

Vostre  très-humble  et  très  obéyssant  serviteur  et  subject. 

Pierre  Boy. 
Au  Roy. 

1  Italianisme  pour  Génois,  de  Genova. 


41G  VARIETES 

n 

Lettre  des  consuls  de  Marseille  au  Roi 

Les  Consuls  de  Marseille  demandent  au  Roy  que  la  levée  de  7000  li- 
vres par  an  sur  les  espiceries  et  drogueries  pour  l'entretien  de  leur  port 
soit  continuée,  nonobstant  la  deffense  de  poursuivre  ledit  œuvre  qu'ils 
disent  ne  se  pouvoir  faire  sans  un  grand  dommage.  * 

Sire,  par  vos  lettres  patentes  données  à  Arles,  au  mois  de 
novembre  mil  v^  Lxiii  vous  a  pieu  ordonner  que  le  droict  mis 
sus  par  le  feu  Roy  Henry  de  bonne  mémoire,  que  Dieu  absoil- 
ve,  vostre  très-honoré  père,  sur  les  espiceries  et  drogueries 
entrans  en  vostre  ville  de  Marseille,  seroitlevé  parles  consulz, 
manans  et  habitaus  dudict  Marseille  durant  le  temps  de  six 
ans,  pour  icelluy  droict  emploier  à  la  construction  du  quay  et 
curement  du  port  de  ladicte  ville.  A  la  charge  que  ladicte 
comunaulté  seroit  tenue  fornir  et  emploier  de  leurs  deniers 
durant  ledit  temps  de  six  ans  jusques  à  la  somme  de  sept  mil 
livres  à  ladicte  oeuvre,  oultre  la  somme  de  trois  mil  livres  que 
ladicte  comunaulté  auroit  promis  faire  valloir  la  ferme  du 
droict  et  cuerraige  appartenant  de  toute  ancienneté  à  ladicte 
comunaulté,  destiné  à  la  cure  et  entretenement  dudict  port, 
à  la  charge  de  rendre  compte  d'an  en  an  en  vostre  court  des 
comptes  dudict  Prouvence.  Et  combien  que,  Sire,  nous  aïons 
faict  jusques  â  présent  tel  mesnage  et  diligence  en  ladite  œu- 
vre que,  oultre  ce  que  le  faict  le  tesmoigne  assez,  nos  hayneux 
et  malvueillans,  voians ladicte  œuvre,  sont  contrainctz  direct 
accorder  la  diligence  et  bon  mesnage  de  ladicte  comunaulté, 
et  croies,  Sire,  que,  s'il  nestoit  labonne  volonté  et  dévotion  que 
ont  les  dictz  manaus  a  la  perfection  de  ladicte  œuvre,  non  seul- 
lement  pour  la  comodité  de  leur  traffic  particullier,  mais  pour 
unefortiffication,  non  seuUement  de  vostre  pais  de  Prouvence, 
ains  de  tout  vostre  royauime,lœuvre  neust  si  diligement  esté 
continuée,  comme  le  monstrent  assez  les  prifFaictz  et  autres 
incroiables  despens  que  vostre  Magesté  ou  voz  antécesseurs 
ont  faict  au  curement  dudict  port,  sans  que  aucune  chose  soit 

«  Bibl.  de  l'Institut.  Coll.  Godefroy,  T.  256,  pièce  20. 


VARIETES  417 

venu  en  perfection,  ains  le  toutinnutilleraentdespandu,pource 
que  lœuvre  estoit  maniée  et  conduicte  par  ceulx  qui  navoient 
nul  interestz  à  ladvancement  et  perfection  de  ladicte  œuvre  ; 
laquelle  est  de  telle  importance  qiiestant  achepvée,  comme 
nous  espérons,  sire,  nous  y  emploier,  sil  plaict  à  vostre  Ma- 
gesté  nous  y  aider,  que  en  tout  l'université  ny  aura  port  si 
asseuré  et  de  tel  comodité  et  commerce  que  celluy  de  vostre 
dicte  ville  de  Marseille.  Et  combien,  Sire,  que  nous  y  avons 
travaillé  de  telle  diligence  que  vostre  Magesté  pourra  plus 
particullièrement  entendre  par  le  délégué  par  devers  vostre 
dicte  Magesté.  Ce  néantraoings,  ces  jours  passez,  en  vertu  de 
voz  lectres  données  à  Verdun,  le  xxiii''  apvril  dernier,  le  sieur 
de  Mazan,  président  en  vostre  court  des  comptes,  comissaire 
à  ce  depputté  auroit  empesché  ladicte  œuvre,  faict  emprison- 
ner les  consulz  de  ladicte  ville  et  les  passez  des  ans  lxv, 
Lxvi,  LXVii,etLxviii,  pour  le  préthendu  restant  des  deniers  par 
vostre  Magesté  accordez  à  ladicte  œuvre,  faict  saizir  leurs 
biens  exposé  en  ventes,  et  par  ce  moien  travaillez  pour  une 
bonne  œuvre  et  service  faict  à  vostre  Majesté,  espérant  icel- 
lu}^  toujours  continuer  comme  ont  faict  leurs  antécesseurs, 
sans  les  avoir  voulu  entendre  en  leurs  oppositions  raisons  et 
deffances  Que  a  esté  la  cause,  sire,  que  nous  sommes  adres- 
sez à  vostre  Magesté,  vous  requérant,  très-humblement  nous 
vouloir  entendre  à  nostre  bon  droict  et  nous  donner  moien 
que  les  deniers  destinez  à  la  dicte  œuvre  ne  soient  emploiez 
en  aultres  usaiges;  mesmement  que  tant  sen  fault  que  ladicte 
comunaulté  ait  aucuns  denier  rière  soy,  quelle  est  créditrice 
de  grandes  et  notables  sommes  pour  lachapt  de  bois  quest 
nécessaire  pour  la  cure  dudict  port.  Sire,  il  vous  plaira  ne 
permectre  ladicte  œuvre  estre  divertie  et  destournée  poures- 
tre  de  telle  importance  que  vostre  Magesté  sçaist  trop  mieulx. 
Davantaige  si  lœuvre  cessoit  et  nestoit  continuée,  toute  la 
despance  faicte  jusques  à  présent  seroit  innutille  ;  quest  ung 
intéretz  considérable.  A  quoy  leur  estant  prouveu,  comme  i!z 
espèrent  de  vostre  bonté,  ce  sera  augmenter  la  bonne  volonté 
de  voz  paouvres  subgectz,  de  semploier  de  mieulx  en  mieulx 
à  vostre  service.  Quant  à  vostre  ville  de  Marseille,  nous  som- 
mes en  bonne  paix  et  tranquilité,  grâces  à  Dieu.  Auquel  prie- 
rons 


418  VARIETES 

Sire,  vous  donner  en  parfaicte  santé  très-heureuse  et  lon- 
gue vye.  A  vostre  ville  de  Marseille,  ce  m^  juing  1569. 

Voz  très  humbles  et  très  obéissans  serviteurs  et  subgectz 
les  Consulz  de  vostre  ville  de  Marseille. 


III 
Lettres  relatives  à  l'avénement  du  roi  Henri  III 

1.  —  LKS  GENS  DU  ROY  AU  PARLEMENT  DE  PROVENCE  AU  ROY  * 

Sire, 

Puis  qu'il  a  pieu  à  Dieu  prendre  à  soy  le  feu  Roy  Charles 
dernier,  vostre  frère,  et  appeller  Vostre  Majesté  à  la  co- 
ronne  de  ce  Royaume  de  France,  le  debvoir,  fidélité  et  obéis- 
sance que  luy  debvons,  nous  commande  supplier  très-hum- 
blement vostre  dite  Magesté  sen  revenir  le  plustost  en 
Icelluy.  Nous  tenant  pour  asseurez  que  sa  venue,  comme  le 
soleil  de  son  splendeur  illumine  toutes  choses.  Ainsi  elle 
de  sa  venue  ramplira  tout  le  Royaulme  de  tout  repoz,  bien  et 
tranquilité. 

Sire,  nous  prions  le  Créateur  donner  à  vostre  Magesté  en 
parfaicte  santé,  très-longue  et  très-heureuse  vie. 

Escrit  à  Aix,  ce  XVIIP  juing  1575, 

Voz  très-humbles  et  très-obéissans  serviteurs  et  subjectz 
les  gens  tenans  vostre  court  de  Parlement  de  Provence. 

VULLERMIER. 

Au  Roy  Nostre  Souverain  Seigneur. 

2.  —  LES  CONSULS  DE  MARSEILLE  AU  ROY  " 

Sire, 

Combien  que  nous  eussions  entre  nous  délibéré  d'atendre 

la  nouvelle  de  vostre  heureuse  arrivée  à  Lyon  ou  autre   de 

voz  villes  pour  y  prendre  quelque  séjour  afin  de  plus  à  pro- 

poz  aller  au  nom  de  tout  le  corps  de  ceste  vostre  Ville  très- 

'  Institut,  Coll.  Godefroy.  T.  259.  Pièce  11.  18  juin  1574. 

-'  Institut,  Coll.  Godefroy.  T.  259.  Pièce  45.  3  septembre  1574. 


VARIETES  419 

liumblement  baiser  les  mains  de  vostre  Majesté,  et  lui  randre 
la  foj  et  asseurance  deramitié  et  fidélité,  où  elle  a  esté, Dieu 
grâces,  jusques  à  ce  jourdhuj  conservée  pour  vostre  service  ; 
toutesfois,  Sire,  ce  qui  nous  a  meu  faire  devancer  cependant 
ce  gentilhomme  que  nous  depeschons  présentement  exprez 
à  vostre  Majesté,  est  seulement  pour  la  suplier,  comme  nous 
faisons  très-humblement,  ne  donner,  s'il  luy  plaist,  créance 
aucune,  à  chose  qui,  au  préjudice  de  nostre  devoir,  luy 
puisse  estre  escrite  ou  déférée  de  la  part  de  ceux  qui,  pour 
honnestement  s'excuser  du  succez  de  la  guerre  meiie  à  ceste 
province,  voudront  possible  rejecter  et  innover  sur  nous  cer- 
tain retardement  de  la  sortie  hors  ceste  ville  de  quelques 
jiièces  de  vostre  artillerie  et  autres  forces  ;  bien,  Sire,  que  ce 
soient  choses  esquelles  nous  ne  pouvons  ne  devons  entre- 
prendre, et  que  cela  dépend  de  l'auctorité  et  provident  con 
seil  de  celuj  qui  y  commande  pour  vostre  Majesté;  pour  le 
service  de  laquelle,  en  ceste  dite  guerre,  nous  n'avons  jamais 
manqué  en  ce  que  nous  avons  de  nostre  part  peu  faire,  jaçoit 
que  nous  n'eussions  trop  de  ce  quil  nous  faut,  pour,  en  ce 
temps  si  suspect  et  ténébreux  nous  bien  et,  seureraent  garder, 
ainsi  que  cedict  gentilhomme  vous  fera  plus  particulièrement 
entendre,  qu'il  vous  plaira  croire:  qui  servira,  s'il  vous  plaist, 
Sire,  jusques  à  ce  que  nous  ajons  ce  bien,  que  tant  pour  cesl 
effect  que  de  toutes  autres  chozes  qui  importent  Ihonneur  et 
devoir  de  noz  charges,  nous  puissions,  comme  nous  espérons, 
randre  vostre  Majesté  très  satisfaite  de  noz  fidelles  actions. 
Et  en  cest  endroit, 

Sire,  nous  prierons  Dieu  pour  la  prospérité  de  vostre  royal 
estât  et  vous  donner  en  parfaite  santé,  très-longue  et  très- 
lieureuse  vie. 

De  Vostre  Marseille  ce  IIP  septembre  1574. 

Voz  très-humbles  et  très-obéissans  subjetz  et  serviteurs 
très-fidelles. 

Les  Consulz  de  vostre  ville  de  Marseille 

Lamotte,  Bourguignon,  Surfarry,  Delorme. 

Au  dos  :  Au  Roy,  Nostre  Souverain  Seigneur, 


4  20  VARIETES 

3.   —  LES  CONSULS    d'aIX   AU  ROY  * 

Sire, 
Ayant  pieu  à  vostre  Magesté  prendre  soing  de  la  création 
des  Consulz  d'Aix  et  procureurs  de  vostre  pais  de  Prouvence, 
et  à  ces  fins  nous  commander  par  voz  lettres  du  XXIIP  sep- 
tembre, receues  le  IIP  de  ce  mois  ce  qu'estoit  de  vostre  vou- 
lonté  ;  laquelle  entendue  par  l'Assemblée  du  Conseil  de  la 
dicte  ville,  supplions  très-humblement  vostre  dicte  Magesté 
de  croyre  qu'elle  a  esté  surprinse,  en  ce  qu'a  esté  rapporté, 
que  le  jour  de  la  dicte  création  se  faisoit  après  la  Saint-Mi- 
chel, ains  par  les  privilieiges  concédez  à  la  dicte  Ville  par  les 
feuzRois  Comtes  de  Prouvence  voz  prédécesseurs,  voz  subjetz 
en  icelle  sont  en  possession  antienne  et  rescente  de  convoc- 
quer  dans  la  maison  commune  dudict  Aix, le  sabmedj  plus  pro- 
che de  la  dicte  feste  de  Saint-Michel  qu'estentendu  le  précédant, 
suivant  l'information  des  antien  s.  Etillec,  sur  la  nomination  des 
consulz,  la  dicte  assemblée  faict  ellection  du  nouveau  estât.  Ce 
qu'a  esté  exécuté  en  la  présente  année,  audict  jour  acousturaé, 
se  trouvant  lexxvi^  dudictseptembr'e,en  présence  d'ung  sieur 
président,  de  deux  Conseillers  de  vostre  Court  de  parlement, 
du  lieutenant  général  etautres  voz  officiers,  le  tout  avec  la  so- 
lerapnité  acoustumée  ;  où  sont  esté  créez  et  esleuz  les  dictz 
Consulz,  au  gré  et  contentement  de  tout  le  peuple  sçavoir, 
Joseph  Durant,  sieur  de  Fuveau  pour  premier,  M^  Lois  Chaîne, 
advocat  en  vostre  dicte  court,  assesseur,  Gaspard  de  Ponte- 
vès  et  Christophle  Bonfilz,  seigneur  de  Peirets,segond  et  tiers 
Consulz,  tous  gens  de  bien,  bons  catholicques,  zellateurs  de 
vostre  service,  du  bien,  repoz  et  tranquilité  de  voz  subjectz. 
A  ceste  cause,  Sire,  ledict  conseilh  vous  supplie  très-humble- 
ment, les  conservant  en  leurs  privilieiges  et  coustumes,  vou- 
loir permettre  que  l'élection  de  tel  estât  sorte  en  eflfect,  et 
icelle  agréer  à  ce  que  tous  voz  subjects  audict  païs  soient  de 
mieulx  en  mieulx  occasionnez  de  recognoistre  vostre  dolceur 
et  clémence  ;  Les  entretenant  en  leurs  anciennes  coustumes 
et  privilieiges,  et  inciter  davantaige  à  prier  Dieu  pour  vostre 

'  Institut,  coll.  Godefroy,  T.  259.  pièce  49.  à  Aix,  4  octobre  1474. 


VARIETES  4  2 1 

prospérité  et  santé.  Ce  qu'ilz  feront  jusques  à  leur  dernier 
souspir. 

De  vostre  ville  d'Aix  ce  IIIP  octobre  1574. 

Voz  très-fidelles,  très-humbles  et  très  obéissans  subjectz, 
les  Consulz,  manans  et  habitans  de  vostre  ville  d'Aix. 

ISOARD. 


4.  —  LES  GENS  DE  JUSTICE  AU  PARLEMENT  DE  PROVENCE    AU    ROI 

Sire, 

Nous  navons  pas  procuré  l'élection  qu'il  a  pieu  à  vostre 
Magesté  fere  de  nous  pour  administrer  vostre  justice  en  la 
chambre  de  la  paciffication  ;  mais  ayant  receu  cet  honneur, 
nous  avons  posposé  toutes  choses  à  nostre  debvoir  encesten- 
droict,  jaçoit  que  la  charge  soit  dure,  plaine  denujes,  de 
malvueillances  et  de  péril,  mais  les  incomodités  que  nous 
avons  reçeu  despuis  ung  an,  et  non  seulement  nous,  mais  vos- 
tre service,  nous  font  supplier  très-humblement  vostre  Ma- 
gesté d'y  pourvoir,  selon  les  mémoires  que  Monsieur  le  Grand 
Prienr  vous  envoyé.  Après  les  avoir  bien  examinées  par  plu- 
sieurs conférances,  nous  espérons  que  vostre  Magesté  aura 
contentement  de  ce  que  nous  avons  faict  jusques  à  présent, 
encores  que  nous  ayons  heu  plusieups  obstacles  ;  mais  Dieu 
aydant,  cy  après,  nous  ferons  de  bien  en  mieulx  pour  le  ser- 
vice et  authorité  de  vostre  Magesté  et  bien  de  vos  subgectz 
et  le  supplierons  donner  à  vostre  Magesté, 

Sire,  en  parfaicte  santé  très-longue  et  Très-heureuse  vie, 
D'Aix  ce  xxvi«  juillet  1580 

Voz  très-humbles  et  très-hobéissans  subjetz  et  serviteurs, 
les  gens  tenans  vostre  Court  de  Parlement  de  Prouvence  en 
la  chambre  ordonnée  au  faict  de  la  justice  et  paciffication  du- 
dict  pais. 

'   Institut,  Coll.  Godefroy,  T.  260  p.  48,  2G  juillet  1580 


4  22  VARIETES 


IV 


Lettres   relatives  au   gouvernement 
du  duc  d'Epernon  en  Provence 

1.  —  LES  CONSULS  d'aIX  ET  PROCUREURS  DE  PROVENCE 
AU  ROY  HENBI  IV  '. 

Sire, 

A  larrivée  du  sieur  de  Bras,  conseillier  en  vostre  Court 
de  Parlement,  nous  receumes  lettres  de  Monsieur  le  Connes- 
table  conforme  à  celle  que  vostre  Majesté  avoit  escript  à 
vostre  dicte  Court  touchant  la  trefve  que  debvions  obtenir 
de  Monsieur  le  Duc  d'Epernon.  Incontinant  envoyâmes  ung 
lionneste  homme  par  devers  icelluy  aux  fins  susdicles,  avec 
ung  double  de  la  lettre  de  mondict  sieur  le  Connestable,  le- 
quel, par  sa  réponse  du  XXIP  décembre,  nous  fist  entendre 
quil  navoit  encore  receu  aucung  mandement  de  vostre  Ma- 
jesté, et  que,  l'ayant  receu,  il  feroit  ce  que  seroit  de  vostre 
voUonté.  Despuis,  estans  advertys  que  le  sieur  de  Montroy 
estoit  arrivé  par  devers  Luy,  par  lequel  vraisemblablement 
il  avoyt  esté  adverty  de  vostre  intention,  nous  luy  fismes 
très-humbles  prières  nous  accorder  la  trefve  suivant  vostre 
vollonté.  A  quoy  ne  fist  aucune  responce,  occasionné  (comme 
nous  pensions)  de  la  prinse  d'ung  de  ses  gentilhommes  par  le 
sieur  de  Merargues  pour  quelques  siennes  prétentions.  Et 
encores,  estans  despuis  advertys  qu'un  de  ses  gens  nommé 
Pironne  estoit  arrivé,  luy  envoyâmes  de  rechef,  prétendant 
qu'il  estoit  assés  adverty  de  lintention  de  vostre  Majesté 
touchant  ladicte  trefve.  Lequel  nous  fist  entendre  que  man- 
dant par  devers  luy,  on  le  trouveroit  tout  dispost  au  bien  et 
sollagement  du  pouvre  peuple,  et  par  mesme  moyen  nous 
auroyt  envoyé  ung  double  de  la  lettre  que  vostre  Majesté  luy 
auroit  escripte  du  XIIII^  novembre,  par  laquelle  luy  estoit 
mandé  vous  aller  trouver  avec  ses  forces,  et  que,  sil  estoyt 
par  nous  requis,   il  vous  accordât  la  trefve  pour  tel  temps 


>  Institut.  Coll.  Godefroy.  T.  262.  Pièce  187.  A   Aix,  9  février  1595. 
(Original) 


VARIÉTÉS  423 

quil  adviserait.  Que  fut  cause  que  soudain  et  de  l'advis 
<;^  vostre  Court,  envoyâmes  un  fort  honneste  personnage 
advocat  en  vostre  court,  nommé  maistre  Dufort.  Mais  sa 
responce  fust  que  ,nous  nestions  point  habilles  à  contracter 
dungtel  faict  avec  luy,  et  quil  falloit  contracter  avec  le  chef 
du  party  que  estoit  vostre  Court  de  Parlement.  Laquelle, 
tout  soudain  en  son  nom,  donna  charge  audict  M^  Dufort  y 
retourner,  lequel  rapportât  qu'il  falloit  depputer  ung  de  voz 
Conseilliers  en  vostre  dicte  Court.  Laquelle  aussy  envoya  le 
sieur  de  Bonaffort,  ung  diceulx,  et  qui  ce  matin,  après  avoyr 
faict  entendre  ce  quil  avoit  négotié,  et  faict  aparoir  d'une 
dellibération  d'une  assemblée  tenue  à  Brignolle  par  auctho- 
rité  dudict  sieur  duc  d'Espernon,  en  laquelle  a  esté  résolleu 
conformément  à  l'intention  dudict  sieur,  chose  à  luy  bien 
facille  pour  estre  le  plus  fort,  nentendre  à  aucune  trefve 
mais  à  ung  reppoz  général  de  la  province,  moyennant  qu'on 
le  recogneust  comme  commandant  généralleraent  en  icelle. 
Ce  qne  on  trouve  estre  contre  vostre  Intention  et  voUonté,  à 
laquelle  désirons  obéyr  jusques  au  dernier  souspir  de  la  vie. 
Cependant  il  assemble  gens  de  toutes  partz,  continue  ses 
fortiffications,  a  receu  grand  somme  de  deniers,  menasse  voz 
bons  subjectz,  les  habitans  de  votre  bonne  ville  d'Aix  princi- 
pallement,  et  ceulx  qui  suivent  laucthorité  de  vostre  Court; 
ses  gens  conversent  avec  ceulx  de  ia  Ligue  et  se  joignent  en 
tous  exploictz  dhostillilté  contre  voz  subjects,  que  cause  que 
plusieurs,  voyans  ses  effortz  sans  résistance  et  le  retardement 
de  vostre  venue  à  Lion,  perdent  courage.  Dont,  pour  le  deb- 
voir  de  noz  charges,  sommes  contrainctz  vous  en  donner 
advis,  aux  fins  dy  faire  telle  déclaration  et  provision  que  vous 
semblera  estre  convenable  à  vostre  Majesté  Royalle  et  à  la 
conservation  de  vostre  pouvre  peuple,  et  de  toute  ceste  pro- 
vince réduicte  et  en  sy  misérable  estât  que  rien  plus 

Tout  présentemennt  avons  receu  lettres  de  vostre  ville  de 
Thollon,  comme  du  IIP  de  ce  moys  ledict  sieur  dEspernon  a 
rendu  ses  forces  à  lenteur  de  sa  dicte  ville,  estans  toutesfoys 
meue  de  toutes  choses  nécessaires  pour  battre  une  plus 
grande  armée,  qu'on  faict  bruict  qui  se  doibt  ayder  dune 
gallère  et  de  quelques  tartanes  de  Marseille  pour  pourter 
des  gabions,  pour  dresser  quelque  fort  qui  pourroit  à  la  Ion- 


4  24  VARIETES 

gueur  pourter  quelque  préjudice  à  vostre  service.  Et  par 
une  addition  à  la  vostre,  que  estoit  arrivé  une  barque  venant 
de  Genève  et  de  Nisse,  assurant  que  le  dict  sieur  Despernon 
attend  des  gallères  d'Espaigne  pour  sen  ayder  contre  ladicte 
ville.  Vous  pouvés  par  là,  Sire,  cognoistre  quelz  sont  ses 
desseings  et  quel  intention  il  a  en  vostre  service;  et  sy  avons 
occasion  supplier  vostre  Majesté,  ou  par  vostre  venue  par 
dessa,  ou  par  autre  moyen  suffisant,  nous  secourir.  Le  sieur  de 
La  Fin  a  esté  ycy  quelques  jours,  et  s'est  monstre  mesme  au 
faict  dureppoz  propozé  audict  Brignolles,  très  afFaictionné  au 
service  de  vostre  Majesté.  De  quoy  en  pourront  remarquer 
plusieurs  particuliarittés  sy  le  zelle  et  l'afFaiction  qu'il  a  ne 
feust  y  a  de  long  temps  a  ycelle  cogneu. 

Sire,  nous  prions  en  toute  dévotion  nostre  Créateur  vous 
avoyr  en  sa  saincte  protection  et  garde. 

De  vostre  ville  dAix,  ce  IX^  febvrier  1595. 

Voz  très  humbles,  très  obeyssans  et  très  fidelles  subjectz 
et  serviteurs 

LesConsul  d'Aix,  proccureurs  de  vostre  pays  de  Prouvence. 
Saincte  Croix,  Boulogne,  Egruzier,  G.  AudefFredy. 


2.    —    LES    CONSULS    d'aIX    ET    PROCUREURS    DE    PROVENCE 
AU    ROY    HENRY    IV '. 

Sire, 
Nous  vous  avons  par  diverses  despêches  au  vray  représenté 
lestât  de  ceste  province,  et  continuant  despuis  noz  dernières 
lettres  bailhées  au  sieur  de  Lafin,  le  comte  deCarces,  le  vingt 
deuxiesme  du  passé,  a  lapoincte  du  jour,  se  rendit  maistre  de 
la  ville  de  Sallon  et  constrainct  le  cappitaine  Sainct  Roman 
qui  y  comandoit  pour  la  Ligue  se  sauver  dans  le  chasteau. 
Dont  adverty  le  duc  dEspernon,  le  vingt  troixiesme  par  lettre 
escripte  de  sa  main,  promect  le  secourir  ou  y  mourir.  En  exé- 
cution de  quoy,  en  toute  dilligence  est  venu  avec  presque  tou- 
tes ses  forces  au  devant  dudict  Sallon,  assisté  de  ceux  de  la 
Ligue  et  de  ceux  qui  recognoissent  le  Duc  de  Savoye,  ayant 

»  Institut,  Coll.  Godefroy,  T.  262,  p.  195,  original  17  mars  1595. 


VARIETES  4?r, 

en  son  camp  Alexandre  Vitelli  comandant  à  Berre  pour  ledict 
Duc  et  aydé  de  munitions  et  de  ceux  de  la  ville  de  Marseille. 
Après  avoir  battu  la  Bourgade  avec  cinq  canons,  donna  trois 
assaulx,  dont  il  feust  repoussé  avec  grand  perte  de  ses  gens, 
et  on  espère  ne  fera  chose  dont  il  puisse  rapporter  honneur 
ny  contentement,  par  la  valleur  dudict  comte  de  Carces  et 
des  gentilhommes  et  cappitaines  quy  luj  assistent.  On  en  a 
adverty  le  sieur  dEsdiguières  etpryé  sén  venir  à  nostre  ajde, 
ce  que  nous  espérons  quil  fera.  Voilla,  Sire,  le  zelle  que  ledict 
duc  dEspernon  a  à  vostre  service  et  au  soulagement  de  vos- 
tre  peuple  tant  affligé.  Que  nous  occasionne  davantage  à  vous 
suppljer  en  toute  humillité  apporter  quelque  remède  à  tant 
de  misères  que  souffrent  vos  poures  subjectz.  Ayant  mesmes 
esgard  que  si  le  dillayement  est  jusquesa  cest  esté,  il  y  aura 
danger  par  la  venue  dune  force  estrangiere  de  perdre  ce  que 
sera  bien  difficille recouvrer, et  advantquelaperdre  fort  facille 
à  conserver  par  vostre seulle  présence.  Laquelle  pryons  Dieu 
nons  donner  la  grâce  de  venir  et  vous  donner, 

Sire,  heureuse  fin  et  effect  de  voz  sainctes  et  glorieuses  en- 
treprinses  et  dessains 

Les  Consulz    dAix,   procureurs  de  vostre    pays  de  prou- 
vence. 

Saincte  Croix,  Boulogne,  Egrusier,  Audeffredy. 

A  vostre  ville  d'Aix  ce  17  de  mars  1595. 

Au  dos.  Les  Consuls  et  Procureurs  de  la  ville  dAix.   Au 
Roy 

3.    —    LA    COUR   DE   PARLEMENT   d'aIX    AU    ROY    HENRI    IV    ' 

Sire, 
Le  sieur  de  Mimet  s'est  si  bien  et  dignement  acquité  de  la 
créance  qu'il  a  pieu  à  vostre  Majesté  luy  commettre  qu'il  en 
a  mérité  le  tesmoignage  de  tous  voz  bons  serviteurs,  (entre 
lesquelz  nous  dirons  toujours),  qu'il  est  non  moins  fidelle  qne 
diligent  au  bien  de  vostre  service,  et  personne  capable  de 
l'honeurde  voz  commandementz. C'est  pourquoy  nous  l'avons 
pryé  dautant  plus  volontiers  de  représenter  à  vostre  Majesté 

1  Institut  Coll.  Godefroy.  T.  262,  pièce  202,  27  avril  1595  (Original). 


4  26  VARIETES 

Testât  véritable  de  ces  afferes,  affin  que  nous  y  puissions  voir 
aussj  promptement  le  désiré  remède,  comme  l'extrême  danger 
de  nostre  ruyne  le  requiert.  Sur  quoj  nous  vous  dirons  seu- 
lement, Sire,  que  si  le  vojage  de  Vostre  Majesté  tire  en  plus 
de  longueur  ou  qu'elle  n'envoyé  quelqne  seigneur  d'autho- 
rité  pour  comander  en  ceste  province,  il  ny  a  plus  d'espé- 
rance pour  nous.  Car  l'artifice  du  duc  cfEspernon  plus  r^edou- 
table  que  ses  armes  ,  etvoylé  de  l'apparence  de  vostre  nom, 
destruit  entièrement  le  repos  et  la  liberté  de  ce  peuple,  et  le 
faict  insensiblement  desvoyer  de  lobéissance  qu'il  vous  doibt. 
Chose  de  telle  et  si  grande  importance  quelle  nous  faict  ozer 
en  escrire  si  librement  à  vostre  Majesté.  Laquelle  nous 
supplions  très-humblement  de  prendre  en  bonne  part  la  fran- 
chise de  nos  paroles  et  lattribuer  au  zèle  qui  nous  pousse  à 
la  conservation  de  vostre  authorité  qui  nous  sera  toujours 
plus  chère  que  no^  propres  vies.  Et  dautant  que  nous  pour- 
rions succumber  au  faix  en  l'attante  dessus  dictz  remèdes,  par 
le  moyen  des  traictés  hors  des  termes  de  la  trefve  que  beau- 
coup de  personnes  désirent  avec  ledict  sieur  dEspernon,  il 
nous  sembleroit  très  à  propos  qu'il  pleut  à  vostre  Majesté 
d'en  escrire  à  vostre  Cour  de  Parlement  pour  leur  imposer 
silence.  Car  nous  ayant  ledict  sieur  dEspernon  ouvertement 
déclairé  qu'il  ne  veut  point  de  trefve  avec  nous,  mais  bien  la 
paix,  pourveu  qu'on  le  reconoisse,  nous  estimons  qu'on  ne 
sçauroit  traiter  aucune  chose,  quelque  apparence  qu'on  lui 
donne,  qui  ne  nous  porte  à  la  rébellion.  Ceste  crainte  nous 
afflige  pour  le  danger  des  autres,  car  pour  nous,  Sire,  il 
n'est  rien  au  monde  qui  puisse  esbranler  noz  fidélités,  sur 
l'asseurance  desquelles  nous  supplions  le  Créateur  qu'il  accom- 
pagne vos  ans  d'une  félicité  durable  et  que  par  le  nombre  de 
voz  victoires,  il  face  prospérer  voz  estatz.  Dequoy  nous  em- 
prumpterons  tout  le  bonheur  que  nous  devons  attandre  pour 
estre 

Voz  très-humbles,  très-fidelles  et  plus  obéissantz  serviteurs 
et  subjectz 

P.  Chairce,  de  Saint-MARC,  N.  Floter,  G.  Aultier, 
Pagnet,  h.  Chateauneuf,  Bras,  Estienne. 

Sire,  le  voyage  du  sieur  Mimet  a  esté  si  fructueux  en  ceste 


VARIETES  427 

province,  et  sa  créance  si  bien  receue  de  la  Noblesse  et  de 
tous  vos  bons  serviteurs  que  nous  avons  estimé  son  retour  estre 
non  moins  utile  que  necessuire  à  vostre  service.  Et  supplions 
très-humblement  vostre  Majesté  de  le  renvoyer  proraptement, 
car  sa  fidélité  et  diligence  nous  sont  si  bien  cogneues,  que 
nous  attendons  un  très  grand  fruict  de  son  retour.  Désirantz 
qu'il  plaise  à  vostre  Majesté  de  croire  tout  ce  qu'il  vous  dira 
de  nostre  part. 

Au  dos  :  Au  Roy,  nostre  Souverain  Seigneur. 

3.  —   LA    COUR    DU   PARLEMENT    d'aIX    AU    ROY   HENRY    IV* 

Sire, 
Dès  le  jour  que  nous  rendismes  le  vœu  d'obéissance  à  vos- 
tre Majesté,  nous  avons  postpozé  toutes  choses  à  vostre 
service,  et  doné  de  bon  cueur  noz  moyens  et  noz  propres  vies 
a  leffect  de  voz  comandementz.  Résolus  pour  ladvenir  de 
composer  noz  actions  de  tele  sorte  qu'on  nous  pourra  pluh.tost 
accuser  d'impuissance  que  d'aucun  manquement  à  nostre  de- 
voir, ce  mesme  soing  nous  esmeut  de  représenter  à  vostre 
Majesté  le  misérable  estât  de  ceste  province  :  car  le  Duc 
Despernon,Sire,  dont  le  project  n'embrasse  rien  moins  qu'une 
tyrannie  et  particulière  domination,  semble  irriter  d'autant 
ses  crueles  armes  contre  voz  bons  et  fidèles  subjects,  quil  les 
voyt  opiniâtrement  afl"ermys  a  vostre  obéissance,  nestant 
point  assouvy  de  les  avoyr  comblés  de  misères.  Mais  il  tasche 
encore  par  maintz  artifices  de  desbaucher  leur  fidélité,  voy- 
lant  ses  prétentions  du  manteau  de  vostre  service,  dont  le 
prétexte  sera  nostre  ruyne,  si  le  remède  ne  prévient  son  des- 
seing. Sur  quoy  nous  n'estendrons  davantage  nos  humbles  re- 
monstrances,  puis  quelles  seront  trop  mieux  desduites  par  la 
fidèle  créance  du  sieur  de  La  Fin,  duquel  sans  estre  ingratz 
nous  ne  pouvons  tayre  les  recomandables  mérites,  ne  sestant 
passé  journée  despuis  son  abord  en  ceste  province,  en  laquele 
nous  nayons  recueilhi  quelque  fruict  de  ses  louables  actions, 
soit  quil  ait  voulu  mesnager  voz  comandementz  par  une  pru- 
dente et  sage  entremise,  ou  qu'en  ce  dernier  voyage  il  se  soit 
vertueusement  roidy  contre  les  ennemis  de  vostre  Majesté, 

1  Institut  coll.  Godefroy.  T.  262,  p.  204,  27  avril  1595  (original). 


4  28  VARIETES 

si  bien  que  nous  avons  estimé  sa  présence  non  moins  fruc- 
tueuse que  necessere,  et  son  despart  autant  regrétable  corne 
son  séjour  nous  estoit  heureux.  Ce  qui  nous  faict  dautant 
plus  désirer  son  retour  devers  nous,  car  la  créance  qui!  a 
parmy  ce  peuple,  le  pouvoir  quil  s'est  acquis  sur  voz  bons 
serviteurs,  et  la  probité  avec  laquele  il  ha  si  bien  et  digne- 
ment servj  vostre  Majesté  en  ceste  province  le  rendront  plus 
agréable  à  chacun,  et  mesme,  questant  mieux  que  nul  autre 
informé  de  toutes  choses,  il  finira  par  ce  mojen  noz  afferes 
par  où  les  autres  ne  feroint  que  les  comencer.  Cependant 
nous  vous  supplions  très-humblement.  Sire,  qu'en  faisant 
considération  à  noz  misères,  à  l'oppression  de  voz  bons  sub- 
jects  et  à  l'extrême  danger  où  le  duc  Despernon  les  a  réduictz 
par  ses  injustes  et  crueles  armes,  il  plaise  à  vostre  Majesté 
d'accélérer  son  désiré  voyage  ou  mander  quelque  seigneur 
d'authorité  qui  relève  les  resnes  de  ce  gouvernement.  Et  pour 
ce  que  lun  et  lautre  remèdes  pourroint  estre  tardifs  et  devan- 
cés par  quelque  infortune,  il  nous  sembleroit  très  à  propos 
que  vostre  Majesté  se  daignât  promptement  descrire  à  vostre 
Cour  de  parlement  pour  luy  imposer  silence  et  défendre  de 
traiter  avec  ledit  sieur  Despernon,  les  adhérantz  duquel, 
soubz  un  faulx  prétexte  de  repos,  recherchent  telement  ceste 
voje  qu'à  peyne  pourrons  nous  éviter  un  très  dangereux  et 
sinistre  événement  s'il  n'y  est  pourveu.  Corne  nous  estimons 
Hussy  très  necessere  en  cas  que  le  voyage  de  vostre  Majesté 
prenne  plus  long  traict,  quelle  comande  à  Monsieur  Desdi- 
guières  de  nous  assister  et  secourir,  car  estantz  nous  dépour- 
veus  de  forces  et  pressés  d'un  si  redoutable  et  dangereux 
enneray,  nous  ne  sçaurions  recourir  à  point  d'autre,  après 
vostre  Majesté,  qui  puisse  avec  plus  de  soing,  de  fidélité  et 
de  diligence,  nous  garantir  du  malheur  qui  nous  est  certain, 
hors  de  son  secours.  Cest  peut-estre  avec  trop  de  liberté. 
Sire,  que  nous  vous  représentons  noz  nécessités,  mais  le  zèle 
que  nous  avons  au  bien  de  vostre  service,  donc  autant  de 
franchise  à  noz  paroles  come  il  nous  done  de  courage  à  fere 
obeyr  vos  comandementz.  Sur  quoy  nous  supplions  le  Créa- 
teur, 

Sire,  qu'il  fasse  prospérer  voz  estatz  et  multiplier  voz  vic- 
toires à  la  confusion  des  ennemis  de  vostre  Majesté. 


VARIETES  4  29 

Vos  très-humbles,  très  fidelles  et  plus  obeissantz  serviteurs 
et  subjeetz. 

Geaultier,  Bras,  T.   Testienne,    H.  Chasteauneuf, 
P.  Chaerce,  W.  de  Saint-Marc,  Pagnet,  de  Flotes, 

4.—  lettre  des  consuls  de  fréjus  au  roy  HENRI  IV  portant 

assurance    de    leur    OBEISSANCE     ET    REQUERANT    JUSTICE    DE 

quelque  requeste.  ' 

Sire, 
Ayant  entendu  la  tant  désirée  venile  de  vostre  Maigesté  en 
la  ville  de  Lion,  avons  aussitost  despêché  M"  Disdier  Monta- 
nier  nostre  compaignon  et  aray,  Pena,  docteur  en  médecine, 
pour  aller  de  nostre  part  et  du  général  des  habitans  de  caste 
ville,  vos  très  humbles  et  très  hobeissans  subjects  et  servi- 
teurs, protesterlafidellité  que  debvons  à  vostre  Maigesté,  pré- 
senter noz  très-humbles  requestes  et  remonstrances  avec 
espoir  den  rapporter  tout  ce  que  ung  peuple  fidelle  ethobéis- 
sant  se  peult  promectre  de  son  bon  prince  souverain  et  natu- 
rel. Lesquels  estans  garnis  de  suffisantes  mémoires  et  ins- 
tructions sur  ce  qu'est  de  leur  dicte  charge  sexplicqueront  ^ 
plus  avantet  donrront  toutte  assurance  à  vostre  Maigesté  que 
coume  nostre  ville  na  jamais  varié  au  service  des  Roys  voz 
prédécesseurs  ne  vostre,  soubz  quelque  prétexte  que  ce  feust, 
mesmes  en  ces  derniers  troubles,  Ihorsquela  plus  part  des  villes 
et  lieux  de  ce  pays  estoient  adhérans  au  Duc  de  Savoye  que 
ne  manquerons  par  cy-après  jamais  à  suyvre  le  droict  santier 
de  noz  devanciers  pour  abandoner  plus  tost  noz  biens  et  vies 
que  de  varier  au  service  et  hobéissance  que  debvons  à  vostre 
Maigesté.  Et  en  ceste  voUonté  prierons  nostre  Seigneur  pour 
sa  bonne  et  heureusse  sancté,  longue  et  triomphante  vie. 
A  Fréjus  ce  un"  septembre  1595. 

De  vostre  Royalle  Maigesté,  les  très-humbles  et  très  ho- 
beissans subjects  et  serviteurs,  les  Conseuls  de  la  citté  de 
Fréjus  en  Prouvence. 

Valz,  Conseul.  Raymond,  Conseul. 

Au  dos  :  Les  Conseulz  de  Fréjus  au  Roy. 

1  Institut,  coll.  Godefroy,  262,  pièce  228,  4  septembre  1595. 

2  Ici  sont  entendus  les  mauvais  déportemens  du  Traistre  Duc  d'Es- 
pernonen  Provence  contre  le  service  du  Roy.  28 


4  30  VARIETES 

5.    LE    PARLEMENT    DE    PROVENCE    AU    ROY    HENRI    IV. 

CONTRE    LES    EXCEZ    ET    VIOLENCES    DU    DUC    DESPERNOX    ' 

Sire, 
Le  Sieur  (lEspernon,  advant  son  despart  de  ceste  province, 
nous  a  faict  entendre  de  continuer  la  trefve  durant  le  mois  que 
vient.  Ce  que  nous  avons  asseuré  pour  plus  f.icilliter  le  bien 
de  vostre  service  que  pour  aucung  reppos  et  souUaigement 
qu'elle  aie  jamais  donné  en  ces  pais,  qui  est  en  voie  d'une  perte 
et  ruyne   entière,  sy  Vostre  Magesté  n'apporte    maintenant 
le  remède  deffinitif  o.vi's.  malheurs  quj  le  travaillent  d'hure  en 
aultre  de  nouveaux  spectacles  qu'elle  verra  par  la  procédure 
dudict  sieur  dEspernon  ;  lequel  s'attacque  à  la  rujne  de  voz 
pouvres  et  misérables  subjectz,  sans  pardonner  à  leur  inocence, 
avec  une  telle  cruaulté  que  dernièrement,  soubz  prétexte  de 
quelques   excez  survenus  à  ung  soldat  de  ses  trouppes  dans 
le  bois  et  terroir  du  lieu  de  Cuers,  il  manda  quérir  les  prin- 
cipaux dudict  lieu   quy  voUontairement  luj    depputérent  le 
Viguier  et  premier  Consul  avec  présans  pour  le  recognoistre; 
mais  tant  s'en  fault  qu'il  heust  esgard  à  leur  bonne  voUonté, 
acorapaignée  d'une  juste  innocence,  qu'au  contraire  aussitost 
il  lesfist  pandre  et  estrangler  sans  forme  ne  figure  de  justice 
les  arrachant  par  force  et  par    vioUance    des  bras  de  leurs 
mères,  oultre  le  feu  qu'il  a  faict  mettre  au  chasteau  et  meubles 
de   Carces  et  une  infinité  dautres  ravaiges  que  ses  trouppes 
ont  commis  au  préjudice  de  la  trefve,  n'aiant  jamais  cessé 
d'oppr'imer  les  pouvres  habitans  dudict  païs  ;  comme  Vostre 
Magesté  verra  par  ces  Mullatiers,  quy  se  vont  getter  à  voz 
piedz  pourcommander  la  restitution  de  leur  bestail,  que  Massés, 
commandant  pour  ledict  Sieur  dEspernon  au  lieu  de  Sainct 
Canat,  leur  a  voilé,  comme  à  plusieurs  aultres,  soubz  la  foy 
publicque.   Et  sur  ce,  Nous   supplions  le   Créateur  donner  à 
Vostre  Magesté, 
Sire, 
En  très-parfaicte  santé,  très-long  et  très  prospère  vie. 
A  Aix  le  xxi^  septembre  1595. 
Voz  très-humbles  et  très-hobéissans  subjectz  et  serviteurs, 

*  Institut.  Coll.  GodelVoy,  T.  262,  pièce  242.  Le  21  septembre   1595. 


VARIETES  431 

les  Gens  tenant  la  Chambre  ordonnée  en  temps  de  vaccations 
de  Vostre  Parlement  de  Provence. 

d'Estienne. 
Au  dos  :  Au  Roy 

6.  —  LE  PARLEMENT  DE  PROVENCE  AU  ROI  HENRI  IV* 

Sire, 

Les  frégates  des  Turcs,  estans  aux  Isles  dYeres,  ont  despuis 
quelques  jours  prius  une  tartane  venant  d'Italie,  dans  laquelle 
ilz  ont  treuvé  plusieurs  pacquets  de  lettres  etaultres  pappiers 
adressés  au  Rov  dEspaigne,  desquelz  partie  estans  tumbés 
entre  noz  mains,  nous  avons  estimé  estre  de  nostre  debvoir  de 
les  envoyer  à  Vostre  Magesté  par  ce  porteur,  nous  assurant 
quil  y  aura  quelque  chose  importante  *  qui  regarde  vostre 
service  et  le  bien  de  vostre  estât.  Sj  nous  en  aprenons  quelque 
chose  davantage,  nous  ne  manquerons  poinct  den  donner 
advis  à  Vostre  Magesté,  la  suppliant  très-humblement,  de 
vouloir  promptement  oujr  et  despescher  noz  depputés  parce 
que  le  délayement  est  préjudiciable  à  ceste  province,  en 
laquelle,  nonobstant  la  trefve  ^  Sire,  on  ne  laisse  poinct  de 
courir  et  ravager. 

Nous  supplions  Dieu  donner  à  Vostre  Magesté,  très  heu- 
reuse et  longue  vie. 

A  Aix  le  XXI*  septembre  1595. 

Voz  très  humbles  et  très  obéissantz  subjetz  et  serviteurs, 
les  gens  tenans  la  chambre  ordonnée  en  temps  de  vaccations 
de  vostre  Cour  de  Parlement  de  Provence. 

d'Estienne. 

7.  —  lettre  de  la  comtesse  de  saut  au  roy  * 

Sur  lélection  des  Consuls  d'Aix  qui  a  esté  telle  que  sa  Majesté  la 
pouvoit  espérer.  Mr.  de  Les  diguiéres  escrit  au   Roy  sur  la  uégocia- 


»  Institut,  Coll.  Godefroy,  T.  262,  p.  244,  du  25  septembre  1595. 

*  Il  y  avoit  entr'autres  des  lettres  interceptées  contre  les  Cabales,  trahi- 
sons et  perfidies  du  duc  d'Espernoa  en  France,  et  ses  intelligences  avec 
les  Espagnols  par  cabales  en  France. 

^  Cestoit  le  Ducd'Espernon  quifesoit  ses  courses  et  ravages  en  Provence. 

■*  Institut,  Coll.  Godefroy.  T.  262.  Pièce  249.  28  octobre  1595  (original). 


4  32  VARIETES 

tlon  de  Valence  et  de  ce  qui  est   nécessaire  pour  l'accommodement 
avec  M'".  dEspernon. 

Sire, 

Je  n'ay  ozé  importuner  de  mes  lettres  vostre  Magesté  que 
je  n'eusse  quelques  nouvelles  de  Provence.  Il  y  a  trois  jours 
(jue  j'aysceu  lellection  des  Consulz  de  vostre  ville  d'Aix  qui 
est  telle,  Sire,  qu'elle  estoit  à  souhaiter  pour  le  bien  de  vostre 
service.  Le  sieur  de  Fabrègues,  qui  eust  Ihonneur  d'estre 
depputé  vers  vostre  Magesté  sur  la  réduction  de  ladicte  ville, 
est  lung  des  quatre  quy  ont  esté  appelles  en  ladicte  charge 
et  duquel  (comme  aussi  des  autres)  elle  se  peult  prometre 
loute  fidélité.  Monsieur  Desdiguières,  Sire,  escrit  à  Vostre 
Magesté,  les  lectres  que  ce  porteur  son  confidant  vous  rendra 
de  sa  part.  J'estime  quelles  vous  informeront  du  succès  de  la 
négociation  de  Valence  et  de  ce  qui  est  nécessaire  pour 
asseurer  vostredict  service  et  le  repos  de  voz  subjetz  en  ladicte 
province.  Le  temps  de  trois  sepmaines,  que  vostre  Majesté 
avoit  prescris  pour  déterminer  ces  affaires  selon  vos  inten- 
tions, sont  espirés  sans  effet  au  moing.s  sortables  a  icelles  ;  si 
bien  quil  reste  pour  les  accomplir  que  voz  bons  serviteurs 
soient  esclarcis  et  munis  de  nouveau  de  vostre  dernière  vo- 
lonté contre  Je  sieur  d'Espernon;  aultrement  la  longueur,  Sire, 
luydonrra  moyen  de  sy  opposer  plus  obstinément,  et  dadvancer 
l'entière  perte  quil  a  conjurée  de  vos  pauvres  subjetz.  Je 
suplie  très-humblement  vostre  Majesté  dy  vouloir  faire  con- 
sidération et  de  ne  s'offencer  de  la  liberté  que  je  me  donne 
en  cest  endroit,  qui  ne  vient  que  du  zeile  (jue  jay  à  son  ser- 
vice, pour,  lequel  je  ne  craindray  jamais  destre  blâmée  et  de 
sacrifier  librement  la  vie. 

Sire, 

De  vostre  très  humble  et  très  obéissante  sujecte  et 
servante. 

Chrestienne  Daguerre. 

De  Paris,  ce  XXVIIP  doctobre  1595. 

Au  dos  :  Au  Roy. 

[A  suivre). 


VARIETES  433 


Gruem 


A  propos  du  compte  rendu  du  livre  de  M.  Lïndstvôm,  l'Analogie 
dans  la  déclinaison  des  substantifs  latins  en  Gaule,  que  j'ai  fait 
paraître  dans  cette  revue,  même  tome,  p.  286  et  suiv.,  M.  Grôber 
m'a  écrit  que  je  lui  attribuais  à  tort,  après  M.  Lindstrôm,  l'opinion 
que  Va  de  grûem  fût  «  ein  u  mit  langer  Quantitat  ».  C'est,  dit-il,  une 
erreur  qui  ne  doit  être  imputée  qu'à  l'inattention  de  ses  lecteurs  et 
non  pas  à  lui-même.  11  me  renvoie  à  ce  sujet  à  la  note  qu'il  a  insérée 
dans  VArchiv  de  Wôlfflin,  tome  viii,  p.  451,  où  je  reconnaîtrai  que 
l'opinion  à  laquelle  je  suis  arrivé  est  la  même  que  la  sienne.  11  ter- 
mine en  me  priant  de  vouloir  bien  rectifier  ici  mon  erreui-,  sans  quoi 
il  se  verrait  obligé  de  protester  dans  sa  Revue. 

Je  juge  comme  M.  Grôber  que  l'inexactitude  en  pareille  matière 
doit  être  relevée,  et  je  me  suis  empressé  de  lui  répondre  que  je  mo 
ferais  un  devoir  de  lui  accorder  la  rectification  qui  lui  était  due. 
N'imaginant  pas  que  M.  Lindstrôm  pût  citer  M.  Grôber  sans  l'avoir 
lu  ou  pût  l'avoir  lu  sans  le  comprendre,  j'avais  critiqué,  sans  les  véri- 
fier dans  le  travail  de  M.  Grôber,  les  opinions  que  M.  Lindstrôm  adop- 
tait en  les  lui  attribuant.  D'ailleurs  la  bibliotèque  de  Montpellier,  qui 
ne  saurait  comparer  que  sa  pauvreté  à  la  richesse  de  celle  de  Stras- 
bourg, ne  possède  pas  le  Wolfflins  Archiv,  et  il  m'avait  été  impossi- 
ble de  m'i  reporter. 

Reprendre  la  question  dans  la  même  incertitude  serait  un  non  sens  ; 
c'est  donc  le  texte  sous  les  yeux  que  j'i  reviens  aujourdui.  La  note 
à  laquelle  M.  Grôber  me  renvoie  (t.  viii,  p.  451)  est  de  1893  tandis 
que  les  articles  sur  rf/es  et  ^rweîH  (t.  ii)  sont  de  1885,  et  celui  sur 
imeVcellus  (t.  iv)  de  1887.  On  pourrait  s'expliquer  dans  une  certaine 
mesure  que  AL  Lindstiôm  ayant  à  parler  des  mots  puellicella,  diem 
et  gruem,  ait  simplement  consulté  ce  que  l'auteur  en  a  dit  et  que  la 
petite  note  parue  postérieurement  lui  ait  échappé. 

Dans  cette  note,  répondant  à  une  critique  de  M.  Schuchardt,  il  pré- 
tend qu'il  a  employé  les  signes  "  et"  «  um  die  aus  dem  "Verhalten  der 
latein.  Vokale  im  Romanischen  erschliessbare  Qualitàt  der  latein. 
Vokale  (OfFenheit  und  Geschlossenheit)  anzugeben  ».  Ce  sistème  en 
vaut  un  autre  ;  seulement  il  eût  été  bon  de  l'expliquer  dans  l'introduc- 
tion du  travail  et  non  pas  dans  une  note  publiée  plusieurs  années 
après.  M.  Grôber  renvoie  il  est  vrai  à  son  introduction  (t.  i,  p.  218  et 
222)  où  il  parle  en  effet  de  la  quantité  et  de  la  qualité  des  voyelles 
du  latiu  vulgaire  placées  devant  une  ou  plusieurs  consonnes.  Mais  il 
faut  reconnaître  d'abord  que  dans  ces  deux  passages  il  ne  s'exprime 
pas  à  ce  sujet  comme  en  1893,  et  d'autre  part  que  dans  aucun  des 


434  VARIETES 

trois  passages  il  n'est  question  du  seul  point  qui  nous  occupe,  la  na- 
ture d'une  voyelle  tonique  placée  immédiatement  devant  une  autre 
voyelle  dans  un  paroxiton.  Il  semble  qu'il  va  traiter  ce  sujet  àlapage 
221  du  tome  i,  mais  il  n'en  est  rien.  11  est  donc  nécessaire  si  l'on  veut 
connaître  son  opinion  sur  les  mots  dies,  gruem,  etc.,  de  se  reporter 
aux  articles  qu'il  a  consacrés  à  ces  mots  mêmes  ;  en  effet  il  s'i  ex- 
prime nettement. 

On  lit  t.  II,  p.  101  :  »  d'ies  \\\c\\i  die  s...;  die  meti'ische  Regel  iiber 
die  Quantitât  des  Vokals  vor  Vokal  hat  in  der  Volkssprache  keine 
Geltung  bei  Paroxytonis  mit  etymologisch  langem  i  und  u  ».  Suitune 
explication  tendant  à  montrer  qu'il  ne  faut  pas  voir  là  une  «  romanis- 
che  Dehnung  »  ,  mais  la  conservation  populaire  de  la  quantité  primi- 
tive. T.  II,  p.  441  :  it  grûem....  ;  roin.  u  erfordert  lat.  û.  Vgl.  .-Vrchiv 
II  101  dïes  ».  11  n'est  pas  question  là  de  qualité,  mais  seulement  de 
quantité. 

Si  l'on  se  demandait  pourquoi  plus  loin  M.  Grôber  écrit  vïa  et  tûus, 
bien  qu'en  français  dialectal  l'un  ait  donné  vie  et  l'autre  lorsqu'il  est 
tonique  iw"  (avec  m  nasal  ;  lu  tû^  =  ['/JZzon  tûum),  on  trouverait  la 
réponse  dans  la  frase  rapportée  plus  aut:  c'est  que  dans  ces  deux 
mots  1'/  et  l'w  étaient  étimologiquement  brefs.  Maleureusement  dans 
dies  et  gruem  qui  font  l'objet  de  cette  discussion,  Yi  et  Vu  sont  éti- 
mologiquement brefs,  l'ont  toujours  été  et  n'ont  jamais  subi  ni  abrè- 
gement ni  allongement. 

J'avais  aussi  critiqué  l'assimilation  que  fait  M.  Grôber  de  puel- 
lum  avec  gruem.  Voici  ses  paroles  à  ce  sujet:  «  Wie  die  Volks- 
sprache in  grûem  grûs  (s.Arch.  ii,441),  fïii  fîàssem  u.  dgl.  û  sprach, 
so  s.\ic\ï\npûéllus  »  (Archiv,  iv,  451). 

Il  semble  résulter  de  ces  faits  que  M.  Grôber  est  arrivé  aujourdui  à 
l'opinion  que  j'exposais  il  i  a  quelques  mois,  mais  qu'à  l'époque  où  il 
a  publié  ses  «  vulgarlateinische  substrate  »  il  en  professait  une  très 
différente,  et  que  c'est  en  toute  justice  et  en  toute  exactitude  que  M. 
Lindsti'ôm  la  lui  a  attribuée  et  que  je  l'ai  critiquée. 

Maurice  Grammont 


BIBLIOGRAPHIE 


I.  —  G.  Frisoni,  Grammatica  ed  esercizi  pratici  délia  lingua  porto- 
ghese-braslliana.  Milano,  U.  Hœpli,  1898,  31. 

La  plupart  des  manuels  destinés  à  l'étude  des  langues  sont  trop 
longs,  quoique  présentant  à  côté  de  développements  inutiles  des 
lacunes  regrettables,  et  construits  sur  un  plan  peu  pratique  et  fasti- 
dieux. Celui  de  M.  Frisoni  n'échappe  pas  à  ces  repioches  généraux, 
tout  en  possédant  certaines  qualités  qui  le  recommandent  à  l'atten- 
tion. 

Relever  des  défauts  qui  ne  sont  pas  particuliers  à  un  livre,  signa- 
ler des  qualités  qui  lui  sont  propres,  nous  paraît  constituer  un  ensei- 
gnement profitable  :  c'est  ce  qui  nous  détermine  à  entrer  ici  dans 
quelques  détails. 

Cet  ouvrage  a  280  pages  ;  c'est  beaucoup  trop  :  il  gagnerait  à 
être  réduit  de  moitié.  Un  traité  de  ce  genre  ne  peut  pas  avoir  la  pré- 
tention d'enseigner  une  langue  de  fond  en  comble.  11  doit  simplement 
enfoiniiir  sous  une  forme  nette  et  précise  les  principaux  éléments  et 
mettre  celui  qui  en  a  fait  usage  en  état  de  soutenir  une  conversation 
très  simple  et  de  lire  sans  difficulté  un  texte  facile.  11  apprendra  le 
reste  en  parlant  et  en  lisant.  Il  faut  donc  que  le  livre  soit  assez  court 
pour  qu'après  une  premièie  étude  on  puisse  le  relire  d'une  traite,  et 
refaire  ce  travail  jusqu'à  ce  qu'on  le  possède  entièrement.  Lorsqu'un 
manuel  est  trop  long,  il  disperse  l'attention  sans  profit,  il  rebute  et  si 
l'on  a  le  courage  d'aller  jusqu'au  bout,  on  n'a  pas  celui  de  recommen- 
cer. 11  eût  été  souvent  facile  à  M.  Frisoni  d'abréger.  Dans  chaque  le- 
çon il  i  a  des  doubles  emplois  ;  ainsi  dans  la  leçon  xiii  «  les  degrés 
de  comparaison  »,  pour  n'en  citer  qu'une,  après  11  petites  frases 
servant  d'exemples  et  qui  en  somme  suffiraient,  l'auteur  donne  une 
version,  c'est-à-dire  une  série  de  frases  en  portugais,  puis  un  tème, 
c'est-à-dire  une  série  de  frases  en  italien,  enfin  une  «  conversation  », 
le  tout  sur  le  même  sujet  et  sans  qu'aucun  de  ces  exercices  en 
apprenne  plus  que  le  premier. 

C'est  une  idée  très  généralement  reçue,  bien  qu'elle  soit  fausse,  à 
moins  qu'elle  ne  soit  si  tenace  que  parce  qu'elle  est  fausse,  que  pour 
apprendre  une  langue  il  faut  faire  beaucoup  de  tèmes.  L'enfant  qui 
apprend  à  parler  avec  sa  mère  ne  fait  pas  de  tèmes  :  il  remarque 
simplement  qu'elle    exprime  telle  idée  par  tels  mots  prononcés  et 


4  36  BIBLIOGRAPHIE 

construits  de  telle  manière.  Quand  il  veut  exprimer  la  même  idée,  il 
répète  ce  qu'il  a  entendu,  peut-être  d'une  manière  inexacte  pour  com- 
mencer, mais  petit  à  petit  la  formule  correcte  se  fixe  dans  sa  mémoire. 
Quand  un  enfant,  outre  la  langue  de  sa  mère,  en  apprend  une  autre 
avec  une  gouvernante  ou  une  bonne,  traduit- il  la  langue  de  l'une  en 
celle  de  l'autre?  Nullement;  dans  les  deux  cas  il  retient  et  répète  ce 
qu'il  a  entendu. 

Un  tème  est   un  exercice  qui  consiste,  après  s'être  bourré  la  mé- 
moire de  règles  souvent  inintelligentes,  à  chercher  des  mots  dans 
un  dictionnaire    et    lorsqu'on   les  a  trouvés   à  se  rappeler  certaines 
recettes  pour  les   ranger  dans   tel  ordre  plutôt  que  dans  tel  autre, 
travail  de  marquetterie  qui  a  pour  effet  de   rapprocher  des  mots  qui 
jurent  l'un   à  côté  de  l'autre  et  de  donner  naissance  à  un  produit  in- 
forme, fût-il  correct,  qu'un  indigène    ne   comprendrait  pas,  acrobatie 
cérébrale  qui  épuise  ceux  qui  la  pratiquent.  Un  français  d'intelligence 
moyenne  peut  faire  pendant  quarante  ans  des  tèmes   allemands,  par 
exemple  '  ,  sans  parvenir  à  être  capable  d'écrire  une  lettre  de  deux 
pages  qui  soit  de  l'allemand  ou  de  converser  pendant  un  quart  d'eure 
avec  un  allemand.    Nous    irons   plus  loin,  car   la  question  touche  à 
tant  d'intérêts  qu'elle  vaut  la  peine  qu'on  i  insiste.  Il   entre  tous  les 
ans    dans    nos    établissements    d'enseignement  secondaire   quantité 
d'enfants  qui  lisent  couramment  l'allemand  et  le  parlent  d'une  façon 
aisée  et'correcte,  pour  avoir  conversé  avec  une  gouvernante.  Ils  ap- 
prennent des  règles  par  cœur,    font  des  tèmes  et  des  versions  pen- 
dant six  ou  uit  ans  et  arrivent  au  baccalauréat  ne  sachant  plus  du 
tout  l'allemand,  ayant  corrompu  leur  prononciation   pour  l'avoir  mal 
entretenue,  ayant  perdu  l'usage  du  mot  propre  pour  avoir  trop  cher- 
ché dans    des   dictionnaires,  ayant  oublié    la  construction  pour  en 
avoir   appris  les  règles.  Mais,  diront  quelques-uns,  il  est  un  fait  bien 
connu,  c'est  que  plus  on  sait  de  langues  plus  il  est  aisé  d'en  appren- 
dre et  cette  facilité  vient  évidemment  de  la  comparaison  que  l'on  fait 
entre  les  langues  que  l'on  sait  déjà  et  celle  qu'on  étudie  ;  or  le  tème 
fournit  les   éléments  d'une  comparaison.    Argument  spécieux,  mais 
faux.  D'abord  il  n'est  pas  vrai  que  la  connaissance  d'une  langue  sim- 
plifie toujours  l'étude  d'une  autre.  11  n'est  pas  plus  facile  d'apprendre 
l'arabe  à  un  français  qui  sait  l'allemand  qu'à  un  français  qui  l'ignore; 
mais    l'étude   du  suédois  ne    sera   plus    qu'un  jeu    pour  un  français 
connaissant  l'allemand  et   une   grossie  difficulté  pour  un  autre.  C'est 
surtout  dans  le  vocabulaire  que  consiste  la  ressemblance  de  certaines 
langues  ;  leur  sintaxe  est  le  plus  souvent  très  différente.  La  conipa- 

1  Nous  prenons  cet  exemplf  de  l'allemand  parce  que  c'est  celui  que 
nous  avons  eu  le  plus  fréquemment  roccasion  d'njiserver. 


BIBLIOGRAPHIE  4:^7 

raison  vraiment  utile  est  celle  qui  se  fait  d'elle-même  et  naturelle- 
ment ;  le  cerveau  est  un  admirable  classificateur  qui  s'entend  à  mer- 
veille à  réunir  et  à  associer,  sans  qu'on  l'i  pousse,  les  éléments  dont 
le  rapprochement  doit  faciliter  sa  tâche.  Le  tème  enseignant  simple- 
ment que  lorsqu'on  agit  de  telle  manière  dans  la  langue  que  l'on  sait 
il  faut  agir  de  telle  autre  dans  celle  qu'on  apprend,  la  comparaison 
dont  il  fournit  les  éléments  est  purement  négative  et  sans  profit. 

Arrivons  à  l'emploi  des  manuels  :  ils  sont  destinés  surtout  à  ceux 
qui  ne  sont  plus  des  enfants,  possèdent  une  certaine  instruction  et 
n'ont  pas  l'avantage  de  pouvoir  entendre  parler  la  langue  qu'ils  veu- 
lent apprendre,  soit  qu'ils  ne  puissent  pas  aller  dans  le  pays  où  elle 
vit,  soit  qu'il  s'agisse  d'une  langue  morte.  Le  manuel  doit  leur  fournir, 
comme  nous  le  disions  tout  à  l'eure,  les  premiers  éléments,  non  par 
des  indications  vagues  qui  resteraient  sans  utilité,  mais  des  notions 
très  précises  et  suffisantes  pour  leur  faire  compi'endre  la  nature  parti- 
culière de  cette  langue,  son  allure  générale,  son  mécanisme,  et  avec 
cela,  dans  des  exemples  choisis  abilementet  métodiquement,  un  voca- 
bulaire courant  suffisamment  riche,  quoique  bref,  pour  permettre  de 
commencer  à  converser  sans  difficulté  et  à  lire  sans  dictionnaire. 

Nous  pensons  donc  que  M.  Frisoni  aurait  gardé  la  juste  mesure 
s'il  avait  donné  un  seul  exercice  après  chaque  leçon,  en  faisant  alter- 
ner la  version  et  la  conversation.  Cette  dernière  doit  être  composée 
de  frases  très  simples  et  réellement  usuelles,  non  pas  de  ces  frases 
ridicules  qui  n'ont  jamais  été  prononcées  par  personne,  telles  qu'on 
les  rencontre  dans  la  plupart  des  manuels.  En  face  il  doit  i  avoir  la 
traduction  italienne  pour  que  le  lecteur  puisse  voir  immédiatement, 
s'il  en  éprouve  le  besoin,  à  quoi  correspondent  en  italien  les  locutions 
courantes  qu'il  rencontre  en  portugais.  La  version  ne  doit  pas  être 
accompagnée  d'une  traduction,  et  l'étudiant  ne  doit  jamais  la  traduire 
par  écrit.  Ecrire  la  traduction  italienne  d'un  texte  portugais,  c'est 
faire  non  un  exercice  de  portugais,  mais  un  exercice  d'italien.  On 
doit  lire  la  version  en  s'attachant  à  la  comprendre  nettement  et  passer. 
Pas  de  dictionnaire  ;  le  manuel  doit  fournir  au-dessous  de  chaque 
exercice  la  signification  de  tous  les  mots  nouveaux  qu'il  contient. 
Quand  un  mot  déjà  vu  se  présente  de  rechef,  on  ne  doit  [las  donner, 
comme  le  fait  quelque  fois  M.  Frisoni,  sa  traduction  enire  parentèses, 
ce  qui  supprime  l'effort  et  par  conséquent  le  profit  ;  les  deux  pre- 
mières fois  qu'un  mot  reparaît  il  convient  de  renvoyer  par  un  chiffre 
à  la  page  où  le  sens  en  a  été  indiqué  ;  puis  ne  plus  s'en  occuper  :  il 
doit  être  acquis.  Il  est  nécessaire  qu'il  en  soit  ainsi  d'un  bout  à  l'au- 
tre du  traité.  M.  Frisoni  commence  bien  à  peu  près  de  cette  manière, 
mais  dès  la  8*  leçon,  p.  29,  il  abandonne  cette  métode  pour  recom- 
mander son  dictionnaire  :  mauvais   sistème.  Le  dictionnaire  ne  doit 


438  BIBLTOGRAPÎÎIE 

entrer  enjeu  qu'une  fois  l'étude  du  manuel  terminée,  comme  moyen 
de  vérification  pour  un  mot  sur  lequel  on  a  des  doutes,  pour  trouver 
un  mot  que  l'on  a  oublié  ou  faire  connaissance  avec  un  mot  nouveau. 
Nous  avons  dit  en  commençant  que  bien  que  ce  livre  fût  trop  long 
il  présentait  parfois  des  lacunes  regrettables.  En  voici  un  exemple 
frappant.  Celui  qui  étudie  une  langue  ne  doit  jamais  en  lire  un  seul 
mot  sans  lui  donner,  soit  mentalement,  soit  à  aute  voix,  sa  prononcia- 
tion exacte,  de  préférence  à  aute  voix  pour  abituer  l'oreille  qui  de- 
viendra vite  un  précieux  auxiliaire.  Il  faut  pour  cela  que  le  manuel 
débute  par  un  chapitre  très  net  et  absolument  complet  sur  la  pronon- 
ciation. Celui  de  M.  Frisoni  n'est  pas  complet  et  si  l'on  s'i  reporte 
lorsqu'on  a  des  doutes  il  ne  fournit  pas  les  moyens  de  les  lever.  Il 
nous  ditp.  3  que  la  diftongue  ou  se  prononce  «  in  moite  voci  corne 
01  italiano  »  ;  suit  une  liste  d'exemples  dans  lesquels  ou  se  prononce 
oi  ;  maïs  on  ne  trouve  pas  la  moindre  indication  sur  ceux  dans  lesquels 
ou  se  prononce  autrement.  Nous  lisons  p.  2  :  «  In  alcuni  vocaboli,  ge- 
neralmente  monosillabi,  il  dittongo  nasale  âo  si  pronancia  quasi  come 
am,  es.  pâo  (pane)  pron.  ^am  ;  77iâo  (m ano)  pron.  tmoto;  câo  (cane) 
pron.  cam,  e  cosi  le  finali  dei  verbi  iu  âo  che  appunto  con  ortografia 
moderna  scrivonsi  anche  am  )>.  Il  fallait  donner  toute  la  liste  des 
mots  isolés  dans  lesquels  âo  se  prononce  am,  afin  que  le  lecteur  fût 
fixé.  Enfin  on  chercherait  en  vain  quelques  observations  précises  sur 
la  place  et  la  prononciation  de  l'accent  tonique.  Chacun  sait  pourtant 
que  c'est  une  des  choses  les  plus  indispensables  et  qu'un  mot  où  on 
le  déplace  devient  souvent  un  monsti'e  inintelligible. 

L'auteur  fait  parfois  appel  à  la  grammaire  comparée  pour  faciliter 
l'étude  de  certaines  règles  compliquées:  nous  ne  saurions  trop  l'en 
louer.  Ainsi  les  noms  en  âo  font  leur  pluriel  de  trois  manières  diffé- 
i-entes.  II  n'est  pas  possible  par  le  portugais  seul  de  reconnaître  à  la- 
quelle de  ces  trois  catégories  un  mot  donné  de  cette  classe  peut  bien 
appartenir.  La  comparaison  avec  l'italien  et  l'espagnol  renseigne  im- 
médiatement et  simplifie  les  choses,  loin  de  les  embrouiller  (leçon  XIL 
p.  40  etsuiv.). 

Nous  signalerons  en  terminant  parmi  les  mieux  réussies  les  leçons 
sur  le  verbe  et  les  verbes  irréguliers,  et  comme  particulièrement  utiles 
le  chapitre  des  idiotismes  composés  avec  estar,  haver  et  ter,  p.  130  et 
suiv.,  la  leçon  d'idiotismes  que  l'on  trouve  à  la  p.  234,  la  liste  des 
omonimes  et  mots  faciles  à  confondre  entre  eux  p.  236  et  suiv.,  et 
celle  des  abréviations  les  plus  usitées  en  portugais,  p.  239. 

Le  manuel  se  termine  par  22  pages  de  morceaux  de  lecture  faciles 
et  amusants,  p.  242-264,  et  12  pages  de  lettres  sur  sujets  courants, 
p.  264-276. 


BIBLIO(ïRAPHIE  «•'^9 

IT.  —  E.  Paroli,  Grammatica  teorico-pratina  délia  lingua  svedese 

:\[ilano,  U.  Hnepli,  1«98,  3  1. 

M.  Pàroli  est  iin  novateur.  Les  sentiers  battus  lui  déplaisent  ei  il 
les  évite  parce  qu'ils  ne  mènent  pas  au  but.  «  Il  metodo  teorica, 
l'antico,  ricalcato  sui  sistemi  délie  grammatiche  che  servirono  ad 
apprendere  il  latino  ed  il  greco  ai  nostri  padri,  riesce  noioso,  pesante 
alla  gioventù,  e  difficilraente  conduce  a  far  parlare  la  lingua  che  esso  si 
assume  d'insegnare  ».  Il  trouve  d'autres  défauts  à  la  métode  purement 
pratique  et  croit  rencontrer  la  vraie  voie  dans  une  combinaison  de  l'une 
avec  l'autre.  C'est  pourquoi  sa  grammaire  est  intitulée  teoricopralica. 

La  plupart  de  ses  innovations  ne  peuvent  être  qu'approuvées  et  il 
en  résulte  que  dans  son  livre,  bien  qu'il  subsiste  quelques  défauts, 
les  qualités  l'emportent  notablement.  Avec  un  remaniement  peu  con- 
sidérable, ce  manuel  deviendrait  excellent. 

Voici  sur  quoi  devraient  particulièrement  porter,  à  notre  avis,  les 
efforts  de  M.  Pàroli  dans  une  seconde  édition.  D'abord  raccourcir 
l'ouvrage  de  moitié  (il  contient  290  pages).  Il  i  a  dans  chaque  leçon 
deux  exercices,  une  version  et  un  tème  ;  supprimer  tous  les  tèmes. 
Remplacer  toutes  les  deux  leçons  la  version  par  une  conversation; 
seuls  les  exercices  de  ce  genre  initient  aux  locutions  vraiment  cou- 
rantes, à  la  langue  vraiment  usuelle  et  parlée.  Réduire  de  moitié 
tous  les  exercices,  qui  sont  beaucoup  trop  longs. 

Ces  réserves  faites,  nous  n'avons  guère  que  des  éloges  à  adresser 
à  l'auteur. 

L'ouvrage  débute  par  une  bonne  leçon  sur  la  prononciation  des 
lettres,  l'accent,  le  timbre  et  la  longueur  des  voyelles.  Elle  est  suivie 
d'un  bon  résumé  en  24  pages  de  toute  la  grammaire,  qui  met  au  cou- 
rant de  la  langue  d'une  manière  générale  et  prépare  à  tout  ce  qui  va 
suivre.  Une  fois  ces  premiers  éléments  fixés,  l'auteur  prend  les  diffé- 
rentes questions  en  détail  et  les  expose  avec  netteté.  Bonne  leçon  sur 
la  formation  des  adjectifs,  p.  60-61.  Tous  les  exercices  sont  suivis 
d'un  petit  vocabulaire  des  mots  nouveaux  qui  écarte  l'emploi  néfaste 
du  dictionnaire.  Quand  l'étude  d'une  même  partie  du  discours  de- 
mande plusieurs  leçons,  l'auteur  ne  les  donne  pas  à  la  suite  l'une  de 
l'autre.  11  les  sépare  par  d'autres  questions,  comprenant  qu'un  manuel 
doit  être  le  moins  ennuyeux  possible  et  qu'il  est  fastidieux  de  se  traîner 
indéfiniment  sur  le  même  sujet,  de  ne  pas  sentir  qu'on  avance  et 
d'étudier  quarante  pages  sur  les  noms  avant  de  savoir  si  la  langue 
possède  un  verbe.  La  mêuie  fatigue  ne  se  fait  pas  sentir  si  l'on  aborde 
un  long  chapitre  en  plusieurs  fois  et  l'introduction  de  notions  diffé- 
rentes dans  l'intervalle  est  comme  une  clairière  au  milieu  d'une  im- 
mense forêt,  comme  une  oasis  au  milieu  du  désert,  c'est  un  repos,  un 
regain  d'intérêt  et  de  courage. 


4J0  CHRONIQUE 

Le  livre  se  termine  par  ua  appendice  sur  la  conjugaison  des 
verbes  forts,  répertoire  commode  et  indispensable,  et  par  12  pages 
de  textes  en  prose  et  en  vers. 

Maurice  Grammont. 


Geschiche  der  neuern  franzosischenLitleratur  (XVI.  —  XIX.  lahr- 
hundert).  Ein  Handbuch  von  Heinrich  Morf.  — Erstes  Buch:  das  Zeit- 
talter  der  Renaissajicc.  Strassburg,  Triibner,  1898,  p.  8°,  X  — 246  p. 

Nous  ne  pouvons  insister  longuement  ici  sur  un  manuel,  écrit  en 
allemand,  de  l'histoire  de  la  littérature  française.  Mais  nous  nous  en 
voudrions  de  ne  pas  le  signaler  quand,  sous  une  forme  modeste,  il 
résume  de  longues  recherches  et  témoigne  d'une  connaissance  directe 
et  profonde  de  notre  littérature.  Si,  en  effet,  le  savant  professeur  de 
Zarich,  M.  Henri  Morf,  connaît  tous  les  travaux  antérieurs,  il  ne  se 
contente  pas  de  les  mettre  à  profit  et  de  donner  aux  étudiants  de  lan- 
gue allemande  une  très  utile  compilation;  à  ce  que  lui  ont  fourni  ses 
devanciers  il  ajoute  aussi  son  contingent  de  faits  nouveaux  et  de  re- 
marques originales  ;  à  tout  instant  une  citation  caractéristique,  un 
jugement  intéressant,  un  mot  expressif  montrent  que  l'auteur  a  vécu 
dans  la  familiarité  de  nos  écrivains. 

Le  manuel  de  M.  Morf  formera  quatre  volumes,  consacrés  chacun 
à  l'histoire  littéraire  d'un  siècle.  Celui  qui  vient  de  paraître  expose 
l'histoire  de  la  littérature  française  au  temps  de  la  Renaissance. 

Eugène  RiGAL. 


CHRONIQUE 


Ministère    de    l'Instruction  publique   et  des   Beaux- Arts 

COMITÉ  DES  TRAVAUX  HISTORIQUES  ET  SCIENTIFIQUES 

PROGRAMME 

DU  CONGRÈS  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  DE  PARIS  ET  DES  DEPARTEMENTS 

Qui  se  tiendra  à  Toulouse  en  1899. 
SECTION    d'histoire    ET    DE    PHILOLOGIE 


1"  Déterminer  les  systèmes  suivis  dans  les  différentes  provinces 
pour  le  changement  du  millésime  de  l'année  de  l'ère  chrétienne  ; 
s'attacher  à  l'examen  des  séries  d'actes  émanés  d'une  même  chan- 
cellerie ou  d'une  même  juridiction.  Indiquer  autant  que  possible 
l'époque  à  laquelle  chaque  usage  a  disparu. 


CHRONIQUE  441 

2°  Signaler  les  actes  apocryphes  conservés  dans  les  archives  publi- 
ques et  particulières.  A  quelle  date  et  pour  quels  motifs  les  fraudes 
de  ce  genre  ont- elles  été  commises  ? 

3°  Indiquer  les  manuscrits  exécutés  au  moyen  âge  dans  un  éta- 
blissement ou  dans  un  groupe  d'établissements  du  Sud-Ouest  de  la 
France.  Rechercher  les  particularités  d'écriture  et  d'enluminure  qui 
caractérisent  ces  manuscrits. 

4°  Etablir  la  chronologie  des  fonctionnaires  ou  dignitaires  civils  ou 
ecclésiastiques,  dont  il  n'existe  pas  de  listes  suffisamment  exactes. 

Dans  ces  études,  on  devrait  se  préoccuper  de  l'utilité  des  listes 
pour  fixer  la  chronologie  des  documents  dépourvus  de  date  et 
pour  identifier  les  personnages  qui  sont  simplement  indiqués 
dans  les  documents  par  le  titre  de  leurs  fonctions.  Pour  ces 
recherches,  il  est  recommandé  de  tenir  compte  des  documents 
financiers  et  des  lettres  de  notification  adressées  aux  cours  supé- 
rieures. 

5°  Signaler,  dans  les  archives  et  bibliothèques,  les  pièces  ma- 
nuscrites ou  les  imprimés  rares  qui  contiennent  des  textes  inédits  ou 
peu  connus  de  chartes  de  communes  ou  de  coutumes. 

Communiquer,  s'il  y  a  lieu,  des  reproductions  photographiques. 
Mettre,  dans  tous  les  cas,  à  la  disposition  du  Comité  une  copie 
du  document,  coUationnée  et  toute  préparée  pour  l'impression, 
selon  les  règles  qui  ont  été  prescrites  aux  correspondants,  avec 
une  courte  note  indiquant  la  date  certaine  ou  probable  du 
document,  les  circonstances  dans  lesquelles  il  a  été  rédigé, 
celles  des  dispositions  qui  s'écartent  du  droit  consigné  dans  les 
textes  analogues  de  la  même  région,  les  noms  modernes  et  la 
situation  des  localités  mentionnées,  etc. 

6"  Etudier  l'administration  communale  sous  l'ancien  régime,  à 
l'aide  des  registres  de  délibérations  et  des  comptes  communaux.  Dé- 
finir les  fonctions  des  officiers  municipaux  et  déterminer  la  durée  de 
ces  fonctions,  le  traitement  qui  y  était  attaché,  le  mode  d'élection. 

7"  Indiquer  les  collections  particulières  renfermant  des  correspon- 
dances ou  des  documents  relatifs  à  l'histoire  politique,  administrative, 
diplomatique  ou  militaire  de  la  France. 

8°  Indiquer  les  mesures  qui  ont  pu  être  prises  dans  certains  dépar- 
tements pour  assurer  les  conservation  des  minutes  notariales  et  en  faci- 
liter les  communications  demandées  en  vue  des  travaux  historiques. 

9°  Rechercher  à  quelle  époque,  selon  les  lieux,  les  idiomes  vul- 
gaires se  sont  substitués  au  latin  dans  la  rédaction  des  documents 
administratifs. 

Dépouiller  systématiquement  les  fonds  d'archives  appartenant  à 
une   localité  ou  à  une  circonscription  nettement  limitée,  dans 


4  42  CHRONIQUE 

lesquels  on  peut  constater  la  substitution  de  la  langue  vulgaire 
au  latin,  comme  comptes  administratifs,  actes  et  sentences 
judiciaires,  délibérations  municipales,  minutes  notariales  ou 
autres  documents  officiels.  Etablir  à  quelle  date  la  substitution 
s'est  opérée  dans  ces  diverses  catégories  de  pièces.  Distinguer 
aussi  entre  l'emploi  de  l'idiome  local  et  celui  du  français,  et  fixer 
à  quelle  date  le  second  a  remplacé  le  premier.  Dans  les  terri- 
toires qui  ont  appartenu  successivement  à  des  Etats  différents, 
indiquer  la  corrélation  ou  l'absence  de  corrélation  entre  les 
idiomes  employés  et  les  régimes  politiques. 

\0"  Etudier  quels  ont  été  les  noms  de  baptême  usités  suivant  les 
époques  dans  une  localité  ou  dans  une  région  ;  en  donner,  autant  que 
possible,  la  forme  exacte  ;  rechercher  quelles  peuvent  avoir  été  l'ori- 
gine et  la  cause  de  la  vogue  plus  ou  moins  longue  de  ces  différents 
noms. 

Dépouiller  les  registres  paroissiaux,  les  minutes  des  notaires,  les 
registres  des  municipalités,  les  actes  d'assemblée,  les  cadastres, 
ou  tout  autre  fonds  d'archives  suffisamment  abondant,  en  éta- 
blissant, pour  chaque  époque,  la  proportion  numérique  des 
divers  noms,  celle  des  noms  simples,  doubles  et  multiples,  celle 
des  noms  empruntés  au  patron  de  la  paroisse,  aux  autres  saints 
du  diocèse,  au  pays  lui-même,  aux  familles  princières  ou  sei- 
gneuriales de  la  région,  aux  courants  d'opinion  pohtique,  aux 
modes  httéraires,  aux  souvenirs  patriotiques.  Rechercher  dans 
quelle  proportion  ont  été  suivis,  selon  les  époques,  les  divers 
usages  consistant  à  donner  à  l'enfant  le  nom  du  parrain  ou  celui 
de  la  marraine,  celui  d'un  ascendant,  etc.  Pour  les  noms  parti- 
liers  à  une  région  et  peu  connus  ailleurs,  indiquer  exactement 
les  formes  en  langue  vulgaire  et  en  latin.  Pour  les  noms  pris 
en  dehors  de  la  région,  indiquer  les  différentes  modifications  de 
forme  et  chercher  l'origine. 

11°  Signaler  les  travaux  qui  ont  été  ou  peuvent  être  faits  sur  les 
registres  paroissiaux  antérieurs  à  l'établissement  des  registres  de 
l'état  civil  ;  indiquer  les  mesures  prises  pour  leur  conservation  et  le 
parti  qu'on  en  peut  tirer  pour  l'histoire  des  familles  ou  des  pays, 
pour  la  statistique  et  pour  les  autres  questions  économiques. 

On  pourrait  prendre  comme  type  la  publication  qui  est  en  cours 
des  registres  paroissiaux  de  trois  diocèses  bretons. 

12°  Signaler  les  plus  anciennes  lettres  d'anoblissement  authentiques 
remontant  au  XIV^  siècle. 

13°  Étudier  les  origines  et  l'iiistoire  des  anciens  ateliers  typogra- 
phiques en  France, 

Faire  connaître  les  pièces  d'archives,  mentions  historiques  ou  an- 
ciens imprimés  qui  peuvent  jeter  un  jour  nouveau  sur  la  date 


CHRONIQUE  4  4'1 

de  l'établissement  de  l'imprimerie  dans  chaque  ville  de  France^ 
sur  les  migrations  des  premiers  typographes  et  sur  les  produc- 
tions sorties  de  chaque  atelier. 

14o  Rechercher  les  documents  relatifs  à  l'histoire  des  anciennes 
bibliothèques. 

15°  Chercher  dans  les  registres  de  délibérations  communales  et 
dans  les  comptes  communaux  les  mentions  de  dépenses  relatives  à 
l'instruction  publique.  Matières  et  objet  de  l'enseignement.  Méthodes 
employées. 

16°  Étudier  l'action  des  humanistes  dans  les  provinces  du  Sud- 
Ouest  de  la  France  au  XV^  et  au  XVP  siècle. 

17°  Recueillir  les  renseignements  qui  peuvent  jeter  de  la  lumière 
sur  l'état  du  théâtre  et  sur  la  vie  des  comédiens  en  province  depuis 
la  Renaissance. 

18°  Étudier  comment  et  sous  quelles  formes  les  nouvelles  politi- 
ques et  autres,  de  la  France  et  de  l'étranger,  se  répandaient  dans  les 
différentes  parties  du  royaume  avant  la  fin  du  XVIP  siècle. 

19°  Indiquer  quel  a  été  le  sort  des  archives  de  l'ancienne  inten- 
dance de  Languedoc  et  de  celle  de  Montauban,  de  manière  à  en 
reconstituer  l'ensemble  et  à  montrer  quelles  ressources  ce  qui  en  reste 
a  pu  fournir  et  surtout  pourrait  fournir  actuellement  pour  l'histoire 
de  l'administration  locale  et  des  rapports  de  cette  administration 
avec  le  pouvoir  royal  ou  avec  les  ministres. 

20°  Rechercher,  d'après  un  ou  plusieurs  exemples  particuliers, 
comment  furent  organisées  et  comment  fonctionnèrent  les  assemblées 
municipales  établies  conformément  à  l'edit  de  juin  1787. 

21°  Étudier  les  délibérations  d'une  ou  de  plusieurs  municipalités 
rurales  pendant  la  Révolution,  en  mettant  particulièrement  eu  lumière 
ce  qui  intéresse  l'histoire  générale. 

22°  Etudier,  dans  un  département,  dans  un  district  ou  dans  une 
commune,  le  fonctionnement  du  gouvernement  révolutionnaire  insti- 
tué i^ar  la  loi  du  14  frimaire  an  IL 

23°  Rechercher,  d'après  les  documents  des  archives  départemen- 
tales et  communales,  quelle  fut  la  contribution  des  départements  et 
des  communes  du  midi  pyrénéen  à  la  défense  nationale  pendant  la 
Révolution. 

SECTION    D'ARCHÊOLOaiE 

1.  —  Archéologie  préromaine 

1°  Faire,  pour  chaque  département,  un  relevé  des  sépultures  pré- 
romaines en  les  divisant  en  denx  catégories  :  sépultures  par  inhuma- 
tion, sépultures  par  incinération . 


4  44  CHRONIQUE 

Etudier  particulièrement  cette  question  pour  la  région  du  Sud- 
Ouest,  en  se  référant,  comme  point  de  comparaison,  à  un  mé- 
moire sur  les  sépultures  du  Gard  publié  dans  le  Bulletin  ar- 
chéologique de  1898. 

2°  Signaler  dans  chaque  arrondissement  les  monnaies  gauloises 
qu'on  y  recueille  dispersées  isolément  sur  le  sol. 

3"  Étudier  les  monnaies  dites  à  la  Croix  (imitations  de  Rhoda)  ; 
dresser  le  relevé  des  trouvailles  qui  en  ont  été  faites  ;  déterminer  les 
régions  où  ce  type  a  été  imité  et  en  classer  les  variétés  et  les  dégé- 
nérescencas  ;  préciser  les  limites  géographiques  extrêmes  de  ces  imi- 
tations en  Gaule. 

4°  A-t-on  trouvé  des  monnaies  d'or  gauloises  dans  la  région  com- 
prise entre  les  Cévennes,  les  Pyrénées  et  l'Océan  ?  Dresser  le  relevé 
de  ces  découvertes  et  le  catalogue  de  ces  monnaies. 

5°  Etudier  les  monnaies  ibériques  qu'on  trouve  au  Nord  des  Pyré- 
nées et  dans  la  Narbonnaise,  tant  celles  qui  y  ont  été  frappées  que 
celles  qui  y  ont  été  importées  par  le  commerce. 

//.  —  Archéologie  romaine 
6°  Étudier  les  divinités  pyrénéennes  d'après  les  monuments  figurés 
et  les   monuments  épigraphiques.  Signaler  ceux   de  ces  monuments 
qui  seraient  encore  inédits. 

7°  Signaler  en  France  et  dans  l'Afrique  française  les  mosaïques 
antiques  ou  du  moyen  âge  non  relevées  jusqu'à  cette  heure  et  dont 
on  possède  soit  les  originaux,  soit  d'anciens  dessins. 

On  conserve  dans  les  musées  de  province  des  mosaïques  ou  frag- 
ments de  mosaïques  qui  n'ont  pas  encore  été  signalés  ou  publiés. 
Leur  description,  accompagnée  de  dessins  ou  de  reproductions 
photographiques,  peut  avoir  un  réel  intérêt  scientifique. 

8°  Piechercher  les  centres  de  fabrication  de  la  céramique  dans  la 
Gaule  et  dans  l'Afrique  ancienne  ;  voir  si  les  anciens  établissements 
de  potiers  n'ont  pas  survécu  à  l'époque  antique  et  persisté  à  travers 
le  moyen  âge. 

Dresser  la  liste  des  noms  de  potiers  inscrits  sur  les  vases  ou  frag- 
ments de  vases,  lampes  et  statuettes,  conservés  soit  dans  les  musées, 
soit  dans  les  collections  privées. 

9°  Étudier  les  pierres  gravées  inédites  qui  se  trouvent,  en  France, 
dans  les  musées,  les  trésors  d'églises  ou  les  collections  particulières. 
En  faire  connaître  les  sujets,  les  inscriptions,  les  dimensions  et  la 
matière.  Comprendre  dans  ces  relevés  les  pâtes  de  verre  antique,  qui 
étaient  des  reproductions  des  pierres  gravées.  Étendre  cette  recher- 
che au  moyen  âge  et  à  la  Renaissance. 


CHRONIQUE  445 

Cette  étude  devra  être  accompagnée  des  empreintes  des  pierres 
gravées,  de  préférence  à  des  dessins  ou  à  des  images  quelcon- 
ques. 

10»  Signaler  les  fouilles  ou  déeouverres  récentes  dans  la  région  du 
Sud-Ouest. 

TU.  —  Archéologie  du  moyen  âge 

11°  Signaler,  par  département,  les  sources  ou  les  fontaines  qui  ont 
été  au  moyen  âge  ou  sont  encore  de  nos  jours  un  objet  de  dévotion 
ou  un  lieu  de  pèlerinage.  Indiquer  le  saint  sous  le  vocable  duquel 
elles  sont  placées,  les  jours  et  les  cérémonies  du  culte  qui  s'y  pra- 
tique, etc.  Jlentionner  les  monnaies  et  autres  ex  votoqm  ont  pu  y  être 
recueillis  à  diverses  époques.  Examiner  si  ces  coutumes  pieuses  ne 
sont  pas  des  survivances  antiques. 

12°  Étudier  les  monnaies  féodales  du  sud-ouest  de  la  France,  sur- 
tout à  l'aide  des  documents  d'archives  ;  faire  connaître  ces  documents 
qui  seraient  inédits  et  les  commenter. 

13°  Étudier  et  décrire  les  poids  des  villes  du  Midi  de  la  France  au 
moyen  âge  ;  rechercher  ceux  de  ces  monuments  qui  ne  seraient  pas 
encore  déposés  dans  des  musées. 

14°  Étudier  et  rechercher  les  jetons  frappés  pour  les  États  du 
Languedoc. 

15"  Dresser  la  liste,  avec  plans  et  dessins  à  l'appui,  des  édifices 
chrétiens  et  des  monuments  sculptés  d'une  province  ou  d'un  départe- 
ment réputés  antérieurs  à  la  période  romaine. 

16°  Étudier  les  caractères  qui  distinguent  les  diverses  écoles  d'ar- 
chitecture religieuse  à  l'époque  romane,  en  s'attachant  à  mettre  en 
relief  les  éléments  constitutifs  des  monuments  (plans,  voûtes,  etc.). 

Cette  question,  pour  la  traiter  dans  son  ensemble,  suppose  une 
connaissance  générale  des  monuments  de  la  France,  qui  ne  peut 
s'acquérir  que  par  de  longues  études  et  de  nombreux  voyages. 
Aussi  n'est-ce  point  ainsi  que  le  Comité  comprend.  Ce  qu'il 
désire,  c'est  provoquer  des  monographies  embrassant  une  cir- 
consci-iption  donnée,  par  exemple  un  département,  un  diocèse, 
un  arrondissement,  et  dans  lesquelles  on  passerait  en  revue  les 
principaux  monuments  compris  dans  cette  circonscription,  non 
pas  en  donnant  une  description  détaillée  de  chacun  d'eux,  mais 
en  cherchant  à  dégager  les  éléments  caractéristiques  qui  les 
distinguent  et  qui  leur  donnent  un  air  de  famille.  Ainsi,  on 
s'attacherait  à  reconnaître  quel  est  le  plan  le  plus  fréquemmeiit 
adopté  dans  la  région  ;  de  quelle  façon  la  nef  est  habituellement 
couverte  (charpente  apparente,  voûte  en  berceau  plein  cintre  ou 
brisé,  croisées  d'ogives,  coupoles);  comment  les  bas  côtés  sont 


29 


4-16  CHRONIQUE 

construits,  s'ils  sont  ou  non  surmontés  de  tribunes,  s'il  y  a  des 
fenêtres  éclairant  directement  la  nef,  ou  si  le  jour  n'entre  dan- 
l'église  que  par  les  fenétred  des  bas  côtés  ;  quelle  est  la  forme 
et  la  position  des  clochers  ;  quelle  est  la  nature  des  matériaux 
employés  ;  enfin,  s'il  y  a  un  style  d'ornementation  particulier, 
si  certains  détails  d'ornement  sont  employés  d'une  façon  carac- 
téristique et  constante,  etc. 

17°  Rechercher,  dans  chaque  département  ou  arrondissement,  les 
monuments  de  l'architecture  militaire  en  France  aux  diverses  époques 
du  moyen  âge.  Signaler  les  documents  historiques  qui  peuvent  servir 
à  en  déterminer  la  date.  Accompagner  les  communications  de  ce 
genre  de  dessins  et  de  plans. 

18°  Signaler,  dans  chaque  région  de  la  France,  les  centres  de  fabri- 
cation de  l'orfèvrerie  pendant  le  moyen  âge.  Indiquer  les  caractères 
et  tout  spécialement  les  marques  et  poinçons  qui  permettent  d'en 
distinguer  les  produits. 

Il  existe  encore  dans  un  grand  nombre  d'églises,  principalement 
dans  le  Centre  et  le  Midi,  des  reliques,  des  croix  et  autres  objets 
d'orfèvrerie  qui  n'ont  pas  encore  été  étudiés  convenablement. 
qui  bien  souvent  même  n'ont  jamais  été  signalés  à  l'attention 
des  archéologues.  Il  convient  de  rechercher  ces  objets,  d'en 
dresser  des  listes  raisonnées,  d'en  retracer  l'histoire,  de  décou- 
vrir où  ils  ont  été  fabriqués,  et,  en  les  rapprochant  les  uns  des 
autres,  de  reconnaître  les  caractères  propres  aux  difl'érents 
centres  de  production  artistique  au  moyen  âge. 

19"  Recueillir  des  documents  écrits  ou  figurés  intéressant  l'histoire 
du  costume  dans  une  région  déterminée. 

Au  moyen  âge,  il  y  avait  dans  beaucoup  de  provinces  des  usages 
spéciaux  qui  influaient  sur  les  modes.  Ce  sont  ces  particularités 
locales  qu'on  n'a  guère  étudiées  jusqu'ici.  Il  serait  intéressant 
d'en  rechercher  la  trace  sur  les  monuments. 

20°  Signaler  les  carrelages  de  terre  vernissée,  les  documents  relatif  s 
à  leur  fabrication  et  fournir  des  calques  des  sujets  représentés. 

IV.  —  Archéologie  orientale  et  hébraïque 

21°  Rechercher  les  épitaphes,  inscriptions  de  synagogues,  graflStes 
en  langue  et  en  écriture  hèbra'iques  qui  n'ont  pas  encore  été  signalés 
ou  ont  été  imparfaitement  publiés  jusqu'à  présent. 

22°  Signaler  et  décrire  les  objets  et  monuments  orientaux,  égyp- 
tiens, assyriens,  etc.,  qui  se  trouvent  dans  les  musées  pubhcs  et  dans 
les  collections  privées  de  la  région  du  sud-ouest  ;  faire  l'histoire  et, 
s'il  se  peut,  le  catalogue  du  beau  musée  égyptien  de  Toulouse. 


CHRONIQUE  447 

SECTION    DES   SCIENCES    ÉCONOMIQUES   ET   SOCIALES 

1°  De  la  classification  des  phénomènes  sociaux. 

2°  Des  effets  sociaux  du  baccalauréat. 

3°  Le  régime  dotal,  ses  avantages  et  ses  inconvénients  ;  les  régions 
OÙ  il  prévaut  et  les  modifications  qu'il  pourrait  comporter. 

4°  Ya-t-il  lieu  de  modifier  les  dispositions  du  Code  civil  et  des  lois 
fiscales  qui  gênent  la  liberté  de  la  composition  des  lots  dans  les  par- 
tages ? 

5°  Etudier,  en  elle-même  et  dans  les  applications  législatives  et 
pratiques  qui  en  ont  été  faites  en  France  et  à  l'étranger,  la  question 
du  warrantage  des  récoltes. 

6°  Exposer  dans  quelle  mesure  et  sous  quelles  conditions  il  est  per- 
mis, en  France  et  à  l'étranger,  d'employer  les  fonds  et  la  fortune 
personnelle  des  caisses  d'épargne  à  la  construction  d'habitations 
à  bon  marché. 

7°  Exposer  l'étendue  des  pouvoirs  exercés,  dans  le  Languedoc,  par 
l'intendant  de  justice,  police  et  finances,  notamment  en  ce  qui  concer- 
nait ses  rapports  avec  les  États  de  la  province, 

8°  Etudier  l'état  de  la  population,  les  naissances,  les  mariages,  les 
divorces  et  les  migrations  dans  une  commune  de  France,  pendant  la 
période  révolutionnaire  (1789  à  1801). 

9°  Rechercher,  dans  une  région  de  la  France,  quel  a  été,  depuis  le 
XV*"  siècle,  l'effort  de  la  population  rurale  pour  acquérir  la  terre. 

10"  Étudier,  dans  une  ville  ou  dans  une  commune,  les  changements 
survenus  dans  les  taux  des  salaires  d'une  certaine  branche  du  com- 
merce ou  de  l'industrie  depuis  1850. 

11°  Quelles  sont  les  charges  comparées  de  la  fortune  mobilière  et 
de  la  fortune  immobilière  en  France  ? 

12°  De  l'influence  que  certains  impôts  peuvent  exercer  sur  le  déve- 
loppement de  la  population. 

l.S°  Étudier,  d'après  un  exemple  particulier,  le  fonctionnement 
d'une  administration  de  district  dans  le  midi  de  la  PVance  (1790- 
1795). 

14°  Esquisser  l'histoire  d'une  école  centrale,  d"iin  lycée  ou  d'iin 
collège  communal. 

15°  Retracer,  au  point  de  vue  économique  et  juridique,  l'histoire 
d'une  exploitation  minière  dans  l'ancienne  France. 

16°  Étudier  le  commerce  des  métaux  précieux  et  la  circulation 
métallique  à  une  époque  précise  ou  dans  une  région  déterminée  de  la 
France,  avant  1789. 


448  CHRONIQUE 

SECTION  DES   SCIENCES 

1°  Des  gisements  de  phosphate  de  chaux.  Fossiles  que  l'on  y  trouve. 

2°  Minéraux  que  l'on  rencontre  dans  la  région  pyrénéenne.  Examen 
spécial  des  gisements  de  ces  minéraux. 

3"  Etude  des  sources  thermales  françaises. 

4°  Du  mode  de  remplissage  des  cavernes. 

6°  Régime  des  cours  d'eau.  Inondations  ;  alluvions. 

6"  Recherche  de  documents  anciens  sur  les  observations  météoro- 
logiques en  France  et  sur  les  variations  des  cultures. 

7°  Agriculture  dans  le  sud-ouest  de  la  France. 

8°  Répartition  des  Salmonidés  dans  le  bassin  de  la  Garonne. 

9"  Monographies  relatives  à  la  faune  et  à  la  flore  des  lacs  français. 

10°  Faune  et  flore  des  eaux  souteraines. 

11°  A  quelles  altitudes  sont  ou  peuvent  être  portées,  dans  les 
Pyrénées  et  le  massif  central,  les  cultures  d'arbres  fruitiers,  de  prairies 
artificielles,  de  céréales  et  de  plantes  herbacées  alimentaires  ? 

12°  I^hotographie  des  parties  invisibles  du  spectre.  Résultats  obtenus 
et  propositions  de  méthodes  nouvelles. 

13°  De  l'action  des  différents  rayons  du  spectre  sur  les  plaques 
photographiques  sensibles.  Phothograpliie  orthochromatique.  Plaques 
jouissant  de  sensibilité  comparable  à  celle  de  l'œil. 

14°  Recherches  relatives  à  l'optique  photographique  et  aux  obtu- 
rateurs. 

15°  Recherches  sur  la  préparation  d'une  surface  photographique 
ayant  la  finesse  de  grain  de  préparations  anciennes  (collodion  ou 
albumine)  et  les  qualités  d'emploi  des  préparations  actuelles  au  géla- 
tinobromure d'argent. 

16°  Etude  des  réactions  chimiques  et  pliysiques  concernant  l'im- 
pression, le  développement,  le  virage  ou  le  fixage  des  épreuves  néga- 
tives et  positives.  Influence  de  la  température  sur  la  sensibilité  des 
plaques  photographiques,  leur  conservation  et  le  développement  de 
l'image. 

17°  Etudes  astronomiques  et  météorologiques  par  la  photographie. 

18°  Recherches  sur  les  méthodes  microphotographiques  ;  applica- 
tions notamment  aux  études  histologiques  et  médicales. 

19°  Perfectionnements  à  apporter  aux  méthodes  stéréoscopiques. 

20°  Les  sanatoria  d'altitude  et  les  sanatoria  marins. 

21°  De  la  constitution  chimique  et  micrographique  de  l'air  lors  des 
épidémies. 

22°  Des  moyens  de  contrôle  pouvant  assurer  la  salubrité  et  l'inno- 
cuité des  substances  alimentaires. 


CHRONIQUE  ItO 

23"  De  l'actinomycose,  son  développement  et  les  divers  traitements 
de  cette  maladie. 

24°  Des  épidémies  de  peste  et  des  mesures  prophylactiques. 

25°  Des  moyens  les  plus  pratiques  d'assurer  la  désinfection  dans 
les  petites  localités  et  les  campagnes  à  la  suite  des  maladies  infec- 
tieuses. 

26°  Delà  survivance  de  la  lèpre  dans  la  région  pyrénéenne,  ]\loda- 
lité  sous  laquelle  elle  se  présente. 

SECTION    DE   GfiOGR.\PHIE    HISTORIQUE   ET    DESCRIPTIVE 

1°  Signaler  les  documents  géographiques  manuscrits  les  plus  inté- 
ressants (textes  et  cartes)  qui  peuvent  exister  dans  les  bibliothèques 
publiques  et  les  archives  départementales,  communales  et  particulières 
du  Sud-Ouest  de  la  France. —  Inventorier  les  cartes  locales  anciennes, 
manuscrites  et  imprimées  ;  cartes  de  diocèses,  de  provinces,  plans  de 
villes,  etc. 

2°  Faire  connaître  les  procédés  employés  par  les  anciens  géographes. 
Mode  de  projection  ;  graduation;  trait,  écriture,  teinte  des  cartes; 
échelles  ;  roses  des  vents  ;  figuré  des  reliefs  ;  mode  d'impression,  etc. 

3°  Dresser  des  cartes  montrant  la  distribution  géographique  des 
dépôts  alluviaux,  cavernes,  abris  sous  roche,  etc.,  du  Languedoc, 
ayant  renfermé  des  restes  de  l'homme  à  l'époque  quaternaire  ou  des 
stations,  ateliers,  monuments  funéraires,  etc.,  de  l'âge  de  la  pierre 
polie,  de  l'âge  du  bronze  ou  de  l'âge  du  fer  de  la  même  région. 

4°  Rechercher  les  noms  des  lieux-dits  donnés  aux  oppidums  et  aux 
localités  contenant  des  vestiges  d'habitations  antiques,  afin  de  voir  s'il 
n'y  en  aurait  pas  qui  rappelleraient  des  dominations  d'origine  ibé- 
rique. 

5°  Déterminer  les  limites  et  dresser  des  cartes  des  anciennes  cir- 
conscriptions diocésaines,  féodales,  administratives,  etc.,  de  la  région 
du  sud-ouest  de  la  France. 

6°  Compléter  la  nomenclature  des  noms  de  lieux  en  relevant  les 
noms  donnés  parles  habitants  aux  divers  accidents  du  sol  (montagnes^ 
cols,  vallées,  etc.)  et  qui  ne  figurent  pas  sur  les  cartes. 

7°  Rechercher  les  formes  originales  des  noms  de  lieux  et  les  com- 
l)arer  à  leurs  orthographes  officielles  (cadastre,  carte  d'état-major, 
almanach  des  postes,  cachets  de  mairie,  etc.). 

8°  Voies  anciennes  à  travers  les  Pj'rénées  (routes  de  communica- 
tion, routes  de  pèlerinage  et  chemins  de  tran.shumance). 

9°  Étude  particulière  de  la  région  des  Causses,  avens,  grottes,  cours 
d'eau  souterrains,  etc. 


tôO  CHRONIQUE 

10°  Eecherches  sur  les  glaciers,  les  moraines  et  les  lacs  de  la  région 
pyrénéenne.  —  Formation  des  cirques. 

11°  Altitude  maximum  des  centres  habités,  depuis  les  temps  les 
plus  anciens,  dans  les  Pyrénées. 

12°  Rechercher  sur  les  marées  du  Golfe  de  Gascogne.  —  Courants 
littoraux,  leur  force  et  leur  direction  pendant  les  périodes  de  calme 
et  de  coup  de  vent. 

13°  Modifications  anciennes  et  actuelles  des  côtes  du  Golfe  de  Gas- 
cogne. —  Formation  des  dunes  et  des  étangs  littoraux.  —  Landes, 
forêts  yous-marines,  etc. 

14°  Délimiter  comparativement  une  forêt  de  France,  au  moyen  âge 
et  à  l'époque  actuelle. 

15°  Etude  hydrographique  du  bassin  de  la  Garonne.  —  Tracé  et 
régime.  —  Donner  en  particulier  les  raisons  du  tracé  du  cours  supé- 
rieur de  l'Ariège  et  de  celui  du  Tarn  dans  les  traversées  des  Causses. 

16°  Causes  de  la  dissymétrie  du  profil  des  vallées  des  affluents  de 
la  Garonne  qui  coulent  sur  le  cône  de  Lannemezan. 

17°  Signaler  les  derniers  progrès  accomplis  dans  l'étude  géogra- 
phique des  colonies  françaises  ou  des  pays  de  protectorat. 

18°  Biographie  des  anciens  voyageurs  et  géographes  fi-ançais. 

19°  Missions  scientifiques  françaises  à  l'étranger,  antérieures  à  la 
création  des  Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires. 

SUJETS  DE  COMMUNICATIONS 

PROPOSÉS    PAR    DES    SOCIÉTÉS    SAVANTES     DE     TOULOUSE    ET    DE    LA 
RÉGION 

HISTOIRE    ET  PHILOLOGIE 

I.  Étude  des  documents  pour  servir  à  l'histoire  de  l'Académie  des 
Jeux  floraux. 

II.  Exposer  les  diverses  légendes  qui  composent  l'histoire  fabu- 
leuse de  Toulouse,  en  rechercher  les  sources  et  en  établir  la  biblio- 
graphie. 

TII.  Faire  l'histoire  des  aliénations  du  domaine  royal  en  Lan- 
guedoc et  des  reconstitutions  partielles  de  féodalité  qui  en  ont  été  la 
conséquence  après  l'incorporation  du  comté  de  Toulouse. 

IV.  Etudier  les  rapports  du  pays  toulousain  avec  la  cour  de  Fiance 
et  les  provinces  d'outre-Loire,  à  dater  de  la  mort  de  Raymond  VIT, 
et  les  effets  de  ces  relations  sur  la  langue,  les  mœurs  et  les  arts. 

V.  Caractériser  l'action  politique  et  sociale  du  Parlement  de  Tou- 
louse et  les  transformations  que  cette  cour  a  subies  dans  son  recru- 


CHRONIQUE  ir,  1 

tement  et  dans  son  esprit  sous  le  règne  de  Charles  VII  jusqu'à  celui 
de  Louis  XVI. 

VI.  Expliquer  l'influence  de  l'épiscopat  sur  la  vie  politique  et  admi- 
nistrative du  pays  de  Languedoc,  en  comparant  l'époque  des  évèques 
électifs  aux  temps  qui  ont  suivi  le  concordat  de  François  I". 

VII.  Etudier  en  détail  l'application  du  concordat  de  François  P'' 
en  Languedoc  et  les  effets  produits  par  ce  nouveau  régime  sur  le 
recrutement  et  l'action  du  personnel  épiscopal. 

VIII.  Déterminer  les  coefficients  féodaux,  judiciaires,  financiers  et 
commerciaux  de  la  société  aristocratique  de  Languedoc,  à  la  veille 
de  la  Révolution. 

IX.  Etude  synthétique  de  l'Ariège,  d'après  les  divers  cartulaires 
intéressant  les  diverses  localités  du  département. 

ARCHÉOLOGIE 

I.  Dolmens  et  monuments  mégalithiques  dans  le  Midi  de  la 
France. 

II.  Des  œuvres  d'art  à  l'époque  quaternaire. 

III.  Origine  et  destination  des  monuments  connus  sous  le  nom  de 
Piles. 

IV.  Discuter  les  origines  et  les  sources  d'inspiration  de  la  sculpture 
romane  décorative,  dont  les  cloîtres  de  la  Daurade,  de  Saint-Etienne 
et  de  Saint-Sernin  de  Toulouse  nous  ont  laissé,  dans  leurs  chapitaux 
historiés,  des  modèles  accomplis. 

V.  Usage  de  la  brique  en  Languedoc  :  brique  brute,  brique  taillée, 
chronologie  des  calibres  ;  association  de  la  brique  au  bois,  aux  galets, 
à  la  pierre  ;  emploi  décoratif  de  la  brique  à  l'extérieur  et  à  l'inté- 
rieur des  édifices. 

VI.  Histoire  des  fabriques  de  céramique  de  la  région  (Toulouse, 
Martres,  Montauban.  Ardus,  etc.)  ;  étudier  les  caractères  de  leur  fabri- 
cation. 

SCIENCES  ÉCONOMIQUES  ET  SOCIALES 

I.  Le  monde  du  droit  et  les  hommes  de  finance  à  Toulouse  vers 
le  milieu  du  XVI*  siècle. 

II.  Examen  des  nouveaux  travaux  entrepris  par  la  critique  mo- 
derne pour  élucider  les  migrations  et  les  vicissitudes  de  Jacques 
Cujas. 

III.  Etudier  les  doctrines  politiques  de  l'Université  de  Toulouse 
sous  l'ancien  régime,  spécialement  celles  du  professeur  Grégoire,  et 
l'influence  qu'elles  ont  exercée. 


4J2  CHRONIQUE 

IV.  Etude  sur  la  situation  actuelle  et  les  rapports  de  l'Andorre,  de 
la  France  et  de  l'Espagne. 

V.  De  la  propriété  collective  existant  encore  aujourd'hui  dans 
quelques  parties  de  l'Aveyron,  comprenant  même  des  terres  cultivées 
dont  la  jouissance  est  attribuée  par  lots  et  pour  une  courte  période 
(deux  ou  trois  ans),  tantôt  aux  uns,  tantôt  aux  autres.  —  Son  ori- 
gine. —  Son  histoire.  —  Son  administration  actuelle.  —  Ses  avan- 
tages et  ses  inconvénients. 

VI.  De  l'introduction  d'exercice  pratique  dans  l'enseignement  du 
droit. 

SCIENCES 

I.  Pierre  Forcadel,  de  Béziers.  Sa  vie.  Son  œuvre. 

II.  Aperçu  sur  les  mathématiciens  pyrénéens  espagnols  avant 
Viète. 

III.  Étude  du  régime  climatologique  du  Sud-Ouest  de  la  France  et 
en  particulier  de  la  région  de  Toulouse. 

IV.  Indiquer  la  marche  générale  des  orages  dans  la  région  pyré- 
néenne et  dans  le  bassin  sous-pyrénéen. 

V.  Étude  des  localités  particulièrement  fi-appées  par  la  grêle.  — 
Moyens  de  protection. 

QÉOOEAPHIE  HISTORIQUE   ET  DESCRIPTIVE 

I.  Aire  géographique  de  la  race  basque  dans  les  Pyrénées. 

II.  Origine  des  noms  donnés  aux  lieux  et  aux  accidents  du  sol  dans 
la  région  du  Sud-Ouest. 

III.  Rechercher  les  véritables  voies  militaires  de  France  en  Espa- 
gne, et  inversement  à  travers  les  Pyrénées  centrales  et  orientales. 

IV.  Mouvement  de  la  population  dans  le  groupe  gascon.  —  Nata- 
lité, maladie,  mortalité. 

V.  Signaler  les  documents  géographiques  manuscrits  les  plus  inté- 
ressants (textes  et  cartes)  qui  peuvent  exister  dans  les  bibliothèques 
et  les  archives  du  département  de  la  Haute-Garonne  et  des  départe- 
ments limitrophes. 

VI.  Inventorier  les  cartes  locales  et  régionales  anciennes,  ma- 
nuscrites ou  imprimées  ;  cartes  de  diocèse,  de  province,  plans  de 
villes,  etc. 

VII.  Monographie  historique  d'une  forêt. 


Le  Gérant  responsable  :  P.  HAMELIN. 


I  DODICl  UANTI 

ÉPOPÉE  romanesqup:  ^«u  xvp  siècle 


INTRODUCTION 


1°  Le  roman  italien  Guerino  il  Meschirio;  —  2°  Résumé  de  ce  roman 
d'après  Dunlop  et  Ferrario;  —  3°  Importance  du  Mescfiino;  —  4°  Les 
Dodici  Canti  composés  pour  donner  aux  délia  Rovere  un  ancêtre  pris 
dans  la  légende  épique,  Guerino  il  Mescliino  ;  —  5°  Description  du 
manuscrit  8583  de  la  Bibliothèque  de  TArsenal;  —  6°  De  l'auteur  des 
Dodici  Canti;  —  1"  Résumé  de  ce  poème. 


Il  ne  semble  pas  qu'aucun  roman  chevaleresque  ait  obtenu 
en  Italie,  à  la  fin  du  moyen  âge,  un  succès  égal  à  celui  du  Gue- 
rino il  Mesc,':i.io  *.  Les  éditions  anciennes  que  l'on  possède  de 
ce  texte  sont  nombreuses  et  se  suivent  de  près  :  1473,  1475, 
1477,  1480  (deux),  1482  (deux),  1483,  1493,  1498,  1503  (V. 
Melzi-Tosi,  Bibliografia  dei  romanzi  di  cavalleria,  p.  172-181). 
Traduit  en  français  au  XV  siècle  ^,  il  a  été  inséré  dans  la 
Ihbliùthègue  bleue.  Sa  renommée  a  été  durable,  puisqu'il  a  été 
réimprimé  à  Venise  en  1778,  1802  et  1816. 


1  L'auteur  du  Guerino  il  Meschino  est  le  célèbre  Andréa  dei  Magno- 
botti  da  Barberino,  auquel  on  doit  également  les  Reali  di  Frmicia,  VAs- 
promonte^  les  Storie  Nerbonesi,  VAjolfo,  VUgo?ie  d'Alveriiia.  Pour  les 
Reali  et  leur  auteur  v.  Pio  Rajna,  Ricerche  intorno  ai  Reali  di  Francia, 
Bologne,  1872  (Cf.  G.  Paris,  Romania,  ii,  p.  851,  sq.),  et  Gaspary, 
Geschichte  dei-  italien.  Literatur,  n,  p.  252,  sq. 

2  D'après  Dunlop,  History  of  Fiction^  iii^,  p.  38,  une  traduction  fran- 
çaise aurait  été  imprimée  en  1490.  Ferrario,  Storia  ed  ayiaiisi  degli  anticlii 
romanzi  di  cavalleria  e  dei  poemi  romanzeschi  ifaliani,  t.  ii,  p.  283, 
indique  deux  éditions  de  cette  traduction,  Lyon,  1530,  et  Paris,  1532,  et 
ajoute  que  l'auteur  avertit  lui-même  qu'il  a  traduit  le  livre  I,  mais  que 
pour  le  reste  il  s'est  abandonné  aux  caprices  de  son  imagination. 
TOME  III  DE  LA  CINQUIEME  SERIE. —  Octobre-Décembre  1898.  30 


454  I    DODICI   CANTI 

Dunlop,  dans  son  History  of  Fiction,  a  consciencieusement 
résumé  ce  roman  qu'il  considère  comme  tenant  à  la  fois  du 
conte  dévot  et  du  récit  chevaleresque  '.  C'est  certainement 
un  mélange  des  deux  genres,  et  par  là  il  était  tout  marqué 
pour  se  concilier  le  goût  populaire.  Vers  le  milieu  du  XVI® 
siècle,  il  fut  mis  en  vers  par  TuUia  d'Aragona  ^  et  c'est  sous 
cette  forme  qu'il  a  été  analysé  par  Ferrario  dans  son  histoire 


*  History  of  Fiction,  iii2,  p.  38-50. 

2  Tullia  d'Aragona  était  fille  de  la  courtisane  Giulia  de  Ferrare,  qui 
affirmait  qu'elle  l'avait  eue  du  cardinal  Lodovico  d'Aragona,  neveu 
d'Alphonse  II,  de  Naples,  et  qui  n'hésita  pas  à  lui  donner  ce  nom  illus- 
tre. Sa  mère  la  fit  élever  avec  soin.  Aussi  belle  que  spirituelle  et  savante, 
Tullia  tenait  à  Rome  une  véritable  cour  formée  de  lettrés  et  d'artistes. 
Le  respectable  Jacopo  Nardi  lui  adressait  sa  traduction  du  Pro  Marcello 
(1536),  et  la  qualifiait  d'unique  et  véritable  héritière  du  nom  et  de  l'élo- 
quence de  Giccron.  En  1537,  elle  se  trouva  à  Ferrare  en  même  temps 
que  Vittoria  Colonna,  et  il  ne  semble  pas  que  la  comparaison  lui  ait  été 
défavorable.  Un  correspondant  de  la  Marquise  Isabelle  la  dit  molto  gen- 
tile,  discreta,  accorta,  e  di  ottimi  e  divijii  costumi.  Elle  parlait  de  toutes 
choses  avec  science  et  justesse,  chantait  fort  bien,  composait  des  vers 
sur  l'amour  platonique,  et  on  lui  en  dédiait  de  semblables. 

Neuf  ans  plus  tard,  à  Florence,  elle  eut  un  succès  pareil.  C'est  là 
qu'elle  composa  le  dialogue  DelV  Infinità  d'Amore,  où  les  interlocuteurs 
sont  elle-même,  Varchi  et  Benucci.  La  protection  de  la  duchesse  Eléo- 
nore  lui  épargna  la  honte  d'être  contrainte  à  porter  sur  son  voile  la 
bande  jaune  caractéiùstique  de  son  métier  et  le  duc  Gosme  écrivit  en 
marge  de  sa  pétition  :  Fasseli gratia  per  poetessa.Le  dialogue  dell'  Infinità 
d'Amore  voule  sur  l'amour  élevé,  noble,  contraire  à  l'amour  vulgaire  ;  il 
est  infini  parce  que  l'union  parfaite  de  l'amant  et  de  l'objet  aimé  est 
impossible.  Le  ton  est  naturel,  aisé,  la  science  étendue  et  solide. 

Le  remaniement  du  Guerino  il  Meschino  parut  en  1560,  après  la  mort 
de  Tullia.  Il  est  remarquable  que,  dans  l'avis  au  lecteur,  elle  se  plaigne 
de  ce  que  la  plupart  des  livres  que  lisaient  les  dames  fussent  remplis  de 
peintures  voluptueuses  et  indécentes,  alors  que  nous  constatons  qu'en 
plusieurs  endroits  elle  a  elle-même  dépassé  la  limite  permise  (Ferrario, 
op.,  1.  II,  p.  283-285). 

Le  prudent  Tiraboschi,  dans  le  chapitre  qu'il  a  consacré  aux  Italiennes 
illustres  du  XVP  siècle,  en  parle  ainsi  :  «  Di  qiiesta  célèbre  rimatrice 
che  fu  frutto  d'amore  e  ne  accese  non  senza  qualche  sua  taccia  le  fiamme 
in  molli  e  principalmente  in  Girolamo  Muzio,  si  posson  vedere  copiose 
notizie  pressa  il  eo.  Mazzucchelli,  Scritt.  it.,  t.  i,  par.  2,  p.  928.  » 

La  biographie  de  Tullia  dans  Ferrario  (1. 1.)  n'a  plus  d'intérêt  depuis 
les  travaux  plus  récents  que  Gaspary  a  mis  à  profit  dans  les  pages  qu'il 
a  consacrées  à  l'Aspasie  moderne.  V.  Geschichte  der  italien.  Literatur, 


I   DODIGI  CANTI  455 

générale  des  romans  de  chevalerie  et  des  poèmes  romanes- 
ques italiens  *. 

Le  sujet  est  présenté  comme  suit  en  tête  de  la  première 
édition  du  roman  en  prose  : 

In  questo  libro  vuigarmente  se  traita  alcuna  ystoria 
brève  de  re  Karlo  imperatore,  poi  del  nasimento  et 
opère  di  quello  magnifico  cavalieri  nominato  Guerino 
etprenominato  Meschino,  pe  lo  qualle  se  vade  {sic)  la 
narratio[n]e  de  le  provintie  quasi  di  tuito  lo  mondo  e 
de  la  diversita  de  li  homini  e  gente,  de  loro  divers! 
costdmi,  de  molti  divers!  animali  e  del  habitatione  delà 
Sibiila  che  se  trova  viva  in  le  montagne  in  mezo  d'Ita- 
lia  et  anchora  del  inferno  secondo  decliiara  la  ystoria 
seguitando  lo  exordio. 

Le  Guerino  est  donc  l'histoire  d'un  chevalier  errant,  qui 
parcourt  le  monde  et  les  peuples  les  plus  divers,  rencontre  les 
ennemis  les  plus  étranges,  interroge  la  Sibylle  et  descend  en 
enfer. 

Le  héros  lui-même  est  fils  de  Milon  de  Tarente,  quatrième 
fils,  d'après  les  Reali,  du  redoutable  Girard  de  Fratte  qui  a  un 
rôle  si  important  dans  la  légende  d'Aspremont;  il  appartient 
à  la  Maison  de  Monglane,  d'où  sort,  par  Aimeri  de  Nar- 
bonne,  l'illustre  geste  des  Narbounais. 

La  généalogie  française,  d'après  Albéric  des  Trois-Fontai- 
nes  [G.  Paris,  Hist.  poél.  de  Charlemagne,  p.  469),  beaucoup 
moins  chargée  de  descendances  et  de  noms  que  les  généalo- 
gies italiennes,  donne  le  tableau  suivant  : 

II,  p.  509-513  et  notes.  Il  estime  que  Tallia  était  vraiment  sur  le  che- 
min du  repentir  et  qu'il  n'y  avait  aucune  hypocrisie  dans  le  dédain 
qu'elle  professait  pour  l'amour  grossier.  Mais  en  1548  elle  revint  à 
Rome,  et  dès  lors,  soit  poussée  par  le  besoin,  soit  cédant  aux  conseils 
de  sa  mère  Giulia,  son  mauvais  génie,  elle  reprit  ses  habitudes  premiè- 
res et  finit  par  mourir  chez  un  hôtelier  du  Trastevereenl556.  Aucun  poète 
ne  chanta  sa  mort,  suivant  l'usage  du  temps.  Depuis  son  retour  à  Rome 
l'auréole  avait  disparu  de  son  front.  Avant  de  mourir,  elle  institua  son 
fils  Gelio  son  légataire  universel.  Bernardo  Tasso,  le  père  de  Torquato, 
est  un  des  poètes  qui  célébrèrent  TuUia  au  temps  de  sa  prospérité. 
1  Op.,  1.,  t.  m,  p.  329-351. 


4  56  I  DODICI    CANTI 

Garin  de  Mondane 


Arnaud  Girard  Renier  Milon 

de  Beaulande  de  Vienne  de  Gènes  de  Pouillc 

Aimeri  Savari  Beuve         Olivier  Aude  Sinaon        N.  fille 

de  Narbonne  de  Pouillc 

Dans  Atmeri  de  Narbomie  le  second  fils  de  Girard  de  Vienne 
est  Oiton  et  Milon  de  Fouille  n'a  qu'un  enfant,  Aimeriet. 

Dans  les  Reali  italiens  (L.  v,  c.  9)  Ton  a  : 

Guerino  (petit-fils  de  Beuves  d'Antone) 

Girardo  da  Fratta     Bernardo  da  Dremondes    Milone  Alemanno    Guerino 

Rinieri  di  Vienna 
Arnaldo  di  Belanda 
Guizzardo  di  Puglia 
Milone  di  Tarante 

Guerino  il  Meschino,  fils  de  Milon  de  Tarente,  représente 
Simon  de  Fouille  (ou  Aimeriet],  fi  <  de  Milon  de  Fouille  et, 
comme  lui,  est  cousin-germain  d'OLvier,  l'ami  de  Roland,  le 
frère  de  la  belle  Aude. 

Cette  parenté  est  le  seul  trait  d'union  que  Ton  puisse  rele- 
ver entre  le  roman  italien  et  nos  chmsons  de  geste;  il  Mes- 
chino est  un  roman  d'aventure  où  l'auteur  accumule  les  inven- 
tions qui  lui  paraissent  les  plus  propi  ^s  à  intéresser  la  curio- 
sité de  son  lecteur,  sans  songer  nulle  part  à  rattacher  sou  récit 
aux  légendes  épiques  du  moyen  âge  français.  J'essaierai  d'en 
donner  un  très  court  sommaire  d'après  les  résumés  de  Dun- 
lop  et  de  Ferrario^ 

1  M.  Gaspary,  dans  son  histoire  de  la  littérature  italienne,  t.  ii,  p.  265, 
a  résumé  le  Guerino  il  Meschino  en  une  page  ;  mais  il  n'a  pu  consulter 
(comme  il  en  avertit  en  note)  qu'une  édition  de  1869  très  mutilée,  et  cela 
explique  comment  la  visite  de  Guérin  chez  la  Sibylle  est  ainsi  présentée: 
(er)  steirjt  in  Italie)!  in  das  verzauberte  Reich  der  Fee  Alcina  hinunter. 
Les  jardins  de  Falérine,  d'Alcine  et  d'Armide  doivent  quelque  chose  au 
séjour  merveilleux  delà  Sibylle  du  Guerino,  et  c'est  ce  quia  induit  l'abré- 
viateur  moderne  à  mêler  le  nom  d'Alcine  et  une  réminiscence  d'Arioste  au 
texte  d'Andréa  da  Barberino.  —  Je  regrette  de  n'avoir  pu  consulter  que 
les  sommaires  de  Dunlop  et  de  Ferrario.  En  plusieurs  endroits  j'ai  dû  no- 
ter leur  désaccord.  Ferrario  résume  le  rifamnento  de  Tullia  d'Aragona 
et  en  reproduit  quelques  passages. 


I    DODICI   CANTI  4  57 

lï 

Charlemagne,  ajant  délivré  des  Sarrasins  le  royaume  de 
Naples,  en  confia  le  gouvernement  à  Guichard  et  Milon.  Ce- 
lui-ci, sur  la  réputation  de  beauté  de  Fenisia,  princesse  d'Al- 
banie, en  devient  amoureux,  attaque  et  prend  Durazzo,  et 
épouse  Fenisia  qui  lui  donne  un  fils,  Guérin.  Naparet  Madar, 
frères  de  Fenisia,  veulent  se  venger,  s'entendent  avec  les 
habitants  de  la  ville,  y  pénètrent  la  nuit,  s'en  emparent,  et 
Milon  et  Feni:<ia  sont  jetés  dans  une  prison  obscure.  Guérin 
est  sauvé  par  sa  nourrice,  tombe  entre  les  mains  de  corsaires, 
est  vendu  à  Constantinople,  élevé  par  Epidonio  qui  en  fait 
don  au  fils  de  l'empereur  Alexandre.  On  le  connaissait  sous  le 
nom  de  Meschino  (malheureux)  et  lui-même  ne  se  doutait  point 
qu'il  fût  de  noble  origine.  D'abord  employé  à  servir  à  table,  il 
se  gagne  l'amitié  du  prince.  Puis  par  son  habileté  à  manier 
armes  et  chevaux,  par  la  douceur  de  ses  manières,  il  mérite 
l'affection  de  tous,  de  l'empereur  et  de  sa  fille  Eliséna.  Par 
amour  pour  cette  princesse,  il  donna  des  preuves  merveilleu- 
ses de  son  courage  en  désarçonnant  dans  un  tournoi  les  plus 
robustes  champions  sans  se  faire  connaître,  ce  qui  empêcha 
de  décerner  le  prix  du  tournoi  et  provoqua  ainsi  une  guerre. 
Torindo  et  Pinamonte,  fi's  du  roi  Astiladoro,  pensant  que  ce 
prix  leur  devait  être  atti  hué  et  se  croyant  offensés,  se  plai- 
gnent à  leur  père  qui  jur^  par  Mahomet  de  tirer  vengeance 
de  cet  outrage.  Il  vient  attaquer  Constantinople  à  la  tête  de 
cinquante  mille  hommes.  L'empereur  est  fait  prisonnier,  toute 
la  ville  est  en  larmes,  mais  Guérin  s'empare  à  son  tour  des 
deux  fils  du  roi  sarrasin  t  l'oblige  à  accepter  que  la  querelle 
soit  vidée  par  cinquante  champions  de  chacun  des  deux  partis. 
Grâce  à  son  courage  les  chrétiens  l'emportent  et  Constantino- 
ple est  en  fête.  Mais  la  princesse  Eliséna  a  le  tort  d'appeler 
Turc,  c'est-à-dire  esclave  ou  vilain,  le  sauveur  de  son  père 
et  de  l'empire.  Dès  lors  Guérin  n'a  plus  qu'une  pensée,  il  veut 
savoir  de  qui  il  est  fils.  L'empereur  consulte  les  astrologues 
de  la  cour  qui,  après  avoir  examiné  les  étoiles,  sont  unanimes 
à  déclarer  que  Guérin  ne  sera  instruit  de  sa  parenté  que  par 
les  arbres  du  Soleil  et  de  la  Lune  qui  croissent  à  l'extrémité 
orientale  du  monde. 


4  58  I    DODICI  CANTI 

Guérin  se  prépare  à  partir.  L'impératrice  le  munit  d'une 
relique  faite  du  bois  de  la  vraie  croix  et  possédant  la  vertu  de 
protéger  contre  tout  danger  et  tout  enchantement.  Il  s'em- 
barque et  arrive  dans  la  Petite  Tartarie.  De  là  il  fait  route  à 
travers  l'Asie,  combat  un  géant  qui  saisissait  les  pns.-ants,  sur- 
tout les  chrétiens,  et  les  enfermait  dans  un  garde-manger, 
pour  s'en  régaler  avec  la  géante  sa  femme  et  ses  quatre  fils. 
Guérin  extermine  toute  cette  engeance  et  sauve  deux  prison- 
niers, un  chevalier  français,  Brandizio,  et  un  prêtre  arménien. 
Tous  trois  font  route  ensemble  jusqu'en  Arménie  où  le  prêtre 
les  quitte.  Guérin  et  Brandizio  arrivent  en  Médie,  rétablis- 
sent sur  le  trône  la  princesse,  légitime  héritière  du  royaume, 
et  celle-ci  prend  Brandizio  pour  époux. 

Guérin  continue  son  voyage,  est  obligé  d'épouser  une  des 
filles  du  roi  de  Solta,  s'enfuit  du  pays  laissant  la  Sarrasine 
enceinte  d'un  fils. 

Après  diverses  aventures,  le  chevalier  arrive  aux  Indes, 
dont  l'auteur  énumère  les  productions.  A  Tigliafi'a,  il  trouve 
des  chrétiens,  et,  avec  une  armée  oîi  figurent  des  éléphants  et 
des  sangliers,  il  est  conduit  aux  lieux  où  s'élèvent  les  arbres 
du  Soleil  et  de  la  Lune.  L'arbre  du  Soleil  lui  apprend  qu'il 
est  fils  d'un  baron  illustre  et  de  sang  royal,  et  qu'il  est  chré- 
tien dès  sa  naissance.  L'arbre  de  la  Lune  lui  dit  d'aller  vers 
le  Couchant  où  il  retrouvera  sa  famille. 

Après  un  long  voyage,  Guérin  arrive  à  la  Mecque,  où  le 
Soudan  Almanzor  lui  fait  grand  honneur  et  où  il  est  très  ad- 
miré pour  avoir  vaincu  le  vaillant  Tenaun  qui  l'avait  traité  de 
menteur. 

On  lui  montre  le  tombeau  de  Mahomet.  A  la  Mecque,  il 
rencontre  la  belle  Antinisca,  fille  du  roi  de  Persépolis  Finis- 
tor,  qui  a  été  chassé  de  ses  Etats  par  les  Turcs.  Devenu 
capitaine  général  de  l'armée  des  Perses,  il  triomphe  des 
Turcs,  rend  le  trône  à  Antinisca  qu'il  aime,  mais  qu'il  refuse 
d'épouser  encore,  parce  qu'il  doit  continuer  son  voyage  à  la 
recherche  de  ses  parents.  Antinisca  jure  de  l'attendre  pen- 
dant dix  ans,  et  Guérin  fait  le  serment  de  n'avoir  jamais 
d'autre  femme  qu'elle. 

Après  avoir  conquis  plusieurs  pays  de  la  Turquie  pour 
agrandir  l'empire  de  sa  fiancée,  Guérin  licencie  son  armée  et 


I  DODICI    CANTI  459 

reprend  seul  sa  route.  Il  traverse  plusieurs  aventures,  combat 
et  tue  des  géants,  tue  un  dragon,  mais  demeure  à  demi  em- 
poisonné par  son  venin,  s'arrête  dans  une  cité  pour  se  guérir. 
Là,  réconforté  par  un  confesseur,  il  repart  pour  TAfrique  et 
l'Europe,  arrive  à  la  ville  du  Prêtre-Jean,  dont  l'auteur  dé- 
crit les  merveilles,  prend  le  commandement  des  troupes  du 
Prêtre-Jean  contre  ses  ennemis  les  Cinnamoniens.  Ceux-ci 
sont  vaincus  et  perdent  plus  de  cent  mille  hommes.  Guérin 
assiège  la  ville  de  Giaconia,  tue  le  géant  Galafar  qui  en  était 
gouverneur,  et  remet  sa  conquête  au  Prêtre-Jean. 

Arrivé  en  Egypte,  le  chevalier  est  attaqué  par  un  amiral 
qui  veut  lui  enlever  ses  armes  et  son  cheval.  Il  se  défend,  tue 
plusieurs  des  suivants  de  l'amiral,  et  lui  pardonne.  Il  est 
alors  assailli  par  des  chiens  de  bergers  ;  quand  il  les  a  tués, 
il  est  obligé  de  traiter  de  même  plusieurs  de  leurs  maîtres. 
Le  roi  du  pays  le  fait  prisonnier  par  trahison,  mais  il  est 
remis  en  liberté  sur  l'ordre  du  Soudan  de  Babyione  qui  le 
nomme  son  capitaine  général  contre  les  Arabes. 

Guérin  triomphe  de  tous  les  ennemis  du  Soudan,  qui  vou- 
lait le  combler  d'honneurs,  mais  qui  doit  au  contraire  le  pro- 
téger contre  la  jalousie  de  ses  conseillers.  Guérin  part  pour  le 
mont  Atlas. 

Nous  passons  la  description  des  merveilles  de  l'Egypte, 
l'histoire  de  Mahomet,  les  aventures  de  Guérin  en  Barbarie 
pour  le  compte  du  roi  Artilafo,  qu'il  convertit  à  la  foi  chré- 
tienne, et  à  qui  il  rend  son  royaume  qui  lui  avait  été  enlevé 
par  un  géant.  Ils  auraient  à  soutenir  une  guerre  nouvelle 
contre  Validor,  roi  de  Tripoli,  si  la  sœur  de  celui-ci  n'était 
prise  d'un  grand  amour  pour  Guérin.  La  princesse  était  une 
belle  négresse,  aux  cheveux  crépus,  aux  dents  blanches,  aux 
yeux  rouges.  Elle  adresse  à  Guérin  un  message  par  lequel 
elle  lui  ofifre,  s'il  consent  à  l'aimer,  le  royaume  de  son  frère 
qu'elle  n'hésiterait  pas  à  lui  sacrifier,  .^e  messager  prend 
Artilafo  pour  Guérin,  et  Artilafo,  sachant  que  son  ami  refu- 
serait un  tel  pacte,  répond  pour  lui.  La  princesse,  trompée, 
enivre  son  frère,  le  tue,  et  se  voyant  rejetée  avec  horreur 
par  Guérin,  se  tue  elle-même. 

Guérin  arrive  à  Messine  et  de  là  en  Calabre,  où  vivait  la 
Sibylle  qui  avait  prédit  la  naissance  du  Sauveur.  Il  veut  la 


4  60  I   DODiCi   CANTI 

consulter  sur  ses  parents.  A  Reggio,  un  vieillard  lui  donne 
un  livre  qui  lui  indique  le  chemin  de  la  caverne  de  la  Sibylle. 
A  Norcia,  de  saints  ermites  l'instruisent  des  périls  qu'il  doit 
éviter  :  il  lui  faudra  surtout  résister  aux  séductions  de  la 
Sibylle  ;  car,  s'il  cédait  à  ses  caresses,  il  serait  prôcipité  en 
enfer. 

Pour  le  séjour  de  Guérin  chez  la  Sibylle,  je  préfère  suivre 
Dunlop  que  le  résumé  de  Ferrario,  d'après  TuUia  d'Aragona, 
qui  me  semble  s'être  trop  abandonnée  à  son  inclination  dans 
cette  partie  de  son  rifacimento  en  vers. 

A  l'entrée  de  la  caverne,  Guérin  rencontre  une  large  rivière 
qu'il  passe  sur  le  dos  d'un  hideux  serpent,  qui  lui  apprend 
qu'il  était  jadis  un  gentilhomme  et  qu'il  a  subi  celte  déplai- 
sante transformation  par  les  sortilèges  de  la  prophétesse. 
Guérin  entre  alors  dans  le  palais  de  la  Sibylle,  qui  se  pré- 
sente entourée  de  suivantes  charmantes  ;  elle  semblait  aussi 
fraîche  que  si  elle  avait  eu  onze  cent  quatre-vingts  ans  de 
moins.  Un  repas  magnifique  est  servi,  et  elle  informe  Guérin, 
dans  le  cours  de  la  conversation,  qu'elle  jouissait  d'une  lon- 
gue vie  et  d'une  beauté  inaltérable  parce  qu'elle  avait  prédit 
la  naissance  de  notre  Sauveur  ;  néanmoins  elle  avoue  qu'elle 
n'est  pas  chrétienne  et  qu'elle  demeure  fidèle  à  Apollon  dont 
elle  a  été  prêtresse  à  Delphes,  et  à  qui  elle  est  redevable  du 
don  de  prophétie.  Sa  dernière  demeure  avait  été  à  Cumes, 
d'où  elle  s'était  retirée  dans  le  palais  qu'elle  occupait  actuelle- 
ment. 

Jusque-là  la  Sibylle  n'avait  parlé  que  d'elle-même.  Elle  finit 
cependant  par  révéler  à  son  hôte  les  noms  de  ses  parents  et 
toutes  les  circonstances  de  sa  naissance.  Elle  lui  promet  de 
lui  dire  plus  tard  le  lieu  où  ils  résident  et  de  l'éclairer  sur 
son  avenir. 

Le  soir  elle  conduisit  Guérin  dans  la  chambre  qui  lui  avait 
été  préparée,  et  il  comprit  bientôt  qu'elle  était  décidée  à  lui 
causer  un  grand  souci,  car  elle  commença  à  lui  faire  les  yeux 
doux,  et  procéda  à  un  examen  minutieux  de  sa  personne. 
Mais  le  bois  de  la  vraie  croix,  qui  lui  avait  été  donné  par  l'im- 
pératrice grecque,  et  une  prière  le  délivrèrent  des  obsessions 
de  la  Sibylle,  qui  fut  ob'iaéede  renvoyer  son  entreprise  au 
matin,  et  de  même  les  cinq  jours  suivants,  toujours  grâce  à 
l'influence  de  la  relique. 


I   DODIGI    CANTI  461 

La  prophétesse  refusait  néanmoins  d'iii^tniirp  son  hôte  du 
lieu  cil  résidaient  ses  parents,  dans  l'espoir  que,  s'il  restait 
auprès  d'elle,  il  finirait  par  satisfaire  ses  désirs.  Malheureu- 
sement, un  samedi,  elle  ne  put  empêcher  le  chevalier  d'être 
témoin  de  sa  métamorphose  en  un  serpent.  Les  fées  et  ceux 
qui  s'associent  à  leur  existence  sont  transformés,  ce  jour-là, 
en  animaux  hideux,  et  restent  dans  cet  état  jusqu'au  lundi. 
Guérin  se  trouva  donc  entouré  d'une  véritable  ménagerie. 
Quand  la  Sibylle  eut  recouvré  ses  charmes,  il  lui  fit  un  re- 
proche de  la  forme  qu'elle  avait  dû  revêtir,  et  dans  son  dépit 
elle  lui  accorda  son  congé,  mais  sans  lui  dire  où  étaient  ses 
parents. 

Tullia  a  développé  longuement,  et  en  termes  parfois  indé- 
cents, la  scène  de  la  séduction.  Elle  tient  à  prouver  que  la 
chasteté  du  chevalier  fut  réellement  en  péril.  Elle  le  montre 
près  de  succomber  : 

11  cavalier  si  strugge  e  si  vieu  mono 
Com  '  a  UDO  a  chi  bevanda  avvelenata 
In  una  sete  estrema  gli  sia  data. 

Les  deux  récits,  à  en  juger  par  le  résumé  de  Ferrario, 
difi'èrent  aussi  en  ce  que,  dans  le  poème  de  Tullia,  la  Sibylle 
refuse  absolument  de  donner  aucun  renseignement  à  Guérin 
sur  ses  parents.  Il  y  est  dit  en  outre  que  le  séjour  de  Guérin 
auprès  de  la  prophétesse  dura  un  an. 

Le  chevalier  revient  à  Norcia,  et  les  ermites  lui  appren- 
nent qu'il  est  excommunié  pour  avoir  consulté  les  arbres  du 
Soleil  et  de  la  Lune  et  s'être  adressé  à  la  Sibylle.  Il  se  rend  à 
Rome,  où  le  pape  le  bénit  et  lui  impose  pour  pénitence  d'aller 
en  pèlerinage  à  Saint-Jacques-de-Galice,  puis  en  Irlande,  au 
puits  de  saint  Patrice,  où  est  le  Purgatoire, 

Guérin  passe  en  Gascogne,  y  occit  nombre  d'assassins,  sé- 
journe cinq  jours  à  Compostelle,  purge  la  mer  de  pirates,  et 
va  en  Irlande  où  l'archevêque,  après  avoir  essayé  de  le  dé- 
tourner de  sa  dangereuse  entreprise,  lui  donne  une  lettre 
d'introduction  pour  l'abbé  de  l'île  sainte  qui  est  le  vestibule  du 
Purgatoire.  Accueilli  au  monastère,  ildoityjeûner  neuf  mois. 
Puis  il  dépose  ses  armes  et  descend  dans  un  puits  au  fond 
duquel  il  trouve  une  prairie  souterraine.  Là  il  reçoit  des  in- 


4  62  I  DODICl  CANTI 

structions  de  deux  hommes  vêtus  de  blanc  qui  vivaient  dans 
un  édifice  bâti  en  forme  d'église.  Deux  démons  Femmènent 
alors  et  l'accompagnent  de  caverne  en  caverne  pour  qu'il 
soit  témoin  des  souffrances  des  âmes  du  Purgatoire.  Dans 
chaque  caverne  un  châtiment  particulier  était  infligé  à  chaque 
vice.  Ainsi  les  gourmands  étaient  tourmentés  par  l'odeur  de 
tables  bien  servies  et  de  boissons  exquises. 

Après  avoir  contemplé  les  peines  du  Purgatoire,  Guérin 
passe  dans  un  Enfer  très  semblable  à  celui  de  Dante,  dont 
l'imitation  est  plus  évidente  encore  que  dans  la  peinture  du 
Purgatoire.  Il  y  retrouve  le  géant  Macos  qu'il  avait  tué  en 
Tartarie,  et  la  négresse  aux  jeux  rouges,  qui,  pour  l'amour 
de  lui,  avait  tranché  la  tête  de  son  frère  après  l'avoir  enivré. 

Je  dois  ici  reconnaître  que,  d'après  Dunlop,  cette  prin- 
cesse avait  les  cheveux  rouges,  ce  qu'il  trouve  un  défaut  sur- 
prenant chez  une  Africaine(p.  43),  mais  le  poème  lui  attribue 

guardatura 

Fiera  con  occhi  rossi 

Il  est  probable  que  Tullia  a  tout  simplement  corrigé  le  texte 
primitif. 

Les  démons  enlèvent  Guérin  très  haut  et  le  laissent  retom- 
ber sur  un  pré  de  joncs  que  traversait  un  grand  fleuve.  De 
l'autre  côté,  des  âmes  vêtues  de  blanc  chantaient  des  hymnes. 
Sur  le  fleuve  était  un  pont  de  verre.  Guérin  y  fut  porté  par 
les  démons  qui  ne  purent  le  suivre  plus  loin. 

Il  franchit  le  pont  qui,  sous  ses  pas,  se  transforma  en  un 
très  dur  diamant.  A  sa  rencontre  viennent  deux  vieillards 
vénérables  qui  lui  baignent  le  visage  dans  l'eau  du  fleuve  et 
lui  disent  qu'il  est  purifié  de  toutes  ses  fautes.  C'étaient 
Enoch  et  Elle,  et  avec  eux  étaient  venus  d'autres  personna- 
ges également  saints  qui  chantaient  les  louanges  de  Dieu.  On 
le  conduisit  ainsi  dans  un  lieu  voisin  du  Paradis  teirestre 
dont  l'enceinte  étincelait  de  pierreries.  Une  porte  s'entr'ou- 
vrit,  et  il  aperçut  un  moment  Dieu  au  milieu  des  siens  : 

L'Imperador  de'  cieli  in  mezzo  vide 
Passar  con  alta  fronte  i  cori  tutti 
Dell'  Angeliche  squadre  umili  e  fîde, 
11  quai  mostrava  del  suo  fîglio  i  frutti, 
Con  braccia  aperte,  etc. 


I   DODICI  CANTI  4  63 

Mais  la  porte  se  ferme  et  Guérin  ne  pouvait  se  consoler. 
Les  deux  prophètes  le  réconfortent  et  le  ramènent  à  l'église 
d'où  il  était  descendu  dans  le  puits.  Il  retrouve  les  moines  qui 
le  bénissent  et  font  apparaître  les  images  de  son  père  et  de  sa 
mère  dont  il  grave  les  traits  dans  sa  mémoire,  mais  qui  s'éva- 
nouissent sans  consentir  à  dire  leur  nom. 

Guérin  va  à  Londres,  traverse  la  France  et  arrive  à  Rome 
où  il  rapporte  au  Pape  comment  il  s'est  conformé  à  ses  vo- 
lontés. 

Guérin  fut  envoyé  par  le  Pape  à  Naples,  où  le  roi  Guis- 
card,  son  oncle,  selon  la  généalogie  des  Reali,  le  charge 
d'aller  combattre  les  Turcs  en  Albanie.  Il  prend  Dulcigno  et 
Durazzo,  où  il  tire  de  leur  prison  Milon,  son  père,  et  Fenisia, 
sa  mère,  qu'il  reconnaît  d'après  les  images  qu'il  avait  vues 
au  monastère  de  saint  Pati'ice.  Après  avoir  rétabli  ses  pa- 
rents dans  leur  autorité,  il  chasse  les  Turcs  delà  Grèce  et  de 
la  Macédoine,  puis  se  déguise  en  Turc  avec  Alexandre,  empe- 
reur de  Constantinople,  et,  seuls  avec  deux  écujers,  ils  par- 
tent pour  Persépolis  afin  de  retrouver  Antinisca,  la  fiancée  de 
Guérin.  Ils  sont  assaillis  par  des  voleurs  et  des  géants  qu'ils 
mettent  à  mort,  en  rendant  la  liberté  à  de  nombreux  prison- 
niers. A  Camopoli,  Baranifl^e,  seigneur  du  lieu,  les  emprisonne 
par  trahison  ;  mais  un  Turc  converti  au  christianisme,  Arti- 
bano,  tue  Baraniffe  et  délivre  les  prisonniers.  On  les  poursuit, 
ce  qui  leur  donne  l'occasion  d'une  nouvelle  victoire.  Arrivés 
à  Persépolis  ils  sont  accueillis  par  la  fidèle  Antinisca,  et  tout 
serait  pour  le  mieux,  si  la  ville  n'était  assiégée  par  Lionetto. 
Ce  personnage,  qui  a  réuni  une  armée  de  quatre  cent  mille 
hommes,  ose  ordonner  à  Guérin  de  lui  remettre  Antinisca  et 
la  ville.  Après  bien  des  incidents,  Guérin  et  Alexandre  aban- 
donnent Persépolis  qui  est  livrée  aux  fiammes  par  Lionetto, 
donnent  à  Artibano,  en  mariage,  la  reine  Dia,  fille  de  Fili- 
cion,  roi  de  Saragona,  assurent  la  paix  entre  ce  dernier  et 
le  roi  d'Arménie,  et  Alexandre  épouse  Laura,  seconde  fille  de 
Filicion.  Les  deux  amis  reviennent  alors  à  Constantinople  où 
ont  lieu  de  grandes  fêtes  en  l'honneur  de  l'empereur  et  de  la 
nouvelle  impératrice. 

Dès  lors,  Guérin  et  Antinisca  n'ont  plus  qu'à  se  rendre  à 
Durazzo.  Ils  eurent  deux  fils,  Fioramonte  et  Milone. 


4  64  I  DODICI  CANTI 

Le  premier  avait  dix  ans  quand  mourut  leur  tendre  mère. 

Guérin  ne  put  se  consoler  de  la  perte  de  celle  qu'il  avait 
aimée. 

Ne  songeant  plus  qu'à  sauver  son  âme,  il  se  prépara  à  ren- 
dre compte  à  Dieu  de  sa  vie,  et  décida  de  se  faire  ermite 
après  avoir  mis  ordre  à  toutes  ses  affaires.  Quand  il  voulut 
prendre  le  cilice,  la  mort  délivra  son  âme  de  son  enveloppe 
terrestre,  et  aux  jeux  de  tout  le  peuple  il  monta  au  ciel  : 

E  '1  vide  il  popol  tutto  andare  in  cielo. 

«  Telle  est,  dit  Dunlop,  l'histoire  de  Giierin  Aleschino,  le 
plus  errant  (erratic)  de  tous  les  chevaliers  qui  aient  traversé 
le  monde.  Aucun  ne  déconfit  un  plus  grand  nombre  de  géants 
et  de  monstres;  aucun  ne  fut  plus  fidèle  à  sa  maîtresse  qu'il 
le  fut  à  la  princesse  de  Persépolis  ;  aucun  ne  fut  aussi  dévot, 
ainsi  qu'il  ressort  de  sa  conduite  dans  le  Purgatoire  et  la  de- 
meure de  la  Sybille,  et  de  ses  nombreux  pèlerinages  et  des 
conversions  qu'il  accomplit.  » 

III 

Il  est  difficile  d'appliquer  les  règles  de  la  critique  ordinaire 
aux  oeuvres  composites  où  l'Italie  a  essayé  d'abord  d'imiter 
l'épopée  chevaleresque  française  et  les  romans  bretons.  Su- 
jets et  personnages  sont  empruntés  à  une  tradition  étrangère. 
Les  auteurs,  et  surtout  Andréa  da  Barberino,  possèdent  une 
certaine  instruction  et  affectent  le  ton  et  l'allure  de  l'histoire. 
Le  Guerino,  plus  que  tout  autre  de  ces  romans,  est  un  mé- 
lange des  éléments  les  plus  divers.  Crescimbeni  néanmoins 
admirait  fort  lerifaciinento  de  Tulliad'Aragona,  et  va  jusqu'à 
le  comparer,  pour  le  style  et  la  composition,  à  l'Odyssée 
d'Homère.  Il  l'appellerait  un  poème  héroïque,  si  la  fable  avait 
quelque  fondement  historique.  Il  ne  se  doutait  sûrement  pas 
qu'un  jour  viendrait  où  l'on  se  demanderait  s'il  y  a  jamais  eu 
une  guerre  de  Troie,  si  Homère  a  jamais  existé.  Mazzucchelli 
constate  que  le  Guerino  est  plein  de  faits  invraisemblables, 
en  contradiction  avec  toutes  les  données  de  l'histoire,  de  la 
chronologie   et  de  la  géographie  S  et  l'on  ne  peut  dire  qu'il 

1  V.  Ferrario,  op.  1.  t.  II,  p.  286. 


I   DODICI  CANTI  465 

ait  tort.  Mais  qu'importe  à  nos  jeux?  Ce  que  l'on  peut  de- 
mander à  des  compositions  de  cet  ordre,  c'est  d'intéresser, 
de  représenter  vivement  les  passions  ou  les  besoins  d'esprit 
d'une  époque.  A  cet  égard,  le  succès  du  Mescliino  prouve  qu'il 
répondait  bien  au  goût  populaire  italien  du  XV®  et  du 
XVP  siècle. 

Le  romancier  paraît  avoir  emprunté  l'idée  de  prendre  pour 
héros  un  chevalier  d'une  geste  célèbre,  à  la  Spagna  où  Roland, 
à  la  suite  d'une  querelle  avec  Charlemagne,  part  pour  l'Orient, 
y  rencontre  des  aventures  nombreuses,  conquiert  des  royau- 
mes, convertit  et  baptise  les  princes  et  les  peuples.  Mais  le 
sujet  général  du  roman,  la  recherche  des  parents  de  Guérin 
à  travers  mille  dangers,  l'amour  fidèle  que  le  chevalier  garde 
à  la  princesse  de  Persépolis,  sont  des  conceptions  d'un  autre 
ordre  où  l'on  reconnaît  sans  peine  l'influence  des  romans 
d'aventure.  Enfin  l'auteur  puise  au  hasard  dans  le  fonds  com- 
mun du  moyen  âge  des  notions  historiques  et  géographiques. 

Qu'ont  fait  Boiardo  et  Arioste,  sinon  de  reprendre  ces  don- 
nées, avec  le  génie  poétique  en  plus  et  en  faisant  rentrer  dans 
leur  cadre  tout  le  personnel  de  la  légende  de  Charlemagne, 
tel  que  l'Italie  le  connaissait,  tel  qu'Andréa  da  Barberino 
l'avait  déjà  présenté  dans  les  Reali  et  VAspromonte?  En  ceci, 
ils  ont  péché  plus  gravement  contre  la  vraisemblance,  car, 
aux  motifs  ordinaires  de  l'épopée,  la  passion  chrétienne  et 
l'ambition  de  vaincre  les  Sarrasins,  ils  ont  substitué  comme 
motif  principal  un  élément  romanesque,  l'amour  des  chevaliers 
pour  quelque  belle  dame.  Roland,  épris  delà  belle  Angélique 
et  perdant  la  raison,  quand  il  sait  qu'elle  est  l'amante  de  Mé- 
dor,  difl"ère  trop  du  héros  de  Roncevaux,  et,  malgré  Fart  in- 
fini d'Arioste,  on  sent  chez  lui,  non  seulement  le  lecteur  des 
romans  de  Lancelot  et  de  Tristan,  ou  de  l'Enéide,  mais 
l'homme  qui  a  goûté  le  Décaméron. 

Mais  il  fallait  renouveler  une  matière  antique  qui  avait  déjà 
subi  une  altération  profonde  dans  les  imitations  populaires 
italiennes,  et  Boiardo  et  Arioste  ne  pouvaient  le  faire  qu'en 
s'inspirant  hardiment  des  goûts  de  leur  propre  temps. 

Le  succès  du  Meschino  a  été  pour  quelque  chose  sans  doute 
dans  la  manière  dont  Boiardo  a  conçu  et  traité  son  sujet.  Le 
jeune  Roger,  sa  naissance,  son  éducation  chez  les  infidèles, 


466  I   DODICl    CANTI 

ses  aventures  jusqu'au  jour  où  il  sait  qu'il  appartient  à  une 
geste  chrétienne,  tout  cela  rappelle  Guérin  à  bien  des  égards, 
et,  d'autre  part,  dérive  de  la  légende  d^Aspromonte,  telle  que 
l'a  racontée  Andréa  da  Barberino.  D'autre  part,  la  belle  Anti- 
nisea,  princesse  de  Persépolis,  engageait  à  choisir  en  Orient 
la  dame  dont  les  charmes  devaient  porter  le  trouble  et  la  dis- 
corde dans  le  camp  de  Cliarlemagne  :  on  peut  voir  en  elle  la 
sœur  aînée  d'Angélique,  princesse  du  Cathay.  La  Sibylle  et 
son  séjour  enchanté  sont  une  première  ébauche  de  Falérine, 
d'Alcine  et  de  leurs  jardins  féeriques. 

L'art  épure  ainsi  les  formes  grossières  des  époques  d'igno- 
rance, et  l'Astarté  orientale  devient,  sous  l'influence  du  goût 
hellénique,  l'Aphrodite  de  Cnide  ou  de  Milo. 

Dans  Arioste,  le  voyage  d'Astolphe  au  pays  du  Prêtre-Jean 
et  sa  rencontre  avec  Enoch  et  Élie  dans  le  Paradis  terrestre, 
dérivent  certainement  des  aventures  de  Guérin  en  Ethiopie 
et  de  sa  visite  au  |)uits  de  saint  Patrice. 

M.  Pio  Rajna,  dans  son  bel  ouvrage  sur  les  sources  du  Ro- 
land Furieux,  a  montré  ce  que  Boiardo  et  Arioste  doivent  à 
leurs  humbles  devanciers  aussi  bien  qu'aux  modèles  classi- 
ques ^  Sans  une  littérature  popubire  de  transition,  ils  n'au- 
raient jamais  songé  à  revenir  aux  héros  du  temps  de  Charle- 
raagne.  Il  fallait  que  la  matière  é[)ique  de  France  fût  adaptée 
au  goût  italien  pour  que  des  poètes  du  XV^  et  du  XVP  siè- 
cle pussent  s'y  intéresser  et  consacrer  leur  génie  à  la  faire 
revivre. 


1  M.  Rajna  ne  pouvait  oublier  le  Guerino  «  cosi  prodigiosamente  po- 
polare  in  tutta  quanta  l'Italia  »,  Le  Fonti  deir  Orlando  Furioso,  p.  462. 
Pour  le  Prétre-Jean,  et  ce  qu'Arioste  emprunte  en  cet  endroit  au  Gue- 
rino et  peut-être  à  d'autres,  v.  p.  463-464.  Si  Astolphe  trouve  le  Para- 
dis terrestre  au  pays  du  Prétre-Jean,  Guérin  y  avait  eu  accès  dans  sa 
visite  au  puits  de  saint  Patrice.  Il  y  a  simple  transposition.  M.  Rajna 
ne  me  semble  pas  avoir  remarqué  (p.  473)  que  si  Astolphe  rencontre  les 
deux  saints  vieillards  Enoch  et  Élie,  c'est  en  souvenir  du  Meschino. 
L'idée  de  se  servir  du  char  d'Elie  pour  s'élever  jusqu'à  la  lune  me  pa- 
raît appartenir  en  propre  à  l'auteur  du  Furioso.  Mais  n'y  a-t-il  pas  dans 
la  légende  d'Alexandre  que  le  conquérant  descendit  au  fond  des  mers 
dans  une  sorte  de  cloche  à  plongeur  et  s'éleva  dans  les  cieux  porté  par 
des  griffons?  V.  Boiardo,  Roland  amoureux,  L.  II,  ch.  1. 


I  UODICI    CANTI 


IV 


Le  personnage  de  Roger  a  été  imaginé  par  Boiardo  et  con- 
servé par  Arioste  pour  donner  à  la  famille  d'Esté  une  anti- 
quité légendaire.  Un  poète  du  XVP  siècle,  voulant  se  conci- 
lier par  une  flatterie  pareille  les  bonnes  grâces  des  délia  Ro- 
vere,  ducs  d'Urbin,  conçut  le  dessein  de  leur  attribuer  pour 
ancêtre  Guérin,  dont  le  nom  était  tout  aussi  populaire  en 
Italie  que  celui  d'aucun  des  compagnons  de  Charlemagne, 
grâce  au  succès  du  roman  que  nous  avons  résumé,  et  entre- 
prit de  composer,  à  l'exemple  d'Arioste,  une  suite  du  Roland 
amoureux  où  Guérin  aurait  parmi  les  paladins  un  rôle  digne 
de  sa  réputation. 

Les  délia  Rovere  ne  pouvaient  demeurer  insensibles  à  ce 
procédé  aimable,  car  leur  illustration  était  de  date  récente. 
Le  pape  Sixte  IV  était  d'origine  plébéienne,  et  entre  la  famille 
des  délia  Rovere  et  la  sienne ,  malgré  la  ressemblance  du 
nom,  il  n'y  avait,  semble-t-il,  aucune  parenté  reconnue  jus- 
qu'au jour  de  son  élévation  à  la  chaire  de  saint  Pierre  (1471- 
1484).  Des  quatre  neveux  de  ce  Pontife,  deux  reçurent  des 
principautés  :  Jérôme  Riario  eut  Imola  et  Forli,  Jean  délia 
Rovere  eut  Sinigaglia  ;  les  deux  autres,  Pierre  Riario  et  Ju- 
lien (plus  tard  Jules  II),  furent  cardinaux.  Sixte  fut  l'ennemi 
acharné  des  Colonna  et  des  Médicis,  et  on  Ta  même  accusé 
d'avoir  trempé  dans  l.i  conjuration  des  Pazzi. 

Jean  délia  Rovere  avait  épousé  la  fille  de  Frédéric  de 
Montefeltro,  duc  d'Urbin^  Guidubaldo,  fils  de  celui-ci,  mou- 


'  La  célébrité  du  nom  de  Montefeltro  remontait  à  l'habile  et  vaillant 
condottiere  du  XIIP  siècle  auquel  Dante  a  consacré  le  chant  XXVII  de 
l'Enfer.  En  1275,  à  la  tête  des  Gibelins  de  la  Romagne,  il  écrasa  l'ar- 
mée des  Guelfes  que  commandait  Malatesta  de  Verrochio.  Puis  il  fut 
successivement  capitaine  de  Forli  et  de  Pise,  assurant  toujours  la  vic- 
toire à  ceux  qu'il  servait,  se  réconcilia  plusieurs  fois  avec  l'Eglise  et 
mourut  en  1298,  deux  ans  après  être  entré  dans  l'ordre  de  Saint  Fran- 
çois. Dante  est  sévère  pour  lui,  trop  sévère  même,  probablement  parce 
qu'il  n'était  pas  demeuré  jusqu'au  bout  fidèle  à  la  cause  gibeline.  Il  lui 
reproche  d'avoir,  une  fois  devenu  cordelier,  donné  au  pape  Boniface, 
alors  en  guerre  avec  les  Colonna,  le  conseil  de  promettre  beaucoup  et 
de  tenir  très   peu.  Il   est  invraisemblable  que  Boniface   ait   eu   besoin 


46S  I  DODICI  CANTI 

rut  sans   héritier,  et  eut  pour  successeur   son   neveu   Fran- 
çois-Marie 1"  délia  Rovere,  fils  de  Jean  (1508).  Le  pape  Ju- 


d'aller  consulter  un  moine  dans  sa  cellule  pour  apprendre  à  tromper 
ses  adversaires.  La  politique  était  alors,  est  peut-être  quelquefois  de  nos 
jours^  celle  que  Machiavel  a  décrite  ainsi  :  «  Si  vede  per  esperienza  ne" 
nostritempi,  quelli  principi  aver  fatto  gran  cose,  che  dalla  fede  hanno  te- 
nuto  pococonto,  e  che  hanno  saputo  con  Tastutia  aggirare  i  cervelli  degli 
uomini,  ed  alla  fine  hanno  superato  quelli  che  si  sono  fondati  in  su  la 
lealtà.  »  Princ.  c.  18.  Par  une  de  ces  contradictions  fréquentes  chez  lui, 
Dante  associe  ailleurs  les  noms  de  Lancelot,  le  fier  chevalier  de  la  Ta- 
ble Ronde,  et  de  Guy  de  Montefeltro,  prenant  ces  personnages  pour 
exemples  de  ceux  qui,  au  déclin  de  l'âge,  ont  compris  la  nécessité  de  se 
réconcilier  avec  Dieu  :  a  nella  loro  lunga  età  a  religione  si  rendero, 
ogni  mondano  diletto  e  opéra  deponendo.  »  Conviv.  IV,  c.  58.  —  Cer- 
tainement Dante  eût  envoyé  François-Marie  délia  Rovere  rejoindre 
Montefeltro  en  Enfer,  car  les  Gibelins  du  XVI"  siècle  n'avaient  pas  lieu 
de  témoigner  en  sa  faveur.  —  Les  Montefeltro,  au  XIII^  et  au  XIV  siè- 
cle, eurent  et  perdirent  plusieurs  fois  la  seigneurie  d'Urbin.  Antonio 
de  Montefeltro  en  acquit  la  possession  durable  en  1375.  Il  eut  pour 
successeur  en  1404  son  fils  Guidantonio.  En  1442  le  pape  Eugène  IV 
conféra  le  titre  de  duc  à  Oddantonio  qui  venait  de  succéder  à  son  père 
et  qui  périt  deux  ans  après  dans  une  conspiration.  Le  peuple  acclama  un 
fils  légitimé  de  Guidantonio,  Frédéric,  qui  fut  un  homme  d'un  haut  mé- 
rite et  à  qui  les  princes  les  plus  puissants  confiaient  le  commandement 
de  leurs  troupes.  Son  fils  Guidubaldo  suivit  ses  traces,  mais  fut  dé- 
pouillé de  son  duché  en  1502  par  César  Borgia.  Il  le  recouvra  peu  de 
temps  après,  et,  n'ayant  pas  de  fils,  adopta,  sur  le  conseil  de  Jules  II, 
leur  neveu  commun,  François-Marie  délia  Rovere,  qui  lui  succéda  en 
1508.  Tiraboschi,  op.  1.  VI  par.  I,  p.  15-16.  Aux  p.  53-5611  fait  un  grand 
éloge  de  la  manière  dont  les  deux  derniers  Montefeltro,  Frédéric  et 
Guidubaldo,  encouragèrent  les  lettres,  Guidubaldo  surtout  «  à  qui  l'on 
l'on  ne  peut  refuser  l'honneur  d'avoir  été  un  des  plus  splendides  Mécè- 
nes que  la  littérature  italienne  ait  eus  en  ce  siècle.  »  —  Un  des  grands 
exploits  du  premier  Montefeltro  aurait  été  une  victoire  remportée  en 
1282  sur  une  armée  de  Français,  de  Provençaux  et  d'Italiens  que  le  pape 
Martin  IV  avait  chargés  de  prendre  Forli.  Montefeltro  était  capitaine  de 
Forli;  il  abandonna  la  ville  et  revint  surprendre  les  ennemis  qui  l'avaient 
envahie,  la  pillaient  et  s'enivraient.  Il  en  fit  un  carnage,  et  Ton  mon- 
trait plus  tard  à  Forli  l'inscription  suivante  sur  marbre  : 
Livia  Gallorum  quae  decem  millia  claudit. 
V.  Scartazzini,  Divina  Commedia,  éd.  Leipz.  Infemo,  c.  xxvii,  note 
au  V.  44.  —  Voltaire,  avec  sa  finesse  maligne,  a  vu  ce  qu'ont  d'étrange 
un  pape  faisant  la  guerre  aux  chrétiens  et  un  diable  argumentant  en 
forme  avec  un  damné  ;  mais  le  passage  de  Dante  est,  malgré  tout,  d'un 
très  grand  poète,  tandis  que  la  parodie  de  Voltaire  ne  vaut  rien.  Dict. 
p/iil.  V,  4,  t.  L,  éd.  1785. 


I  DODICI   CANTI  4  69 

les  II  (1503-1513)  ne  pouvait  être  que  favorable  en  principe 
aux  intérêts  de  son  neveu  auquel  il  donna  d'abord  sa  con- 
fiance pour  la  lui  retirer  et  finir  par  la  lui  rendre.  Mais  ce 
pape  eut  pour  successeur  un  Médicis,  Léon  X,  qui  ne  pou- 
vait oublier  ce  que  Sixte  IV  avait  fait  contre  les  siens.  Dé- 
pouillé de  ses  domaines,  François-Marie  se  retira  auprès  du 
duc  de  Mantoue,  son  beau-père,  et  ne  rentra  dans  la  posses- 
sion du  duché  d'Urbin  qu'en  1522,  après  la  mort  de  Léon  X. 
Il  vécut  jusqu'en  1538.  En  1534  il  avait  ajouté  à  ses  Etats  le 
duché  de  Camerino  pour  son  fils  Guidubaldo  ;  mais,  quand 
celui-ci  succéda  à  son  père,  il  fut  contraint  à  céder  Camerino 
à  l'Eglise  et  le  pape  Paul  III  en  investit  Octave  Farnese,  son 
neveu.  Guidubaldo,  second  duc  d'Urbin  de  la  famille  délia 
Rovere,  eut  pour  successeur  en  1574  son  fils,  François-Ma- 
rie II,  qui  mourut  en  1631,  âgé  de  quatre-vingts  ans,  sans 
laisser  d'héritier.  Dès  1629  il  avait  renoncé  à  ses  Etats  en 
faveur  du  pape  Urbain  VIII. 

Sous  les  deux  derniers  Montefeltro  et  sous  les  trois  délia 
Rovere,  les  arts  et  les  lettres  furent  en  grand  honneur  à  la 
cour  d'Urbin'. 

Le  poème  où  sont  célébrés  les  exploits  et  les  grandes  qua- 
lités des  délia  Rovere  n'a  pas  été  achevé  ;  il  s'arrête  vers  la 
fin  du  XIP  chant. 

L'auteur  partage  Thostilité  des  délia  Rovere  pour  les  Mé- 
dicis, fait  un  grand  éloge  do  Venise,  déplore  les  maux  de 
ritalie  foulée  par  les  Allemands  et  les  Espagnols.  Il  était  évi- 
demment encore  sous  l'impression  qu'avait  produite  le  sac  de 
Rome  par  les  bandes  du  connétable  de  Bourbon  *.  Son  œuvre  à 


*  «  I  tre  duchid'Urbino,  cheinquesto  secolo  ebberoil  dominio  di  quelle 
Statofinchè  esso  f u  devoluto  al  pontefice,  nel  favorire  le  lettere  seguiron 
le  gloriose  orme  de'  loro  predecessori.»  Tiraboschi,  Storia  délia  letter. 
ital.Wl^  p.  77.  Ginguené  complète  ainsi  Tiraboschi:  «  Leur  cour,  aussi 
splendide  que  celle  des  princes  les  plus  magnifiques  de  ce  temps,  mit 
aussi  une  partie  de  son  luxe  à  rassembler  et  à  honorer  les  savants.  » 
Hist.  littér.  de  l'Italie,  t.  IV,  p.  109-110. 

2  V.  Gebhardt,  De  r Italie,  essais  de  critique  et  d'Histoire,  Paris,  1876, 
p.  237  suiv.  :  Le  sac  de  Rome  en  1527.  —  L'armée  de  la  ligue  qui  aurait 
dû  arrêter  les  bandes  impériales  était  commandée  par  le  duc  d'Urbin, 
François-Marie  I«^  On  se  borna  à  maintenir  l'ordre  à  Florence  et  à  ma- 

31 


470  I  DODICI  CANTI 

cet  égard  est  intéressante,  et  en  somme  on  n'a  guère  à  regret- 
ter qu'il  ne  l'ait  pas  conduite  plus  loin,  car  quel  agrément  peut 
présentei'  aujourd'hui  un  grand  roman  chevaleresque  sur  une 
matière  qu'Arioste  n'avait  pas  épuisée,  puisqu'il  a  renoncé  à 
remplir  le  cadre  tracé  par  Boiardo,  mais  où  il  a  dépensé  le 
plus  beau  génie  poétique  de  l'Italie  de  la  Renaissance  ?  La 
noblesse  de  la  Jérusalem  pâlit  à  côté  de  cette  richesse  et  de 
cette  variété,  de  cette  imagination  merveilleuse,  de  ce  style 
tour  à  tour  éloquent  et  familier,  spirituel  et  passionné. 

Les  Dodici  Canti  ne  sont  pour  nous  qu'un  document  tout  à 
la  fois  littéraire  et  historique. 

Si  le  Roland  furieux  n'est  qu'à  demi  intelligible  quand  on 
ne  connaît  pas  le  Roland  amoureux,  les  Dodici  Canti,  comme 
d'autres  compositions  analogues,  ne  seront  pleinement  acces- 
sibles qu'à  ceux  qui  ont  lu  ces  deux  poèmes.  Mais  l'auteur  ne 
s'est  pas  imposé  de  suivre  fidèlement  le  cadre  tracé  par  Boiardo 
et  Arioste  ;  il  le  modifie  et  en  sort  quand  il  lui  plaît.  Parfois  il 
prend  la  peine  de  souligner  son  désaccord  avec  ses  devan- 
ciers là  où  il  suppose  que  le  lecteur  pourrait  le  constater  lui- 
même.  Ainsi,  au  chant  IV,  oct.  54,  il  dit  qu'Astolphe  avait 
Bayard  que  Renaud  avait  laissé  à  Paris,  bien  que  Boiardo 
prétende  le  contraire,  et  il  ajoute: 

Del  ver  mi  accosto  io  sempre  più  ai  vestigi. 

Au  chant  VII,  oct.  102,  il  imagine  un  second  Mandricard 
pour  expliquer  que  Doralice  puisse  être  veuve.  Ces  libertés 
sont  fréquentes  chez  tous  les  poètes  qui  ont  écrit  des  suites 
au  Roland  amoureux. 


Ce  poème  a  été  conservé  dans  le  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque de  l'Arsenal  n°8583.  M.  Mazzatinti,  dans  le  troisième 
volume  des  Manoscritti  italiani  délie  Riblioteche  di  Francia, 


nœuvrer  à  longue  distance  de  l'ennemi. Peut-être  le  duc  d'Urbin  n'était- 
il  pas  mécontent  de  voir  un  Médicis  dans  l'embarras.  La  conclusion  de 
M.  Gebhardt  appelle  l'attention  :  «  C'est  donc  la  Renaissance  romaine  et 
italienne  que  le  crime  de  Charles-Quint  a  frappée  au  cœur.  » 


I    DODICI  CANTI  471 

p.  135,  le  désigne  ainsi  :  Poema  m  12  canti,  adesp.  e  anepigr., 
c'est-à-dire  sans  nom  d'auteur  et  sans  titre.  Il  n'a  pas  cru  né- 
cessaire de  décrire  le  manuscrit  et  se  borne  à  citer  la  première 
octave  des  Dodici  Canti,  et  pour  les  autres  pièces  le  premier  et 
le  dernier  vers,  le  premier  seulement  quand  ce  sont  des  son- 
nets. Sur  ces  indications,  j'ai  obtenu  le  prêt  du  manuscrit  et 
j'y  ai  copié  le  poème  en  l'honneur  des  délia  Rovere  et  d'autres 
pièces  qui  seront  l'objet  de  la  seconde  partie  du  travail  que 
je  commence  aujourd'hui. 

Le  manuscrit  8583  a  une  hauteur  de  20  cent.  4  mill.  et  une 
largeur  de  14  centimètres.  Il  est  écrit  sur  papier,  et  relié  en 
parchemin.  Au  dos  on  lit: 

Rime   diverse 
....  Alamanni 
Susio 
et  sur  le  plat: 

Rime  diverse  di  Luigi  Alamanni  e  di  Gio. 
Battista  Susio  délia  Mirandola 

Au  verso  de  la  première  feuille  de  garde  l'on  a: 

Manoscritto  originale 

Di  alcune  poésie  inédite  di  Luigi 

Alamanni  et  del  Susio 

Enfin,  au  recto  de  la  seconde  feuille  de  garde  cotée  1  et  ser- 
vant de  titre,  l'on  a: 

Canti  Dodici 

Rime  diverse 

di  Luigi  Alamanni 
del  Susio  E 

Le  manuscrit  contient  279  feuillets  ;  les  feuillets  156  et  157 
sont  restés  en  blanc  et  la  pièce  suivante  commence  à  la 
stance  3.  Les  feuillets  270,  271,  277  et  279  sont  également 
en  blanc. 

Ce  manuscrit  est  un  recueil  factice  formé  de  deux  parties 
distinctes:  lapremière,  qui  contient  les  Dodici  Canti,  est  d'une 
seule  main  avec  des   corrections  et  des  lacunes  qui  me  sera- 


4  72  I    DODICI  CANTI 

blent  indiquer  un  autographe.  L'écriture,  très  menue,  surtout 
après  les  premières  pages,  est  caractérisée  par  la  lettrée  qui 
est  formée  d'un  jambage  et  d'un  trait  légèrement  relevé  par- 
tant de  la  tête  du  jambage,  ressemblant  à  1'?'  romaine  minus- 
cule. Cette  partie  me  paraît  dater  du  XVP  siècle. 

A  la  fin  de  Texorde  qui  comprend  huit  octaves,  au  bas  du 
verso  du  feuillet  2,  on  voit  une  sorte  de  signature  ou  de  paraphe 
où  j'inclinerais  à  lire  LA,  c'est-à-dire  les  initiales  de  Luigi 
Alamanni.  Cette  abréviation  est  répétée  à  la  fin  des  Dodici 
Canti,  qui  s'arrêtent  à  la  neuvième  ligne  du  feuillet  142,  verso, 
par  le  premier  vers  de  l'octave  108.  Ici  elle  me  paraît  bien  indi- 
quer que  l'auteur  avait  pour  le  moment  renoncé  à  continuer 
son  œuvre. 

La  seconde  partie  du  recueil  est  formée  elle-même  de  deux 
parties,  la  seconde  étant  un  cahier  de  format  plus  petit,  con- 
tenant un  Capitolo  du  genre  pieux.  La  première,  comprenant 
des  poésies  d' Alamanni,  du  Pallavicini,  d'Arioste,  de  Susio 
délia  Mirandola,  etc.,  diffère  absolument  du  manuscrit  des 
Dodici  Canti  par  le  papier  et  par  l'écriture. 


VI 

Dans  l'exorde  du  chant  I,  l'auteur,  après  avoir  invoqué  la 
dame  de  ses  pensées,  se  place  sous  la  protection  du  grand 
duc  d'Urbin  qu'il  félicite  d'avoir  montré  sa  force  et  sa  valeur 
contre 

. .  .el  Mediceo  duca  Lorenzino. 

Ce  jeune  Laurent  est  certainement  le  neveu  de  Léon  X,  fils 
de  Pierre,  frère  aîné  du  pape.  Son  oncle  enleva  aux  délia 
Rovere  le  duché  d'Urbin  pour  le  lui  conférer.  Il  a  laissé  une 
assez  triste  réputation,  et  l'on  ne  peut  s'empêcher  de  regretter 
que  le  génie  de  Michel-Ange  ait  si  magnifiquement  honoré  la 
mémoire  de  ce  personnage.  Les  Dodici  Canti  sont  donc  dédiés 
à  François-Marie  P""  délia  Rovere  qui  recouvra  son  duché 
après  la  mort  de  Léon  X,  comme  nous  l'avons  vu  plus  haut. 

Un  peu  plus  loin  notre  poète  déclare  que,  s'il  est  arrivé  à  la 
quarantième  année  sans  rien  écrire  en  l'honneur  de  son  Mé- 
cène, c'est  qu'il  a  été  accablé  par  les  maux  de  la  pauvreté. 


I  DODICI    CANTl  4  73 

Si  l'on  jette  un  coup  d'oeil  sur  la  biographie  d'Alamanni, 
on  voit  qu'il  fut  un  adversaire  des  Médicis,  qu'à  la  mort  de 
Léon  X  il  avait  pris  part  à  la  révolte  des  Florentins  contre 
l'autorité  de  cette  famille  et  qu'il  dut  fuir  à  Urbin,  puis  à 
Venise.  Après  diverses  vicissitudes,  il  se  retiraen  France  où  il 
jouit  de  la  faveur  de  François  P"^  et  de  Henri  II,  mais  il  revint 
en  Italie  entre  1537  et  1540,  quand  il  avait  un  peu  plus  de 
quarante  ans  et  quand  François-Marie  P"^  vivait  encore*.  11 
n'y  aurait  donc  rien  d'impossible  à  ce  que,  désireux  de  revenir 
s'établir  dans  son  pays  natal,  il  eût  songé  à  se  placer  sous  le 
patronage  des  ducs  d'Urbin.  Cette  supposition  s'accorde- 
rait avec  les  éloges  excessifs,  il  est  vrai,  mais  conformes  aux 
habitudes  d'Alamanni,  que  l'auteur  des  Dodici  Canti  fait  de 
lafamille  délia  Rovere  en  plusieurs  endroits,  avec  le  soin  qu'il 
met  à  rappeler  que  Léon  l'avait  payée  d'ingratitude  pour  les 
services  qu'elle  lui  avait  rendus -,  et  le  panégyrique  enthou- 
siaste  de   Venise    que   nous   lisons  au  V®  chant. 

•  «  Tra  '1 1537  e  '1  1540  fu  in  Italia,  or  in  Roma  ora  in  Napoli,  ora  in 
altre  città,  e  stette  per  qualche  tempo  al  servigio  del  card.  Ippolito  di  Este 
giovine,  senza  perô  lasciare  quello  del  re  Francesco,  con  cui  era  unitissimo 
quel  cardinale.  »  Tiraboschi,  Storia  délia  lett.  ital.,  vu,  par.  3,  p.  1212. 
—  La  Coltivazione  fut  publiée  à  Paris  en  1546,  le  Girone  il  Cortège  parut 
en  1548.  Alamanni  était  revenu  en  France  en  1540.  Il  y  mourut  en  1556 
à  Amboise,  après  avoir  jusqu'à  la  fin  joui  de  la  confiance  des  rois  de 
France  et  profité  de  leurs  libéralités.  Il  laissa  ÏAtarchide,  épopée  régu- 
lière sur  un  sujet  romanesque,  un  siège  de  Bourges  (Avaricum)  que  le 
vandale  Clodasso,  fils  de  Stilichon,  a  enlevé  au  roi  Ban,  père  de  Lancelot, 
et  qu'Artus,  ayant  pour  alliés  les  fils  de  Clovis,  veut  reconquérir.  Au 
lieu  delà  colère  d'Achille,  Ton  a  la  colère  de  Lancelot;  Galéhault,  le 
roi  des  Iles  Lointaines,  remplit  le  rôle  de  Patrocle  ;  Agamemnon,  Hector, 
Nestor,  Thétis  sont  suppléés  par  Artus,  Séguran  d'Irlande,  le  roi  Lac, 
la  fée  Viviane,  etc.  Ce  poème  parut  en  1570  et  ne  rencontra  qu'une  indif- 
férence très  méritée.  "V.  Gaspary,  Op.  1.  ii,  p.  541. 

2  Gh.  IV,  oct.  128.  —  Laurent  le  Magnifique  avait  obtenu  d'Innocent 
VIII  le  cardinalat  pour  son  fils  Jean,  âgé  de  moins  de  treize  ans.  Enve- 
loppé dans  la  proscription  des  Médicis,  le  jeune  cardinal  dut  quitter 
l'Italie  et  voyager  en  Europe.  Il  revint  à  Rome  vers  la  fin  du  pontificat 
d'Alexandre  VI.  Il  dut  la  faveur  de  Jules  II  à  l'amitié  de  Galeotto  délia 
Rovere,  neveu  du  pape,  cardinal  et  vice-chancelier  de  l'Eglise.  Jean 
pleura  la  mort  prématurée  de  Galeotto,  mais  une  fois  pape  il  oublia 
tout,  et  Léon  X  devint  «  l'injuste  persécuteur  du  duc  d'Urbin,  et  les 
armes  à  la  main,  les  foudres  de  l'Église  à  la  bouche,  l'implacable  usur- 
pateur de  ses  états.  »  Ginguené,  Hist.  lift.  d'Italie,  iv,  p.  7. 


4  74  1  DODICl    GANTI 

Je  note  ces  mots  de  Texorde  (c.  I,  oct.  6): 

Dalla  tua  quercia  corro  alla  dolce  ombra 
Quai  stanco  pellegrin  per  mio  riposo. 

Le  désir  de  trouver  le  repos  et  la  sécurité  soir<  le  chêne 
puissant  des  délia  Rovere  serait  bien  naturel  chez  un  Italien 
exilé  de  sa  patrie  et  qui  ne  paraît  point  s'en  être  consolé. 

A  la  fin  du  chant  XII,  la  fée  Sylvana  montre  à  Astolphe 
des  peintures  où  sont  représentées  non  seulement  des  per- 
sonnages de  la  famille  délia  Rovere,  Sixte  ÏV,  Jules  II,  mais 
aussi  le  pape  Paul  lll  et  les  princes  Farnese,  ses  petits-fils  ; 
il  y  est  même  fait  allusion  au  duché  de  Camerino,  que  Paul  III 
reprit  pour  le  donner  à  Ottavio  Farnese.  11  eût  été  plus  na- 
turel et  plus  habile  d'amener  Guérin  plutôt  qu' Astolphe  dans 
le  palais  de  la  fée,  puisqu'il  est  dans  le  poème  l'ancêtre,  le 
capostipite,  de  la  maison  délia  Rovere  ;  mais  l'auteur,  à  bout 
d'inventions  ou  peut-être  hâté  d'introduire  cet  épisode  lau- 
datif  dans  une  œuvre  que  son  intérêt  l'engageait  à  ofîrir  sans 
retard,  sans  attendre  quelque  nouvelle  difficulté  entre  les 
Farnese  et  les  délia  Rovere,  s'est  mis  en  mesure  de  plaire  à 
ses  divers  protecteurs  et  ne  s'est  pas  trop  inquiété  de  Guérin 
qu'il  avait  laissé,  au  chant  XI,  aux  prises  avec  Renaud 
(oct.  68).  Et,  s'il  s'en  est  tenu  là,  c'est  très  probablement 
parce  qu'il  a  renoncé  à  devenir  le  protégé  des  délia  Rovere  et 
des  Farnese. 

L'on  a  une  indication  vague  sur  la  personne  du  poète  lui- 
même  dansl'exorde  du  chant  I,  oct.  5  : 

Cuopii  quest'  opra  mia  sott'  il  tuo  manto 
Ch'  io  non  divenghi  per  sempre  meschino 
Com'  i  '  divenni  un'  altra  volta  ancora, 
Per  dir  la  fama  tua  che  '1  mondo  honora. 

Êtait-il  Florentin?  au  chant  IV,  oct.  127,  on  rencontre: 

Vedi  i  Rutili,  i  Volschi,  i  Latini, 
Li  Mars],  li  Picenti,  il  mio paese 
Ch'  al  vincitor  fu  termini  et  confini 
Che  ritornô  da  bellicose  imprese. 

De  quel  vainqueur  s'agit-il  et  de  quelle  entreprise  guer- 
rière ?  l'on  est  porté  à  songer  à  quelque  expédition  de  Fran- 


I  DODICI  CANTI  475 

çois-Marie.  Que  valent  exactement  les  termes  fini  eiconfini? 
A  un  moment  donné  toute  ville  importante,  au  milieu  des  lut- 
tes qui  déchiraient  l'Italie,  a  été  la  limite  d'une  conquête.  Il 
est  possible  que  l'auteur  ait  évité  de  prononcer  le  nom  de  Flo- 
rence pour  ménageries  rancunes  des  délia  Rovere. 

La  mention  de  manuscrit  original,  donnée  au  titre  du  recueil, 
pouvant  s'appliquer  à  la  première  partie,  m'amenait  à  exami- 
ner si  nous  ne  posséderions  pas  un  texte  autographe  de  Luigi 
Alamanni. 

J'ai  voulu  le  comparer  au  Giron  le  Courtois  que  j'ai  relu  en 
cherchant  s'il  y  avait  matière  à  quelque  rapprochement;  mais, 
dans  cette  imitation  d'un  des  romans  du  cycle  d'Artus,  lepoète 
italien,  gêné  par  son  original,  n'a  plus  les  qualités  d'aisance 
et  de  charme  que  l'on  admire  dans  ses  autres  œuvres.  La 
marque  personnelle  y  fait  complètement  défaut.  Le  bon  Giron 
peut  être  le  type  du  parfait  chevalier  errant,  le  plus  courtois 
des  paladins  ;  il  lasse  l'attention  plus  que  la  Léandréide  ou 
l'interminable  Mambriano. 

Dans  les  Sonnets  d'Alaraanni,  il  en  est  un  qui  exprime  des 
sentiments  très  semblables  à  ceux  que  nous  rencontrons  sou- 
vent dans  les  Dodici  Ca?7^?' (Venise.  1552,  p.  292)  : 

Chiari  signor  che  dell'  Italia  bella 

(Corne  piacque  a  chi  '1  puô)  reggete  '1  freno  , 

Non  vi  accorgete  ch'  al  natio  terreno 

Si  proccura  da  voi  larga  procella  ? 

Voi  posto  havete  in  la  suprema  sella 
Tal  che  macchiato  di  crudel  veleno 
Crudo  per  voi  coltels'asconde  in  seno 
Sotto  chara,  et  gentil,  dolce  favella; 

Et  quegli  àurati  fier  che  vaghi  fero 
1  vostri  alrai  giardin  fiorir  mai  sempre 
Svegliendo,  in  vece  loi*  nutriste  spine. 

Ma  siavi  a  mente  pur  che  Giove  al  fine 
Non  sosterrà  ch'in  si  dannose  tempre 
Sia  d'ingiusti  rcttor  si  giusto  impero. 

De  même  la  rancune  contre  l'Espagnol  et  l'Allemand  est 
vivement  rendue  dans  ces  deux  quatrains  (p.  289)  où  il  vante 
la  sécurité  du  paysan  français  : 


476  I   DODICI  CANTI 

Quand'  io  veggio  il  villan  con  larga  speme 
Che  con  l'aratro  in  mari  pungendo  i  buoi, 
Riga  i  suoi  campi,  per  versarvi  poi 
Quand'  è  il  tempo  miglior  l'amato  semé, 

Sospiro  et  dico  (ohimè)  :  costui  non  teme 
Ne  l'Hispan  ne  '1  German  ch'  à  i  danni  suoi 
Venghin  rabbiosi,  com'  han  fatto  a  noi, 
Doglioso  esempio  di  miserie  estreme. 

Il  serait  aisé  de  relever,  dans  Alamanni,  d'autres  passages 
où  l'exilé  exhale  ses  colères  contre  ceux  qui  gouvernent 
Florence,  pleure  sur  la  liberté  morte  et  donne  des  conseils 
à  son  pays  natal. 

Je  ne  me  crois  pas  autorisé  à  tirer  une  conclusion  des  indi- 
cations que  j'ai  rapidement  réunies;  mais  je  ne  pouvais  éviter, 
engagé  que  j'étais  à  le  faire  par  le  titre  même  du  manuscrit, 
de  les  soumettre  au  lecteur.  D'autres  plus  compétents,  si 
l'objet  leur  paraît  mériter  quelque  intérêt,  décideront  avec 
sûreté  s'il  n'y  eut  entre  Alamanni  et  l'auteur  des  Dodici  Canti 
qu'une  communauté  de  sentiments,  une  haine  égale  pour  le 
nom  des  Médieis. 

De  toute  manière,  les  Dodici  Canti  sont  le  premier  jet  d'un 
versificateur  qui  s'est  arrêté  peut-être  au  moment  où  la  mort 
de  François-Marie  P""  délia  Rovere  rendait  son  travail  moins 
utile,  moins  lucratif,  pour  dire  le  mot.  Le  style  est  facile, 
élégant  même  parfois,  autant  que  j'en  peux  juger.  Le  ton 
s'élève  jusqu'à  l'éloquence  aux  endroits  où  il  est  question  des 
malheurs  de  l'Italie  divisée,  trahie,  opprimée.  A  cet  égard, 
la  fin  du  quatrième  chant  ne  laissera  insensible  aucun  de  ceux 
qui  pardonnent  volontiers  aux  délia  Rovere  et  aux  Médieis 
pour  avoir  protégé  Michel-Ange  et  Raphaël. 

La  Renaissance  italienne  n'est  pas  une  école  de  haute  mo- 
ralité, nul  n'y  contredit,  mais  c'est  l'épanouissement  le  plus 
riche  des  dons  les  plus  merveilleux  du  génie  artistique,  litté- 
raire et  scientifique,  si  bien  qu'une  fois  les  guerres  de  reli- 
gion terminées,  l'Europe  n'a  fait  que  s'appliquer  à  en  repren- 
dre la  tradition  un  moment  obscurcie.  Mais  l'on  ne  retrouvera 
plus  cette  fleur  de  la  première  éclosion  du  génie  moderne  : 
qui   en  a  goûté  le   charme    demeure  désarmé  en  face   des 


I    DODICI  CANTI  47  7 

fautes,  des  vices,  des  crimes  de  ces  grands  hommes  qui  em- 
ployaient les  trésors  de  leurs  Etats  ou  même  de  l'Eglise  à 
renouveler  les  siècles  de  Périclès  et  d'Auguste. 

Taine,  dans  son  Histoire  de  la  littérature  anglaise,  est  très 
dur  pour  ce  qu'il  appelle  la  Renaissance  païenne  :  il  s'associe 
à  Luther  pour  dresser  un  réquisitoire  en  forme  contre  les 
civilisations  du  Midi.  Il  prend  au  pied  de  la  lettre  toutes  les 
déclamations  du  réformateur  allemand  et  conclut  en  disant  : 
«  On  ne  fonde  pas  une  société  sur  le  culte  du  plaisir  et  de  la 
force  ;  on  ne  fonde  une  société  que  sur  le  respect  de  la  liberté 
et  de  la  justice'.  »  Et  il  déclare  que  la  Réforme  est,  elle 
aussi,  une  renaissance,  mais  appropriée  au  génie  des  peuples 
germains.  Ces  peuples  sont  sans  doute  plus  grossiers  et  plus 
lourds,  plus  adonnés  à  la  gloutonnerie  et  à  l'ivrognerie,  mais 
ils  sont  en  même  temps  plus  remués  par  la  conscience,  plus 
fermes  à  garder  leur  foi,  plus  disposés  à  l'abnégation  et  au 
sacrifice.  Le  grand  écrivain  ne  voit  pas  que  la  Germanie  était 
encore  en  plein  moyen  âge  quand  l'Italie,  depuis  deux  siècles, 
marchait  à  grands  pas  sur  la  route  royale  de  la  civilisation 
moderne,  Lutlierest  un  contemporain  de  Dante,  non  d'Arioste. 
Quant  à  comparer  la  valeur  morale  des  peuples  de  l'Europe, 
élever  les  uns,  avilir  les  autres,  en  s'appuyant  sur  des  sta- 
tistiques complaisantes,  c'est  sortir  du  domaine  de  la  critique 
littéraire,  et  méconnaître  les  lois  de  l'histoire.  Au  jugement 
partial  et  très  léger,  malgré  sa  gravité  affectée,  de  Taine, 
j'opposerai  l'opinion  d'un  esprit  sage,  d'un  historien  sérieu- 
sement et  loyalement  documenté,  de  Burckhardt  : 

((  Si  l'on  nous  permet  de  résumer  les  principaux  traits  du 
caractère  italien  tel  que  la  vie  des  classes  élev^ées  nous  le 
fait  connaître,  nous  arrivons  au  résultat  suivant.  Le  défaut 
capital  de  ce  caractère  est  en  même  temps  ce  qui  en  fait  la 
grandeur  :  nous  voulons  parler  du  développement  de  l'indi- 
vidualisme.... Or,  si  l'égoïsme,  dans  le  sens  le  plus  large 
comme  dans  le  sens  le  plus  étroit  du  mot,  était  la  racine  de 
tout  mal,  l'Italien  cultivé  de  la  Renaissance  aurait  été  par  là 
même  plus  près  du  mal  que  d'autres  peuples. 

1  Livre  II,  ch.  V,  1  :  Les  vices  de   la  Renaissance  païenne.  —  Déca- 
dence des  civilisations  du  Midi. 


4  78  I   DODICI  CANTI 

»  Mais  chez  lui  ce  développement  individuel  a  été  fatal  et 
non  volontaire  ;  c'est  surtout  grâce  à  la  culture  italienne 
qu'il  s'est  étendu  aux  autres  peuples  de  l'Occident  et  qu'il 
est  devenu  depuis  le  milieu  supérieur  dans  lequel  ils  vivent. 
Il  n'est  ni  bon  ni  mauvais  par  lui-même,  mais  il  est  néces- 
saire ;  il  est  la  condition  du  bien  et  du  mal  moderne  qui  ont 
pour  nous  une  toute  autre  valeur  que  pour  le  moyen  âge. 

»  C'est  l'Italien  qui  a  eu  le  premier  à  soutenir  le  choc 
puissant  de  cette  révolution  dans  l'histoire  du  monde.  Avec 
ses  qualités  et  ses  passions,  il  est  devenu  le  représentant  le 
plus  remarquable  des  grandeurs  et  des  petitesses  de  cet  âge 
nouveau  :  à  côté  d'une  dépravation  profonde  se  développent 
la  plus  noble  harmonie  des  éléments  personnels  et  un  art 
sublime  qui  ennoblit  la  vie  individuelle,  comme  l'antiquité  ni 
le  moyen  âge  n'avaient  pu  ou  voulu  le  faire  K  » 

Taine  aurait  dit  tout  cela  avec  plus  d'éclat  et  de  relief, 
mais  l'aurait-il  dit,  lui  qui  dans  son  Voyage  en  Italie  est  sonvent 
si  préoccupé  d'idées  préconçues?  Et  cependant  j'y  rencontre 
cet  aveu  :  a  La  façon  dont  les  Grecs  et  les  Italiens  de  la 
Renaissance  prenaient  la  vie  était  à  la  fois  meilleure  et  pire  : 
elle  produisait  une  civilisation  moins  durable,  mais  commode, 
moins  humaine,  mais  plus  d'âmes  complètes,  plus  d'hommes 
de  génie  -.  »  Il  conclut  ainsi  un  développement,  où  il  établit 
que  la  spécialisation  moderne  aboutit  à  l'abaissement  de 
l'art,  de  la  religion,  de  la  poésie.  Mais  si  nous  sommes  me- 
nacés de  passer  sous  le  niveau  de  cette  médiocrité  odieuse, 
ne  pourrions-nous  pas  être  indulgents  pour  les  races  nobles 
qui  n'ont  point  connu,  pour  citer  Taine  parlant  de  la  déca- 
dence de  Venise,  «  les  deux  seuls  vices  impardonnables,  l'ai- 
greur et  la  vulgarité  ^  ?  » 

Pour  en  revenir  aux  Dodici  Canti,  ils  portent  la  marque 
d'une  rédaction  rapide,  les  négligences  sont  nombreuses,  on 
y  relèvera  des  formes  archaïques.  J'ai  reproduit  le  texte  fidè- 
lement, sans  toucher  à  l'orthographe  proprement  dite.  Si  Tau- 


1  Burckhardt,  La  civilisation  e7i  Italie  au  temps  de  la  Renaissance,  t.  ii, 
p.  218-219  de  la  trad.  française. 

2  Voyage  en  Italie,  t.  ii,  p.  247. 

3  Vnijage  en  Italie,  t.  ii,  p.  302-303. 


I  DODICI  CANTI  479 

teur  l'avait  revu  et  préparé  pour  l'impression,  il  lui  aurait 
sans  doute  donné  un  autre  aspect.  On  rencontrera  des  oc- 
taves et  même  des  vers  incomplets. 

Les  Cinque  Canti  d'Arioste,  qu'il  avait  laissés  à  l'état 
d'ébauche,  présentent  également  des  lacunes,  des  négligen- 
ces, des  fautes  de  versification  et  même  de  langue  ',  et  cepen- 
dant Arioste,  pour  le  reste  de  sou  œuvre,  est  le  plus  correct 
des  écrivains. 

La  composition  des  Dodici  Canti  est  assez  enchevêtrée,  et 
l'auteur  abuse  du  droit  d'abandonner  successivement,  pour 
les  retrouver  ensuite,  ses  chevaliers  errants  sur  les  divers 
chemins  où  il  les  a  engagés.  Pour  faciliter  la  lecture  de  ce 
poème,  j'en  présente  d'abord  un  résumé  qui  permettra  d'en 
saisir  l'ensemble.  J'ai  dû  renoncer  à  l'accompagner  d'un  com- 
mentaire suivi.  Çà  et  là  j'ai  suppléé  des  lettres  omises  ou 
illisibles  en  les  plaçant  entre  crochets.  A  la  fin,  l'on  trouvera 
quelques  notes  réclamées  par  l'état  du  texte  ou  complétant 
cette  introduction. 


VII 


CHANT   I 

L'auteur  annonce  qu'il  contera  une  histoire  que  Turpin  a 
cru  devoir  taire  dans  l'intérêt  de  la  gloire  de  Roland,  invo- 
que sa  dame  et  dédie  son  œuvre  au  duc  d'Urbin. 

Il  rappelle  comment  Roland  et  Angélique  ayant  bu  aux 
sources  de  Merlin  dans  la  forêt  d'Ardenne,  le  comte  s'éprit 
d'un  plus  grand  amour  pour  Angélique,  tandis  que  celle-ci 
n'eut  désormais  pour  lui  que  la  plus  violente  aversion. 

Il  dira  l'origine  de  la  famille  du  duc  d'Urbin  et  ce  que  fut 
Guérin,  auteur  de  sa  race. 

Roland  a  surpris  Angélique  endormie  dans  la  forêt  d'Ar- 
denne; il  la  contemple  et  l'admire.  Bride-d'Or  hennit.  Angéli- 
que s'éveille  à  ce  bruit,  prend  la  fuite,  et,  quand  Roland  veut 
s'approcher  d'elle,  elle  se  rend  invisible  en  mettant  dans  sa 

»  Ginguenc,  Hist.  litté>\  de  ritalie,  t.  iv,  ch.  V,  p.  510. 


480  1   DODICl  GANTI 

bouche  son  anneau  magique,  puis  se  tient  cachée  sous  un 
laurier. 

Après  s'être  désespéré,  le  comte  se  décide  à  se  diriger  vers 
le  Cathay  dans  la  pensée  de  retrouver  celle  qu'il  aime.  Il  re- 
monte en  selle  et  part. 

Survient  un  chevalier.  Il  boit  à  l'autre  source  et  perd  aussitôt 
son  amour  pour  Angélique.  C'était  Renaud  de  Montauban 
qui  avait  rencontré  Ferragus,  avait  dû  le  combattre  et  ainsi 
avait  été  retardé  dans  sa  poursuite  d'Angélique.  Quand 
celle-ci,  au  matin,  veut  partir,  elle  boit,  mais  à  la  source  de 
l'amour,  où  précisément  Roland  avait  bu.  Dès  lors  elle  est 
éprise  de  Renaud,  tandis  que  celui-ci,  qui  était  parti  de  Paris 
malade,  est  guéri  de  sa  passion. 

Angélique  admire  Renaud  endormi,  et,  bien  qu'en  con- 
sidérant qu'il  a  Rabican  pour  cheval  et  qu'il  a  peut-être  tué 
son  frère  l'Argail,  elle  ait  un  moment  la  pensée  de  le  tuer, 
elle  le  veut  pour  son  seigneur,  lui  pardonne  la  mort  de  son 
frère,  veut  obtenir  à  tout  prix  son  amour,  et  finit  par  l'appe- 
ler par  son  nom.  Il  s'éveille,  la  voit,  et,  sans  lui  répondre, 
remonte  sur  Rabican  et  fuit.  Elle  s'asseoit  sur  l'herbe,  s'arra- 
che les  cheveux,  pleure  et  pousse  des  cris  de  désespoir.  Elle 
est  sur  le  point  de  se  donner  la  mort. 

Cependant  Roland  va  son  chemin.  Un  géant  lui  demande 
de  se  résigner  à  le  servir  un  an  ou  à  le  combattre.  Duel  où  le 
comte  montre  sa  vaillance  ordinaire.  Mais  Roland  met  le  pied 
dans  le  sang  du  géant,  s'y  trouve  comme  englué,  est  saisi, 
enchaîné  et  enfermé  dans  une  tour  *. 

1  Dans  Arioste,  Caligorante  s'emparait  de  ses  victimes  â  l'aide  du  filet 
magique  où  'Vulcain  avait  saisi  jadis  Mars  et  Vénus.  Astolphe  n'a  qu'à 
sonner  du  cor  enchanté  que  Logistille  lui  a  donné,  pour  que  le  géant 
soit  à  sa  merci  :  il  l'enchaine  et  l'emmène  avec  lui.  11  arrive  ainsi  sur 
les  bords  du  Nil  où  Boiardo  avait  laissé  Grifon  et  Aquilant  aux  prises 
avec  Orrile,  le  monstre  qui  se  reconstituait  après  chaque  blessure.  Astol- 
phe trouve  le  moyen  de  tuer  Orrile  et  donne  plus  tard  Caligorante  à 
Sansonnet  qui  gouvernait  Jérusalem  pour  le  compte  de  Gharlemagne 
(Roland  furieux^  XV,  42-97).  De  Caligorante,  notre  auteur  a  fait  son 
Gorante,  frère  d'Orrile,  leur  a  donné  pour  mère  Alfégra,  personnage 
de  son  invention,  a  imaginé  le  piège  du  sang  au  lieu  du  filet  de  chaînes, 
et  a  attribué  à  Gorante  le  don  magique  d'Orrile.  (V .  ch.  II,  et  surtout 
ch.  lY.  Cf.  Morrjante,  XXIV,  l'histoire  des  géants  impaniati,  englués 
par  Maugis. 


I  DODICI  CANTI  481 

Ferragus,  qui  survient,  est  pris  également  dans  le  sang  du 
géant,  et  Renaud,  en  voulant  le  dégager  du  piège,  y  glisse 
à  son  tour,  si  bien  que  tous  trois  sont  prisonniers. 

Angélique  repassait  dans  son  esprit  les  événements  pro- 
voqués par  sa  beauté.  Elle  partait,  quand  elle  entend  un  che- 
valier prononcer  son  nom.  C'est  Sacripant,  roi  de  Circassie, 
qui  est  amoureux  d'elle  comme  les  autres.  Quand  il  la  voit, 
il  s'élance  et  lui  barre  le  passage,  car  il  connaît  le  secret  de 
l'anneau.  Mais  Angélique  lui  promet  de  l'aimer  s'il  consent  à 
se  faire  son  champion  contre  le  meurtrier  de  son  frère.  Il 
promet  ce  qu'elle  veut,  aveuglé  qu'il  est  par  sa  passion. 

CHANT  II 

Angélique  continue  à  tromper  le  roi  de  Circassie  sur  ses 
intentions  vraies.  Ils  se  dirigent  vers  le  Levant,  et  pour 
abréger  l'ennui  du  chemin  elle  lui  conte  une  nouvelle.  Quand 
elle  était  en  Espagne  avec  Fleur-d'Épine,  une  vieille  femme 
porta  plainte  contre  un  jeune  homme  dont  elle  était  follement 
amoureuse  et  qui  ne  lui  témoignait  que  du  mépris:  le  con- 
traste entre  sa  laideur  et  la  sincérité  de  sa  passion  faisait 
tout  à  la  fois  rire  et  pleurer. 

Les  deux  voyageurs  rencontrent  Gorante,  le  monstre  qui  a 
déjà  vaincu  Roland,  Ferragus  et  Renaud.  C'est  le  frère 
d'Orile,  et  Astolphe  l'avait  déjà  chassé  du  domaine  de  la  fée 
Sjlvana.  Il  provoque  Sacripant.  Pendant  le  combat  survient 
un  nain  qui  apprend  à  Angélique  que  le  Catay  est  menacé 
par  Agrican  qui  la  veut  pour  épouse. 

Angélique  regrette  d'avoir  rejeté  le  dévouement  de  Roland 
qui  seul  était  capable  de  la  défendre  contre  Agrican.  Elle 
maudit  sa  beauté  qui  cause  le  malheur  des  vaillants  chevaliers 
qui  l'aiment.  Cependant  l'influence  de  l'anneau  magique  agit 
sur  le  géant  qui  tombe  ;  Sacripant  lui  tranche  la  tête,  et,  le 
charme  étant  rompu,  les  prisonniers  sortent  de  la  tour.  Le 
nain  suspend  la  tête  de  Gorante  à  l'arçon  de  sa  selle  et  part 
avec  Angélique  et  Sacripant.  Mais  le  corps  du  géant  les  re- 
joint, reprend  sa  tête  et  engage  un  nouveau  combat  avec  Sa- 
cripant, tandis  qu'Angélique  s'enfuit.  Le  nain  rencontre  Re- 
naud auquel   il  conte   ce  qui  s'est  passé  et   qui  continue    à 


4  82  I  DODICI   CANTI 

chercher  son  cheval.  Mais  il  est  arrêté  par  la  Chimère  et  doit 
engager  une  lutte  terrible. 

Roland  se  dirigeant  vers  Albraque,  passe  les  Pyrénées  et 
arrive  en  Andalousie.  Le  roi  Marsile,  qui  redoutait  non  sans 
raison  les  projets  de  Gradasse,  offre  à  Roland  de  le  prendre  à 
son  service.  Roland  refuse.  Un  chevalier  de  Marsile,  Berza- 
vaglia,  le  défie.  Après  s'être  débarrassé  de  Berzavagliaet  des 
siens,  Roland  passe  le  détroit  de  Calpé  et  d'Abila.  Il  suivait 
le  rivage  quand  il  aperçoit  nombre  de  gens  armés  et  des  na- 
vires qui  étaient  sur  le  point  d'aborder.  De  l'un  d'eux  se  détache 
une  barque,  et  une  dame  tout  en  pleurs  lui  demande  d'y 
monter,  car  elle  a  besoin  de  son  secours  et  veut  s'entretenir 
avec  lui.  Le  chevalier  descend  de  Bride-d'Or  et  la  suit. 

CHANT  III 

La  dame  apprend  à  Roland  qu'elle  est  Fontedoro,  nièce  du 
grand  Sénape,  que  son  époux  a  été  tué  parSarmagon  qui  vou- 
lait l'avoir  pour  femme,  qu'elle  a  puni  d'une  manière  terrible 
le  meurtrier  de  son  mari,  et  que  Seffronio,  frère  deSarmagon, 
assiège  Albana,  capitale  de  son  royaume.  Roland  partage  sa 
douleur  et  lui  jure  de  la  défendre. 

Marsile  charge  Serpentin  de  l'Etoile  de  lui  ramener  Roland 
qu'il  veut  avoir  à  son  service.  Mais,  au  lieu  du  chevalier,  il 
rencontre  Bradamante.  Après  un  combat  où  la  sœur  de  Re- 
naud a  l'avantage,  on  s'arrête  dans  une  hôtellerie  où  Brada- 
mante  est  l'objet  des  obsessions  de  la  fille  de  la  maîtresse  du 
lieu  et  doit  lui  raconter  comment  déjà  elle  a  été  obligée  de 
détromper  Fleur-d'Epine  qui  elle  aussi  la  prenait  pour  un 
homme.  Bradamante  repart  à  la  recherche  de  Roger.  Serpen- 
tin, après  avoir  appris  que  Roland  a  passé  le  détroit,  revient 
auprès  de  Marsile. 

CHANT  IV 

Exorde  en  quatre  octaves  où  il  est  parlé  d'Hégésias,  de 
Solon,  de  Cicéron,  de  Périclès.  L'auteur  célèbre  le  pouvoir 
de  l'éloquence  et  des  Muses. 

Roland  s'éprend  de  la  fausse  Fontedoro.  C'est  une  sorcière 
ennemie  d'Angélique  et  qui  veut  la  ruine  de  son  empire.  Elle 


I  DODICI  CANTI  48  3 

a  eu  de  son  union  avec  un  satjre  deux  fils,  Orile  et  Gorante. 
Alfégra,  tel  est  sou  vrai  nom,  les  fit  élever  dans  une  tour  près 
du  Nil.  Infidèle  à  Brione,  leur  père,  elle  aime  Médor  qu'elle  a 
emporté  aux  îles  Perdues  où  elle  le  retient  au  milieu  d'en- 
chantements. De  là  la  haine  d'Alfégra  pour  son  époux  qu'elle 
fait  tuer  par  ses  fils.  Mais,  après  ce  crime,  les  parricides  ne 
peuvent  s'entendre,  et  Gorante  se  dirige  vers  le  Tanaïs  et 
pénètre  dans  le  domaine  de  la  bienfaisante  fée  Sylvana.  Chez 
elle  était  venu  Astolphe  en  quête  de  Roland.  Sjlvana  était  fille 
de  la  Sibylle  et  portait  le  nom  de  SofFrosine  avant  d'avoir  quitté 
l'île  d'Erjthrée  pour  l'Egypte.  Elle  trouve  près  du  Tanaïs  un 
palais  magnifique:  description  de  ce  palais.  Elle  boit  à  une 
source  et  s'endort.  Des  jeunes  filles  la  prennent  et  la  trans- 
portent dans  le  palais.  Description  d'un  chêne  qu'embrassent 
deux  bergers,  grands  l'un  par  le  savoir,  l'autre  par  la  puis- 
sance;—  deux  autres  personnages  portant  le  manteau  de 
pourpre  ;  —  un  autre  encore,  fameux  par  sa  valeur.  L'arbre 
est  chargé  de  trophées  (oct.  39-40).  —  Il  s'agit  de  la  famille 
délia  Rovere. 

Sylvana  s'étonne.  Une  voix  lui  apprend  qu'un  jour  elle 
pourra  expliquer  ce  que  signifie  ce  tableau.  —  Repas  de  Syl- 
vana. Elle  est  couronnée. 

La  fée  demande  à  Astolphe  de  châtier  Gorante.  Elle  lui  pro- 
met un  collier  qui  lui  assurera  toujours  la  victoire.  Astolphe 
avait  précisément  la  lance  d'or  enchantée  de  l'Argail  et  le  bon 
cheval  Bayard.  Survient  un  chevalier  dont  le  frère  a  été  as- 
sassiné. Astolphe  s'engage  à  vaincre  le  monstre. 

Après  avoir  désarçonné  Gradasse  à  Paris,  le  prince  anglais 
était  parti  à  la  recherche  de  Roland;  mais  celui-ci  par  l'Es- 
pagne se  rendait  au  Cathay,  tandis  qu' Astolphe  passait  par 
l'Allemagne,  la  Thrace,  le  Pont  et  arrivait  au  Tanaïs,  au  pays 
de  Sylvana.  Vulcain  avait  forgé  ce  collier  auquel  Tydée  avait 
dû  ses  triomphes. 

L'on  revient  à  Roland.  Pendant  qu'il  se  laisse  séduire  par 
Alfégra,  les  vaisseaux,  qui  accompagnaient  celle-ci,  se  sont 
évanouis.  Une  tempête  s'élève  et  met  la  barque  en  péril.  Ro- 
land interroge  Alfégra  qui  se  rit  de  sa  frayeur. 

Cependant  Renaud  a  tué  la  Chimère  et  rencontré  un  lion 
qui  se  défendait  avec  peine  contre  un  griffon.  Il  tue  le  grifi'on 
et  étourdit  le  lion  d'un  coup  du  plat  de  son  épée. 


4S  s  I    DODICI   CANTI 

Aleramo  conduit  Astolphe  à  la  cabane  où  se  cache  Gorante. 
Celui-ci  est  renversé  du  premier  coup  de  la  lance  d'or  et  pro- 
met de  partir  pour  les  pajs  du  Couchant.  Ainsi  il  s'était  retiré 
dans  la  forêt  d'Ardenne  où  il  avait  fait  prisonniers  Roland, 
Renaud  et  Ferragus  qui  furent  délivrés  par  la  vertu  de  l'an- 
neau que  portait  Angélique.  Les  chevaliers  erraient  dans  la 
forêt,  à  la  recherche  de  la  princesse,  retenus  par  l'art  de  Mau- 
gis  qui  savait  que  Gradasse  projetait  d'attaquer  Charlemagne. 
L'enchanteur  avait  trompé  les  démons  qu'Angélique  avait 
chargés  de  l'emprisonner,  et  revenu  en  Gascogne  il  avait  re- 
pris son  empire  sur  le  monde  infernal  et  retrouvé  au  perron 
de  Merlin  le  grimoire  oublié  par  Angélique  quand  elle  était 
partie  avec  l'Argail  ;  celui-ci  de  son  côté  avait  oublié  la  lance 
d'or  dont  Astolphe  était  devenu  le  possesseur. 

Astolphe  brûle  la  hutte  de  Gorante  et  revient  avec  Aleramo 
auprès  de  Sylvana. 

Revenons  à  Roland.  La  t)arqae  est  battue  par  les  flots.  Le 
chevalier  se  rappelle  comment  Alexandre  descendit  au  fond 
des  mers.  Alfégra  demeure  indifférente,  refuse  de  ramener  la 
barque  au  rivage.  L'auteur  énumère  les  poissons  que  voit 
Roland,  remarque  que  les  grands  dévorent  les  petits  et  se 
lamente  sur  les  malheurs  de  l'Italie. 

CHANT  V 

Suite  de  la  plainte  sur  les  malheurs  de  l'Italie,  —  histoire 
de  la  fondation  de  Venise,  éloge  de  la  République,  description 
de  son  empire:  l'auteur  lui  conseille  la  justice  et  l'entente 
avec  le  duc  d'Urbin  (oct.  1-19). 

Roland,  couvert  par  les  vagues,  regardait  les  poissons  tout 
en  pensant  à  Angélique.  Survient  un  énorme  poisson.  Un 
coup  de  Durandal  ne  peut  le  blesser  ;  Roland  d'un  bond 
s'élance  sur  le  monstre  qui  le  portera  sain  et  sauf  au  Levant 
où  avec  Sacripant  il  ira  à  Albraque. 

Sacripant  était  aux  prises  avec  Gorante,  s'il  vous  souvient, 
mais  il  fut  sauvé  par  l'anneau  d'Agélique.  Celle-ci  prend 
néanmoins  la  fuite  pour  échapper  à  son  amant.  Au  delà  des 
Pjrénées,  elle  retrouve  son  nain. 

Sacripant  la  cherche  vainement.  Craignant  que  Gorante  ne 


I  DODICI  CANTI  48  5 

l'ait  atteinte,  il  entre  dans  la  forêt  d'où  il  ne  peut  plus  sortir. 
Il  y  restera  jusqu'à  ce  qu'il  rencontre  Renaud  qui,  après  avoir 
tué  le  griffon,  est  obligé  également  de  tuer  le  lion.  Le  rugis- 
sement de  l'animal  expirant  attire  Sacripant  qui  survient  au 
moment  où  Renaud  se  plaignait  d'être  exposé  à  mourir  de 
faim  dans  cette  solitude  et  regrettait  ses  torts  envers  Char- 
lemagne,  qu'il  a  abandonné,  et  envers  son  cousin.  Sacripant 
achève  le  lion  qui  rugissait  encore.  Querelle  des  deux  che- 
valiers qui  se  défient  et  engagent  le  combat. 

Angélique  et  son  nain,  se  dirigeant  vers  Grenade,  rencon- 
trent un  géant.  Elle  met  dans  sa  bouche  l'anneau  magique  et 
fuit.  Elle  aperçoit  des  gens  armés.  Le  nain  échappe  au  géant 
et  la  rejoint.  Elle  l'envoie  en  reconnaissance  et  il  trouve  sur 
son  chemin  Bradamante  qui  lui  dit  que  ce  sont  des  soldats  de 
Marsile  commandés  par  Serpentin.  Le  nain  prie  Bradamante 
de  protéger  sa  maîtresse.  Celle-ci  est  surprise  de  la  ressem- 
blance de  celui  qu'elle  croit  un  chevalier  et  de  Renaud.  Elle 
se  fait  connaître,  et  Bradamante  promet  de  la  défendre,  si 
elle  peut  la  renseigner  sur  le  sort  de  Roger.  Les  deux  dames 
se  confient  leurs  ehagrins.  Angélique  raconte  comment  ses 
sentiments  envers  Renaud  se  sont  changés,  elle  supplie  Bra- 
damante de  lui  gagner  l'amour  de  son  frère. 

Bradamante  est  étonnée  d'une  pareille  dureté  chez  Renaud. 
Elle  promet  de  plaider  la  cause  d'Angélique,  et  si,  grâce  à 
elle,  elle  retrouve  Roger,  de  la  faire  triompher. 

Angélique  estime  que  les  deux  vaillants  chevaliers  seront 
attirés  dans  son  royaume  par  les  bruits  de  guerre  qui  se  ré- 
pandent. Elles  se  quittent;  Bradamante  va  à  Montauban, 
mais  elle  ne  reverra  Roger  qu'à  la  cour  de  l'empereur  Léon, 
en  Grèce,  ainsi  qu'on  l'a  lu  ailleurs  (dans  Arioste). 

Nous  suivons  Angélique '.  Les  gens  de  Serpentin  ont  une 
querelle  avec  des  voleurs,  dont  le  chef,  un  géant,  les  met  en 
déroute,  mais  Serpentin  finit  par  le  tuer  et  venge  ses  hommes. 
Marsile  regrette  les  pertes  qu'il  a  faites  sans  qu'on  ait  pu  lui 
amener  Roland  qui  voyage  tristement  sur  la  baleine. 


1  II  ne  sera  plus  parlé  d'elle  que  bien  plus  loin,  à  propos  du  Rio-Gas- 
tello. 

32 


1  DODICl  CANTI 


CHANT  VI 


Du  bien  de  la  liberté.  Roland  Ta  perdue  pour  s'être  épris 
d'Angélique.  11  eût  bien  voulu  remonter  sur  sa  barque,  mais 
Neptune  l'aperçoit  et  Roland  se  fait  connaître,  raconte  com- 
ment l'amour  d'Angélique  lui  vaut  ces  aventures.  Neptune  lui 
apprend  qu'il  avait  entendu  ses  plaintes  et,  qu'ému  de  pitié, 
il  lui  a  envoyé  la  baleine  pour  le  sauver. 

Astolphe  est  revenu  au  palais  de  Sjlvana  avec  Aleramo, 
après  la  défaite  de  Gorante.  11  ne  voit  partout  que  serpents, 
et  Aleramo  lui  explique  que  c'est  le  jour  où  les  fées  sont  for- 
cées de  se  transformer,  une  fois  l'an,  en  reptiles.  Ils  visitent 
les  salles  du  palais.  Dans  Tune,  ils  admirent  des  peintures 
dont  plusieurs  se  rapportent  à  la  famille  des  ducs  d'Urbin 
(oct.  31-37). 

Renaud  et  Sacripant  échangeaient  des  coups  terribles.  La 
nuit  arrive,  ils  s'arrêtent,  se  désarment  et  s'étendent  pour 
dormir.  Sacripant  veille  et  se  désespère  d'avoir  perdu  Angé- 
lique. Maugis,  ne  voulant  pas  que  Renaud  reprenne  un  com- 
bat dangereux,  présente  aux  yeux  de  Sacripant  une  image 
d'Angélique  qui  reproche  au  roi  circassien  de  se  livrer  au 
sommeil  et  de  l'oublier.  Ils  partent  ensemble  et  le  démon 
donne  à  Frontalet  une  telle  vigueur  qu'ils  atteignent  le  rivage 
où  Roland  avait  rencontré  Alfégra,  la  fausse  Fontedoro.  Le 
démon  disparaît  et  Sacripant  se  [)laint  de  cette  trahison  dont 
il  croit  Angélique  coupable.  Il  est  sur  le  point  de  se  donner 
la  mort. 

Renaud  s'éveille  et  constate  que  son  adversaire  est  parti. 
Il  a  grand'faim  et  s'adresse  à  un  ermite  qui  refuse  de  lui  ou- 
vrir. 11  se  répand  en  invectives  contre  les  moines,  enfonce  la 
porte  et  jette  par  la  fenêtre  l'ermite  que  Dieu  protège  et  qui 
ne  se  fait  aucun  mal.  Renaud  lui  demande  pardon  et  le  moine 
s'excuse  de  sa  défiance  en  alléguant  que  l'ermitage  a  été  long- 
temps un  repaire  de  voleurs.  Renaud,  après  s'être  rassasié, 
repart  et  trouve  le  cheval  de  l'Argail  qu'il  avait  déjà  possédé» 
mais  qu'il  avait  perdu,  quand  avec  Roland  et  Ferragus  il  fut 
prisonnier  de  Gorante.  Il  se  rend  en  Espagne. 

Il  nous  faut  conduire  Roland  à  la  montagne  où  Bride  d'Or 
paissait,  gardé  et  soigné  par  les  Dryades. 


I  DODICI  CANTI  4  87 

Neptune  avait  pris  Roland  en  croupe  sur  son  dauphin  ;  il 
le  dépose  sur  le  rivage  d'Afrique,  et  envoie  la  baleine  qui 
avait  avalé  Alfégra  la  déposer  sur  le  même  rivage.  Roland  la 
rencontre  et  lui  réclame  Bride-d'Or.  Alfégra  se  lamente.  Sa- 
cripant vient  à  son  secours  et  demande  à  Roland  d'épargner 
une  femme.  Le  comte  la  lui  cède  en  l'avertissant  de  ce  qu'elle 
vaut.  Us  vont  ensemble  à  la  recherche  de  Bride-d'Or. 

Astolphe  considérait  les  peintures  du  palais  de  Sjlvana.  Il 
est  malmené  par  un  grossier  paysan  qui  veut  battre  les  ser- 
pents-fées. 

CHANT  VII 

Aslolphe  duit  par  tuer  son  adversaire.  Avec  Aleramo  il  va 
se  reposer  sur  un  beau  lit  au  moment  où  le  jour  paraissait. 

Renaud  était  eu  Espagne.  11  s'est  décidé  à  se  ranger  du  côté 
d'Agrican,  afin  de  punir  le  roi  Galafron  qui  avait  envoyé  l'Ar- 
gail  avec  la  lance  enchantée  pour  ruiner  la  France. 

Il  voit  une  femme  attachée  toute  nue  à  un  arbre  et  battue 
par  un  nègre.  Il  s'approche.  Elle  l'engage  à  fuir.  Il  refuse, 
et  dans  un  combat  avec  le  géant  noir  qui  était  un  des  quatre 
qui  avaient  accompagné  Angélique  en  France,  il  lui  passe  son 
épée  à  travers  le  corps,  le  blesse  une  seconde  fois  et  voudrait 
le  convertir  à  la  foi  chrétienne,  mais  le  mécréant  ne  veut 
rien  entendre  et  Renaud  le  laisse  mourir  de  ses  blessures. 

La  dame  est  surprise  de  la  ressemblance  de  Renaud  et  de 
Richardet."  C'était  Fleur-d'Epine,  fille  de  Stordilan,  roi  de 
Grenade.  Elle  raconte  comment  elle  s'était  d'abord  éprise  de 
Bradamante,  comment  elle  devint  l'amante  de  Richardet,  et 
comment  celui-ci  fut  sauvé  du  bûcher  par  un  chevalier  errant. 
Depuis  elle  a  épousé  Zénodore  dont  la  bravoure  dans  un  tour- 
noi l'avait  séduite.  Ils  rencontrent  l'armée  de  Zénodore  qui 
venait  secourir  son  épouse.  On  les  conduit  a  la  cité  et  Renaud 
y  est  reçu  en  triomphateur. 

Pendant  le  festin  qui  suivit,  Doralice  compare  le  chevalier 
à  Mandricard  dont  elle  est  veuve. 

Ici  l'auteur  s'interrompt  (oct.  102).  Le  lecteur  est  en  droit 
de  se  demander  comment  Agrican  peut  être  au  nombre  des 
vivants,  quand  son  fils  Mandricard  est  mort.  Cela  est  en  effet 


4  88  I  DODICI   CANTI 

en  désaccord  avec  le  récit  d'autres  poètes,  mais  ils  ignoraient 
qu'il  j  avait  eu  deux  Mandricard. 

Nous  les  laissons  à  table  et  revenons  à  Roland.  Les  njmphes 
lui  ont  rendu  Bride-d'Or  et  le  renseignent  sur  Alt'égra. 
Neptune  lui  a  enlevé  le  grimoire  à  l'aide  duquel  elle  transpor- 
tait les  gens  aux  Iles-Perdues,  mais  elle  n'en  est  pas  moins 
dangereuse.  Elles  mettent  en  garde  les  chevaliers  contre  les 
enchantements  qu'ils  pourront  trouver  en  se  rendant  au  pays 
de  Galafron  et  leur  apprennent  qu'ils  feront  la  rencontre 
d'Angélique.  Ils  abandonnent  Alfégra  et  partent,  accompagnés 
par  un  faune  qui  avait  soigné  Bride-d'Or  et  que  les  nymphes 
leur  donnent  pour  guide. 

CHANT  VIII 

Les  deux  chevaliers  cheminaient  amicalement.  Roland 
parlait  d'Angélique.  Cela  déplut  à  Sacripant,  qui,  pour  le 
détourner  de  cet  amour,  veut  lui  montrer  combien  elle  est 
fausse  et  délojale.  Elle  possède  l'anneau  dont  Sémiramis  se 
servit  pour  satisfaire  une  passion  incestueuse.  Il  fut  trouvé 
ensuite  par  le  berger  Gygès  qui  le  mit  à  profit  pour  séduire 
la  reine  de  Lydie.  Cambyse  eu  hérita,  et  il  passa  aux  mains 
d'Atlante,  l'enchanteur  de  Carène,  qui  lui  donna  la  vertu  de 
détruire  tout  maléfice  et  le  remit  à  Galafron,  comptant  ainsi 
ruiner  la  France  et  sauver  les  jours  de  Roger. 

Les  deux  chevaliers  aperçoivent  une  flotte  sur  la  mer  et 
une  armée  sur  le  rivage.  Le  faune  va  à  la  découverte  :  ce 
sont  les  forces  de  Rodomont  qui  va  rejoindre  Agramant  et 
veut  envahir  la  France  avec  lui. 

Roland  pique  des  deux,  attaque  les  Sarrasins  et  se  trouve 
en  face  de  Rodomont  qu'il  désarçonne.  Sacripant  et  le  faune 
mettent  les  Sarrasins  en  déroute.  Roland  et  le  Circassien 
entrent  dans  Alger,  le  faune  reste  à  garder  le  pont. 

Les  chevaliers  font  un  carnage  des  habitants  d'Alger.  Mais 
Rodomont  a  jeté  le  faune  en  bas  du  pont  et  est  entré  dans  la 
ville.  Il  combattait  avec  Sacripant,  quand  il  voit  son  palais  en 
flammes.  Il  y  court  pour  sauver  sa  mère,  mais  trop  tard.  Le 
faune  avait  mis  le  feu  au  palais  et  à  toutes  les  maisons. 

Les  trois  amis  s'en  vont  et  le   comte   écrit  sur  la  porte  : 


I  DOUICI  GANTI  4  89 

«  Ici  a  été  Roland.  »  Cela  augmenta  la  colère  de  Rodomont, 
9t  plus  tard  il  fit  payer  très  cher  aux  Parisiens  la  victoire  de 
Roland. 

Aleramo  et  Astolphe  s'éveillent.  Leurs  vêtements  leur  ont 
été  enlevés  et  ils  trouvent  à  leur  place,  Astolphe  une  cotte 
impénétrable,  Aleramo  un  costume  d'un  prix  inestimable. 
Souvent  l'habit  fait  valoir  son  homme.  Sjlvana  requiert  encore 
Taide  des  chevaliers  contre  un  nouveau  monstre,  Tisiphone, 
sortie  des  enfers  pour  les  punir  d'être  entrés  dans  son  palais, 
et,  quand  ils  en  auront  triomphé,  alors  viendront  Mégère  et 
Alecton.  Astolphe  éprouve  quelque  frayeur,  mais  la  fée  le 
dispense  du  combat  et  en  charge  Aleramo. 

A  Grenade,  Renaud  est  l'objet  des  attentions  de  Doralice. 
On  le  comble  d'honneur  pour  avoir  délivré  Fleur-d'Epine. 
Toutes  deux  sont  assises  avec  lui  sur  un  char  de  triomphe  qui 
parcourt  la  ville.  Mais  l'amazone  géante  Sicomora  qui  avait 
eu  l'avantage  dans  un  combat  antérieur  sur  le  nègre  Argeste, 
ravisseur  de  Fleur-d'Epine,  est  jalouse  des  succès  de  Renaud  ; 
elle  l'insulte  et  le  provoque.  Renaud  est  obligé  d'accepter  le 
combat  et,  malgré  son  désir  de  l'épargner,  il  est  contraint  de 
la  tuer.  Il  est  alors  entouré  par  les  cent  chevaliers  de  la  géante 
qui  sont  tenus  par  serment  de  la  venger.  L'un  d'entre  eux, 
Guérin,  s'offre  à  combattre,  et,  s'il  est  vaincu,  lui  et  ses  com- 
pagnons deviendront  les  soldats  de  Renaud  ;  si  celui-ci  a  le 
dessous,  il  sera  comme  eux  esclave  des  Amazones.  Ce  Guérin, 
dans  ses  voyages  à  la  recherche  de  son  père,  était  tombé  aux 
mains  des  Amazones  (oct.  129). 

Le  combat  dure  longtemps  :  on  décide  de  l'interrompre  et 
de  le  reprendre  le  jour  suivant.  On  fait  les  funérailles  de  Sico- 
mora, et  à  table  Renaud  et  Guérin  sont  assis  l'un  à  côté  de 
l'autre. 

CHANT  IX 

Des  trésors  et  de  la  vertu.  —  Guérin  raconte  son  histoire. 
Il  est  parti  à  la  recherche  de  son  père,  parce  que  la  belle 
Eliséna  lui  avait  reproché  de  n'être  qu'un  esclave.  Après  avoir 
vaincu  le  roi  Carador,  il  a  quitté  Constantinople,  et  à  travers 
bien  des  difficultés  s'est  rendu  au  pays  des  arbres  du  Soleil, 


t90  I   DODICI  CANTI 

OÙ  il  a  su  qu'il  devrait  parcourir  le  monde  avant  de  retrou- 
ver son  père.  Puis,  avec  Sicomora,  il  est  venu  en  Espagne. 
Il  ne  rit  jamais  et  garde  une  attitude  sérieuse  et  noble. 

Roland,  Sacripant  et  le  faune  sont  sortis  d'Alger  et  se  diri- 
gent vers  Albraque,  pendant  que  Rodomont  médite  de  se 
venger  de  la  France.  Un  courrier  de  Galafron  leur  annonce 
que  le  roi  appelle  à  son  secours  tous  les  chevaliers  errauts  ; 
il  donnera  sa  fille  Angélique  à  qui  le  délivrera  d'Agrican. 
Mais  Angélique  est  prisonnière  de  Sarpedonte,  fils  d'Oldrado, 
et  seigneur  du  Rio-Castello  (Château-Mauvais).  Tout  cheva- 
lier qui  se  présente  à  ce  château  y  demeure  prisonnier,  sMl 
ne  met  à  mort  en  un  jour  cent  chevaliers.  Le  courrier  ajoute 
qu'ils  ne  sont  qu'à  six  lieues  de  Rio-Castello. 

Ils  en  prennent  le  chemin,  et  Sacripant  prie  Roland  de  lui 
laisser  cette  entreprise.  Le  comte  j  consent  à  la  condition 
qu'il  respecte  Angélique  et  la  rende  à  son  père. 

Lo  courrier  essaie  de  les  détourner  de  leur  projet  et  leur 
demande  de  porter  d'abord  secours  à  Galafron,  mais  ils  n'y 
consentent  pas. 

L'auteur  se  plaint  de  ce  que  les  seigneurs  soient  des  tjrans, 
préfèrent  le  vice  ou  la  bassesse  à  la  vertu  et  au  talent.  Il 
excepte  son  protecteur  qui  demeure  digne  de  sa  noble  geste, 
la  maison   d'Anguillara.  Puisse  Mars  le  ramener  vaiqueur  ! 

Ils  rencontrent  les  hommes  de  Sarpedonte.  Saci'ipant  les 
attaque  avec  vaillance,  et  Roland  commence  à  regretter  de 
lui  avoir  cédé  la  place. 

Cependant  Aleramo,  chez  Svlvana,  combat  Gérjon,  le  dra- 
gon à  trois  têtes,  qui,  malgré  les  coups  qu'il  reçoit,  s'enlace 
autour  du  corps  du  chevalier.  Sans  Svlvana,  Astolphe  n'eût 
pu  supporter  ce  spectacle. 

Aleramo  tue  enfin  le  dragon,  mais  de  la  bouche  de  celui-ci 
sort  une  hydre  à  sept  têtes.  Le  chevalier  en  tranche  une  d'un 
coup  d'épée  :  à  sa  place  il  en  renaît  trois  autres.  Astolphe 
s'effraie  encore  davantage.  Aleramo  tranche  les  sept  cols  de 
l'hydre  et  jette  au  feu  l'affreux  animal.  Astolphe  prie  alors 
Sylvana  de  mettre  une  trêve  aux  combats  avec  les  monstres 
et  de  leur  faire  connaître  les  merveilles  de  sa  demeure. 

Sur  l'ordre  de  Sylvana,  on  leur  sert  un  repas  dans  son 
jardin  qui  n'a  point  de  pareil  au  monde.  Au  milieu  est  une 


I    DODICI  CANTI  4©1 

colline  où  les  Muses  habitèrent  autrefois,  le  Parnasse  aux 
deux  sommets.  En  leur  souvenir,  on  les  y  a  représentées  et 
avec  elles  les  grands  poètes  qui  illustrèrent  les  genres 
auxquels  chacune  préside.  Sylvana  et  les  deux  champions 
s'asseoient  et  le  festin  commence. 

Nous  revenons  à  la  table  où  nous  avons  laissé  Renaud  et 
Doralice  qui  brûle  d'amour  pour  le  chevalier.  Elle  craint  de 
ne  jamais  le  posséder,  car  ni  elle  ni  son  père  ne  savent  ce  que 
sont  ces  deux  étrangers  errants.  Elle  rougissait  et  pâlissait 
tour  à  tour,  ce  qui  n'échappa  point  à  sa  mère,  tandis  que 
Fleur-d'Epine  est  joyeuse  de  se  voir  honorée  et  de  ce  que  les 
vaillants  guerriers  sont  si  bien  traités. 

Renaud,  désireux  de  savoir  qui  est  son  adversaire,  finit  par 
lui  demander  son  nom  et  sa  patrie.  Le  bon  Guérin  consent  à 
le  renseigner.  II  ignore  où  il  est  né;  il  a  été  élevé  à  Byzance 
où  il  reçut  le  nom  de  Meschino.  Tout  enfant  il  avait  été  pris 
par  des  corsaires,  puis  acheté  par  un  marchand  qui  en  fit 
présent  à  sa  femme.  Ils  eurent  pour  lui  les  soins  de  parents 
véritables.  Son  père  adoptif  avait  un  fils:  les  deux  enfants  fu- 
rent traités  de  la  même  manière,  sans  différence  aucune. 
L'empereur  demanda  un  jour  à  celui  que  Gruérin  croyait  son 
frère,  de  lui  donner  ce  petit  esclave.  Le  père  donna  son  con- 
sentement, et  Guérin  devint  le  serviteur  favori  d'Alexandre, 
fils  du  vieil  empereur.  L'impératrice  l'aimait  également.  Il  dé- 
livra Constantinople  assiégé  par  les  Turcs.  Puis  il  résolut  de 
se  mettre  à  la  recherche  de  ses  vrais  parents  et  de  consulter 
les  arbres  du  Soleil.  Là  un  vieillard  vénérable,  après  avoir 
interrogé  son  idole,  lui  l'épondit  qu'il  devait  aller  vers  le  Cou- 
chant, où  il  retrouverait  sa  famille,  qu'il  avait  reçu  deux  fois 
le  baptême,  qu'au  premier  il  avait  été  nommé  Guérin  et 
Meschino  au  second.  Eu  revenant  il  fut  prisonnier  aux  rives 
du  Thermodon  et  y  demeura  sans  pouvoir  accomplir  son  des- 
sein. 

Renaud  regrette  que  son  adversaire  se  soit  engagé  par  ser- 
ment à  venger  Sicomora,  car  il  mourra  sans  avoir  recouvré 
son  nom  de  Guérin,  mais  sous  celui  de  Meschino,  puisqu'il  a 
eu  la  mauvaise  chance  de  tomber  entre  les  mains  redoutables 
du  sire  de  Montauban. 

Les  chevaliers  vont  se  reposer.  Le  roi  Stordilan  s'inquiète 


4  92  I   DODICI  CANTI 

d'avoir  à  sa  cour  ces  deux  chrétiens  si  vaillants.  On  le  ras- 
sure, mais  Doralioe  qui  se  défie  des  intentions  du  roi,  va  se- 
crètement avertir  les  chevaliers  de  se  bien  garder. 

CHANT  X 

La  jalousie  trouble  l'esprit;  elle  fait  que  Stordilan  ne  peut 
recouvrer  sa  tranquillité  et  demande  à  ses  conseillers  quel 
parti  il  doit  prendre  au  sujet  de  Renaud  et  de  Guérin.  L'un 
est  célèbre  pour  sa  prouesse,  Tautre,  sous  le  nom  de  Mes- 
chino,  est  illustre  chez  les  Grecs  et  a  vaincu  Finidaro  et  ses 
fils.  Stordilan  craint  pour  son  royaume.  En  sauvant  Fleur- 
d'Epine  Renaud  a  mérité  d'être  honoré,  mais  il  convient  qu'il 
parte  au  plus  tôt  et  Guérin  avec  lui.  Zénodore,  qui  se  défiait  de 
son  père,  vient  au  Conseil  et  fait  un  grand  éloge  de  Renaud 
dont  le  courage  est  sans  égal  et  sur  la  loyauté  de  qui  l'on  peut 
compter.  On  explique  à  Stordilan  qu'il  a  tout  intérêt  à  ména- 
ger le  sire  de  Montauban.  Zénodore  quitte  le  Conseil  et  va 
trouver  les  chevaliers,  tandis  que  Stordilan  consulte  encore 
ses  conseillers  qui  ne  savent  trop  que  répondre.  Zénodore  re- 
vient avec  les  deux  chevaliers.  Renaud  annonce  qu'une  fois 
son  combat  avec  Guérin  terminé  il  quittera  le  royaume. 

Il  déclare  que  si  Charlemagne  attaquait  injustement  Stor- 
dilan ou  son  fils,  il  est  prêt  à  les  défendre.  De  même  Guérin 
affirme  que,  lorsqu'il  aura  retrouvé  son  lignage,  si  Zénodore 
recevait  quelque  outrage,  il  reviendrait  le  secourir,  fût-ce 
au  risque  de  sa  vie. 

Tout  le  monde  les  admire  et  l'on  se  sépare  amicalement. 
Mais  Renaud,  au  lieu  de  dormir,  projette  de  convertir  Zéno- 
dore à  la  foi  chrétienne;  Guérin  l'entend  prier  Dieu,  et  con- 
çoit de  son  côté  le  dessein,  s'il  sort  sain  et  sauf  du  combat, 
de  délivrer  la  route  de  Galice  des  voleurs  qui  l'infestent. 

Malgré  leur  amitié,  les  deux  champions,  aussitôt  qu'il  fait 
jour,  se  préparent  à  combattre.  Zénodore  les  supplie  vaine- 
ment de  se  réconcilier.  Stordilan  insiste  en  leur  montrant 
que  leur  conduite  est  en  complet  désaccord  avec  la  foi  chré- 
tienne ;  elle  enseigne  le  pardon  des  ofi'enses,  et  c'est  pure 
folie  que  de  sacrifier  un  bien  éternel  à  une  fumée  d'honneur. 
Le  serment  de  Guérin  est  nul  puisqu'il  est  contraire  à  la  loi. 


1   DODICI    CANTI  493 

Renaud  et  Guériu  ne  pouvaient  réfuter  le  roi  qui  avait  rai- 
son. Renaud  est  heureux  de  voir  que  le  père  de  Doralice 
connaisse  si  bien  l'Evangile  et  espère  le  convertir.  l\  main- 
tient qu'il  a  le  devoir  de  combattre  pour  la  vérité  et  la  justice. 
Guérin  de  son  côté  dit  que  Turc,  Maure,  ou  baptisé,  nul  n'a 
le  droit  de  manquera  son  serment. 

Doralice  intervient,  alléguant  l'incertitude  du  sort  des  ar- 
mes et  la  vanité  du  motif  qui  les  met  aux  prises.  D'ailleurs 
un  serment  ne  lie  point  quand  il  est  contraire  à  la  loi  divine. 
Pourquoi  ne  respectent-ils  pas  la  volonté  du  Christ,  alors  que 
Turcs  et  Arabes  obéissent  fidèlement  à  l'Alcoran  ?  Comment 
peuvent-ils  se  dire  chrétiens  quand  ils  n'observent  point  leur 
loi  tout  entière  ?  Elle  finit  par  leur  proposer  de  se  faire  rem- 
placer secrètement  par  deux  chevaliers  :  celui  qui  représen- 
tera Guérin  se  reconnaîtra  vaincu,  se  rendra  et  ainsi  les  ce  nt 
chevaliers  de  Sicomora  seront  obligés  de  partir. 

Ni  Renaud  ni  Guérin  ne  veulent  céder.  On  leur  sert  une 
collation  délicate  et  somptueuse,  et  Pleurd'Epine  supplie  son 
beau-père  de  veiller  sur  les  jours  de  Renaud,  mais  il  répond 
que  l'honneur  lui  interdit  de  revenir  sur  sa  parole  donnée. 

On  avertit  les  cent  chevaliers  d'avoir  à  se  trouver  sur  la 
place  où  les  deux  champions  reprendront  la  lutte.  On  prépare 
les  estrades  pour  les  reines  et  pour  le  peuple.  Zénodore  fait 
prendre  les  armes  à  deux  cents  cavaliers  et  à  quatre  cents 
fantassins.  Le  lieu  choisi  est  hors  de  la  ville,  à  un  demi-mille. 

Avant  d'engager  le  combat,  les  deux  champions  descendent 
de  cheval,  font  pieusement  leur  prière,  se  denaandent  pardon 
et  se  baisent  sur  la  bouche  comme  deux  frères. 

Ils  brisent  d'abord  deux  lances.  Le  tronçon  de  l'une  vola  si 
haut  que  dix  autres  lances  avaient  été  rompues  quand  il  re- 
tomba sur  le  sol  et  s'j  enfonça. 

La  poussière,  la  sueur  des  chevaliers  et  de  leurs  coursiers 
obligent  à  interrompre  le  combat  une  demi-heure.  On  amène 
d'autres  chevaux.  Les  deux  champions  sont  d'accord  pour  re- 
prendre à  l'épée  et  finir  avec  la  masse  d'armes.  Guérin  por- 
tait des  armes  enchantées  et  toute  sa  personne  était  fée,  ex- 
cepté le  pied  gauche. 

Nous  revenons  à  Sacripant  qui  taille  en  pièces  les  hommes 
de  Sarpedonte  et  qui  continue  à  refuser  le  secours  de  Roland. 


4  94  I  DOniCI   CANTI 

Néanmoins  il  finit  par  être  fait  prisonnier  et  le  comte,  après 
avoir  sonné  du  cor,  attaque  les  Maures.  Leur  chef,  autrefois 
vassal  d'Agramant,  ose  le  défier.  Roland  lui  répond  en  récla- 
mant la  liberté  d'Angélique  et  de  Sacripant.  Le  combat  s'en- 
gage et  Roland  tue  les  soixante  qu'il  avait  devant  lui. 

D'après  Turpin,  il  en  coupa  dix  en  deux  d'un  seul  revers 
de  Durandal  : 

Chi  noi  vol  creder,  vadalo  a  cercare, 
Ch'  io  son  Christian  di  buona  fede  asperso, 
Et  credo  questo  et  più  se  più  mi  lice, 
Massimamente  a  quel  che  Turpin  dice. 

Roland  sonne  de  nouveau  du  cor,  si  fort  que  les  gens  de 
Rio-Castello  l'entendirent.  Sarpedonte  arme  ses  cent  cheva- 
liers et  les  fait  partir  en  deux  corps  à  la  découverte.  Le  chef 
de  cette  troupe  oâ"re  à  Roland  de  choisir  une  des  lances  qu'il 
lui  présente  ;  celui  qui  sera  désarçonné  ne  combattra  plus  de 
la  journée.  C'est  un  chrétien  de  la  famille  italienne  Malatesta 
qui  descend  de  Cadmus.  Il  apprend  à  Roland  que  lui  et  sa 
dame,  belle  entre  les  belles,  sont  tombés  entre  les  mains  du 
cruel  Sarpedonte.  Ils  allaient  sur  un  vaisseau  faire  leurs  dévo- 
tions à  Lorette  ;  des  corsaires  les  ont  pris  et  livrés  à  Sarpe- 
donte qui  l'a  contraint  à  le  servir,  lui  laissant  à  cette  condition 
sa  dame  bien-aimée.  Robert,  tel  est  son  nom,  apprend  au 
comte  qu'Angélique  est  en  efl'et  prisonnière  de  Sarpedonte. 

Le  comte  désarçonne  Robert,  et  taille  en  pièces  ses  cheva- 
liers. Cependant  Sacripant  cherche  Angélique,  qui  était  invi- 
sible, quand  il  lui  plaisait,  grâce  à  son  anneau.  Elle  eût  pu 
sortir  de  la  forteresse  et  n'y  était  restée  que  pour  en  assurer 
la  ruine.  Sacripant  s'impatiente,  et  Sarpedonte  lui  annonce 
qu'il  doit  se  reconnaître  son  vassal  ou  mourir  dans  les  trois 
jours.  —  Robert  admire  les  exploits  de  Roland  et  se  rend  à 
lui,  mais  il  est  inquiet  du  sort  réservé  à  sa  dame. 


CHANT  XI 

Toute  faute  non  suivie  de  repentir  est  ciiâtiée  parle  monar- 
que éternel.  Ninive  et  l'Egjpte  en  donnent  des  exemples 
contraires  :  Nabuchodono>or  fut  pardonné.  Pharaon  et  son 


I   DODICI   CANTI  495 

peui)le  furent  punis.  Parfois,  la  faute  du  roi  retombe  sur  un 
peuple  entier,  ainsi  qu'il  arriva  quand  David  enleva  la  femme 
d'Urie.  Sarpedonte  sera  puni. 

Roland  va  à  la  porte  du  château,  sonne  du  cor  et  défie  Sar- 
pedonte. Celui-ci  est  renseigné  par  les  fuyards,  et  ni  lui  ni  ses 
autres  chevaliers  ne  savent  que  résoudre.  Un  vieillard  qui 
désapprouvait  leur  vie  criminelle,  les  avertit  du  danger.  Il 
rappelle  que  cette  forteresse,  dite  autrefois  la  Rocca  Benedetta 
(la  Roche  Bénie),  a  changé  de  nom  et  de  coutumes.  Sarpe- 
donte a  dépassé  les  crimes  de  ses  pères.  Le  chevalier  qui  se 
présente,  est  le  messager  de  Dieu  ;  il  faut  lui  demander  merci. 
Un  jeune  favori  de  Sarpedonte  tourne  en  dérision  le  discours 
du  vieillard.  On  finit  par  proposer  à  Sacripant  de  se  charger 
de  l'entreprise.  Il  refuse  parce  que  Roland  est  son  compagnon. 
Ils  l'enferment  dans  une  prison  et  se  disposent  à  marcher  à  la 
rencontre  du  comte. 

Nous  les  laissons  juqu'à  ce  que  nous  ayons  tiré  Astolphe  et 
Aleramo  du  Jardin  de  Sylvana  et  qu'ait  pris  fin  le  combat  de 
Guérin  et  de  Renaud,  pour  qu'ils  ne  nous  embarrassent  plus 
tant  que  Rio-Castello  n'aura  pas  été  détruit. 

Astolphe  et  Aleramo  prennent  un  repas  à  l'ombre  des  lau- 
riers et  des  myrtes  ;  un  concert  mélodieux  s'unit  aux  chants 
des  oiseaux  pour  les  charmer.  En  ce  lieu  règne  un  printemps 
perpétuel.  On  y  voit  réunis  les  arbres  les  plus  divers  et  les 
plus  beaux,  les  fleurs  les  plus  parfumées. 

Après  le  repas,  chevaliers  et  dames  se  promènent  dans  le 
jardin.  Toutes  sortes  d'animaux  s'offrent  à  leurs  regards.  Ils 
s'arrêtent  près  d'un  étang  où  nagent  de  nombreux  poissons, 
puis  vont  dans  les  bois  jouir  du  chant  des  oiseaux  ou  les  con- 
templer. Toutes  les  espèces  d'animaux  sont  représentées 
dans  cette  enceinte,  où  l'on  trouve  même  le  minotaure,  le 
sanglier  de  Méléagre,  les  lions  de  Cybèle,  etc.  Les  chevaliers 
admiraient  ces  merveilles.  Sylvana  les  mène  dans  son  palais, 
où  elle  a  préparé  un  jeu  charmant  dont  nous  parlerons,  mais 
nous  devons  revenir  à  Guérin  et  Renaud. 

Ils  combattaient  à  l'épée  avec  un  succès  égal.  La  lutte  est 
longue  et  fatigante,  parce  que  Guérin  avait  des  armes  en- 
chantées. On  en  doit  dire  l'origine. 

Guérin   eut  pour  mère  Fenice,  que  Sefferra  avait  nourrie. 


496  I    DODICI    CANTl 

Celle-ci  et  son  époux  Zenone  savaient  l'art  des  enchantements. 
De  Byzance  la  pauvreté  les  avait  conduits  à  Durazzo,  où  Sef- 
ferra  et  la  duchesse  de  ce  pays  accouchèrent  à  peu  près  en 
même  temps,  Tune  d'un  fils  qui  ne  vécut  pas,  l'autre  d'une 
fille  ;  mais  bientôt  la  duchesse  mourut,  et  Sefferra  eut  soin 
de  l'orpheline. 

Le  duc  Mustafa  était  mahométan;  il  mourut  deux  ans  après 
son  épouse,  laissant  deux  fils  et  la  jeune  fille  que  Sefferra 
élevait.  Cette  enfant  était  d'une  beauté  sans  égale.  Milon, 
duc  de  Tarente  et  fils  de  Gérard  de  Bourgogne,  en  devint 
amoureux.  Il  chassa  de  Durazzo  Naparro  et  son  frère  Madar, 
baptisa  Fenice,  qui  prit  possession  du  duché,  Fépousa,  et 
en  eut  Guéri n. 

Sefîerra  avait  prédit  à  la  duchesse  qu'elle  aurait  un  fils  qui 
ferait  grand  honneur  à  sa  famille.  Sous  le  palais,  du  côté  de 
la  mer,  elle  avait  un  souterrain  où  elle  évoquait  les  démons. 
Quand  Guérin  naquit,  elle  y  porta  l'enfant,  fit  venir  Vulcain 
et  lui  ordonna  de  forger  pour  Guérin  des  armes  meilleures 
que  celles  d'Achille,  qui  ne  pussent  servir  qu'à  lui  seul  et 
grandissent  avec  lui.  Il  devait  j  représenter  un  chêne  et 
y  inscrire  le  nom  de  Guérin.  Elle  conjure  Vulcain  par  Zoroas- 
tre,  Circé,  Médée,  Salomon,  la  Sibylle  de  Cumes,  Proserpine, 
Erichtho ,  le  Styx ,  le  Léthé ,  le  filet  où  il  prit  Mars  et 
Vénus,  etc. 

Une  allusion  k  la  révolte  des  Géants  contre  Jupiter  amène 
l'auteur  à  se  lamenter  sur  les  malheurs  de  l'Eglise  livrée  aux 
outrages  des  Colonna,  de  traîtres  italiens,  d'Espagnols  et 
d'Allemands  : 

Deh  !  vedi,  Christo,  corne  la  tua  Chiesa 
E  data  in  preda  delli  rei  Tithani 
Et  corne  dalla  gente  Collonesa 
Pria,  et  poi  dalli  maligni  Lutherani 
Fu  divorata  et  malamente  ofFesa 
Da  traditori  Ausoni  et  da  marani 
Celtiberi  et  crudei  Thedeschi  insieme 
Ch'  ognun  qnanto  più  puô  la  stratia  et  prieme. 

Paul  saura  sans  doute  conduire  la  barque  de  Pierre,  mais 
çomnv^iit  pourrn-t  il   conserver  la  foi,  si    celui  qui  devait  la 


I  DODICI  CANTI  497 

défendre  contre  Turcs  et  païens  se  fait  l'héritier  de  Luther  ? 
Dieu  ne  voit-il  pas  les  progrès  de  l'erreur?  Qu'il  vienne  donc 
au  secours  de  son  vicaire  et  le  rende  invincible  comme  Josué, 
sans  cependant  arrêter  le  cours  du  soleil, 

Vulcain  forge  les  armes  de  Guérin,  en  se  conformant  aux 
instructions  de  Sefferra.  Celle-ci  plonge  alors  l'enfant  dans 
l'eau  du  Styx  où  les  armes  ont  été  trempées.  Enfin  elle 
éprouve  si  le  corps  de  Guérin  est  réellement  invulnérable  et 
si  rien  ne  peut  entamer  son  armure. 

Cependant  les  frères  de  la  duchesse,  Naparro  et  Madar, 
conspiraient  pour  lui  enlever  le  pouvoir. 

Milon  avait  ordonné  de  grandes  fêtes  à  Durazzo  en  l'hon- 
neur de  la  naissance  de  son  fils.  Un  partisan  des  deux  frères 
veut  profiter  de  l'occasion  pour  leur  faire  recouvrer  le  duché. 
Finadusto  s'était  laissé  baptiser  par  simple  crainte.  Il  avise 
Napar. 

L'auteur  rappelle  ici  au  duc  d'Urbin  comment  il  eût  repris 
son  duché  sur  Léon  X  et  Lorenzino,  s'il  n'avait  été  trahi  par 
ceux  qui  l'accompagnaient.  Sans  leur  défection,  il  n'aurait  pas 
eu  à  demeurer  aussi  longtemps  dans  les  Marches  (nel  paese 
Marchiano)  (oct.  118-120). 

Naparro  lui  répond  qu'il  va  venir,  s'entend  avec  Astila- 
doro,  et,  à  la  tête  de  soixante  cavaliers,  se  dirige  sur  Durazzo. 

CHANT  XII 

L'auteur  cite  comme  ayant  perdu  leur  temps  quand  il  fal- 
lait agir,  Annibal,  le  rigide  chef  français  eu  Fouille,  le  Tos- 
can dont  les  fils  ont  appris  aux  dépens  de  leur  père  à  être 
vigilants  pour  éviter  un  sort  pareil  à  celui  de  leur  père  à 
Prato  :  ils  cherchent  aujourd'hui  à  rendre  la  liberté  à  leur 
pays. 

De  même,  le  duc  Milon  gaspille  ses  loisirs  à  Durazzo.  Il 
avait  licencié  ses  troupes  et  vivait  magnifiquement,  ouvrant 
sa  cour  à  tous.  Naparro,  sous  le  nom  de  Torindo,  vient  à 
Durazzo  avec  sa  troupe.  Finadusto,  qui  était  un  Turc  mal 
baptisé,  le  reçoit  volontiers.  On  dit  que  trois  sortes  d'eaux 
se  perdent  :  l'une,  c'est  la  pluie  qui  tombe  dans  la  mer  ;  l'autre, 
celle  dont  on  lave  la  tête  à  un  âne  et  qui  ne  vaut  qu'ingrati- 


4  98  I  DODICI    CANTI 

tude  ;  la  troisième  est  celle  qui  sert  à  baptiser  Juif,  Turc  ou 
Chaldéen.  Un  mauvais  juif  n'est  jamais  un  bon  chrétien.  Fi- 
nadusto  et  son  complice  Lamphjbo  ont  fait  ainsi  le  malheur 
de  Durazzo,  leur  patrie. 

Au  moment  où  tout  était  prêt  pour  le  tournoi,  un  grand 
tumulte  se  produit  dans  la  cité.  Naparro  et  ses  hommes  mas- 
sacrent les  chrétiens  sans  épargner  les  femmes  ni  les  petits 
enfants.  Le  bruit  en  vient  jusqu'au  palais.  Sefferra  prend 
Guérin  et  descend  dans  son  souterrain,  tandis  que  le  duc  et 
son  fidèle  Manfred  s'arment  pour  combattre.  'Mais  Sefferra 
évoque  les  démons  et  leur  fait  transporter  à  Constantinople 
et  remettre  à  l'empereur  les  armes  faites  par  Vulcain.  L'em- 
pereur les  destine  à  son  fils  alors  âgé  de  cinq  ans. 

Milon  et  son  épouse  sont  faits  prisonniers;  il  recouvrera 
sa  liberté  quand  son  fils  viendra  à  son  secours.  Sefferra  s'est 
embarquée  avec  l'enfant,  mais  des  corsaires  s'emparent  du 
bateau  et  jettent  à  la  mer  Sefferra  qui  est  changée  en  un  oi- 
seau blanc. 

A  Bjzance,  Guérin  fut  acheté  par  Epidonio,  dont  la  femme 
eut  à  la  même  époque  un  garçon  et  tous  deux  furent  élevés 
av.'c  les  mêmes  soins.  C'est  ainsi  que  Guérin  fut  baptisé  de 
nouveau  et  reçut  le  no;n  de  Meschino  ;  l'autre  enfant  eut  le 
nom  de  son  père,  Epidonio. 

A  l'âge  de  quinze  ans,  Guérin  vainquit  à  la  lutte  plus  de 
vingt  adversaires.  Alexandre,  fils  de  l'empereur,  lémoiu  de 
sa  vaillance,  voulut  l'acheter,  mais  Epidonio  lui  en  fit  don  et 
lui  raconta  que  des  corsaires  l'avaient  pris  avec  une  dame 
couverte  d'or  et  de  pierreries  et  une  nourrice  :  toutes  deux 
avaient  été  jetées  à  la  mer. 

Guérin  écoutait  etjurait  de  se  venger  sur  lesTurcs  auteurs 
de  ses  maux.  Il  devait  tenir  parole. 

Alexandre  voulut  essayer  les  belles  armes  que  Sefferra 
avait  fait  parvenir  à  l'empereur,  mais  il  ne  put  les  revêtir. 
En  vain  on  travaille  à  les  mettre  à  sa  taille.  Les  armuriers 
ne  peuvent  y  réussir,  car  elles  résistent  <à  leurs  outils. 
Alexandre  se  demande  quel  est  ce  Guérin  dont  le  nom  y  est 
gravé,  et  ce  que  signifie  le  chêne  qui  y  est  représenté. 

On  s'aperçoit  un  jour  que  les  armes  vont  au  Meschino  et 
Alexandre  allait  les  lui  donner,  mais  des  jaloux  s'y  opposent 


I   DODICI  CANTI  499 

et  l'empereur  se  rappelle  que  celui  qui  les  lui  a  remises,  a  dit 
qu'elles  devaient  être  le  prix  d'un  combat. 

Guérin  se  désespère,  car  il  voudrait  j  prendre  part.  Alexan- 
dre lui  promet  de  l'affranchir. 

Le  tournoi  est  annoncé.  Comme  une  trêve  régnait  entre 
les  chrétiens  et  les  Turcs,  ceux-ci  viennent  en  grand  nom- 
bre. 

Guérin  est  affranchi  et  armé  par  Alexandre  lui-même.  Mais 
sur  ses  armes  il  porte  un  vêtement  de  paysan  et  sur  sa  tête 
une  couronne  de  chêne  :  il  doit  demeurer  inconnu,  car  l'em- 
pereur le  ferait  périr,  s'il  savait  qu'il  ose  prendre  part  au 
tournoi. 

Guérin  renverse  d'abord  un  de  ses  oncles,  Madarro,  et  le 
met  à  mort.  Napparo,  son  autre  oncle,  demande  à  lutter  contre 
l'audacieux  vilain.  Il  est  abattu  avec  son  cheval  et  se  brise 
ré|)aiile.  Amiihvlo,  le  Persan,  est  également  désarçonné. 
L'on  renvoie  au   lendemain  la  suite  du  combat. 

Alexandre  désarme  lui-même  son  ami  qui  sert  à  table 
quand  les  chevaliers  prennent  place  au  banquet.  On  réclame 
le  vainqueur  de  la  journée  et  Alexandre  demande  l'avis  de 
Guérin,  qui  répond  :  «  L'inconnu  a  vaincu  parce  que  moi  je 
n'ai  pas  pris  part  au  combat.  »  Mais  l'empereur  entend  que 
seul  un  chevalier  y  soit  admis  ;  la  fête  continue. 

Le  jeu,  auquel  Sjlvana  avait  convié  Aleramo  et  Astolphe, 
consistait  à  détacher  des  cheveux  d'une  fée  et  sans  les  rom- 
pre, un  anneau  qui  avait  des  vertus  magiques.  Astolphe  essaie 
vainement,  Aleramo  réussit  sans  peine.  Astolphe  s'irrite  et 
Sjlvana  doit  le  calmer.  Puis  elle  leur  montre  une  salle  im  • 
raense  et  magnifiquement  décorée.  Des  peintres  y  avait  re- 
présenté un  chêne  que  tenaient  deux  pasteurs  couronnés  d'or 
et  de  pierres  précieuses,  comme  l'auteur  l'a  dit  déjà  ;  l'on 
voyait  les  travaux  de  l'un  et  de  l'autre.  L'un  posait  le  pied 
sur  un  monceau  de  livres  et  de  manuscrits,  à  côté  de  l'autre 
était  un  grand  monceau  d'armes  et  un  temple  d'abord  démoli, 
puis  reconstruit  pins  beau.  Un  lion  arrachait  un  rameau  du 
chêne  illustre,  mais  d'autres  rameaux  poussaient  plus  nom- 
breux et  il  se  couronnait  d'armes  victorieuses. 

Un  autre  pasteur  couronné  s'élevait  jusqu'au  ciel  sur  un 
char  de  feu.  De  son  manteau  il  couvrait  peu  à  peu  le  côté    le 


5  00  I  UODICI  CANTI 

plus  fameux  de  l'Italie  et  tendait  à  deux  jeunes  gens  deux 
pans  de  son  manteau.  Sur  son  diadème  d'or,  était  écrit  «  Paul 
III  »,  les  deux  jeunes  gens  avait  pour  nom  Alexandre  et  Ra- 
nuccio.  Aux  pieds  du  grand  pasteur  s'abritait  encore  un  tout 
jeune  homme,  Guido  Ascanio. 

Astolphe  et  Aleramo  admiraient,  mais  ils  ont  à  contempler 
d'autres  choses  dignes  de  l'attention  des  gens  intelligents. 

Un  berger  d'un  coup  de  pierre  brisait  la  tête  à  un  géant  dont 
tous  avaient  grand  peur.  De  même  le  berger  triomphe  d'un 
griffon  superbe  et  réduit  à  la  plainte  et  à  l'affliction  une  haute 
colonne  près  de  Rome. 

A  l'un  des  descendants  de  Guérin  le  pasteur  couronné  enlève 
Camerino  et  le  donne  à  Ottavio,  d'abord  tout  enfant,  puis  gen- 
dre de  l'aigle  qui  étend  ses  ailes  de  l'un  à  l'autre  pôle.  Le  des- 
cendant de  Guérin  cède  dans  l'intérêt  de  l'arbre  de  sa  famille 
et  reçoit  en  récompense  une  jeune  fille  sage  à  merveille,  ai- 
mée des  Grâces  et  des  Muses. 

Astolphe  et  Aleramo  entendent  un  concert  harmonieux. 
Sjlvana  ne  voulait  point  leur  révéler  ce  dont  ils  avaient  les 
images  sous  les  yeux  et  qui  ne  les  touchait  point.  Elle  les 
mène  dans  une  salle  voisine  d'où  sortaient  ces  sons.  La  fée  les 
fait   asseoir   sur  un  lit  richement  décoré  et  les  quitte. 

Au  chant  dernier  nous  disions  comment  Roland  arriva  à  Rio- 
Castello.  Sacripant  avait  été  mis  en  prison.  Quand  le  cor  du 
comte  eût  longuement  sonné,  les  cent  chevaliers  s'arment  :  les 
cinquante  meilleurs  vont  à  la  rencontre  de  Roland,  les  cin- 
quante autres  gardent  le  château.  Sarpedonte  tombe  mort 
un  des  premiers,  mais  ses  chevaliers  voulaient  le  venger,  et 
Roland  les  tailla  en  pièces.  Le  jeune  homme  qui  avait  tourné 
en  dérision  le  sage  vieillard,  était  chef  des  cinquante  laissés  à 
la  garde  du  château.  Il  se  rend  à  Roland  qui  fait  grâce  à  Ge- 
larco  à  la  condition  qu'Angélique  lui  sera  rendue  ainsi  que 
Silvia  à  Robert,  son  amant;  que  Sacripant  sera  mis  en  liberté 
et  que  Rio-Castello  sera  livré  aux  flammes.  Gelarco  consent 
à  tout  dans  l'espoir  d'hériter  ainsi  du  trésor  de  son  ami  Sar- 
pedonte. 

Le  poème  s'arrête  au  premier  vers  de  l'octave  108:  «  Plus 
de  six  cents  femmes  à  Rio-Castello » 


I  DODIGI  CANTI 


CANTO    PRIMO 

[F.  2  v°]   1.       Voi,  donne  et  cavallier,  d'  anu'  et  d'amore 
Se  mai  vi  delettô  legiadra  impresa, 
Invito  ad  ascoltar  con  tutt'  el  core 
E  d'  ardente  disio  con  1'  aima  accesa, 
Ch'  io  spero  col  poetico  furore 
Farvi  una  occulta  hystoiia  hoggi  palesa 
Quai  tenne  occulta  il  vescovo  Turpino 
Sol  per  honor  d'  Orlando  paladino. 

2.  El  vescovo  Turpin  per  riverenza 

Ch'  egli  hebbe  sempre  al  gran  signor  d'Anglante, 
La  scfiss'  et  po'  occulta  con  diligenza 
Finch'  ei  fu  unito  a  nostra  vita  errante, 
Dubiando  d'offuscarli  l'eccellenza 
Che  li  poteano  dar  sue  virtù  tante, 
S'egli  facea  palese  al  mondo  e  al  cielo 
Quello  ch'  in  quest'  hystoria  vi  rivelo. 

3.  Ma  perché  la  fatica  è  grande  et  lunga 
L'opra,  ch'  io  ordisco,  senza  el  divin  nume. 
Non  mi  par  bene  ch'  al  suo  fine  aggiunga, 
Se  non  mi  prest'  ella  il  suo  chiaro  lume 

E  ch'  in  tal  modo  mia  penna  dispunga 
Ch'  in  vergar  cart'  almen  si  bagni  al  fiume 
Ch'esce  dil  degno  fonte  di  Helicona 
Ov'  ogni  uon  poeta  s'incorona. 

4.  Lasso  che  causa  et  l'amarechia  sono 
L'aque  che  mi  bagnaro  in  prim'  ettade! 
Ond'  al  mio  legitor  chieggo  perdono 

S' io  prend'  a  me  le  non  concesse  strade, 
E  quella  prego^  délia  cui  ragiono 
Meco  sovente,  che  alla  d[e]itade 
Per  sue  virtù  legata  è  in  stretto  nodo, 
Ch'  a  questa  opra  midia  nel  dire  il  modo. 

33 


502  1    DODICI   CANTI 

[F.  2  V"]  5.       Et  tu,  mio  caro  sir,  idol  mio  santo, 
Campion  iavitto,  gran  diica  d'Urbino, 
Che  già  mostrasti  forza  et  valor  tanto 
Contr'  el  Mediceo  duca  Lorenzino, 
Cuopri  quest'  opra  mia  sott'  il  tiio  manto, 
Cii'io  non  divenghi  per  sempre  meschino 
Com'  i'  divenni  un'  altra  volta  ancora 
Per  dir  la  fama  tua  che'l  mondo  honora. 

6.  Délia  tua  quercia  corro  alla  dolce  ombra 
Quai  stanco  pellegrin  per  mio  riposo, 

Ch'  ella  soveute  el  caldo  estivo  sgombra 
Et  recréa  spesso  un  spirit'  angoscioso  ; 
Per  quella  gentilezza  che  ti  obombra, 
Essendo  tu  signor  giusto  et  pietoso 
Prendi  mie  rozze  rim'  in  queste  carte 
Piene  d'amor,  dispost'  ad  exaltarte. 

7.  So  ben,  signor  mio  car,  et  non  m'inganno, 
Che  debol  è  il  mio  stil  a  tant'  impresa, 

Ch'  essend'  io  gionto  al  quarantesim'  anno 
Et  l'aima  havendo  del  tuo  amor  accesa, 
Di  povertà  sopposto  al  crudo  affanno, 
Scriver  non  possi,  onde  mi  duol  et  pesa, 
Quanto  di  te  sarebb'  il  convenevole, 
Che  '1  tempo  et  la  stagion  è  malagevole. 

8.  Pur,  se  provasti  mai  nel  petto  amore, 
Debbi  certo  saper  quant'  è  sua  forza 

Et  corne  de  1'  amante  mut'  el  core 
Sol  nella  cosa  amata,  onde  si  sforza 
Sempre  honorarla  con  ogni  valore, 
Ne  mai  fiamraa  de  amor  sincer  s'  ismorza. 
Onde  io,  ch'amo  sol  te,  sforzato  sono 
Farti  di  mia  fatica  humile  un  duono. 

]F.  3  r°]  9.       Dico  nel  tempo  ch"  era  inamorato 

D'Angelica  d'Albracca  el  cont'  Orlando, 
Lasciô  la  patria,  la  moglier,    il  stato, 
Per  servirlei,  ma  sempre  suspiraudo, 
Che  via  fuggiva,  e  al  rivo  incantato 
Di  Merlin  gionto  il  paladino  errando 
Spegnervi  parte  del  suo  incendio  crese 
Col  ber  de  1'  onda  che  via  più  l'accese. 


CANTO   PRIMO  503 

10.  Nella  selva  d'Ardenna  è  noto  il  rivo 
Ch'  accende  e  infiamma  ogni  gelato  petto  ; 
Benchè  d'ogn'  amor  sia  rimoto  et  privo, 
L'accende  in  brieve  d'amoroso  affetto, 

Ne  poi  manca  mai  più  quel  fuoco  vivo 
S'al  fonte  odioso  pieu  d'ogni  dispetto, 
Quai  spegn'  amor  et  presta  odiosa  rabia, 
Contrario  a  questo,  non  bagna  le  labia. 

11 .  Fece  ambi  questi  fonti  un  negromante 
Che  fu  detto  Merlin,  quasi  propheta. 
Gionse  a  quel  primo  il  gran  signor  d'Anglante 
Et  al  secondo  l'anima  inquiéta 
D'Angelica  di  ber  tutta  bramante, 

Corne  volse  del  conte  il  mal  pianeta, 
Ond'  in  quel  corn'  in  liquido  christallo 
Più  volte  intense  il  labro  di  corallo. 

12.  Poi  per  strachezza,  che  correndo  quivi 
Giunta  era,  al  riposar  ratta  si  diede, 

Et  Orlando  per  caso  arivato  ivi 
Fra  l'herbe  et  fior  la  bella  donna  vede. 
0  che  contrario  effetto  hanno  i  dua  rivi  ! 
Un  fa  chi  il  gusta  pien  d'amor  et  fede, 
L'altro  crudo,  inhuman,  di  mortal  sdegno, 
D'ira,  discordia  et  d'odio  immortal  pregno. 

[F.  3  v«]  13.     E  perch'  al  dirvi  in  versi  i'  m'apparechio 
La  vostra  sterpe  onde  l'origin  hebbe, 
Et  quel  Guerin  del  vostro  ceppo  vechio 
V  è  di  chi  nacque  et  corne  in  virtù  crebbe. 
Non  vi  ri[n]cresca  il  porgemi  l'orechio, 
Perbenchè  la  mia  penna  quanto  debbe 
Non  puo  supplire,  supplirà  l'amore 
Et  la  mia  fe  che  è  testimonia   al  core. 

14.       Ma  pria  d'Orlando  alcune  cose  occulte 
Et  délia  figlia  del  re  Gallafrone 
Intendo  dirvi  con  mie  rime  inculte. 
Et  non  per  dar  infamia  al  gran  campione, 
Ma  sol  corne  d'amor  cieco  risulte 
Suspir,  pianto,  dolor,  aspra  passione, 
Stratio,  stento,  martir,  spietato  aflfan[n]o, 
Infideltade  expressa  et  grave  danno. 


504  I   DODICI    CANTI 

15.  Che  disprezza  costei  fuor  che  Rinaldo 
Ogni  spirto  gentil,  per  chi  arde  il  conte  ; 
Ella  ha  in  petto  per  quel  il  cor  più  caldo 
Che  freddo  per  costui,  mercè  del  fonte, 
Del  fonte  che  '1  pensier  li  diè  si  saldo 
D'amarla,  bench'  ei  n'habia  ingiurie  et  onte. 
Et  ella  d'amar  un  che  ognor  la  strugge 

Et  che  quai  tygre  paventosa  fugge. 

16.  Dismonta  adonque  Orlando  dal  destriero 
Per  prender  con  Angelica  il  diletto 

Ch'  atteso  havea  più  giorni  il  cavalliero, 
Ma,  per  timor  di  non  le  far  dispetto, 
Contentasi  mirar  quel  viso  altiero 
Ch'  ogni  altro  di  beltà  vince  in  aspetto 
Et,  perché  un  amator  è  impaciente, 
Fra  se  comincia  a  dir  Tanimo  ardente  : 

[F.  4  r°]  17.     «  0  faccia  che  somigli  al  chiaro  sole, 
0  labre  che  soverchi  ogni  corallo, 
Fronte  più  vaga  che  rose  et  viole, 
0  petto  d'alabastro,  o  di  christallo 
Lucida  gola,  o  man  morbide  et  sole 
Più  che  l'avorio  bianche  senza  fallo, 
0  membra  che  si  délicate  sete. 
Non  fian  men  belle  quelle  più  segrete  ! 

18.  Quelle  segrete  membra,  agli  ochi  ascose, 
Devon  pur  di  beltà  portar  la  palma  : 

Se  sete  agli  ochi  voi  si  delettose. 

Se  vo'  infiammate  il  cor  mio,  il  petto  et  l'aima, 

Che  farran  quelle  tante  desiose  ? 

Darrannomi  di  fuoco  maggior  salraa? 

Per  certo  si,  che  ardendo  io  cosi  lunge 

Dapresso  arderô  più  ch'  amor  più  punge.  » 

19.  Mentre  che  vaga  Orlando  in  tai  pensieri, 
Un  anitrir  di  Brigliadoro  sente 

Che  lasciato  pasceasi  in  quel  sentieri, 
Onde  la  donna  a  un  tratto  si  risente 
Et  gli  ochi  adrizzato  hebbe  a  quei  corsieri, 
Che  già  l'un  contra  Taltro  mostra  il  dente, 
Dico  il  ronzin  di  quellaet  Brigliadoro 
Ch'  ambo  pascendo  insiem  scontrati  fuoro, 


CANTO   PRIMO  505 

20,       Et  con  gran  calpestio  voltan  le  groppe. 
Onde  la  donna  corne  cervia  corre, 
Et  dietro  lei  par  ch'  Orlando  gualoppe 
Sol  pel  suo  Brigliadoi'  indi  via  tuorre  ; 
Presso  lei  gionto  volse  a  l'aime  poppe 
La  mano  il  palladin  subito  porre. 
Ella  dicendo  :  «  0  cavallier  vilano  !  » 
Sdegnosamente  le  fuggi  di  mano. 

[F.  4v°J  21.     Se  mai,  signer,  d'amor  sentisti  il  fuoco, 
Pensate  quai  dolor  Orlando  hor  habia 
Che  mal  avezzo  ail'  amoroso  giuoco 
Pei-  dolor  quasi  incautamente  arabia; 
Pensoso  in  dietro  si  ritira  in  puoco, 
Col  volto  smorto  pallide  ha  le  labia 
Et  sbigotito  quasi  è  si  rimaso 
Che  modo  ritrovar  non  sa  al  suo  caso. 

22.  Pur  verso  lei  guatando  l'ochio  gira 
Quai  sasso  immolo  privo  di  favella, 
Privo  di  voce  lagrima  et  suspira, 
Cerca  accostarsi  pur  pian  piano  a  quella, 
Quella  ch'  Orlando  inverso  se  andar  mira 
Divien  ogn'  hor  più  cruda,  più  fella, 

Et  dubiosa  di  se  prende  partito 

Farsi  aiutar  da  un  certo  anel  ch'  ha  in  dito. 

23.  Del  dit[o]  se  lo  trahe  etpone  in  bocca 
Et  via  sparisce  coma  nebbia  al  vente. 
0  tardanza  del  conte  vana  et  sciocca. 
Pria  che  vi  arivi  più  quanto  tormento 

N'  havrai  !  l'herba  ove  giaeque  quella  ei  pur  tocca, 
Pcnsando  si  pigliar  la  chioma  o  il  mento 
Toccar  di  quella  che  lo  scherne  et  stassi 
Quinci  vicina  ne  veder  più  fassi. 

24.  Ved'  ella  ciô  ch'  il  miser  conte  in  l'herba 
Opra  et  come  suspira  et  corne  piange, 
Conosce  quanta  sia  la  pena  accerba 

Che  l'inflammato  cor  delmeschino  ange, 
Ne  ladurezza  in  lei  si  disacerba 
Pel  dure  pianto  suo  che  i  sassi  frange, 
E  scerne  ove  giaeque  ella  in  ugni  canto 
Bagnato  il  luogo  per  l'amaro  pianto. 


50  6  I    DODICI    GANTI 

[F.  5r"]25.     Da  alcim  vista  non  fu  mai  rondinella, 
A  chi  sian  tolti  i  figliolin  del  nido, 
Volando  lamentarsi,  o  tortorella 
Dei  tolti  figli  a  lei  far  mesto  grido, 
Quanto  cercando  in  questa  parte  e  in  quclla 
Fa  il  conte  Orlando  dispietato  strido, 
Strido  da  muover  non  ch'  un  cor  di  carne 
Ma  un  di  diamanti  et  trita  polve  farne. 

26.  Angelica  chiamando  il  conte  grida, 
Echo  sola  ha  pietà  délia  sua  voce, 
Non  sa  s'ei  segua  lei  o  se  se  uccida, 
Tanto  la  fiamma  dentro  al  cor  le  cuoce; 
Di  ritrovarla  or  mai  più  si  diffida, 

Che  fugge  il  giorno  con  la  donna  atroce  ; 

Pur  un  pensier  il  paladin  riucora 

Ch'  al  Cataio  spem'  ha  vederla  ancora. 

27.  Con  tal  pensier  rissale  a  Brigliadoro 
Et  d'Angelica  lascia  il  palafreno. 
Angelica  si  sta  sott'  un  aloro 
Havendo  il  pelto  ancor  di  sdegno  pieno, 
Et  col  favor  del  suo  aneletto  d'oro 
Spera  ritrarsi  al  suo  nattio  terreno. 

La  notte  è  scura  et  giunge  a  quel  sentiero 
Onde  è  partito  Orlando,  un  cavalliero  ; 

28.  r  dico  a  quella  fonte  onde  la  dama 
Prima  bevendo  s'era  dipartita 

Et  poscia  il  conte  con  la  mente  grama, 

Ch'  indi  senza  più  ber  fece  partita; 

El  nuovo  cavallier  riposo  brama 

Che  '1  fonte,  l'ombra  et  l'hora  aciô  l'invita, 

Smonta  d'arcione  et  di  queir  acqua  beve 

Con  pensier  di  dormirsi  un  sonno  brieve. 

[F.  5  v°]  29.     Onde  se  l'elmo  et  al  destrier  il  freno 

Lieva  quel  grand  campion,  po'  in  l'herba  verde 

Si  colca  et  il  pensier  ch'  haveva  in  sieno 

D'amar  Angelica  hor  tutto  si  perde, 

E,  com'  havea  pria  il  cor  d'incendio  pieno, 

Si  rifredda,  anzi  aghiaccia  et  si  disperde 

Fra  le  crude  onde  l'insolente  amore, 

Che  '1  svelgono  elle  d'human  petto  fuore. 


CANTO    PRIMO  507 

30.  Dinanzi  al  conte  a  piè  partito  s'era 
Di  graa  lunga  Rinaldo  a  seguir  lei, 
Ma,  riscontrando  la  persona  altiera 
Di  Feraguto,  a  ritrovar  costei 

Fu  intertenuto  in  fin  l'oscura  sera, 
Che  si  deron  fra  lor  colpi  aspri  et  rei; 
Pur  la  fortuna  in  questo  intervalle 
Le  giovô  in  man  ponendoli  un  cavallo  : 

31.  Che,  quando  fu  da  Feragù  spedito, 
Sconli'ossi  in  un  caval  ch'  è  tutto  nero 
Et  di  seir  et  di  brigîia  si  guernito 
Che  '1  giudicô  di  degno  cavalliero  ; 
Fuvi  d'un  salto  in  su  l'arcion  salito, 
Po'  al  seguir  lei  riprese  il  suo  sentiero, 
El  sentier  che  drizollo  al  freddo  rivo 
D'ogni  amor  et  dolcezza  etpietà  privo. 

32.  Ma  la  donna,  ch'  al  lauro  vi  lassai, 
Già  sopragiunta  dalla  notte  oscura, 
Con  pena  si  lamenta  de'  sua  guai 

Et  ch'  abia  il  ciel  di  lei  sî  poca  cura. 
El  cavallier  giunto  hora  et  stanco  assai 
Dar  posa  al  corpo  fiacco  un  po'  procura. 
Cosî  si  adormî  in  l'herba,  sin  che  '1  giorno 
Nuovo  ogni  stella  scaccia  d'ogni  intorno. 

[F.  6r°]  33,     Non  più  che  F  alba  rugiadosa  appare 
Prender  il  suo  destrier  la  donna  pensa, 
Et  seco  sola  al  suo  regno  tornare 
Per  mezzo  délia  sua  virtud'  imensa 
Et  di  quel  degno  anel  che  non  ha  pare  ; 
Onde  si  lieva  in  tal  disir  accensa, 
Et,  mentre  el  cerca,  sente  un  mormorio 
Soave  d'  acqua  e  accostasi  a  quel  rio. 

34.     Pensa  che  '1  rio  sia  dove  havea  lasciato 
La  sera  inanti  el  suo  gentil  cavallo, 
Et,  quinci  et  quindi  errando,  hebbe  trovato 
Un  fonte  chiaro  a  guisa  di  christallo, 
Che  nel  mezzo  era  d'im  fiorito  prato, 
A  color  verde,  rosso,  bianco  et  giallo  ; 
Lavossi  in  quello  mani  et  volto  et  petto, 
Poi  bebbe  che  invitolla  il  fonte  eletto. 


5  08  I   DODICI   GANTI 

35.  Questo  era  il  fonte  che  scacciava  il  gelo, 
Anzi  l'odio  crudel,  del  petto  fuore 

Con  la  vii'tù  concessali  dal  cielo 
Per  mezzo  del  famoso  incantatore; 
Questo  il  fonte  è  che  germinava  il  zelo 
Et  rivocava  ogni  sbandito  amore  ; 
Questo  il  fonte  è  di  quai  bevuto  inaiite 
Havea  di  poco  il  yir  gentil  d'Anglante. 

36.  Gustate  ch'  hebbe  Angelica  quell'  acque 
Del  fonte  che  del  cor  durezza  toile, 

Un  certo  desiderio  al  cor  le  nacque 
Di  farsi  pia,  humil,  clémente  et  naolle, 
Benchè  '1  costume,  che  nell'  ossa  gi[a]cque 
Da  teneri  anni,  alcun  difficil  crolle; 
Pur,  quando  il  ciel  vuol  altrui  gastigare, 
Questo  molle  et  quel  dur  fa  diventare. 

fF.6v°]  37.     Indurù  donque  il  cor  di  Pharaone 

Quel  gran  monarca  che  nel  ciel  su  sede, 
Per  gastigar  di  Egitto  le  persone 
Et,  con  il  scetro,  al  re  tuor  l'ampia  sede  ; 
Amor  al  cor  di  Daphne  il  piombo  pone, 
Sol  per  gastigo  dar  a  Phebo  il  fiede  ; 
Rendendo  lei  per  lui  spietata  et  dura, 
Constrinse  in  lauro  a  rimutar  figura. 

38.  Cosi  per  gastigar  la  desdignosa 
Angelica  d'amor  disprezzatrice, 

El  ciel  guidô  Rinaldo  a  quella  odiosa 
Fontana  accerba  d'amor  sbanditrice, 
E  lei  ne  1'  altra  e  di  fîamma  amorosa 
Solecita  et  accuta  accenditrice 
Lasciô  tuffar,  e  il  sir  di  Montalbano 
Rese  per  questa  via  libero  et  sano. 

39.  Sano  Rinaldo  è  fatto  a  questo  fonte 
Che  da  Parigi  era  venuto  infermo 

E  schiavo,  a  piè  solcando  valle  et  monte, 
Nullo  faceva  contra  amor  ischermo  ; 
Più  tardi  mosso  arivô  prima  il  conte, 
Che  non  lo  lascia  il  grand  disio  star  fermo; 
Amor  che  è  cieco  il  guida  et  la  fortuna 
Di  lui  non  raostra  haver  pietade  alcuna, 


CANTO    PRIMO  509 

40.     Ma  via  ne  va,  corne  disopra  inteso 
(Se  si  ramenta  mio  lettor)  prima  hai, 
Rinaldo,  che  non  ha  più  fuoco  acceso 
Nel  petto,  dorme  senza  sentir  lai 
Presso  al  bel  fonte  infra  l'herbette  isteso. 
Suspira  con  toraaenti  pena  et  guai 
Angelica  che  cerca  et  non  ritruova 
El  destrier  anco,  et  pur  cercar  si  pruova. 

[F.  7r»]  41.     Già  in  l'Oriente  l'amorosa  stella 
Cedeva  al  sole,  quando  la  regina 
S'accorge  che  la  fonte  non  è  quella 
Ove  era  il  suo  caval,  perô  camina 
Tornando  in  dietro  et  un'  orma  novella 
Che  truovô  va  seguendo  la  mischina 
E  vede  il  cavallier  ch'  in  odio  haveva, 
Che,  come  i'  dissi,  in  l'herba  ancor  giaceva. 

42  Contempla  questa  donna  il  bel  campione 
Che  agli  ochi  soi  non  vide  unqna  il  simile, 
Ne  spera  di  veder  fra  più  persone 

Un  più  beir,  un  più  vago,  un  più  gentile  ; 
Onde  dentro  del  cor  questa  dispone 
In  lui  vedendo  aspetto  signorile, 
0  truovi  0  non  ritruovi  l'Argalia,] 
Costui  voler  sol  seco  in  compagnia  ; 

43  Et  rivoltando  gli  ochi  alquanto  a  dietro 
Vidde  il  caval  che  '1  sir  di  Montalbano 
Haveva  trovato  in  tempo  scuro  et  tetro. 
Et  ben  conosce  ch'egli  è  Rabicano 

Che  correa  sopra,  nol  spezzando,  il  vetro, 
Tanto  era  lieve  et  presto  in  monte  e  in  piano  : 
Onde  dubio  ha  che  '1  bon  Rinaldo  forte 
Al  suo  fratel  dato  habia  orrenda  morte. 

44  Cosi  dubiosa  un  gran  pensier  l'assale 
Di  vendicar  il  suo  frate  Argalia 
Mentre  che  dorme  il  paladin  con  taie 
Profundità  che  morto  par  che  sia  ; 

Et,  fin  ciô  pensa,  con  l'auraio  strale 
La  fere  Amor,  onde  ella  fantasia 
Muta  dicendo  :  «  Sarria  troppo  errore. 
Se  mia  œan  uccidesse  il  mio  signore.   » 


510  1    DODICI  CANTI 

(F.  7  v°)  45       Poi  l'itorna  a  mirar  il  paladiao 

Che  l'elmo  s'havea  tratto,  e  il  capo  d'oro 
Mostra  dormendo  et  l'aspetto  divino, 
Stando  quindi  suspeso  a  un  gelsomoro 
L'aven turato  elmetto  di  Mambrino 
Che  più  a  costui  ch'  a  tutto  il  popol  Moro 
Solo  conviensi  ;  et,  mentre  ella  in  lui  mira, 
Pei-  tenerezza  et  per  dolor  suspira. 

46  Duolse  ella  che  non  ha  per  prima  amato 
Questo  campion  et  le  sia  stata  dura  ; 

Hor  che  nel  petto  il  cor  tutto  ha  infiammato, 
Vorria  svegliarlo,  et  ben  non  si  assicura 
Da  l'altra  parte  il  suo  fratel  pregiato 
Vendicar  anco  délia  morte  oscura  ; 
Cosi  combatte  con  pietade  amore 
Nel  petto  feminil,  ma  pietà  muore. 

47  Che  fra  se  dice  :  «  Sel  fratel  mio  ha  occiso, 
Segno  è  che  di  lui  ù  stato  più  valente  ; 

La  sua  beltà  m'  [ha]  il  [cor]  tauto  conquiso 

Che  senza  lui  lassar  no[n]  vo[glio]  il  Ponente 

Pur  che  da  me  costu'  non  sia  diviso, 

Uccida  Gallaft'on  il  mio  parente, 

Tolgasi  il  regno  mio  meco,  che  tolto 

M'  ha  il  cor  con  la  bellezza  del  suo  volto,  » 

48  0  impaciente  sesso  feminile  , 
Quaudoegli  è  posto  in  amoroso  laccio  ! 
Divienpiù  che  mai  d'huon  forte  et  virile 

11  COI-,  quand'  arde  infra  la  nieve  e  il  ghiaccio 
Perché  natura  è  sel  d'amor  gentile 
Levar  un  fuor  di  tiuioroso  impaccio 
Et  renderlo  animoso  oltra  misura 
Spesso  eccedendo  il  segno  di  natura. 

[F.  8  r"]  49.       Fuggiva  dianzi  Angelica  costui, 
Hor  aspettar  non  puôche  si  risvegli 
Per  dimostrar  sua  bella  faccia  a  cui 
Porto  tanto  odio  pria,  perché  amor  dègli 
Questo  ardir,  et  disponsi  al  servir  lui 
Hor,  non  amarlo  sol,  benchè  le'  odie  egli. 
Né  più  superba  sta,  che  muta  in  lei 
La  voglia  Amor  quai  vince  homini  et  dei. 


CANTO    PRIMO 

50.  Et  perché  lo  conosce  a  nome  '1  chiama, 
Ond'  egli  alza  la  testa  et  quella  vede 

A  cui  porta  odio  et  non  sol  la  disama, 
Che  di  le'  odiar  tanto  il  fonte  le  diede, 
Né  parola  risponde  a  quella  dama, 
Ma  prestamente  rilevasi  in  piede, 
L'elmo  a  se  allaccia,  a  Rabican  la  briglia, 
Et  qui  di  Gallafron  lascia  la  flglia. 

51.  Angelica  che  vedesi  lasciata 

Da  questo  cavalliera  le  '  inhumano, 

Sopra  queir  herba  quasi  trangosciata, 

Ove  stat'  era  il  sir  di  Montalbano, 

S'assise  con  la  chioma  scapigliata, 

Anzi  stracciata  tutta  di  sua  mano, 

Et  poi  diceva  forte  suspirando  : 

«  Rinaldo  ingrato  più  che  grato  Orlando  ! 

52.  Orlando  non  senti  ma'  in  petto  amore, 

Se  non  quando,  aime  lassa!  i' venni  in  Francia  ; 

Ma,  tu  crudel,  perché  mi  dai  dolore, 

Che  non  mi  uccide  la  tua  forte  lancia, 

Poichè  ne  porti  teco  il  miser  core 

Lasciando  lagrimosa  la  mia  guancia  ? 

Ah  Rynaldo  crudel,  Rynaldo  ingrato, 

Presto  é  il  tuo  amor  in  odio  commutato  !  » 

l^F.  8.v°]  53.       Mentreche  la  regina  mischinella 

Piange  et  suspira  con  voce  alta  et  grida, 
Straccia  le  chiome  et  quella  faccia  bella 
Tutta  sgraffia  et  al  ciel  manda  le  stiida, 
Rivolge  gli  ochi  al  ciel,  chiama  ogni  stella 
Et  prega  morte  che  le  sia  sol  guida 
Et  va  cercando  l'ultimo  supplitio, 
8e  si  puo  dar  per  qualche  precipitio  ; 

54.       Non  ha  coltello  et  non  truova  luogo  atto 
A  darsi  morte  la  donzella  afUitta, 
Stracciata  ha  già  la  chioma  con  che  in  fatto 
Pottea  affogarsi,  e  ogn'  altra  via  prescritta 
Ella  si  vede,  onde  non  sa  quai  atto 
Possa  più  usar  pel  quai  le  sia  interditta 
Questa  vita  mortal:  perù  in  la  selva 
Invita  alla  sua  morte  ogn'  aspra  belva  ; 


512  1    DODICI    GANTI 

55,  Et  fin  che  si  lamenta  in  su  l'herbetta 
Ella  con  pianto  doloroso,  el  conte 

Via  cavalcando  giunse  a  una  via  stretta 
Alla  pendice  d'un  snperbo  monte. 
Un  gran  gigante,  ch'era  alla  velletta, 
Ginso  si  cala  al  cavallier  a  fronte 
Con  molta  furia  et  dispettoso  sdegno 
Tutto  infiammato  et   di  grand'  ira  pregno. 

56.  Porta  una  scimitarra  di  gran  peso 
L'horribile  gigante  etvien  gridando, 
Pur  quando  egli  èpiù  presso  sta  suspeso 
Ch'  esseï"  gran  cavallier  comprende  Orlando, 
Et  con  parlai-  summesso  a  dirgli  ha  preso  ; 

«  0  cavallier  che  qui  venesti  errando, 
Vuo"  che  mi  servi  un  anno  a  mio  diletto, 
Et,  se  ciô  veti,  a  battaglia  t'aspetto  » 

fF.9ro]  57.       El  conte,  che  d'amor  et  fiero  sdegno 

Et  di  forti  arme  et  di  gran  core  è  armato, 
Con  costui  di  battaglia  fa  dissegno, 
Perché  ne  va  quai  huom  che  è  disperato  ; 
Poichè  non  truova  il  vise  grato  et  degno, 
Non  prezza  più  la  vita  o  il  mortal  stato, 
Getta  la  lancia,  che'l  gigante  vede 
Esserne  sen[za],  poi  dismonta  a  piede. 

58.  Lo  scudo  imbraccia  etDurrindaua  afferra 
Et  animoso  va  contra  al  gigante 

Che  urla  quai  lupo  et  fa  tremar  la  terra 
Ovunque  per  le  smisurate  piante  ; 
Et  sopra  el  conte  tutto  si  desserra 
Costui  che  nominato  era  Gorante, 
Et  con  la  scimitarra  un  colpo  crudo 
Tirando  al  conte  spaccô  tutto  el  scudo. 

59.  La  fatagion  giovolli  et  l'armatura 

Che  al  braccio  scese  il  brando  del  pagano 

Et  feceli  si  cruda  acciaccatura 

Che'l  scudo  in  pezzi  le  cascô  di  mano  ; 

S'adira  il  conte  fuor  d'ogni  misura 

Et  entra  sott'  al  perfide  villano 

Ch'un  braccio  taglia  netto  e  il  capo  fende, 

Tanto  acramente  Durrindana  scende. 


CANTO    PRIMO  513 

60.       Tagliô  presso  alla  spalla  il  braccio  quale 
Teneva  il  scudo  del  gigante  inico  ; 
Non  fu  mai  visto  colpo  più  mortale 
Che  venuto  era  dal  vallor  antico 
Di  Francia,  maqnelfusto,  corne  l'aie 
Havesse,  via  parti  senza  altro  intrico  ; 
Et  lascia  il  mezzo  capo,  il  braccio,  il  scudo 
Quivi  in  terra  il  villan  spietato  et  crudo. 

[F.  9  v°]  61.       .Stupido  resta  il  conte  et  fra  se  stesso 
«  Per  certo,  dice,  questa  è  strana  cosa: 
r  so  che'l  duro  capo  i'  gli  ho  pur  fesso 
Col  braccio  che  quà  l'un  l'altro  si  posa.  » 
Et  per  meglio  veder  l'andô  più  presso. 
0  Dio  ch'  orrend[aj  cosa  et  spaventos;; 
Che  non  più  che  nel  sangue  il  piede  puone, 
Resta  subito  il  conte  ivi  prigione  ! 

62.  Et  la  man  mozza  el  scudo  abandonando 
Nel  petto  il  prese  et  tennelo  si  stretto 
Che  più  non  si  potea  crollar  Orlando, 

Ma  andar  prigion  conviengli  al  suo  dispetto, 

Gh'è  tornato  il  gigante  fulminando, 

Con  mezzo  capo  sol,  corne  i'  v'  ho  detto, 

Et  con  un  braccio  carco  di  catene  : 

Una  el  sir  lega  et  l'altra  man  lo  tieue. 

63.  Poich'è  legato  il  palladin,  quel  fusto 
Si  piega  in  terra  e  1  mezzo  capo  toile 

Et  il  braccio  anco,  e  acostati  al  lor  busto 
Si  rappiccor  quai  cera  calda  et  molle. 
Adiveuton'  il  gigante  più  robusto. 
Orlando  sta  com'  insensato  et  folle 
Et  Brigliadoro  va  per  la  foresta 
Sbruffando  nari  et  crolando  la  testa. 

64.  Legato  si  ritruova  il  palladino 

In  un  momento  et  di  piedi  et  di  braccia  ; 
Se  bevea  l'onda  al  fonte  di  Merlino, 
Dico  sol  quella  ch'  amor  svelle  et  scaccia, 
Forsi  non  seguitava  il  rio  camino  ; 
Hor  il  gigante  in  spalla  se  lo  caccia, 
E  in  una  torre,  ch'  è  fra  monte  et  monte, 
Cosi  legato  puone  il  fiero  conte. 


514  1    DODICI    CANTI 

[F.   10  r°]  65.     Et  doppo  torna  alla  vedetta  iu  alto 
p]t  vede  un  altro  cavallier  venire, 
Onde  giù  corre  pei-  l'herboso  smalto. 
Al  cavallier  gridando  prese  a  dire  : 
«  A  che  nel  mio  terren  fai  questo  salto, 
Senza  elmo  in  testa  a  rischio  di  morire  ? 
0  converatte  star  meco  per  fante 
0  qui  morendo  non  girai  più  ayante.  >» 

66.  El  cavallier  ch'  altiero  et  orgoglioso, 
Disse  :  «  Un  ragazzo  bon  non  mi  sareste.   » 
Et  sfodra  il  brando  in  vista  desdignoso. 
Mosso  a  battaglia  con  le  mani  preste, 
Contra  el  gigante  va  tutto  animoso, 

Ne  furibondo  nien  del  Greco  Oreste, 
Contra  costui  con  mani  et  con  parole 
El  sdegnoso  pensier  qui  sfogar  vuole  ; 

67.  El  pensier  che  d'Angelica  l'accora 
Et  del  preso  elmo  et  délia  villania 
Che,  cou  la  voce  chiara  alta  et  sonora, 
In  mezzo  il  fiume  il  già  morto  Argalia 
Le  disse  quai  le  preme  l'aima  ancora, 
Sfogar  qui  vuol  con  la  persona  ria 

Di  quel  gigante  a  cui  mal  starà  saldo 
Per  le  percosse  havute  da  Rinaldo. 

68.  Pur  le  disse  el  gigante  :  «  0  daraigello, 
Habii  compassion  délia  tua  vita. 

Non  voler  meco  prender  il  duello. 

Perché  la  forza  raia  tropp'  è  infinita; 

Sono  per  far  di  te  crudel  macello 

Se  '1  brando  mio  quai  suol  mi  presta  aita. 

Onde  di  te  mi  duole  et  pesa  forte 

Che  vai  cercando  volontaria  morte. 

[F.   10  v"]  69.     Pur  se  ti  rendi  a  me  senza  battaglia, 
Volendomi  servir  et  far  honore, 
Salvarai  la  tua  piastra  et  la  tua  maglia, 
Anzi  la  vita  tua,  che  fua  el  migliore.  » 
Rispuoseli  el  guerrier  :  «  Deh,  caglia,  caglia, 
Perro  vigliacco,  perché  mai  non  muore 
Huom  generoso.  »  Et  va  col  capo  igniudo 
Contra  di  lui  sol  con  la  spada  e  il  scudo. 


CANTO    PRIMO  515 

70.  Col  brando  vibra  et  dentro  al  petto  il  fîede. 
Quel  versa  il  sangue  et  qiiesto  d'arcion  scende, 
Che,  quando  il  colpo  oltra  modo  li  diede, 
Riman  la  spada  in  l'osso  ch'ella  offende  ; 
Perciô  scavaica  che  rihaverla  crede, 

Ma  il  ferito  gigante  non  attende 

Qui,  che  sparve  con  quella  in  un  momento. 

Pur  di  lei  cerca  il  sir  con  gran  spavento, 

71.  Che  corne  il  piè  nel  sangue  il  guerrier  puone 
Non  altrimente  che  in  la  pania  el  tordo, 

Ne  libero  si  truova  ne  prigione, 
Onde  per  rabbia  vien  quasi  balordo 
Et  bastemia  divoto  il  suo  Macone, 
Linci  partirsi  desioso  e  ingordo, 
Che,  quanto  più  ritrarsi  indi  procaccia, 
Tanto  più  dentr'  al  vesco  si  ricaccia. 

72.  Si  che  trovandose  a  quel  modo  preso 
Senza  battaglia  et  men  da  quella  sciolto, 
Resta  in  dubio  di  se  forte  et  suspeso  ; 
Hor  se  aroscia,  hora  impalidisse  in  volto 
Et  ha  da  tanta  stizza  il  cor  oifeso 

Che  brama  vivo  vivo  esser  sepolto, 
Ne  sa  truovar  partito  che  le  giuovi 
A  ritrarsi  indi,  ancor  che  più  ne  pruovi. 

[F.  llr°]73.     Et  cosi  stando  a  se  vede  venire 

Brancolando  quai  huom  che  è  senza  lena 
L'antropophago  che  non  puô  morire, 
Mostrando  in  apparenza  haver  gran  pena. 
Quando  fu  presse,  il  valoroso  sire 
Col  scudo  che  in  man  tien,  sul  capo  mena, 
L'osso  le  ruppe  et  il  cervel  schiacciolli, 
Credendo  farne  mill'  augei  satolli. 

74.     Vedendo  il  cavallier  poi  quel  gigante 
Col  capo  rotto  rovesciato  in  terra. 
Gerça  con  ogni  forza  a  se  le  piante 
Dal  sangue  trarre  et  terminar  la  guerra. 
Oprando  le  sue  forze  tutte  quante 
Per  partirsi  indi  in  un  li  spirti  serra, 
Et,  mentr'  al  riscattarsi  egli  ha  il  pensiero, 
Eccoli  di[e]tro  giunse  un  cavalliero. 


51  fi  I   DODICI  CANTI 

75.  Ben  lo  conobbe  el  cavallier  che  giunse, 
Ch'  aveaa  soveute  insiem  fatto  battaglia 
Et  con  la  spada  l'uno  Faltro  punse 

Più  volte  sgrettolando  piastra  et  maglia; 

Eran  nemici,  et  pietà  il  cor  le  emunse 

Vedendo  che'l  nimico  si  travaglia 

Per  uscir  fuor  délia  sanguigna  pania 

Tal  ch'  ello  ancor  par  quello  ardendo  sraania. 

76.  Quest  'era  il  gran  signor  di  Montalbano, 
Quel  altro  è  Feraguto  il  cavalliero 

Di  Spagna  ardito,  e  '1  dosso  ha  ognun  mal  sano 

Ch'  a  battaglia  eran  stati  il  di  primiero 

Per  Angelica  solo,  bench'  in  vano, 

Ch'  ella  partendo  prese  altro  sentiero. 

Et  pur  si  duol  Rinaldo  poichè  vede 

Prigione  il  suo  rival  e  a  pena  il  crede. 

[F.  11  v°177.     Et  tanto  più  si  duol  ch'  aiutarlo  hora 
Vorebbe  uè  vi  vede  modo  o  ingegno, 
Ond'  a  un  tempo  s'infiamma  et  discolora 
Per  rabia,  per  furor  et  per  disdegno 
Ch'  ha  veder  si  el  Spagnuol,  et  dubia  ancora 
Forsi  aiutando  altrui  restarvi  pegno  ; 
Pur  si  dispon  di  havervi  a  rimanere 
Più  presto  che  mancar  del  suo  devere. 

78.  Dismonta  adonque  da  1'  arcione  et  prende 
Con  una  man  le  redine  al  destriero 

Che  fu  de  V  Argalia,  che  non  intende 
Quai  pria  havea  fatto  a  piè  far  più  sentiero  ; 
Con  l'altra  al  braccio  del  Spagnuol  s'estende 
Et  tira  quanto  puô  il  forte  guerriero, 
Ma  quanto  più  costui  tirar  si  pruova, 
Tanto  meno  a  colui  tirato  giuova. 

79.  La  forza  di  Rinaldo  era  cotanta 

Ch'  avria  da  sua  radice  un  monte  svelto, 

Ne  a  questa  volta  pur  si  loda  o  vanta 

Di  sua  fortezza  il  valoroso  Celto  ; 

Non  fu  mai  radicata  in  terra  planta 

Quanto  in  quel  sangue  il  sir  fra  gli  altri  scelto 

In  vera  gloria  del  terreno  Hyspano, 

Onde  Rynaldo  s'afFatica  in  vano. 


CANTO   PRIMO  517 

80.    In  vano  s'afFatica  il  sir  pregiato 
Volendo  a  Feraù  prestar  aita, 
A  Feraù  nel  sangue  inviluppato 
Che  si  ved'  a  1'  estremo  di  sua  vita  ; 
La  briglia  lascia  del  cavallo  honrato 
II  Franco  et  quello  ad  aiutarsi  invita, 
Con  ambe  mani  per  le  braccia  il  tira 
Et  quiuci  et  quindi  intorno  al  sangue  gira. 

[F.  12r°]  81.     S'agira  intorno  el  sangue  il  coragioso 
Che  quel  machia  le  par  magior  che  pece, 
Quanto  più  puô  s'aiuta  l'orgoglioso 
Et  che  nol  lasci  a  Rynaido  fa  prece, 
Quai  per  l'impacientia  furioso 
Vien,  che  tirando  un  pezzo  nulla  face  ; 
Onde  dalla  vergogna  et  furor  spinto 
Hebbe  lo  Hyspan  con  ambe  braccia  avinto. 

82.  Assettassi  quai  huom  che  giuoca  a  lotta 
Ch'  alzar  sel  crede  corne  Alcide  Antheo  ; 
Una  man  puonli  sotto  la  colotta, 

Ma  quel  sta  ferino  più  che  Caphareo 
Che  del^raar  Friso  regge  ad  ogni  botta, 
Onde  entra  egli  nel  sangue,  et  non  poteo 
Far  altro  ;  et  cosi  furno  ambi  impaniati, 
Più  di  vergogna  che  di  piastra  armati. 

83.  Non  so,  signer,  se  voi  vedeste  mai 
Quand'  un  smeriglio  truova  qualch'  augello 
Al  vesco  preso,  et  che  egli  essendo  in  guai 
Invita  il  predator  stridendo  a  quello 
Luogo,  onde  questo  ancor  entra  ne'  lai, 
Ch'  invescato  si  truova  insien  con  ello, 

El  simigliante  fe  il  figliuol  d'  Amone 
Che  col  Spagnuol  si  ritrovô  prigione. 

84.  Quando  se  accorse  el  gentil  Rabicano 
F.sser  libero  fatto  per  ventura. 

Non  più  temendo  il  monte  aspro  che  il  piano, 
Sol  galoppando  per  la  selva  oscura, 
Con  Ferraguto  quel  di  Montalbano 
Lasciô  impaniato  et  ben  con  grave  cura. 
Gorante  al  calpestio  quasi  svegliato 
El  cervel  toise  et  puoselo  al  suo  lato, 

34 


518  I    DOniCI   CANTI 

[F.  12v°]  85.     Et  po'  alli  due  impaniati  una  catena 
Subito  gitta  al  coUo  et  al  traverse 
Di  lor  rivolta  l'una  a  l'altra  schiena. 
Stretto  che  gli  ha,  lo  sangue  in  terra  asperso 
Tutto  racoglie  et  riraette  in  sua  vena 
Et  poi  diventa  più  crudo  et  perverso, 
Che  ambo  costoro  porta  sotto  un  braccio 
Legati,  corne  è  detto,  in  stretto  laccio. 

86.  Dentro  la  terre,  dov'  è  posto  il  primo, 
Puonvi  a  un  sol  tratto  col  seconde  il  terzo 
Cosî  legati  insieme  nel  più  ime 

Luogo,  ne  par  ai  cavallier  bel  scherzo. 

Onde  une  a  l'altre  :  «  Aimé  !  morte  mi  stimo.  » 

L'altre  risponde  :  «  Et  io  con  morte  scherzo, 

Ma  questo  scherzo  mio  fia  quel  dasezzo 

Ch'  a  tai  pasticci  sono  mal  avezze.  » 

87.  Rinalde  a  Feragù  cosl  diceva  : 

«  Ah  lasse  mè  !  vedend'  io  quel  cervelle 
Sparso  in  terra,  cosi  coglier  doveva 
Et  buon  spatie  loutan  giltar  da  quelle 
Luogo,  che,  quand'  ei  poi  corr'  il  voleva, 
Non  l'havendo  truovato  sarebb'  elle 
Ite  a  cercarlo  errando  quinci  et  quindi, 
Fin  che  usciti  saremme  nui  pur  d'indi.  » 

88.  Rispondendo  el  Spag[n]uol  disse  :  «  Aimé  lasso  ! 
Se  fusse  qui  la  mia  madré  Lanfusa 

Quaudo  ch'  io  giunsi  al  perigliose  passe, 
Del  troppe  ardir  non  converia  far  scusa, 
Che  '1  gigante  saria  di  vita  casso, 
Imperô  ch'  ella  ogni  malia  che  se  usa 
In  l'arte  maga  ha  si  in  la  mente  fissa 
Che  per  nui  meglio  si  finia  la  rissa.  » 

[F.  13r°]  89.      Poi  ch'  impregionato  hebbe  entre  la  terre 
I  dua  guerrieri  il  perfide  assassine, 
Per  l'alto  monte  su  poggiando  cerre 
Onde  sceprir  potea  ogni  peregrino, 
Ch'  egli  la  crudeltà  mai  non  aborre, 
Ma,  cerne  Alane  et  perfide  mastine, 
La  preda  aspetta  et  vede  indi  i  destrieri 
Del  prime  et  del  seconde  cavallieri. 


CANTO   PRIMO  51< 

90,  Falle  la  guardia  et  la  scia  pascolare 
Et  tal  hor  va  sonando  una  zampogaa. 
Ma  questi  tre  prigion  vi  vo'  lasciare, 
Che  ritornar  a  Angelica  bisogna 
Quai  vi  lassai  soletta  a  lamentare 

Di  sua  sorte,  e  il  Cataio  hora  se  agogna  ; 

Ma  indarno  di  Rinaldo  ancor  si  lagna 

Ch'  entra  el  cor  arde  et  fuor  il  petto  bagna. 

91 .  Se  vi  ramenta,  del  figliuol  d'Amone 
Si  biasma  questa  et  di  sua  scortesia 
Et  loda  in  parte  il  figliuol  di  Milone, 
Ma  non  perch'  amarlo  habia  fantasia, 

Et  suvengli  hor  d'un  altro  gran  campione 
Ch'  ha  corona  et  gran  regno  in  Circasia, 
Saggio,  discrète  et  pur  di  questa  amante, 
Valoroso,  nomato  Sacripante. 

92         Poi  le  ritorna  a  mente  il  re  Agricaue 
Ch'  al  padre  dimandar  la  fece  in  sposa 
E  ch'  ella  el  dispregiô  a  guisa  d'un  cane, 
Per  essere  oltra  modo  borïosa. 
Hor  che  sola  si  vede  in  parti  extrane, 
0  darsi  in  preda  o  farsi  coragiosa 
A  suo  mal  grade  testé  le  conviene, 
Uscir  volendo  fuor  di  tante  pêne. 

F.  13  v°]  93.     Sovente  la  beltade  è  gran  cagione 
Di  condurr'  una  donna  in  stato  acerbo. 
Bella  è  la  figlia  del  re  Gallafrone, 
Ma  ha  il  cor  sdegnoso  et  l'animo  superbo 
Ne  mai  si  muta  d'aspra  openione 
Ch'  ha  solo  enganni  sotto  il  dolce  verbo, 
Et  ha  d'amanti,  ma  indarno,  gran  copia 
Dal  mar  di  Francia  in  sin  a  l'Ethiopia. 

94.       Hor  ama  un  cavallier  che  lei  disprezza 
Et  per  lui  lagrimosa  ella  ha  la  guancia  ; 
Orlando,  che  potea  per  sua  prudezza 
Condurla  in  India  dalla  bella  Francia 
E  ovunche  andava  délia  sua  fortezza 
Far  paragon  col  brando  et  con  la  lancia, 
E  sprezzato  da  lei,  o  grand'  errore  ! 
La  donna  sempre  attiense  al  suo  peggiore. 


520  I    DOOICI    CANTI 

95.  Tal  cosa  ad  ogni  donna  è  naturale, 
Perô  Angelica  ancor  scusar  si  puote 
Se  del  suo  fallo  il  pentir  poco  vale, 
Se  lagrimose  tien  ambe  le  gote; 
Rynaldo  fugge  et  entra  in  magior  maie. 
Et,  se  piange  ella,  ei  fa  dolenti  note 
Neir  oscura  prigion  dove  Orlando  era 
Statovi  infine  alhor  da  l'altra  sera. 

96.  S'havete  a  mente  ben,  non  è  gran  tempo 
Che  si  parti  Rinaido  da  quel  fonte 
Contra  Angelica  irato,  perché  un  tempo 
L'altro  discaccia  con  rubesta  fronte  ; 
Arse  egli  per  Angelica  già  un  tempo, 
Hora  ha  di  ghiaccio  in  petto  fatto  un  monte 
Et  per  lui  ella  le  sue  membra  tenere 
Rivolte  quasi  sfavillando  in  cenere. 

[F.  14  t'O]  97.     Pur  dispon  ella  in  brieve  a  suo  paese 
Tornar  col  sol  aiuto  del  suo  anello. 
Et,  ritrovato  il  suo  caval,  lo  prese 
Et  le  stracciate  chiome  al  capo  bello 
Incultamente  attorse  et  dopo  ascèse 
Piangendo  al  destrier  suo  ligiadro  et  snello 
Et  cavalcando  afflitta  et  chetamente 
Uscir  d'un  bosco  humana  voce  sente, 

98.  Di  quai  el  tuono  era  in  bequadro  grave, 
Che  formava  d'Angelica  il  bel  nome  : 

«  Angelica,  dicea,  nome  è  soave, 

Ma  non  soavi  son  l'ardenti  some 

De  l'aspre  fiamme  inceadiose  et  prave 

Ove  io  nudrisco  il  cor  et  non  so  come.  » 

Enteso  quel,  Angelica  il  mirava 

Che  in  un  cespuglio  a  suspirar  si  stava. 

99.  Mentre  Gorante  li  dui  cavallieri 
Lego,  senza  esser  visto,  passô  in  tanto 
Il  re  di  Circasia  con  strani,  feri 

Et  acerbi  dolor,  occulto  pianto, 
E  in  su  l'herba  hora  sfoga  quel  pensieri, 
Che  quivi  giunto  havea  et  solcando  quanto 
Poteo  di  mar  et  terra  per  trovare 
Costei  che  di  beltà  non  havea  pare. 


CANTO   PRIMO  521 

100.        S'avvien  che  un  cacciator  vada  per  boschi, 
Sempre  par  le  veder  la  fiera  inaute  ; 
Se  vede  o  tronchi  o  sassi  in  luoggi  foschi, 
S'  e'  dal  vento  ode  muoversi  herbe  o  piante, 
Pensa  che  qualche  fera  ivi  s'imboschi 
Et  a  quel  luogo  drizza  et  ochi  et  piante. 
Altresl  fu  d'Angelica  il  pensiero 
Che  sia  Rynaldo  suo  quel  cavalliero, 

^F.  14  v°]  101.     Quel  cavallier  per  chi  arder  si  sente 
L'Angelica  regina  el  miser  core 
Da  qui  se  propria  nominar  sovente 
Ode  ;  et  conosce  quanto  puote  amore 
In  gentil  cor,  onde  divien  più  ardente, 
Anzi  più  amando  cresce  il  gran  fervore, 
Et  pensa  che  quel  sia  di  che  ella  è  amante 
Et  non  lo  inamorato  Sacripante. 

102.  Da  lungi  el  vede  sol  d'armi  coperto 
Dal  capo  al  piè,  perche  non  se  ha  levato 
Elmo  et  men  da  visera  s'è  scoperto, 

Et  manco  el  pu6  veder  da  ciascun  lato  ; 
Se  questo  è  il  suo  Rynaldo  o  no.  di  certo 
Non  sa,  ma  il  cor  suo  misero  impiagato 
Creder  le  fa  che  sia  Rynaldo  solo 
Quello  per  chi  nel  petto  ha  eterno  duolo. 

103.  Voria  chiamarlo,  et  dubita  che  quello 
Via  da  lei  fugga  corne  havea  pria  fatto, 
0,  s'ella  s'appresenta,  raccorgasi  ello 
Di  lei,  il  cor  resti  in  cener  disfatto, 

Se  lei  fugge  anco  il  suo  signor,  ribello 
Ad  Amor  et  a  lei  si  mostri  in  fatto  ; 
Ivi  morir  dubia  in  le  flamme  accese 
D'  Amor  a  chi  si  son  sue  forze  apprese. 

104.  Et  perô  il  mira  ne  le  vuol  far  motto. 
La  vede  il  re  et  conosce  et  ben  se  accorse 
Del  fatto  tutto,  onde  surge  di  botto 

E  dinaTnJzi  al  caval  di  questa  corse. 
La  donna  non  poteo  tuorsel  di  sotto 
Ne  cura  hebbe  l'anello  in  bocca  porse. 
Perché  la  mano  del  bel  palafreno 
El  re  correndo  pose  al  duro  freno. 


522  I  DODICI  CANTI 

[F.  15  r°]105.     Crese  ella  che  Rynaldo  il  guerrier  crudo 
Fusse  quel  che  nel  bosco  udî  dolerse 
Di  lei  infiammato  ancor  ne  che  più  il  scudo 
Di  durezza  tenesse,  onde  si  ofFerse 
Sicura  a  lui,  ma  quel  di  timor  gnudo 
Che  più  da  lui  si  parta  non  sofferse, 
Che  venuto  era  di  lontan  paese 
Per  trovar  questa  ingrata  et  discortese  ; 

106.  Et  di  Rynaldo  più  dotto  et  d'Orlando, 
Come  colui  che  n'  ha  più  cognitione, 
Ch'avea  per  lei  già  esercitato  il  brando 
Tuorla  volendo  al  padre  Gallaphrone, 
Perô  fu  ratto  ancor  che  suspirando, 
Che  sa  come  ella  per  incantagione 
Potea  fuggir  sicura  senza  impaccio 

Et  lui  lasciar  in  fuoco  eterno  e  in  ghiaccio. 

107.  Perô  lei  vista  non  le  vuol  dar  tempo 
Come  fe  Orlando  al  fonte  di  Merlino, 

Che  sa,  se  questa  ingrata  donna  ha  tempo, 
Che  più  non  haverà  di  lei  dimino. 
Et  imperô  si  mosse  contra  tempo 
A  romperli  el  pensier  et  il  camino, 
Ch'un  negromante  haveva  il  re  ammonito 
Di  queir  anel  ch'ella  portava  in  dito. 

108.  La  virtù  dell'  anel  seppe  il  Circasso 
Dal  negromante  et  perô,  in  un  momento 
Suso  levato  in  fretta,  mosse  il  passo, 
Che  spesso  nuoce  l'esser  troppo  lento. 
Rimase  il  cor  délia  regina  casso 
D'ogni  baldanza  sua,  d'ogni  ardimento 
Et  resesi  a  quel  re  come  prigione 

Ma  pur  perô  con  certa  conditione. 

109.  Disse  Angelica  a  lui  :  «  Per  mio  signore, 
Per  mio  signore  ti  accetto,  o  Sacripante, 
Perché  son  certa  che  mi  porti  amore, 

Che  per  trovarmi  hai  lasciato  il  Levante 
Et  qui  venesti  con  l'acceso  core, 
Chel  mi  mostrar  le  tue  parole  santé 
Infiammate  d'amor  quando  chiamavi 
Il  nome  mio  con  gli  acenti  soavi. 


CANTO  PRIMO  52^ 

[P.  15vo]110.     Con  questo  patto  fia  nostra  amistade 

Ch'  ua  mio  nimico  che  '1  fratel  m'  ha  ucciso 
Per  riibargli  el  destrier  pien  di  boutade, 
Sia  da  tua  mano  a  brano  a  brano  anciso, 
Ne  prima  havrà  mio  cor  di  te  pietade 
Ne  mai  pria  lieto  vederai  mio  viso  ; 
Ma,  se  ciô  fai,  ti  giuro  et  ti  prometto 
A  tutto  tuo  piacer  darti  diletto.  » 

111.  Signor,  com'  un  nochier  che  in  la  tempesta 
Del  mar  più  giorni  affaticato  in  vano, 

Dal  vento  posta  è  poi  sua  nave  mesta 
In  luogo  salvo  oltra  el  sperar  humano, 
Fa  con  gli  amici  suoi  letitia  et  festa, 
E  par  per  alegrezza  quasi  insano, 
Altresî  fece  il  degno  re  et  cortese 
Quand'  el  parlar  délia  sua  donna  entese. 

112.  Ha  tanto  gran  disio  d'esser  signore 
Di  quella  donna  che  cotanto  egîi  ama, 
Ch'  assai  promette  più  che  non  dà  il  core, 
Che  compiacerle  in  vita  e  in  morte  brama, 
Et  già  alla  palma  invitalo  e  a  l'honore 
Délia  vettoria  il  gran  disio  lo  chiama, 

Et  parle  haver  già  l'une  et  l'altro  in  mano 
Ne  sa  che  quell'  è  il  sir  di  Monte-Albano. 

113.  La  donna,  che  di  gran  malitia  è  piena, 
Volendosi  costui  dinanzi  tuorre 

Perch'  Amor  legô  lei  nella  catena 
Sol  per  Rynaldo  ne  si  puô  distorre 
Da  quel  voler  col  quai  Amor  la  mena, 
Possendo  Sacripante  a  morte  porre, 
Cerca  di  farlo  con  l'animo  saldo, 
i:h'  ella  non  ama  altrui  fuor  di  Rynaldo. 

114.  Certa  è,  ancor  chè  non  muoia  Sacripante, 
Che  non  sarà  sua  la  vettoria  mai 

Et  cosi  mancarà  l'odiato  amante 
Con  gravi  pêne  et  angosciosi  guai. 
Et  senza  lui  tornarsi  ella  in  Levante 
Spera,  ch'  ella  non  sa  i  futur  sua  lai. 
Ma  molesto  horamai  esservi  stimo 
Ch'  è  troppo  lungo  questo  canto  primo. 


CANTO  SECONDO 


'F.  16  r"]   1.     Quanto  sia  Amor  pericoloso  al  mondo 
Darne  sententia  chi  el  suo  mal  pruova  ; 
Egli  è  uno  abisso  d'huomini  un  profonde 
Ne  altro  che  tradimenti  in  lui  si  truova  ; 
Per  un  amante  ch'  ei  faccia  giocondo 
Mille  ne  danna  a  pena  incerta  et  nuova. 
Di  ciô  fede  puô  farvi  Sacripante 
Ch'  io  vi  lassai,  signor,  poco  davante. 

2.  Non  conosceil  meschin  esser  odiato, 
Che  facile  credenza  un  amatore 
Presta  a  quel  che  gran  tempo  ha  desiato 
Perché  non  è  patron  del  proprio  core. 
Perô  le  par  haver  già  conquistato 

El  suo  rivale  et  riportarne  honore, 
Ch'  esser  credendo  délia  ruotain  cima 
D'ogni  altro  cavallier  fa  puoca  stima. 

3.  Poco  cura  de  altrui  re  Sacripante 
Che,  corne  cieco  e  d'intelletto  privo,        "* 
Non  vede  il  laccio  a  lui  posto  davante 
Ne  sa  che  la  fortuna  Thabia  a  schivo, 
Ma  spera  con  Angelica  in  Levante 
Lieto  tornarsi  et  che  in  lei  il  fuoco  vivo 
De  amor  per  lui  s'innuovi  et  quasi  sempre 
Resti  senza  cangiar  in  lei  mai  tempre. 

4.  0  ben  vano  intelletto  et  van  discorso 
Far  fundamento  in  chi  per  sua  natura 
Mobile  è  sempre  !  o  mal  dal  Ciel  soccorso 
Chi  por  sua  spem'  in  femina  procura, 

Che  sempre  n'  ha  di  cons[c]ientia  il  morso, 
Ancor  chè  non  gli  accaggia  altra  sciagura 
Ma  che  dico  io,  che  d'amanti  è  costume 
Perdere  di  ragion  il  vivo  lume? 


CANTO    SECONDO  52; 

5.     Perô  legendo  questa  hystoria  mia 
Non  siate  a  donne  facil.  Vi  ramento, 
Signor  mio  caro,  che  di  Cyrcasia 
Vien  Sacripante  sol  per  suo  tormento. 
La  donna  si  nudrica  di  bugia 
Et  quella  afferma  poi  con  giuramento  ; 
Cosi  Angelica  fa  ch'  ha  ritrovato 
El  re  quai  odia  et  fenge  haverlo  grato. 

[F.  16  V»]  6.     Poi  per  meglio  engannarlo  :  i<  0  Sacripante, 
Dice,  ben  potrai  dir  ch'  io  sono  ingrata, 
Perché  gran  tempo  è  che  mi  fusti  amante 
Et  sempre  mai  più  dura  ti  son  stata. 
Vuo'  che  n'  andiamo  insieme  nel  Levante 
Al  padre  mio  da  chi  sono  aspettata, 
Ch'  essendo  ei  vechio  et  morto  l'Argalia 
El  regno  converrà  che  nostro  sia. 

7.  Credo  che  fusse  morto  il  mio  germano 
A  tradimento  da  quel  cavalliero 

Che  si  fa  dir  signor  di  Montaibano, 
Onde  le  porto  odio  spietato  et  fiero  ; 
Perô  se  tu  l'occidi  con  tua  mano 
Pel  tuo  valor,  com'  io  bramando  spero, 
Te  attenderô  quant'  io  t  'ho  gia  promesso 
Et  contento  ne  fia  el  mio  padre  istesso.  » 

8.  S'  hor  è  contento  il  re  di  questa  cosa, 
Lassolo  giudicar  a  chi  Amor  sente. 

Si  cara  compagnia,  si  pretiosa, 
Desiata  da  lui  col  core  ardente, 
In  man  già  se  la  tien  havere  in  sposa 
(Ma  Io  giuditio  humano  erra  sovente)  ; 
Onde  verso  il  Levante  si  ritorna 
Con  la  fanciulla  di  bellezza  adorna. 

9.  La  donna  per  tener  il  cavalliero 
Giolivo  et  di  se  darle  falsa  spe[m]e 

Et  perché  men  le  incresca  quel  sentiero. 
Quel  sentier  che  calcando  vanno  insieme, 
Si  puose  una  novella  nel  pensiero 
Dirle,  ben  ch'  altra  curael  cor  le  preme, 
Pur  disse:  «  Signor  mio,  i'  ti  vuo'  dire 
Cosa  di  far  ridendo  altrui  morire. 


526  I    DODICI   CANTI 

10.     Qiiando  i'  venni  d'Albracca  inver  Ponente, 
In  la  Spagna,  honorommi  Fiordispina, 
Et  stando  nui  a  una  mensa  eccellente 
Et  soatuosa,  venne  a  la  regina 
Una  vecchiarda  ch'  afflitta  et  dolente 
Ingenochiatta  a  terra  se  le  inchina 
Dicendole  :  «  Una  gratia  vi  dimando, 
Sacra  regina,  e  a  voi  mi  racomando.  » 

[F.  17r°]ll.     Eravamo  in  sul  fior  del'  ampia  cena, 
Quando  la  vechia  lagrimosa  venne  ; 
Era  si  vechia  che  parlar  a  pena 
Ella  potea,  onde  pietà  al  cor  dènne. 
Per  la  voglia  del  dir  non  havea  lena, 
Tal  che  quasi  a  nui  il  pianto  sovravenne 
Et  lasciando  il  mangiar  stavemo  atente 
Al  ragionar  délia  vecchia  dolente  ; 

12.     Che  piangendo  diceva  :  «  Un  giovanetto 
Délia  più  vaga  et  più  fiorita  etade, 
Che  donna  desiar  potesse  in  letto 
Over  dovesse  amar  per  gran  beltade, 
A  forza  il  cuor  m'  ha  tratto  fuor  del  petto, 
L'ingrato  pien  d'accerba  crudeltade, 
Et  nel  mio  duol  avolto  seco  il  porta, 
Ay  lassa  raè!  chi  m'  ha  col  sguardo  morta. 

13.  Un  corpo  senza  cor  viver  non  puote, 
Pcrô    morta  sono  io  che  non  ho  il  core  ; 
Et,  perché  ei  vede  crespe  le  mi'  gote, 
Vechia  et  brutta  mi  chiama  a  tutte  l'hore, 
Bench'  io  vechia  non  sia  ;  dolenti  note 

Mi  fa  far  sempre  el  dispietato  Amore 

Per  costui  sol  che  mai  non  cangia  tempre, 

Trovandolo  al  mio  amor  più  duro  sempre. 

14.  Pocho  mi  euro  al  fin  perch'  ei  mi  chiami 
Vechia,  se  vechia  sono  al  suo  parère, 

Ma  ben  mi  duol  che  tanto  mi  disami 
Doppo  che  '1  cor   mio  posi  in  suo  potere. 
Fate,  gentil  madonna,  che  egli  me  ami 
0  che  mi  renda  el  cor  com'  è  dovere, 
Che  via  et  modo  non  ho  di  lasciar  lui 
Et  men  pensier  rai  vien  d'amar  altrui. 


CANTO   SEGONDO 

15.       Fatel,  regioa,  dalla  vostra  corte 
Sforzar  ad  un  di  questi  dui  partiti, 
0  il  cor  mi  renda  o  meco  giostri  forte 
Quai  con  le  donne  fanno  i  lor  mariti; 
Et,  se  ciô  vieta,  fateli  dar  morte 
Per  dar  esempio  a  giovanetti  arditi 
Che  non  stratiin  le  donne  inamorate 
Ma  che  le  sieno  a  lor  dispetto  grate.  » 

[F.   17  v"]  16.     S'havesti  visto,  o  Sacripante  mio, 
Senza  denti  colei  piena  di  bava 
Et  il  suo  ragionar  dolente  et  pio, 
Et  visto  com'  ognun  grato  ascoltava, 
Non  havresti  pel  pianto  dato  a  oblio 
El  riso  quando  ella  cosl  parlava, 
Perché  a  un  tratto  in  nui  dal  pianto  et  riso 
Si  formava  un  inferno  e  un  paradiso.  « 

17.  Mentre  eh'  al  re  infiammato  la  regina 
Di  tal  facetia  ragionando  andava, 
Senton  da  un  poggio  con  molta  ruina 
Un  calpestio  crudel  d'un  che  gridava 
Dicendo  :  «  0  cavallier,  quinci  dechina 
Con  quella  dama.  »  Ond'  el  re  gli  ochi 
Et  la  donna  tremando  tutta  volta 
Lasciando  il  dir  al  strepito  si  volta. 

18.  Quel  è  Gorante  la  bestia  incantata 
Che  bestia  si  puô  dir,  non  corpo  humano; 
D'un  satyro  nato  era  et  d'una  fata 

Ne  mai  si  vide  un  animal  si  stiano  ; 
Quai  ucidendo  di  molta  brigata 
Mangiava  carne  humaoa  il  rio  pagano  ; 
Era  fratel  d'Orilo  il  maladetto 
A  un  parto  seco  nato  in  un  sol  tetto. 

19.  Quai  capitando  in  una  regione 
Ch'era  soggetta  alla  fata  Sylvana, 
Perche  offendeva  tutte  le  persone 
Che  capitavan  ivi  a  una  fontana, 
Astolpho  discacciô  quel  Lestrigone 
Come  bestia  odiosa  et  inhumana. 
Onde  in  Ardenna  venue  ove  gli  erranti 
Cavalier  irasser  già  famosi  vanti. 


1    DODIGI   CANTl 

20.  Ma  corn'  el  fece  discacciar  la  fata 
Al  duca  in  altro  luogo  vi  fia  chiaro, 
Ch'  ora  vedendo  io  Angelica  turbata 
Convien  ch'  io  li  socorra  al  caso  amaro. 
Gorante  la  persona  dispietata 
Giuso  ne  vien  et  non  è  alcun  riparo, 
Che,  se  la  figlia  del  re  Gallaphrone 
Non  l'aita,  quel  re  non  sia  prigione. 

18  r°]  21.     Grida  el  gigante   et  con   voce  aspra  et 
Le  fa  il  partito  che  a  quegli  altri  ha  fatto, 
Et  Sacripante,  la  persona  altiera, 
Di  combatter  accetta  et  ferma  el  patto, 
Che  usitata  battaglia  seco  spera, 
Perch'  era  destro  et  coraggioso  in  fatto. 
Délia  sua  diva  havendo  la  presenza 
Pensa  non  gir  délia  vettoria  senza. 

22.  Giù  scende  in  fretta  dal  ferrato  arcione 
Quel  re  gentil  ch'  a  piè  vede  el  gigante, 
Et  alla  figlia  del  re  Gallaphrone 

Forge  la  briglia  in  nian  del  suo  aflferante. 

Quella  da  parte  a  rerairarsi  pone 

Se  per  sorte  périr  vede  il  suo  amante, 

Ch'odia  nel  cor  et  pur  d'amarlo  finge, 

Ch'  Amor,  chi  da  lei  fugge,  amar  la  spinge. 

23.  Fin  che  '1  re  col  gigante  si  dimena, 
Un  nano  arriva  in  guisa  di  corriero 
Fer  il  viaggio  stanco  et  senza  lena  ; 
Fermo  mira  il  magnanimo  guerriero 
Corne  ben  fere  et  aspri  colpi  mena 

A  quel  gigante,  et  volto  al  viso  altiero 
De  A|^n]gelica  le  disse  :  «  0  eccelsa  diva, 
La  gloria  tua  sempre  nel  monde  viva  ! 

24.  Se  sapesti  gli  affanni  del  tuo  padre 
Et  le  venture  sue  malvage  et  strane, 
Le  tue  bellezze  si  vagheet  legiadre 
Non  teneresti  in  région  lo[ntan]e. 
Assediato  è  il  Cataio  dalle  squadre 
Armate  del  nimico  tuo  Agricane, 

Che  in  ogni  modo  vuol  per  questa  guerra 
0  te  per  sposa  over  disfar  tua  terra.  » 


CANTO    SECONDO 

25.       Quando  tal  caso  intende  la  regina, 

Diventa  sniorta  in  faccia  et  poi  se  avampa 
Et  del  suo  regno  pensa  alla  roina; 
Mostrando  di  dolor  la  trista  stampa 
Dentro  se  stessa  dice  :  «  Aimé  meschina! 
Chi  porrà  spegner  questa  accesa  vampa  ? 
M'  ho  fatto  per  nimico  il  sir  d'Anglante 
Ch'  al  liscattar  mio  regno  era  bastante. 

[f  18  v°]  26.     Col  saper,  con  la  forza  et  con  l'engegno 
Bastava  Orlando  a  romper  Agiicane 
E  uccider  lui  et  occuparli  il  regno 
Et  farlo  divorar  da  genti  estrane, 
Perché  di  lui  è  lo  merto  indegno. 
lo  me  lo  persi  per  mie  voglie  insane, 
Et  hor  forzata  il  re  di  Tartaria 
Pigliar  son  per  salvar  la  patria  mia. 

27.  Ma  corne  potrô  mai  contra  mia  voglia 
Amar  si  nero  et  si  superbo  Moro  ? 
Sarô  constretta  a  morirmi  di  duoglia 

0  perder  il  mio  regno  et  mio  thesoro 
Quai  veggio  come  al  vento  in  alber  foglia 
Tutto  tremare  ;  et  il  mio  barbasoro 
Padre,  che  m'  ama,  per  non  scontentarme 
Farà  prima  disfar  suo  regno  in  arme. 

28.  Perso  ho  già  Orlando  per  la  mia  durezza 
Et  perder  cerco  il  re  di  Circasia. 

Che  maledetta  siatanta  bellezza  ! 
Sia  maledetta  la  superbia  mia, 
Sola  cagione  délia  mia  alterezza, 
Che  amato  mai  non  ho  la  cortesia 
Di  cavaliier  alcun,  di  alcuno  amante, 
Massimaraente  del  re  Sacripante; 

29.  Sacripante  gentil  degno  et  cortese 

Ch'  ha  per  me  combattuto  et  combatte  hora, 

Et  èssi  posto  a  perigliose  imprese 

Per  sfogar  quel  ardor  ch'  entro  P  accora, 

Queir  ardor  ch'  entro  ha  per  le  flamme  accese 

Del  grand'  amor  che  per  me  el  divora, 

Mi  mancarà  per  la  spietata  mano. 

Di  queso  rio  gigante  in  questo  piano. 


530  I    UODIC.I    CANll 

30.       Perso  homtni  ancor  quel  capo  de'  latroni.... 
Aymé!  Che  dico?  il  più  nobil  gueiriero 
Che  si  ritruovi  in  tutte  regioni, 
Benchè  corne  il  cugia  non  ha  il  quartiero. 
Più  franca  lancia  sopra  deirarcioni 
Non  porto  mai  più  ardito  cavaliero, 
Ne  degnamente  alcun  porto    mai  scudo 
Se  non  Rinaldo  mio  di  pietà  ignudo. 

[F.  ISr'jSl.       Chi  non  sa  s'a  costoro  i'  fussi  arnica, 
Che  più  non  fece  César  in  Tessaglia 
Contra  el  magno  Pompeo  et  di  fatica 
Et  di  virtù  contra  la  piastra  et  maglia 
Délia  superba  gente  a  me  nimica, 
Che'l  vechio  padre  mio  tanto  travaglia, 
Sol  per  me,  poich' è  morto  l'Argalia. 
Cagion,  a  me  lassa  !   la  bellezza  mia  ! 

32.  La  mia  bellezza  è  cagion  de  ogni  errore 
Per  cui  mandommi  el  re  mio   padre  in  Francia, 
Credendo  far  prigion  l'imperadore 

Con  la  vaghezza  sol  délia  mia  guancia; 
Hora  pruova  de  1'  arrai  egli  el  furore, 
Ma  il  peggio  è  che  rimasta  è  quella  lancia, 
Ch'  atterra  in  virtù  sua  tutti  i  campioni, 
In  man  d'esti  Franzesi  buttiglioni.  « 

33.  Et,  fin  ch'  in  tai  pensier  la  donna  vaga, 
Fa  Sacripante  aquelfratel  d'Orilo 
Nella  sinistra  coscia  si  gran  piaga 

Ch'  aperta  par  una  bocca  del  Nilo 
Quando  con  furia  piùl'Egito  alaga, 
Perché  la  spada  sua  taglia    di  filo, 
Ne  del  gigante  mai  li  cade  sopra 
El  brando,  tanto  ben  quel  re  s'adopra. 

34.  Et  subito  ch'  Angelica  s'accorse 
Délia  ferita,  da  caval  giù  scende 
Et  tutto  isnella  et  ligiadretta  corse 
Inverso  el  Re  che  la  vettoria  attende, 
Cui  subito  accostata  favor  porse. 

Perché  quando  el  gigante  in  quella  intende, 
Debol  diveata  per  quell'  anelletto 
Ch'ella  a  caso  porto  nelsuo  conspetto. 


CANTO  SECONDO  531 

35.       Non  fe  questa  per  dar  al  re  favore 

Ch'  era  nella  battaglia  afflitto  et  stanco, 
Perché  gli  porti  quella  ingrata  amore, 
Che  ella  non  1'  ama  et  men  vol  amar  anco, 
Ne  che  sapesse  il  giganteo  valore 
Fatato  havesse  il  lato  destro  o  il  manco, 
Ne  che  per  quel  anel  dovesse  in  terra 
Cascar  celui  ne  terminar  la  guerra; 

[F.  19  v°]  36.       Sol  per  la  nuova  ch'  ha  dal  nano  havuta 
Del  re,  del  regno  et  di  sua  patria,  tutta 
Afflitta  rimaner  li  destituta, 
Dubiando  mostra  haver  di  questa  lutta 
Letitia  assai,  ma  chi  havesse  veduta 
Lei  dentro,  quanto  sia  di  pietà  asciutta 
Veduto  havrebbe  apertamente  et  chiaro 
Contra  quel  re  magnanime  et  preclaro. 

37.  Ma  in  dite  alhor  l'anel  tenea  per  caso. 
Perô  Gorante,  quai  incantato  era, 

In  terra  cadde  et  seco  fece  caso 
L'incantato  valor,  onde  il  re  spera 
Haver  vettoria  che  non  sa  ch'  a  caso 
Caduto  è,  non  per  la  ferita  altiera. 
Ne  sa  che  non  si  puô  tuorle  la  vita 
Con  alcun'  arme  o  per  mortal  ferita. 

38.  Angelica  al  re  disse  :  «  0  raio  signore, 
Tronca  a  costui  la  formidevol  testa 

Se  v[u]oi  délia  vettoria  haver  l'honore.  « 
Onde  il  re  con  la  mano  ardita  et  presta 
El  crine  piglia  con  molto  furore, 
Troncando  il  teschio  :  tremô  la  foresta 
In  modo  tal  che  l'animo  di  fuoco 
Del  re  che  non  cadesse  mancô  poco. 

39.  Quando  la  donna  vidde  il  gran  tremuoto 
Al  taglio  acerbo  délia  testa  irsuta, 
Cadendo  in  terra  rimau  senza  moto 

Ne  parla  quai  se  fusse  stata  muta. 
Stupido  ancor  il  re  al  ciel  fa  vuoto 
Se  vita  alla  regina  è  restituta 
Menarla  al  padre  intatta  et  incorrotta 
Et  fatto  il  vuoto  quella  surse  alhotta. 


532  I    DODICI    CANTI 

40.       A  quel  tremuoto  apersesi  la  porta 
Di  quella  torre  et  fu  ogni  laccio  vano. 
La  donna,  corne  saggia  astutae  acorta, 
Fa  quella  testa  prender  al  suo  nano, 
Che  caduto  era,  rilevato,  e  scorta 
Vuol  che  col  re  le  sia  per  monte  et  piano. 
Ognun  sali  a  cavallo  et  quel  corriero 
Prese  di  Feraguto  il  bel  destriero. 

[F.  20  r"]  41.     Era  venuto  quindi  per  ventura 

El  caval  del  Spagnuol  che  solo  andava, 
Perché  di  quel  tremuoto  hebbe  paura; 
Forse  ivi  il  suo  padre  trovar  sperava. 
Et  Rabicano  per  la  selva  oscura 
Fuggendo  inver  Levante  ritornava. 
Solo  iutrepido  resta  Brigliadoro, 
Quegli  altri  de'  destrier  privati  fuoro. 

42.  El  nano  per  l'hyrsuta  et  longa  chioma 
A  l'arcion  lega  il  capo  di  Gorante. 
Sciolto  si  sente  délia  grève  soma 

Délie  catene  il  gran  signer  d'Anglante, 
Rinaldo  et  Feraguto  ancor  et  toma 
Per  uscir  presto  l'uno  a  1'  altro  inante, 
Et  tutti  tre  fuor  délia  torr'  a  un  tratto 
Si  ritruovaro,  et  ciascua  stupefatto 

43.  L'un  l'altro  guata  et  pur  nisciun  favella, 
Corne  da  un  grave  sonno  risvegliati  ; 

Et  gU  altri  tre  ch'  eran  montati  in  sella, 
Per  la  vittoria  lieti  et  consolati, 
Il  nano,  il  re,  la  vaga  damigella, 
Si  furon  presto  a  un  calpestio  voltati, 
A  un  calpestio  che  dietro  lor  venia 
Contro  oltra  lor  speme,  oltra  lor  fantasia. 

44.  Etvidder  senza  il  teschio  a  se  venire 
Dietro  quel  fusto  del  crudel  gigante. 
El  nano  di  paura  hebbe  a  morire, 
Cadendo  de  l'arcion  a  quel  inante. 
Angelica  si  mise  per  fugire, 

Ma  inanzi  se  gli  para  Sacripante 

Dicendo  :  :<  Ove  v[u]oi  tu  ire,  dolce  mia  speme  ? 

Se  teco  i'  son,  perché  timor  ti  preme  ?  » 


CANTO   SECONnO  533 

45.       Acostasi  a  1'  arcioa  dove  è  la  testa 
Quel  smisiirato  et  incantato  fusto, 
Et  quella  prese  con  tanta  tempesta 
Che'  1  caval  del  Spagauol,  benchè  robuslo, 
Sfoi'zato  fu  cadet"  nella  foresta, 
Poi  el  capo  si  ripon  sopra  el  suo  busto, 
Et,  quai  se  mai  stato  non  fusse  mozzo, 
Sani  si  ritrovorno  il  collo  e  il  gozzo. 

[F. 20v°]46.      Stupiva  l'alto  re  di  Circassia, 

Stupiva  la  regina  ancor  d'Albracca. 

El  nano,  rilevatosi  per  via, 

Si  mise  in  fuga  et  givase  alla  stracca  ; 

Re  Sacripante  pien  di  gagliardia 

La  battaglia  anco  col  gigante  attacca, 

Ne  più  da  Frontalatte  scendei-  vuole 

Che  per  distrezza  gira  come  il  sole. 

47.  Feraguto  et  Rinaldo  nel  gran  bosco 
Si  pongono  a  cerca  di  lor  destrieri  : 
L'uno  va  in  questo,  l'altro  fu  in  quel  fosco 
Vallon  cercando  per  strani  sentieri. 

Quel  ardito  signor  da  l'ochio  losco 
Monta  in  arcion  et  lassa  i  dua  guerrieri  ; 
L'  arme  in  dosso  tenendo,  in  man  la  spada, 
Traversa  il  bosco  et  ariva  in  su  la  strada. 

48.  Pieu  di  sdegno  amoroso  il  conte  aranca 
Che  s'era  rifrescato  Brigliadoro, 

Et  col  gigante  la  persona  franca 
Di  Sacripante  suona  al  battiloro. 
Di  vermiglio  color  è  fatta  bianca 
Angelica,  e  a  dir  meglio  ha  il  color  d'oro 
Et  le  labra  di  mamole  viole 
Languide  come  colta  rosa  al  sole. 

49.  Doppia  paura  a  questa  il  cuor  percuote  : 
Una  è  di  questo  re,  l'altra  è  del  regno 
Che  lasciô  il  nano  con  dolenti  note, 

Non  perch'  abia  pietà  del  guerrier  degno 
Ma  perché  lui  condur  seco  non  puote 
Con  Tarte  sua,  col  neghitoso  ingegno, 
Per  contrastar  al  re  di  Tartaria, 
Onde  sdegnosa  sol  si  pone  in  via. 

35 


534  I    DODICI   CAXTI 

50.       Sola  si  pon  in  via  cou  stran  pensiero 
Pian  pian  lasciando  quei  nella  baruffa. 
Rinaldo  che  non  truova  il  bon  destriero 
Che  fu  dell'  Argalia,  con  ira  sbiiffa 
Quà  et  là  cercando  questo  et  quel  sentiero, 
Con  San  Martin  bramaudo  haver  la  zuffa 
Sol  per  tuorle  il  cavallo,  et  bastemiando 
Si  duol  perché  non  toise  quel  d'  Orlando. 

[F.  21  r°]  51.     Sacripante  vedendo  esser  pa[r]tita 

Quella  in  cui  post'  havea  tutto  il  suo  amore, 
Prigione  tiense  et  privo  délia  vita 
Perché  ella  seco  ne  porté  il  suo  core  ; 
Volto  al  gigante  :  «  0  anima  gradita. 
Se  mai  bramasti,  disse,  in  terra  honore 
Deh  non  intertenermi,  ecco  la  spada  : 
Lasciami  andar  diritto  alla  raia  strada.  » 

52.  Quand'  un  insan  si  priega,  più  s'indura. 
Cosi  el  gigante  pien  d'ogni  aroganza, 
Perô  che  vilano  era  per  natura, 

Al  degno  re  rispose  :  «  Altra  speranza 
Haver  convien.  »  Et  cosi  oltra  misura 
Mostrô  sopra  del  re  sua  gran  possanza. 
Tirando  al  capo,  d'un  fendente  altiero, 
In  terra  al  re  gettô  tutt'  el  cimiero. 

53.  Fu  tauto  il  colpo  del  gigante  ardito 

Che  per  nare  et  per  bocca  il  sangue  scoppia, 
Et  sul  collo  al  cavallo  tramortito 
Cadde  coluî  che  tutta  la  Etioppia 
Combattendo  trascorse,  et  mai  ferito 
Non  fu  ch'  avesse  segno  di  sinoppia  ; 
Et  hora  tramortito  il  bon  campione 
E  da  Gorante  tratto  fuor  d'arcione. 

54.  Haveva  visto  il  perfido  ribaldo 
Che  la  regina  havea  seguito  il  nano  ; 
Porta  il  re  in  spalla  furibondo  et  caldo 
D'yra,  dietro  lei  corre  in  monte  e  in  piano. 
Il  nano  fugge  et  scontrasi  in  Rvnaldo 
Ch'in  van  cercando  andava  Rabicano 

Et  chiede  al  nano  se  per  sorte  in  quel  sito 
Veduto  havesse  il  suo  caval  smarito. 


CANTO  SECUNDO  535 

55.       «  Volesse  el  ciel,  rispose  quel  piccino, 
Ch'  io  non  havessi  mai  caval  trovato, 
Che  mi  cresi  morir  par  mio  destino 
Per  un  crepaccio  che  cadendo  ho  dato. 
Viddi  uua  cosa,  aimé  lasso,  tapino  ! 
Che  '1  coi"  mi  fa  tremar,  mancai-  il  fiato, 
Quaudo  vi  penso,  et  honne  ancor  passione. 
Che  inaledetto  sia  il  re  Gallaphrone  ! 

[F.  21  v°]  56.     Perch'  il  re  Gallafron  a  ritrovare 

Mandommi  uaa  sua  figlia  ch'  era  in  Francia, 

Angelica  costei  si  fa  chiamare 

Ch'  un  angel  par  alla  polita  guancia. 

El  re  di  Tartaria  per  terra  et  mare 

Condotta  ha  molta  gente  a  spada  et  laacia 

Con  soldo  grande  per  disfar  il  regno 

Di  questo  re  già  vechio,  honrato  et  degno  ; 

57.  È  la  cagion  che  '1  re  di  Tartaria 
Ha  tanta  gente  al  Cataio  condotta, 
Ch'essendo  morto  in  Francia  l'Argalia 
Angelica  fia  herede  saggia  et  dotta. 
Lei  Agrican  per  sua  sposa  voria, 
Forsi  per  farsi  noslro  re  tal  hotta. 

Et  Gallafron  per  levarsi  l'assedio 
Le  la  darà  per  ultimo  rimedio. 

58.  Perô  mandato  m'  ha  per  ritrovarla, 
L'ho  ritrovata  et  poi  hoUami  persa. 
Non  so  corne  potro,  lasso,  menarla. 
Forsi  questa  gran  selva  ella  atravesar 
Perch'  hebbe  la  paura  a  traboccarla. 
Quando  caddi  io,  odi  cosa  perversa, 
Quando  la  mia  regina  riscontrai, 

Un  gicante  a  battaglia  ritrovai. 

59.  Corabattea  seco  un  cavallier  a  fronte 
Che  di  cavalleria  mostrava  il  flore, 
Parea  il  gigante  per  grandezza  un  monte, 
L'altro  un  Alcide  somigliava  al  core  ; 

Al  fia  cadde  el  gigante  perché  un  fonte 
Facea  il  suo  corpo  in  terra  del  cruore 
Ch'  us[c1ia  perle  ferite,   e  il  capo  netto 
Le  tagliô  si  che  non  le  valse  elmetlo. 


536  I    DODICl    CANTI 

60.       lo  COQ  le  proprie  man  quel  teschio  onendo 
Par  le  chiome  appiccai  nanzi  l'arcione 
D'un  caval  che  trovai  ivi  pascendo, 
Poi  prendemmo  la  via  per  il  sabione 
Et  senza  el  capo  quel  busto  tremendo 
Ne  giunse  fuor  d'ogni  espettatione 
Ch'  avevam  camiuato  una  gran  lega. 
Credo  quel  sia  flglio  a  qualche  strega. 

[F.  22  r°]  61.     Quel  cavallier,  cli' io  dico,  andava  innanzi 
Et  lui  seguiva  Tinclita  regina, 
Quando  quel  corpo  che  morto  pur  dianzi 
Haveva  il  cavallier  con  gran  ruiua 
Lasciato,  ci  ragiunse,  ond'  io  dinanzi 
Giù  deir  arcion  li  caddi  alla  supina 
In  piana  terra  et  fu  si  grand'  il  scoppio 
Ch'  a  pensarvi  anco  il  duol  al  duol  radoppio. 

62.  Et  poi  con  tanta  furia  quella  testa 
Da  l'arcion  prese  et  rapicoss'  al  collo 
Che  ne  treinô  per  tema  la  foresta. 
Ma  il  cavallier  che  non  era  satoUo 
Di  battaglia  di  ferrirlo  a  sesta, 

Et  io  ch'  havea  levato  il  duro  croUo, 

Abandonati  lor,  pel  mio  viaggio 

Mi  puosi,  sol  per  non  patir  più  oltraggio.  » 

63.  Rynaldo,  intesa  ch'  ebbe  da  quel  nano 
L'  aspra  contesa  et  1'  opra  di  Gorante, 
Pensa  che  quel  caval  sia  Rabicano 
Ond'  è'  caduto  il  picciolo  gigante, 

Et  per  trovarlo  cerca  monte  et  piano 

Ch'  a  piè  le  incresce  andar  come  un  vil  fan  te. 

Cosi  cercando  tutta  via  s'inselva 

Et  riscontross'  in  una  fera  belva. 

64.  Non  vuol  con  quella  il  paladin  porse 
Ch'  ha  gran  disio  d'andar  verso  il  Cataio 
Et  trovar  Rabican,  ma  quella  corse 
Contra  di  lui  et  sgrettolô  l'acciaio 

Del  scudo  con  l'onghion,  onde  via  tuorse 
Non  puô  il  guerrier  che  pria  non  tiri  un  paio 
0  dua  di  colpi  alla  maligna  fiera 
Che  contra  lui  ne  va  cotanto  altiera. 


CANTO  SECONDO  537 

65.       Se  '1  palladiu  si  cruccia,  se'  1  se  adira 
Vedendo  il  scudo  fracassarsi  alato 
Da  1'  animal,  se  '1  capo  se  gli  aggira, 
Se  contra  qnel  usa  del  desperato, 
S'  un  sopra  l'altro  in  fretta  i  colpi  tira, 
Lassolo  giudicar  a  chi  ha  provato 
Restar  per  sorte  nel  camino  a  piede 
Quando  più  franco  cavallier  si  crade. 

[F.  22  v°]  66.     Da  disperato  a  quella  i  colpi  mena. 
Ne  l'ofFende  perô  che  è  tanto  presta 
Ch'  in  sul  terreno  ferma  i  piedi  a  pena 
Et  hor  la  zampa  porge  et  hor  la  testa 
Et  tanto  ben  si  snoda  nella  schiena 
Che  presta  in  mar  non  è  l'onda  quai  questa, 
Over  le  biade  in  campo  al  vento  scosse, 
Quai  l'animal  al  fuggir  le  percosse. 

67.  Pardo  visto  non  fu  si  destro  unquanco 
Ne  si  irato  orso  o  leon  più  superbo, 

Che  saltando  al  guerrier  diede  in  un  fianco 
Con  un  corno  ch'  ha  in  fronte  un  colpo  accerbo, 
Ma,  perché  l'hora  sua  non  è  giunta  anco, 
Che  morir  deggia,  il  ciel  gli  hebbe  riserbo. 
Vero  è  che  cadde  in  su  la  piana  terra 
Facendoli  perô  col  brando  guerra. 

68.  Non  so  s'  unqua  fu  vista  una  tal  fera 
Che  humano  ha  il  volto,  il  petto  di  leone, 
Gli  ochi  di  drago,  il  piede  di  pantiera 
Et  l'aie  grandi  a  guisa  di  grifFone. 
Questa  è  da  molti  detta  la  Chimiera. 

Di  serpente  ha  la  coda  et  il  groppone 

Di  tor  simiglia,  et  l'orechie  asinine, 

Un  corno  in  fronte  et  del  cignale  il  crine. 

69.  Discosta  tienla  con  l'honrala  spada 
Vibrando  agli  ochi  d'ogni  intorno  sempre; 
Gorante  il  re  Circasso  tien  a  bada  ; 

De  Angelica  il  destrier  piglia  le  tempre 
Quasi  di  nave  in  mar,  in  su  la  strada 


Feraguto  il  suo  truova,  il  conte  Orlando 

Va  verso  Albracca  hor  di  passo  hor  trottando. 


538  I    DODICI    CAN'Il 

70.       Passati  i  Pirenei  giunse  ia  la  Spagna, 
Et  nelle  parti  dell'  Andologia 
Vidde  gente  atteudata  alla  campagna 
E]t,  disiaado  di  saper  quai  sia, 
Ivi  si  trasse  et  la  persona  magna 
Del  re  Marsilio  riscontrô  i>ei-  via 
Di  cui  l'armate  squadre  esseï-  intese 
Fer  difFension  li  poste  del  paese. 

!'F.  23  r"]  71.     Sospettava  Marsilio  di  Gradasso 
Et  ben  ragion  di  sospettarne  haveva, 
Quai  quando  il  conte  vidde  ivi  a  quel  passo, 
Perché  cavallier  degno  li  pareva, 
Feceli  offerir  soldo  alto  et  non  basso 
Benchè  chi  [sia]  quel  re  non  lo  sapeva. 
El  conte  ringratiandolo  rispose 
Ch'  ir  conviengli  oltre  per  più  degne  cose, 

72.       Ne  potea  soggiornar  per  le  facende 
Che  gli  erano  importanti  andar  costinci  ; 
Et  questo  detto,  il  suo  sentier  riprende, 
Il  re  lasciando  et  l'altra  gente  quinci. 
Un  certo  .superbon  la  lancia  prende 
Et  dieti'o  al  conte  va  correndo  linci, 
Sfidandolo  a  battaglia,  et  el  si  volta 
A  quel  che  va  correndo  alla  sua  volta. 

73.  Non  portava  il  quai'tier  quel  sir  d'  Anglante 
Perché  lasciollo  et  si  vesLi  di  bruno 

Per  girsene  più  franco  nel  Levante, 
Presto  passando  incognito  a  ciaschuno. 
Non  vuol  firmar  il  piè,  ma  gir  inante, 
Quanto  più  puô  procaccia  che  d'  alcuno 
Messo  di  Carlo  non  le  sia  im[)edilo. 
Per  ciô  del  soldo  ricusô  lo  invito. 

74.  Havrebbe  volentier  mostrato  il  sire 
Ivi  la  forza  sua,  ivi  il  valore, 

Ma  dentro  el  petto  tanto  gran  martii'e 
Tanta  passion-,  tanto  sfrenato  ardore 
Il  prerae  ch'  ad  Albraccaè  disposto  ire 
Ne  gloria  brama  più  ne  ceica  honore, 
Che,  se  non  truova  la  sua  gentil  dama, 
Honor  più  non  disia  ne  acquistar  fama. 


CANTO    SECONDO  ^39 

75.     Haveva  in  prima  essendo  ancor  fanciuUo 
La  patria  abandonata  e  in  PugUa  era  ito 
Solo  per  ritrovaivqualche  trastun[oJ  ; 
Trastul  d'  honor  il  paladino  ardito 
Iva  cercando  et  di  suo  par  fu  nullo 
Che  di  lui  fusse  al  mondo  più  gradito, 
Et  hor,  che  più  conosce,  meno  aprezza 
Di  eterna  fama  la  sublime  altezza. 

[F  23  v°]  76.     Ma  che  dico  io  che  più  conosca  il  conte? 
Errando  il  disse,  ch'  un  ch'  c  inamorato, 
Se  di  infinita  gloria  un  alto  monte 
Dinanzi  havesse  ond'esserne  beato, 
Con  sommo  honor,  potesse  et  alla  fronte 
Porsi  hedra  o^myrtho  o  il  bel  lauro  pregiato, 
Se  la  sua  amata  donna  nol  consente, 
Men  che  la  mano  vi  poria  la  mente. 

77.  Pur  perch'  ognuno  è  di  se  stesso  amico 
Et  quanto  puô  da  morte  si  discosta, 

Ch'  apprezzarsi  convien  il  suo  nimico 
Per  picciolo  che  sia,  senza  risposta 
Non  vuol  passar  il  conte,  et  col  suo  antico 
Sdegnato  orgoglio  a  quel  villan  s'accosta 
Et  con  la  sua  famosa  Durinda[na] 
Le  fa  cader  la  lancia  in  terra  piana. 

78.  Come  si  vide  délia  lanza  privo 
Colui  che  Berzavaglia  nomato  era, 
Hebbe  del  conte  si  quel  atto  aschivo 
Che  s'arestava  quai  sylvaggia  fera 

Col  brando  in  mano,  et,  benchè  l'ardir  vivo 
DOrlando  mostri  la  suaforza  altiera, 
Pur  la  sua  ancora  mostra  Berzavaglia 
Perch'  era  coraggioso,  uso  in  battaglia. 

79.  Sta  r  uno  et  1'  altro  acorto  in  su  l  aviso 
Al  riparar  hor  pronto,  hor  al  ferrire, 

Al  capo  mena  questo  et  quel  al  viso 

Vibra  di  punta  sol  per  far  perire 

El  compagno  chi  puô  ;  ambi  conquise 

El  cor  han,  perche  vegono  l'ardire 

In  loro  pare  non  sperato  unquanco, 

Pur  dansi  al  latto  dritto  hor,  hor  al  manco. 


540  1    DODICl   CANTl 

80.     Fra  più  colpi  colui  che  '1  nero  veste 
A  Berzavaglia  dette  in  su  1"  elmetto 
Et  Dui'indana  cosi  bene  investe 
Che  le  spezzô  sul  capo  il  bacinetto 
Et,  calando  la  spada  aile  man  preste 
Del  sir  su  1'  homer  di  quel  maladetto, 
L'astrinseil  colpo  al  ralentar  la  briglia 
Adolorato  et  pien  di  meraviglia. 

[F.  24r°]  81.     Era  forte  costui  fuor  di  misura 
Sopra  tutti  e'  soldati  délia  Spagna 
Et  era  grande  si  di  sua  statura 
Ch'  in  quello  campo  alcun  non  l'accompagna 
D'altezza  ne  di  forza,  et  di  natura 
Superba  villanesca  era  et  griffagna  : 
Pur  per  colpo  ch'  egli  ebbe,  sbalordito 
Fu  quasi  tutto  et  di  se  fuor  uscito. 

82.  Tal  che  sul  dorso  del  caval  si  versa 
Cosî  stordito  per  lo  colpo  grave. 
Hebbe  la  destra  staffa  ancora  persa, 
Tanto  il  dolor  par  che  lo  prima  aggrave  ; 
Cosl  la  sua  superbia  è  gia  somersa, 
Confie  spesso  intervien  a  genti  ignave. 
Cavalca  il  conte  pian  per  la  sua  via 
Che  dentro  Tarde  amor  con  gelosia. 

83.  Sa  che  Rinaldo  Angelica  anche  amava 
Ne  sa  che  al  fonte  si  cang[i]asse  amore. 
Perô  presto  trovarla  desiava 
Sentendosi  infiamar  da  troppo  ardore. 
Fur  lentamente  hor  cavalcando  andava 
D'Angelica  pensando  et  del  suo  honore, 
Volgendo  spesso  l'ochio  a  remirare 

Se  vede  Berzavaglia  ancor  cascare. 

84.  Non  cade  quel  pagan,  ma  via  sel  porta 
Cosi  stordito  il  suo  caval  correndo, 

Tal  che  pareva  una  persona  morta 

Et  di  veder  il  fin  il  conte  attende. 

Cosi  mirando  vede  una  gran  scorta 

Di  gente  armata  onde  il  sir  cor  riprende, 

Ne  fugge,  anzi  si  ferma  e  in  se  dice  ;  «  Hora 

A  vol  farô  quel  che  questo  altro  ancora.  » 


CANTO    SECUNDO 

85.       Et  cosi  fei'tno  in  su  1'  arcion  aspelta 

Col  brando  in  man  di  pîù  vittorie  adorno. 
Conti-a  le  vien  quella  gente  stretta 
Che  circondar  sel  pensa  d'ogni  intorno, 
Ma  il  conte  che  tien  l'ochio  alla  velletta  ; 
«  Per  voi,  disse,  fia  questo  il  sezzo  giorno, 
E  fallirà  el  pensier  che  voi  facete 
Ch'  io  partirô,  voi  mortirestarete.  » 

F.    24  v»j  86.     Et,  questo  detto,  Brigliadoro  spinge. 
Con  quel  furor  che  l'orso  a  quella  pechia 
Hor  a  queir  altra  con  furor  si  stringe, 
Havendo  punto  il  muso  over  l'orechia, 
Mostrando  il  conte  la  sua  forza  stinge 
Questo  et  quel,  da  quel'  altro  disparechia; 
Fra  l'ira,  el  sdegno  et  l'amorosa  rabia 
Tinge  col  sangue  lor  tutta  la 


87.  Non  vi  riman  un  sol  per  testimonio 
Ch'  al  re  Marsiglio  la  novella  porti. 
Era  affannato  ben  più  d'un  dimonio 
A  portai'  r  aime  giù  n'  istigii  porti 
Ne  ritrovossi  un  sol  fra  tanti  idonio 
Ch'  eschi  per  sua  virtù  fuor  di  quel  morti 
Vivo,  che  fur  seicento  in  un  sol  groppo 
Che  moriro,  quai  nanzi  l'un  quai  doppo. 

88.  Nanzi  che  ritornasse  Berzavaglia 
In  se  di  stordigion,  quella  empia  setta 
Tutta  mori  nella  crudel  battaglia 

Per  man  d'un  sol  guerrier  con  maggior  fretta 
Ch'un  pisciolino  d'Arno  non  si  scaglia 
Per  man  d'una  ligiadra  fanciulletta. 
Marsilio  il  veddeet  hebbene  dolore 
Ch'un  sol  a  soi  tuol  la  vita  et  l'honore. 

89.  Pur  Berzavaglia  n  se  ritorna  et  vede 
Il  gran  signor  di  Brava  ch'avea  in  mano 
Sanguignojil  brando,   et'  galloppando  riede 
Verso  lui  tratto  da  furror  insano 

Perch'  inghiottir  quel  palladin  si  crede 
Con  sua  superbia  il  perfido  pagano. 
Orlando  si  dimena  al  modo  usato 
Ferrendolo  hor  da  questo,  hor  da  quel  lato 


'^^2  I    nODICI    r.ANTI 

90.       Similrnente  il  pagan  con  molto  orgoglio 
Cerca  de  disarmar  il  palladino, 
Poichè  '1  vede  in  arcion  quai  duro  scoglio 
Fra  l'onde  mosse  dal  vento  marino 
Ai  colpi  soi,  ma  Orlando  :  «  Se  quai  soglio 
Hora  sarù,  diceva,  o  Sarracino, 
r  ti  farô  pentir  di  tua  pazzia 
Poichè  venesti  a  disturbarmi  in  via». 

F.    25    r"]  91.     Questo  dicendo  sopra  in  scudo  lassa 
Cader  la  tremebonda  Durrindana 
Che  quel  rompendo  lacera  et  fracassa, 
Tal  che  spezzato  cade  in  terra  piana 
Et  rompendo  il  braccial  tutto  lo  passa 
Fin  ch'  ella  giunse  alla  carne  pagana, 
Délia  quai  trasse  un  bel  ruscel  di  sangue  ; 
Onde  il  pagano  bastemiando  langue  ; 

92.  Et  sopia  il  paladin  ferrendo  tira 

Un  gran  fendente,  sol  per  darle  in  testa, 
Orlando,  ch'  a  quel  colpo  orrendo  mira, 
Si  trahe  da  parte  che  la  bestia  pre.sta 
Ubidisse  alla  mano  et,  con  molt'  ira, 
Si  volge  a  Berzavaglia  che  pur  resta 
Pel  colpo  privo  del  spallaccio  manco 
E  in  el  braccio  ferito  e  al  destro  fianco. 

93.  Corne  in  l'autunno  per  il  vento  australe 
Un  alber  è  spogliato  di  sue  foglie, 

Ai  colpi  di  quel  brando  senza  uguale 
E  spogliato  il  pagan  con  pêne  et  doglie 
Dipiastra  ctnmgliaet  è  il  giu[olco  inuquak 
Ch'  oltra  che  in  terra  van  le  ferrée  spoglie. 
Resta  il  pagan  ferrito  in  questa  e  in  quella 
Parte  del  corpo  et  fin  in  la  mascella, 

94.  Quai  se  vedendo  in  più  parti  sanguigno 
Et  sentendo  di  forza  sminuirsi, 

Quasi  a  guisa  d'un  can  facendo  un  rigno, 
Giàin  mente  dessignato  havea  partirsi, 
Ma  pria  vuol  il  spirito  malign[o] 
Ch'  indi  non  possa  il  conte  Orlando  girsi  ; 
Menolli  de  un  fendente  in  su  Telmetto 
Che  quasi  el  capo  le  fe  entrar  nel  petto. 


CANTO    SECONDO 

95.       E,  se  noa  che  riti'asse  el  capo  Oïlando, 
A  se  convenia  forsi  ivi  cadesse  : 
Pur  non  cadde,  e  stordito  allentô  il  brando 
Quasi  in  terra  ir,  ma  la  catena  el  resse. 
Fatto  il  colpo  il  pagan  più  che  trottando 
Volse  il  cavallo  et  in  fuga  si  messe 
Lasciando  il  conte  adolorato  forte 
Che  si  crese  vicin  quasi  alla  morte. 

[F.    25   v°]  96.     Aile  schiere  del  re  suo  ritornando 
Berzavaglia  ferrite  et  disarmato 
Truova  Marsilio  ch'  iva  suspirando 
Del  caso  corso  et  non  da  lui  sperato, 
Et  délia  fellonia  di  quel,  che  quando 
Giô  ad  assaltar  il  conte,  non  mandato 
Vi  fu,  ne  chiese  al  re  licentia  prima, 
Ch'  estimato  non  è  chi  altrui  non  stima. 

97.  Et  se  non  ch'  era  huom  forte  quel  fellone 
Del  fol  ardir  1'  havria  forsi  la  guancia 
Fatto  batter  il  re  Marsilione, 

Ma  perch'  or  bisogno  ha  d'huomin  da  lancia, 
Supportasi  l'oltraggio  et  le  persone 
Morte  vengiar  non  vuol,  e  quel  di  Francia 
Cavalca  col  disio  di  truovar  quella 
Angelica  beltade  a  lui  ribella. 

98.  Forza  de  Amor,  ben  valorosa  sei 
Che  con  l'arbitrio  tuo  sol  guidi  il  mondo, 
Come  a  te  pare  astiingi  homini  et  Dei, 
Quai  infelice  rendi  et  quai  giocondo, 
Quai  riporta  di  te  immortai  trophei 

Et  quai  da  te  scacciato  premi  al  fondo  ; 
Chi  più  t'adora  ingrate  al  fondo  premi. 
0  strani  gnidardoni  !  o  amari  premi  ! 

99.  Orlando  in  fuoco  ardendo  ogn'  hor  ti  segue 
Per  l'amor  che  ad  Angelica  sol  porta, 
Rinaldo  non  vuol  teco  paci  o  triegue, 

Ard'  Angelica  in  lui  la  mal  accorta, 
Con  odio  il  re  di  Circassia  prosegue 
Che  lei  pur  ama  et  se  stessa  comporta 
Ardere  indarno,  et  per  li  su'  amatori 
Punlo  non  sente  gli  amorosi  ardori. 


54  4  I   DODICI   CANTI 

100.       E  uscito  il  conte  a  pena  d'un  periglio 
Che  '1  guidi,  Amor,  a  sorte  più  orgogliosa 
Ove  non  val  saper  de  armi  o  consiglio  ; 
Che  giiinto  a  Calpe,  l'onda  perigliosa 
Passa  il  guerrier  et  indi  dà  di  piglio 
Sotto  d'Abila  in  la  piaggia  arenosa 
Et  costeggiando  il  bel  lito  Affricano 
Verso  il  Levante  va  per  colle  et  piano  ; 

F.  26  r"]  101  .     Et  quasi  giunto  al  mezzo  giorno,  havendo 
Dietro  di  se  tutta  Spagna  lasciata, 
Alla  man  destra  sopra  el  lito  essendo, 
Un  giorno  vidde  una  gran  gente  armata 
In  terra  e  in  mar  et  con  gli  ochi  ferrendo 
Di  navi  discernea  grande  brigata 
Venir  a  piaggia,  onde  ei  firmato  attende 
Nel  luogo  al  quai  il  lor  venir  comprende. 

102,       Sol  firniosse  a  mirar  per  sua  sciagura 
Il  conte  quel  che  di  veder  non  spera, 
Et  una  nave  con  la  vêla  oscura 
Vien  che  fra  l'altre  mostra  esser  più  altiera, 
Verso  la  piaggia  più  franca  et  sicura, 
Et,  giunta  ch'è  presso  alla  riviera, 
N'  un  palischermo  si  dirnostra  al  conte 
Una  sol  donna  con  fatezze  conte. 

1()3.        Con  gli  ochi  lagriraosi  et  con  la  guancia 
Mesta  si  mostra  in  Tarenoso  suolo 
Al  palladin  che  di  tutta  la  Francia, 
Anzi  del  christianesmo,  è  campion  solo 
A  piè,  a  cavallo,  apiastra,  a  spada,  a  lancia, 
Cui  quella  donna,  piena  di  gran  duolo 
In  appareuza,  disse  :  «  0  signor  mio, 
Non  qni  senza  mister  mandotte  Idio. 

104.        Da  rindia  in  Francia  i'  me  era  in  caniin  posta 
Con  queste  navi  sol  per  ritrovarti. 
Ma  quando  te,  signor,  in  questa  costa 
Descender  vidi,  subito  le  sarti 
Feci  calar  per  venir  a  la  posta 
Dove  eri  tu  sol,  per  posser  parlarti  ; 
Ond'  io  ri[njgratio  il  ciel  poich'  ho  truovato 
L'  hnom  da  me  lungo  tempo  desiato. 


CANTO    SECONDO  545 

105.       Sei  dame  lungo  tempo  desiato 

Sol  per  la  tua  virtù,  par  tua  prudezza, 
Quai  quel  ch'  in  tutto  il  mondo  è  norainato 
Di  forza,  di  valor,  di  gentilezza, 
Più  saggio  in  l'armi  et  più  da  ognun  lodati 
Di  continenza  in  ogni  tua  grandezza, 
Diffensor  di  giustitia  et  di  ragione 
Et,  di  chi  a  torto  pati,  sei  campione. 

fF.  26  v°]  106.     Le  genti,  che  tu  vedi  in  terra  e  in  mare, 
Sonno  per  sottoporsi  a  tua  ubidenza 
Per  volontà  dei  Dei  che  comendare 
Non  mi  volser  d'altrui  la  diligenza, 
Pel  consiglio  de'  quali  al  navigare 
Quai  mi  vedi  posi,  che  sentenza 
Loro  è  che  al  riporme  dentro  al  mio  regno 
Ogni  altro  capitan  n'era  men  degno. 

107.  l'evô  di  te  mi  dier  notitia  vera 
Per  visione,  et  mi  mostraro  in  sogno 
11  nome  tuo  et  la  persona  altiera 

A  ciô  che  soccoressi  al  mio  bisogno. 
Perô  ne  venni  con  la  vêla  nera 
(Ch'altro  color  haver  mai  non  agogno) 
A  ciô  che,  signor  mio,  tu  non  dinieghi 
La  giusta  gratia  a'  mia  dolenti  prieghi. 

108.  Tu  non  prendesti  mai  più  generosa, 
Poichè  nascesti,  et  la  più  degna  impresa 
Di  questa,  et  forsi  mai  simile  cosa 
Unquanco  dal  tuo  orechio  non  fu  intesa  ; 
Ma  aciô  che  non  ti  sia  l'hystoria  ascosa, 
La  ti  dirô,  s'udirla  non  ti  pesa. 
Ascoltami,  per  Dio,  gentil  campione, 
Che  so  che  piangerai  per  compassione  ; 

109.       Ne  t'incresca  d'entrar  nel  palîschermo, 
Che  più  adagiatamente  parlaremo, 
Perché  ti  veggio  délia  mente  infermo. 
Insieme  alquanto  ci  recrearemo, 
Poi,  stabillitol'animo  tuo  fermo 
Ad  aintarmi,  indietro  tornaremo, 
Et,  quando  non  disponghi  pur  venire, 
Potrai  ritrarti  e  al  tuo  viaggio  gire.  )> 


546  I   DODICI    CANTI 

1 10.       Entra  nel  palischermo  et  Brigliadoro 
El  conte  lascia  et  sol  la  spada  ha  seco 
Et  assise  contempla  Fontedoro 
(Ella  cosî  fa  dirsi)  col  cor  cieco  ; 
Et  venuta  era  ella  in  quel  lenitoro 
Con  più  de  l'ochio  assai  l'aninao  bieco, 
Volendo  al  conte  Orlando  far  mal  scherzo, 
Corne  udirete  poi  nel   canto  terzo. 

Ferdinand  Castets. 


FIN'    DU    DEUXIEME    CHANT 

{A  suivre.) 


VARIETES 


LA  SANTÉ   DE  BOSSUET  (1703) 

On  a  publié  ici  même  (XXXIX,  p.  70),  un  peu,  il  faut  l'a- 
vouer, ne  charta  vacua  periret,  comme  disaient  les  imprimeurs 
du  vieux  temps,  des  notes  sur  M"^  de  Maintenon  provenant 
d'un  petit  imprimé  de  la  Bibliothèque  de  Ferrare,  un  exem- 
plaire de  la  Cassette  ouverte  de  Villustre  Criole.  On  profite  au- 
jourd'hui d'une  raison  typographique  analogue  pour  donner 
encore  une  note  tirée  du  même  volume  et  écrite,  elle  aussi, 
parle  médecin  Pajoli.  Celie-ci  est  rédigée  en  italien  et  est 
relative  à  la  santé  de  Bossuet.  Pajoli  écrit  à  Versailles,  le 
8  mai  1703  : 

((  Il  vescovo  di  Meaux  si  trova  qui  con  lo  stesso  vigore  di 
prima  quanto  ail'  ingegno,  ma  debolissimo  quanto  aile  forze 
del  corpo,  talche  puô  dirsi  ohe  sia  di  partenza  ail'  altra  vita.» 

Les  préparatifs  de  voyage  dont  parle  ici  Pajoli  durèrent 
toute  l'année  1703.  Bossuet  ne  mourut  qu'en  1704. 

L.-G.  P. 


VARIETES  5  4  7 


PIECES  TIREES  DE  LA  COLLECTION  GODEFROY 


[Suite) 


V.  Lettres  du  président  d'Oppède 

1.  —  A  Monsieur  de  Puysieux,  conseiller  du  Roy  en  son  conseil 
destat  et  premier  secrétaire  de  ses  commandements  <. 
Oppè  de,  premier  président  du  Parlement  de  Provence. 

Monsieur, 

Je  suis  tousjours  fort  pressé  de  la  part  des  Consuls  de  la 
Nation  françojse,  proveus  par  sa  Magesté  à  Cartagène  et 
Maligne,  de  vous  représenter  qu'on  ne  lésa  jamais  volu  recep- 
vojr  ny  soufrir  qu'ils  exerceassent  leur  charge  ;  en  laquelle 
poursutte  ils  disent  s'estre  presque  ruvnés  et  employé  tous 
leurs  moyens,  et  fort  iiiutillemenl.  Au  contrerele  Roy  d'Es- 
pagne y  a  estably  de  ceulx  de  sa  nation  au  grand  préjudice 
des  subgetz  du  Roy  et  à  la  diminution  de  son  authorité.  Ces 
Consuls  désireroint  qu'il  pleust  au  Roy  de  défendre  à  toutz 
ses  subgetz  trafiquons  en  Espaigne  de  recoignoistre  aultres 
Consuls  que  ceulx  qui  sont  proveus  pav  le  Roy.  Je  suis  bien 
marry  de  vous  importuner  si  souvent  sur  le  mesme  subject  ; 
mais,  puisque  vous  l'avés  agréable,  je  ne  me  puis  dédire  de 
vous  faire  entendre  ces  [)l;iintes,  auxquelles  il  est  t:ès  néces- 
sere  que  par  yostre  prudence  il  y  soyt  proveu.  Je  vous  supplie 
de  me  conserver  Ihonneur  de  vostre  bienveillence,  et  me 
croire  tousjours 

Monsieur,  vostre  très  humble  et  affectionné  serviteur. 

Oppede. 
A  Aix  ce  10  apvril  1622. 

»  Institut,  Coll.  Godefroy.  T.  269.  Pièce  37. 10  avrill622  (autographe). 


5  48  VARIETES 

2.  —  Oppode  premier  Président  de  Provence,  à  M.  de  Césy  sur 
ce  que  luy  doivent  payer  les  Marseillais  pour  la  négociation  de  la 
paix  de  Barbarie  avec  la  Provence. 

Mort  de  M""  de  Caumartin  en  décembre  ;  les  sceaux  remis  à  M""  de 
Sillery  ;  M''  de  Schomberg  hors  des  finances;  le  marquis  de  la  Viéville 
mis  à  la  place  ;  le  sieur  de  Champigny,  contrôleur  général  *. 

Monsieur, 
Jaj  receu  quasi  en  mesme  temps  les  deux  lettres  qui)  vous 
a  pieu  m'escrire  des  13  novembre  et  7  décembre  derniers, 
etvousdiray,  pour  la  première  :  qu'avant  quelle  me  feust  rendue, 
nous  avions  desja  pourveu  à  vous  faire  donner  le  contente- 
ment qui  vous  est  deub,  ajans  permis  aux  Consulz  de  Mar- 
seille, soulz  le  bon  plaisir  du  Roj,  le  restablissement  du  droit 
destiné  pour  vostre  paiement  ,  reconnoissans  quil  estoit 
comme  impossible  que  cette  ville  vous  peust  satisfaire  autre- 
ment, attendu  les  grandes  despences  dont  elle  sest  trouvée 
surchargée  ces  années  dernières,  tant  à  cause  de  la  conta- 
gion et  de  la  guerre,  et  des  subventions  extraordinaires  quelle 
a  esté  obligée  de  faire  au  Roj,  qu'à  raison  des  pertes  nota- 
bles qui  ont  esté  faittes  par  les  prises  des  corsaires  et  de 
l'interruption  du  commerce  qui  la  rend  grandement  apauvrie. 
Jay  touteffois  reconueu  en  eux  tout  plain  de  bonne  volonté 
pour  vostre  satisfaction,  à  laquelle  je  ne  manqueray  encores 
de  les  presser  autant  que  je  pourray,  pour  la  recommandation 
en  laquelle  je  prens  tout  ce  qui  vous  touche,  où  je  vous 
supplie  me  faire  Ihonneur  de  croire  que  je  n'auray  jamais 
besoing  destre  prévenu,  et  que  tousjours  je  vous  y  serviray 
avec  plus  dattention  que  pour  mes  propres  intérestz.  Quant  à 
vostre  seconde,  le  chaoux  estant  arrivé,  et  les  sieurs  Consulz 
venuz  icy  pour  adviser  ce  qui  estoit  à  faire  sur  le  sujet  de 
son  voyage  ;  après  en  avoir  amplement  conféré,  jay  estimé  que 
le  meilleur  estoit  de  suivre  vostre  premier  advis;  suivant 
lequel  ledit  chaoux  est  allé  en  Alger  pour  en  rapporter  les 
sauf  conduictz  et  faire  venir  les  personnes  nécessaires  pour 
parvenir  au  traitté,  ensemble  les  intentions  particulières  de 
ces  gens  là  sur  les  conventions  et  seuretez  diceluy,  que  sont 
choses  qui  semblent  devoir   précéder.  Durant  ce  tera[»s,  jay 

«  Institut,  Coll.  Godefroy.  T.  269,  pièce  124.  24  février  1623 


pris  le  mien  (len  escrire  ai  Roj  et  à  Monsieur  de  Puisieux 
pour  recevoir  Tordre  qu'il  plaira  àsa  Majesté  y  estre  observé; 
lequel  jespère  que  jauraj  avant  le  retour  dudict  chaoux.  Si 
sa  Majesté  me  commande  de  mj  employer,  je  n'y  oubliray 
aucune  précaution  de  celles  que  je  croiray  propres  pour 
l'establissement  d'une  paix  advantageuse  et  durable,  qui  est 
le  point  principal  auquel  il  faut  viser.  Pourquoy  je  me  servi- 
ray  des  bons  et  prudens  advis  qu'il  vous  plaist  de  me  donner 
sur  ce  sujet,  auquelz  je  deffére  grandement,  sachant  la  par- 
faitte  connoissance  que  vous  avez  de  touttes  choses  et  princi- 
pallement  de  celles-cy.  Mais  avec  tout  cela  je  ne  crois  pas 
que  nous  puissions  trouver  touttes  les  assurances  si  fortes 
quelles  seroient  à  désirer  avec  des  gens  de  si  peu  de  foy  ;  car 
nous  manquant  de  paroUe,  nous  avons  leurs  ostages,  ils  au- 
ront les  nostres.  Il  faudra  néanmoins  y  apporter  tous  les 
remèdes  possibles,  puisqu'il  semble  que  de  part  et  dautre  il  y 
ait  une  grande  aisposiiion   à  la  paix. 

Pour  noz  affaires  de  France,  depuis  la  paix  que  je  vous  ay 
esîiitte  par  mes  dernières  du  mois  de  'lécembre,  le  Roy  estant 
de  retour  à  Paris,  il  y  a  eu  de  grandz  changemens  aux  affaires  : 
car  Monsieur  le  garde  des  scea:x  de  Caumartin  est  décédé,  et 
les  sceaux  remisa  Monsieur  le  Chancelier;  et  M'  le  comte  de 
Schomberg,  surintendant  des  finances,  et  Messieurs  des  Portes^ 
Bauiloyn,  Castille  et  le  Clerc,  controUeur  et  intendantz,  ont  esté 
destituez  avec  commandement  de  se  retirer  ettenir  en  leur  mai- 
son; et  en  leur  lieu  ont  esté  mis  Monsieur  le  marquis  de  la 
Vieuville  et  M""^  de  Champigny  et  de  Reauclerc,  et  M""  de  Chevry 
confirmé.  On  espère  de  ces  nouveaux  establissemens  de  gran- 
des réformations  et  un  bon  ordre  aux  afi'aires  pour  réparer 
les  mauvais  mesnages  passez.  Dieu  veuille  que  les  eff"etz  y 
respondent  à  l'advantage  du  Roy  et  soulagement  de  ses  peu- 
ples !  Lhumeur  deffiante  des  Rochelois  et  autres  villes  de 
mesme  faction  a  pensé  rallumer  la  guerre,  dont  le  feu  nest 
pas  encore  du  tout  esteint  dans  le  courage  de  beaucoup  de 
gens.  Touteffois,MonsieurleConnestable,qui  désire  infiniment 
de  mettre  lestât  en  repos,  y  ayant  apporté  son  entremise,  Ion 
croit  que  nous  demeurerons  dans  les  termes  pacifiques,  et 
ne  parle  plus  que  de  porter  noz  arm  ys  dans  la  Valteline, 
si  le  Roy  d'Espagne  ne  saccorde   a   la  restitution   des  [ilaces 

3ê 


550  BIBLIOGRAPHIE 

quil  j  a  occupées.  Ce  qui  suivra  ces  occurences,  je  seray 
soigneux  de  vous  eu  entretenir;  estant  bien  marry  que  njes 
lettres  vous  soient  rendues  si  tard  et  qui!  ne  soffre  pl'is 
doccasion  de  vous  rendre  ce  devoir  qui  niesL  à  beaucoup  de 
contentement  [)Our  vous  tesmoigner  par  des  petites  preuves 
le  désir  que  j'ay  que  vous  me  croiez, 

Monsieur, 

Vostre  tiès-hiimble  et  très -affectionné  sei'viteur 
Oppedk 
A  Aix  ce  XXIIIl'=  (24«)  febvrier  1623. 


BIBLIOGHAPHIE 


Un  lexique  de  la  langue  de  Molière 

(3°  article)  i 

A  deux  reprises,  dans  la  Revue  des  langues  romanes,  nous  avons 
signalé  l'importance  àw  Lexique  de  Molière  rédigé  par  M.  Livet;  nous 
avons  dit  quelles  recherches  infinies  avait  exigées  cet  ouvrage  et 
quelles  ressources  il  offre  à  ceux  qui  étudient  la  langue,  non  pas 
seulement  de  Molière,  mais  du  XVIl"  siècle  tout  entier.  Anjoind'hui 
nous  sommes  en  retard  pour  en  apprécier  le  troisième  et  dernier  vo- 
lume ^,  mais  les  lecteurs  de  la  ^et7i<e  n'avaient  pas  besoin  de  notre 
article  pour  comprendre  que  ce  volume  couronnait  une  belle  œuvre: 
le  tome  II  était  supérieui- encore  au  tome  I  ,  le  tome  III  devait  être 
supérieur  au  tome  11. 

Et,  en  effet,  que  de  renseignements  dans  ces  824  pages,  qui  con- 
duisent le  Lexique  de  .m  à  z  !  On  y  fait  connaissance,  avant  tout,  avec 
le  vocabulaire,  la  morphologie,  la  syntaxe,  les  habitudes  de  style  de 
notre  grand  comique,  aussi  bien  que  de  ses  devanciers  et  de  ses  suc- 
cesseurs; mais  de  plus,  M.  Livet,  soit  par  des  remarques  per^o-.mel- 

*  Voir  la  Revue  des  lanquea  romanes,  n°'  d'avril  et  décembre  1896. 

2  L'exiguë  de  la  langue  de  Molière  comparée  à  celle  des  écrivains  de  son 
temps,  avec  des  commentaires  de  philologie  historique  et  grammaticale 
par  Ch.-L.  Ltvet,  ouvrage  couronné  par  l'Académie  Française,  tome  troi- 
sième. Paris,  Imprimerie  Nationale,  1897,  8°  (Welter,  éditeur). 


BT151.I0GRAPHIE  551 

les,  soit,  mieux  eucore,  par  des  citations  heureuses  des  philologues, 
des  romanciers,  des  auteurs  comiques,  des  jurisconsultes,  des  écri- 
vains techniques  de  tout  ordre,  nous  ouvre  sans  cesse  des  jours  sur 
l'histoire  des  mots,  sur  les  usages  de  la  Cour  et  de  la  ville,  sur  l'or- 
ganisation sociale,  sur  les  jeux  et  les  métiers  du  XYII^  siècle.  Qu'on 
lise,  entre  autres,  les  articles  madrigal,  mamnouset,  marquin,  mièvre, 
monsieur,  noms  de  roman,  office,  péronnelle,  place,  précieux,  pronoms, 
prose  cadencée,  siège,  sornette,  suivante,  truand  :  on  verra  bien  vite 
que  ce  troisième  volume  n'est  pas  moins  riche  que  les  précédents. 
Qu'on  parcoure  l'ensemble,  et  Ton  remarquera  que  des  erreurs  précé- 
demment échappées  à  l'auteur  ont  disparu  (par  exemple  les  méprises 
sur  les  verbes  réfléchis,  dont  le  pronom  se  supprime  après/aire,  voir, 
laisser  et  autres  semi-auxiliaires)  ;  l'on  constatera  avec  plaisir  que, 
si  des  taches  étaient  inévitables  dans  un  travail  de  ce  genre,  elles 
sont  du  moins  devenues  de  moins  en  moins  nombreuses. 

C'est  cependant  sur  ces  taches  que  nous  demandons  la  permission 
d'insister,  d'abord  parce  que  nous  ne  pouvons  revenir  longuement  sur 
tous  les  éloges  déjà  adressés  aux  précédents  volumes,  ensuite  parce 
que  nos  observations  seront  peut-être  utiles  à  quelques-uns  de  ceux 
qui  consultent  le  Lexique  de  M.  Livet  '. 

L'auteur  a  certainement  pris  beaucoup  de  peine  pour  rendre  précis 
ses  renvois  aux  textes,  et  il  a  eu  soin  de  faire  ses  citations  assez  lon- 
gues pour  que  le  sens  et  la  portée  en  fussent  pleinement  intelligibles. 
Parfois,  cependant,  il  lui  est  arrivé  de  donner  des  références  insuf- 
fisantes et  des  citations  mal  coupées.  A  la  p.  99,  Molière  parait  faire 
une  comparaison  inacceptable  entre  l'honneur   des  fausses  prudes  et 

—  non  pas  les  qualités  —  mais  la  personne  même  des  autres  femmes  : 

1  II  convient  de  reléguer  dans  une  note  un  certain  nombre  de  fautes 
d'impression.  P.  6,  4=  ligne  avant  la  fin,  1.  :  erméneutique.  —  P.  31, 
1'  ligne  avant  la  fin,  L:  Ma  foi.  —  P.  81,  1.  23,  1.  : 

Disent:  ma  meute,  et  font  les  chasseurs  merveilleux. 

—  P.  86,  9"  ligne  avant  la  fin,  1.  :  quelquefois.  —  P.  108,  fin,  dans  la 
citation  des  Bourgeois  de  qualité  d'Hauteroche,  le  dialogue  est  évidem- 
ment mal  distribué.  Il  faut  mettre  un  tiret  devant  les  vers  2  et  4,  et  sup- 
primer celui  du  vers  3.  —  P.  153,  la  dernière  citation,  placée  au  milieu 
de  l'article  nœud,  doit  être  reportée  à  la  fin  de  l'article  noble.  —  P.  163, 
1"  ligne  avant  la  fin,  1.  :  aux  yeux.  -  P.  352,  ligne  17,  1.  : 

Etoit  de  rencontrer  de  ces  maris  fâcheux. 

P.  573,  ligne  6,  1.  :  galimatias.  —  P.  610,  ligne  1,1.  :  Connaissant  son 

indifférence  et  le  peu  de  cas.  —  P.  737,  ligne  19, 1.  :  décrépite.  —  P.  807, 
ligne  5,  1.  : 

Non:  A  ses  premiers  vœux  mo7i  âme  est  attachée. 


552  BIBTJOGRAPHIE 

«  Vous  représentez  une  de  ces  femmes  qui...  veulent  que...  toutes 
les  autres  ne  soient  rien  en  comparaison  d'un  misérable  honneur 
dont  personne  ne  se  soucie.  Impr.  de  Vers.,  se.  1).  Il  faut  lire:  «  qui... 
veulent  que  toutes  les  plus  belles  qualités  que  possèdent  toutes  les 
autres  ».  —  P.  683,  M.  Livet  cite  ce  vers  de  l'Étourdi,  I,  8,  417  : 

Hé!  tout  cela  n'est  rien  :  je  suis  tendre  à  ces  coups, 

et  traduit  tendre  à  par  sensible  à.  Mais  on  ne  voit  pas  comment  Mas- 
carille  peut  se  dire  sensible  aux  coups  que  lui  ont  portés  les  injures 
d'Hippolvte,  si  en  même  temps  il  déclare  que  «tout  cela  n'est  rien  ». 
La  citation  doit  être  complétée: 

Hé  !  tout  cela  n'est  rien  :  je  suis  tendre  à  ces  coups, 
Mais  déjà  je  commence  à  perdre  mon  courroux. 

—  C'est  par  une  faute  analogue  que  M.  Livet,  étudiant  «  tcut, 
variable,  avec  un  adjectif  »,  cite  ce  mot  de  M.  de  Pourceauguac  (ii, 
4):  ((  J'ai  l'odorat  et  l'imagination  tout  rempli  de  cela.  »  La  citation  n'a 
de  sens  que  si  Ton  adopte  les  corrections,  d'ailleurs  fort  naturelles, 
«  tous  remplis  »  ou  «  toute  remplie  » . 

Le  classement  des  sens  ou  des  emplois  dans  les  articles  —  et  sur- 
tout dans  les  articles  un  peu  longs  —  d'un  lexique  offre  de  grandes 
difficultés.  Aussi  pourrions-nous  encore  signaler  du  désordre  dans 
certains  articles  de  ce  tome  III  (voyez  par  exemple  pousser,  pronoms, 
verbes),  comme  nous  en  avions  signalé  dans  certains  articles  des  tomes 
I  et  IL  Contentons-nous  d'un  petit  nombre  d'observations. 

On  lit  à  la  p.  73  ces  vers  dj  Misanthrope  (I,  2,  255): 

Cette  estime  m'a  mis 
Dans  un  ardent  désir  d'être  de  vos  amis, 

et  à  la  p.  77  ce  vers  de  l'École  des  Femmes  (II,  3,  423)  : 

C'est  que  cette  action  le  inet  en  jalousie. 

Ces  deux  emplois  du  verbe  mettre  ne  sont-ils  pa*  semblables,  el 
n'est-il  pas  singulier  que  l'un  figure  au  l*"",  et  l'autre  au  12'"*'  jiara- 
graphe  de  l'article  sur  ce  verbe  ? 

L'article  o?i  (p.  180)  comprend  les  divisions  suivantes:  »  1°  on, 
équivalant  à  un  nom  féminin  iiidéterm'iné  :  une  personne  quelconque  ; 

—  2°  ON,  représentant  un  nom  féminin  déterminé  ; —  7"  o.\,  repré- 
sentant une o«  p)ersonne  du  singulierfém'in'in  :  elle  ;  —  8°  on,  l"o.n  ,  vagues, 
représentant  quelqu'un,  certaines  gens,  et,  avec  une  négation,  per- 
sonne ».  11  est  évident  que  7°  et  8°  répètent  2°  et  1°,  d'autant  plus 
qu'au  7°  et  au  2°  est  cité  un  même  vers  du  Misanthrope  (iir,  1 ,  836), 
où  on  rappelle  Célimène.  Il  est  vrai  que  le  seul  exemple  cité  au  1° 
comportait   une  remarque  nouvelle,    mais  M.  Livet  ne  l'a  pas  faite  : 


BIBLIOGRAPHIE  553 

c'est  que,  si  on  représente  un  nom  féminin,  l'adjectif  ou  le  participe 
attribut  peut  se  mettre  au  féminin:  «  Par  le  moyen  de  ces  visites  spi- 
rituelles »,  dit  Magdelon,  «  on  est  instruite  de  cent  choses  qu'il  faut 
savoir  de  nécessité.  —  Précieuses  ridicules,  se.  9.  » 

Les  deux  premiers  paragraphes  de  l'article  passer  ont  pour  titres: 
i<  1°  surpasser,  être  au-dessus  de;  2"  dépasser,  aller  au  delà  de.  » 
La  division  est  légitime  ;  mais  voici  deux  exemples  qui  figurent, 
l'un  au  1»,  p.  233,  l'autre  au  2°,  p.  235,  et  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  de 
séparer: 

Tels  changements  ont   leurs  douceurs 

Qui  passent  leur  intelligence. 

Amph.,  ProL,  104; 

et  ((  voici  ce  qui  passe  toute  intelligence.  —  Bossuet,  Hist.  unïv.,  in-4", 
1681,  p.  288.  .. 

P.  520  et  521,  nous  lisons  un  paragraphe  consacré  au  mot  retour 
signifiant  retoui-  sur  le  passé,  puis  un  paragraphe  consacré  à  la  locu- 
tion au  retour  de  signifiant  en  retour  de,  en  échange  de.  A  la  fin  de  ce 
second  paragraphe  se  trouvent  deux  exemples  où  le  mot  7-e^oitj' n'entre 
dans  aucune  locution  et  où  il  signifie  ce  qu'on  ajoute  pour  rendre  un 
troc  égal:  «pour  un  tel  bien  je  devrois  à\i  retour.  —  Rec.  derondeuux, 
in-32,  1639,  p.  81.  » 

Dans  le  long  et  important  article  Verbes,  toute  une  page,  qui  a  la 
prétention  de  traiter  de  1'  «  emploi  du  temps  »,  porte  en  réalité 
sur  l'emploi  des  modes  (du  milieu  de  la  p.  778  au  milieu  delà  p.  779i; 
au  contraire,  la  2«  partie  de  la  page  781,  où  il  devrait  être  question 
de  r«  emploi  des  modes  »  et  en  particulier  de  l'emploi  du  «  subjonc- 
tif »,  porte  en  réalité  sur  l'emploi  des  temps. 

Si  l'abondance  des  notes  prises  par  M.  Livet  et  la  difficulté  de  les 
classer  l'ont  entraîné  à  mettre  parfois  du  désordre  dans  ses  articles, 
il  est  naturel  qu'elles  l'aient  entraîné  aussi  à  y  faire  entrer  des  exem- 
ples qui  n'y  avaient  que  faire  et  qui  sont  mal  interprétés. 

P.  66,  l'explication  donnée  du  verbe  ménwjer  :  «  préparer,  chercher 
à  assurer  «convient à  neuf  des  exemples  cités  sur  dix.  Mais  elle  ne 
convient  plus  au  passage  de  Segrais  {Nouvelles  francnises,  1656,  4- 
nouv.,  p.  149):  «  Si  cette  passion,  qui  se  montre  si  respectueuse,  pou- 
voit  être  bien  ménagée,  ce  seroit  peut-être  un  moyen  de  leur  déli- 
vrance ».  Là  ménager  a  son  sens  ordinaire  de  conduire,  régler  avec 
mesure. 

P.  166,  M.  Livel  n'étutlie  pas  le  mot  objet  dans  son  sens  propre,  que 
rappelle  pourtant  à  la  fin  une  définition  de  Bossuet  :  «  Qu'appelez- 
vous  un  objets  —  La  chose  vers  laquelle  on  se  porte  :  comme  la  vue 
se  porte  vers  la  lumière  et  les  couleurs  ;  c'est  son  objet  »  ;  il  veut  seu- 


554  nitSLIUt.HAFllIK 

lement  donner  des  exemples  d'objet  signifiant  ■<  objet  de  rainoni-, 
femme,  femme  aimée  ».  Dès  lors,  il  fallait  supprimer  la  deuxième  ci- 
tation, celle  des  Fâcheux,  I,  6,290: 

Où  donc  s'est  retiré  cet  objet  de  mes  vœux? 

Ici  c'est  l'ensemble  de  la  périphrase  qui  signifie  «  femme  aimée  »  ; 
quant  au  motohjet  lui-même,  il  est  pris  dans  son  sens  projire,  Orphise 
étant  la  chose  (la  personne)  vers  laquelle  se  portent  les  vœux  d'Éraste. 
P.  181,  M.  Livet  étudie  «  on,  rejjrésentant  la  P^  personne  du  singu- 
lier :  je  »  et  «  ON,  représentant  la  ire^^ej-sonne  du  pluriel:  dous  »,  et  il 
cite  ces  deux  exemples:  «  Pauvre  Géronte!....  En  vain  je  cours  de 
tous  côtés  pour  le  pouvoir  trouver...  11  faut  qu'il  soit  caché  en  quel- 


Nous  serions  au  logis  beaucoup  moins  sûrement: 

Ici  de  tous  côtés  on  découvre  aisément, 

Et  nous  pouvons  parler  avec  toute  assurance. 

Dép.  am.,  II,   1,  345. 

Dans  les  deux  cas,  il  est  fort  douteux  que  on  représente  un  pronom 
personnel  :  Scapin  dit  que  l'endroit  où  est  Géronte  ne  peut  pas  être 
deviné,  et  Frosine  que  le  lieu  où  elle  s'entretient  avec  Ascagne,  étant 
largement  découvert,  permet  de  voir  de  tous  côtés. 

P.  188,  ordre  est  d'abord  défini  par  »  méthode,  ordre  logique  », 
puis,  dans  un  second  paragraphe,  il  est  défini  par  «  arrangement  »  ; 
mais,  pour  les  deux  exemples  de  Molière  qui  suivent  cette  seconde 
définition,  c'est  la  première  seule  qui  conviendrait.  M.  Tomes  songe  à 
un  ordre  logique  et  hiérarchique  lorsqu'il  s'écrie:  «  Je...  ne  voulus 
point  endui'er  qu'on  opinât,  si  les  choses  n'étoient  dans  Vordi'e.  — -  Ar)i. 
méd.,  Il,  3.  »  «  On  est  assuré  que  les  choses  sont  toujours  dans  Tor- 
dre »,  dit  l'apothicaire  de  J/.  de  Pourciaugnac,  I,  5;  et  M.  Livet  ne  se 
serait  pas  trompé  sur  le  sens  de  ces  paroles,  si,  poursuivant  sa  cita- 
tion, il  était  arrivé  à  cette  variante  que  l'apothicaire  donue  lui-même 
de  sa  phrase:  «  On  est  bien  aise  au  moins  d'être  mort  méthodique- 
ment. » 

P.  223,  partager  est  défini  :  «  donner  en  partage  »,  et  la  définition 
s'applique  exactement  au  deuxième  exemple  cité (J/e'Z/certe,  II,  G);  mais 
elle  ne  s'applique  pas  aux  quatre  autres.  Dans 

Nous  le  verrions  encor  nous  pm'tager  ses  soins. 

Racine,  Androm.,  V,  3,  1559, 
partager  signifie  répartir  sur   des   personnes  différentes;  et  de  même 
dans  les  vers  du  Tartufe  [L  I,  115_),  dont  JNI.  Livet  a  eu  tort  de  ne  citer 
que  le  premier  : 


BIBLIOGRAPHIE  555 

Ou  faire  ailleurs  tomber  quelques  traits  partagés 
De  ce  blâme  public  dont  ils  sont  trop  chargés. 

P.  435,  dans  un  paragraphe  qui  porte  pour  titre:  «  que,  ^joia-  à 
moins  que,  avec  une  négation  »  se  trouve  l'exemple  suivant: 

...  Où  donc  allez-vous,  rjuil  ne  vous  en  déplaise? 

{Éc.  des  maris,  I,  2,  84.) 

Mais  qu'il  ne  vous  en  déplaise  signifie  ici  :  «  Qu'il  ne  vous  vienne  pas 
du  déplaisir  de  ce  que  je  vous  interroge  ainsi  »  ;  il  doit  se  traduire  par  : 
avec  votre  permission. 

P.  447,  l'explication  de  quitter  {lai-  u  tenir  quitte  »  est  valable  pour 
les  textes  empruntés  aux  auteurs  autres  que  Molière.  Au  contraire, 
dans  les  quatre  citations  de  Molière,  nous  lisons  également  je  le 
quitte,  où  le  est  un  pronom  neutre  et  où  quitter  a  le  sens,  déjà  indiqué 
p.  445,  de  renoncer  à.  Ainsi  dans  la  Critique  de  VÉcole  des  Femmes, 
se.  6  :  Que  trouvez-vous  là  à  redire?  —  Moi,  rien.  Tarte  à  la  crème  !  — 
Ahlje  le  quitte  »,  c'est-à-dire:  j'y  renonce,  je  renonce  à  discuter  avec 
vous. 

P.  657,  dans  un  paragraphe  où  siir  est  expliqué  par  â  prendre  sur, 
imputable  sur,  ûgnve  la  phrase  suivante  de  PascAÏ  [6'' jM'ovineiale):  «un 
prêtre  qui  a  reçu  de  l'argent  pour  dire  une  messe,  peut-il  recevoir  de 
nouvel  argent  sur  la  même  messe?  »  Mais  ce  nouvel  argent  ne  peut 
être^?'is  sur  la  même  messe,  il  ne  peut  être  donné  ou  reçu  qu'à  cause 
de  la  mêuie  messe  :  l'exemple  doit  donc  être  reporté  deux  paragraphes 
plus  haut. 

P.  778,  on  ne  saurait  affirmer  que  M.  Livet  se  trompe  en  voyant  un 
indicatif  employé  pour  un  subjonctif  dans  la  phrase  de  La  Flèche: 
«  Je  dis  que  vous  fouillez  bien  partout,  pour  voir  si  je  vous  ai  volé.  — 
L'Avare,  I,  3  ».  Mais  il  n'est  pas  certain  nou  plus  que  je  dis  signifie 
là  «  je  conseille  »,  —  et  c'est  le  seul  cas  où  nous  mettrions  aujour- 
d'hui le  subjonctif.  La  Flèche,  qui  a  laissé  imprudemment  entendre  à 
Harpagon  le  mot  de  «  voler  »,  peut  chercher  à  l'expliquer  en  disant: 
«  Je  remarque  que  vous  fouillez  bien  partout,  pour  voir  si  je  vous  ai 
volé.  » 

Des  citations  mal  interprétées  conduisent  à  des  définitions  inexac- 
tes et  à  des  titres  erronés. 

P.  505,  M.  Livet  fait  un  paragraphe  spécial  ayant  pour  titre: 
«  Réparer:  2°  épargner  »,  afin  d'expliquer  les  vers  suivants  : 

Quand   d'un  injuste  ombrage 

Votre  raison  saura  me  réparer  l'outrage. 

D.  Garde,  I,  3,255. 


556  BIBLIOGUAPHIE 

Mais  cette  explication,  peu  admissible  en  soi,  ne  convient  nullement 
au  texte,  don  Garcie  ayant  déjà  offensé  done  Elvire  par  sa  jalousie. 
Réparer  a  ici  le  sens  d'effacer,  de  trouver  une  compensation  à,  comme 
dans  le  texte  de  Racine  cité  au  piiragraphe  précédent:  Il  redouble 
d'amour  pour  réparer  son  peu  de  valeur  ». 
P.  536,  on  lit  cet  article:  «  Rin,  Nis  en  Rin. 

C'est  que  dans  tous  les  mots  ils  changent  nis  en  rin. 
Et,  pour  dire  Tunis,  ils  prononcent  Turin. 

UÉt,  IV,  2,  1413. 

Ne  croirait-on  pas  que  nin  en  rin  est  une  locutinn  toute  faite  ?  et  fal- 
lait-il consacrer  un  article  spécial  à  Texplication  falote  donnée  par 
Mascarille  du  lapsus  commis   par  le  pseudo- Arménien  Lélie? 

P.  703,  l'adjectif  [)0ssessif  sien  ne  pounait  être  remplacé  par  le 
pronom  possessif  le  sien  dans  aucun  des  textes  cités  ;  ainsi  dans 
V Étourdi,  I,  5,  257,  sien  équivaut  à  l'iidjectif  latin  suus  : 

Mais  surtout  fais  si  bien 

Qu'elle  garde  toujours  l'ardeur  de  me  voir  sî'e?;. 

P.  703,  M.  Livet  cite  ces  vers  de  VÉcolc  des  Maris,  II,  9,  7'27  : 

J'ai  douté,  je  l'avoue;  et  cet  arrêt  suprême 
Qui  décide  du  sort  de  mon  amour  extrême 
Doit  m'étre  assez  touchant,  pour  ne  pas  s'offenser 
Que  mon  cœur  par  deux  fois  le  fasse  prononcer, 

et  il  intitule  son  article  :  «  Toucha.nt,  indulgent  ».  Mais  Valèrt  sait 
bien  si  l'arrêt  jjrononcé  par  Isabelle  est,  ou  non,  indulgent  pour  lui; 
ce  sens  ne  se  comprend  donc  pas  avec  doit.  La  seule  inteipi'étation 
possible  est  :  cet  arrêt  doit  me  toucher  assez,  m'importer  assez,  pour 
qu'on  ne  s'offense  pas  de  ce  que  mon  cœur  le  fait  prononcer  une  seconde 
fois. 

Enfin,  il  était  impossible  que  dans  un  travail  aussi  considérable 
ne  se  glissassent  point  d'autres  erreurs,  d'ordie  divers.  Voici  donc  en- 
core quelques  affirmations  de  M.  Livet,  sur  lesquelles  nous  devons 
faire  nos  réserves. 

P.  24,  on  nous  dit  que  le  mot  Malitorne  ne  peut  avoir  été  suggéré 
par  la  Maritorne  de  Cervantes,  «  parce  que  le  D.  Quichotte  ne  parut 
qu'en  1617  et  que,  dans  la  Comédie  des  Proverbes,  composée,  dit-on, 
dès  1616,  par  le  comte  de  Ci-amail,  on  lit  :  <>  Alizon  :  Hé  !  hé  !  Mali 
tome  !  que  cela  est  maussade  !  III,  7  ».  —  La  Comédie  des  Proverbes 
n'a  pas  été  composée  en  1616,  mais  aux  environs  de  1632  (Voy.  Roy, 
Sorel,  p.  253,  n.),  et  il  est  probable  que3falitorne  est  bien  le  nom  de  la 
servante  espagnole,  influencé  par  le  latin  Malctomatus. 


BIBI.IOGRAPHIE  5  57 

P.  279,  à  propos  de  la  locution  sur  le  iiied  de  et  du  vers  du  Tar- 
tuffe, 1,2,  181  : 

Nos  troubles  l'avaient  mis  sur  le  pied  rf'homme  sage, 
M.  Livet  écrit:  «  Métaphore  tirée  du  langage  technique  de  la  f.ibri- 
cation  des  monnaies:  \e  pied  était  le  type,  le  modèle,  auquel  se  rap- 
portaient les  pièces  fabriquées  ;  Molière  veut  donc  dire  :  Nos  troubles 
l'avaient  mis  sur  un  type  conforme  à  celui  de  l'homme  sage.  »  Que 
faut-il  entendre  par  «  le  type,  le  modèle,  auquel  se  rapportaient  les 
pièces  fabriquées  »  ?  Je  ne  sais  trop,  et,  si  M.  Livet  désigne  par  là  la 
forme  même  des  pièces,  j'ai  peur,  et  que  l'explication  ne  soit  inexacte, 
et  qu'elle  n'éclaire  qu'un  petit  nombre  des  textes  où  entre  la  locution 
sur  le  pied  de.  —  D'après  les  ordonnances  royales,  \e  pied  de  monnaie 
c'est  «  la  taille,  titre  et  prix  du  marc  d'or  ou  du  marc  d'argent,  sur 
lequel  est  dressé  le  cours  et  la  traite  de  l'espèce  »  (dans  Lacurne 
de  Samte-Pa.\a.ye,  Dictionnaire,  Rvt.pied,  3°);  d'où  il  suit  que  sur  le  pied 
de  signifie:  avec  le  titre,  avec  la  valeur  de.  Mettre  un  homme  sur  le 
pied  d'homme  sage,  c'est  lui  donner  la  valeur  d'unhommesageaux  yeux 
de  tous.  Ces  femmes,  qui  veulent  conduire  les  affaires  qu'elles  ont  sur 
le  pied  t^'attachement  honnête  [Impromptu  de  Versailles,  se.  1),  cher- 
chent à  leur  donnner  aux  yeux  de  tous  la  valeur  d'un  attachement 
honnête.  Celles  qui 

veulent,  sur  le  med  de  nous  être  fidèles, 

Que  nous  soyons  tenus  à  tout  endurer  d'elles, 

Êc.  des  Femmes,  IV,  8,  1300, 
regardent  leur  fidélité  comme  une  monnaie  d'une  valeur  telle,  que  toute 
la  patience  des  mari.s,  donnée  en  échange,  suffit  à  peme  à  rendre  le 
marché  équitable.  Quant  au  texte  du  Théâtre  italien  :  «  Vous  ne  savez 
donc  pas  que  l'amour  fuit  les  gens  mal  propres,  et  qu'il  faut  être  sur 
le  bon  pied  pour  le  recevoir  »,  il  contient  évidcinment  une  façon  de 
jeu  de  mots. 

P.  403  et  404,  dans  les  constructions  comme 

Le  trait  qite  fai  bien  cru  que  tu  m' av ois  joué. 

Dépit  amoureux,  III,  7,  955, 
M.  Livet  fait  de  chacun  des  que  un  prouom  relatif,  complément  direct 
du  verbe  qui  le  suit  immédiatement.  Il  y  a  là  une  double  eri-eur,  car 
le  premier  que  est  un  relatif  qui  dépend  du  second  verbe,  et  le  second 
que  est  une  conjonction  :  le  trait  que  tu  niavois  joué,  —  j'ai  cru  que 
tu  me  l'avois  joué.  Ce  qui  a  trompé  M.  Livet,  c'est  sans  doute  la 
locution 

Nous  verrons  si  c'est  moi  que  vous  voudrez  qui  sorte, 

Misanthrope,  II,  4,  742, 


5n8  BIBLIOGRAPHIE 

où  il  y  -A.  en  effet,  deux  pi'onoms  relat,ifr<  et  où  chacun  est  dans  un 
rapport  grammatical  étroit  avec  le  verbe  qui  le  suit.  Mais  ici  le  second 
relatif  est  né  de  la  confusion  si  fréquente  entre  qu'il  et  qui  ;  après 
quoi,  il  a  continué  de  vivre  parce  qu'on  pouvait  en  effet  y  sentir  un 
relatif  sujet  ayant  le  même  antécédent  que  le  pronom  que.  Figurons- 
nous  la  conjonction  ôrt  remplacée  par  o;  dans  une  phrase  grecque 
comme  celle-ci  :  ^xiù.vj^,  ov  Kupo;  rrlzi,  ôrt  «itrov  £;/oito-j  Yïzogi^o-j 

n~CiCf.TiijtJ.tzo:; 

P.  630,  soucier  est  donné  comme  verbe  neutre  dans  les  phrases 
comme 

Eh  !  je  crois  que  cela  faiblement  vous  soucie, 

Dép.  am.,  IV,  3,  1389. 

C'est  sans  doute  que  M.  Livet  songe  à  sa  traduction  :  donner  du  souci 
à  ;  mais  mieux  eût  valu  songer  à  Tétymologie  :  soUicHare. 

P.  703,  à  côté  du  mot  fameux  de  La  Fontaine  {Épître  à  l'Év.  de 
Soissons)  : 

Je  pris  certain  auteur  autrefois  pour  mon  maître  ; 

Il  pensa  me  gâter, 

M.  Livet  écrit  sans  hésitation  qu'il  s'agit  de  Voituie.  La  question 
est  controversée,  et  il  n'eût  pas  été  inutile  de  faire  suivre  le  nom  d(> 
Voiture  d'un  point  d'interrogation. 

P.  781,  sous  la  rubrique  «  Verbes  à  Vimparjuit  ou  au  ixirfait,  an 
lieu  du  pi'ésent  du  subjonctif  »,  on  lit  les  deux  citations  que  voici  : 
«  Vous  avez  voulu  aussi  que  nous  soyons  entrés  Jusqu'Ici. — Préc.rid., 
se.  7  »  ;  «  je  cois  bien  qu'avant  qu'il  fût  peu,  vous  n'auriez  pas  le  son. 
—  Bourg  gentilh.,  V,  2.  »  Mais,  dans  le  premier  ras,  la  grammaire 
actuelle  exigerait  l'imparfait  du  subjonctif,  non  le  présent;  dans  le 
second,  l'imparfait  du  subjonctif  est  amené  par  le  conditionnel  qui 
suit,  non  par  l'indicatif  présent  qui  précède  :  nous  écririons  encore 
aujourd'hui  comme  Molière. 

Telles  sont  les  observations  que  j'aurais  voulu  soumettre  à  M.  Livet, 
comme  je  lui  ai  précédemment  soumis  celles  que  me  SHggéraient  les 
premiers  volumes.  Esprit  largement  ouvert,  caractère  éminemment 
aimable,  habitué  à  faire  à  la  critique  de  sincères  appels,  il  eût 
accueilli  cet  article  comme  il  avait  accueilli  les  deux  autres,  avec 
une  exquise  bienveillance.  Mais  celui-ci,  hélas!  M.  Livet  ne  \o 
lira  point.  A  Montpellier  même,  où  il  était  venu  passer  l'hiver,  cet 
infatigable  travailleur  qu'avait  constamment  soutenu  une  superbe  et, 
en  apparence,  inaltérable  santé,  a  été  subitement  enlevé  à  la  science, 
comme  à  sa  famille  et  à  ses  amis.  Il  laisse  inachevé  un  lexique  de  la 
langno  de  Bossuet  dont,  en  1896  déjà,  nous  espérions  le  prompt  achè- 


blBLlOGllAPIÎIK  5  59 

vement,  et  qui  eût  été  particulièrement  utile.  Faut- il  renoncer  à  l'espoir 
de  voir  jamais  paraître  cet  ouvrage?  et  la  mort  nous  l'a-t-elle  défini- 
tivement ravi  avec  toutes  les  brillantes  ou  solides  études  que  nous 
pouvions  encore  attendre  d'une  aussi  verte  vieillesse? 

Euffène  RiGAL. 


Titres  de  quarante  brochures  récentes 

Nous  nous  plaisons  à  signaler  ici,  trop  sommairement  à  notre  gré, 
quelques  articles  relatifs  à  des  questions  d'histoire  ou  de  littérature, 
de  nature  à  intéresser  nos  lecteurs,  et  dont  les  tirages  à  part  ne  tar- 
deront pas,  vu  leur  petit  nombre,  à  constituer  de  précieuses  curiosités 
littéraires  et  bibliographiques. 

Pfister  (Ch.).  —  Henri  IV  à  Nancy  (2-8  avril  1603),  in  8°,  0  pp- 
Imp.  Thomas  Malzéville. 

Intéressants  détails,  d'après  des  documents  inédits  tirés  des  archives 
lorraines. 

Cour  d'appel  de  Montpellier.  Audience  solennelle  de  rentrée  du 
17  octobre  1898.  Discours  de  M.  Etienne  Meynieux.  De  la  réforme 
du  Code  de  justice  militaire.  Montpellier,  Jean  Martel,  1898,  in -8°, 
55  pp. 

Importante  étude  sur  une  des  plus  graves  questions  qui  puissent  à 
l'heure  présente  préoccuper  les  bons  citoyens  et  les  esprits  indépen- 
dants. M.  Meynieux  touche  à  ces  sujets  délicats  avec  une  haute  com- 
pétence et  impartialité. 

JtJLUAN  (Camille).  —  Inscription  cjallo-roinaine  de  Rom  [Deux- 
Sèvres),  in-8°,  9  pp.  Extrait  de  la  Revue  celtique,  XIX.) 

«  La  tablette  de  Rom,  par  sa  forme,  par  sa  nntn!  !■,  par  son  origine, 
doit  être  une  tablette  d'imprécation  ou  de  prière.  »  Ainsi  conclut 
l'auteru,  après  une  discussion,  vrai  modèle  de  sagacité  et  d'ingéniosité. 

Lazzakini  (Vittorio).  —  L'Acquisto  di  Lepanto  (1407).  Venezia, 
frats  Vicentini,  1898;  in-S",  23  pp.  (P^xtrait  du  Nuovo  Archivio  Veneto, 
XV,  fasc.  2). 

D'après  des  documents  inédits  des  archives  de  Venise,  et  notamment 
des  registres  Senato  Misti. 

NicoLUSSi  (Giovanni).  —  Alcuni  versi  tedes  dû  nel  «  Dittamondo  >>, 
in-S",  1 1  pp.  Extrait  du  Giornale  Storico  délia  Letteratura  Italiana. 
Turin,  Lœscher,  1898  (vol.  xxxii,  p.  121). 

D'après  la  collation  de  cinquante-deux  manuscrits. 

LuMBROSO  (Alberto). —  Dei  più  recenti  scritti  su  Napoleone  edi  suai 


560  BIBLIOGRAPHIE 

tempi,    in-8",    15   \)\).    Extrait    de  la  Rivista  Storlca  ItalUmu,  XV,  3 
[1898]. 

[LuMBROso  (Alberto)J.  —  Nozze  Pecco  Vigna.  Una  lettera  del  géné- 
rale Savary  al  principe  Camillo  liorghese,  ed  una  publica  dichisara- 
grone  di  Luciano  Murât,  pretendente  al  trono  di  Napoli.  In-8°,  14  pp. 
[Rome],  Forzani,  tip.  Senato. 

Avec  une  épître  dédicatoire  signée  Alberto  Luinbroso  :  «  Al  chiar. 
dott.  Matteo  Pecco. 

[LuMBROSO  (Alberto)].  —  Campagne  de  ISOO.  Souvenirs  du  général 
J.-C.  Jouan,  (publiés  par  le  baron).  Extrait  du  Carnet  historique  el 
littéraire,  15  juin  1898,  in-8°,  14  pp.  Paris,  59,  avenue  Breteuil, 
1898. 

LuMBROSo  (Alberto).  —  lire  Gioacchino  Murât  e  I'jl  suacorte  (1808), 
dair  inedito  carteggio  del  re  con  Napoleone  1,  in-8°,  32  pp.  Rome, 
Forzani,  1898.  (Extrait  de  la  Nuova  Antologia,  août  1898,  LXXVI. 
Série  iv.) 

Riches  en  infoi-mations  nouvelles,  en  minutieuses  rectifications,  en 
documents  inédits  ou  inconnus,  publiés  ou  signalés,  ces  publications 
créent  à  leur  infatiguable  auteur  de  nouveaux  titres  àla  i-econnaissance 
des  napoléonisants. 

LuMBROSO  (Alberto).  —  La  To^cana  dal  25  marzo  1  799  al  20  maggin 
1801.  Ristampa.  in-8",  25  pp.  Rome,  Modes  et  iMendel.  Paris,  Picard, 
1898. 

Réimpression  d'une  rare  et  curieuse  plaquette  anonyme,  avec  des 
notes  abondantes  et  érudites  de  l'éditeur. 

LuMBROSO  (Alberto).  —  Di  alcuni  studi  sulla  rivoluzione  francese  e 
sul  primo  impero  pubblicati  nel  1897,  in-8",  pp.  14  Toriuo,  Bocca,  1898. 
Extrait  de  la  Rivista  Storica  Italiana,  XV,  fasc.  12. 

Zambler  et  Carabellese.  —  Lerelazioni  commercialifra  la  Piiglia 
e  la  Repuhlica  di  Veneda  dal  secolo  X  al  XV,  in-8",  191  pp.  Trauni 
V.  Vecchi,  1898. 

Monographie  importante  sur  un  sujet  peu  connu;  publie  une  cin- 
quantaine de  pièces  justificatives  fort  intéressantes.  Ce  travail  forme 
le  second  volume  d'une  série  de  Ricerche  e  Docunienti  qu'il  faut  sou- 
haiter de  voir  rapidement  continuer. 

BucHE  (Joseph).  —  Histoire  du  Studium,  (  allège  et  Lycée  de  Bourg- 
en-Bresse  (1391-1898),  in-8°,  171  t)p.  Bourg,  inip.  Courrier  de  l'Ain, 
1898  (Extrait  des  Annales  de  la  Société  d'Émulation  de  l'Ain). 

Le  jeune  et  savant  professeur,  dont  nos  lecteurs  n'ont  pas  oublié 
rérudiLc  collaboration  à  propos  des    Lettres  de   Boyssonné,  a  traité 


BlBr.IOGRAPHIE  561 

d'une  façon  définitive  son  sujet  dans  cette  belle  monographie  qu'il  a 
divisée  en  six  chapitres,  correspondant  à  autant  de  périodes  dans 
l'histoire  de  cet  établissement  :  I.  Le  Stiidium  ou  Ecoles  communales 
(1391-1572);  le  Collège  communal  (1572-1618);  II.  Les  Jésuites 
directeurs,  puis  maîtres  du  Collège  (1618-1644,  1644-1763)  ;  111.  Le 
Collège  parlementaire  (1763-1793'  ;  IV.  L'Ecole  Centrale  (an  v-xi, 
1796-1803)  ;  V.  Le  Collège  (1803-1856)  ;  VI.  Le  Lycée  (1857-. . . .). 
Il  serait  à  souhaiter  que  tous  nos  lycées  et  collèges  fussent  pourvues 
d'annales  aussi  bien  rédigées. 

JuLLiAN  (Camille).  —  Questions  historiques. 

Dans  la  chronique  qu'il  fait  sous  ce  titre  à  la  Revue  universitaire, 
notre  savant  confrère  et  ami  traite  les  questions  les  plus  variées. 
L'extrait  que  j'ai  sous  les  yeux  passe  en  revue  un  dieu  chaldéen  (le 
dieu  banquier  Samas),  le  temple  de  Delphes  d'après  M.  HomoUe,  le 
forum  romain  d'après  M.  Thédenat,  la  propriété  au  moyen  âge, 
suivant  les  données,  nouvellement  étudiées  par  Brutails,  du  Gartulaire 
de  l'église  collégiale  de  St-Seurin,  D'Aiguillon  en  Bretagne  et  l'œuvre 
intérieure  de  Louis  XV,  k  propos  des  essais  de  réhabilitation  de 
M.M.  Carré  et  Marion,  Vunité  italienne  et  les  ancêtres  italiens  de 
Napoléon,  Va.\ite\x\:  ciianne  prédiction  de  Victor  Hugo,  d'une  portée  so- 
ciale assez  grande  pour  être  notée  dans  le  fatras  oratoire  et  apocalyp- 
tique de  ses  discours  et  de  ses  lettres,  et  insiste  sur  la  nouveauté  et 
l'importance,  dans  l'état  social  de  notre  pays,  de  la  création  des 
universités.  —  A  propos  de  Napoléon  et  à  l'appui  de  la  thèse,—  chère 
àQuinet,  à  Stendhal  et  àTaine, —  de  l'italianité  de  Napoléon,  M.  Jul- 
lian  rappelle,  en  me  faisant  l'honneur  de  me  citer,  que  Napoléon 
voulut  proscrire  l'enseignement  du  français  de  l'île  d'Elbe.  En  fait,  il 
y  supprima  le  professeur  de  français.  Mais  peut-être  avons-nous  mal 
interprété  cet  acte.  Napoléon,  politique  et  positif,  pensait  sans  doute 
que  ses  quatre  cents  grenadiers  seraient  autant  de  professeurs  de 
langue  et  d'esprit  français  ;  on  connaît  un  exemple  notable  d'échange 
de  leçons  de  grammaire  et  de  prononciation  française  et  italienne,  celui 
de  Drouot  et  de  M"^  Vantini;  pareil  fait  dut  maintes  fois  se  répéter.  11 
y  a  donc  apparence  que  cette  mesure  d'économie  de  l'empereur  n'a 
pas  eu  le  caractère  antifrançais  que  nous  lui  avons  attribué. 

Tamizey  DR  Larroque.  —  Le  chroniqueur  Proche.  Documents 
inédits  publiés  et  annotés,  in-8°,  30  pp.,  Agen,  imp.-lithog.  age- 
naise,  1898.  Itxtrait  à  5'3  exemplaires  de  la  Revue  de  l'Agenais. 

La  dernière  étude  de  notre  illustre  confrère  et  regretté  collaborateur, 
publiée  par  les  soins  pieux  et  dévoués  de  son  fils,  IVI.  Henry  Tamizey 
de  Larroque. 


5fi2  BIBLIOGRAPHIE 

Teisskikk  (Raymond).  —  Marchand  et  In  question  du  Haut  Nil. 
Conféreace  faite  à  l'A.  G.  des  étudiants  de  Marseille,  le  2(3  octo'uie 
1898,  in-H°,  31  pp.  Marseille,  B  irlatier,  18.J8. 

Considérations  générales  sur  la  politique  africaine.  Récit  de  la 
mission  Marchand.  Discussion  générale  de  nos  droits  sur  le  Haut  Nil. 
Discussion  des  deux  Livres  Bleus  et  du  Livre  Jaune. 

Casanova  ^^Lug•enio)  —  Note  di  Storia  Senese,  in -8",  pp  22. 
Sirena,  Torrini,  1898.  Extrait  de   la  Miscellanea  Storia  Senese,  iv-v. 

Le  distingué  secrétaire  de  VArchivio  Storico  Italiano  a  réuni  sons 
ce  titre  diverses  notes  intéressant  l'histoire  politique,  sociale  et  artis- 
tique delà  république  siennoise.  Citons  entre  autres  :  une  concession 
de  biens  à  la  fameuse  Bianca  Capello  dans  la  maremne  toscane,  l'ex- 
portation hors  de  Sienne  des  objets  d'art,  le  gouvernement  français  à 
Sienne,  la  madone  de  Romiluzzo  près  Poggibonsi,  des  letties  de 
(Josme  I  de  Médici  pour  la  compilation  des  règles  de  la  langue 
toscane,  etc.,  etc.  La  variété,  la  précision,  l'intérêt  de  ces  notes  fout 
vivement  regretter  que  l'auteur  renonce  aux  études  historiques  pour 
entrer  dans  les  carrières  administratives.  Ses  amis  lui  souhaitent  d'y 
trouver  les  mêmes  joies  désintéressées. 

Dalla  Santa  (Giuseppe).  — Alcuni  âocumenti  x)er  la  storia  délia 
chiesa  di  Limisso  in  Cqjro  durante  la  seconda  meta  del  sec.  XV,  iu-S", 
40  pp.,  Venezia,  frat  Visentini,  1898.  Extrait  du  Nuovo  Archico 
Veneto,  XVI,  fasc.  1. 

Importante  monographie  d'histoire  ecclésiastique.  Nombreuses  ad- 
ditions aux  dates  antérieurement  données  par  M.  de  Mas  Latrie. 

Cl\n  (Vittorio).  —  Ancora  la  Stanza  «  Molt'é  gran  cosa  edinoiosa  » 
de  Giacomo  di  Lentini,  in-8°,  5  pp.,  Pisa,  Marcotti.  Extrait  de  la 
Rassegna  Bihliografica  délia  Letteratura  Italiana. 

Petit  problème  de  chronologie  et  d'histoire  littéraire,  déjàtraité  par 
Casini,  Torraca,  Mussafia,  Pellegrini,  Parodi  et  Cesareo,  et  ingénieu- 
sement résolu. 

Camus  (Julesj.  —  Les  épêes  de  Bordeaux  en  Guyenne  et  en  Savoie. 
in-S",  pp.  11.  Annecy,  Abry,  1898.  Extrait  de  la.  Revue  savoisienne. 

Réfutation  de  la  théorie  de  J.-B.  Giraud  qui  attribuait  à  Bourdeaux 
en  Savoie  la  fabrication  des  épées  si  célèbres  au  moyen  âge  et  jusqu'au 
XVl"  siècle  sous  le  nom  d'épées  de  Bordeaux.  Camus  rétablit,  sans 
peine  et  de  façon  pi'obante,  la  validité  de  Topinion  traditionnelle. 

Saint-Quirln.  —  Jean  Dumas,  conseiller  et  chambellan  du  roi, 
in-S",  100  p.,  Ninies,  Chastauier,  1898. 


BIBIJOGRAPHIF,  563 

Bonne  monographie  de  ce  personnage  qui  a  eu  un  rôle  important 
au  conseil  du  roi  sous  Louis  XI  et  Charles  VllI,  notamment  pendant 
le  procès  de  Jacques  d'Armagnac,  qui  a  })ris  part  aux  campagnes  de 
Charles  VIII  en  Italie  et  qui  avait  formé  une  belle  bibliothèque  de 
bibliophile.  M.  Saint-Quiriu  a  heureusement  mis  à  profit  sur  ce  point 
les  recherches  de  M.  Ant.  Thomas.  Des  recherches  généalogiques 
très  détaillées  complètent  cet  essai  intéressant.  Il  faut  espérer  que 
l'auteur  qui  se  dérobe  sous  ce  modeste  pseudonyme  entreprendra 
bientôt  de  nouvelles  et  plus  considérables  recherches. 

Société  archéologique  de  Béziers.  Séance  publique  du  29  mai  1898. 
Discours   d'ouverture  par  M.  Frédéric  Donnadieu  : 

L'enseignement  du  français  et  les  idiomes  provinciaux.  Les  jeux  sé- 
culaires du  collège  de  Béziers  en  1700,  etc.,  etc.  Appendice  :  poème 
latin  inédit  sur  la  ville  et  la  région  de  Béziers. 

In-8°,  49  pp.  Béziers,  imp.  Sapte,  1898. 

Pouesios  diversos  del  sieur  Bounet,  de  Béziers,  ambe  leremerciemen 

a  MM.  les  jutges  et  maiuteneurs  des  jocs   fleuraux  à  Toulouso 

publiés  par  F.  Donnadieu. 

In-S",  34  pp.  Béziers,  imp.  Sapte,  1898. 

Intéressantes  contributions  à  l'histoire  littéraire  de  Languedoc. 

LoLi.is  (Cesare  de).  —  L'ultimo  dramma  di  Gerardo  Eauptmann. 
ln-8°,  11  pp.  Extrait  de  \&  Nuova  antoloyia,  16  déc.  1888.  LXXVIIl, 
série  IV. 

Brillante  analyse  de  Fiihrmann  Henschel  (Le  cocher  Henschel),  par 
le  savant  romaniste,  qui  y  a  apporté  ses  qualités  de  précision  et  d'in- 
telligence bien  connues  de  nos  lecteurs. 

BoNXET  (Emile), —  Lucidari.  Un  incMnahle  toulousain  i^erdu  et  re- 
trouvé. In-8°,  135  pp.  Besançon,  Jacquin,  1898.  Extrait  du  Biblio- 
graphe moderne,  1898,  n°  4. 

Découverte  dans  les  collection  <  de  ]\L  Ricard,  aujourd'hui  appar- 
tenant à  la  Société  archéologique  de  Montpellier,  des  feuillets  du  Lu- 
cidari qui  ont  servi  au  marquis  de  Castellane,  dans  son  catalogue 
chronologique  de  l'imprimerie  à  Toulouse,  à  décrire  cet  incunable. 

MoTT.v  (Emilio).  —  Nel  primo  centenario  deJla  indipendenza  del 
Ticino.  Una  jjagina  de  storia  patria.  Iu-8'\  83-vii  pp.  Belliuzona. 
Tipog.  cantonale,   1898. 

Petit  livre  de  vulgarisation  très  bien  composé,  d'une  érudition  de 
bon  aloi  et  sur  beaucoup  de  points  originale,  avec  des  reproductions 
de  gravures  rares. 


5fi4  BIBMOGRAPHIE 

Claretta  (Baron  Gaudenzio).  —  Notice  pour  servir  à  la  vie  de 
Mercurin  de  Gattinara,  grand  chancelier  de  Charles-Quint,  d'après  des 
documents  originaux. 

Petit  in-8o,  104  pp.  Chambéry,  veuve  Ménard,   189^. 

Après  une  courte  introduction,  l'auteur  publie  seulement  ici  quatre 
importantes  pièces  :  Exposé  pour  la  duchesse  Marguerite,  veuve  de 
Philibert  de  Savoie.  Première  et  deuxième  représentations  de  M.  de 
G.  à  Charles-Quint.  Inventaire  des  meubles  du  grand  chancelier, 
trouvés  à  Inspruch  lors  de  sa  mort.  Ces  documents  sont  du  plus  haut 
intérêt,  même  pour  l'histoire  politique  générale  de  ce  temps. 

MoTTA  (Emilio).  —  Helvetica  in  Trivulziana.  In-S",  14  pp.  Extrait 
du  Bolletino  storico  délia  Svizzera  Ilaliana. 

Notices  historiques,  d'après  des  documents  inédits  de  la  riche  Bi- 
bliothèque trivulcienue,  dont  M.  Motta  est  le  conservateur. 

CiAN  (Vittorio).  —  Compte  rendu  critique  du  Quattrocento  de  Vitto- 
rio  Rossi  (Milan,  'Vallardi,  in-8°,  444  pp  ,  1898). 

(In-8°,  5  pp.  —  Pp.  327-332  de  la  Rivista  storica  Italiana,  1898.) 
Analyse  judicieuse  du  beau  livre  de  Rossi  et  discussion  des  opi- 
nions du  savant  professeur  de  Pavie  touchant  la  théorie  individualiste, 
soutenue  par  Burckhardt.  M.  Rossi  annonce  l'intention  de  revenir 
quelque  jour  sur  cette  question  de  l'individualisme,  pour  démontrer 
que  les  idées  individualistes,  dont  Burckiiardt  attribue  l'éclosion  ou 
l'expansion  à  la  Renaissance,  étaient  déjà  florissantes  au  moyen  âge 
et  que  la  Renaissance  n'y  a  rien  ou  peu  ajouté.  Nous  aurons  alors 
un  réel  plaisir  à  discuter  avec  lui  la  valeur  de  son  opinion. 

Mazzatlnti  (G.).  —  Mastro  Giorgio  Andreoli  (ael  quarto  cente- 
nario). 

In-S".  15  pp.  Roma,  Soc.  éd.  Dante  Alighieri,  189S.  Extrait  de  la 
Rivista  d'Italïa,  fasc.  6. 

Intéressante  notice  sur  cet  artiste  célèbre. 

Mazzatlnti  (G.).  —  Leone  Cohelli  e  la  sua  cronaca.  In-8°,  28  pp. 
Bologna,  Garagnani,  1898.  (Extrait  des  Atti  e  memorie  délia  R.  D.  di 
St.  P.,  perle  P.  di  Romagna,  s.  III,  vol.  XVI.) 

Dissertation  critique  et  bien  documentée  sur  les  origines  et  la  valeur 
de  cette  chronique,  comparée  aux  annales  de  Cesena,  de  Forli,  etc. 

NovATi  (F,).  —  Gherardo  da  Castelfiorentino .  Notizie  et  documenti. 
In-S",  pp.  Castelfiorentino,  Giovannelli  et  Campitelli,  1898.  Extrait 
de  la  Miscellanea  storica  délia  Valdesa,  XI,  fasc.  3. 

Notions  et  documents  nouveaux  sur  ce  poète  toscan  bien  oublié. 

GurLLOis  (Antoine).  —   Le  duc  d'Aumale,  in-8°,  24  pp.  Paris,  av. 


BIBLIOGRAPHIE  065 

Breteuil,   1898.    Extrait  du  Carnet  historique  et   littéraire,    15   mars 
1898. 
Bonne  notice,  tendant  volontiers  au  panégyrique. 

iMissET  (E.).  —  Jeanne  cl' Arc  Champenoise.  Réponse  à  M.  Ch.  Petit 
Dutailiis,  in-B",  23  pp.  Clialon-sur-Saône,  L.  Marceau,  1898. 

Polémique  aigre.  M.  P.-D.  me  paraît  avoir  mille  fois  raison  en  pro- 
clamant :  «  Il  n'y  a  qu'un  fort  douteux  profit  à  savoir  si  Jeanne  d'Arc 
était  barroise  ou  champenoise.  » 

GiRY.  —  Sur  la  date  de  deux  diplômes  de  l'église  de  Nantes  et  de 
l'alliance  de  Charles  le  Chauve  avec  Erispoë,  in-S",  26  pp.  Rennes, 
Oberthiir,  1898.  Extrait  des  Annales  de  Bretagne,  juillet  1898. 

Dissertation  conduite  avec  une  rare  méthode  et  une  rigoureuse 
précision. 

Gasté  (.\rmand).  —  Diderot  et  le  curé  de  Montchauvet.  Une  mysti- 
fication littéraire  chez  le  baron  d'Holbach  (1754),  in-12,  36  pp.  Paris, 
Lemerre,  1898. 

Amusante  et  érudite  narration  d'une  piquante  aventure  littéraire. 

Waddington  (Albert).  —  Un  anonyme  du  XVII^  siècle.  Les  mé- 
moires de  Hollande  et  leur  auteur.  In-8",  36  pp.  Paris,  Picard,  1898. 
Extrait  du  Compte  rendu  de  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques. 

Attribution  de  cet  ouvrage  semi-historique  à  un  certain  capitaine 
Nicolas  du  Buisson,  qui  peut-être  a  reçu  des  conseils  e(  des  indica- 
tions de  Daniel  Huet.  Dissertation  fort  ingénieuse,  qui  éclaircit  un 
petit  problème  d'histoire  littéraire. 

Anglade  (J.).  —  Les  Troubadours,   leur  vie,  leur  œuvre.  Trouba- 
dours limousins,  in-12,  33  pp.  Brive,  imp.  Roche,  1898. 
Bon  travail  de  vulgarisation. 

Martin  (J.-B.).  —  Inventaire  méthodique  de  manuscrits  conservés 
dans  des  bibliothèques  privées  de  la  région  lyonnaise,  iu-B",  30  pp. 
Paris,  Bouillon,  1898.  Extrait  de  la  Revue  des  Bibliothèques. 

Les  bibliothèques  ici  inventoriées  sont  celles  des  séminaires  de  Lyon, 
Bourg,  Clermont-Ferrand,  Lons-le-Saunier,  Le  Puy,  Grenoble,  Grande- 
Chartreuse,  Marisces  de  Sainte-Foy-lès-Lyon,  missionnaires  dio- 
césains et  dominicains  de  Lyon,  collège  d'Annonay,  chapitre  et  arche- 
vêché de  Lyon,  biblioth.  Paillère  (Lyon),  abbaye  de  Saint- Antoine 
(Isère),  La  Diana  (Montbrison),  évêché  de  Saint-Claude.  La  majeure 
partie  de  ces  160  manuscrits  est  relative  à  la  théologie  et  à  la  liturgie. 
Un  bon  index  termine  la  publication. 

CoTTiN  (Paul).  —  Les  Anglais   dans  la   Méditerranée  (1793)  d'a- 

37 


566  BIBLIOGRAPHIE 

près  des  documents  inédits,  in-8",  31  p[j.  Paris,  Baudoin,    1897.  Ex- 
trait de  la  Revue  Maritime. 

Extrait  du  Siège  de  Toulon,  publié  postérieurement  par  le  même 
auteur. 

Dejob  (Ch.).  Avis  aux  candidats  en  quête  de  sujets  de  thèses  litté- 
raires pour  le  doctorat,  in-8°,  4  pp.  Laval,  Barnéoud,   1898. 

Le  savant  promoteur  de  la  Société  d'études  italiennes  préconise  ici, 
avec  l'énergie  et  l'autorité  qu'on  lui  connaît,  l'étude  des  littératures 
méridionales,  et  leur  exploitation,  au  point  de  vue  restreint,  mais  pra- 
tique, du  doctorat  es  lettres.  Bien  que  l'espoir  de  la  récompense  immé- 
diate invite  trop  souvent  les  travailleurs  à  limiter  leurs  recherches  et 
à  ne  s'intéresser  qu'à  «  ce  qui  rentre  dans  leurs  sujets  »,  cependant,  si 
la  poursuite  d'un  grade  universitaire,  si  illusoire  qu'en  soit  la  valeur, 
peut  déterminer  quelques  jeunes  gens  à  étudier  les  littératures  ita- 
lienne ou  espagnole,  les  conseils  de  M.  Dejob  peuvent  avoir  quelques 
bons  résultats.  Ceux  de  nos  étudiants  qui  visent  au  diplôme  d'études 
supérieures  d'histoire  pourront  eu  faire  leur  profit.  Toutefois  ils  feront 
sagement  de  ne  pas  trop  consulter  les  tavole  storico-hihliografiche  de 
MM.  Finzi  et  Valmaggi,  que  M.  Dejob  recommande  trop  chaleureu- 
sement, et  où  les  lacunes  et  même  les  erreurs  ne  manquent  pas.  Ils 
feront  bien  aussi  de  ne  pas  se  réduire  au  rôle  de  compilateurs  et  d'ar- 
rangeurs —  ou  démarqueurs,  —  de  la  littérature  italienne,  exsistant 
déjà  sur  telle  ou  telle  question:  après  les  travaux  de  Solerti  sur  le 
Tasse,  par  ex.,  je  suspecterais  l'originalité  d'un  jeune  homme  qui 
choisirait  pour  son  sujet  ce  poète  charmant,  et  je  le  soupçonnerais 
véhémentement  de  vouloir  acquérir  son  grade  par  un  nunimum 
d'efforts.  —  11  reste  bien  entendu  d'ailleurs  que,  pour  la  Sorbonne, 
aucun  sujet  de  thèse,  fût-ce  la  Divine  Comédie,  Cervantes  ou  Lope 
de  Vega,  ne  comporte  plus  de  cinq  cents  pages  in-8°  (on  ne  dit  pas 
en  quelle  justification},  et  qu'une  thèse  soutenue  en  province  ne  sera 
longtemps  encore  qu'un  médiocre  titre  à  l'avancement.  On  doit 
savoir,  en  s'occupant  d'histoire  et  de  littérature  italienne  qu'on  n'en 
fera  que  pour  l'honneur,  —  et  pour  servir,  si  possible,  au  progrès  de 
l'érudition.  Il  faut  donc  s'en  occuper. 

Léon-G.  PÉLissiER. 


Romaaia,  XXVII,  2  (avril  1898).  —  P.  177.  E.-G.  Parodi. 
Du  passage  de  v  à  h  et  de  certaines  perturbations  des  lois  phonétiques  en 
latin  vulgaire  [l'^'^  article).  I.  Les  échanges  de  h  et  de  v  en  latin.  Con- 
trairement à  l'opinion   de    Corssen,   appuyée    avec  quelques   varian- 


BIBr.IOGRAPHIE  56  7 

tes  par  Seelmann  et  Stolz,  l'auteui*  établit  que  le  v  initial  restait 
intact  en  latin  vulgaire  quand  le  mot  précédent  était  terminé  par 
une  voyelle,  et  qu'il  se  changeait  en  6  si  le  mot  précédent  se  terminait 
par  une  consonne.  A  l'intérieur,  le  v  tend  à  passer  kb  après  une  con- 
sonne, mais  surtout  après  une  liquide  ;  au  contraire,  entre  deux  voyel- 
les, c'est  le  b  qui  passe  à  v.  Dans  la  plupart  des  langues  romanes,  à 
un  certain  moment,  on  a  perdu  la  conscience  des  délicates  distinc- 
tions primitives,  et  tandis  que,  dans  certains  cas,  le  v  originaire 
alternait  avec  le  b  ou  était  chassé  par  lui,  dans  d'autres,  bien  plus 
nombreux,  le  v  reprenait  entièrement  ses  droits.  —  II,  b  roman  issu 
de  v.  Etude  pénétrante  du  vocabulaire  des  diverses  langues  romanes 
au  point  de  vue  de  ce  changement.  —  P.  241.  C.  Voretzsch.  Sur 
Anseïs  de  Carthage  (fin).  —  II.  Le  roman  en  prose.  L'auteur  a  cher- 
ché à  embellir  le  vieux  récit  et  à  l'approprier  autant  que  possible  au 
goût  de  son  temps;  son  œuvre,  sauf  quelques  détails,  ne  sé'lève  pas 
beaucoup   au-dessus  de  la  masse  des  romans  en  prose  du  xv^  siècle. 

—  P.  270.    L.  Gauchat.  Encore  manducatum  =  manducatam. 
MÉLANGES. —  P.  287.  E.  Galtier.  Berrie  («  plaine  »)  :  arabe  barriyya. 

—  P.  288.  J.  D.  M.  Ford.  Espagnol  gozo.  Ce  mot,  qui  signifie  aise, 
plaisir,  viendrait  par  aphérèse  de  neâfoimm  avec  influence  de  ^attf/twm. 

—  P.  289.  A.  Mussafia.  Imagoregare  est  un  barbarisme  qui  provient 
d'une  coquille  lexicographique,  dans  Xexplicit  italien  du  Liber  consola- 
tionis  et  consilii  d'Albertano  de  Brescia  (éd.  de  Leipzig.  1897).  — 
Fecerunt  en  français. —  Notes  critiques  sur  Z'Estoire  de  la  guerre  sainte 
d'Ambroise.  L'éminent  éditeur  de  ce  texte,  M.  G.  Paris,  avec  sa 
franchise  habituelle,  reconnaît  fondées  les  observations  de  son  sa- 
vant ami,  sauf  celles  qui  concernent  empraine  et  empraignouent, 
qui  lui  inspirent  quelques  doutes. 

Comptes  rendus.—  P.  298.  C.  Voretzsch,  Das  Merovingerepos  und 
die  frankische  Heldensage  (H.  Yvon  ;  loue  la  partie  qui  critique  le  livre 
de  M.  Kurth,  Histoire  poétique  des  Mérovingiens,  dont  la  thèse  se- 
rait acceptable,  si  l'on  remplaçait  le  mot  poétique  par  le  mot  tradi- 
tionnelle). —  P.  300.  Mémoires  de  la  Société  néo-philologique  à 
Helsingfors.  II  (1897).—  Uschakoff. Z«r  Frage  von  der  nasalierten 
Yohalenim Altfranzœsischen  (G.  Paris;  éloges  sans  réserve;  il  reste 
encore  bien  des  points  obscurs  dans  cette  importante  question,  que 
le  mémoire  de  M.  U.  éclaire  d'un  jour  nouveau)  ;  —  Werner  Sœ- 
derhjelm,  Antoine  delà  Sale  et  la  légende  de  Tanhaûser  (G.  P. 
à  l'occasion  de  ce  compte  rendu,  ajoute  quelques  observations  d'ordre 
technique  au  bel  article  destiné  au  grand  public  qu'il  a  récemment 
inséré  dans  la  Revue  de  Paris  (15  déc.  1897).  —  P.  307.  Mathias 
Friedwagner,  Meraugis  vonPortlesguez{G.  Paris:  favorable;  examen 
détaillé  du  texte  et  assez  nombreuses  corrections).    —   P.    318.    L. 


568  BIBLIOGRAPHIE 

Vuilhorgne,  Un  trouvère  picard  des  xii«  et  xiii^  siècles  :  Raoul  de 
Houdenc,  sa  vie  et  ses  œuvres  (M.  Fiiedwagner:  travail  méritoire).  — 
P.  320.  Chdd  Mémorial  volume  (1896):  p  69-76,  E.  S.  Sheldon.  On 
Anglo-French  and  Middle  Englisli  au  for  french  a  before  a  nasal  ; 
p.  77-83,  Ph.  B.  Marcou,  T/ie  French  hislortal  infinitive  ;  \).  85- 
106,  G.  L.  Kittredge,  Wo  was  Sir  Thomas  Malory  f  p.  126-150.  R. 
Weeks,  The  Messenger  in  Aliscans  ;  p.  221-243,  H.  Schofield, 
The  Lay  of  Guingamor  (G  Paris  ;  généralement  favorable).  — 
P.  324.  Ed.  Schwan,  Grammatih  des  AUfranzœsischen,  3^  édition 
revue  par  Behrens,  2e  partie.  Morphologie  (Mario  Roques:  éloges 
avec  quelques  critiques  de  détiiil).  —  P.  325.  V.  Chauvin,  Pacolet  et 
les  Mille  et  une  Nuits  (G.  Paris  :  intéressant  mémoire).  —  P.  327. 
Chronique.  —  P.  331.  Livres  annoncés  sommairement. 

XXVII,  3  (juillet  1898).  —  P.  337.  P.  Meyer.  Documents  linguis- 
tiques des  Basses-Alpes.  Comme  spécimen  du  grand  recueil  de  textes 
en  langue  d'oc  qu'il  se  propose  de  publier,  l'éminent  directeur  de 
l'Ecole  des  Chartes  communique  la  plus  grande  partie  des  textes 
inédits  qu'il  a  recueillis  dans  le  département  des  Basses-Alpes.  Ces 
textes  sont  empruntés  aux  archives  communales  de  La  Bréole  (arron- 
dissement de  Barcelonnette),  de  Seyne  (arrondissement  de  Digne),  de 
Digne,  de  StJulien-d'Asse  (arrondissement  do  Digne),  de  Forcalquier 
et  de  Castellane.  11  est  inutile  d'insister  sur  l'intérêt,  non  seulement 
linguistique,  mais  aussi  historique  et  géographique  qu'offrira  la 
publication  annoncée,  et  on  ne  peut  que  souhaiter  que  la  réalisation 
de  la  promesse  qui  nous  est  faite  ne  se  fasse  pas  attendre. 

Qu'on  nous  permette  ces  quelques  observations  :  La  Bréole,  §§  43, 
48  et  63  eychus  ne  peut  guère  signifier  que  «  écus  »  {se  est  traité 
comme  es):  il  y  a  lieu,  je  crois,  de  rapprocher  la  palatalisatiou  de  Vs 
finale  des  proclitiques  (articles,  possessifs,  etc.)  dans  des  régions  très 
variées  du  Midi.  —  §  63  ,  compas  doit  être  lu  compay  =  compayre 
(cf.  §  66)  ;  —  Seyne,  §  40,  gratuso  doit  signifier  «  chambre  maçonnée 
qui  sert  à  capter  une  source  )>  :  le  texte  latin  cité  nous  semble  ap- 
puyer cette  hypothèse;  cf.  la  localité  du  département  delà  Lozère, 
près  Meyrueis,  qu'on  nomme  officiellement  Gatuzières,  mais  que 
dans  le  pays  on  nomme  Grotusieiros  ;  —  §  57,  hrandon  ne  serait-il 
pas  un  déiivé  de  hrande,  branle,  et  ne  signifierait-il  pas  «  bourdon, 
grosse  cloche  qu'on  met  en  branle  »?  —  §  106,  melse  (s  sonoie)  est 
actuellemeut  la  forme  usitée  à  Embrun  ;  —  §  125,  stachas,  lis.  tachas, 
gros  clous(rsaétéamenéepar  l's qui  précède)  ;  — §§  2,  27,  210,  terasa 
désigne  certainement  un  terre-plein  situé  surle  derrière  de  la  maison, 
qui  était  sans  doute  de  plein  pied  avec  le  rez-de-chaussée  du  côté  de 
la  rue,  mais  surplombait  le  terrain  avoisinant,  ce  qui  ne  doit  pas  sur- 


Bir.LIOGRAPHlE  569 

prendre  dans  une  ville  dans  la  situation  de  Seyne  ;  —  p.  409,  tolos 
ne  doit-il  pas  être  lu  talos'î  voy.  ce  dernier  mot  dans  Mistral;  — 
p.  425,  lausasdela  tliomea  {=  tomeya'l)  signifie  peut-être  :  la  pièce 
dallée  de  la  fi'omagerie  (cf.  le  bas-alpin  <owmo,  fromage) .  —  P. 
442.  P.  Savi-Lopez.  Le  Filostrato  de  Boccace.  L'auteur  montre 
finement  ce  qu  il  y  a  d'essentiellement  subjectif  et  de  vraiment 
moderne  dans  la  façon  dont  ce  sujet  antique  a  été  traité  par 
Boccace. 

MÉLANGES.  —  p.  480.  Fr.  Wulff.  Andare,  andar  ;  amnar,  lar ; 
anar,  aller.  M.  W.  tire  ingénieusement  toutes  ces  formes  de  amhu- 
lare.  M.  G.  Paris  dit  à  ce  sujet  :  «  Assurément,  cette  ramification 
est  ce  qu'on  a  proposé  de  plus  vraisemblable  à  l'appui  de  l'étymolo- 
gie  en  question.  Reste  à  expliquer  comment,  dans  aucune  des  langues 
romanes,  les  mots  semblables  à  ambular  (et  amhulare  lui-même  au 
sens  d'ainbler)  n'ont  subi  de  transformations  pareilles  à  celles  qu'on 
suppose  pour  amhulare  au  sens  d'aller,  ces  transformations  étant 
dans  chaque  langue  également,  mais  différemment,  exceptionnelles.  » 
—  P.  491.  G.  Paris.  Parpaing,  perpigner,  Ae  perpendium  pour  perpe?î- 
dlculum,  formé  sur  le  modèle  de  suspendium)  —  P.  484.  G.  Paris. 
Poulie  =  polidia  (pi.  neutre  devenu  féminin  singulier),  de  ■koI'Jiov, 
dérivé  hypothétique  du  grec  tto^oç,  «  pivot  ». 

Comptes  rendus.  —  P.  440.  A.  Jeanroy  et  H.  Guy,  CItansonset  dits 
artésiens  du  XIII^  siècle,  tome  II  de  la  Bibliothèque  des  Universités 
du  Midi  {fi.  Paris  et  Ad.  Mussafia  :  nombreuses  observations  et  cor- 
rections). 

PÉRIODIQUES. —  P.  509.  Zeitschriftf iir  romanische Philologie,  XX1I> 
2  (G.  Paris  et  P.  Meyer),  —  P.  513.  Giornale  storico  délia  letteratura 
italiana,  XXVII,  n°»79  81,  XXVllI,n°^  82-84  (P.  Meyer).  —  P.  516. 
Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes,  1897:  P.  Meyer,  Notice  du,  ms. 
1008  de  la  Bibliothèque  de  Tours  (  Légendes  des  Saints  en  français 
et  en  italien) — et  du  ms.  1015  de  la  même  Bibliothèque  {Légende  des 
Saints). — P.  517.  Chronique. —  P.  521.  Livres  annoncés  sommaire- 
ment. 

XXVll,  4  (octobre  1898).  —  P.  529.  F.  Lot. Nouvelles  études  surla 
provenance  du  cycle-arthurien.  I.  Glastonbury  et  Avalon  (cL  Romania, 
XXIV,  327-335  ;  501-505).  A  propos  de  ce  que  dit  l'auteur,  que 
Wace  aurait  pris  un  nom  d'homme  pour  un  nom  de  lieu  en  tradui- 
sant (si  traduction  il  y  a  et  non  tradition  orale)  in  insulani  Avallonis 
advectus,  de  Gaufrei  deMonmouth  (XI,  2),  par  En  Avalon  se  fist  por- 
ter, M.  G.  Paris,  dans  une  note  additionnelle,  fait  des  réserves  formel- 
les :  ((  La  façon  dont  Wace  et  Marie  [l'auteur  des  Lais  et  des  Fables] 
mentionnent  tout    simplement   ce   pays    mystérieux  [l'île  d' Avalon] 


STO  B1B[>I0GRAPH1E 

prouve  que  les  lecteurs  le  connaissaient.  Il  faut  certainement  admettre 
que,  dès  la  première  moitié  du  XIP  siècle,  une  tradition  bretonne, 
qui  avait  pénétré  chez  les  Français,  faisait  d'Avalon  le  séjour  d'Ar- 
thur. »  —  P.  574.  G.  Mazzoni  et  A.  Jeanroy.  Un  nouveau  manuscrit 
du  Roman  de  Troie  et  de  Z'Histoire  ancienne  avant  César.  Nous  avons 
pu  voir  en  avril  dernier  ce  ms.,  récemment  acquis  par  la  Bibliothè- 
que Nationale,  où  il  porte  le  n°  6774  des  Nouvelles  acquisitions  fran- 
çaises, ce  qui  nous  permet  quelques  additions  et  rectifications  à 
cet  article.  1"  Je  ne  sais  par  suite  de  quelle  erreur  MM.  Mazzoni  et 
Jeanroy  affirment  que  le  manuscrit  se  rapproche  du  ms.  B.  N.  Fr. 
375  (note  B  '),  plus  que  des  autres  de  la  2"  famille  de  M.  P.  Meyer; 
en  effet,  au  v.  17  du  passage  cité  comme  preuve,  il  donne  se  merveille, 
comme  A^  C  W  M  (cf.  s'en  merveille  DM^  JK),  tandis  que  B  donne 
s'esmerveille  ;  et  aux  vers  19-20,  il  a  la  leçon  commune  à  la  2<=  famille 
de  Meyer,  tandis  que  B  répète  au  v.20  le  mot  final  du  v.  19.  La  vé- 
rité, c'est  que  le  nouveau  manuscrit  ("que  nous  cotons  P,  appelant  P« 
le  fragment  d'abord  coté  P)est  très  étroitement  apparenté  avec  notre 
sous-famille  provisoire  y,  et  plus  particulièrement  avec  J  (.lorsque 
J  reste  dans  le  groupe  y).  Ainsi  (entre  autres  preuves  que  je  ne  puis 
donner  ici),  aux  v.  12943-4,  Grant  sont  li  renc,  granz  les  conseiz  Qu'il 
se  mandent  j'c-''' phisors  feiz,  où  A  M^FN  d'un  côté,  KMRA^A-  de 
l'autre,  ont  la  bonne  leçon,  P  donne,  de  concert  avec  DE3J1P,  Grant 
sunt  li  renc  e  li  conseil  Parmi  le  bois  et  par  le  brueil,  leçon  évideiri- 
ment  fautive;  et  d'autre  part,  les  v.  13185-242  de  l'édition  y  sont  ré- 
duits, comme  dans  y,  à  10  vers  bien  raccordés,  dont  les  5  dernieis 
appartiennent  à  l'épisode  de  Biiséida  -.  —  2°  Le  manuscrit  a  sans 
doute  été  transcrit  sur  un  ms.  lorrain  ou  boui'guignon,  mais  le  scribe, 
assez  ignorantdu  français,  comme  le  montrent  les  fautes  nombreuses^ 
et  pas  mal  de  vers  faux*,  me  semble  avoir  été  un  italien  du  Nord  ; 
probablement  de  la  province  de  Vénétie  ;  cf.  za  pour  ca  {ça),  menzoi- 
gne,  fazon,  strange,  vestre  pour  vostre,  comme  dans  les  deux  mss.  de 


1  Pour  les  lettres  affectées  par  nous  aux  manuscrits  en  vue  de  l'édi- 
tion en  préparation,  voy.  nos  Notes  pour  servit'  au  classement  des  ma- 
nuscrits du  Roman  de  Troie,  dans  Etudes  romaîies  dédiées  à  G.  Pari< 
(Paris,  E.  Bouillon,  1891),  p.  196. 

2  Voy.  notre  Chrestomathie  de  IWmcien  français,  2=  édition  refondue 
(Paris,  E.  Bouillon,  1890),  p.  294. 

3  Par  exemple,  2617,  le  Troien  pour  H  Troien  ;  13176-7  Li  faudreit  le 
la  haeitie,  si  H  donerout,  pour  Me  li  faudreit  de  l'ahatie,  Qui  li  do7ireit; 
13182.i4/e  lez  ont  pour  Aie  le  sont,  etc. 

*  Par  exemple,  2612,  Nies  er  lo  rei  filz  de  aa  seror;  20215,  Ele  en 
■plore  a  sez  dez  ielz,  etc. 


BIBLIOGRAPHIE  571 

Venise  (V*V2j,  etc.  Ajoutons,  à  titre  de  renseignements  complémen- 
taires, que  et,  lorsqu'il  n'est  pas  représenté  par  l'abréviation  courante, 
est  écrit  e,  comme  dans  le  ms.  de  Milan  (3/^),  et  que  Vi  est  souvent 
accentué,  en  particulier  lorsqu'il  y  a  intérêt  à  le  distinguer  d'un  u, 
d'un  n  ou  d'un  m.  —  P.  582.  Arthur  Piaget.  Le  chemin  de  vaillance 
de  Jean  de  Courcy  et  l'hiatus  de  l'e  final  des  polysyllabes  aux  XI V^  et 
XV^  siècles.  Analyse  de  ce  long  poème  allégorique  (environ  40,000 
vers)  de  l'auteur  de  la  Bouchardière,  qui,  postérieur  à  ce  dernier  ou- 
vrage, fut  composé  de  1424  à  1426,  suivie  d'une  étude  très  documen- 
tée, d'où  il  résulte  qu'aux XIV"^  et  XV*  siècles  l'hiatus  de  l'efinal  des 
polysyllabes  était  considéré  comme  une  licence  et  évité  par  les  poètes 
qui  rimaient  bien. 

Comptes  rendus.  —  P.  608.  W.  Rœttiger,  Der  îieutige  Stand  der 
Tristan f or schung  (E.  Muret:  le  rapporteur,  qui  va  publier  une  nou- 
velle édition  du  fragment  de  Béroul,  profite  de  l'occasion  offerte  par 
l'intéressant  programme  de  M.  R.  pour  communiquer  ses  vues  per- 
sonnelles sur  les  difficiles  questions  dont  il  s'occupe.  —  P.  619. 
Alfred  Linder,  Plainte  de  la  Vierge  en  vieux  vénitien  (A.  Pillet:  éloges). 
—  P.  623.  G.  Maccon,  conservateur  adjoint  du  musée  Condé,  à 
Chantilly,  Note  sur  le  Mystère  de  la  Résurrection  attribué  à  Jean 
Michel  (G.  Paris  :  éloges  avec  quelques  légères  restrictions). 

PÉRIODIQUES.  P.  625  Zeitschrift  filr romanische  Philologie  (G.  Paris 
et  0.  Densusianu).  —  P.  629.  Revue  de  Philologie  française  et  pro- 
vençale [ancienne  Revue  des  patois  gallo-romans),  t.  IX-XI  (à  partir  du 
t.  X,  4,  la  Revue  a  pris  le  titre  de  Revue  de  Philologie  française  et  de 
littérature.  —  P.  633.  Chronique  —  P.  634.  Livres  annoncés  som- 
mairement. 

Léopold  CONSTANS. 


Les  archives  de  la  Corrèze  en  1897-1898,  rapport  annuel  de  l'ar- 
chiviste départemental,  J.  L'Hermitte.  Tulle,  Imprimerie  veuve  Lacroix 
et  Moles,  1898.  —  In-8°,  60  pp. 

11  y  a  souvent  à  glaner  dans  les  rapports  d'archivistes,  surtout 
quand  ils  sont  consciencieusement  rédigés  comme  celui-ci.  Il  nous 
donne  entre  autres  choses  intéressantes  deux  chartes  limousines.  La 
première  contient  un  traité  d'amitié  entre  les  communes  de  Martel  et 

1  P.  574,  n.  21.  Nous  ne  croyons  pas  que  tiel,  qui  est  la  forme  domi- 
nante dans  le  ms.  de  Milan,  et  se  trouve  isolément  dans  d'autres  mss. 
de  Troie,  soit  une  mélathèse  de  teil. 


572  BIBI>10(4KAFH1E 

de  Beaulieu.  Elle  est  du  12  janvier  1241  et  a  été  publiée  d'abord  par 
M.  Lacombe  dans  le  Bulletin  de  la  Sociélé  des  Lettres,  Sciences  et 
Arts  de  la  Corrèze,  tome  1,  pp.  395-396  (Tulle,  Imprimerie  Crauffon, 
1879).  Cette  publication  contenait  de  graves  erreurs  (confusion  entre 
le  et  lo,  saclar  mis  pour  saelar,  etc.)  Mais  le  documenta  été  reproduit 
dans  le  Musée  des  Archives  départementcdes  avec  toute  la  correction 
nécessaire  (Texte  p.  131,  fac-similé  planche  XXVI)  M.  L'Hermitte, 
après  avoir  soigneusement  collationné  le  document,  en  donne  une 
troisième  édition  ;  la  charte  ne  méritait  peut-être  pas  autant  d'hon- 
neurs, mais  les  philologues  seront  charmés  d'avoir  toutes  les  garanties 
voulues  pour  la  pureté  du  texte. 

Le  deuxième  document,  très  postérieur  et  qui  paraît  inédit,  offre 
aussi  un  certain  intérêt  philologique  :  vu  sa  brièveté,  nous  croyons 
devoir  le  reproduire  ici  : 

A  totz  cels  que  aquestas  presens  letras  veyran  ni  auviran,  que  nos 
Guilhalmes  de  Hoo,  governador  en  Lemozi,  en  Querci,  en  Alvernha, 
en  las  Marchas  enviro,  per  lo  tres-aut  et  poyshan  senhor  nostre  se- 
nhor  lo  Rey  d'Anglaterra  e  de  Fransa,  salut.  Fam  assaber  que  nos 
avem  mes  e  per  aquestas  presens  letras  metem  en  la  protectio  e  sal- 
vagarde  de  nostre  dich  senhor  lo  Rey  e  de  nos  los  cossols  e  las  bonas 
gens  de  la  viala  de  Belloc,  religion,  prestres,  clergues,  capelas,  escu- 
diers,  boizes,  merchans,  homes,  femnas,  e  tôt  auties,  de  qualque 
condition  que  sian,  e  bestials,  mercadarias  e  tôt  auties  bes  lor,  quais 
quesian,  e  que  puesco  anar,  retornar,  venir,  estar,  demorar  e  sejor- 
nar,  laborar  e  reculhir  lor  bes,  quais  que  sian,  de  noch  e  de  joins, 
vas  totas  las  part  hon  a  lor  playra  ni  auran  a  far  ni  bezonhar.  Per 
que  nos  mandam  e  con)andam  estrechamen  e  enjungem  de  jiart  nos- 
tre dich  senhor  e  preguam  de  part  nos  a  tôt  les  somes  e  be  volens 
de  nostre  dich  senhor  que  als  sobres  nomnat  ni  alcu  de  lor,  en  cors 
ni  en  lor  bes,  quais  que  sian,  no  fasso  ni  dono  dampnage,  empachier 
ni  alcu  destrit  per  merca  ni  per  nulha  autra  oauza  quais  que  sia. 
Donat  a  Belloc  sot  nostre  propri  sagel,  lo  XXVIII  jorn  del  mes  de 
junh  lan  de  nostre  senhor  M.  CGC.  e  LXXIUI.  d 

Nous  formons  des  vœux  pour  que  M.  L'Hermitte  trouve  dans  ses 
archives  quelques  documents  limousins  de  ce  genre  ;  nous  en  avons 
vu  de  très  intéressants,  pendant  notre  séjour  dans  la  Corrèze,  dans 
les  collections  particulières  de  MM.  Clément-Simon  et  L.  de  Nussac  ; 
il  peut  s'en  trouver  encore  dans  les  archives  publiques. 

J.  Angla.de. 


BIBLIOGRAPHIE  573 


A.  Cappelli.  —  Dizionario  di  abbreviature  latine  ed  italiane.  Lexicon 
abbreviaturarum.  Milan,  Hœpli,  un  vol.  in-12  (collection  des  Manuels 
Hœpli). 

On  connaît  honorablement  la  collection  des  Manuels  de  la  librairie 
Hœpli,  qui  donne  à  l'Italie  son  encyclopédie  Roret,  avec  les  amélio- 
rations et  les  additions  qu'un  demi-siècle  de  découvertes  et  de  méthode 
scientifique  permet  d'y  introduire.  Aux  Manuels  de  bibliographie, 
de  paléographie,  de  tojiographie  romaine,  vient  s'ajouter  maintenant 
un  petit  dictionnaire  d'abréviations  qui  sera  l'équivalent  du  Chassant 
et  du  Walther,  et  qui  les  remplacera  sans  doute  promptement.  Conçu 
sur  un  plan  très  simple  et  très  méthodique,  il  sera  d'un  usage  aisé. 
Il  consiste  essentiellement  en  un  répertoire  par  ordre  alphabétique  des 
abréviations  usitées  dans  les  écritures  italiennes  du  moyen  âge  et  de 
la  Renaissance,  qui  ne  remplit  pas  moins  de  385  pages  à  deux  co- 
lonnes, c'est-à-dire  environ  six  mille  abréviations  usuelles.  Les  abré- 
viations ont  été  relevées,  pour  la  majeure  part,  dans  les  documents  de 
VArchivio  diStato  de  Milan,  auquel  est  attaché  l'auteur,  mais  M.  Cap- 
pelli a  mis  à  contribution  aussi  le  vieux  Lexicon  diplomaticum  de 
Walther,  les  momcmenta  graphica  de  Sickel,  les  fac  similés  de  la  So- 
ciété paléographique  de  Londres  et  ceux  des  collections  de  Monaci  et 
de  Vitelli-Paoli.  Pour  celles  que  je  puis  vérifier,  les  reproductions 
paraissent  d'une  scrupuleuse  exactitude.  Les  autres  parties  du  volume 
sont  un  répertoire  de  monogrammes  de  papes,  empereui-s,  souve- 
ranis,  etc.,  au  nombre  de  47;  un  répertoires  de  sigles  et  abréviations 
épigiaphiques  qui  pourra  suffire  pour  l'usage  courant;  quatre  trans- 
criptions à  l'étendu  de  fac  similés  publiés  ici  comme  spécimens  d'é- 
criture et  comme  termes  de  comparaison,  et  eiifin  une  introduction 
méthodique  qui  est  un  excellent  résumé  théorique  du  dictionnaire  et 
qui  étudie  aussi  les  transformations  des  sigles  dans  l'ordre  chronolo- 
gique. Cette  introduction  remarquable,  est  un  véritable  cours  de  hra- 
chigraphie  médiévale,  ou,  pour  lui  donner  un  nom  sonnant  plus  clair  en 
français,  de  science  des  abréviations  du  moyen  âge.  L'auteur  divise  les 
abréviations  en  six  catégories  :  par  retranchement,  par  contraction, 
par  signes  abréviatifs  à  signification  absolue  et  à  signification  relative, 
par  letties  en  surcharge  et  enfin  par  signes  conventionnels.  Dans 
cette  dernière  catégorie  figurent  de  véritables  idéogrammes  comme  la 
potence  qui,  au  XV«  siècle,  s'inscrivait  au  revers  des  lettres  prin- 
cières  portées  par  courriers,  pour  piquer  le  zèle  de  ceux-ci.  Le  manuel 
de  M.  Cappelli  rendra  les  plus  grands  services  à  tous  ceux,  et  ils  sont 


574  NECROLOGIE 

de  jour  en  jour  plus  nombreux,  qui  travaillent  sur  les  textes  paléo- 
graphiques italiens,  et  il  faut  le  féliciter  chaleureusement  d'avoir  pris 
tant  de  peine  pour  que  les  hôtes  de  ses  archives  en  aient  désormais 
moins  à  prendre. 

L.-G.   P. 


NECROLOGIE 


LE  PRÉSIDENT  CAUVET 

La  Société  des  Langues  romanes  doit  un  suprême  hom- 
mage à  l'un  de  ses  membres  les  plus  anciens  et  les  plus  res- 
pectés, M.  Emile  Cauvet,  président  de  chambre  honoraire  à 
la  Cour  de  Montpellier,  qui  s'est  éteint  le  samedi  9  décembre 
1898,  plein  d'années  et  d'œuvres.  Jusqu'à  ses  derniers  jours 
il  avait  gardé  intactes  la  vigueur  de  son  intelligence,  la  ri- 
chesse d'une  mémoire  encyclopédique,  la  netteté  de  ses  doctr  i- 
nes  juridiques  etl'énergie  de  ses  convictions  libérales.  L'affais- 
sement graduel  de  ses  forces  physiques  n'avait  pas  atteint  le 
sentiment  de  sa  responsabilité,  et  il  a  gardé  jusqu'au  bout,  en 
toute  plénitude,  la  conscience  de  ses  moindres  actes  ;  peu 
d'heures  avant  sa  fin,  il  récitait  à  quelques  visiteurs  des 
vers  languedociens  ;  au  printemps  dernier,  dans  un  rude 
assaut  de  la  maladie  dont  il  put  encore  triompher,  il  entre- 
prit la  lecture  du  Mémorial  de  Norvins,  récemment  publié 
par  L.  de  Laborie,  et,  malgré  les  douloureuses  conditions  où 
il  la  faisait,  il  s'assimila  assez  le  livre  pour  pouvoir  en  faire 
une  citation  dans  son  Mémoire  sur  Adolphe  :  la  citation  a  été 
introduite  en  surcharge  dans  son  manuscrit.  De  pare'ls  traits 
suffisent  à  prouver  que  son  intelligence  n'avait  subi  aucune 
atteinte  de  l'âge  et  que  sa  volonté  ne  se  laissait  ni  séduire,  ni 
forcer,  ni  tromper  par  des  influences  étrangères. 

Le  président  Cauvet,  qui  nous  faisait  l'honneur,  depuis  dix 
ans,  de  nous  entretenir  de  ses  souvenirs  et  de  ses  travaux 
littéraires,  avait  une  réelle  prédilection  pour  ce  Mémoire  sur 


NECROLOGIE  575 

Adolphe  :  il  l'avait  écrit  d'après  les  sources  imprimées,  — 
cette  littérature  était  une  des  portions  les  plus  riches  et  les 
plus  complètes  de  sa  bibliothèque  —  et  surtout  d'après  la  tradi- 
tion verbale  de  l'Abbaye-au-Bois,  fidèlement  et  pieusement 
recueillie  et  qu'il  connaissait  de  source  presque  immédiate.  Qui 
de  nous  no  se  rappelle  l'avoir  entendu  raconter  telle  anecdote 
où  il  se  complaisait  :  a  Ampère  me  dit  un  jour  :  «  J'étais  chez 
Juliette,  quand  M.  de  Chateaubriand  entra...  ».  Juliette,  c'est 
Madame  Récamier.,  et  c'est  de  J.-J.  Ampère  surtout  que  lui 
venaient  ses  informations.  Il  hésita  bien  longtemps  à  se  sé- 
parer de  ce  Mémoire  sur  Adolphe,  qu'il  voulait,  qu'il  espérait 
améliorer  et  compléter  encore.  Ce  nefut  qu'en  juillet  dernier, 
qu'averti  par  sa  précédente  maladie,  M.  Cauvet  voulut  bien 
nous  confier,  pour  notre  revue,  son  manuscrit.  En  même 
temps,  il  faisait  réimprimer  sa  célèbre  étude  sur  Les  Es- 
pagnols en  Sepfimanie  et  l'abbaye  de  Fonfjoncouse,  depuis  long- 
temps hors  du  commerce.  11  suivit  ces  deux  travaux  avec  une 
juvénile  ardeur,  et  il  en  corrigea  lui-même,  en  dernière  lecture, 
toutes  les  épreuves. 

D'autres  sujets,  après  ses  grands  travaux  juridiques  et  son 
fameux  Traité  des  Assurances  Maritimes,  qui  fait  toujours 
autorité,  l'avaient  sollicité.  Il  avait  pensé  à  une  biographie 
de  Pierre  Pithou,  et  il  avait  fait  copier  la  correspondance  de 
ce  savant  illustre  à  la  Bibliothèque  nationale.  Vers  1891,  il 
s'était  amusé  quelque  temps,  sans  autre  préoccupation  que 
lasolution  de  diflîcultés  juridiques,  à  étudier  les  cas  de  nullité 
du  procès  de  Jésus-Christ  devant  les  tribunaux  de  Jérusalem  : 
mais  je  ne  crois  pas,  —  sans  cependant  vouloir  rien  affirmer  — 
que  la  rédaction  de  ce  travail  ait  jamais  été  sérieusement 
entreprise.  Je  regrette  bien  davantage  que  M.  Cauvet  n'ait 
jamais  voulu  s'occuper  de  la  publication,  qui  eût  été  si  inté- 
ressante, de  ses  souvenirs  littéraires.  Admis  dans  la  Société 
de  l'Arsenal,  au  beau  temps  où  Ch.  Nodier  y  réunissait  l'élite 
des  romantiques,  M.  Cauvet  avait  eu  la  constance  de  tenir 
registre  de  ce  qu'il  y  apprenait  de  piquant  et  de  curieux. 
Mainte  anecdote,  maint  détail  ignoré  ou  oublié,  doit  se  trouver 
enfoui  dans  ses  petits  carnets  de  notes.  Qu'on  nous  permette 
d'exprimer  ici  le  vœu  que  ces  Souvenirs  ne  demeurent  pas 


576  CHRONIQUE 

inconnus,  et  que  la  famille  du  président  veuille  bien  en 
autoriser  la  publication.  Rieu  ne  serait  plus  honorable  pour 
sa  mémoire,  et  plus  utile  aux  bonnes  lettres  que  M.  Cauvet 
a  tant  aimées.  Déjà  la  noble  destination  qu'il  a  assurée  aux 
plus  importantes  portions  de  sa  bibliothèque  (partagée  entre 
la  Cour  de  Montpellier,  la  Faculté  de  droit  de  notre  Univer- 
sité, les  villes  de  Montpellier  et  de  Narbonne),  protégera  sa 
mémoire,  qu'assurent  d'autre  part  ses  belles  rechei'ches  sur 
la  Condition  des  serfs,  sur  Pline  le  Jeune,  sur  L Abbaye  de  Fonl- 
froide,  sur  l'énigme  d'Adolphe.  La  publication  de  ses  mémoires 
achèverait  de  metttre  en  lumière  la  physionomie  fine  er. 
élégante  de  notre  cher  président,  de  ce  magistrat  érudit,  et 
lettré, qui  fut  de  la  lignée  des  De  Brosses  et  des  Bouhier. 

L.-G.     F^ÉLISSIER. 


CHRONIQUE 


Nous  signalons  aux  lecteurs  de  la  Revue  une  intéressante  Cause- 
rie philologique  faite  à  la  Société  Ramond  par  M.  le  professeur  "W. 
FoERSTER.  (Bulletin  de  la  Société  Ramond,  année  1898,  p.  158.  Ti- 
rage à  part:  Bagnères-de-Bigorre,  Imprimerie  Dominique  Bérot, 
1898).  Elle  porte  en  général  sur  «  la  place  qu'occupe  le  dialecte 
gascon  dans  le  domaine  des  langues  romanes.  »  Un  non  moins  mié- 
ressant  appendice  sur  l'étymologie  du  fr.  cuistre  termine  la  causerie 
de  notre  éminent  collègue  de  la  Société  des  Langues  Romanes.  (  «  Il 
y  avait  alors  déjà  ancienuemcnt  les  deux  mots  coistre  (marguillier) 
et  cuistre,  coistre  (marmiton)  en  présence.  Aussi  l'influence  d'un  mot 
sur  l'autre  est-elle  très  probable.  »  (p.  15.)  «  coistre,  vaiiante  de 
coustre,   [custor]  et  cuistre  (marmiton),  s'étaient  déjà  rapprochés  du 

vieux  français  et c'est  par  hasard  que  Ton  a  choisi  plus  t;ud  poui 

pédant  cette  forme  cuistre  au  lieu  de  celle  de  coustre.  »  ) 


Sous   ce  titre  :    Essai  sur   la  substitution  du  français  au  proven- 
çal à  Xarbonne,  le  Bulletin  historique  et  philologique  (1897)  a  pu- 


CHRONIQUE  57  7 

blié  lin  travail  de  M.  A.  Blanc  qui  avait  déjà  été  communiqué  au  Con- 
grès des  Sociétés  savantes.  M.  B.  s'est  proposé  d'exposer  brièvement 
l'histoire  de  la  substitution  du  français  au  provençal  à  Narbonne, 
telle  que  nous  l'a  fait  connaître  l'examen  de  la  langue  dans  laquelle 
sont  rédigés  les  actes  administratifs  et  judiciaires  du  XIV^  au  XVI« 
siècle,  si  nombreux  dans  les  archives  de  cette  ville.  »  Il  s'occupe 
surtout  de  la  langue  des  clavaires  et  des  compois.  Pour  les  clavai- 
res, l'influence  de  la  langue  française  commence  à  se  faire  sentir  à 
partir  de  1458.  Les  compois,  au  contraire,  sont  rédigés  en  français 
jusqu'au  milieu  du  XVl^  siècle.  La  conclusion  est  qu'à  Narbonne, 
au  début  du  XVI»  siècle,  nombre  de  personnes  entendaient  le  fran- 
çais; [mais]  il  ne  faudrait  pas  en  conclure  que  l'habitude  de  le  par- 
ler fût  très  répandue.  »  Un  intéressant  appendice  contient  des  textes 
languedociens  qui  vont  de  1313  à  1561. 

J.  A. 


Le  Comité  directeur  de  la  Société  des  Langues  romanes  a  tenu  une 
séance  le  lundi  19  décembre.  Le  renouvellement  du  bureau  a  été 
opéré  d'abord.  Conformément  à  l'usage,  le  vice-président  a  remplacé 
le  président  sortant  ;  le  secrétaire  général  et  le  trésorier  restent  en 
fonctions;  le  secrétaire  de  la  rédaction,  qui  n'avait  conservé  sa  charge 
durant  le  précédent  exercice  qu'à  titre  provisoire,  a  demandé  à  en  être 
relevé,  et  le  Comité,  après  une  flatteuse  résistance,  lui  a  donné  pour 
successeur  M.  H.  Teulié,  sous-bit)liothécaire  à  la  Bibliothèque  uni- 
versitaire, et  l'a  élu  vice-président.  M.  Teulié  conserve,  d'autre  part, 
ses  fonctions  de  bibliothécaire  de  la  Société  et  de  secrétaire  adjoint. 

Le  bureau  de  la  Société,  pour  1899,  est  donc  ainsi  composé  : 

Président,  M.  Maurice  Grammont,  professeur  à  la  Faculté  des 
lettres  ; 

Vice-Président,  M.  Léon-G.  Pélissier  .  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres  ; 

Secrétaire  général,  M.  Chabaneau,  correspondant  de  l'Institut, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  ; 

Trésorier,  M.  Lambert,  directeur  du  Conservatoire  ; 

Secrétaire  de  la  rédaction,  M.  Teulié,  sous-bibliothécaire  de 
l'Uuniversité. 

Après  ces  élections,  la  Société  a  entendu  une  intéressante  commu- 
nication de  M.  le  capitaine  Lamouche,  sur  la  distribution  des  parlers 
languedociens,  et  d'ingénieuses  remarques  de  M.  Grammont  surl'éty- 
moloDfie  du  mot  oui. 


Z',S  CHRONIQUE 


Par  suite  des  changements  qui  viennent  d'avoir  lieu  dans  le  Conseil 
de  la  Société,  nous  piions  MM.  nos  collaborateurs  et  correspondants 
d'adresser  désormais  tout  ce  qui  concernera  la  rédaction  de  la  Revue 
à  M.  Teulié,  sous-bibliothécaire  de  l'Université,  à  la  Faculté  de  mé- 
decine de  Montpellier. 


Le  Géra7it  responsable  :  P.  HAMELIN. 


TABLE  DES   MATIERES 

TOME  XLi  (année  1898) 


ARTICLES    DE    FOND 

Pages. 

Cauvet.  —  Mémoire  sur  «  Adolphe  »  de  Benjamin  Cons- 
tant      204,  293 

Lucie-Lary  (Madame).  —  La  Jérusalem  conquistada  de  Lope 

de  Vega  et  la  Gerusalemme  liberata  du  Tasse 165 

Restori.  —  Fragments  de  théâtre  espagnol 133 

DOCUMENTS 

Amoros  (Bernart).  —  Le  Chansonnier,  publié  'par  Stengel  (à 

suivre) • 349 

Berthelé. —  Quelques  inscriptions  campanaires  en  provençal 

moderne 283 

BiFRUN.  —  La  traduction  du  Nouveau  Testament  en  ancien 
haut  engadinois.  Evangelium  Johannis,  publié   par 
J.  Ulrich  {suite  et  à  suivre) 239 

Chartes  française  du  XIII^  siècle,  tirées  des  archives  de  l'hô- 
pital de  Seclin  (Nord),  publiées  par  Julien  L'Her- 

MITTE 38 1 

Documents  Languedociens,  publiés  par  L.-G.  Pélissier  {suite 

et  à  suivre) 

II.  —  Lettres    languedociennes    tirées    de    la    collection 

Godefroy 100 

III.  —  Nouvelles  pièces  tirées  de  la  même  collection  ....       272 

IV.  —  Une  lettre  de  Fléchier,  évêque  de  Nîmes 278 

V.  —  Allocution  en  provençal  d'un  curé  de  Beaucaire  . . .       279 

VI.  —  Pièces  diverses  tirées  de  la  collection  Godefroy.    41 1,  547 

/  Dodici  canti,  publiés  par  F.  Castets  (à  suivre) 453 

GoHORY.  —  De  rébus  gestis  Francorum  liber  XIII.  Ludoi- 
cus  XII,  rex  LVI,  Texte  publié  par  L.-G.  Pélissier 
{mite  et  à  suivre) 88 


580  TABLE    DES  MATIERES 

PÉnssiKR  (L.-G.).  —  Additions  et  variantes  an  texte  des  Sou- 
venirs et  Anecdotes  de  Pons  (de  l'Hérault) 1 

—  Un  projet  de  décoration  épigraphique  pour  la  Bibliothè- 

que-Musée Fabre 98 

—  Un    précurseur  de    Montricher.    Projet  de  canal   de  la 

Durance  à  Marseille  en  1702 345 


VARIETES 

D'Rx.iL.\.c  (Méii). —  Le  ruisseau  poétique.  Loii  riou  pouetsicou, 

VI11«  chant     77 

Grammont.  —  «  Gruem.  »  . .  . 433 

PÉLissiER.  —  La  santé  de   Bossuet 546 

Rivière.  —  Lou  Piajou.  Coup  de  ziè  uraociruestsicou 402 

NÉCl^OLOGIE 
PÉLISSIER  (l.  g.)  —  m.  le  président  Cauvet 574 

BIBLIOGRAPHIE 

Arnaud  (Germain).  —  Recueil  de  compositions  françaises.  La 

vie  publique  des  Romains  (c.  r.,  par  L.-G.  P.) 112 

Babu,  curé  de  Soudan;  ses  poésies,  publiées  par  Richard  (c.  r)...  46 
Beauquier,  —  Blason  populaire  de  Franche-Comté  (c.  r.,  par 

Grammont) 1 09 

Berthelé.  —  Carnet  de  voyage  d'un  antiquaire  poitevin  (c.  r., 

par  A.   V.) 114 

Cappelli.  —  Dictionnaire  des  abréviations  (c.  r.,  par  L.  G    P).  573 
Castets  et  Berthelé.  —  Archives  de  la  ville  de  Montpellier. 
Inventaires   et  documents,    tome  I,  fasc.  I  (c.  r.,  par 

A.  V.) 418 

Farault.  —  Bibliographie  poitevine.  M.  Gabriel  Lévrier 115 

Frisom.  —  Lingua  portoghese-brasiliana  (c    r.,  par  Gram- 
mont    435 

L'Hermitte.  —  Archives  de  la  Corrèze(c.  r.,  par  Anglade).  .  571 
LiNDSTROM.  —  L'analogie  dans  la  déclinaison  des  substantifs 

(c.  r.,  par  Grammont) 286 

Mortensen.  —  Profandramat  i  Frankrike  (c.  r.,  par  Je.\nroy).  124 

Paroli.  —  Lingua  svedese  (c.  r.,  par  Grammont .  439 

Pult.    —    Le   parler   de  Sent  (Basse- Engadine)    (c.   r.,    par 

M.  Grammont) 122 

Romania,  XXVI,  3,  4  ;  XXVII,  (c.  r.,  par  Covstans).  .  .      125,  566 

Rupin.  —  Noels  du  Bas-Limousin  (c.  r.,  par  Anglade)   289 

Titres  de  quarante  brochures  récentes  ....    .  559 

Chronique,  par  Anglade 130,  291,  347,  577 

Programme  du  Congrès  des  Sociétés  savantes 440 


PC       Revue  des  langue»  romanes 
2 

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